The Project Gutenberg EBook of Histoire amoureuse des Gaules suivie des
Romans historico-satiriques du XVIIe sicle  (4/4), by Roger de Bussy-Rabutin

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Title: Histoire amoureuse des Gaules suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe sicle  (4/4)

Author: Roger de Bussy-Rabutin

Release Date: September 30, 2012 [EBook #40902]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE AMOUREUSE DES GAULES, 4 ***




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    Note de transcription:

    Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t
    corriges. D'autres corrections ont t apportes, dont la liste
    est donne  la fin de ce volume.

    L'orthographe des noms propres dans la table alphabtique
    prsente certaines diffrences avec le reste de l'ouvrage et est
    loin d'tre cohrente (Bontems/Bontemps, Braguemont/Braquemont,
    Crqui/Crquy, lizabeth/Elisabeth, La Vallire/La Valire,
    Levis/Lvis, Mancini/Manchini, Neuville/Neufville, etc.). Pour
    les noms propres nous suivons strictement l'original imprim.

    Les notes de bas de page sont regroupes  la fin de chaque
    chapitre.

    Certaines abrviations en exposant dans l'original sont aisment
    lisibles, comme Mlle. D'autres moins courantes, par exemple pour
    Marquis ou sieur, sont indiques sous la forme M{is} et s{r}
    respectivement.

    La table des matires est place  la fin de l'ouvrage.




  HISTOIRE
  AMOUREUSE
  DES GAULES


  Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley  Nogent-le-Rotrou.
  Caractres elzeviriens de la Librairie Daffis.




  HISTOIRE

  AMOUREUSE

  DES GAULES

  PAR BUSSY RABUTIN

  revue et annote

  PAR M. PAUL BOITEAU

  _Suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe sicle_

  recueillis et annots

  PAR M. CH.-L. LIVET

  TOME IV


  [Illustration: Globus]


  PARIS
  PAUL DAFFIS, DITEUR-PROPRITAIRE
  DE LA BIBLIOTHQUE ELZEVIRIENNE
  7, rue Gungaud

  M DCCC LXXVI




[Bandeau]

PRFACE.


Les trois pices que renferme ce quatrime et dernier volume de petits
romans et pamphlets historico-satiriques du XVIIe sicle ne font point
partie du Recueil connu sous le titre d'Histoire amoureuse des Gaules;
nous les y avons ajoutes, pour des motifs que nous avons le devoir de
faire connotre ici.

D'abord, elles sont trs-rares, et ce n'est pas sans difficult que nous
avons pu nous procurer les textes que nous avons suivis. La premire,
_le Grand Alcandre frustr_, a eu les honneurs d'une rcente
rimpression, donne  petit nombre par les soins de M. Paul Lacroix;
mais elle mrite d'tre plus connue, sinon par les qualits d'un style
qui trahit une plume peu exerce, du moins par la finesse ingnieuse et
dlicate des penses, qui indique un homme de cour, et par l'intrt
mme que prsente ce petit roman. Si les deux autres ont trouv place 
la suite du _Grand Alcandre frustr_, ce n'est ni  leur style, ni
 l'intrt qu'elles prsentent qu'elles doivent d'entrer dans cette
collection; mais le titre en est trs-familier aux bibliophiles, qui le
connoissent par les Catalogues, et qui nous auroient su mauvais gr de
ne pas en avoir reproduit le texte pour leur permettre d'en apprcier la
valeur. L'une a cependant un mrite sur lequel nous ne saurions trop
insister: c'est qu'elle est l'oeuvre d'un pamphltaire admirablement
bien renseign sur une des plus malheureuses priodes de notre histoire:
aussi nous sommes-nous appliqu, avec le plus grand soin,  faire
ressortir l'exactitude historique des faits consigns dans les _Amours
de Louis XIV et de Mlle du Tron_: nous esprons que nos notes, par leur
abondance et leur prcision, ddommageront un peu le lecteur du
caractre insignifiant de l'ouvrage. Dans les _Entretiens_ qui composent
ce factum, tous les mots portent; il n'est pas une ligne qui n'ait pu
prter, au temps o il parut,  de longs commentaires parmi les
courtisans ou les bourgeois, et provoquer quelque raillerie ou quelque
plainte. Ce sont ces commentaires, ces railleries, ces plaintes que nos
notes ont eu en vue de faire revivre.

Quant au _Tombeau des Amours de Louis le Grand_, ce libelle forme en
quelque sorte le couronnement de l'oeuvre; c'est un rsum, mal crit,
mais assez complet, de l'histoire galante de la France sous le rgne du
grand Roi: nous l'avons,  ce titre, reproduit d'autant plus volontiers
qu'il est trs-rare et que s'il omet quelques faits, il en relve
quelques autres dont on chercherait vainement la place ailleurs.

Il nous reste  parler du problme historique que soulve l'tude du
_Grand Alcandre frustr_. On a dit:

    Jamais surintendant ne trouva de cruelle.

Moins heureux que Fouquet, Louis XIV rencontra-t-il une autre Madame de
Guercheville qui mrita son estime aprs avoir inspir son amour,
comme la clbre marquise dont la rsistance  la passion du roi Henri
IV fut si clbre en son temps? Si cette femme vertueuse a rellement
vcu, qui est-elle?

Voici, sans plus attendre, quelle est selon nous la solution de ce
problme: une femme a exist, qui a eu la rputation mrite par la
marquise de Guercheville; mais il n'est pas impossible que cette
rputation ait t usurpe.

Ce n'est pas sans de longues recherches que nous sommes arriv  cette
conclusion, si insuffisante qu'elle puisse parotre. Nous prions qu'on
veuille bien revenir avec nous sur le chemin que nous avons d suivre,
non sans nous garer bien souvent, pour fournir une rponse aux
questions poses.

La femme vertueuse dont parle l'auteur seroit la comtesse de L...; son
rang, peut-tre l'emploi de son mari lui permettoient d'tre toujours 
la Cour, que le Roi ft  Versailles,  Saint-Germain ou 
Fontainebleau. Or, en dpouillant les Lettres de Mme de Svign, les
Mmoires de Saint-Simon, le Journal de Dangeau et les Etats de la
France, il est facile de relever tous les noms des personnages de
l'entourage du Roi faisant prcder du titre de comte un nom commenant
par l'initiale L. Nous avons fait cette revue; aucun des noms que nous
avons trouvs ne s'appliquoit  une femme runissant  la fois toutes
les conditions exiges pour satisfaire aux termes du problme: celle-ci
toit trop jeune, celle-l trop ge; l'une s'toit compromise avec
quelque galant; l'autre toit, en 1672, dans une position efface d'o
elle n'est jamais sortie.

Aprs toutes ces tentatives vaines pour arriver  la vrit, dsesprant
de la dcouvrir nous-mme, nous avons adress, par la voix de
l'_Intermdiaire_, un appel  de mieux informs: on nous a rpondu par
le nom de Mme de Ludres, chanoinesse de Poussay; mais celle-ci,
n'ayant pas de mari, n'tait pas femme du comte de L...; elle ne
fut pas toujours cruelle; elle ne conserva pas toute sa vie l'affection
du Roi, et elle n'usa pas de son influence pour avancer sa famille. Une
telle rponse ne pouvoit que nous encourager  continuer nos recherches.

Mais,  notre grand dplaisir, aprs avoir puis toute la liste des
noms en L..., il nous fallut procder par hypothse, et supposer que
cette initiale avoit t choisie prcisment pour dpister le lecteur.
Ds que le nom ne paroissoit pas en toutes lettres, ne pouvoit-on
penser, en effet, que l'auteur avoit pris toutes ses prcautions pour
que mme une initiale ne pt aider  dcouvrir ce qu'il vouloit cacher?

Nous donnons cette hypothse: elle nous parot plausible; mais nous
admettons qu'on la repousse.

Quoi qu'il en soit, nos recherches n'auront pas t infructueuses: si
nous n'avons trouv aucune comtesse de L... ayant eu l'occasion de
rsister aux tendresses de Louis XIV, nous avons du moins rencontr une
femme qui,  l'initiale prs, runit toutes les conditions que nous
tions en droit d'exiger, et cette femme est la princesse de Soubise.

Mme de Soubise tait femme de Franois de Rohan, prince de Soubise,
capitaine-lieutenant des gendarmes de la garde ordinaire du Roi, qui
tait le second fils, et fils trs-pauvre, d'Hercule de Rohan, duc de
Montbazon. Veuf en aot 1660 de Catherine de Lyonne, il pousa, le 17
avril 1663, Anne de Rohan-Chabot, dame d'une vertu et d'un mrite
trs-distingus, dit Morri, qui ne prodigue pas les loges dans ses
notices gnalogiques. Ne en 1648, Mme de Soubise avoit 24 ans 
l'poque o se passe notre petit roman, et avoit eu dj trois des dix
enfants pour l'tablissement desquels la bienveillance du Roi lui fut si
utile. Mme de Svign, aprs avoir constat les inquitudes que les
attentions du Roi pour la princesse causoient  Mme de Montespan,
montre la favorite promptement tranquillise; elle nous apprend
aussi que Mme de Soubise, voulant chapper  la poursuite du Roi, se
crut oblige de quitter la Cour et de se rfugier  la campagne:
l'histoire de la comtesse de L... est toute semblable.

Mis ainsi sur la voie, nous nous sommes rappel que Mme de Soubise avoit
trouv grce mme devant un des pamphltaires de l'_Histoire amoureuse_
(voy. t. III, p. 147); nous avons ensuite consult Saint-Simon et
Dangeau. Dangeau ne nous apprend rien, sinon que, du temps o il
crivoit son Journal, Mme de Soubise suivoit assidment la Cour. Mais
Saint-Simon nous renseigne plus compltement; de tout ce qu'il dit de la
princesse, il ressort que Mme de Soubise fut en effet aime du Roi,
qu'elle conserva toujours sur lui un crdit dont elle usa largement dans
l'intrt de sa famille et d'elle-mme, et qu'il ne fut port aucune
attaque srieuse  la rputation que lui ont faite tous ses
contemporains. Toutefois le duc ne pense pas que sa vertu ait t sans
tache: mais  qui a-t-il fait cet honneur de croire que les faveurs ne
s'obtenoient pas par des complaisances, dt-il, pour donner cours  sa
malignit, rompre en visire  l'opinion publique?

C'est pour concilier  la fois l'estime unanime des contemporains avec
la mdisance de Saint-Simon que nous avons laiss place  un doute qui
n'existe pas d'ailleurs dans notre esprit, et que, tout en admettant que
la comtesse de L... peut tre la princesse de Soubise, nous avons
rserv l'opinion de ceux qui, aprs Saint-Simon, voudroient conserver
des doutes sur sa vertu.

Ce n'est pas sans regret que nous avons fait cette part au doute; nous
aurions aim placer au moins dans notre galerie une femme srement
honnte; mais l'histoire ne s'crit pas avec le sentiment, et, si nous
n'avons pas trouv un juste dans Isral, nous l'avons du moins
consciencieusement cherch.

Notre tche est termine. Le long travail auquel nous nous sommes
livr pour dgager la valeur historique d'une srie d'ouvrages o les
esprits superficiels ne cherchoient que le scandale, nous a fait vivre
dans la familiarit de la Cour la plus brillante du monde; nous avons
dcouvert bien des misres sous son clat menteur; mais ces vices
honteux qui dshonoroient l'entourage immdiat du Roi, mais cette
corruption gnrale des moeurs qui se dissimuloit mal sous la galante
courtoisie des manires en existeroient-ils moins parce qu'ils ne
seroient pas dcouverts? Et quand il n'y auroit pas d'autre conclusion 
tirer de cette tude, ne seroit-ce pas dj un rsultat prcieux que de
pouvoir dire: le progrs de la morale a accompagn le progrs de
l'instruction et le dveloppement du bien-tre gnral? N'est-ce rien
que de pouvoir prouver, pices en main, aux esprits chagrins,
_laudatores temporis acti_, que nous valons mieux que nos anctres?

Il nous reste un mot  ajouter. Nous dsirons appeler particulirement
l'attention sur la table qui termine ce quatrime volume. Tous les noms
cits dans l'ouvrage y figurent, et nous nous sommes appliqu  joindre
toujours aux noms de seigneurie les noms patronymiques et les prnoms.
Des difficults matrielles ne nous ont pas permis de donner  ce
travail toute la perfection que nous aurions dsir; cependant, nous
esprons qu'il rendra quelques services mme pour la lecture d'autres
ouvrages que les petits romans historiques de cette collection.

CH.-L. LIVET.




  LE GRAND
  ALCANDRE FRUSTR
  OU LES
  DERNIERS EFFORTS DE L'AMOUR ET DE LA VERTU
  HISTOIRE GALANTE.




[Bandeau]

AVERTISSEMENT.


On ne dira pas de cette histoire ce qu'on a dit de plusieurs autres:
c'est toujours la mme viande diversement assaisonne. Le seul titre
fait voir d'abord que c'est une pice nouvelle. Le grand Alcandre n'a
point eu jusques ici de matresse qui ne se soit rendue, s'il faut ainsi
dire, aprs la premire sommation; au lieu que cette illustre comtesse,
dont on fait ici l'histoire, se dfend avec une vertu tout--fait
hroque, se tire adroitement de tous les piges que l'Amour lui tend,
et, en touffant une passion criminelle, elle gagne l'estime et
l'admiration de celui qui la vouloit dshonorer. Il est bien juste
qu'aprs avoir expos aux yeux du public les fautes de celles qui
ont fait honte  leur sexe, on lui fasse part de la vertu de cette
Hrone, qui en relve l'honneur, et que nous pouvons mettre au nombre
des femmes fortes, puisqu'elle a triomph de tout ce que l'Amour a de
plus tendre, de plus fort, et de plus engageant. Tout ce qu'on peut dire
de la vrit de cette histoire, c'est qu'ayant t trouve parmi les
papiers d'un homme de qualit[1] aprs sa mort, on la donne telle qu'on
nous l'a envoye de Paris. Il auroit t  souhaiter que le nom de cette
illustre femme y et t couch tout du long; mais il n'y avoit que la
lettre L...[2] dans le manuscrit, o l'on n'a voulu rien changer.


NOTES.

  [1] Le duc de La Feuillade (_note de l'dit. de 1719_).--Il tait
  mort subitement dans la nuit du 18 au 19 septembre 1691, et non le
  12 mai 1697, comme on l'a dit dans une rcente dition de cette
  histoire.--Voy. Dangeau, t. III, pp. 400-402.

  [2] Voy. la Prface, en tte de ce vol.




[Bandeau]

LE GRAND

ALCANDRE FRUSTR

OU LES

DERNIERS EFFORTS DE L'AMOUR ET DE LA VERTU

HISTOIRE GALANTE.


Tout le monde sait que Louis XIV, tant un jour en belle humeur, dit 
quelques-uns de ses courtisans, qu'il n'avoit trouv dans toute sa Cour
que deux femmes chastes, et qui fussent fidles  leurs maris[3]. Comme
les paroles des Rois sont regardes comme des oracles, personne n'osa
rpliquer, ni en demander davantage; chacun se regarda, mais les maris
baissrent les yeux, craignant d'en apprendre plus qu'ils ne voudroient,
et que leurs pouses ne fussent pas ces deux chastes tourterelles, qui
avoient l'approbation de ce grand Monarque.

L-dessus, le comte de Lauzun[4], qui n'y avoit point d'intrt, parce
qu'il n'toit pas mari, prit la parole et dit au Roi: Sire, vous avez
t plus heureux que Salomon, d'avoir trouv deux femmes chastes,
puisque ce prince, tout sage qu'il toit, n'en a pu trouver une seule.

Ces deux femmes,  ce qu'on a su depuis, toient la Reine, et la
comtesse de L...[5], dont on va dcrire les amours secrtes avec ce
monarque. Il avoit trop d'intrt  croire  la fidlit de la Reine,
pour en douter tant soit peu, et vritablement c'toit une princesse des
plus sages, et des plus vertueuses de son sicle, et le Roi son poux ne
faisoit que lui rendre la justice qui lui toit due. Pour la comtesse,
l'intrt de son amour auroit voulu, tout au contraire, qu'il et pu
douter de sa fidlit pour le lien conjugal. Mais il n'avoit que trop de
raisons de la croire ferme l-dessus, et, si on peut le dire ainsi, une
invincible.

Il y avoit longtemps que ce prince brloit pour elle; mais il n'y avoit
encore que ses yeux qui osassent le lui dire; il la regardoit
incessamment d'un air tendre et passionn; mais on ne rpondoit point 
ses regards, et quoique la comtesse comprt assez ce que cela vouloit
dire, elle fit toujours semblant de n'entendre pas ce langage
mystrieux. Comme elle est naturellement modeste, les yeux du Roi, qui
la rencontroient toujours, la faisoient quelquefois rougir, et
cette rougeur, qui se rpandoit sur ses joues, ne servoit qu' relever
l'clat de sa beaut, et qu' augmenter le feu de ce prince qui n'toit
dj que trop amoureux. Ce monarque, qui toit expriment dans l'art
d'aimer, voyoit bien que cette rougeur, qu'il remarquoit sur le visage
de sa matresse, ne lui prsageoit rien de bon, et qu'elle toit d'une
autre espce que celle que l'Amour peint lui-mme dans un coeur
enflamm,  l'approche de l'objet qu'il aime. Il voyoit,  travers ce
voile clatant, toutes les marques de la pudeur, de la sagesse, de la
modestie et de la chastet; mais il y remarquoit aussi une secrte
indignation d'une vertu offense, qui se voit attaque par des regards
criminels. Des prsages si funestes  l'amour de ce grand Roi le
faisoient trembler quelquefois, tout intrpide qu'il est. Enfin, ne
pouvant plus renfermer un feu qui devenoit tous les jours plus violent,
par le soin qu'il prenoit de le cacher, il rsolut de se dcouvrir au
duc de La Feuillade[6], esprant par l trouver du soulagement, et d'en
recevoir quelque conseil salutaire  son amour.--Ne suis-je pas
malheureux, dit-il un jour  ce duc, d'aimer sans oser le dire, mais
d'aimer jusqu' la fureur[7]?--Et qui vous empche, Sire, de parler, lui
dit ce fidle favori?--Le respect, l'amour, la crainte de dplaire 
l'objet aim, lui dit alors ce monarque.--S'il n'y a que cela, lui
dit le duc, Sire, parlez, et parlez bientt, je vous rponds que vous
serez cout. Quelle est la dame qui ne s'estimt heureuse de donner des
chanes au plus grand monarque du monde, et qui ne se ft un plaisir de
les soulager, et de les partager mme? Avez-vous trouv jusques ici
quelque chose qui ost vous rsister: villes, chteaux, forteresses,
ennemis, tout se rend  vous, tout plie sous vos lois[8], et vous
craignez que le coeur d'une femme ose tenir contre un Roi toujours
victorieux?--Ah! qu'il y a bien de la diffrence! dit alors le
Roi.--Oui, sans doute il y en a, lui rpliqua La Feuillade, et il n'est
pas besoin ici de tant de machines; vous n'avez qu' vous montrer, vous
n'avez qu' parotre, vous n'avez qu' parler, vous n'avez qu' dire
_j'aime_, et l'on rpondra d'abord[9]  votre amour. Avouez-le, Sire,
ajouta-t-il, si vous avez rencontr peu de villes qui rsistent, vous
avez encore moins trouv de femmes cruelles.--Il est vrai, lui dit le
Roi, que je n'ai pas sujet de me plaindre de ma mauvaise fortune, et, en
amour aussi bien qu'en guerre, les bons succs ont rpondu toujours 
mes esprances. Mais j'ai entrepris une conqute qui me parot
impossible; cependant, je ne puis m'en dsister, et si je n'en viens 
bout, je vois bien qu'il y va du repos de ma vie, et peut-tre de
ma vie mme.

Le duc entendant parler ainsi le Roi, fut touch de son tat, et ce
prince, qui l'avoit appel pour lui faire confidence de son amour, lui
nomma l'objet qui l'avoit enflamm.--J'avoue, Sire, lui dit alors le
duc de La Feuillade, que vous avez quelque sujet de vous dfier du
succs de votre entreprise; cette dame est extrmement fire, et d'une
vertu qui a quelque chose d'austre et de farouche; mais le temps et
l'amour viennent enfin  bout de tout, principalement lorsque tout cela
est soutenu par l'clat d'une couronne, et d'une gloire comme la vtre;
et quand l'amour ne regarderoit pas  toutes ces choses, vous avez outre
cela toutes les qualits du coeur et de l'esprit, et tout ce qu'il
faut pour se faire aimer.--Je veux que cela soit, dit le Roi, j'ose me
flatter que j'ai tout ce que tu dis l, mais je n'ose me flatter de
toucher une insensible.--Mais vous n'avez encore rien tent, reprit le
duc, vous n'avez encore parl que le langage des yeux; expliquez-vous
d'une autre manire, et vous verrez comment on y rpondra.--Je ne le
vois dj que trop, dit le Roi, et les yeux de cette cruelle,  qui les
miens ont dj parl mille fois, ne m'ont rpondu que par un silence
froid, capable de glacer le coeur le plus enflamm, ou par des regards
terribles qui m'ont annonc l'arrt de ma mort.--Que savez-vous, Sire,
lui dit alors La Feuillade, si l'on ne veut pas vous rendre cette
conqute plus prcieuse par la rsistance, et si on ne se fait pas une
espce de gloire et de vanit, de tenir quelque temps contre les
attaques d'un grand Roi, auquel jusqu'ici rien n'a rsist? C'est dj
beaucoup, qu'on vous ait entendu; mais c'est encore plus qu'on vous
l'ait fait connatre; car pour le premier, il n'y a pas la moindre
difficult, les dames entendent d'abord ce qu'on veut leur dire; mais
comme elles font semblant de ne l'entendre pas, peut-tre par le plaisir
qu'elles ont de se le faire rpter souvent, elles ne veulent point
avouer qu'elles comprennent un langage qu'elles savent encore mieux que
nous. Ainsi puisque votre Majest a dj parl, et qu'on lui a fait
connotre ce qu'elle vouloit dire, c'est dj un assez grand avancement.
Mais il faut s'expliquer d'une autre manire, et les belles exigent de
nous qu'on mette tout en usage, avant que de faire la moindre avance;
elles sont comme ces gouverneurs de places, qui, ayant de l'honneur et
de la fidlit pour leur prince, ne veulent se rendre qu' la dernire
extrmit, pour sauver au moins, en se rendant, cet honneur qui leur est
si cher, et pour ne perdre pas les bonnes grces de leur matre. Il en
sera ici de mme, et la conqute que votre Majest entreprend ne se
pourra faire qu' force de temps, de machines, de ruses et de
stratagmes; mais enfin nous en viendrons  bout. C'est une femme fire,
qui se fait un point d'honneur de la fidlit qu'elle doit  son mari,
qui veut soutenir cet honneur  la pointe de l'pe, mais qui a rsolu
pourtant de se rendre, quand elle aura fait tout ce que les gouverneurs
les plus braves ont accoutum de faire pour la dfense d'une place.

Le Roi fut charm d'entendre raisonner si bien le duc de La Feuillade,
qui n'toit pas moins vers dans les matires d'amour, qu'il toit
expert dans l'art militaire. Ds lors il ne songea plus qu' faire sa
dclaration dans les formes, et qu' se servir de tous les moyens que
l'amour peut suggrer, pour parvenir au but o tendent tous les amants.
Mais ce premier pas, qui semble si facile, et que ce prince ne comptoit
pour rien dans toutes ses autres amours, ne fut pas tout comme il avoit
cru. Ce n'est pas que l'occasion ne s'en prsentt assez souvent; mais
la crainte le retenoit, et c'est peut-tre la seule fois que ce monarque
a senti cette passion qui est inconnue aux grands courages. Vingt fois
il voulut ouvrir la bouche pour parler de son amour  cette comtesse, et
vingt fois sa langue fut comme retenue par un frein qu'il n'eut jamais
la force de rompre. Il rencontroit toujours les yeux et le front de
cette comtesse, o la vertu paroissoit arme de cette svrit qui
imprime du respect aux plus grands monarques; et quand il la vouloit
jeter sur des matires de tendresse, pour parler ensuite de la sienne,
ce silence froid et austre qu'elle savoit si bien observer rompoit
tout--coup cet entretien, empchoit le Roi de le poursuivre, et lui en
faisoit chercher un autre qui ft plus du got de celle  qui il
craignoit toujours de dplaire.

C'est une chose qui est peut-tre sans exemple, qu'un amant passionn,
et surtout un Roi, qui ose tout, ait trouv tant d'occasions de dclarer
son amour, et en ait su si peu profiter. Mais comme j'ai dit, cette
comtesse les ludoit avec tant de dextrit, prenant son air grave et
srieux, que le Roi ne savoit comment s'y prendre. Ce qu'il y a
d'admirable, c'est que, sans avoir recours  la fuite, qui est la
ressource ordinaire de celles qui veulent viter de semblables
entretiens, elle n'affectoit pas de se drober de la prsence du Roi;
elle alloit son train ordinaire; que le Roi se trouvt ou ne se trouvt
pas dans les lieux o elle toit, elle ne faisoit sa visite ni plus
courte ni plus longue qu'elle l'avoit rsolu. Elle ne vouloit pas mme
que le Roi crt qu'elle vitoit sa rencontre, de peur qu'il ne regardt
cette fuite comme une marque de sa foiblesse, ou de la crainte qu'elle
avoit de succomber  l'amour de ce grand Monarque. Il sembloit tout au
contraire qu'elle affectt de lui faire voir qu'elle avoit assez de
vertu pour rsister  toutes ses vaines poursuites.

Enfin, elle vivoit avec lui de telle manire, que, quoiqu'il ne pt
jamais se satisfaire en lui parlant de ce qu'il avoit dans le coeur,
il n'avoit pas sujet de se plaindre d'elle. Tous ses discours toient
sages, retenus, et mme obligeants; elle louoit sur tout les vertus du
Roi d'une manire si engageante que ce prince ne pt jamais se rsoudre
 lui donner une espce de dmenti, en lui parlant d'une chose qui
alloit contre son devoir. En sorte qu'au lieu d'une matresse que le Roi
croyoit trouver, il rencontroit une gouvernante, qui lui faisoit des
leons de sagesse, d'honneur, de justice, de probit, et de toutes les
vertus; mais d'une manire dont il ne pouvoit s'offenser, puisque tout
cela toit assaisonn par des louanges que le Roi se sentoit oblig
de soutenir.

Cet amant jugea bien par une telle conduite, qu'il n'iroit pas fort vite
dans ses amours, puisqu'il n'avoit pas encore fait le premier pas. Peu
s'en fallut qu'il ne se rebutt entirement, et qu'il n'abandonnt le
dessein de cette conqute; il lui sembloit mme quelquefois qu'il
n'toit plus amoureux; mais son amour toit comme ces fivres
intermittentes, qui sont d'autant plus violentes dans leur accs,
qu'elles ont donn quelque relche. Quand il se la reprsentoit avec cet
clat, cette douceur, cette majest, ces yeux brillants, son coeur
toit tout de flamme. Mais quand il pensoit  cet air svre,  cette
autorit de reine,  cette vertu constante,  cette pudeur
incorruptible, tout son amour se changeoit en estime, ou plutt en
respect et en admiration. Quand il ne faisoit que la regarder, son
coeur toit tout en feu; mais ds qu'il vouloit lui parler de son
amour, il se sentoit tout de glace. La beaut et la vertu de cette
comtesse, qui clatoient galement dans ses yeux, produisoient ces deux
effets contraires dans l'me du Roi.

Cela sembloit tenir quelque chose du charme et de l'enchantement qu'un
amant comme le Roi, qui n'toit pas novice dans ces matires, et qui
s'toit signal en tant d'occasions amoureuses, s'arrtt ainsi tout
court, sans oser hasarder la premire attaque, lui qui avoit si souvent
mont  la brche avec une intrpidit digne d'un Mars. On parle d'un
certain nouement d'aiguillettes, qui arrte quelquefois les plus
hardis, qui refroidit les plus ardents, qui amollit les plus forts sur
le point de jouir de leurs amours et les en rend tout--fait incapables:
il arrivoit au Roi quelque chose de semblable toutes les fois qu'il
toit sur le point de se dclarer  madame de L...; non pas qu'il ft au
cas dont nous venons de parler, il en toit bien loign; mais il
prouvoit le mme charme  l'gard de sa langue; lorsqu'il vouloit
essayer d'expliquer ses sentiments et de parler de son amour, il sentoit
d'abord sa langue lie et son esprit comme perclus. Enfin il se trouvoit
dans le mme tat o toit Didon, et que Virgile nous dcrit si bien
dans le quatrime livre de son Ende; cette reine, qui n'aimoit pas
moins Ene que notre Roi aimoit la comtesse, n'avoit jamais la force ni
la hardiesse de le dire  ce prince Troyen. Ds qu'elle commenoit de
lui parler de son amour, sa voix mouroit dans sa bouche.

    _Incipit effari, mediaque in voce resistit;_

c'est--dire, suivant la traduction de M. de Segrais,

    Au milieu d'un discours, sa langue embarrasse
    Refuse sa parole  sa triste pense.

Mais cette passion est trop violente pour pouvoir en demeurer l; Didon
s'expliqua enfin, et le Roi fit connotre ouvertement son amour  la
Comtesse. Il crut nanmoins qu'il ne devoit pas s'exposer lui-mme aux
premiers transports de colre qu'il savoit bien qu'elle feroit clater.
Il choisit le duc de La Feuillade, qu'il avoit dj fait son confident,
pour essuyer pour lui cette tempte qu'il craignoit si fort. Il fit
mme rflexion, qu'ayant une plus grande libert d'esprit, il pourroit
reprsenter mille choses  la Comtesse, qui n'auroient pas t si bien
dans la bouche du Roi, et lui faire valoir tous les avantages qu'elle
pouvoit retirer de cette conqute, et pour elle et pour les siens.

Dans cette rsolution, il mande le duc de La Feuillade, qui le vint
trouver dans le cabinet. Ce duc s'attendoit d'abord  quelque nouvelle
confidence, et que le Roi lui alloit apprendre quelques grands progrs
qu'il auroit dj faits dans son amour. Mais il fut bien surpris quand
il apprit que Sa Majest toit encore aux mmes termes o il toit la
premire fois qu'il lui fit cette confidence. Cela le surprit d'autant
plus qu'il savoit par lui-mme que le Roi n'toit pas si patient dans
ses amours, et moins encore timide quand il toit question de se
dclarer. Il jugea d'abord que c'toit une passion extraordinaire, qui
dureroit longtemps, et dont son matre auroit bien de la peine 
revenir. Il lui dit donc qu'il toit en tat d'exposer jusqu' la
dernire goutte de son sang pour la satisfaction de Sa Majest, et dans
cette affaire et dans toutes celles o il lui feroit l'honneur de
l'employer.--Le Roi lui rpondit qu'il lui savoit bon gr de son zle
pour son service, mais qu'il n'toit pas question d'exposer son sang ni
sa vie; qu'il n'avoit besoin que de son adresse et de son esprit, et de
ce beau talent qu'il avoit pour gagner les coeurs des dames; qu'il le
prioit de mettre tout en usage pour lui gagner celui de la comtesse de
L..., remettant  sa prudence la manire dont il devoit s'y prendre
pour expliquer ses sentiments  cette fire personne; que, de peur de
l'effaroucher, il lui ft entendre que toute la grce que le Roi
demandoit d'elle, toit de souffrir qu'il lui parlt de sa passion;
qu'il aimeroit mieux mourir mille fois plutt que d'avoir la moindre
pense de la dshonorer, et qu'il ne se serviroit jamais de son autorit
pour lui faire aucune violence; qu'il bornoit tous ses dsirs et toutes
ses prtentions  la voir,  l'aimer, et  lui parler quelquefois de son
amour.

Le duc reut cette ambassade avec autant de plaisir que si elle se ft
adresse au plus grand prince de l'Europe. Il part comme un autre
Mercure, pour excuter les ordres de son Jupiter; et certainement le Roi
ne pouvoit pas jeter les yeux sur une personne plus propre  s'acquitter
de ce difficile emploi, que l'toit le duc de La Feuillade. Il avoit de
l'esprit, de la politesse, un grand usage du monde, une loquence qui
lui toit naturelle, et une bonne mine qui persuadoit dj avant qu'il
ouvrt la bouche. Mais ce qui le rendoit plus propre  la commission que
le Roi lui avoit donne, c'est qu'il avoit une grande exprience dans le
commerce des femmes; il en connoissoit le fort et le faible; il avoit eu
avec elles de bonnes fortunes et plusieurs galanteries; il avoit en un
mot toutes les qualits propres pour plaire au beau sexe. Il toit civil
et entreprenant, insinuant et hardi, libral, soumis, complaisant, mais
aussi vigilant, pressant, actif, et ne perdant jamais une occasion
favorable aux amants, qui est ce qu'on appelle l'heure du berger.

Cet ambassadeur, ayant reu les instructions de son matre, prit cong
de Sa Majest, et ne songea qu' excuter les ordres qu'il venoit de
recevoir. Comme il savoit, par une longue exprience, que le vrai moyen
de persuader toit de prendre son temps, et que cela est surtout
ncessaire  l'gard des femmes, il tcha de se servir heureusement de
cette circonstance. Il sut bientt que la comtesse devoit tre d'une
partie de plaisir dans une maison de campagne; et comme il toit bien
reu partout, et par son rang et par les qualits de son esprit, il ne
lui fut pas difficile d'tre du nombre de ceux qui devoient composer
cette belle compagnie. Il y devoit avoir un grand nombre de messieurs et
de dames de la premire qualit; mais comme la prsence du comte de L...
auroit pu tre un obstacle au dessein du duc, il fit connotre  Sa
Majest, qu'il seroit ncessaire qu'il l'loignt le jour de cette fte,
de peur que sa prsence ne rompt toutes ses mesures. Le Roi, qui
n'avoit en tte que l'intrt de son amour, trouva bientt le moyen de
lever ce petit obstacle. Il rsolut d'aller  la chasse le mme jour que
la comtesse devoit aller  cette partie de plaisir, et il fit dire au
comte qu'il falloit qu'il l'y accompagnt. Quoiqu'il et compt qu'il
seroit de la partie de sa femme, il ne se fit pas pourtant une grande
violence de suivre le Roi: c'est toujours un grand honneur  un
courtisan, que son matre le choisisse pour tre le compagnon de ses
plaisirs; mais ce pauvre comte ne savoit pas que le mme jour qu'il
assisteroit  la chasse du Roi,  la poursuite de quelque cerf, ce grand
Monarque avoit donn ordre  son grand veneur en fait d'amour, de
faire tous ses efforts pour faire tomber sa femme dans ses toiles. Enfin
il ignoroit, ce bon seigneur, qu'on travailloit  arborer sur sa tte
les armes de ces animaux connus, dont la chasse devoit faire le plaisir
du Roi.

Le jour venu pour cette double chasse, le comte de L... ne manqua pas de
se rendre en diligence auprs du Roi; et le duc de La Feuillade n'eut
garde de manquer  se trouver au lieu de l'assignation[10], o se devoit
trouver cette belle compagnie. Je ne dcrirai ni la magnificence de
cette fte, ni ce qui se passa dans la chasse du Roi; je ne puis
pourtant passer sous silence une particularit qui me semble
remarquable, et qui toit d'un mauvais prjug pour ce prince, dans le
dessein de cette journe. C'est qu'ayant tir deux fois sur un sanglier,
il le manqua, et ne lui fit aucun mal; et le comte de L... ayant tir
aprs lui, le blessa du premier coup. Quoique le Roi ne soit pas
superstitieux, cela n'empcha pas qu'il n'et du chagrin de cette
aventure; cela ne lui toit jamais arriv, car il est fort adroit 
toutes sortes d'exercices, et particulirement  la chasse; mais ce qui
augmentoit son chagrin, c'est que le comte de L... venoit de frapper du
premier coup la bte, qu'il avoit manque jusques  deux fois; mais que
cela lui ft arriv prcisment le mme jour, et peut-tre  la mme
heure que le duc de La Feuillade parloit de sa passion  la comtesse,
c'est ce qui achevoit de le dsoler. Cela m'avertit assez,
disoit-il en soi-mme, que le duc ne sera point cout, que toutes ses
paroles seront regardes comme du vent, et que tous les coups qu'il
portera pour moi  la comtesse, ne feront que blanchir[11]; au lieu que
le comte, qui a bless la bte que j'ai failli toucher, ne manquera pas
ce soir de trouver sa femme, qui le recevra d'abord avec les mmes
empressements et les mmes marques de tendresse qu'elle lui a donnes
depuis leur mariage. C'est ainsi que le Roi s'entretenoit, et il lui
tardoit que le jour ft fini, pour apprendre bientt son bien ou son
mal.

Cependant le duc de La Feuillade prit le temps qu'il jugea le plus
propre pour entretenir la comtesse d'une affaire si chatouilleuse. Il
attendit qu'on et dn, qu'on et pris le plaisir du jeu et de la
musique, et qu'on excutt le dessein de prendre vers le soir le plaisir
de la promenade. C'toit en effet le temps le plus propre  son dessein;
car, au lieu que, pendant la chaleur du jour, ils avoient t tous
ensemble occups au jeu, lorsque le soleil commena de baisser, on alla
se promener dans un bois  haute futaie, o il y avoit plusieurs grandes
alles, diverses fontaines, plusieurs jets d'eau, des grottes, des
cabinets[12], des berceaux, des labyrinthes, et enfin tout ce qui
peut embellir un lieu champtre.

Quand on fut entr dans le bois, les uns prirent une route, les autres
une autre, selon que le dsir, le caprice, le hasard ou quelque dessein
prmdit les conduisoit. Le duc, qui avoit toujours le sien en tte,
conduisit si bien la chose, qu'il se trouva seul avec la comtesse; et
quand il se vit assez loign pour n'tre entendu de personne, il
commena de louer les charmes de sa beaut et de son esprit et d'exalter
le bonheur du comte, qui possdoit une femme si accomplie.

Comme elle ne s'attendoit point  ce que le duc avoit  lui dire, elle
lui rpondit sans faon comme font la plupart des femmes, quand on leur
fait de semblables compliments, qu'elle n'avoit point tous ces avantages
dont il la vouloit flatter; et que, quand cela seroit, on ne voyoit
gure de maris compter pour un grand bonheur celui d'avoir rencontr une
belle femme. Le duc qui, comme j'ai dit, savoit profiter de tout, voyant
qu'elle le mettoit, quoiqu'innocemment, en si beau chemin, ne manqua pas
de relever ce que la comtesse venoit de dire.--Vous avez raison,
Madame, lui dit-il, de trouver que les maris ne rendent pas l-dessus
toute la justice qu'ils doivent au mrite de leurs pouses; il semble
que le mariage leur ait fait perdre toute leur beaut et tous leurs
agrments, ou qu'ils aient perdu eux-mmes ce got exquis que les autres
ont, et qu'ils soient devenus tout--fait insensibles.--Ce n'est point
cela, rpondit la comtesse, qui vouloit rparer ce qu'elle avoit dit,
et qui savoit avec quel homme elle avoit  faire; mais c'est que les
maris, qui sont des autres nous-mmes, nous disent sincrement ce qu'ils
pensent des qualits qu'ils trouvent en nous. Ils ne les exagrent ni ne
les attnuent, mais nous en parlent naturellement.--Croyez-moi, Madame,
rpliqua le duc, ils font ce qu'ils peuvent pour les amoindrir; ce sont
des matres qui ne veulent pas louer leurs esclaves, ou plutt des
gouverneurs qui veulent tenir dans la dpendance celles qui sont sous
leur conduite; ou, si vous voulez que je vous donne une plus noble ide
de l'autorit qu'ils exercent sur leurs femmes, je me servirai des
paroles d'un grand pote de notre temps, qui fait dire  sa Pauline dans
le Polyeucte,

    Tant qu'ils ne sont qu'amans, nous sommes souveraines,
    Et jusqu' la conqute ils nous traitent en Reines;
    Mais aprs l'hymne, ils sont Rois  leur tour.

--Qu'ils soient Rois tant qu'il vous plaira, rpondit la comtesse, nous
ne sommes pas de simples sujettes; nous partageons avec eux cette
royaut.--Cela est vrai, Madame, rpliqua le duc; mais vous n'avez plus
cet encens, ces hommages, ces respects, ni mme ces marques d'amour et
de tendresse...--Ce que nous avons, dit-elle, est au moins plus sincre,
plus solide et plus durable.--Dites plutt, Madame, dit le duc en
l'interrompant, que les empressements d'un amant ont toutes ces
qualits, parce que ce n'est pas le devoir, mais l'inclination qui les
produit. Rien n'oblige un autre homme  vous dire qu'il vous adore,
qu'il meurt d'amour. C'est le coeur qui parle, c'est l'amour
lui-mme qui dicte ces paroles  l'amant. Mais un homme qui est li 
une femme par le sacrement, se sent oblig  dire qu'il l'aime, quand
mme il auroit de l'aversion. Tout ce qui est un effet du devoir nous
doit parotre suspect. Et c'est pour cela qu'on dit que les Rois ont
tant de peine  distinguer les vrais amis des flatteurs, parce que,
comme nous leur devons toutes choses, et qu'ils ont un pouvoir absolu
sur nous, ils ne sauroient jamais bien connotre si c'est la crainte, ou
si c'est l'amour qui nous fait agir.--Ce que vous dites l, reprit la
comtesse, fait contre vous; car comme l'affection qu'un Roi tmoigne 
son sujet doit tre la plus sincre de toutes, par la raison que vous
venez de voir, qu'il n'y a rien qui l'y oblige, celle de nos maris, qui
sont nos souverains, selon vous et selon Corneille que vous venez de
citer, doit tre de la mme espce.--Nous voil d'accord, Madame, reprit
le duc, et j'entre aussi bien que vous dans ce dernier sentiment. Oui,
plus la personne qui nous aime est au-dessus de nous, plus l'amour qu'il
nous tmoigne doit tre sincre et vritable, et plus nous lui en devons
tre obligs. Aprs cela pourriez-vous douter, Madame, qu'un grand Roi,
qui est ador de tous ses sujets, redout par ses ennemis, et qui est
l'admiration de toutes les nations trangres, n'ait pas pour vous les
derniers attachements, puisqu'il vous l'a tmoign de la manire du
monde la plus soumise et la plus respectueuse?--Et qui vous a dit,
reprit la comtesse, avec un air fier et froid, que le Roi a de
l'attachement pour moi?--Lui-mme, Madame, me l'a dit, et ce grand
Monarque n'osant vous expliquer lui-mme ses sentiments, m'a ordonn de
vous dire qu'il vous aime, ou plutt qu'il vous adore; que si l'excs de
son amour l'a fait parler si souvent par ses soupirs et par ses regards,
le grand respect qu'il a pour vous ne lui a jamais permis de vous le
dire. Il m'a choisi pour vous porter cette parole, que vous tes son
unique souveraine, qu'il ne veut recevoir la loi que de vous seule,
qu'il met  vos pieds son sceptre et sa couronne; que vous seule pouvez
dcider de sa destine, et que sa vie ou sa mort dpendent de la rponse
que je lui dois porter de votre part.--Je vous ai cout sans vous
interrompre, lui dit cette sage comtesse, puisque vous m'avez dit que
vous parliez de la part du Roi, et qu'tant sujette, je suis oblige
d'couter avec respect tout ce qui vient de la part du souverain; mais
le Roi sait-il que je suis marie?--Oui, Madame, il le sait, rpliqua le
duc; il sait ce que vous devez  votre poux, et ce que vous vous devez
 vous-mme. Il veut bien que vous vous en souveniez; il veut bien
oublier lui-mme qu'il est votre Roi; et il m'a command de vous dire
par exprs, qu'il ne se servira jamais de son autorit pour vous obliger
 rien qui puisse choquer votre devoir; qu'il ne vous demande d'autre
grce que celle de vous voir, et de vous parler quelquefois de sa
passion; et qu'enfin, sans prtendre autre chose de vous que ce que je
viens de vous dire, et que la vertu la plus austre ne sauroit refuser 
un si grand Roi, vous pouvez disposer des premires charges de la
Cour en faveur de tous les vtres; voyez, Madame, vous pouvez contenter
le Roi, faire votre fortune et celle de vos amis sans blesser votre
devoir.--Ce que vous venez de me dire, rpartit la comtesse, mrite
d'tre pes; et prenant dans ce moment un air grave et srieux, comme
feroit une Reine qui rpondroit  un ambassadeur:--Vous direz au Roi
votre matre que je lui suis bien oblige de toutes les offres qu'il me
fait, que je me reconnois indigne d'un si grand honneur, et, pour lui
tmoigner que je reois comme je dois des propositions si avantageuses,
vous lui direz, s'il vous plat, que j'en confrerai tantt avec mon
mari qui y a le mme intrt, et sans lequel je ne puis rien faire. Vous
savez, ajouta-t-elle, avec un souris malicieux, que ce sont de petits
souverains dans leur famille; ce qui fait que je me sens oblige de lui
rendre compte de tout.--Vous savez trop bien le monde, rpondit le duc,
pour faire cette bvue.--Je sais mon devoir, dit-elle, et ne vous mlez
pas, je vous prie, de me l'apprendre. Vous avez fait votre commission,
cela suffit; allez en rendre compte au Roi, et lui rapportez ma
rponse.--Mais oserai-je, Madame, rpliqua le duc, lui porter une
semblable parole?--Cela ne vous regarde point, dit la comtesse; un
ambassadeur n'est pas responsable du succs de son ambassade; comme il
n'agit que conformment aux ordres qu'il a reus de son matre, il doit
aussi rapporter fidlement les rponses qu'on lui donne.--Vous voulez
donc, Madame, que je dise au Roi...--Que je lui sais bon gr de
l'honneur qu'il me fait, lui dit-elle en l'interrompant; mais que
la chose tant de la dernire importance, il faut que je la communique
au comte mon poux.--Je vois bien, lui dit le duc, comme il vit que le
reste de la compagnie les alloit joindre, que vous avez trop d'esprit
pour moi, et trop de vertu pour le Roi.

Cet amant attendoit le duc avec une extrme impatience. On peut
s'imaginer aisment de quelle manire il passa la nuit. Tantt la
comtesse se prsentoit  son imagination avec tous ses charmes, tantt
il la voyoit avec cet air svre dont la seule pense le faisoit blmir.
Quelquefois il se flattoit qu'il n'toit pas ha de sa matresse, et que
ces manires rserves qu'elle affectoit avec lui n'toient que des
mesures qu'elle vouloit prendre contre son coeur, dont elle sentoit la
faiblesse. Enfin l'habilet de son confident achevoit de le persuader
que sa ngociation auroit un fort bon succs. Cependant le malheur qu'il
avoit eu  la chasse le jour prcdent, lui toit d'un mauvais prsage
qui troubloit toutes ces douces penses; et son esprit, diversement
agit, passa la plus longue de toutes les nuits, entre l'esprance et la
crainte.

L'heure du lever du Roi ne fut pas plus tt venue, que le duc de La
Feuillade se rendit auprs de Sa Majest, et ce prince amoureux,
impatient d'apprendre le succs[13] de son ambassade, congdia le plus
tt qu'il put cette foule de courtisans, qui ne faisoit alors que
l'importuner[14]. Il ne se vit pas plus tt seul avec son fidle
confident, qu'il lui demanda des nouvelles de sa matresse, et le succs
de son entreprise. Ne me flatte pas, lui dit-il prcipitamment; je
suis las de tant languir, annonce-moi bientt la vie ou la mort.--Je ne
vous annoncerai ni l'un ni l'autre, lui dit La Feuillade; je dirai
seulement au plus grand Roi du monde, ce qu'on rapporte d'Alexandre le
Grand, sur le point d'excuter une entreprise trs-difficile: qu'il
avoit trouv un pril digne de lui. Je dis aussi la mme chose  Votre
Majest. En fait d'amour, vous n'avez trouv jusques ici que des places
foibles, qui se sont rendues sans rsistance, et qui vous ont d'abord
ouvert les portes; les plus cruelles se sont soumises  vous avec la
mme facilit que les villes se rendoient au conqurant de l'Asie, ou,
pour faire la comparaison plus juste, avec le mme succs qu'elles se
rendent  Votre Majest. Mais voici une place forte o il faut employer
toutes les ruses et toutes les forces de l'amour; en un mot, Sire, c'est
une conqute digne de vous.

Aprs cela, il raconta au Roi tout ce qui s'toit pass, et insista
surtout sur la rponse malicieuse de cette cruelle:--Mais, Sire,
ajouta-t-il, ne vous alarmez pas; j'en ai bien vu bien d'autres, qui
faisoient les fires comme la comtesse, et qui se sont mises  la
raison.--Mais que puis-je attendre d'une femme, lui rpliqua le Roi, qui
n'aime que son mari, et qui m'oppose ce mari fcheux quand on
l'entretient de mon amour? N'est-ce pas m'ter absolument l'esprance;
ou, pour mieux dire, n'est-ce pas se moquer de moi, que de me faire dire
qu'il faut qu'elle en parle plutt au comte son poux?--Je vous avoue,
rpondit le duc, que sa rponse est tout--fait cavalire; mais, Sire,
puisqu'elle a besoin du secours de son mari pour se dfendre de vos
poursuites, c'est une marque qu'elle ne se croit pas assez forte pour y
rsister. Mais ne craignez pas qu'elle lui fasse une telle confidence,
dont peut-tre elle seroit la premire  se repentir. En un mot, je
crois que c'est un rempart qu'elle veut opposer  votre amour, et dont
elle veut appuyer cette foiblesse assez naturelle  celles de son sexe.

Le Roi voyoit bien que le duc vouloit adoucir autant qu'il pouvoit ce
qu'il y avoit de rude dans cette entreprise; et comme ce Monarque s'est
toujours fait un point d'honneur de russir dans tout ce qu'il
entreprend, quelques difficults qu'il y puisse rencontrer, celles qui
se prsentoient dans son dessein amoureux ne firent que l'enflammer
davantage par la rsistance. Il s'en expliqua ouvertement  son
confident; il lui dit que tous les rebuts, qu'il prvoyoit bien qu'il
avoit  essuyer, n'toient pas capables de le gurir; que son mal
toit dsormais sans remde, et qu'il n'y avoit point de milieu 
prendre; qu'il mourroit de douleur, ou contenteroit son amour.

Pendant que le Roi s'entretenoit ainsi avec le duc de La Feuillade, la
comtesse s'entretenoit avec elle-mme; elle se garda bien de faire ce
qu'elle avoit dit, et d'imiter la princesse de Clves[15] dans une
conjoncture si dlicate. Elle garda pour elle un secret si important, et
eut quelque chagrin que le Roi et fait choix d'un confident. Ce n'est
pas qu'elle et aucun dessein de correspondre  son amour; mais elle se
sentoit doublement offense, et par la dclaration qui venoit de lui
tre faite de sa part, et parce qu'il s'toit servi d'un tiers dans une
affaire si chatouilleuse, et qu'elle auroit voulu cacher, par manire de
dire,  elle-mme. Ce fut la cause peut-tre qu'elle fit au Roi une
rponse si cavalire, pour lui faire comprendre qu'il devoit plus
mnager une femme de sa faon. Le Roi eut aussi la mme pense,
quoiqu'il ne le tmoignt pas, et il ne songea qu' rparer cette faute,
et  dcouvrir lui-mme ses feux  celle qui les causoit.

Mais pour revenir  la comtesse, elle ne savoit, si elle devoit
s'affliger ou se rjouir: elle ne doutoit pas de l'amour du Roi; ses
yeux le lui avoient encore mieux dit que n'avoit fait le duc de La
Feuillade; cette pense flattoit agrablement son orgueil; il n'est
point de femme qui s'offense d'tre aime; les plus chastes s'en
font honneur, quoiqu'elles ne le tmoignent pas; elles regardent cela
comme un hommage qu'on rend  leur beaut. La comtesse toit faite comme
les autres, elle toit naturellement fire et superbe, et l'amour d'un
si grand prince s'accordoit assez avec sa vanit. D'un autre ct, elle
en craignoit de dangereuses suites, elle en apprhendoit l'clat. Elle
savoit qu'il n'en est pas des Souverains comme des autres hommes; que
leurs passions ne sauroient longtemps tre caches; qu'on observe toutes
leurs dmarches, et qu'eux-mmes servent  se dcouvrir, parce qu'ayant
droit de commander, ils se croient dispenss de garder tant de mesures.
Comme elle toit fort dlicate du ct de l'honneur et de la rputation,
ces dernires penses la troubloient beaucoup. Enfin elle rsolut de
s'en tenir  sa manire d'agir ordinaire, qui toit de ne rien affecter,
ni de chercher  voir le Roi, ni de tcher  l'viter, mais de le
laisser venir et d'observer toutes ses dmarches. Il semble qu'elle
s'exposoit assez, et que le plus sr pour une femme est de fuir les
occasions. Mais celle-ci avoit un fond de vertu sur lequel peut-tre
elle ne devoit pas tant compter; elle ne craignoit rien de sa propre
foiblesse; elle redoutoit seulement les langues malignes et les
jugements tmraires du public; mais elle se flatta toujours qu'elle
dissiperoit assez tous ces nuages par l'clat de son innocence.

Les choses toient en ces termes, lorsque le Roi ne cherchoit qu'une
occasion favorable pour parler  la comtesse, et pour tcher de la
persuader mieux que n'avoit fait le duc de La Feuillade. Cette
occasion s'offrit assez tt, et la Cour tant oblige en ce temps-l
d'aller  Fontainebleau, o la Reine devoit accoucher du dernier enfant
qu'elle eut, et qui mourut peu de temps aprs, la comtesse de L... s'y
rendit aussi[16]. Un lieu si dlicieux et si agrable fut la scne
de tous les vnements que je vais dcrire, o l'amour et la vertu
firent leurs derniers efforts.

Le Roi, qui veilloit toujours sur toutes les dmarches de la comtesse,
savoit qu'elle aimoit  se promener souvent dans le bois, o ce
magnifique chteau est bti; et, comme l'paisseur des arbres empche le
soleil d'y pntrer, on peut s'y promener  toutes les heures du jour.
La comtesse, comme je viens de dire, prenoit souvent ce plaisir, et le
Roi trouvoit ce lieu plus charmant qu'il ne lui avoit jamais paru, et
parce qu'il servoit  entretenir la douce mlancolie o l'amour l'avoit
plong, et parce qu'il savoit que sa chre comtesse en faisoit le lieu
de sa promenade.

Un jour qu'elle s'y promenoit, accompagne seulement de ses femmes, le
Roi, qui le sut d'abord, ne manqua pas de s'y rendre par un autre
chemin, afin qu'il part  la comtesse que leur rencontre n'toit pas un
dessein prmdit de la part du Roi, mais un effet du hasard. Ds
qu'elle vit le Roi de loin, qui n'avoit que peu de gens  sa suite, elle
se prpara d'abord  soutenir un grand combat; elle rougit, elle plit,
elle trembla, sans savoir bien la cause de tous ces mouvements, que
la prsence du Roi n'avoit pas accoutum de lui causer auparavant. Ce
prince amoureux, qui soupiroit depuis longtemps aprs un tte  tte
avec la comtesse, fit connotre  ceux qui toient  sa suite qu'il
vouloit l'entretenir en particulier pour une affaire qui la regardoit.
A ce signal chacun se retira, et les deux suivantes de la comtesse en
firent de mme, quand elles virent approcher le Roi. Il ne l'eut pas
plus tt aborde, et jug qu'il ne pouvoit pas tre entendu de personne,
qu'il lui dit d'un air passionn:--Avouez, Madame, que ce lieu
solitaire est tout--fait propre pour entretenir les tristes penses
d'un amant infortun.--Comme je n'ai jamais prouv ces sortes
d'infortunes, lui dit la comtesse, je ne sais que vous en dire.--Si vous
l'ignorez par votre propre exprience, lui dit le Roi, vous devriez au
moins le savoir par celle que vous en faites faire aux autres.--Je ne
sais pas, rpondit alors la comtesse, ce que les autres sentent pour
moi; mais s'il y en avoit quelqu'un qui ft dans l'tat o vous dites,
il feroit fort bien, s'il me vouloit croire, de mettre son esprit en
repos, et de ne penser plus  moi.--Eh! peut-on s'empcher de penser 
vous, rpartit le Roi prcipitamment, lorsqu'on a vu ces charmes que
vous ne sauriez cacher? O peut-on avoir l'esprit en repos lorsqu'on
sait qu'on aime une inexorable?--Oui, sans doute on le peut, reprit la
comtesse, lorsqu'on veut couter la justice et la raison.--Et quelle
justice, dit alors le Roi, nous dfend d'aimer ce qui est
aimable?--Celle qu'on se doit  soi-mme, et celle qu'on doit aux
autres, lui dit la comtesse.--Eh bien, Madame, rpliqua le Roi, je vous
la rends cette justice en vous aimant comme je fais, puisque je ne vois
rien sous les cieux de si aimable que vous; et je me la rends 
moi-mme, puisque j'ai un coeur sensible, et que la passion dont il
brle m'est plus chre que ma vie. Ce qu'on vous a dit de ma part n'est
pas la centime partie de ce que je sens pour vous; croyez, Madame,
croyez, ajouta le Roi, que je me suis dit  moi-mme tout ce que vous
pourriez me dire pour combattre ma passion; mais elle est plus forte que
tout ce qu'on pourroit lui opposer. Si quelque chose devoit la dtruire,
ce seroient vos rigueurs; mais dsabusez-vous, elles n'en viendront
jamais  bout; elles peuvent me faire mourir, mais elles ne sauroient
m'empcher de vous aimer jusqu'au dernier soupir de ma vie.

Le Roi pronona ces dernires paroles avec tant d'motion et tant de
vhmence que la comtesse en parut touche, et ne put s'empcher de
laisser couler quelques larmes. Elle ne doutoit plus de l'amour du Roi;
ses regards, ses dmarches, ses actions, et ce qu'elle venoit de voir et
d'entendre, lui faisoit assez connotre, que ce monarque aimoit jusqu'
la fureur. Elle en fut fort afflige, et pour l'amour d'elle-mme, et
peut-tre mme pour l'amour de son amant, qu'elle ne pouvoit pas
s'empcher de plaindre. Quand elle se fut un peu rassure, elle dit au
Roi:--Sire, vous pouvez juger de la surprise o je suis, aprs ce que
je viens d'entendre de la bouche d'un grand Roi; et s'il est vrai
que votre tat soit tel que vous venez de le dire, je puis bien vous
assurer que, s'il ne falloit que ma vie pour vous rendre heureux, je
suis prte  vous la sacrifier. Mais comme Votre Majest prtend autre
chose, je veux qu'elle sache que je renoncerois  mille vies, si je les
avois, plutt que d'abandonner ce qui m'est plus cher que la vie, et que
le repos de mon Roi. Elle accompagna ces paroles d'un ton si ferme, que
le coeur du Roi en trembla, voyant qu'on toit  son amour toute sorte
d'esprance. Ce qu'il y avoit ici de rare, c'est que l'un et l'autre
crurent ce qu'ils se disoient d'obligeant; mais ni l'un ni l'autre n'en
furent contents. La comtesse toit persuade que le Roi l'aimoit autant
qu'on le peut, mais cela ne faisoit que l'inquiter. Le Roi, de son
ct, ne douta pas que la comtesse n'et piti de ses maux; quelques
larmes qu'il vit couler de ses beaux yeux en toient des tmoins
fidles; il crut sans peine que la protestation qu'elle lui faisoit de
sacrifier sa vie pour son repos, partoit du fond de son coeur; mais
aussi il ne croyoit que trop ce qu'elle avoit ajout, que son honneur
lui toit plus cher que tout le reste, et c'est l o il ne trouvoit pas
son compte. Il dissimula nanmoins, et, suivant la mthode qu'il avoit
dj marque  son confident, il confirma  cette vertueuse comtesse ce
que le duc de La Feuillade lui avoit protest de sa part: qu'il bornoit
tous ses dsirs au seul plaisir de la voir, de l'aimer, et de lui parler
de son amour.--Vous m'offrez votre vie, pour procurer mon repos, lui
dit ce prince amoureux; c'en est trop, gnreuse comtesse; vous me
puniriez au lieu de m'obliger; je ne vous demande ni cette vie qui
m'est plus chre que la mienne, ni cet honneur qui vous est plus cher
que la vie, et que vous croyez tre l'unique objet de mes prtentions;
je ne veux que vous voir, vous aimer, et vous le dire.--Eh! de quoi vous
peut servir cette vue? lui dit la comtesse; pourquoi voulez-vous
entretenir une passion dont vous n'esprez aucun fruit? A quoi bon un
entretien qui ne fera que troubler votre repos et me rendre
malheureuse?--Ah! que vous savez peu, Madame, lui dit le Roi, en la
regardant avec des yeux qui marquoient toute sa tendresse, que vous
savez peu ce qui se passe dans le coeur des vrais amants! Une parole,
un souris, un regard, la plus petite chose, un rien les contente,
lorsque ce rien vient de la part de leur matresse. Ne me demandez donc
plus quel fruit je prtends retirer de votre vue et de votre
conversation; et n'est-ce pas beaucoup pour un amant que de voir et
d'entretenir sa matresse?--Mais un amant en peut-il demeurer l? reprit
la comtesse. Ne sait-on pas qu'ils ne sont jamais satisfaits; que, quand
ils ont une chose, ils en veulent obtenir une autre? Au nom de Dieu,
Sire, ne me mettez pas, et ne vous mettez pas vous-mme  une si cruelle
preuve.--Ce que vous dites-l, dit le Roi, ne se voit que dans les
passions ordinaires, et quand on aime des beauts communes; mais vous ne
devez rien craindre de semblable; et quand vous le craindriez, et que je
serois assez tmraire pour prtendre quelque chose au-del de ce que je
vous demande, n'tes-vous pas toujours en droit de me la refuser,
et de m'interdire mme la grce que vous m'aurez accorde, de vous voir
et de vous parler de mon amour?

La comtesse trouvoit cette proposition assez raisonnable; mais cela
n'empchoit pas que l'excution ne lui en part difficile pour le Roi,
et l'essai prilleux pour elle. Cependant elle n'osoit trop le
tmoigner, de peur que ce prince ne la souponnt de quelque foiblesse
dont il pourroit tirer avantage. Elle voulut donc lui laisser croire
qu'elle avoit assez de vertu pour se dfendre de ses poursuites, quand
mme il les voudroit pousser trop loin; mais elle prit un autre tour
pour dtourner le Roi de ce dessein o il persistoit toujours. Elle dit
 ce monarque que, bien qu'elle pt s'assurer de sa discrtion, et
qu'elle ne craignt rien de sa propre vertu, elle avoit le monde 
mnager; qu'on ne manqueroit pas de mal interprter les visites d'un
grand roi  une simple comtesse; que de quelque manire qu'il la vit, ou
chez elle ou ailleurs, on ne manqueroit pas de le remarquer et de faire
l-dessus des rflexions qui lui seroient dsavantageuses; et qu'enfin
le Roi, venant  bout de toutes les dames qu'il entreprenoit, s'il en
falloit croire le bruit commun, elle se voyoit perdue de rputation, si
le Roi persistoit dans son dessein.--Laissez parler le monde, lui dit
le Roi, croyez-vous vous mettre  couvert de la mdisance, de quelque
manire que vous viviez? Les mauvaises langues n'pargnent personne; la
vertu mme ne peut pas se garantir de leurs traits; ainsi ne mnageons
point un monde qui nous mnage si peu; faisons seulement notre
devoir et moquons-nous de tout le reste.

La comtesse, qui voyoit que le Roi lui rabattoit tous ses coups, lui
opposa son dernier retranchement, et, reprenant les dernires paroles de
ce prince:--Je conviens, dit-elle, de ce que vous venez de dire, qu'en
faisant son devoir on peut se moquer de tout. Mais le ferai-je mon
devoir, en coutant des discours qui blessent le lien conjugal? Une
femme marie peut-elle entendre une dclaration d'amour d'un autre que
de son mari? Que direz-vous, Sire, l-dessus, ajouta-t-elle en souriant,
si je vous prends pour mon casuiste, et pour le directeur de ma
conscience?--Je vous dirai, dit le Roi, que vous avez l'esprit trop fort
pour vous effaroucher de ce fantme; que vous savez trop bien le monde,
pour vous faire un crime d'une chose si innocente. Il faut laisser ces
vaines terreurs, ajouta-t-il, aux plus petites bourgeoises; mais les
dames comme vous, qui ont l'esprit pur par l'air de la Cour, ne
s'arrtent pas  ces bagatelles.--Vous croyez bien pourtant, dit-elle,
que le comte mon poux, qui a respir toute sa vie ce mme air, en
jugeroit autrement si je le consultois l-dessus?--Je suis sr, Madame,
rpliqua le Roi, qu'il en jugeroit comme moi, quoique peut-tre il ne
vous dt pas sa pense, et la qualit de mari qui veut faire la cour 
sa femme, lui feroit tenir un autre langage.--Mais enfin, dit la
comtesse, quand le comte, mon poux, seroit un de ces maris commodes qui
laissent faire  leurs femmes tout ce qu'elles veulent, sans s'en mettre
en peine, ne dois-je compter pour rien la modestie de mon sexe, ma
propre vertu, ma pudeur et les mouvements de ma conscience, qui
rpugnent  je ne sais quel commerce que vous demandez de moi, et qui ne
peut aboutir  rien de bon? Encore une fois, Sire, je vous le demande
pour dernire grce, si vous avez quelque considration pour moi,
demandez-moi des choses plus raisonnables.--Et que vous puis-je demander
de plus raisonnable, dit alors le Roi, dans la triste situation o je me
trouve? Je brle d'un feu qui me dvore, j'aime sans esprance, je
soupire, je meurs d'amour pour vous, et je ne vous demande que de vous
voir et de vous parler; et vous trouvez que ce que je vous demande est
draisonnable? Peut-on vous demander moins? et la vertu la plus svre
s'en pourroit-elle offenser?

La comtesse, qui vit que le Roi persistoit toujours dans le dessein de
la voir, ne voulut pas lui rpliquer davantage, de peur de l'aigrir, et,
sans lui accorder sa demande, elle se contenta de cesser de lui
contredire; mais comme les amants prennent avantage de tout, le Roi ne
manqua pas d'expliquer en sa faveur le silence de la comtesse. C'est
ainsi qu'ils se sparrent; le Roi continua sa promenade avec ceux qui
l'accompagnoient, et la comtesse reprit le chemin du chteau avec ses
deux femmes.

C'est une maxime certaine en fait d'amour que les femmes vont toujours
plus loin qu'elles ne pensent, et les hommes au contraire se flattent
d'avoir fait plus de chemin qu'ils n'ont fait en effet. Cela ne manqua
pas d'arriver au Roi et  la comtesse, aprs leur dernier
entretien. Ce monarque fut assez satisfait de sa matresse, et il ne
jugea plus cette conqute aussi difficile qu'il avoit cru au
commencement; au moins il ne la jugea pas impossible. La comtesse lui
parut assez traitable, et il ne remarqua pas en elle cette mme svrit
qui lui avoit fait tant de peur. Cependant cet amant se flattoit, et
l'heure d'aimer de la comtesse n'toit pas encore venue. Mais aussi
cette vertueuse dame, qui n'y entendoit point de finesse, s'toit plus
avance qu'elle ne croyoit, ce qui fut la cause de l'erreur du Roi. Ils
reconnurent bientt l'un et l'autre qu'ils s'toient tromps, lui de
croire qu'on le regardoit favorablement; elle, de s'imaginer qu'elle
avoit soutenu jusques au bout sa premire svrit. Ce prince impatient,
et par l'excs de son amour et par la facilit qu'il avoit trouve dans
toutes ses autres matresses, et parce qu'un roi se lasse bientt
d'attendre, chercha une nouvelle occasion de voir la comtesse, et de
pousser plus loin les affaires.

Comme les principaux de la Cour avoient un appartement dans le grand et
magnifique palais de Fontainebleau, le comte de L... et la comtesse sa
femme y avoient aussi le leur. Cela fournissoit au Roi la commodit de
la voir, et fit natre l'occasion qu'il attendoit avec tant
d'impatience. Un jour que ce prince vit la porte de l'appartement de la
comtesse entr'ouverte, il eut la curiosit d'y regarder, et, ne voyant
personne, il entra comme  la drobe. Il ne se fut pas plus tt
approch d'un lit de repos qu'il y avoit dans cette chambre, qu'il vit
la comtesse tout endormie. C'toit dans les plus grandes chaleurs
de l't; et ses filles, voyant leur matresse qui reposoit, prirent ce
temps pour s'carter un petit moment. Cette charmante personne toit
tendue ngligemment sur ce lit; elle toit seule dans sa chambre, et on
auroit dit que tout cela s'toit fait de concert, pour donner le moyen
au Roi de surprendre une place qu'il n'osoit attaquer ouvertement. Son
coeur fut agit de mille diffrentes penses; il craignoit et il
dsiroit tout  la fois. Il ne savoit s'il se contenteroit de regarder
sa matresse qui dormoit si tranquillement. Il ne savoit s'il ne devoit
lui drober un baiser et profiter d'une occasion si favorable, qui
peut-tre ne reviendroit jamais; d'un autre ct, il craignoit de
l'offenser, et que la comtesse venant  s'veiller ne lui pardonnt
jamais cet attentat, et lui dfendt absolument de la voir.

Il toit dans cette cruelle incertitude, lorsque la gorge de cette belle
comtesse venant  se dcouvrir par quelque mouvement qu'elle fit en
dormant, acheva de le dterminer, et n'coutant plus que l'excs de sa
passion, il posa ses mains sur ces deux boules de neige, et les baisa
trois ou quatre fois de sa bouche royale. La comtesse, qui sentit
d'abord cet attouchement dans une partie si dlicate, s'veilla en
sursaut et fit un grand cri; et voyant que c'toit le Roi, et que ses
filles s'en toient alles, elle crut qu'on l'avoit trahie, et qu'on
vouloit la prostituer  ce monarque. Cette pense lui fit tant
d'horreur, qu'elle ne put s'empcher de le tmoigner:--Allez, lui
dit-elle, monstre excrable, tez-vous pour jamais de devant mes
yeux, ou faites-moi promptement mourir, puisqu'en vous parlant ainsi, je
suis criminelle de lse-Majest.

Le Roi, qui vit bien la faute qu'il avoit faite, voulut essayer de
l'apaiser; mais elle ne lui donna pas le temps de parler, et, se
dbarrassant des bras du Roi, elle gagna d'abord la porte, et laissa cet
amant plus mort que vif. Cependant le cri que la comtesse avoit fait
avoit t ou de plusieurs personnes, et particulirement du comte de
L... qui, reconnaissant la voix de sa femme, accourut en diligence pour
voir ce que cela pouvoit tre. Il ne fut pas plus tt  la porte de sa
chambre qu'il en vit sortir le Roi, et, ne voyant point sa femme, il ne
savoit que penser de cette aventure. Le Roi, qui ne douta pas que le
comte n'entrt dans des soupons qui pourroient faire tort  la comtesse
et traverser son amour, aima mieux lui dire la chose comme elle toit,
que de le laisser dans cette cruelle incertitude. Mais il n'eut garde de
lui parler de la passion qu'il avoit pour la comtesse. Il lui dit donc
sans faon:--Comte, je vois que tu es en peine de ta femme, et que tu
veux savoir la cause de ce grand cri qu'elle a fait. Je te dirai que je
suis entr fortuitement dans sa chambre, et, la voyant endormie, j'ai
voulu lui donner un baiser, ce qui l'a fait lever en sursaut. Va, comte,
tu dois te fliciter d'avoir une femme si chatouilleuse; j'en connois
bien d'autres qui, au lieu de s'veiller, se seroient d'abord
rendormies, ou en auroient fait le semblant.

Le comte, qui se crut oblig de rpondre galamment au Roi, lui dit:
Sire, ma femme n'est pas d'une meilleure trempe que les autres, et si
elle et su que c'toit votre Majest, infailliblement elle auroit fait
semblant de dormir; mais son sommeil l'a trompe, et l'a empche de
vous reconnotre quand elle a jet ce grand cri.--Elle m'a fort bien
reconnu, reprit le Roi, et je t'assure que si ta femme est toujours si
franche, tu n'as pas sujet d'en tre jaloux.

La chose ne fut pas pousse plus loin; le Roi se retira dans son cabinet
et congdia le comte, qui n'eut pas le moindre soupon de l'amour du
Roi, et la comtesse, revenue de sa frayeur, retourna dans son
appartement, aprs avoir bien grond ses filles de ce qu'elles l'avoient
laisse toute seule.

Cependant le Roi, qui voyoit que cette affaire n'auroit point de suite
fcheuse, puisque celui qui y avoit le plus d'intrt la traitoit de
bagatelle, et qu'il esproit de faire bientt la paix avec la comtesse,
ne put s'empcher de faire un couplet de chanson sur cette aventure, et,
quoiqu'elle se chantt en ce temps-l, on n'en a su le vritable sujet
que quelques annes aprs. Quoique ces vers soient presque connus de
tout le monde, je ne laisserai pas de les rapporter ici:

    Jamais Iris ne me parut si belle,
    Que l'autre jour dans un profond sommeil;
    Sa cruaut sommeilloit avec elle,
    Et je baisai son teint blanc et vermeil,
            Quand, par malheur,
          Je vis  son rveil
          Rveiller sa rigueur.

Le comte ne vit pas plus tt sa femme, qu'il lui fit mille railleries
sur ce qui venoit de lui arriver. Elle ne savoit d'abord comment y
rpondre; elle ne traitoit point comme son mari cette affaire de
bagatelle; elle connoissoit le coeur du Roi et le motif qui le faisoit
agir ainsi; tout cela changeoit la nature de l'affaire; mais c'toient
des mystres pour le comte. Sa femme le reconnut d'abord, quand elle vit
qu'il le prenoit sur un ton railleur. De sorte que, revenue de sa
premire motion, elle crut qu'elle devoit feindre, dissimuler son juste
ressentiment, et prendre le tour que son mari donneroit  cette
aventure. Il fallut pourtant qu'elle se ft une grande violence, la
libert que le Roi s'toit donne, aprs les protestations qu'il lui
avoit faites, toit une chose qu'elle ne pouvoit pas lui pardonner et
qui lui tenoit fort au coeur. Mais elle voyoit qu'il toit pour elle
de la dernire importance de cacher  son mari une chose si dlicate, et
qui auroit pu troubler le bonheur de leur mariage. Le voyant donc
heureusement prvenu par le discours que le Roi lui avoit tenu en
sortant de sa chambre, elle rpondit comme elle devoit  toutes ses
railleries, et en femme qui entend son monde:--Je vous trouve fort
plaisant, dit-elle au comte, de me railler d'une chose o vous avez pour
le moins autant d'intrt que moi. Il falloit pour la raret du fait que
je fisse toujours semblant de dormir, et que je laissasse pousser
l'affaire jusqu'au bout; vous auriez vu si les rieurs seroient de votre
ct.--Vous auriez agi en femme prudente, lui dit le comte, qui sait
accommoder ses plaisirs avec son honneur; car, ayant toujours dit
que vous tiez endormie, on n'avoit rien  vous reprocher; c'est la
volont qui fait tout en ces affaires, et la vtre n'y ayant point de
part, vous tiez innocente au jugement du monde.--Sans mentir, lui dit
la comtesse, vous me donnez l de belles leons; il me prend envie d'en
profiter une autre fois.--Il n'est plus temps, Madame, lui dit le comte,
qui toit toujours en humeur de railler; on sait dj que vous tes
extrmement chatouilleuse, et que vous avez le dormir fort dlicat, et
que le mouvement d'une mouche suffit pour vous veiller. Et puis,
ajouta-t-il, qui osera dsormais vous approcher, puisque vous ne pouvez
souffrir les caresses du Roi?--Voulez-vous que je vous dise ce qui en
est? rpliqua la comtesse, qui vouloit plaisanter  son tour. Quand on
dort, on ne sait ce qu'on fait; mais si le Roi se ft prsent  moi
quand j'tois veille, peut-tre que je n'aurois pas t si cruelle, et
que j'aurois mieux reu ses caresses. Je vous prie, Monsieur le comte,
de lui en faire mes excuses.--Vous ferez cela mieux que moi, rpondit le
comte, ou, pour mieux dire, il n'y a point ici d'excuse  faire. Que
savez-vous si le Roi trouveroit en vous les mmes agrments quand vous
seriez veille, qu'il a pu y remarquer lorsque vous dormiez? vous savez
que ces sortes de choses dpendent entirement du caprice; un certain
air nglig ravit quelquefois un coeur que toute la parure d'une dame
ne sauroit jamais attraper. Ainsi consolez-vous, vous avez manqu votre
coup; le Roi trouvoit alors de certains charmes en vous, qu'il n'y
remarquera plus; vous voil dchue de vos prtentions, si tant est que
vous ayez aspir  cette gloire, tant recherche des dames, d'tre la
matresse du Roi.

La confiance que le comte avoit en la vertu de sa femme le faisoit
parler ainsi. Il avoit raison de s'y confier; mais s'il avoit su que le
Roi brloit pour elle, et qu'elle en toit bien informe, il n'auroit
pas eu tant d'assurance, connoissant, comme il faisoit, la fragilit du
sexe.

Cette petite aventure qui venoit d'arriver au Roi et  la comtesse,
servit d'entretien  la cour durant quelques jours; mais tout ce qui
s'en dit ne fit aucun tort  la vertu de cette dame, et personne ne
souponna que le Roi en ft amoureux. On crut seulement qu'il vouloit se
divertir, par l'occasion agrable qui s'offrit  lui, sans avoir d'autre
dessein. Il n'en toit pas de mme du duc de La Feuillade, qui savoit
l'attachement du Roi pour cette comtesse. Il n'ignoroit pas pourquoi le
Roi s'toit ainsi mancip; mais il regrettoit pour ce prince d'avoir si
mal russi, et il blmoit dans son coeur la cruaut de la dame. Le
lecteur peut bien juger qu'il y en avoit un assez grand nombre  la
cour, qui auroient voulu tre  sa place, qui n'auroient pas eu tant de
honte qu'elle de se montrer en cet tat aux yeux du Roi, ou qui, pour
cacher cette honte, auroient fait semblant de dormir.

Tandis que les Messieurs et les Dames s'entretenoient de cette affaire,
et que chacun en jugeoit selon son humeur, le Roi toit fort inquiet,
et il ne savoit comment se raccommoder avec sa fire matresse. Au
fond, l'offense n'toit pas d'une nature qui mritt une grande
punition, et qui dt si fort irriter le coeur d'une dame. Mais il
connoissoit l'humeur de la comtesse, et il craignoit toujours cette
vertu austre qu'il avoit remarque en elle. Avant que de se dterminer
de quelle manire il devoit se comporter avec elle, il voulut la voir en
public, et tcher de connotre dans ses yeux et par ses manires, quel
toit l'tat de son coeur. Il ne l'eut pas plus tt vue, qu'il jugea
d'abord qu'elle n'toit pas si irrite qu'elle lui avoit paru lorsqu'il
s'mancipa de la manire que j'ai dj dit, et qu'elle dit au Roi ces
grosses injures. En effet sa pense toit, comme je l'ai remarqu, que
ses filles l'avoient trahie et l'avoient abandonne pour la livrer aux
desseins du Roi, et ce fut la cause qu'elle ne put pas retenir son
ressentiment. Mais quand elle eut reconnu par les discours de ses
filles, qu'elles toient innocentes d'une si noire trahison, et que ce
qui toit arriv toit un effet du hasard, sa plus grande colre fut
amortie; et, dans son me, elle ne pouvoit condamner la libert d'un
amant qui trouvoit une occasion si favorable. Elle joignoit  cela les
paroles choquantes qu'elle avoit dites au Roi, et que ce monarque avoit
doucement avales. Toutes ces confidences servoient  dsarmer la
comtesse. Elle toit dans cet tat, quand le Roi la vit dans une
compagnie de dames; et, comme il est bon physionomiste, comme le sont
presque tous les amants, il connut d'abord ce qui se passoit dans le
coeur de sa matresse. Il la vit rougir, ds qu'elle aperut le
Roi, puis baisser doucement les yeux par une espce de honte, tourner
quelquefois la tte d'un autre ct, parler  btons rompus, parotre
distraite, inquite, interdite; avec tout cela, il n'y remarqua rien
d'ennemi, et il jugea seulement que le souvenir de ce qui s'toit pass
le jour prcdent la dconcertoit un peu.

Ce fut la cause que le Roi se priva quelques jours de la voir, pour lui
donner le temps de se remettre. Mais ne pouvant vivre si longtemps sans
l'entretenir de quelque manire, il lui crivit ce billet:

    _Quelque envie que j'aie de vous parler, je n'ose pas
    l'entreprendre; les derniers discours que vous me tntes sont si
    terribles pour moi, que je n'oserai jamais me prsenter devant
    vous, si je n'en ai une permission signe de votre main, qui
    porte l'absolution de mon crime. Je l'appelle ainsi par rapport
     vous; mais si vous consultez l'amour, si vous consultez votre
    miroir, au lieu de blmer mon trop de hardiesse, vous louerez ma
    discrtion et ma retenue. Je veux bien pourtant soumettre mon
    jugement au vtre, et je l'attends avec impatience afin de m'y
    conformer et de rgler ma conduite l-dessus._

La comtesse reut ce billet, et y rpondit ce peu de mots:

    _On vous pardonne tout, parce que vous tes Roi. Je rcuse le
    tribunal de l'amour, c'est un petit tourdi qui ne juge que par
    caprice. Si vous me voulez voir, ne consultez plus un si mchant
    conseiller. Consultez plutt la sagesse, la justice et la
    raison, et l'on vous coutera._

Quoique ce billet n'et rien de tendre, le Roi parut en tre satisfait,
et c'toit assez que la comtesse lui permt encore de la voir, sauf 
lui  tenir les conditions o elle l'engageoit. Mais en amour, on promet
tout, et souvent on ne tient rien.

Le Roi se voyant ainsi rtabli dans les bonnes grces de sa matresse,
ne songea qu' pousser son premier dessein. Ce ne furent que bals, que
festins, que carrousels, que parties de chasse, pendant le sjour du Roi
 Fontainebleau; et tout cela se faisoit en faveur de la comtesse.
Quoiqu'elle n'et aucun dessein de rien accorder au Roi, elle n'toit
pas fche d'en tre aime; elle sentoit mme que, si elle toit capable
de quelque engagement, ce seroit plutt pour le Roi que pour toute autre
personne; elle admiroit sa bonne mine, son port, et ces manires nobles
qui accompagnoient tout ce qu'il faisoit; elle trouvoit qu'il faisoit
tout en Roi, et ce dernier caractre toit plus propre pour gagner une
dame qui toit fire naturellement. Mais sa vertu lui toit d'un grand
secours, qui arrtoit le penchant qu'elle avoit pour le Monarque. Elle
l'aimoit peut-tre autant qu'aucune de ses matresses, qui n'avoient
rien de rserv pour ce prince; et si le Roi et pu voir son coeur, il
y auroit peut-tre vu autant de tendresse qu'en pouvoit avoir la
Montespan et La Valire mme. Mais, comme je viens de dire, sa vertu
toit un frein qui retenoit ses dsirs, et qui lui faisoit un crime
d'une tendresse qu'elle chrissoit dans le fond, et qu'elle ne put
jamais touffer.

Combien de fois a-t-elle souhait de n'avoir jamais vu le Roi! Elle
cherchoit en lui des dfauts qu'elle pt har; mais elle n'y en trouvoit
pas; de quelque manire qu'elle regardt ce Monarque, elle le trouvoit
toujours charmant. Elle l'auroit voulu voir toujours, et elle ne
craignoit rien tant que sa vue. Il lui sembloit que toute sa vertu
l'abandonnoit quand elle voyoit parotre ce prince. Pourquoi se
contraindre, disoit-elle quelquefois en elle-mme? Suivons un penchant
si doux: serai-je la seule ennemie de mon contentement? Je suis adore
de ce que j'aime; j'ai un mari commode[17]; ma rputation est si bien
tablie que je n'ai rien  craindre de la mdisance, et pourquoi donc ne
suivre pas une passion qui a tant de charmes pour moi? Mais un moment
aprs, elle se reprenoit, et faisant rflexion sur les suites funestes
de ce fatal engagement: Je serai, disoit-elle, l'une des matresses du
Roi; j'en suis aime, j'en suis estime aujourd'hui, et demain j'en
serai mprise. Il se dgotera de moi comme il a fait des autres; et
quand cela ne seroit pas, pourrai-je me rsoudre  vivre sans honneur
dans le monde, abandonne de mon mari, mprise de tous les honntes
gens, et travaille d'un cruel remords qui me dvorera jour et nuit? Je
mourrai plutt, ajoutoit-elle, avant que de tomber dans ce malheur.

Le Roi qui ne pouvoit pas savoir ce qui se passoit dans son coeur, ne
croyoit pas tre si avant dans ses bonnes grces; il ne savoit pas
que la vertu de la comtesse toit le seul ennemi qu'il avoit 
combattre; il ne songeoit qu' s'en faire aimer, quoique cela ft fait
depuis longtemps; mais la comtesse appliquoit tous ses soins  le lui
cacher, et vivoit avec lui d'une manire extrmement rserve.--Ne me
direz-vous jamais, Madame, lui dit un jour le Roi qui la pressoit plus
qu' l'ordinaire, de quelle manire je suis dans votre esprit? Est-ce
comme ami ou comme ennemi?--On ne traite pas les ennemis de la manire
qu'on vous traite, lui dit la comtesse d'un ton radouci.--Mais de quelle
manire me traitez-vous? lui dit le Roi; puis-je tre content de toutes
ces marques extrieures de civilit qu'on rend  tout le monde?
Traitez-moi, je vous prie, avec moins de respect, et rendez-moi un peu
de cette tendresse dont mon coeur est rempli pour vous.--Je vous
rends, dit-elle, ce que je puis et ce que je dois, et je vous supplie de
ne m'en demander pas davantage.--Votre pouvoir est bien petit  ce que
je vois, lui dit cet amant; mais c'est votre rigueur qui le veut borner
ainsi, et vous vous faites un devoir  votre mode, et qui s'accommode
assez avec votre indiffrence.--Je voudrois que cela ft, lui rpliqua
la comtesse.--Eh! qu'est-ce donc, lui dit le Roi, qui vous fait vivre
avec moi d'une manire si rserve?--C'est que vous tes le plus
redoutable de tous les hommes, lui dit alors la comtesse, tmoin ce que
vous ftes l'autre jour.--Il parot bien, Madame, rpliqua le Roi, que
je ne le suis pas beaucoup, et que vous l'tes bien davantage, puisque
je n'ose vous attaquer que tout endormie, et encore est-ce en
tremblant! mais que je me soucie peu que vous me croyiez redoutable! je
ne songe qu' me faire aimer, et non  me faire craindre.--L'un ne va
jamais sans l'autre, dit la comtesse, et vous en savez plus que moi sur
cette matire.--Eh! de quoi me sert toute ma science, dit alors le Roi,
si je n'ai pas pu encore vous l'apprendre ni vous obliger  m'aimer?--Je
voudrois employer la mienne  vous gurir et  vous mettre en repos, lui
rpliqua la comtesse.--Pour gurir, lui dit le Roi, cela n'arrivera
jamais, et, pour me mettre en repos, il ne dpend que de vous.--Je vous
ai dj dit, Sire, lui rpliqua la comtesse, que s'il ne falloit que ma
vie, vous auriez ce que vous dsirez; ne me reprochez donc plus que je
suis insensible, et croyez que je suis plus  plaindre que vous ne
pensez.

Le Roi ne voulut pas la presser davantage de peur de l'irriter; et elle
se contenta de lui parler d'une manire ambigu, et qu'on pouvoit
galement appliquer ou aux sentiments tendres qu'elle avoit pour le Roi,
ou  l'importunit que lui causoit son amour.

Le lendemain de cette conversation, le Roi voulut se donner le plaisir
de la chasse, o un grand nombre de seigneurs et de dames devoient
accompagner Sa Majest. Ce prince, qui avoit toujours son amour en tte,
communiqua un dessein qu'il avoit au duc de La Feuillade, qui devoit
aussi l'accompagner, afin qu'il employt toute son adresse  le faire
russir. Le jour ne fut pas plus tt venu que tout se disposa pour cette
chasse. On ne pouvoit rien voir de plus beau que cet quipage; tout
rpondoit  l'ordre et  la magnificence du Roi. Les dames ressembloient
 de jeunes amazones, et les messieurs s'toient ajusts d'une manire
qui avoit quelque chose de galant et de guerrier. Le Roi surtout se
distinguoit par dessus tous les autres, et, avec cette mine fire et cet
quipage de chasseur, on l'auroit pris pour un Mars ou pour un Apollon.
Il avoit toujours les yeux sur sa matresse, et il pensoit bien moins
aux btes qu'on alloit courre, qu'au coeur qu'il avoit dessein de
surprendre. On ne fut pas longtemps dans la fort, que les chiens
lancrent divers cerfs, et plusieurs autres btes fauves; les uns se
mirent  piquer[18] aprs les chiens, et les autres  se poster en
divers endroits, pour voir passer la bte.

Comme je n'ai pas dessein de dcrire cette chasse, je dirai seulement
qu'il se fit tant de courses, tant de tours  droite et  gauche dans
ces vastes forts de Fontainebleau, que la plupart de ceux qui formoient
cette partie de chasse furent disperss en divers endroits. Le Roi ne
perdoit jamais de vue la comtesse, qu'il regardoit dj comme sa proie,
et le duc de La Feuillade, qui conduisoit toute cette affaire, la fit
russir selon les dsirs du Roi. Il le fit avec tant d'adresse, en
plaant les chasseurs dans de certains postes, et les dames en
d'autres, sous prtexte de donner  tous le plaisir de cette agrable
chasse, que le Roi se trouva, je ne sais comment, tout seul avec la
comtesse, dans le lieu le plus cart du bois, sans qu'elle et eu le
temps de s'apercevoir que ses compagnes l'avoient abandonne, et que
tout le reste de cette illustre troupe couroit, ou plutt voloit avec
une ardeur incroyable.

Qui pourroit dcrire son tonnement de se trouver seule avec le Roi dans
un lieu dsert et solitaire; ne voyant personne pour venir  son
secours, et n'ayant plus ni le son du cor, ni l'aboiement des chiens, ni
les cris des chasseurs? Le lieu o ils se trouvrent toit un vallon
couvert de deux petites montagnes, ombrag d'un grand nombre d'arbres 
haute futaie, au pied desquels couloit un ruisseau, dont le murmure
faisoit un bruit agrable. Cette situation fut cause qu'on perdit de vue
tous les chasseurs, et qu'on n'entendit plus ce bruit qui accompagne
ordinairement la chasse. Enfin il sembloit que Vnus et Diane s'toient
donn le mot pour faire venir en ce lieu nos deux amants.

Toutes choses sembloient conspirer au bonheur du Roi, et il croyoit de
toucher  ce moment heureux aprs lequel il avoit tant soupir,
lorsqu'il remarqua un changement considrable sur le visage de la
comtesse. Cette pauvre dame blmit, trembla, et fut saisie d'une sueur
froide, comme si elle alloit rendre l'me. Le Roi lui demanda si elle se
trouvoit mal, et elle lui ayant rpondu que non, il comprit d'abord
quelle toit la cause de ce changement. C'toit comme une innocente
colombe qui se voit dj entre les griffes d'un vautour. Elle fit
pourtant tout ce qu'elle put pour se remettre, pour ne donner pas 
penser au Roi qu'elle se dfioit de lui, et qu'elle ne se croyoit pas en
sret. Elle fit donc un effort sur elle-mme, et, aprs avoir lou la
beaut du lieu, elle dit qu'elle toit surprise de ne voir personne, et
que, si Sa Majest le trouvoit bon, ils monteroient sur une de ces
collines, pour dcouvrir de quel ct pouvoient tre les
chasseurs.--N'en soyez point en peine, Madame, lui dit le Roi, nous les
trouverons assez; dlassons-nous cependant, et puisque vous trouvez ce
lieu agrable, nous ferons bien d'en considrer les beauts.

En disant cela, il descendit promptement de cheval, et voulut aider la
comtesse pour en faire de mme,  quoi elle s'opposa autant qu'elle put,
disant que ce n'toit point la peine, et qu'elle verroit plus
commodment tous les lieux que le Roi vouloit lui faire voir, que si
elle toit oblige de marcher.--Eh! bien, nous nous reposerons, et nous
ferons reposer nos chevaux, dit le Roi. Enfin il la pressa si fort de
descendre de cheval, qu'elle ne put plus s'en dfendre; le Roi la prit
entre ses bras, et il ne pouvoit contenir sa joie, d'avoir en son
pouvoir ce qu'il aimoit le plus dans le monde.

Aprs avoir attach lui-mme les chevaux  un arbre, il prit la comtesse
par la main, et la fit asseoir sur un gazon extrmement vert, tel que
les potes nous le dcrivent dans leurs fables, et qui sembloit n'avoir
jamais t foul par les hommes, tant il toit beau et riant.--Avouez,
Madame, lui dit le Roi, que c'est un lieu bien charmant.--Je le
trouve comme vous, rpliqua la comtesse, mais il y a quelque chose de
trop sombre et mme d'affreux; cela vient sans doute de ce qu'il est si
peu habit.--Et quelle habitation plus belle, peut-on lui souhaiter, dit
alors le Roi, que celle de votre charmante personne? Il suffit que vous
y tes pour rendre ce lieu le plus beau qui soit dans l'univers; et pour
moi, je renoncerois de bon coeur  toute la magnificence de ma cour
pour y passer toute ma vie auprs de vous.

En disant cela, il prit une de ses belles mains qu'il serra
passionnment, et qu'il baisa plusieurs fois avec une tendresse extrme.
La comtesse n'eut pas la force de retirer sa main, soit que la crainte
se ft empare de son coeur, soit qu'aimant vritablement le Roi, elle
ne crt pas lui devoir refuser cette petite faveur. Ce prince amoureux,
qui n'avoit pas dessein d'en demeurer l, et qui vouloit pousser plus
loin sa conqute, ne songea qu' gagner toujours du terrain; il mit sa
main sur la gorge de la comtesse, et essaya de lui prendre quelques
baisers; mais elle le repoussa et lui dit d'un ton svre:--N'toit-ce
que pour cela que vous m'arrtiez ici? Je vous prie, Sire, remontons 
cheval, et tchons de rejoindre notre compagnie.--Et o voulez-vous
aller, Madame? lui dit le Roi. Nous ne savons pas la route qu'ils ont
prise; au lieu d'aller o ils sont, nous prendrons peut-tre un lieu
oppos; le plus sr est de les attendre ici, et nous les verrons bientt
parotre par quelque endroit.--Mais que dira-t-on de vous et de
moi, lui dit la comtesse, quand on saura que nous avons t tous deux
ensemble dans ce lieu dsert, l'espace d'une heure?--Eh! il n'y a qu'un
moment que nous y sommes, lui dit cet amant passionn; il parot bien
que vous ne vous plaisez gure avec moi. Et quand nous y serions deux
heures entires, que craignez-vous? la rputation de votre vertu vous
met  couvert de tout. Ne craignez rien, Madame, ne craignez rien de ce
ct-l; donnons-nous entiers  l'amour; tout nous y convie; personne ne
nous voit ici, et vous voyez un prince  vos pieds, prt  expirer par
la violence de sa passion, si vous n'avez piti de ses maux.--Ce n'est
pas pourtant ce que vous m'aviez promis, dit la comtesse, que vous
n'attenteriez jamais rien contre mon devoir.--Ah! cruelle, lui dit le
Roi, que vous connoissez peu les lois de l'amour? Est-ce  un esclave 
tenir ses promesses? Je ne suis plus  moi, je suis tout  vous, ma
chre comtesse; je me sens entran par une force irrsistible; je ne
suis plus matre de mes mouvements; je ne puis que vous aimer, je ne
puis que vous le dire, et je me sens mourir si vous ne prenez piti d'un
malheureux.

Le Roi accompagna ces paroles de plusieurs soupirs et de quelques
larmes, qui attendrirent le coeur de la comtesse. Elle aimoit ce
prince; mais elle ne pouvoit jamais se rsoudre  lui abandonner ce
qu'elle avoit de plus cher au monde.--Si un amour rciproque vous peut
contenter, lui dit cette sage comtesse, je vous ferai, Sire, une
dclaration que je ne vous ai jamais faite, et que rien ne seroit
capable de m'arracher, si elle n'toit sincre; je vous aime, mon cher
prince, car je puis bien vous nommer ainsi, avec toute l'ardeur et toute
la tendresse dont une femme comme moi peut tre capable; oui, je vous
aime autant qu'on peut aimer; mais je ne puis renoncer pour vous 
l'honneur,  la vertu, ni  aucune chose qui me puisse faire perdre
votre estime.

Ces paroles de la comtesse ne firent qu'enflammer davantage le coeur
du Roi. Il venoit d'entendre de la bouche de sa matresse, qu'il en
toit tendrement aim; il n'est rien de si doux pour un amant passionn,
et ce prince ne pouvoit pas contenir sa joie.--Mais seroit-il bien vrai
que vous m'aimassiez, dit-il  sa charmante comtesse, et que vous m'en
donniez si peu de marques! Non, quoique vous en veuilliez dire, vous
n'avez jamais senti les traits de l'amour.--Hlas! si je ne vous aimois,
lui rpondit-elle avec un air languissant, je ne vous souffrirois pas
comme je vous souffre.--Eh! croyez-vous, Madame, lui dit le Roi, qu'un
coeur qui vous aime se puisse contenter de si peu de chose? Ah! que
vous aimez foiblement si vous en jugez ainsi!

Alors ce prince, devenu plus hardi par la dclaration que la comtesse
venoit de lui faire, attacha sa bouche contre la sienne, et lui donna un
baiser dont elle ne put jamais se dfendre; elle se laissoit entraner
par un si doux charme; l'honneur ne battoit dj que d'une aile; l'amour
commenoit d'avoir le dessus, et le Roi, profitant d'un temps si
prcieux  l'amour, alloit se mettre en possession d'un bien qui
lui toit plus cher alors que sa couronne, lorsque la comtesse, revenant
comme d'un profond assoupissement, et voyant qu'elle ne pouvoit plus
rsister au Roi, fit semblant de consentir  tous ses dsirs, et le pria
seulement de changer de place, disant qu'elle toit incommode dans
cette assiette.

Le Roi, qui voyoit qu'en procurant le plaisir de la comtesse, il ne
feroit qu'augmenter le sien, consentit sans peine  tout ce qu'elle
voulut. Ils changrent d'abord de place, et la comtesse, prenant son
temps, saisit l'pe du Roi, qu'elle tira du fourreau, et recula trois
ou quatre pas en arrire. Le Roi qui crut qu'elle vouloit s'en servir
contre lui, s'alla jeter  ses pieds, et lui dit:--Madame, si vous
demandez ma mort, me voici prt  la recevoir de votre main.--Non, Sire,
lui dit la comtesse, ce n'est pas votre mort que je demande; ma main ne
vous fera jamais aucun mal, vous n'tes point coupable. Mais c'est moi,
c'est moi que je veux punir de la foiblesse o je suis tombe par mon
malheur.

En disant cela, elle alloit tourner la pointe de l'pe contre son
estomac, si le Roi ne l'et empche.--Qu'allez-vous faire, dit-il,
trop vertueuse comtesse? vous n'avez rien  vous reprocher; eh! pourquoi
voulez-vous vous punir d'un crime que vous n'avez point commis?--Il est
vrai, dit-elle, mais c'est pour m'empcher de le commettre.

Le Roi touch du triste tat o il la voyoit, promit de ne la presser
plus; et en effet elle toit plus propre alors  inspirer la
compassion que l'amour, et l'on voyoit dans ses yeux et sur son visage
toutes les marques d'un vritable dsespoir. De sorte que le Roi, qui
l'aimoit plus que sa propre vie, et qui craignoit pour elle quelque
chose de funeste, lui redemanda son pe, la fit remonter  cheval, et,
aprs y tre mont lui-mme, ils sortirent de ce vallon, montrent sur
une des deux collines, et dcouvrirent de loin leurs chasseurs qui
venoient de forcer un cerf. Ils toient assez en peine de savoir o
pouvoit tre le Roi, et il n'y avoit que le duc de La Feuillade qui
s'imagint ce qui en toit. Il ne les eut pas plus tt joints, qu'il
leur dit qu'il s'toit post  un endroit avec la comtesse, o il
croyoit voir passer la bte, mais qu'il n'avoit pas eu tout le plaisir
qu'il s'toit promis, ni la comtesse non plus, avec laquelle il avoit
espr de le partager. Il n'y eut que le duc de La Feuillade, qui savoit
l'amour du Roi, qui comprit le sens cach de ces paroles. Et la
comtesse, qui vouloit bien qu'on l'entendt de la chasse, prit
incontinent la parole et dit qu'elle ne s'toit jamais tant
ennuye.--Vous ne devez vous en prendre qu' moi, lui dit ce prince,
car c'est moi qui vous ai conseill de prendre ce mchant poste.--Je ne
m'en prends, dit-elle, qu' ma mauvaise fortune, ou  cette maudite
bte, qui n'a pas voulu passer devant nous, et qui fuit, je crois,
devant Votre Majest, comme tous vos autres ennemis.

Quoiqu'elle n'et pas grande envie de plaisanter, elle fit pourtant un
effort sur elle-mme, pour cacher le dsordre de son coeur, qui toit
encore tout troubl de ce qui venoit de lui arriver. Ce fut ainsi
que se passa cette chasse, o le Roi n'obtint pas tout ce qu'il auroit
voulu, mais o il reconnut pourtant qu'il toit plus aim qu'il ne
s'toit imagin. Il ne pouvoit comprendre qu'une femme qui l'aimoit si
tendrement, qui l'avoit dit  lui-mme, et qui en avoit donn des
marques plus certaines encore que ses paroles, pt se refuser un plaisir
qui est le tribut ordinaire de l'amour, et la fin que tous les amants se
proposent. Cela le passoit, et il toit si peu accoutum  voir de
semblables prodiges de vertu, qu'il ne pouvoit se lasser d'admirer celle
de la comtesse, quoique ce ft cette vertu qui seule toit contraire 
son amour et s'opposoit  tous ses dsirs.

Ce fut aussi environ en ce temps-l que le Roi dit ces paroles, que j'ai
rapportes au commencement de cette Histoire, qu'il n'y avoit que deux
femmes  la Cour qui fussent vritablement chastes, et pour lesquelles
il feroit serment qu'elles toient fidles  leurs maris. C'toit la
Reine, comme j'ai dit, et la comtesse de L..., qu'il venoit de mettre 
une si grande preuve.

Cependant cette vertu, dont le Roi n'toit que trop persuad, ne fut pas
capable de refroidir son amour. S'il n'en et pas t aim, peut-tre
qu'il auroit abandonn le dessein de cette conqute, qu'il auroit
regarde comme une chose impossible, ayant  combattre ces deux
redoutables ennemis, l'honneur et l'aversion de sa matresse. Mais,
ayant l'amour de son ct, il se flatta toujours de quelque esprance.
Il avoit vu cet honneur presqu'aux abois, et, sans ce moment fatal
qui fit faire quelque rflexion  la comtesse, il alloit tre le plus
heureux de tous les amants. Enfin, on peut dire que l'amour du Roi
augmentoit par toutes ces difficults, et que la gloire et l'ambition,
dont il est si fort touch, s'y mloient en quelque sorte. Il se faisoit
une espce d'honneur de triompher de la plus vertueuse dame de son
sicle; il se figuroit mille secrtes douceurs qu'il n'avoit jamais
gotes avec ses autres matresses, et il se promettoit des plaisirs
infinis dans une jouissance qui lui auroit tant cot.

Cela fait bien voir que les plaisirs des amants ne sont que dans
l'imagination, et que, selon que cette imagination agit, ces plaisirs
sont plus ou moins grands; et comme cette facult de notre me supple
au dfaut des sens, pour grossir les objets que les sens n'aperoivent
pas, celle du Roi pouvoit agir dans toute son tendue par l'extrme
svrit de sa matresse, et son imagination, lui reprsentant des
plaisirs que ses sens n'avoient jamais gots avec elle, les lui
figuroit beaucoup plus grands; et tout cela, comme j'ai dit, le rendoit
plus amoureux.

En ce temps-l, le Roi et la comtesse tombrent malades presque en mme
temps[19]. Le Roi fut attaqu d'une grosse fivre, qui lui fut cause
par sa passion, et par la grande agitation qu'il s'toit donne le jour
de cette chasse; et la comtesse, de la frayeur qu'elle avoit eue,
du chagrin qu'elle avoit de s'tre sitt dclare, et fche de sentir
dans son coeur une passion qui alloit contre son devoir. Toutes ces
choses jointes ensemble la firent tomber dans une maladie de langueur,
qu'on craignoit dgnrer en phthisie. La fivre du Roi redoubla quand
il sut que la comtesse toit malade. Et la comtesse, qui ne pouvoit har
le Roi, devint encore plus triste et plus abattue, ds qu'elle apprit
l'tat de ce prince, dont la vie toit en grand danger. Il ne se passoit
point de jour, que le Roi ne s'informt de la sant de la comtesse, et
cet empressement que le Roi faisoit parotre, fit ouvrir les yeux 
quelques-uns, et leur fit souponner avec raison qu'il avoit des
sentiments tendres pour cette dame.

La Montespan qui venoit de prendre les eaux de Bourbon[20], et qui
n'avoit pas vu le Roi depuis quelque temps, fut la premire  s'en
apercevoir; et comme elle croyoit alors possder seule le coeur du
Roi, car La Vallire avoit renonc au monde, elle ne pouvoit pas se
consoler qu'une autre le lui voult disputer. Mais ce qui la fchoit
plus que tout, c'est que l'intrt que le Roi tmoignoit prendre 
la sant de Madame de L... ne lui faisoit que trop connotre qu'il en
toit vritablement amoureux. Ce fut alors que toute sa jalousie se
rveilla, et qu'elle chercha mille moyens pour traverser ce nouvel
engagement, pour ruiner sa rivale, et pour la dtruire dans l'esprit du
Roi ou dans celui de son mari, ou pour faire tous les deux ensemble;
mais elle ne fit ni l'un ni l'autre.

La premire chose qu'elle fit, fut de tcher de dcouvrir o elle en
toit avec le Roi. Elle en fut bientt instruite par un cas fortuit, qui
lui fit tomber entre les mains la rponse que la comtesse avoit faite 
son billet. Comme la Montespan avoit la libert d'entrer  toutes les
heures du jour dans la chambre de ce prince, elle y fut un jour qu'il
reposoit, et comme cet amant pensoit toujours  sa nouvelle matresse,
il ne pouvoit se lasser de lire le billet qu'elle lui avoit crit,
quoiqu'il ne ft pas aussi tendre qu'il l'auroit bien souhait. Le jour
que la Montespan trouva le Roi qui dormoit, il avoit tenu ce billet
entre ses mains, et le sommeil l'ayant saisi, il l'avoit laiss tomber 
la ruelle de son lit.

Ds qu'elle vit ce papier par terre, elle le prit pour voir ce qu'il
contenoit, et elle comprit d'abord que le Roi aimoit la comtesse avec
toute l'ardeur d'un amant, et qu'il n'avoit encore obtenu d'elle aucune
faveur considrable. Elle se contenta d'avoir satisfait sa curiosit,
et, remettant le billet o elle l'avoit trouv, elle sortit tout
doucement de la chambre pour n'interrompre pas le sommeil du Roi, et
alla penser aux moyens de ruiner une passion qui, selon toutes les
apparences, lui devoit faire perdre son grand crdit et les bonnes
grces du Roi. Elle fit savoir au comte, par des voies indirectes, que
sa femme recevoit des lettres d'un amant qui n'toit pas  mpriser, et
qu'elle,  son tour, lui en crivoit de fort tendres.

Le comte mprisa d'abord cet avis, et, pour faire voir le peu de cas
qu'il en faisoit, il voulut le dire  sa femme, et s'en divertir avec
elle.--Savez-vous, Madame, lui dit-il, qu'on me donne un rival, et un
rival qui n'est pas  mpriser? La comtesse, qui ne comprit pas d'abord
ce qu'il vouloit dire, lui demanda s'il avoit quelque nouvelle
matresse.--Ce n'est point cela, lui dit son mari, c'est vous-mme qui
avez fait un amant. La comtesse rougit un peu, et le comte attribua
cette rougeur  la pudeur de sa femme.--Et quel est cet amant,
dit-elle, qu'on me donne?--On ne me l'a pas nomm, lui dit le comte,
mais on dit que c'est un amant aim, qui vous a souvent crit, et  qui
vous rpondez d'une manire fort tendre; je ne vous croyois pas si
secrte dans vos amours.--Elles sont si secrtes, lui dit la comtesse,
que je n'en sais rien moi-mme, et je vous promets que ds que cet amant
parotra, vous en serez averti. Mais, toute raillerie  part,
ajouta-t-elle, est-il bien vrai qu'on vous a fait un pareil rapport?--Il
est aussi vrai, lui dit le comte, comme il est vrai que je n'en crois
rien.

Cela remit entirement l'esprit de sa femme, qui s'toit un peu alarme;
et ds aussitt que son mari l'eut quitte, elle brla le billet
qu'elle avoit reu du Roi, qui toit la seule chose qui pouvoit la
convaincre de ce qu'on avoit tch de faire croire au comte son poux;
et pour la rponse qu'elle avoit faite  ce prince, elle toit conue
avec tant de retenue et tant de sagesse, qu'elle ne craignoit pas que
son mari pt lui en faire une affaire. Ainsi l'esprit jaloux de la
Montespan n'avana rien de ce ct-l pour perdre sa rivale dans
l'esprit de son mari.

Elle attendoit que la sant du Roi ft un peu rtablie pour faire jouer
d'autres ressorts, qui pussent le dgoter de l'amour de la comtesse.
Comme les maladies violentes ne sont pas de longue dure, celle du Roi,
qui toit une fivre ardente, le quitta aprs le huitime jour. La
Montespan le voyant dj remis, et qu'il n'y avoit rien  craindre pour
sa sant, fit ses visites plus longues, et ne songea qu' divertir ce
monarque, en lui apprenant tous les jours quelque nouvelle
galanterie.--Eh! vous ne me dites rien de la comtesse de L..., dit le
Roi  la Montespan, d'un air qui marquoit qu'il prenoit beaucoup de part
 ce qui la regardoit. Est-ce qu'elle est sans intrigue? Est-ce qu'elle
manque de charmes? Est-ce enfin, comme on me l'a assur, qu'elle est
aussi austre qu'une carmlite, et que sa vertu fait trembler tous ceux
qui osent l'approcher?

La Montespan, qui attendoit  toute heure une semblable question de la
bouche du Roi, fut bien aise de le satisfaire l-dessus, ou, pour mieux
dire, de se satisfaire elle-mme, en disant des choses de cette
comtesse, qui pourroient empcher le Roi de penser plus 
elle.--Sire, lui dit la Montespan, en affectant un air ingnu, ceux qui
la connotront bien ne se feront pas une grande violence de renoncer 
cette conqute, et ce ne sera pas sa vertu qui les en rebutera.--On dit
pourtant, rpliqua le Roi, que jamais femme n'a t plus svre que
celle-l.--Je ne sais pas, dit la Montespan, qui se plaint de sa
svrit; mais je sais bien que la maxime des fausses prudes, qui ne
peuvent pas avoir des amants, est d'affecter une vertu austre, afin
qu'on ne dise pas d'elles dans le monde que c'est faute d'appas qu'on
les laisse l; mais c'est qu'elles sont plus chastes que tout le reste
des femmes.--Ce que vous dites l, reprit le Roi, est bon pour celles
qui sont sur le retour de l'ge, ou qui manquent de beaut, mais cela ne
se peut pas dire de la comtesse; elle est jeune et belle, elle a
l'esprit brillant et poli, et il y a peu de femmes  la Cour qui aient
autant de charmes qu'elle.--Je conviens de ce que vous dites, rpondit
la Montespan, mais Votre Majest me permettra de lui dire que c'est une
belle pomme qui est gte au dedans.--Expliquez-vous, je vous prie, dit
le Roi; est-ce qu'elle a des dfauts cachs?--Je ne les ai pas vus,
reprit-elle; mais il y a une femme qui la sert depuis longtemps qui a
dit  l'une des miennes que sa matresse avoit des ulcres en divers
endroits de son corps; qu'il n'y avoit qu'elle seule, qui les lui
pansoit, et son mari, qui le sussent; et que lui-mme en toit si fort
dgot, que la plupart du temps il ne couchoit pas avec elle.--Je suis
surpris, repartit le Roi, de ce que vous m'apprenez. Cependant la
comtesse a un embonpoint le plus frais et le plus beau du monde, et un
teint des plus unis.--Et c'est cela mme, dit la Montespan, qui produit
cet embonpoint que vous dites; au moins c'est ce que j'entends dire tous
les jours aux mdecins, que toutes les mauvaises humeurs se jettent sur
ces endroits, et que c'est pour cela que tout le reste du corps est si
net et si poli.--Mais cela l'empcheroit-il d'avoir des amants? dit
alors le Roi. Peuvent-ils deviner une chose qui ne parot pas du
tout?--Je ne vous ai pas dit, Sire, rpliqua la Montespan, que c'toit
cette raison qui loignoit les amants. Mais j'ai dit  Votre Majest, si
elle y a pris garde, que c'est ce dfaut, qui n'est que trop connu
d'elle-mme, qui lui fait fuir souvent le grand monde et lui fait aimer
la retraite. Que lui serviroit aprs tout, ajouta-t-elle, de faire des
amants qu'elle n'oseroit rendre heureux, quelque envie qu'elle en et?
ou si elle en venoit jusque-l, elle est assure qu'ils se dgoteroient
d'abord, et qu'elle les perdroit de la manire la plus honteuse pour des
personnes de notre sexe.--Elle fera donc bien de s'en tenir, dit le Roi,
 ce qu'on appelle la petite oie[21], et de ne laisser prendre  ses
amants que le dehors de la place.--Cela seroit bon, dit la
Montespan, si on pouvoit s'en tenir l; mais vous savez, Sire, qu'en
amour, on va plus loin qu'on ne pense.

Aprs cela, cette malicieuse femme, qui vouloit se rjouir aux dpens de
sa rivale, dit que si son mari toit jaloux, il n'avoit qu' faire voir
sa femme toute nue, et qu'il ne devoit pas craindre qu'il lui arrivt
jamais ce qui arriva  cet ancien roi de Lydie. Le Roi, qui ne se pique
pas fort de lecture, pria la Montespan de lui raconter cette
histoire.--La voici, dit-elle, Sire, en peu de mots, telle que je l'ai
lue dans Hrodote. Candauls, qui toit le nom de ce prince, avoit une
femme extrmement belle, et, par une bizarrerie dont on ne sait pas la
cause, il la fit voir toute nue  Gigs son favori, qu'il avoit fait
cacher dans la chambre de la Reine.--C'toit sans doute, dit le Roi,
pour lui faire voir que son corps toit aussi beau que son visage.--Il
l'toit en effet, dit la comtesse, et Gigs en devint amoureux; mais je
ne crois pas que le comte doive craindre rien de semblable, de ceux qui
verroient sa femme dans le mme tat.--Je n'aurai jamais cette
curiosit, dit le Roi, voulant dissimuler sa passion; mais je suis
fch pourtant, pour l'amour de cette comtesse, que les apparences
soient si trompeuses, et que, sous un si beau dehors, il y ait des
choses si dgotantes.--Si Votre Majest y prenoit la moindre part, je
serois bien fche, dit la Montespan, de vous avoir dit une chose qui
pt vous faire quelque chagrin. Mais en cas qu'il vous prt jamais envie
de l'aimer, ajouta-t-elle, avec un souris forc, il est bon que votre
Majest en soit avertie, de peur qu'elle n'allt trop avant, et qu'elle
ne voult voir des choses qui ne lui feroient pas plaisir.--Je vous sais
gr de ce bon avis, lui dit le Roi, mais cela ne m'arrivera jamais.

La Montespan ne fut pas plus tt sortie, que le Roi fit de profondes
rflexions sur ce qu'elle lui avoit dit. C'est un terrible embarras pour
un amant qui aime une femme jusques  l'adoration, quand on lui vient
dire qu'elle a des dfauts cachs. Le Roi ne remarquoit rien en la
comtesse qui ne l'assurt que c'toit une beaut acheve. Sa gorge et
son visage dmentoient dj le discours de la Montespan, et s'il n'avoit
pas vu tout le reste, il en avoit assez vu, le jour de sa dernire
chasse, pour lui faire juger que tout ce qu'on venoit de lui dire
n'toit qu'une calomnie. Il souponna mme que la Montespan, ayant eu
quelque connaissance de l'inclination qu'il avoit pour la comtesse,
pourroit avoir invent toute cette fable pour l'en dgoter. Il savoit
qu'elle toit fort audacieuse, et d'une humeur fort jalouse. Enfin, il
alla se ressouvenir que le mme jour qu'il avoit laiss tomber le
billet de la comtesse, aprs qu'il se fut endormi, on lui dit que la
Montespan toit entre dans sa chambre, et qu'aprs avoir demeur
quelque temps  la ruelle du lit, elle s'toit retire, de peur
d'veiller le Roi. Faisant rflexion  toutes ces choses, il ne douta
point que tout ce que la Montespan venoit de lui dire ne ft de son
invention: de sorte que tous ses stratagmes furent inutiles, et ne
firent aucun mal  sa rivale. Elle vcut toujours le mieux du monde avec
son mari qui n'eut pas le moindre soupon de sa fidlit, et le Roi
l'aima plus que jamais.

Ce monarque ne pouvoit plus contenir son feu; les divers assauts qu'il
avoit donns  sa matresse, et qui avoient toujours chou, ne
servoient qu' l'enflammer davantage, et  rendre ses dsirs plus
violents. Ce beau fruit qu'il n'avoit got que du bout des lvres, ne
faisoit qu'aiguiser, s'il faut ainsi dire, son apptit, et chauffer son
imagination. Enfin, il lui tardoit de savoir comment la comtesse toit
faite, non pas pour s'clairer de ce que la Montespan lui avoit dit,
mais pour apaiser l'ardeur de sa flamme. Quelque expert qu'il ft en
l'art d'aimer, il toit au bout de sa science, et il ne savoit plus que
faire, aprs avoir manqu la plus belle occasion que l'amour puisse
offrir  un amant. tre seul avec sa matresse au milieu d'un bois,
apprendre de sa bouche qu'on est aim, profiter d'un si doux aveu,
presser vivement la place, monter jusques  la brche, et se voir
repousser  l'entre: c'est ce qu'il ne pouvoit pas comprendre.--Il
faut, disoit-il, ou que cette femme soit tout  fait insensible, ou
qu'elle ait une vertu plus qu'humaine. Mais puisque les charmes de
l'amour n'y peuvent rien, il faut se servir de quelque vieille ruse.
Cette femme se fait un crime de ce que l'amour a de plus doux; il faut
que l'hymen vienne ici  notre secours, et que nous nous servions du
mme stratagme dont se servit Jupiter pour jouir de la chaste et belle
Alcmne. Puisqu'un amant, et un amant aim, ne peut pas vaincre une
vertu si farouche, tchons de nous transformer et de prendre la figure
du mari pour tromper une femme trop fidle. Ce qui acheva de dterminer
le Roi  prendre un dessein si prilleux, fut une aventure singulire
qui venoit d'arriver depuis peu de jours, qui servit longtemps de
divertissement  la Cour, et dont le bruit se rpandit assez loin.

Deux gentilshommes,  peu prs du mme ge et de mme taille, avoient
pous depuis quatre ans deux femmes bien faites, qu'ils aimoient
beaucoup et dont ils toient tendrement aims, mais dont ils n'avoient
eu aucun enfant. Comme ils avoient de grands biens et qu'ils craignoient
de ne laisser point de successeurs, il n'est rien qu'ils ne tentassent
pour rendre leurs femmes fcondes: remdes, purgations, eaux minrales,
tout toit mis en usage, et, parce que les mdecins leur dirent qu'il
falloit ritrer ces remdes  diverses fois, ces Messieurs ne
manquoient pas d'aller tous les ans avec leurs pouses aux eaux de
Bourbon[22]. Ils y furent cet t que le Roi toit  Fontainebleau.
Comme le temps toit fort beau, il y eut plus de foule qu' l'ordinaire:
toutes les htelleries toient remplies; et ces deux gentilshommes ne
purent trouver qu'une chambre, o il y avoit pourtant deux lits; cela
suffisoit pour eux et leurs femmes; car, pour leurs valets, ils
couchrent o ils purent. S'tant donc mis en possession de leur
chambre, et ayant soup en trs-bonne compagnie, ils proposrent  leurs
femmes d'aller prendre un peu le frais, et de jouir du plaisir de la
promenade. Mais elles dirent qu'elles toient fatigues du voyage, et
qu'tant obliges de se lever de bon matin pour prendre les eaux, elles
seroient bien aises de se dlasser et de se coucher bientt; mais que
pourtant ils ne se privassent pas eux-mmes de ce plaisir. Ces bons
maris, qui ne vouloient point contraindre leurs femmes ni se contraindre
eux-mmes, firent tout ce qu'elles voulurent; ils allrent se promener;
ils virent l tout ce qu'il y avoit de beau monde de l'un et de l'autre
sexe, et ce temps leur parut si court qu'il toit prs de minuit quand
ils arrivrent  leur logis. Leurs femmes toient couches il y avoit
deux heures; elles dormoient profondment, et leurs maris, de peur de
les veiller, firent le moins de bruit qu'ils purent en se couchant; ils
se dshabillrent, ils teignirent eux-mmes la chandelle, et chacun
d'eux se mit le plus doucement qu'il put au lit, o il croyoit de
trouver sa femme. On ne sait pas bien si leurs pouses n'avoient pas
bien distingu les lits qui avoient t arrts par leurs maris, ou si
ces Messieurs eux-mmes, distraits par les diffrents objets qu'ils
avoient vus  la promenade, ou peut-tre accabls de sommeil, prirent un
lit pour un autre; quoi qu'il en soit, car cela ne fait rien 
l'affaire, chacun de ces deux gentilshommes, au lieu de s'aller mettre
auprs de sa femme, s'alla coucher avec celle de son ami.

Ces quatre personnes passrent ainsi toute la nuit, sans qu'aucune
d'elles s'apert de cet trange quiproquo. On peut bien croire que ces
Messieurs, qui souhaitoient tant d'avoir des enfants, et qui toient
alls l pour cette seule raison, ne passrent pas toute la nuit sans
rien faire, et qu'ils travaillrent de toute leur force  la propagation
de leur espce. Leurs belles pouses, qui avoient le mme dsir, s'y
employrent aussi avec affection et avec toute l'ardeur de leur sexe.
Enfin, le matin tant venu, on voit parotre le jour, on songe  se
lever, on tire le rideau, on se parle; mais qui pourroit exprimer la
surprise de ces deux femmes et de ces deux maris,  la vue d'une si
trange mtamorphose? Ils demeurent tout confus, ils sont tous quatre
muets et interdits, personne n'ose parler, aucun n'a la force
d'interroger son voisin ni de lui demander comment il a pass la nuit,
de peur d'en trop apprendre; chacun se flatte que son compagnon a dormi
toute la nuit; chacun se console d'avoir au moins tir parti d'une
affaire si dlicate et de n'tre pas la dupe. Chacun savoit bien ce
qu'il avoit fait de son ct, mais il toit en peine d'apprendre ce
qui s'toit pass  l'autre bout de la chambre. Aucune de ces femmes
n'osoit regarder son mari, et encore moins celui qui venoit d'occuper sa
place, et les maris n'osoient pas regarder leurs femmes, de peur de voir
sur leur visage des marques trop certaines d'un affront irrparable. Il
se passa une scne muette qui exprima plusieurs passions diffrentes.
Enfin, il y en eut un plus impatient, qui, tirant brusquement sa femme
par le bras, lui dit tout en colre:--Pourquoi vous alltes-vous
coucher dans ce lit? Ne saviez-vous pas que c'toit celui-ci que j'avois
arrt pour nous deux?--J'avois cru, dit-elle, que c'toit l'autre, et
je vous prie de ne pas me quereller pour une chose dont j'ai plus de
chagrin que vous, et dont je ne me consolerai de ma vie.--Tant pis, lui
dit son mari, qui ne connut que trop, au langage de sa femme, ce qui
s'toit pass entr'elle et son voisin; mais il n'toit pas juste aussi
que les rieurs ne fussent que d'un ct. La femme de celui qui n'avoit
pas encore parl, paroissant toute honteuse, donnoit assez  connotre
qu'elle n'toit pas plus nette que sa voisine.--Enfin, dit ce mari, qui
parut plus raisonnable, ce qui est fait est fait, et tous les hommes ne
le sauroient empcher. Nous sommes  deux de jeu; nous avons fait, comme
on dit, troc de gentilhomme[23] sans nous demander de retour; laissons
passer doucement la chose; la volont fait tout dans ces affaires;
c'est un pur effet du hasard; nous sommes assurs de la chastet de nos
femmes; plaignons-les, et les consolons, au lieu de les porter au
dsespoir. Que savons-nous si Dieu s'est voulu servir de ce moyen pour
nous donner un enfant  l'un et  l'autre, et si cela arrive, qu'y
a-t-il  faire qu' compter de cette nuit? Et si nos femmes sont
enceintes, quand leur fruit sera mr, et que le terme d'accoucher sera
venu, chacun prendra ce qui lui appartiendra; et ces enfants ne seront
pas moins  nous, que si nous les avions eus de nos propres femmes. Il
y en eut une qui voulut rpliquer, et qui dit que cela leur seroit bien
fcheux qu'on leur arracht un enfant qu'elles auroient nourri et port
neuf mois dans leur sein, et qu'on leur en donnt un autre, o elles
n'auroient aucune part. On leur ferma la bouche, en leur disant que
c'toit pour les punir de la bvue qu'elles avoient faite en changeant
de lit, qu'il falloit que la chose allt ainsi; que l'enfant qu'on leur
donneroit seroit celui de leur mari; que, puisque les hommes regardoient
souvent comme leurs des enfants qui n'appartenoient qu' leurs femmes,
elles pouvoient bien une fois en recevoir un de la main de leurs maris,
et qu'elles auroient un avantage que les hommes n'avoient pas: c'est
qu'elles pourroient toujours distinguer leur propre enfant de celui
qu'on leur supposoit, et lui donner leur bien si elles le jugeoient 
propos. Un jugement si sage apaisa d'abord le tumulte; tout le monde se
tut, chacun fut content, et au bout de neuf mois ces deux femmes
accouchrent chacune d'un garon, qui donna bien de la joie  ces deux
familles.

Cette affaire ne put pas tre si secrte qu'elle ne vnt  la
connaissance du monde, et le Roi, qui en avoit ou parler, trouvoit cela
si plaisant qu'il souhaita plus d'une fois de tromper ainsi la comtesse,
puisqu'il n'en pouvoit pas jouir autrement. Il communiqua son dessein au
duc de La Feuillade. Le duc lui dit que cela toit fort bien imagin, et
qu'il ne falloit que songer aux moyens de l'excuter.--Tout ce que j'y
trouve, Sire, de fcheux pour vous, c'est d'tre oblig de faire le rle
du mari pour jouir d'une matresse; et comme vous avez, sans doute,
toutes les dlicatesses des amants, vous ne goterez qu'imparfaitement
un plaisir qui ne s'adressera point  vous et qu'elle croira donner 
son mari.--Je sais tout cela, dit le Roi, mais il n'importe; il faut
tirer de l'amour tout ce qu'on peut; j'ai dj le coeur de cette fire
comtesse, et elle ne veut pas m'accorder le reste; mais si je le puis
avoir une fois, j'aurai tout ce qu'un amant peut souhaiter, et enfin
elle pourra m'accorder de son bon gr ce que j'aurai une fois obtenu par
cette ruse. Il n'est donc question que d'excuter un dessein qui peut
seul me rendre heureux.

Cet habile confident dit au Roi qu'il alloit y travailler de ce pas;
qu'il savoit que le comte, comme la plupart des gens de qualit,
couchoit dans un lit spar de sa femme, d'o il l'alloit trouver quand
il lui prenoit envie; il lui dit encore qu'il croyoit,  force d'argent,
gagner celui qui gardoit la porte de la chambre, et de l'obliger 
se dfaire adroitement des autres domestiques, et d'introduire le Roi
vers les onze heures du soir  la chambre du comte de L... Et pour ce
qui est du comte, dont la prsence toit le plus grand obstacle, il
l'engageroit  une partie de jeu, o ils passeroient une bonne partie de
la nuit. Le Roi fut ravi de l'expdient que le duc lui proposoit, et il
lui sembloit dj qu'il toit entre deux draps avec sa chre comtesse.
Il lui commanda d'aller travailler promptement  ce dessein, et de venir
aussitt la rendre rponse.

Ds que le Roi eut congdi le duc, il entra dans la chambre de la
Reine, o il trouva sa chre comtesse et plusieurs autres dames de la
premire qualit. Il ne l'avoit pas vue, il y avoit quelques jours, et
il fut bien aise de voir qu'elle reprenoit son embonpoint. Son mal, dont
on craignoit de fcheuses suites, toit tout--fait guri, et il ne lui
avoit laiss qu'une certaine langueur dans les yeux et sur son visage,
qui la rendoit plus aimable, et surtout au Roi, qui n'y voyoit plus, ce
lui sembloit, cette mme svrit qu'il avoit toujours si fort
redoute.--A ce que je vois, Madame, lui dit le Roi tout bas, nous
sommes tombs malades en mme temps, et je sens qu' mesure que vous
gurissez, ma sant reprend de nouvelles forces.--Si cela toit comme
vous me le dites, je prendrois encore plus de soin de ma sant que je ne
fais, rpliqua cette comtesse.--Si ma sant vous toit chre, lui dit ce
prince, en tournant sa tte vers la fentre, afin qu'elle en fit autant,
et qu'ils pussent parler sans tre entendus, vous me traiteriez un
peu plus doucement.--Et comment voudriez-vous qu'on vous traitt,
dit-elle?--Comme on doit traiter un homme qu'on veut conserver, et que
vos rigueurs font mourir, lui dit le Roi.--Quand on fait ce qu'on peut,
ajouta-t-elle, on n'en doit pas demander davantage.--Que le comte est
heureux, dit alors le Roi, puisque vous pouvez faire pour lui ce que
vous ne sauriez faire pour moi!--C'est un bonheur, Sire, lui dit-elle,
que vous ne voudriez pas acqurir  ce prix-l.--Non-seulement  ce
prix, si je le pouvois, lui dit ce prince passionn, mais au pril de
mille vies.--Eh bien! lui dit-elle, puisque cela ne se peut pas, il n'y
faut plus penser, et nous consoler, vous et moi. Aprs cela, elle se
tourna du ct de la compagnie, et le Roi trouva ces dernires paroles
si obligeantes, qu'elles le rendirent content tout le reste du jour.

Le Roi sortit quelque temps aprs, et il rencontra bientt le duc de La
Feuillade qui alloit trouver Sa Majest pour lui rendre compte de sa
commission. Il lui dit d'abord que les choses alloient comme il auroit
pu le souhaiter; qu'il s'toit assur de ce domestique; que personne ne
parotroit que lui dans le temps qu'il lui avoit marqu, et que le Roi
pouvoit venir incognito, entrer dans la chambre du comte, et, quand il
le trouveroit  propos, dans celle de la comtesse; que, pour le comte,
ils devoient souper ensemble chez le prince de Marcillac[24], et qu'ils
avoient fait une partie de jeu, o il y auroit plusieurs
dames.--Et comme je lui ai demand si la comtesse son pouse en seroit,
il m'a rpondu que non; que depuis sa maladie elle n'aimoit point 
veiller, mais se couchoit toujours  dix heures.--Cela va le mieux du
monde, dit le Roi; pour moi, je vais dire qu'on me laisse seul, et je me
dguiserai si bien, quand il sera nuit, que je sortirai sans qu'on s'en
aperoive. Il n'y a que cent pas  faire pour tre  l'appartement de la
comtesse.

Toutes choses tant ainsi disposes, le Roi se prpara  cette grande
expdition; il comptoit les heures et les minutes, et jamais jour ne lui
a paru si long. Enfin, la nuit vint, cette nuit tant dsire, et qui est
si favorable aux amants.

Quand les onze heures sonnrent, qui toit l'heure du signal, il sortit
de son cabinet en robe de chambre avec un simple gentilhomme qui
l'accompagnoit. Ds qu'il fut  la porte de l'appartement du comte, il
dit  ce gentilhomme de l'attendre, et de ne dire  personne o il
toit, sous peine de la vie. Les courtisans toient assez accoutums 
voir faire au Roi de semblables quipes, qui marche en cela sur les
traces de son aeul Henri le Grand. Le Roi ne parot pas plus tt, qu'il
rencontre un homme qui, sans lui dire qui va l? le fait entrer dans
la chambre du comte, comme si c'et t son matre, et, sans s'informer
d'autre chose, ferme la porte aprs lui. Le Roi ne fut pas plus tt
entr qu'il se reposa sur le lit du comte, et on auroit dit qu'il
vouloit imiter en toutes choses le mari de la comtesse. Il est vrai
qu'il ne s'amusa pas  dormir, mais il attendoit que le livre le ft,
afin de tirer  coup sr et qu'il pt le prendre au gte. Quand il jugea
que la comtesse pouvoit tre endormie, il s'approcha tout doucement de
son lit, et, laissant sa robe de chambre, il se glissa dans les draps du
lit de sa matresse, sans qu'elle en sentt rien. Cet heureux amant,
voyant qu'il avoit si bien russi jusques-l, commena de prendre avec
la comtesse toutes les privauts que prenoit le comte, dont il
reprsentoit alors le personnage; il voulut faire en tout le mari; mais
peut-tre qu'il le voulut faire trop bien, comme dit La Fontaine, sur un
sujet semblable[25]. Il n'eut pas plus tt pris sa place qu'il reconnut
d'abord que ce que la Montespan lui avoit dit de ces ulcres prtendus,
n'toit qu'une calomnie; il trouva un corps net et uni comme le cristal,
et une peau la plus douce et la plus fine qu'il et encore touche.
Aprs avoir reconnu tous les endroits de la place, et sentant que la
comtesse toit veille par le chatouillement que venoit de lui causer
ce prtendu mari, il se mit en tat de pousser l'affaire jusques au
bout. La comtesse se tourna un peu de son ct, et, comme on ne s'amuse
pas  parler dans ces occasions, et qu'il ne lui seroit jamais venu en
pense qu'autre que le comte la ft venu trouver dans son lit, elle ne
rejeta point du tout ses premires caresses; mais, les recevant
comme un doux fruit de leur mariage, elle y alloit rpondre de son ct
comme une bonne et fidle pouse; mais il arriva une chose qui troubla
les plaisirs qu'ils se prparoient de goter. Comme elle avana un de
ses bras pour embrasser celui qu'elle avoit pris jusques-l pour son
mari, elle rencontra  l'endroit de ses reins une grosse verrue[26]
qu'elle n'avoit jamais trouve sur le corps du comte, quoique sa main se
ft promene mille fois en cet endroit. Cela la surprit un peu, non pas
qu'elle crt qu'un autre homme ft venu occuper sa place; mais cette
nouvelle verrue lui fit rompre un silence qu'elle avoit gard
jusque-l.--D'o vient, monsieur le comte, dit-elle, que vous avez l
cette verrue que je n'avois pas remarque? Parlez, dit-elle, vous ne me
rpondez point? Ce silence parut suspect  la comtesse, et, voyant
qu'on ne lui rpondoit que par des embrassements, elle fit un grand
effort pour se dbarrasser de celui qui la tenoit; et, comme il la
venoit rejoindre:--Si tu ne me laisses, dit-elle, qui que tu sois, je
t'arracherai les yeux, et je ferai venir mes gens. Et, en disant cela,
elle lui donna un coup d'ongle entre l'oeil droit et la temple[27],
dont le Roi porta les marques qui parurent durant quelques jours,
et dont peu de gens savoient la cause.

Quand il vit que la comtesse alloit faire du bruit et appeler du monde,
il crut que le plus sr toit pour lui de se retirer et de sortir comme
il toit entr. Le mme homme qui lui avoit ouvert la porte en entrant,
la lui ouvrit quand il vit qu'il vouloit sortir; et il trouva son
gentilhomme qui l'attendoit, et qui l'accompagna jusques  l'entre de
la chambre de la reine, que le Roi fut trouver au lit, et qui profita
sans doute de ce que ce prince avoit destin pour la comtesse. Cette
dernire ne dormit gure le reste de la nuit. Elle toit en peine
comment elle devoit se gouverner en cette rencontre. Elle ne douta point
que ce ne ft le Roi qui l'toit venu trouver au lit, qui, n'ayant pu
jusqu'alors satisfaire son amour, s'toit servi de ce dernier
stratagme. Son premier dessein fut d'abord d'appeler ses domestiques,
de leur dire qu'un homme toit entr dans sa chambre, qu'elle vouloit
savoir absolument qui l'y avoit introduit, la chose n'ayant pu se faire
sans leur participation, et que, ds que le coupable lui seroit
connu, elle en vouloit faire un exemple. Un peu aprs elle considra
l'clat que cela feroit, les consquences malignes que quelques-uns en
pourroient tirer pour ternir sa rputation, le chagrin, et peut-tre les
soupons qu'une affaire si dlicate causeroit  son mari, et l'affront
que le Roi lui-mme en alloit recevoir, quand la chose seroit divulgue;
enfin, plusieurs autres considrations de cette nature la dterminrent
 laisser passer la chose, sans en parler  personne. Cette prudente
dame savoit encore, que la rputation de celles de son sexe est
extrmement dlicate, que le plus sr pour elles est de conserver leur
honneur et de se dfendre contre tous ceux qui l'attaquent, sans en
faire tant de bruit; que l'clat est ce qui les perd dans l'esprit des
gens, lors mme qu'elles sont les plus innocentes, et qu'enfin n'ayant
rien  se reprocher, elle ne craignoit les reproches de personne,
puisque celui qui l'toit all trouver au lit s'en toit retourn comme
il toit venu, et que ceux qui lui avoient prt la main avoient pu
juger, par son prompt retour et par le bruit qu'elle avoit fait, du peu
de succs de son entreprise.

La comtesse donc, satisfaite de s'tre bien dfendue, ne voulut point
prner sa victoire. Qui sait encore si l'Amour ne se mla pas l-dedans,
et si la tendresse qu'elle ne pouvoit s'empcher d'avoir pour le Roi, ne
l'empcha pas aussi de publier une chose dont elle pourroit se repentir
un jour, n'tant pas assure si elle n'auroit pas enfin pour ce prince
des sentiments plus humains? et, quoiqu'elle n'appuyt pas beaucoup
sur cette dernire considration, il est certain qu'elle y entra.

Le Roi, aprs cette honteuse retraite, perdit entirement l'esprance de
gagner jamais une telle dame; il rsolut mme de n'y penser plus; mais
il ne savoit pas bien lui-mme s'il seroit capable de tenir sa
rsolution. L'image de tant de beauts qui toient rpandues sur le
corps de la comtesse, et dont ses yeux et mme ses mains avoient t les
tmoins, lui revenoit toujours dans l'esprit. Il ne put s'empcher de
convoiter une chair si ferme et une peau si blanche et si dlicate.--Je
vois bien, ajouta-t-il en lui-mme, que la Montespan craignoit la touche
d'un bijou si prcieux, qu'elle vouloit me faire passer pour une
happelourde[28]. Mais je n'ai que trop vu l'effet de sa jalousie, qui
vouloit me dgoter de la plus charmante beaut qui soit dans l'univers.
Oui, je n'ai que trop vu que la comtesse a le plus beau corps du monde,
et il vaudroit bien mieux pour mon repos avoir ajout foi aux discours
de la Montespan, me dgoter de cette dame, et n'y penser jamais. Mais
mon malheur a voulu que j'aie vu, et que j'aie touch moi-mme des
beauts qui m'ont charm et dont je n'ai pu me rjouir.

C'est ainsi que le grand Alcandre entretenoit ses penses. Aprs avoir
demeur tout le reste de la nuit au lit de la reine[29], il s'en
retourna dans le sien, selon la coutume, qui toit  la chambre
prochaine. L'heure de se lever tant venue, ceux que leur devoir
appeloit auprs du Roi ne manqurent pas de s'y rendre, et
particulirement le duc de La Feuillade, qui s'y trouva des premiers.
Ds que le Roi eut paru en robe de chambre[30], on remarqua d'abord
cette petite gratignure qu'il avoit au visage. Les courtisans se
regardrent tous, pour se demander les uns aux autres la cause de ce
qu'ils voyoient; mais personne n'osa en parler au Roi. Ce monarque, qui
connut d'abord le sujet de leur tonnement, et qui avoit assez prs de
lui le duc de La Feuillade, lui dit  l'oreille: la belle a t
cruelle. Ce mot fut entendu de quelques-uns des courtisans, et il fut
su  la cour et jusques dans les provinces; mais personne ne devina
quelle toit cette cruelle qui avoit ainsi trait le Roi, et qui lui
faisoit porter des marques de sa rigueur. Il n'y eut que le duc de La
Feuillade qui comprt d'abord ce que c'toit.

Aprs que ce prince fut habill, il tmoigna qu'il vouloit tre seul une
demi-heure, et il ne retint auprs de lui que le duc de La
Feuillade.--Eh bien! lui dit le grand Alcandre, tu vois que je porte
des marques de mon dernier combat.--A la bonne heure, Sire, lui dit le
duc, pourvu que vous ayez remport la victoire; vous savez que l'Amour,
aussi bien que Mars, aime quelquefois  se baigner dans le sang.--Je
t'assure pourtant, dit le Roi, que ce n'est pas  l'Amour que je
dois me plaindre de celui qu'on m'a fait rpandre cette nuit, et dont je
porte les marques.--Mais quoi, Sire, lui dit le duc, n'alliez-vous pas
comme ami vous prsenter devant cette place? D'o vient qu'on vous a
trait comme un ennemi? Vous alliez trouver cette femme non pas comme
amant, mais comme mari; est-ce que les rigueurs s'tendent jusqu' son
poux? Car je ne puis pas comprendre que, l'tant all trouver la nuit,
elle ait pu vous reconnotre, ni vous prendre pour un autre que pour le
comte.--Il faut donc te dire ce qui en est, rpartit le Roi, et alors
il lui raconta comment il toit entr dans la chambre de la comtesse; de
quelle manire il s'toit gliss dans son lit pendant qu'elle dormoit;
comment, aprs s'tre rveille, elle avoit souffert quelques-unes de
ses caresses, le prenant toujours pour son mari. Enfin, ajouta-t-il,
les affaires alloient jusque-l le mieux du monde; j'allois me rendre
matre d'une place qui m'a toujours rsist, lorsqu'une maudite verrue
que j'ai aux reins, sur laquelle elle porta fortuitement la main, venta
la mine et me dcouvrit.--Quoi, si peu de chose, reprit le duc, la fit
entrer en soupon?--Cela l'obligea  parler, lui dit le Roi, et  me
demander depuis quand j'avois cette marque sur le corps; et, voyant
qu'on ne lui rpondoit point, elle ne douta plus qu'on ne l'et trahie.
Elle sauta promptement du lit, elle me repoussa, et elle alloit appeler
ses gens. Enfin, au lieu qu'avant cela, elle toit douce comme un
mouton, aprs qu'elle eut touch cette fatale verrue, ce ne fut
plus qu'une tigresse et une lionne, qui ne rpondit  mes caresses qu'
coups de griffes, et qui m'a mis en l'tat o tu me vois. De sorte que,
voyant qu'il n'y avoit rien  gagner que de la honte pour moi, je me
retirai tout doucement.--Il faut avouer, dit alors le duc, qu'en amour
aussi bien qu'en toute autre chose, il y a de fatales conjectures.
Qu'une petite verrue qui n'est pas, peut-tre, plus grosse que la tte
d'une pingle, arrte et fasse chouer un dessein si bien concert[31]!
Je ne m'tonne plus, aprs cela, si la remore[32], qui n'est qu'un petit
poisson, arrte tout court les plus grands vaisseaux, puisque si peu de
chose s'oppose au bonheur du plus grand monarque du monde.--Mais il y a
cette diffrence, rpondit le Roi, c'est que je portois avec moi cette
maudite remore qui a rompu tous mes projets amoureux, et a repouss
tout--coup mon vaisseau, qui alloit entrer  pleines voiles dans le
port[33].--Permettez-moi de dire  Votre Majest, rpliqua le duc,
qu'elle ne devoit pas sitt abandonner son entreprise, et qu'elle auroit
peut-tre bien fait de se donner  connotre  la comtesse, pour
l'empcher de faire du bruit. Que sait-on, ajouta le duc, si, dans la
pense o elle toit que ce ft quelqu'un de ses domestiques, qui,
profitant de l'absence du comte, avoit eu l'audace de se glisser dans
son lit, elle a paru si transporte de rage? Ces sortes d'attentats ne
sont pas sans exemple; l'Amour hasarde tout, et ce n'est que par un
pareil stratagme que cette espce de gens peut russir dans une
entreprise de cette nature, ayant affaire surtout  des femmes qui sont
de l'humeur de cette comtesse. Mais toute tigresse qu'elle est en fait
d'amour, elle auroit t douce comme un mouton si elle et reconnu
d'abord que c'toit Votre Majest qui la tenoit embrasse.--Ah! que me
dis-tu, rpliqua le grand Alcandre, veux-tu me dsesprer? N'est-ce pas
assez, pour me faire mourir, d'avoir manqu la plus belle occasion o un
amant se puisse trouver? Faut-il que tu m'assassines de plus fort, en
voulant me persuader que c'est par ma faute que je suis tomb dans ce
malheur? Mais comment pouvois-je esprer de toucher cette insensible en
me faisant connotre? elle qui m'a toujours rebut, elle qui a mpris
mon sceptre et ma couronne, et ma vie mme, que j'ai voulu lui sacrifier
pour tcher de la flchir? Non, non, je ne me flatte point l-dessus;
elle ne m'a reconnu que trop, et ce n'toit que par la voie dont je me
suis servi que je pouvois venir  bout d'une femme qui n'est pas faite
comme les autres, et qui n'aime que son mari. En puis-je douter aprs
ces terribles paroles, qui que tu sois, si tu ne me laisses, je
t'arracherai les yeux, et j'appellerai mes gens? Tu vois que je porte
les marques de cette furie; et plt  Dieu qu'elle en et le visage
comme elle en a le coeur! je ne serois pas si malheureux. Comment
peux-tu croire, aprs cela, qu'elle se seroit adoucie si je me fusse
fait connotre aprs en avoir t rebut tant de fois? Je crois que ma
retraite fut sage, et que le meilleur parti que j'avois  prendre, toit
de sortir sans bruit de la chambre de la comtesse, comme j'y tois
entr. Quel affront pour moi, de me voir assig d'une foule de pages et
de laquais, qui eussent t les tmoins de ma honte! Tout Roi que je
suis, je n'aurois pas chapp aux railleries secrtes de mes
courtisans; tu sais, cher La Feuillade, combien je suis sensible  de
pareils coups. Je n'ai jamais pu les pardonner  Vardes[34] et 
Bussi[35], qui s'toient mancips jusque-l. Enfin, que veux-tu que je
te dise? ajouta ce monarque afflig; je tenois entre mes bras ce que
j'aime le plus dans le monde; je me croyois au comble de mes dsirs, et
je ne sais quel malheur, que je trane aprs moi, m'a fait chouer tout
d'un coup de la manire du monde la plus fatale; jamais monture plus
douce et plus maniable dans mes premires approches; mais je ne sais
quelle mouche lui fait prendre aux dents[36], la met en fureur contre
moi, et m'en laisse de tristes marques.--Il n'importe, Sire, dit le duc
au Roi, pour le consoler; il faut que V. M. tche de remonter sur sa
bte.--[37] Voil la deuxime fois que j'ai failli la prendre, dit le
Roi, et je ne vois que trop la vrit du prsage que j'eus  la chasse
o toit le comte, lorsque je manquai deux fois un sanglier. La comtesse
est ce sanglier que je n'ai pu blesser encore, et qui m'a mis dans
l'tat o tu me vois. Pour moi, je crois, ajouta-t-il, que cette femme
n'est pas faite comme les autres, et si je ne l'avois pas bien manie,
je croirois qu'elle n'est pas de chair, mais de quelque autre
matire.--Vous verrez, Sire, qu'elle ne sera pas toujours insensible,
lui dit le duc; assurez-vous que vos coups ne seront pas perdus,
ils feront leur effet tt ou tard. Savez-vous, ajouta-t-il, que la main
d'un amant qui manie le corps de sa matresse, a un certain charme
secret qui veille en elle de certaines ides dont elle ne peut se
dfendre? Qu'elle fasse la farouche tant qu'elle voudra; cela lui
revient de temps en temps dans l'esprit; son imagination en est
doucement chatouille, et l'on peut dire que c'est un germe qui doit
produire un fruit auquel l'amant ne s'attend pas. Enfin, l'attouchement
d'un homme amoureux envers une femme qu'il aime, est comme celui d'un
chien enrag, dont la seule cume produit la rage, quoique cela n'arrive
que plusieurs annes aprs. Ainsi je ne doute pas que ce que la comtesse
a dj senti de votre part, et lorsque vous la trouvtes endormie la
premire fois, et lorsque vous la pousstes de si prs, au vallon de la
fort de Fontainebleau, et les privauts que vous avez eues avec elle la
nuit passe, je ne doute pas, dis-je, que tout cela ne soit un secret
poison dans son coeur, qui fera clater enfin la fureur de l'amour.
N'en doutez point, Sire, je sais un peu comment les femmes sont faites.
Tenez-vous seulement  l'cart, faites un peu le froid avec elle, et
vous verrez qu'elle regrettera peut-tre l'occasion qu'elle a perdue.
Les femmes ngligent ce qu'elles peuvent avoir  toute heure, mais elles
font bien des pas pour retenir ce qu'elles craignent de perdre. La
comtesse compte sur vous comme sur une conqute assure, et c'est pour
cela qu'elle diffre, autant qu'elle peut,  payer le tribut qu'on doit
 l'amour. Quand vous reculerez, elle s'avancera; et, faisant
rflexion alors aux plaisirs imparfaits qu'elle a gots avec vous, et
craignant de ne les retrouver plus, elle dsirera que vous acheviez ce
qui n'est que commenc; et peut-tre mme qu'elle vous en prieroit si la
pudeur de son sexe ne la retenoit. Voil, Sire, comment les femmes sont
faites, et vous en savez plus que moi sur ces matires.

Le grand Alcandre fut ravi d'entendre raisonner le duc d'une manire qui
flattoit si fort sa passion. Il approuva son conseil, et, sans affecter
de fuir la comtesse, il ne tmoigna plus pour elle les mmes
empressements. Cette belle inhumaine ayant vu le Roi  la messe, fut
confirme dans l'opinion qu'elle avoit, que c'toit lui-mme qui l'toit
venu trouver au lit. Elle prit garde d'abord aux marques qu'il en
portoit sur son visage, et elle ne put voir sans quelque motion ces
effets de sa cruaut. Son coeur sentit dans ce moment quelque chose de
plus tendre qu' l'ordinaire; elle fut touche de compassion pour cet
amant malheureux; et, faisant rflexion  toutes les basses dmarches
que ce grand prince avoit faites, et qui ne pouvoient partir que d'un
coeur amoureux jusqu' la folie, peu s'en fallut qu'elle n'et quelque
espce de honte d'avoir t si svre en son endroit, dans un temps o
la cruaut, parmi les femmes du beau monde, toit si peu  la mode. Elle
voyoit qu'elle avoit perdu la plus belle occasion du monde pour
accommoder son amour avec son devoir, en feignant de croire que celui
qui avoit pris la place de son poux toit son poux lui-mme. Mais
comme cette feinte ne la mettoit pas  couvert des reproches de sa
conscience, elle rejetoit cette pense comme une dangereuse tentation,
et, sa vertu reprenant le dessus, elle se contenta de faire bon visage
au Roi, sans lui accorder rien de solide. Voil quel toit l'tat de nos
deux amants: la comtesse, plus adoucie, toit rsolue de parotre moins
svre; et Alcandre piqu de ressentiment, se voulut montrer plus froid
et plus rserv.

Quelques jours se passrent de cette manire, pendant lesquels le Roi
parut de plus belle humeur, et plus magnifique qu' son ordinaire. Mais
il vivoit avec la comtesse comme un homme tout--fait guri de sa
passion, ou du moins comme un amant qui n'espre plus, qui a puis tous
ses soins et toute sa tendresse, et qui ne cherche que les plaisirs, les
jeux et les divertissements. Cependant, bien loin de tmoigner le
moindre chagrin contre elle, il lui faisoit beaucoup de civilits, mais
de la nature de celles que tous les cavaliers rendent aux dames, et o
il ne paroissoit pas que l'amour et la moindre part. Pas le moindre
mot, pas un seul regard qui marqut quelque tendresse; et le meilleur de
tout cela, c'est qu'il n'y avoit rien de forc ni de contraint; tout
paroissoit naturel, et qui auroit vu le Roi agir de cette manire avec
la comtesse, ne l'auroit jamais jug amoureux. Elle-mme s'y trompa
toute la premire, et elle crut effectivement que le Roi ne sentoit rien
pour elle, et qu'il toit tout--fait guri. Une faon d'agir si peu
attendue la surprit trangement. Si elle et trouv le Roi chagrin, ou
qu'il et t froid avec elle, elle s'en seroit console; mais un
procd si civil et si tendre faillit la dconcerter.

Un jour qu'elle se trouva prs de ce prince, elle voulut prendre un air
radouci et plus tendre qu' l'ordinaire; le Roi, qui le vit fort bien,
fit semblant de n'y prendre pas garde, et d'avoir l'esprit ailleurs, et,
comme elle vouloit le rengager, elle le jeta insensiblement sur des
matires de galanterie, o le Roi rpondit toujours fort  propos, sans
faire ni le doucereux ni le svre.--Pour moi, quand j'tois en tat
d'avoir des amants, disoit-elle, je n'aimois pas qu'ils se rebutassent
d'abord comme plusieurs que je connois.--Vous aviez raison, Madame, lui
dit le Roi, d'tre dans ce sentiment, et je trouve que n'est gure aimer
si l'on n'essuie toutes les rigueurs d'une matresse.--Il n'est pas
juste pourtant, ajoutoit-elle, qu'une matresse abuse de son pouvoir, et
exerce une autorit tyrannique sur ses amants.--Pourquoi non, Madame?
rpondit le grand Alcandre; chacun peut user de ses droits; une
matresse ne doit rien  son amant, et c'est  lui  prendre parti
ailleurs, s'il n'est pas content.

La comtesse entendant parler le Roi d'une manire si dsintresse, sur
une affaire o elle avoit cru qu'il avoit tant d'intrt, ne pouvoit
cacher le dpit secret qu'elle en avoit dans le coeur.--Les dames
vous sont bien obliges, dit-elle au Roi, de dfendre si bien leurs
droits; et que je m'estimerois heureuse d'avoir un tel avocat!--Comme
vous n'avez aucun intrt  ces sortes de disputes, mes soins vous
seroient fort inutiles, rpondit le grand Alcandre.--On ne peut pas
savoir ce qui peut arriver, lui dit la comtesse.--Alors on y pensera,
lui dit le Roi, et en disant cela, il alla joindre la Montespan, qui
traversoit la galerie pour entrer dans la chambre de la Reine.

Les dames, et surtout celles qui sont naturellement fires, ne
connoissent jamais bien qu'elles aiment un amant que lorsqu'elles
croient l'avoir perdu. C'est ce qu'prouva la comtesse en cette
rencontre; cette fire personne, qui avoit reu les hommages d'un grand
Roi sans en tre fort mue, le fut beaucoup plus qu'on ne sauroit dire,
quand elle crut que cette conqute lui alloit chapper. Elle commena de
sentir le plaisir qu'il y avoit d'tre aime, lorsqu'elle ne l'toit
plus, car elle le croyoit ainsi, et il lui arriva comme  ceux qui ne
connoissent le prix de la sant qu'aprs qu'ils l'ont perdue.

Le Roi, qui lisoit dans le coeur de la comtesse, toit charm d'avoir
suivi le conseil que son confident lui avoit donn, puisqu'il s'en
trouvoit si bien.--Je vois bien, dit-il  ce duc, quand il se trouva
seul avec lui, qu'il en est de l'amour comme de la guerre, et que le
plus grand coup d'un habile capitaine est de savoir battre son ennemi en
retraite. C'est ce que je fais, cher La Feuillade,  l'endroit de la
comtesse, et je vois que j'ai plus avanc mes affaires en trois jours,
en tenant cette conduite, que je n'avois fait pendant six
mois.--Continuez seulement de cette manire, lui dit cet habile
confident; faites semblant de vous retirer devant cette fire ennemie;
laissez-lui gagner du terrain tant qu'elle voudra, et quand vous
aurez assez recul, donnez-lui un coup fourr. Cela fit rire le Roi,
qui lui rpondit d'un air content: Je me suis si bien trouv de tes
conseils, que je les veux suivre aveuglment.

La Reine ayant fait ses couches, la Cour s'en retourna  Versailles, et
le Roi rsolut de faire la plus magnifique fte qu'on et encore vue.
C'toit au commencement de mai[38], qui est la saison de l'anne la plus
belle et la plus riante, et o tout ce qu'on voit semble inviter 
l'amour. Cette fte dura neuf jours[39], pendant lesquels le Roi traita
plus de six cents personnes; le bal, la comdie, la musique, les
carrousels, les mascarades, rien n'y fut oubli. Je ne ferai pas la
description de toutes ces magnificences qu'on peut voir ailleurs; il
suffit de dire que tout cela se passa, non pas dans le chteau, qui
auroit t trop petit, mais dans ce beau parterre[40] qui est un
assemblage de bois, de fontaines, de viviers, d'alles, de grottes, et
de mille diversits qui surprennent agrablement la vue. On y avoit
tendu de hautes toiles, on y avoit fait un grand nombre de btiments de
bois, peints de diverses couleurs, et un nombre prodigieux de flambeaux
de cire blanche, qui supploient[41]  plus de quatre mille bougies,
rendoient les nuits plus belles et plus charmantes que les plus
beaux jours de l'anne. Enfin, on peut dire que cette plaine toit un
camp magnifique, o plusieurs palais enchants parurent dans un moment.

Cette grande fte commena par divers ballets, o le Roi lui-mme,
Messieurs les princes du sang, et plusieurs autres seigneurs parurent
sur les rangs. Les festins, la comdie et tous les autres
divertissements suivoient tour  tour, et alloient en augmentant. La
nuit mme ne les faisoit pas cesser, ou pour mieux dire, il n'y avoit
pas de nuit,  cause du grand nombre de flambeaux qui clairoient tous
les endroits du bois. On peut juger si cet agrable mlange de tant de
diffrentes personnes de l'un et l'autre sexe, ce grand concours de
monde, cette confusion du jour et de la nuit, cette libert qu'inspirent
les plaisirs champtres, et enfin cette joie qui accompagne les grandes
ftes, et qui fait que grands et petits, hommes et femmes, se mlent
sans distinction; on peut, dis-je, juger si ces charmants dsordres
toient propres pour les aventures et pour les mystres d'amour.

Le Roi qui ne songeoit qu' se rencontrer seul avec la comtesse en
quelque lieu cart du bois, fit natre diverses occasions, dont une lui
parut russir enfin. Le troisime jour de cette fte, qui finit 
l'ordinaire par un magnifique festin, le Roi proposa une mascarade aprs
le souper, o chacun, tant hommes que femmes, pourroit se masquer  sa
fantaisie, se promener dans le bois ainsi dguis, et faire cent petites
malices. La chose fut ainsi excute, chacun prit la figure qui lui plut
le plus; les uns se travestirent en bergers et en bergres, les
autres en guerriers et en amazones, d'autres en sauvages[42], et chacun
prit la forme qui lui convenoit le mieux, ou qu'il jugea la plus propre
 ses desseins. On n'a pas bien su quelle fut celle du grand Alcandre et
de la comtesse, mais on sait bien que cette dernire ne put pas se
dguiser si bien que son amant ne st les habits et le masque qu'elle
devoit prendre. Il seroit trop long de dire tout ce qui se passa dans
cette belle mascarade. Chacun y joua son rle  la faveur de la nuit, de
l'paisseur des arbres, et du masque qu'il portoit sur le visage. Tout
cela rendoit aussi les dames plus hardies, et les disposoit  tre plus
facilement trompes.

La Montespan ne manqua pas de se prvaloir d'une si belle occasion pour
jouer  sa rivale quelque mauvais tour, et pour la perdre de rputation,
si elle ne pouvoit la dtruire dans le coeur du grand Alcandre. Elle
sut, par le moyen d'une fille de la comtesse, qu'elle avoit gagne, de
quelle manire sa matresse se dguiseroit, et quel masque elle devoit
porter. Elle pria cette fille de lui en donner un semblable, ce qu'elle
fit; et la Montespan imita si bien la comtesse dans tous ses
ajustements, qu'il n'y a personne qui ne s'y ft tromp, car leur taille
toit  peu prs la mme, et quand il y auroit eu quelque diffrence, le
dguisement empchoit de la remarquer. Le dessein de cette malicieuse
femme toit de se divertir comme tous les autres, et de voir si,
sous ce dguisement tout  fait conforme  celui de sa rivale, elle
pourroit tromper le Roi, et dcouvrir ainsi le secret de leur intrigue.
Mais ce qu'il y avoit de plus malin, c'est qu'elle esproit par l de
dcrier la comtesse, de la perdre dans l'esprit de son mari, en faisant
courir le bruit, sous cette fausse apparence, que sa femme avoit un
commerce secret avec le Roi, et qu'on les avoit trouvs ensemble la nuit
de cette mascarade.

Dans cette pense, la Montespan, qui ne doutoit pas que le grand
Alcandre ne se ft inform exactement de quelle manire la comtesse
seroit habille, fit tout ce qu'elle put pour joindre le Roi, et pour
tcher de lui faire prendre le change. La chose ne lui fut pas
difficile, parmi cette confusion de masques qui passoient et repassoient
en divers endroits du bois. Comme chacun s'cartoit, les uns d'un ct,
les autres d'un autre, pour faire quelque bon tour,  la manire
ordinaire des masques, le hasard, ou, pour mieux dire, le dessein, fit
en sorte que le Roi se trouva seul avec la prtendue comtesse, dans un
endroit assez recul, o il y avoit un petit cabinet et de longs siges
de gazon en forme de lit de repos. Il n'y avoit dans cet endroit que
quelques bougies, dont le vent teignit quelques-unes, et celles qui
restoient le furent par quelque masque qui vouloit favoriser ces deux
amants, et peut-tre par le grand Alcandre lui-mme. Quoi qu'il en soit,
les voil tous deux dans une nuit sombre, abandonns  la garde de
l'amour et sur leur bonne foi.

La Montespan, qui craignoit que le Roi ne l'et tout  fait oublie, fut
la premire  parler et  lui dire:--Avouez, Sire, que vous tes bien
attrap, et que mon masque vous a tromp; vous avez cru d'tre avec une
autre, et le hasard a voulu que vous vous trouviez avec une personne
qu'apparemment vous ne cherchiez pas. Ce discours toit assez ambigu,
et on pouvoit l'appliquer  la comtesse; aussi le Roi ne douta point que
ce ne ft elle-mme quand il vit son masque et ses habits; et quoique la
voix de celle qui lui parloit ft un peu diffrente de celle de la
comtesse, il crut que le masque qu'elle avoit sur le visage faisoit cet
effet. La prenant donc pour sa nouvelle matresse, il rpondit  ce
qu'on venoit de lui dire:--Le hasard est quelquefois plus sage que
nous, et puisqu'il m'a men jusqu'ici, je veux bien m'abandonner
aveuglment  sa conduite, et si vous m'en croyez, vous en userez aussi
de mme: profitons de cette belle occasion, ma chre comtesse. En
disant cela, il porta un de ses bras sur le cou de sa matresse, la
serra fort amoureusement, et lui prit quelques baisers. La Montespan,
qui vit que le Roi donnoit de lui-mme dans le panneau, voulut se donner
le plaisir d'une si agrable aventure; et pour mieux imiter la comtesse,
elle fit quelque temps la difficile. Le grand Alcandre, qui vouloit
absolument se satisfaire, lui dit:--Madame, vous savez  quel point je
vous aime, une si longue rsistance me va porter au dsespoir; votre
vertu n'a que trop longtemps combattu, et j'attends aujourd'hui de vous
la fin de toutes mes peines.--Eh! je croyois que vous ne pensiez
plus   moi, lui dit la fausse comtesse.--Et  qui penserois-je qu'
vous? lui dit cet amant passionn; vous tes mon coeur et ma vie; ne
me faites donc plus languir; je meurs si vous n'avez piti de moi.

La dame,  qui ce discours s'adressoit, rioit de tout son coeur,
entendant parler ainsi le Roi.--Contentez-vous, lui dit-elle, d'avoir
un entretien secret avec moi.--Et de quoi me sert cet entretien, lui dit
le grand Alcandre, qu' me rendre plus malheureux, si je ne puis
satisfaire mon amour? Encore un coup, ma chre comtesse, prenez piti
d'un amant qui va expirer  vos pieds, si vous ne le soulagez
promptement. Que je sois heureux au moins dans ce moment; aprs cela,
faites-moi tout ce qu'il vous plaira; sacrifiez-moi, si vous voulez, 
votre ressentiment; je me figure avec vous des plaisirs infinis; ne me
les refusez pas, et s'il faut ensuite les payer de tout mon sang pour
satisfaire ce vain honneur que vous m'opposez toujours, je suis prt 
le rpandre.

La dame, qui n'toit pas une roche, et qui n'avoit pas accoutum d'tre
si cruelle au grand Alcandre, l'entendant parler d'une manire si
passionne, s'imagina aussi elle-mme des douceurs nouvelles, avec un
amant si tendre et si perdu d'amour; et, quoique cela ne s'adresst
point  elle, mais  sa rivale, elle fut bien aise d'en profiter, et de
rappeler ces doux moments qu'elle avoit passs avec le Roi, la premire
fois qu'elle en fut aime. Cependant, pour mieux jouer le rle de la
comtesse, elle se dfendit autant qu'elle put. Quand le Roi vit
qu'elle commenoit de se rendre, il la pria d'ter son masque; elle lui
rpondit qu'elle ne sauroit y consentir, qu'il perdroit lui-mme
beaucoup  cela, et que ce voile la rendoit plus hardie. Enfin, aprs
mille petites faons, qui faisoient enrager le grand Alcandre, elle se
laisse pencher doucement entre ses bras, et voulant toujours contrefaire
une femme qui n'a jamais connu d'autre homme que son mari, elle se
dfend encore, mais foiblement; et imitant les derniers abois d'une
chastet mourante, elle pousse un profond soupir, et tombe  demi-pme
dans les bras de son amant. Le grand Alcandre ne se sentant plus
lui-mme, et transport d'une joie extraordinaire de se voir, aprs tant
d'cueils et tant de naufrages, arriv heureusement au port, se prpare
d'y entrer avec toute la force et toute l'ardeur de l'amant le plus
passionn; lorsque, par une funeste disgrce, il se vit arrt tout
court:

    Prs de goter mille dlices,
    Ce triste et malheureux amant
    Vit changer son contentement
    En de trs-rigoureux supplices.

Un trop grand excs d'amour, un transport de joie, trop de
prcipitation, ou peut-tre une trop longue attente, l'ardeur, le dsir
de bien faire, la crainte d'chouer, une grande dissipation d'esprits,
et je ne sais quelle constellation maligne qui prsidoit sur son amour,
troublrent tellement le grand Alcandre, qu'il ne se connut plus
lui-mme, et, sur le point de se voir le plus heureux de tous les
amants, il tomba dans la plus cruelle disgrce qui puisse arriver
en amour. Enfin ce malheureux amant se trouva sans armes, lorsqu'il crut
que sa matresse n'toit plus en tat de lui rsister.

La fausse comtesse, qui s'aperut bien de son malheur, ne fit pas
semblant de le connotre, et revenant de son feint assoupissement, elle
dit au grand Alcandre:--Nous nous arrtons ici trop longtemps; que
pourra-t-on dire de nous?--Vous avez raison, Madame, lui rpliqua-t-il,
nous ne faisons rien ici; mais on ne peut rien dire qui vous fasse tort,
quand on sauroit mme ce qui s'est pass.

Comme le grand Alcandre achevoit de parler, on vit venir du monde de
divers endroits, o ils se mlrent eux-mmes, sans qu'on y prt garde;
aprs cela, chacun alla se reposer le reste de la nuit.

Qui pourroit reprsenter les inquitudes o toit le grand Alcandre,
aprs le malheur qui venoit de lui arriver? Il prouva tout ce que le
dplaisir, la honte et le dsespoir ont de plus cruel:--Faut-il,
disoit-il, que ce moment favorable que j'avois tant dsir, soit le plus
fatal et le plus malheureux de ma vie? Que le seul moment o celle qui
m'a tant fait souffrir se vient jeter entre mes bras, me devienne
inutile par ma lchet! C'est un affront que je ne puis me pardonner 
moi-mme. Toutes mes autres disgrces n'toient rien en comparaison de
cette dernire. tre rebut par une matresse, c'est un malheur assez
ordinaire; mais se voir au comble de toutes les faveurs qu'on en peut
jamais esprer, et ne profiter pas d'un temps si prcieux, je ne vois
rien qui puisse galer un tel dsastre. Puis revenant  lui-mme,
il disoit: c'est pourtant quelque douceur, que cette cruelle se soit
enfin attendrie, et il n'a pas tenu  elle que je n'aie t le plus
heureux de tous les amants. Tentons encore la fortune; elle ne me sera
pas toujours contraire; celle que j'ai pu toucher, tout foible que j'ai
paru, ne sera pas peut-tre insensible, quand j'aurai repris mes
forces.

Dans cette pense, il reposa quelques heures assez tranquillement, et
ds que l'heure de se lever fut venue, et qu'il eut pris tout ce qu'il
jugea lui tre meilleur pour lui donner du courage et de la force, il se
rendit dans le bois. L'heure du matin fut employe  la promenade, et le
grand Alcandre, qui cherchoit partout la comtesse, ne l'eut pas plus tt
aperue que, se drobant insensiblement du reste de la compagnie sur
quelque lger prtexte, il l'alla d'abord accoster. Quoique les dames
qui l'accompagnoient ne souponnassent pas que le Roi et le moindre
attachement pour elle, voyant nanmoins qu'il lui adressoit toujours la
parole, et qu'il tmoignoit la vouloir entretenir en particulier, elles
s'cartrent par respect et les laissrent seuls. Le grand Alcandre,
continuant sa promenade avec elle vers l'endroit du bois qui lui parut
le plus favorable  son dessein, l'entretint d'abord de choses
indiffrentes; puis, tant entrs dans une autre alle, o ils ne virent
personne, ils se trouvrent prs d'une grotte, o le grand Alcandre dit
 la comtesse qu'il vouloit lui faire voir quelques rarets qu'elle
n'avoit pas peut-tre remarques; comme il ne songea qu' profiter
de l'occasion, il ne s'amusa pas  parler  la comtesse de ce qui
s'toit pass le jour prcdent, et moins encore  lui en faire quelques
mchantes excuses; il ne vouloit pas rveiller de si fcheuses ides, et
il songeoit  se justifier auprs d'elle d'une manire plus forte et
plus convaincante, bien plus par les effets que par les paroles.

Dans cette gnreuse rsolution, et se sentant une vigueur
extraordinaire, il embrassa sa matresse, et, sans lui donner le temps
de lui demander ce qu'il vouloit faire, il alloit se saisir d'un bien
qu'il avoit perdu,  ce qu'il croyoit, la nuit prcdente par sa seule
faute, et qu'il prtendoit tre d  son amour. La comtesse, qui ne
savoit rien de tout cela, repoussa la main du Roi avec sa svrit
ordinaire, et lui demanda firement qui l'avoit rendu si hardi. Le Roi,
qui crut qu'elle lui reprochoit sa faiblesse du jour prcdent, lui
dit:--Vous avez raison, Madame, de vouloir savoir de moi qui m'a rendu
si hardi, aprs la honteuse lchet o vous me vtes tomber la nuit
passe.--Je ne sais de quoi vous me parlez, lui rpliqua froidement la
comtesse. Le Roi, qui crut toujours qu'elle vouloit dissimuler, et qui
se flattoit peut-tre qu'elle le vouloit pargner, en faisant semblant
de ne se souvenir plus d'une chose qui le couvroit de honte:--Je le
veux bien, Madame, lui dit-il, que nous oubliions le pass, pourvu que
vous me permettiez de profiter de ce moment favorable; ne vous opposez
donc plus  mes dsirs; je suis prt  vous donner des marques si fortes
de mon amour, qu'il ne tiendra plus qu' vous que je ne sois le
plus heureux de tous les amants.--Je vous ai dit si souvent, lui
rpliqua la comtesse, que j'ai pour vous toute l'estime et toute
l'affection que l'honneur me peut permettre; vous devez, ce me semble,
tre content, et ne m'en demander pas davantage.--Il me semble pourtant,
lui dit cet amant passionn, que, la dernire fois que je vous ai vue en
masque, vous m'avez fait concevoir d'autres esprances; est-ce qu'en
reprenant vos habits ordinaires, vous avez repris cette cruaut qui me
fait mourir?--Je vous ai dj dit, lui rpliqua la comtesse, que je ne
sais de quoi vous me parlez; mais je veux bien vous apprendre que je
suis toujours la mme, et que le masque peut bien dguiser mon visage,
mais non pas changer mon coeur; apparemment vous aurez pris quelque
autre pour moi.

Le grand Alcandre, qui crut qu'elle se repentoit des avances qu'elle lui
avoit faites la nuit prcdente, ne voulut pas la presser davantage, de
peur de l'aigrir, sachant que les femmes ne veulent jamais avouer leur
dfaite. Il cessa donc de lui parler d'une chose qu'elle vouloit
dsavouer, et il songea  faire natre une occasion semblable  celle
qu'il avoit perdue, et surtout  en profiter mieux qu'il n'avoit fait.

Il ne l'eut pas plus tt quitte, qu'il forma le dessein de continuer la
mascarade ds qu'il feroit nuit, s'imaginant qu' la faveur du masque et
des tnbres, il trouveroit sa matresse dans les mmes dispositions
pour lui, o il avoit cru la trouver la nuit prcdente.--Je vois bien,
disoit-il en soi-mme, qu'un reste de pudeur ne permet pas  cette
comtesse de m'accorder pendant le jour ce qu'elle ne me refusera pas la
nuit, et ce que j'aurois dj obtenu d'elle sans mon malheur. Peut-tre,
ajouta-t-il, qu'elle craint un second affront, et que je tombe dans une
disgrce semblable  celle qui m'est arrive. Mais je prendrai si bien
mes mesures, qu'elle n'aura pas sujet de se plaindre de moi.

Flatt de cette pense, il donna les ordres ncessaires pour une seconde
mascarade. La plupart de ceux qui s'toient masqus le jour prcdent,
changrent d'habit et de masque, soit qu'ils voulussent plaire au Roi
par cette diversit, soit qu'ils eussent quelqu'autre dessein. La
comtesse, qui n'en avoit aucun, et qui ne se dguisa que parce qu'elle
ne pouvoit pas s'en dispenser, n'y fit aucun changement, et parut avec
les mmes habits. La Montespan, qui la vouloit encore imiter pour les
raisons que j'ai dites, sachant le dessein de la comtesse, par cette
mme fille qui toit  sa dvotion, ne changea rien non plus  son
ajustement; et voulant achever ce qu'elle avoit commenc, elle rsolut
de s'carter quand il feroit nuit, et de se rendre dans le mme endroit
o le Roi l'avoit trouve le jour prcdent, lorsqu'il l'avoit prise
pour la comtesse, s'imaginant bien qu'il ne manqueroit pas d'y aller
lui-mme, dans l'esprance d'y rencontrer celle qu'il cherchoit, et
parce que c'toit un lieu tout--fait propre  son dessein.

Cependant elle fit avertir le comte, par des gens qui dpendoient
d'elle, de prendre garde  sa femme; qu'ils avoient remarqu la nuit
passe, qu'une dame, vtue  peu prs comme la comtesse, toit
entre dans un cabinet du bois assez cart, avec un homme qu'ils ne
connoissoient point et qu'il pourroit bien tre qu'ils continueroient le
mme mange; que s'il le trouvoit bon, ils feroient garde en cet endroit
et l'iroient avertir de ce qu'ils auroient vu. Le comte leur rpondit
qu'ils fissent comme ils voudroient, mais qu'il toit assur de la vertu
de sa femme.

Ds que nos masques se furent mis en campagne, la Montespan, ou la
fausse comtesse, se droba de la foule, et alla toute seule dans ce
petit cabinet o elle avoit vu le Roi le jour prcdent. Ce prince, qui
venoit de voir qu'une dame, habille  peu prs comme la comtesse,
prenoit ce chemin cart, ne douta point que ce ne ft elle-mme. Et
comme il toit aussi en masque, il n'eut pas de peine  se tirer de la
foule, et  se rendre insensiblement vers le mme endroit. Il n'y fut
pas plus tt, qu'il crut d'y voir sa chre comtesse, assise sur le lit
de gazon qui toit dans ce petit cabinet, et c'toit aussi la mme
personne qu'il y avoit vue la nuit prcdente. Il l'aborda incontinent,
et tant son masque, il se donna  connotre.

La dame le reut comme elle devoit; mais, sachant dj par exprience
qu'un masque sur le visage dguise beaucoup la voix, elle pria le grand
Alcandre de l'excuser si elle ne levoit pas son masque, lui disant
qu'elle savoit bien le respect qu'elle devoit  Sa Majest[43], mais
qu'elle ne voudroit pas pour rien au monde tre reconnue seule avec
un homme dans cet endroit cart. Le Roi, qui n'toit que trop prvenu
de la dlicatesse de la comtesse, pour ce qui regarde l'honneur et la
rputation, n'eut pas de peine  croire que la modestie et la honte
toient la seule raison qui l'empchoit de quitter son masque.--Il
n'importe, lui dit cet amant, demeurez comme vous tes, puisque vous le
trouvez bon, quoique je sois priv par l de la vue d'un objet si
charmant. Je suis choqu seulement de ce terme de respect dont vous
venez de vous servir; laissons l le respect, je vous en prie, et
donnez-moi quelques preuves de votre tendresse.

En disant cela, il se mit  baiser sa gorge, puisqu'il n'en pouvoit pas
faire autant  son visage. Elle le repoussa quelque temps, plus par ses
gestes que par ses paroles, de peur de se dcouvrir. Enfin, aprs une
feinte rsistance, elle lui accorda tout ce qu'il voulut; et cet amant
qui crut possder une nouvelle conqute, gota des douceurs qu'il
n'avoit point encore senties: ce qui fait voir qu'en amour, c'est
l'imagination qui fait tout. Il ne pouvoit se lasser de caresser sa
chre comtesse, et se croyant victorieux de cette fire beaut, il
voulut se ddommager de tout le temps qu'il avoit perdu.--Il faut
avouer, disoit ce crdule amant, qu'il n'est rien de si doux qu'un
bonheur qui a cot tant de soupirs et tant de peines! Il trouvoit en
sa matresse mille nouveaux charmes; et cependant c'toit cette
mme Montespan dont il avoit joui tant de fois, dont il commenoit mme
 se dgoter, et qui lui donnoit pourtant mille nouveaux plaisirs sous
cette nouvelle forme. Cette feinte comtesse profita, comme elle devoit,
de l'ardeur excessive o toit le Roi, et, quoique cela ne s'adresst
point directement  elle, elle le recevoit  bon compte; et si la
jalousie ne s'y ft mle, elle n'auroit jamais t si satisfaite de
l'amour du grand Alcandre. Au fond elle toit jalouse d'elle-mme, car
la comtesse n'toit l qu'un fantme; elle n'y toit qu'en ide, et les
plaisirs qu'elle gotoit avec le Roi toient tout--fait rels. Aussi
voulant y rpondre de son ct, elle l'embrassoit avec beaucoup de
tendresse, et lui faisoit entendre par ses regards, plutt que par ses
paroles, qu'elle toit aussi contente que son amant.

Aprs ces flicitations muettes qu'ils se faisoient l'un  l'autre de
leur commun bonheur, il fallut se sparer; un bruit importun, que ces
deux amants entendirent, troubla cette petite fte. La dame, qui ne
vouloit pas tre dcouverte, sortit promptement de ce cabinet, et,
traversant l'alle qui le joignoit, vint par un autre chemin se joindre
 la compagnie.

Elle ne sortit pas pourtant si secrtement, que le comte de L..., mari
de la comtesse, ne s'en aperut. Il alloit avec la comtesse sa femme,
vers ce mme endroit, d'o on lui avoit dit qu'une femme, qui
ressembloit  la sienne, toit sortie assez en dsordre la nuit
prcdente, ayant un homme avec elle. Il vit en effet que celle qui
venoit de sortir de ce cabinet de verdure avoit le port et la taille de
la comtesse, et portoit des habits tout--fait semblables. Cette vue le
frappa d'abord, non pas qu'il et aucun soupon de sa femme, qui ne
l'avoit point quitt, mais il crut qu'il y avoit quelque chose de
mystrieux dans cette ressemblance; et, tirant dans ce moment sa femme 
l'cart, il lui fit part de ce qu'il venoit de voir, et de l'avis qu'on
lui avoit donn quelques heures auparavant. Ils ne savoient l'un et
l'autre que penser de tout cela; mais cette conformit d'habillement
leur fit souponner quelque malice. Alors la comtesse se ressouvenant du
discours que le Roi lui avoit tenu le matin, ne douta point que ce
prince n'et t dup, et qu'il n'et pris pour elle une autre qui lui
avoit t plus favorable, comme elle en pouvoit juger par les discours
que le Roi lui avoit tenus. Ce qu'elle trouvoit de fcheux pour elle,
c'est qu'elle voyoit que, par une noire malice, on vouloit commettre sa
rputation dans le temps qu'on trompoit le Roi, et qu'on abusoit de sa
ressemblance pour la faire passer pour ce qu'elle n'toit pas.

Voil ce que la comtesse pensa de cette aventure; mais il toit de sa
prudence de n'en rien dire  son mari, ne jugeant pas que cela ft
ncessaire. Elle lui dit seulement qu'il falloit tcher de dcouvrir ce
mystre.--Si nous savions, dit-elle, quel est l'homme qui toit avec
cette femme, nous pourrions peut-tre avoir un plus grand
claircissement.--Je ne sais que vous en dire, rpartit le comte, mais
si j'ose vous dire ma pense, je crois que c'est le Roi; j'ai
remarqu tantt qu'il s'est cart, et il alloit, ce me semble, vers
l'endroit d'o j'ai vu sortir cette femme, et je ne l'ai pas vu depuis.

Le comte n'eut pas plus tt achev de dire ces paroles, que le Roi,
qu'on ne pouvoit mconnotre, parut, venant de ce mme endroit, ce qui
acheva de les confirmer dans la pense du comte. Si ce dernier fut
surpris quand il vit sortir de ce cabinet une femme qui ressembloit si
fort  la sienne, le grand Alcandre ne le fut pas moins, quand il vit sa
chre comtesse tte  tte avec un homme.--Je ne me trompe pas,
disoit-il, c'est elle-mme, c'est elle qui vient de me quitter, ce sont
les mmes habits. Il avoit raison en effet de la prendre pour la
comtesse; mais il se trompa quand il crut que c'toit celle qui venoit
de lui donner tant de plaisir dans ce petit cabinet; elle toit bien
loin de l; car la Montespan, de peur d'tre dcouverte, alla
incontinent changer d'habit et de masque. Croyant donc que c'toit la
mme personne, il sentit d'abord quelques mouvements de jalousie. Mais
cette passion fit bientt place  une autre. Le comte et la comtesse
s'tant donn  connotre au grand Alcandre, ce prince fut tout remis de
voir que c'toit le mari de la comtesse, qu'il regarda d'abord comme un
rempart  ce qu'il craignoit, et  l'aventure secrte qu'il croyoit
avoir eue avec sa femme. Dans cette pense, il se mit en humeur de
railler, et il dit agrablement au comte et  la comtesse,
qu'apparemment ils ne s'toient pas dguiss pour chercher quelque bonne
fortune, puisqu'il les voyoit ensemble.--Il est vrai, rpondit le
comte, que ma femme n'a jamais voulu me quitter; je ne sais si elle
a cru que j'eusse quelque dessein amoureux qu'elle ait voulu empcher.
Mais si de son ct elle avoit eu quelque intrigue, elle pouvoit bien
cacher son jeu; car je viens de voir passer une femme vtue et masque
comme elle, et je suis bien sr que je m'y serois tromp, si je ne
l'avois eue prs de moi.

On ne sauroit exprimer la surprise et la confusion du grand Alcandre, 
l'oue de ces paroles; elles furent comme un coup de foudre, qui
accablrent tout d'un coup ce pauvre amant, et le masque qu'il avoit sur
le visage lui rendit alors un bon office pour cacher le dsordre o il
toit. Revenant pourtant un peu aprs de sa premire surprise, et ne
pouvant pas croire qu'il et t tromp si grossirement, il s'imagina
que le comte se pouvoit tromper lui-mme, et que celle qu'il avoit prs
de lui n'toit pas sa femme; il lui tint quelques discours pour s'en
claircir, et comme elle ta tout--fait son masque, il ne vit que trop
son malheur et la pice qu'on lui avoit joue. Il tcha pourtant de
dissimuler son dplaisir, ou plutt mille passions diffrentes qui
l'agitoient; et ayant dit au comte qu'il se vouloit donner le plaisir de
voir ce masque qui ressembloit si fort  sa femme, et essayer s'il s'y
tromperoit, d'abord l'ordre fut donn de les faire venir tous, et de les
faire passer en revue devant Sa Majest. Mais la fausse comtesse ne
parut plus sous le mme habit, et toute la recherche du Roi fut inutile.
Il n'osa pas en faire du bruit de peur de nuire  la rputation de la
comtesse, et de s'exposer lui-mme  la raillerie secrte de sa
cour; il se contenta de dire, qu'il auroit t bien aise de satisfaire
sa curiosit l-dessus, mais que, puisque la personne qui avoit emprunt
la forme de la comtesse, n'osoit pas parotre devant elle, il n'en
falloit pas parler davantage. Aprs cela, tout le monde se retira pour
aller prendre quelque repos.

Il est facile de juger que le Roi n'en prit gure de toute la nuit. Il
toit en peine de dcouvrir ce fantme qui l'avoit tromp, et qui, sous
la vaine apparence de celle qui le faisoit mourir d'amour, l'avoit fait
jouir d'un bonheur imaginaire. Mais son plus grand chagrin toit de ne
possder pas la comtesse, comme il l'avoit cru, et d'tre toujours 
recommencer avec elle.--Quoi, dans le temps que je me croyois le plus
heureux de tous les amants, disoit-il en lui-mme, je me trouve plus
malheureux que jamais, et je me laisse duper de la manire du monde la
plus honteuse! Mais duper par une femme, moi qui les ai tant
pratiques! Puis se fchant contre soi-mme: C'est moi, disoit-il,
c'est moi qui ai t ma propre dupe, en donnant si aisment dans un
panneau qui flattoit ma passion pour la comtesse. Si je pouvois au moins
jouir de mon erreur, et tre heureux en ide! mais tout conspire[44] ma
perte; et lorsque je me flatte d'avoir eu entre mes bras la plus
charmante beaut du monde, on me dtrompe de la manire la plus cruelle.
Fut-il jamais un amant plus malheureux? L'amour m'offre les plus
belles occasions qu'un amant pourroit souhaiter pour jouir de sa
matresse; elles chouent toutes, ou par son adresse ou par mon malheur;
et lorsque je crois la tenir entre mes bras, je n'embrasse qu'un
fantme. Au moins, ajoutoit-il, si je n'avois t tromp qu'une seule
fois, j'aurois quelque consolation! A la bonne heure que je n'eusse
point encore joui de la comtesse, pourvu que ce ft celle que je trouvai
si favorable le jour de la premire mascarade, lorsque je fis parotre
tant de faiblesse. Mais pour mon malheur, elle n'a aucune part ni 
l'une ni  l'autre aventure. Ses rigueurs et sa fiert ordinaire ne me
l'ont que trop appris, et si j'ai eu quelques petites liberts auprs
d'elle, ce n'est pas de son consentement; c'est la force, c'est la
supercherie, c'est la forme trompeuse d'un mari qui me les a fait
obtenir. De sorte que le grand Alcandre fut autant ingnieux  se
tourmenter, qu'il avoit t facile  se tromper lui-mme et  flatter sa
passion.

Pour la comtesse, elle jugea bien qu'on la vouloit perdre de rputation,
et elle souponna la Montespan du dguisement dont elle se servit pour
tromper le Roi, et pour la faire passer pour une coquette. Elle crut
donc qu'elle ne devoit plus dissimuler  son mari la passion que le
grand Alcandre avoit pour elle et le dessein que la Montespan avoit de
la perdre; mais elle se garda bien de lui dire les mauvais pas o elle
s'toit trouve avec le Roi. Car, quoiqu'elle en ft sortie  son
honneur, ces sortes de choses ne sont pas bonnes  dire  un mari, qui
en pourroit tirer des consquences fcheuses. Elle se contenta de
le faire ressouvenir de ce qui arriva lorsque le Roi l'avoit trouve
endormie, et de l'alarme qu'elle avoit eue, qu'il n'et voulu attenter
quelque chose contre son honneur.--Je m'en souviens fort bien, dit le
comte, et il me semble que j'entends encore ce grand cri que vous
ftes.--Et moi je me souviens fort bien, lui dit la comtesse, de toutes
vos railleries que je ne trouvai point de saison; mais je vous les
pardonnai, parce que vous n'y entendiez point de finesse.

Ensuite, elle pria le comte son mari de lui dire de quelle manire elle
devoit se conduire dans une affaire si dlicate:--Vous le savez mieux
que moi, lui rpondit le comte.--Vous avez raison, dit-elle; je sais mon
devoir et je ne l'oublierai jamais; mais je voudrois que vous me dissiez
si je dois quitter la cour sur quelque autre prtexte, ou si je dois
viter l'entretien du Roi, ou enfin de quelle manire je me dois
conduire.--A moins que vous ne craigniez de succomber  la tentation,
lui dit le comte en riant, je ne vois pas que vous deviez vous loigner
de la cour.--Moi succomber, dit-elle en l'interrompant? non pas, quand
le Roi me donneroit sa couronne.--Eh bien! Madame, lui dit le comte,
vous n'avez pas de plus fort rempart que votre vertu, et je ne veux pas
d'autre garant de votre fidlit. Quelque passionn que soit le grand
Alcandre, il se retirera de lui-mme quand il n'aura rien  esprer.

Il est certain que ce prince n'toit pas ha de la comtesse, et c'est ce
qui entretenoit son amour et ses esprances. On peut dire mme que
cette dame, toute vertueuse qu'elle toit, plaignoit ce monarque de
s'tre engag mal  propos dans une passion qu'elle ne pouvoit pas
soulager sans blesser l'honneur qui lui toit plus cher que la vie.
Enfin cet orgueil, qui est assez naturel  toutes les belles, lui
faisoit trouver quelque douceur  tre aime du plus grand Roi du monde.
C'toient les seules choses qu'elle avoit  se reprocher, et qui
l'avoient engage dans de petites dmarches dont le grand Alcandre
croyoit tirer un jour de grands avantages. Mais il est certain qu' cela
prs, elle fut toujours ferme dans son devoir, et qu'elle n'eut jamais
la moindre pense de contenter une passion criminelle, comme toit celle
du Roi.

Cependant, ce grand monarque se flattoit quelquefois de vaincre cette
invincible; et comme l'amour grossit les objets, il regardoit les
moindres honntets de sa matresse comme les erres[45] d'une conqute
assure. Prvenu de cette pense, il voulut faire un dernier effort. Il
ne cherchoit que l'occasion d'un tte  tte avec sa matresse. Elle se
prsenta bientt, puisqu'au lieu de l'viter, elle-mme la fit natre,
dans le dessein qu'elle avoit de dsabuser entirement le Roi, et de lui
parler plus fortement qu'elle n'avoit fait des sentiments de son
coeur.

Le lendemain de cette mascarade, elle s'alla promener avec peu de
suite dans le bois de Versailles; et le Roi, qui la faisoit observer,
n'eut pas plus tt su qu'elle y toit, qu'il fit atteler un carrosse.
Ds qu'il eut joint celui de la comtesse, il lui fit dire qu'il la
vouloit entretenir en particulier; et elle, se faisant ouvrir la
portire, alla au-devant du Roi, qui toit dj descendu de son carrosse
pour l'aller joindre.

Aprs avoir march quelques pas, ils entrrent dans le premier cabinet
qu'ils rencontrrent, et tant tous deux assis, le grand Alcandre dit 
la comtesse: Je ne vois que trop, Madame, par votre conduite, que vous
aviez raison de me dire que je vous prenois pour une autre, lorsque
j'avois cru que vous aviez pour moi des sentiments favorables; mais si
mon attente a t vaine, voulez-vous qu'elle le soit toujours?--Je ne
sais pas, lui dit-elle, ce que vous prtendez de moi; mais je sais que
je n'ai rien fait esprer  Votre Majest, dont elle ait lieu de se
plaindre. Vous ne demandiez qu' m'entretenir, et  me parler de je ne
sais quelle passion que vous vous tes mise dans la tte; je l'ai
souffert, je vous ai laiss parler, peut-tre plus que je ne devois, et
je ne le vois que trop aujourd'hui, puisque vous avez conu des
esprances que je n'ai jamais eu dessein de vous donner; mais enfin, je
n'prouve que trop ce que j'avois toujours craint, et ce que je vous
avois dit  vous-mme, que vous n'en demeuriez pas l.--Eh! o en
suis-je, Madame, lui dit cet amant dsespr? Quels progrs ai-je fait
dans votre coeur?--Je vous prie, lui dit-elle, ne rappelez point le
pass, et quoique je n'aie point de crimes  me reprocher, ne me
faites point rougir de mes foiblesses.--Vous appelez foiblesses, lui dit
le Roi, une insensibilit qui me tue. Que n'ai-je pas fait pour gagner
ce coeur que vous dfendez si bien, et que ne ferois-je pas encore si
j'en pouvois venir  bout?--Sire, lui dit la comtesse, il ne faut pas
vous tourmenter pour une chose qui ne mrite pas le moindre de vos
soins; mais si, telle que je suis, vous pensez encore  moi, je veux
bien vous parler  coeur ouvert, et vous dire, Sire, que tout puissant
que vous tes, vous ne l'tes pas assez pour me faire commettre un
crime. J'ajouterai mme, que tout aimable que vous me paroissez, par
mille belles qualits dont vous brillez, je n'oublierai jamais ce que je
me dois. Enfin, je vous ferai cette confession que je vous ai dj
faite, que j'ai pour Votre Majest tout le respect, toute l'estime, et
si je l'ose dire, toute la tendresse qu'une sujette peut avoir pour son
Roi; mais, avec tout cela, n'attendez rien de moi qui puisse faire honte
 mon sexe.

Le grand Alcandre, entendant parler ainsi la comtesse, ne savoit plus
que lui rpondre: Mais quoi, Madame, lui dit-il, ne me
distinguerez-vous pas de tout le reste des hommes? N'aurez-vous aucun
gard  la passion d'un prince qui ne sauroit vivre sans vous, et qui
donneroit tout son royaume pour gagner un coeur comme le vtre?--Je
vous distingue si bien, lui dit la comtesse, que je n'ai jamais
souffert, ni ne souffrirai jamais de personne ce que j'ai souffert de
vous; et je connois si bien le prix de votre affection, et les
tmoignages de tant de bonts que vous avez pour moi, que s'il ne
falloit que ma vie, je suis prte  vous la sacrifier, pour vous marquer
ma reconnoissance. Mais, grand Roi, cessez d'attaquer mon honneur, qui
m'est plus cher que la vie, et puisque la gloire est le grand objet de
votre ambition, ne m'enviez pas cette heureuse conformit avec le plus
grand monarque du monde. Laissez-moi cet honneur qui est si cher 
toutes les belles mes, que vous soutenez vous-mme avec tant d'clat,
et quelquefois au pril de votre vie. Souffrez qu'il tienne toujours la
premire place dans mon coeur, et ne m'enviez pas le seul bien qui
peut me conserver votre estime, et un bien qu'on ne retrouve plus quand
on l'a perdu.

Le Roi, vaincu par de si beaux sentiments, rpondit  la comtesse: Vous
avez des qualits qui me ravissent; c'est trop peu que de l'amour, vous
mritez d'tre adore; et dsormais je suis plus pris de votre vertu
que je ne le suis de vos charmes.

En disant cela, le Roi la prit par la main, la ramena lui-mme dans son
carrosse, et, tant rentr dans le sien, il continua sa promenade.

Depuis ce temps-l, il n'a plus parl d'amour  la comtesse, et lui a
donn, dans toutes les occasions, des marques de son estime.

Quand la Montespan le vit guri de cette passion, elle lui apprit que
c'toit elle qui l'avoit tromp jusqu' deux fois pendant les nuits de
la mascarade; et, comme il ne pensoit plus  la comtesse, il pardonna 
la Montespan cette petite malice, et ne fit que s'en divertir avec elle.

Ce prince a dit depuis  ses plus chers confidents qu'il trouvoit
que la victoire que cette dame avoit remporte sur son amour, toit
quelque chose de plus difficile que toutes les conqutes d'Alexandre.

Il faut en effet qu'une femme ait un grand fonds de vertu, pour soutenir
les assauts qui furent livrs  cette pauvre comtesse, et dont elle
sortit toujours  son honneur. Elle eut  combattre la passion du Roi,
le doux penchant qu'elle avoit pour ce grand monarque, et tant
d'occasions prilleuses o les plus chastes succomberoient, et o
l'honneur a si souvent fait naufrage: de sorte que, surmonter tous ces
obstacles, comme a fait notre hrone, est le plus grand effort de la
vertu d'une femme, et le plus beau triomphe que l'honneur ait remport
sur l'amour.


NOTES.

  [3] Voy. la Prface.

  [4] Voy. _passim_ et  la table.

  [5] Voy. la Prface, en tte de ce vol.

  [6] Voy. t. II, pp. 74, 400, et  la table.--On connat la
  fanatique adoration du duc de La Feuillade pour Louis XIV; quant 
  ses complaisances en fait d'amour, le Roi, qui avoit peu de
  sympathie pour lui, ne lui auroit pas fait l'honneur de les lui
  demander ou de les accepter.

  [7] Jusqu' la folie.

  [8] Nous sommes en 1672, poque des dernires couches de la Reine,
  et jusque-l, en effet, les armes de Louis XIV n'avaient pas
  encore connu les revers qui devaient attrister la fin du
  rgne.--Voy. plus loin, p. 31, note 16.

  [9] _D'abord_, immdiatement.

  [10] Rendez-vous.

  [11] Richelet traduit: _Blanchir_, faire des efforts
  inutiles.--Furetire dit: _Blanchir_ se dit des coups de canon
  qui ne font qu'effleurer une muraille, et y laissent une marque
  blanche. En ce sens on dit au figur de ceux... dont tous les
  efforts sont inutiles que tout ce qu'ils ont fait, tout ce qu'ils
  ont dit n'a fait que blanchir.

  [12] Des cabinets de verdure.

  [13] Le texte dit: _sujet_.--_Succs_, issue, rsultat.

  [14] Voici ce qui se passait au lever du Roi; nous traons ce
  tableau en nous guidant sur l'_Etat de la France_ auquel nous
  avons emprunt tous les noms du _quartier_, du trimestre de
  janvier:--Le Roi s'veille. Aussitt M. de Chamarande, chevalier
  de Saint-Michel, qui, en sa qualit de valet de chambre, tait
  couch sur un lit tendu  terre au pied de celui du Roi,
  s'approche de Sa Majest pour lui prsenter sa robe de chambre et
  lui donner de l'eau si elle en demande. Le Roi voulant s'habiller,
  un garon de la chambre va avertir  la garde-robe pour faire
  apporter les habits dans la toilette.--Le Roy s'assied alors sur
  son fauteuil; le s{r} Roze, premier valet de garde-robe, qui a
  pris les chaussons dans le coffret, en donne un au premier valet
  de chambre qui prend la droite et le laisse  gauche pour habiller
  Sa Majest. Un simple valet de garde-robe, le s{r} de Lissalde,
  leur prsente alors le bas de soie qu'il a pris soin d'attacher au
  caleon. Alors chacun d'eux aide de son ct  chausser et vtir
  le Roi, s'il n'aime mieux le faire lui-mme, ce qui arrive le plus
  souvent. Ensuite six des pages de la chambre attachs au service
  du gentilhomme de la chambre qui est en fonctions, non plus ce
  trimestre mais cette anne, le duc de Saint-Aignan, ont le
  privilge de prsenter les mules  Sa Majest. Cela fait, le Roi
  prend son haut-de-chausses des mains d'un valet de garde-robe qui
  lui apporte premirement des canons ou des petits bas s'il dsire
  en porter: le canon est cet ornement de dentelle qui s'attache
  au-dessous du genou, au bas du haut-de-chausses; les petits bas ou
  bas  trier sont des bas qui ne couvrent que la jambe, et
  s'arrtent  la cheville. Le Roi met-il des souliers? le valet les
  lui noue; des bottes? le valet les lui prsente ou les lui met;
  mais l'honneur de donner les perons est rserv  M. Nicolas Le
  Febvre, sieur de Bournonville, cuyer de service.

  Voil le Roi chauss. Un valet de garde-robe tient la chemise du
  Roi et la prsente d'abord  un prince du sang; en cas d'absence,
  au duc de Bouillon, grand chambellan, au duc de Saint-Aignan, l'un
  des quatre premiers gentilshommes, ou enfin  M. le marquis de
  Guitry de Chaumont, l'un des deux matres de la garde-robe. Le Roi
  te alors sa chemise de nuit et met celle qu'on lui donne. Les
  huissiers, qui sont entrs dans la chambre royale ds que Sa
  Majest a eu pris sa robe de chambre, et qui se tiennent  la
  porte pour l'ouvrir ou la fermer, ce que nul autre ne peut faire,
  demandent alors au grand chambellan ou  celui des quatre premiers
  gentilshommes de la chambre qui est de service, quelles sont,
  parmi les personnes de condition prsentes, celles qu'il peut
  faire entrer. Aprs cette premire admission de gentilshommes
  favoriss, le matre de la garde-robe met au Roi son pourpoint,
  lui prsente ses mouchoirs, ses gants, et enfin son manteau et son
  pe, s'il les veut prendre; s'il veut sortir sans pe
  ni manteau, l'pe est remise  l'cuyer, le manteau au
  porte-manteau; enfin s'il ne veut ni son pe ni son manteau, on
  les laisse  la garde-robe. C'est quand le Roi est habill que
  l'huissier, le sieur de Rass, par exemple, laisse entrer toute la
  noblesse  son choix, et selon le discernement qu'il fait des
  personnes plus ou moins qualifies.

  [15] Voy. le roman de Mme de La Fayette.

  [16] Ce passage dtermine la date de cette histoire.--Louis-Franois,
  duc d'Anjou, n le 14 juin 1672, mourut le 4 novembre suivant.
  Mais si nous connaissons la date de ce petit roman, l'auteur en
  plaant son rcit  Fontainebleau nous permet de douter de sa
  vracit. En effet, pendant presque tout l't de 1672, Louis XIV
  tint la campagne sur le Rhin; il assista au fameux passage du
  fleuve, dans les premiers jours de juillet; il quitta le camp de
  Boxtel le 26 juillet et rentra  Paris le 2,  Versailles le
  3 aot.

  Pendant son voyage, dont la _Gazette de France_ a not toutes les
  tapes, la Reine accoucha du jeune prince dont il est ici
  question; on crivait de Saint-Germain-en-Laye le 17 juillet  la
  Gazette: ... Le 13, la Reyne au sortir de ses dvotions en
  l'glise des Rcollets, commena de sentir quelques douleurs qui
  l'empeschrent d'assister au Conseil; et, sur les dix heures du
  soir, ces douleurs l'ayant reprise, Sa Majest se dlivra
  heureusement, environ un quart d'heure aprs minuit, d'un
  trs-beau prince, qui remplit ce lieu d'une joie extraordinaire.
  Le sieur de Villaserre (_sic_, c'est--dire Colbert de Villacerf)
  fut charg de porter la nouvelle au Roi, de la part de la Reyne,
  qui n'en pouvoit envoyer une meilleure  Sa Majest, en change de
  celles qu'Elle luy mande tous les jours du champ de ses
  victoires.

  La cour passa  Versailles le reste de l't au milieu des ftes.
  On lit dans la _Gazette_: de Versailles, le 23 septembre:--La
  Cour continue de prendre ici les divertissemens de la saison,
  entre lesquels celui de la comdie a ses jours.--Le 17, la troupe
  du Roy y en reprsenta une des plus agrables, intitule les
  _Femmes savantes_, et qui fut admire d'un chacun. Le 20, les
  Italiens y jourent l'une de leurs pices les plus comiques. Le
  21, la seule troupe royale continua ses reprsentations avec
  beaucoup d'applaudissement. Et l'on peut juger par l s'il y a
  quelque cour en toute l'Europe qui soit divertie de cette manire
  qui ne peut, aussi, convenir qu' la grandeur de notre monarque,
  qui parot en toutes choses.

  L'anne suivante, le Roi reprit la campagne sur le Rhin et la cour
  ne sjourna pas  Fontainebleau. Nous devions entrer dans ce long
  dtail pour montrer combien le rcit de l'auteur peut paratre
  suspect, puisque l'une des principales circonstances en est si
  videmment fausse.

  [17] La conversation entre la comtesse et son mari, rapporte plus
  haut, permet en effet de le ranger parmi les maris commodes. Sous
  son enjouement percent quelques regrets.

  [18] Terme d'quitation. Piquer,  l'gard des chevaux, c'est,
  dit Furetire, les manier avec les perons ou le poinon (sorte
  d'aiguillon dont on piquait la croupe des chevaux). Il faut bien
  _piquer_ pour aller de Paris  Rome en sept jours.--On disait, et
  l'on dit encore, en faisant usage de ce mot, _piquer des deux_.

  [19] Le _Journal de la sant du Roi_ pour les annes 1672, 1673,
  1674, ne parle que de ses maladies ordinaires d'estomac, de ses
  tourdissements et de ses vapeurs: maladies frquentes et qui
  demandoient de grands soins.

  [20] Ce n'est pas en 1672, mais en 1676, que Mme de Montespan alla
  aux eaux de Bourbon. Le 8 avril, Mme de Svign annonce que la
  favorite va partir; le 1er mai, qu'elle est partie; le 15 mai,
  qu'elle est prsentement  Bourbon; le 8 juin, qu'elle est partie
  de Moulins le jeudi pour aller, en suivant le cours de l'Allier et
  de la Loire, jusqu' l'abbaye de Fontevrault, o sa soeur toit
  abbesse.--Cet anachronisme, rapproch d'autres erreurs, est de
  nature  diminuer la confiance qu'on pourroit avoir en ce petit
  roman.

  [21] _Petite oye_, dit Furetire, est ce qu'on retranche d'une oye
  pour la faire rtir, comme les pieds, les bouts d'ailes, le cou, le
  foye, le gesier... _Petite oye_ se dit figurment des rubans et
  garnitures qui servent d'ornement  un habit,  un chapeau, etc...
  La petite oye consiste aux rubans pour garnir l'habit, le chapeau,
  le noeud d'pe, les bas, les gands, etc.--_Petite oye_ se dit, en
  matire d'amour, des menues faveurs qu'on peut obtenir d'une
  matresse dont on ne peut avoir la pleine jouissance, comme
  baisers, attouchements, etc.--A la p. 111 du trs-curieux roman
  intitul _Araspe et Simandre_ (2 vol. trs-petit in-8, 1672), on
  lit: tel craint de donner dans une toffe trop chre, qui,
  ajustant avec beaucoup de rubans une bien moindre, ne laisse pas de
  se trouver agrablement vtu; c'est ce qu'on appelle la _petite
  oye_; c'est ce que nous donnons quelquefois, et ce que (l'auteur
  est une femme) nous ne devrions jamais donner.

  [22] Les eaux de Bourbon avoient alors une vogue qu'elles n'ont
  pas conserve depuis, bien que leurs effets n'aient pas chang. Le
  mdecin Delorme y attirait une grande clientle. Mme de Montespan
  y alla, comme nous l'avons vu plus haut, et c'est l que Lauzun,
  sorti de prison mais non encore admis  la Cour, alla lui
  prsenter ses hommages et solliciter sa protection.

  [23] On appelle troc de gentilhomme celui qui se fait but  but,
  _troc_ pour _troc_, sans donner de l'argent de retour. (Furetire.)

  [24] Le prince de Marcillac dont il s'agit ici est le mme que
  nous avons rencontr dans le 1er volume de ce recueil, et qui est
  devenu duc de La Rochefoucauld en 1680,  la mort de son pre,
  Franois VI, qui lui-mme avait port le nom de Marcillac jusqu'en
  1650.

  [25] Est-ce dans le _Quiproquo_? Est-ce dans _Richard Minutolo_?
  On peut hsiter entre les deux.

  [26] Le _Journal de la Sant du Roi_ ne parle pas de cette
  malencontreuse verrue; mais bien qu'en 1672 Sa Majest ait joui
  d'une sant digne d'elle, il avoit eu cependant,  plusieurs
  reprises, soit sur la poitrine, soit sur d'autres parties du corps
  de nombreuses tumeurs et durets squirreuses.

  [27] La _tempe_. Cette forme s'est conserve dans le patois
  normand (voy. le _glossaire_ de Du Bois); le glossaire genevois de
  Gaudy l'a galement releve. Furetire, Richelet n'admettent pas
  la forme _tempe_, aujourd'hui en usage.--Chapelain a dit, en
  parlant d'Agns Sorel:

      Les glaces lui font voir un front grand et modeste
      Sur qui vers chaque _temple_,  bouillons spars,
      Tombent les riches flots de ses cheveux dors.

  Le Richelet de 1719 n'admet encore que _temple_; mais le
  dictionnaire de Trvoux de 1732 dit: _tempe_, voyez _temple_.

  [28] _Happelourde_, faux diamant, ou toute pierre prcieuse
  contrefaite, ou qui n'est pas arrive  la perfection, dit
  Furetire. Le mot est pris ici dans son sens propre; on connot
  son sens figur.

  [29] On assure que le roi Louis XIV, voulant sauver les
  apparences, ne passa jamais une nuit sans aller coucher dans la
  chambre de la reine.

  [30] Voyez ci-dessus, p. 25, _note_ 14.

  [31] C'est la pense de Pascal, sur le nez de Cloptre et le
  grain de sable de Cromwell.

  [32] Remora. Furetire conteste dj l'opinion de Pline et de tous
  les anciens qui, aprs lui, attribuaient au remora la force
  d'arrter un vaisseau dans sa course: mais les modernes tiennent
  que c'est une fable.

  [33] La 1re dition de ce petit roman, reproduite par M. Paul
  Lacroix, remplace le passage qui suit par un texte tout diffrent,
  que nous reproduisons ci-dessous:

  --Je suis bien aise, rpliqua le duc, que Votre Majest soit en
  humeur de railler sur cette aventure, et si vous n'tiez pas mon
  roi, je dirois encore une plaisanterie qui m'est venue dans
  l'esprit sur le malheur qui vient de vous arriver.

  Le Roi lui permit de dire tout ce qu'il voudroit, ne cherchant
  qu' dissiper son chagrin.--Je ne puis penser  la fatalit de
  votre aventure, dit alors le duc, qu'il ne me souvienne de ce que
  j'ai ou dire autrefois d'un certain Martin qui, ayant un ne
  noir, voulut faire une gageure qu'on n'y trouveroit pas un seul
  poil d'une autre couleur. Aussi toit-il noir depuis les pieds
  jusques  la tte. Cependant il y eut un homme qui se prsenta
  pour faire cette gageure. Il offrit de payer le prix de l'ne s'il
  n'y remarquoit aucun poil qui ne ft noir, et le matre de la bte
  s'engagea  la lui livrer s'il trouvoit un seul poil d'une autre
  couleur. La chose tant ainsi arrte entr'eux, il se trouva que
  la bte avoit un poil qui toit gristre, mais si menu qu'il ne
  paroissoit que comme un point; ce qui fut cause que son matre la
  perdit, et de l est venu ce proverbe: _pour un point, Martin
  perdit son ne._ Et vous, Sire, pour quelque chose de semblable,
  vous avez perdu la comtesse, qui, sans cela, ne pouvoir pas vous
  chapper.

  Le Roi ne fit que rire de cette plaisanterie, et dit
  qu'effectivement il ne s'toit jamais aperu de cette marque sur
  son corps. Cependant, ajouta-t-il, c'est ce qui m'a fait perdre la
  bte que je tenois sans cela. Voil la deuxime fois....., etc.

  [34] Voy. t. I, p. 272, et _passim_,  la table.

  [35] Voy. t. I, prface.

  [36] Nous dirions prendre le mors aux dents.

  [37] A partir de cette rplique du Roi, les deux textes se
  confondent.--Voy. p. 88, _note_ 33.

  [38] Erreur. Voir ci-dessus, page 31, note 16.

  [39] Nous sommes en 1672. Il s'agit videmment des divertissements
  donns  Versailles par le Roi  toute sa cour  cette poque. La
  relation qui en a t publie rpartit ces ftes en six journes.

  [40] Furetire dfinit un parterre: la partie d'un jardin
  dcouverte o on entre en sortant de la maison.

  [41] Qui s'ajoutoit  plus de...

  [42] Voir sur ces costumes l'intressant ouvrage de M. Ludovic
  Celler: _Les dcors, les costumes et la mise en scne au XVIIe
  sicle_, 1 vol. in-12. Paris, Liepmannsohn et Dufour, 1869.

  [43] Du temps o les loups de velours noir taient en usage, ils
  devaient tomber devant le Roi ou la Reine;  plus forte raison les
  masques.

  [44] Conspirer toit alors employ comme verbe actif ou comme
  verbe neutre; on disoit galement bien: _conspirer la mort de
  quelqu'un, conspirer  la fortune de quelqu'un et conspirer
  contre quelqu'un_. (Furetire.)

  [45] C'est--dire comme les arrhes, comme les gages d'une conqute
  assure. Furetire donne _erres_ comme une forme corrompue de
  _arres_, mais il n'admet pas le mot _arres_. Richelet (1685) fait
  une diffrence entre _arres_ qui s'emploie au figur, et _erres_
  qui s'emploie dans le sens propre.


[Cul-de-lampe]




  AMOURS
  DE LOUIS LE GRAND
  ET
  DE MADEMOISELLE DU TRON.




[Bandeau]

AMOURS

DE LOUIS LE GRAND

ET

DE MADEMOISELLE DU TRON[46].


_PRFACE DES ENTRETIENS._

  VNUS, _reine des amours_; CUPIDON _son fils, ayant jet ses
  flches et son flambeau par terre_.

VNUS.--Que fais-tu donc, mon fils, dans ce lieu solitaire, et quelle
est donc la cause de ton chagrin? La terre, l'air et l'onde se plaignent
de toi tous les jours: les lmens ne font que murmurer depuis que tu
n'animes plus le coeur des amans. La voix des oiseaux, le chant des
Syrnes, tout languit ici bas, et les eaux du beau sjour o tu es
coulent plus doucement, et disent, par leur muet langage, que toutes
choses prissent si tu ne les soutiens.

L'AMOUR, _en fureur_, _voulant rompre son arc et son flambeau_.--Ah!
Madame, je me dsespre, et je ne veux plus servir le monde: je perds
courage depuis qu'un grand Hros, autrefois favori des Dieux, n'est plus
sensible  mes traits. C'est en vain que je frappe; son coeur
s'endurcit de plus en plus; et LOUIS LE GRAND[47], ce redoutable
vainqueur, qui triomphe si facilement de toutes les beauts du tendre
empire, semble avoir form le dessein de ne plus aimer; j'en suis si
chagrin, que j'ai rsolu de briser mes armes et d'teindre mon flambeau
pour jamais.

VNUS.--Hlas! mon enfant, que veux-tu faire? que deviendra l'Univers?
C'est toi qui par tes soins empresss fournis de matire  tout ce qui
l'anime, et sans ton secours la nature seroit aux abois.

L'AMOUR.--Je me soucie peu d'elle, aprs l'affront que j'ai reu ce
matin du Dieu des combats: Mars m'a reproch, d'un air peu agrable, que
ce monarque n'toit plus occup que des lauriers qu'il lui donnoit, et
que mon rgne toit achev.

VNUS.--Mars n'a pas lieu prsentement de parler si haut; mais en
vrit, mon fils, j'ai honte de tes foiblesses. Si le Roi n'aime plus, 
qui en est la faute? toi qui fais toutes choses, n'as-tu pu faire durer
sa passion pour toujours?

L'AMOUR.--Mes grandes occupations, Madame, en sont peut-tre la cause:
Il est vrai que j'ai nglig la revue de son coeur, pour courir  des
conqutes plus nouvelles, o l'on m'appelle incessamment.

VNUS.--Allez, mon enfant; Mars se raille de vous mal  propos. Le Roi
est plus sensible qu'il n'a jamais t. Mercure nous dit l'autre jour au
palais de Jupiter, que le prince est fortement occup d'une passion
naissante qui le charme tendrement.

L'AMOUR.--Il est donc piqu? Ma foi, je ne croyois pas que mes traits
lui fussent encore si redoutables.

VNUS.--Quoi! l'amour ignore ce que l'amour fait? ah! l'trange
surprise! je vois bien que toutes choses dgnrent: c'est le vrai moyen
de faire prir la nature et l'univers, et de les ensevelir dans un
ternel silence.

L'AMOUR.--Ne craignez rien, aimable reine de Cythre, il ne tiendra qu'
moi de le faire renatre; j'y vais travailler de ce pas avec des soins
assidus et dignes de vous. Calmez vos chagrins, et n'en doutez
aucunement; ma gloire y est intresse.

VNUS, _baisant son fils_.--Adieu, mon cher fils; reprens promptement
tes flches et ton flambeau, ne vois-tu pas que tout se ressent de ton
inquitude, et que tu es l'me et le soutien de toutes choses? vole donc
vite dans les airs: on t'attend au palais de LOUIS, pour un dessein
nouveau.


  AMOURS DE LOUIS LE GRAND
  ET
  DE MADEMOISELLE DU TRON.


_ENTRETIEN I._

  LE ROI[48], _Mademoiselle_ DU TRON[49], _la marquise de_
  MAINTENON[50], _Monsieur_ BONTEMS[51], _gouverneur de Versailles_,
  _tant tous dans le parc de Meudon_.

LE ROI, _la tte nue  Mlle du Tron_.--H bien, Mademoiselle, que
dites-vous de la nouvelle acquisition[52] que j'ai faite pour
monsieur le Dauphin?

Mlle DU TRON, _d'un ton prcieux_.--Je dis, Sire, qu'elle est
incomparable et digne du choix de Votre Majest.

LE ROI.--Voil qui est fort obligeant, Mademoiselle; mais encore, n'en
dites-vous rien de plus? n'ai-je pas bien fait de changer Choisy pour
Meudon avec la marquise de Louvois[53], moyennant le prix que j'en ai
donn de retour?

Mlle DU TRON, _en riant_.--Admirablement, Sire; Choisy n'est point 
comparer aux beauts de Meudon, et je trouve que Votre Majest a gagn 
cet change, quoiqu'elle l'ait bien pay.

LE ROI, _la regardant d'un air gracieux_.--Vous plairez-vous,
Mademoiselle, dans cet agrable sjour?

Mlle DU TRON, _d'une manire tout engageante_.--Il n'y a pas lieu,
Sire, d'en douter; s'il m'appartenoit, j'aimerois passionnment un lieu
si rempli de charmes, o tout ne respire que le plaisir.

LE ROI.--Vous pouvez, ma belle, compter qu'il sera  vous, si je suis
assez heureux pour vous plaire.

Mlle DU TRON, _avec fiert_. Qui, moi, Sire? je n'ai pas assez de
mrite et de vanit pour aspirer  la conqute du plus grand Roi de
l'Univers.

LE ROI, _en lui baisant la main_.--Que ces douceurs sont charmantes,
Mademoiselle, et en mme temps dangereuses pour le coeur d'un mortel!
vous joignez aux charmes que le ciel vous a donns, un esprit tout
divin.

Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majest me raille agrablement; mais je
n'ose, par respect, lui dire que la sincrit est plus agrable et
embarrasse moins une fille comme moi, qui vient de province, que
ces dlicatesses obligeantes et ces agrmens que suggre la politesse de
la cour.

LE ROI.--Je vous trouve, Mademoiselle, plus de grces et plus de charmes
que n'en ont toutes celles de ma cour, que l'artifice seul soutient;
cette aimable innocence qui rgne chez vous, fait ressentir un des plus
grands plaisirs de la vie.

Mlle DU TRON, _en rougissant_.--Ah! Sire, vous dsarmez de tous
cts, et je ne trouve plus d'armes pour me dfendre; vous combattez si
bien tout ce que je dis  Votre Majest, qu'il faut cder et se rendre.

LE ROI, _ M. Bontemps_.--En vrit, Monsieur, vous avez une aimable
nice; elle a l'esprit aussi joli que le corps, et j'prouve que tout ce
qu'elle dit va droit au coeur.

M. BONTEMPS.--Sire, ma nice vous est infiniment redevable, et Votre
Majest a de grandes bonts pour elle; qu'en dites-vous, Madame?

Mme DE MAINTENON, _d'une manire inquite_.--Je ne m'tonne point,
Monsieur, de voir l'encens du Roi donn  mademoiselle du Tron; ce grand
monarque aime toutes les jolies femmes, et se fait un plaisir de le leur
faire connotre.

LE ROI, _l'interrompant_.--Il est vrai, Madame, que de tout ce qui est
au monde, c'est ce que je trouve de plus beau et de plus engageant; si
c'est un crime que d'aimer, tous les hommes en sont coupables, et seront
malheureux pour avoir suivi un chemin si doux.

M. BONTEMPS.--Sire, je crois, sans dguiser ma pense, que c'est le
moindre de tous les crimes que celui de l'amour. H! qui peut justement
condamner un penchant que la nature donne  tout ce qui respire?

Mme DE MAINTENON.--Monsieur, vous appuyez les inclinations du Roi
avec un peu trop de complaisance. Savez-vous que la flatterie est un
pch mortel, et qu'il ne faut jamais dire plus qu'on ne pense.

M. BONTEMPS.--Madame, je ne tais point mes sentiments, et j'ai toujours
cru que les pchs d'amour toient bien pardonnables.

Mme DE MAINTENON.--Ce n'est pas ce que nos Rvrends Pres Jsuites
disent; car ils comptent au rang des plus grands crimes la galanterie et
les amusements de Cour. Oui, ces Saints Pres disent que Dieu y est
offens mortellement et que l'on se ferme par cette voie peu conforme 
la morale de Notre Seigneur, la porte du paradis.

M. BONTEMPS, _en riant_.--Quoi, Madame, croyez-vous entirement toutes
les ides du pch que ces religieux nous donnent? Ah! croyez-moi, ces
bonnes mes en font un nombre que l'on ne peut condamner avec justice,
et qu'en particulier ils approuvent eux-mmes.

LE ROI, _en frappant sur l'paule  M. Bontemps_.--Ma foi, Monsieur,
vous tes admirable en conclusions, et vous avez raison; ces bons Pres
ne suivent pas toujours la morale qu'ils nous prsentent[54].

M. BONTEMPS.--Sire, souvenez-vous que la chair est foible et sujette 
rebellion; la volont peut tre, mais.....

LE ROI.--Ce n'est pas ce que madame de Maintenon dit; la bonne
chrtienne veut que les sens obissent  la volont et  la raison, qui
sont les tyrans de l'homme; cette dernire ne conclut rien, quoiqu'elle
s'oppose  tout d'une manire svre.

Mme DE MAINTENON.--Ah! mon illustre Prince, dcidez-vous de la sorte
des facults des cratures, qui rendront compte des biens qu'elles ont
reus du Crateur, qui ne les a cres que pour sa gloire?

LE ROI, _riant,  M. Bontemps_.--Ne trouvez-vous pas, Monsieur, que
madame de Maintenon est extrmement savante? Elle se perd avec un saint
plaisir dans la contemplation des mystres divins, qui la ravissent en
admiration.

Mme DE MAINTENON, _en soupirant_.--Hlas! mon cher Monarque, je
souhaiterois n'avoir plus aucuns sentimens pour la terre qui
m'loignassent du ciel; mais la foiblesse humaine est si grande, que
l'on ne triomphe pas toujours de soi et de la pente naturelle qui vous
mne vers le vice.

LE ROI, _s'clatant de rire_.--Oh, la belle me! Oh, la divine personne,
qui est leve jusques aux cieux par de saints et pieux transports, qui
la distinguent des autres femmes!

Mme DE MAINTENON, _quittant le Roi_.--Je vois bien qu'il faut cder 
Votre Majest: mais, mon Prince, ne raillez pas davantage les
personnes qui font tous leurs efforts pour parvenir  l'Eternit.

LE ROI.--Trs-volontiers, Madame; adieu, je vous la souhaite.


_ENTRETIEN II._

  _Monseigneur le_ DAUPHIN[55], _et la princesse_ DE CONTI[56].

MONSEIGNEUR.--Ne trouvez-vous pas, Madame, ce lieu tout charmant? Pour
moi j'y vois des beauts mille fois plus grandes qu' Choisy,
particulirement pour la chasse, qui est ce que j'aime le plus.

LA PRINCESSE DE CONTI.--Je ne sais, Monseigneur, quel plaisir vous
prenez dans un exercice si pnible et si peu profitable: la dfaite de
vos ennemis vous seroit mille fois plus glorieuse que celle des btes, 
laquelle vous ne remporterez pas grands lauriers.

MONSEIGNEUR.--Je l'avoue, Madame, j'irois les combattre si l'on toit
sr des victoires; mais depuis que j'ai t sur le Rhin[57]  me
morfondre, o je n'ai eu nul avantage, la guerre ne me plait plus;
et je trouve beaucoup plus de charmes  courir des loups[58] que
j'arrte quand je veux. Dernirement, dans la fort de Saint-Germain mes
gens prirent deux louves qui peuploient ces bois de petits loups, et,
sans le malheur qui m'arriva, j'aurois pris le mle: le maraut se sauva
dans une le o l'on ne put le trouver.

LA PRINCESSE DE CONTI.--Voil qui est fcheux, mon Prince; mais parlons
un peu du grand chemin que le Roi fait faire depuis Versailles jusqu'
Meudon; qu'en dites-vous? La pieuse Maintenon n'en parot pas trop
contente.

MONSEIGNEUR.--Parbleu, Madame, la vieille bigotte a bien d'autres choses
en tte que le chemin de Meudon! Depuis que le Roi a fait jouer les
comdiens  Trianon[59] pour la nice du gouverneur de Versailles,
elle est devenue jalouse comme un diable.

LA PRINCESSE DE CONTI.--Ah! la vieille proscrite! l'amour
l'inquite-t-il encore? mais je crois que le Roi ne sera jamais aim de
mademoiselle du Tron, quoiqu'il fasse tout son possible pour parvenir 
cette conqute: la belle est prvenue d'un amant.

MONSEIGNEUR.--Qui est donc le galant de cette aimable fille?

LA PRINCESSE DE CONTI.--Monseigneur, c'est le duc de ***[60] qui en est
passionnment amoureux; et qu'elle aime plus que sa vie. Voil une copie
d'une lettre en vers, qu'on prtend qu'elle lui a crite, qui est la
plus tendre et la plus spirituelle du monde.

MONSEIGNEUR.--Voyons les beaux sentiments de mademoiselle du Tron.

LA PRINCESSE DE CONTI.--Ils sont dlicats et fort tendres.

MONSEIGNEUR.--C'est ce que je demande.

(_La princesse de Conti lit:_)

    _Lettre en vers de mademoiselle du Tron au duc de *** 
    l'arme_[61].

    Ma vertu, cher amant, ne me pouvoit permettre
    Le funeste plaisir de t'crire une lettre;
    Et malgr mon amour, mon devoir inhumain,
    M'a cent fois arrach la plume de la main.
    Mais quoi? le mal me presse, et si je l'ose dire,
    Il faut absolument ou mourir ou t'crire.
    Dans cette extrmit, mon courage se rend;
    Et si je fais un mal, j'en vite un plus grand:
    Car enfin je veux vivre, et l'amour m'y convie
    Puisque tu reviendras me faire aimer la vie,
    Et que je ne saurois abandonner le jour,
    Sans quitter mon amant et perdre mon amour.
    Dis-moi donc, notre Roi veut-il, sans rsistance,
    Sur tous ses ennemis exercer sa vengeance?
    Trouve-t-il tant d'attraits dans ces travaux guerriers?
    N'est-il pas encor las de cueillir des lauriers?
    Son bras victorieux, pendant une campagne,
    Fait plus qu'en soixante ans n'a pu faire l'Espagne.
    N'est-ce donc pas assez? veut-il que malgr moi,
    J'ose me repentir d'avoir un si grand Roi;
    Et que mon coeur, outr de dpit et de rage,
    Autant que les Anglois dteste son courage?
    Je regrette souvent le rgne des Csars,
    Qui se plaisoient bien moins de vivre au Champ de Mars.
    Et, dans le grand dsir de revoir ce que j'aime,
    Je fais presque des voeux contre la France mme.
    Mais toi, mon cher amant, ne me dguise rien;
    La guerre te plat-elle, et t'y trouves-tu bien?
    Dfaire un escadron, forcer une muraille,
    Prendre une ville, un fort, gagner une bataille,
    Cela te charme-t-il? et ce funeste honneur
    Te plait-il aux dpens de tout notre bonheur?
    Aimes-tu les lauriers qui me cotent des larmes?
    Ce qui fait tous mes maux a-t-il pour toi des charmes?
    Et quand tu fais trembler un peuple malheureux,
    Ne te souvient-il pas que je tremble plus qu'eux?
    Que malgr tous les maux que leur fait ton courage,
    Je suis plus misrable et perds bien davantage?
    Arrte donc, cruel, il ne t'est pas permis
    De me faire du mal plus qu' tes ennemis.
    Hlas! je le say bien, tu n'as plus de tendresse,
    Tu ne me connois plus, la gloire est ta matresse:
    Elle occupe aujourd'hui ma place dans ton coeur
    Et je mrite moins qu'un fantme d'honneur:
    Les blessures d'amour te semblent mprisables,
    Et celles du Dieu Mars te sont plus agrables.
    Autrefois tu jurois qu'il te seroit bien doux
    De pouvoir quelque jour mourir  mes genoux.
    Mais la guerre en trois mois t'a fait changer de stile;
    Tu ne veux plus mourir qu'aux pieds de quelque ville,
    Et le feu de l'amour qui t'a brl longtems,
    Cde  ce noble feu qui fait les conqurans.
    Tu te ris de mes yeux et de leur doux langage,
    Et crois qu'tre amoureux ce n'est pas tre sage.
    Ingrat! seroit-il vrai, ne m'abus-je point?
    Serois-tu devenu tigre jusqu' ce point?
    M'aurois-tu viol cette foi tant jure?
    Ce feu, que je croyois d'ternelle dure,
    Seroit-il en trois mois touff dans ton sein?
    N'as-tu pu sans le perdre aller jusques au Rhin?
    Je pourrois bien courir sur la terre et sur l'onde,
    Et porter mon amour de l'un  l'autre monde,
    Sans qu'il se puisse teindre ou bien qu'il s'altrt?
    Mais ai-je le malheur d'adorer un ingrat?
    Sans doute que tu crois que c'est une bassesse,
    Que d'tre au Champ de Mars, songer  sa matresse,
    Et que d'y conserver de l'amour dans le coeur,
    Ce n'est pas le moyen d'acqurir de l'honneur:
    Ah! que tu connois mal le chemin de la gloire!
    Quoi? tous les conqurans dont nous parle l'histoire,
    Et dont on vante tant le courage et le bras,
    Ont-ils cess d'aimer au milieu des combats?
    Regarde un Alexandre, un Csar, un Pompe:
    Ces grands hommes jamais ont-ils tir l'pe,
    Sans songer qu'il falloit par mille beaux exploits
    Mriter la beaut qui leur donnoit des loix?
    Apprens donc que l'amour renverse des murailles,
    Ravage des Etats, remporte des batailles.
    Si dans le Champ de Mars tu veux tre vainqueur,
    Tu te dois efforcer de mriter mon coeur.
    C'est l'unique moyen de gagner la victoire,
    Que de m'avoir toujours prsente en ta mmoire.
    Mais pourquoi te donner ces conseils superflus?
    Mon triste coeur me dit que tu ne m'aimes plus,
    Qu'en vain de quelque espoir se flatte une insense,
    Que Casal et Namur occupent ta pense,
    Que, fatiguant sans cesse, et la nuit et le jour,
    Tu n'as gure de temps pour penser  l'amour;
    Et que, bless peut-tre, et mourant de foiblesse,
    Tu n'es point en tat d'aimer une matresse;
    Que le sang et le meurtre ont chang ton esprit,
    Que ton coeur est de fer, que rien ne l'attendrit.
    Ah Ciel! qu' m'affliger je suis ingnieuse,
    A m'entendre, on diroit que je crains d'tre heureuse.
    Non, toutes ces raisons pour lui ne valent rien;
    Je ne crains point cela d'un coeur comme le tien;
    Et j'ai de ta constance une trop belle ide,
    Pour croire que dj tu m'ayes oublie.
    D'un feu trop violent j'eus soin de t'enflammer,
    Pour croire que dj tu cesses de m'aimer.
    Il est certain moment o, seul devant la tente,
    Tu fais quelques soupirs pour ta fidle amante;
    Et, malgr les appas que la guere a pour toi,
    Tu souhaites la paix peut-tre autant que moi;
    Tu voudrois quelquefois aller comme un tonnerre
    Ravager la Hollande et terminer la guerre;
    Et le mortel regret d'avoir quitt mes yeux
    Contre les Hollandois te rend plus furieux.
    Rapporte donc  moi ta plus louable envie;
    Conserve bien tes jours pour conserver ma vie,
    Et, quoique ta valeur te porte  tout oser,
    Ne t'expose jamais de peur de m'exposer.

MONSEIGNEUR.--Il faut avouer, Madame, que voil quelque chose de bien
crit et de bien tendre. C'est en vain que le Roi tente d'attendrir un
coeur si pntr de passion; elle n'aimera jamais Sa Majest, quelque
protestation qu'elle lui en fasse.

LA PRINCESSE DE CONTI.--J'en doute fort; mais que deviendra notre
vieille dvote, si le Roi continue d'aimer cette belle fille?

MONSEIGNEUR.--Ma foi, Madame, je n'en sais rien; ses affaires sont en
mauvais tat; n'en parlons pas, la voici avec son Maure qu'elle aime
beaucoup.


_ENTRETIEN III._

  _La marquise_ DE MAINTENON _et son Maure_.

LA M{ise} DE MAINTENON.--Page, va voir o est le Roi. Je suis en peine
de ce que Sa Majest fait.

LE MAURE.--J'y cours sans diffrer d'un moment.

Mme DE MAINTENON, _aprs le retour du Maure_.--H bien que fait le
Prince?  quoi s'occupe-t-il?

LE MAURE.--Madame, il est dans un salon, avec le gouverneur de
Versailles et sa nice.

Mme DE MAINTENON.--Hlas, mon enfant, ce n'est pas pour les beaux
yeux de M. Bontemps que ce grand Monarque a tant de complaisance; il a
une autre ide qui lui fait trouver ces moments agrables. Sexe
inconstant et volage, qui n'aime que les nouveauts; vieux pcheur[62],
est-ce encore  toi de sentir les apptits de la chair, qui es tout
ruin et rendu incapable de satisfaire une jeune coquette comme est la
du Tron?

LE MAURE.--Madame, je ne saurois qu'y faire; mais le Roi est de fort
belle humeur.

Mme DE MAINTENON.--C'est ce qui me chagrine.--Maure, va dire  Sa
Majest que je viens de recevoir une lettre de l'arme du marchal
de Boufflers[63] qui se trouve fort embarrass dans Namur  repousser
les ennemis.

LE MAURE.--Madame, je n'ose.

Mme DE MAINTENON.--Tu n'es qu'un animal; j'y vais moi-mme.

LE MAURE _seul_.--Allez-y si vous voulez, vieille mdaille; le Roi se
moquera de vous et aura raison.


_ENTRETIEN IV._

  LE ROI, _Madame_ DE MAINTENON, _et_ M. BONTEMPS.

Mme DE MAINTENON.--Sire, voici des nouvelles, mais non pas des
meilleures. Que dites-vous du mauvais tat de nos affaires? Un exprs
est venu ce matin, qui m'a dit que Casal et Namur[64] sont assigs par
les ennemis, et que nos gnraux commencent  perdre courage.

LE ROI.--Parbleu, Madame, je n'y puis que faire; je suis si las de la
guerre que je voudrois n'y avoir jamais song. Les inquitudes d'amour
sont mille fois plus douces que celles de Mars, qui ne fait que des
impressions de sang et de carnage, qui ne donne point de repos; et, pour
tre partout o l'on donne une bataille, cela n'est point de mon got.

Mme DE MAINTENON.--C'est donc pour cela, Sire, que vous avez toujours
des retours de cette passion qui rejaillissent incessamment, quelques
prires que je fasse  saint Benot[65] pour la continence de Votre
Majest? O sang rebelle et dsobissant au Souverain: quand
triompherons-nous de vous?

M. BONTEMPS.--Madame, ces petits emportements sont pardonnables  notre
grand Monarque; c'est dans les bras de Vnus qu'il se dlasse des
travaux de la guerre et des soins de son royaume, qui fatiguent Sa
Majest nuit et jour.

Mme DE MAINTENON, _peu contente et montrant un chapelet_.--Monsieur,
ne flattons pas les Princes dans leurs dfauts, par politique et par
intrt. Voil o mon Prince doit appliquer tous ses soins,  dire
souvent son chapelet et bien prier Dieu.

LE ROI, _d'un ton mprisant_.--Madame, cessez de me rompre la tte de
vos dvotions outres. Allez seulement porter une chandelle de Saint-Cyr
 votre bon saint Hilaire, afin qu'il vous rende plus discrte.

(_Madame de Maintenon s'en va._)


_ENTRETIEN V._

  LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON, _seule au bord d'un bassin_.

LE ROI.--Que faites-vous ici, belle rveuse? j'tois en peine de vous.

Mlle DU TRON.--Sire, j'admirois l'eau comme le principe de
toutes choses, suivant la pense d'un philosophe[66].

LE ROI.--Quoi, Mademoiselle, vous suivez dj les ides de ces grands
hommes  l'ge o vous tes? Ah! dfaites-vous de ces penses obscures
et douteuses, qui ne font que fatiguer les personnes qui s'y
abandonnent.

Mlle DU TRON, _d'une manire prcieuse_.--Sire, Votre Majest saura
aussi que je ne m'embarrasse pas beaucoup des sentiments errons des
philosophes; je n'en parle seulement qu'en passant, et pour me divertir.

LE ROI.--Vous faites trs-bien, ma chre demoiselle, de ne vous pas
occuper l'esprit de ces fadaises qui n'ont rien de solide; l'Amour, ce
petit Dieu des coeurs, est quelque chose de bien plus doux.

Mlle DU TRON, _poussant un grand soupir_.--Ah! Sire, ce nom me fait
trembler. Dieux, qu'il est redoutable, cet amour que Votre Majest
trouve si charmant!

LE ROI.--H! que vous a fait, Mademoiselle, ce pauvre enfant pour le
traiter de la sorte? Ce n'est pas l'amour qui fait peur aux belles comme
vous; car je sais que vous aimez, et peut-tre de plus d'une manire.

Mlle DU TRON.--Votre Majest, mon Prince, m'apprend qu'il y a
plusieurs amours; mais j'ai toujours cru qu'il n'y en avoit qu'un qui
soutenoit l'Univers.

LE ROI, _se passionnant_.--Il est vrai, ma charmante, c'est
justement celui-l que je souhaite qui vous puisse blesser. Aimez-moi
donc, si vous ne l'avez pas encore fait.

Mlle DU TRON.--Ah! Sire, je crains...

LE ROI.--H! que craignez-vous, Mademoiselle? ne suis-je pas Roi?

Mlle DU TRON.--Il est vrai, Sire; mais...

LE ROI.--Mais vous doutez, peut-tre, si je vous aimerai; ah! quelle
injustice vous me faites, mon adorable! vous n'avez que trop de mrite
et de charmes pour rendre mon amour ternel.

Mlle DU TRON.--Ah! mon Prince, Votre Majest ne doit pas tre
surprise de cette foiblesse; l'on craint toujours ce que l'on ne veut
pas voir, et l'amour est toujours occup de plusieurs passions.

LE ROI.--Enfin, ma belle, venons au fait: m'aimerez-vous, ou non? Si
vous le faites, vous sauverez la vie d'un prince qui va mourir  vos
pieds, et qui, sans ce charmant aveu, seroit le plus malheureux de tous
les hommes.

Mlle DU TRON, _en rougissant_.--Sire, qu'une dclaration tendre d'un
si grand prince embarrasse une personne comme moi! je veux tout, je
crains tout; mais hlas! je ne trouve point de force pour rien rsoudre,
et je flotte toujours entre l'incertitude que mon coeur m'a fait
natre.....

LE ROI.--Bannissez cette incertitude, Mademoiselle, et me rendez
heureux.


_ENTRETIEN VI._

  LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON, _et Madame_ DE MAINTENON, _qui
  surprend le Roi aux pieds de cette belle, dans un cabinet[67]
  d'orangers_.

Mme DE MAINTENON.--Ah! ciel, que vois-je? le Roi qui ne s'est point
souill depuis cinq ou six ans des plaisirs de la chair, et le voici aux
pieds d'une fille! Ah! Sire, je veux qu'un ange m'emporte, si vous ne
perdez la sant qui vous reste, par vos mouvements passionns.

LE ROI, _faisant un signe de croix_.--Madame, je remarque que vous
extravaguez. Allez vous mettre au lit; vous tes plus malade que vous ne
pensez. Mon bel ange aura soin de me gurir. Les blessures d'amour ne
sont pas dangereuses.

Mlle DU TRON.--Quelquefois, Sire, ce Dieu a renvers des murailles et
gagn de grandes victoires; et tout cela en faisant souffrir bien des
peines  ceux qui les dfendoient[68].

Mme DE MAINTENON, _prsentant un petit crucifix au Roi_.--Voil,
Sire, la vritable pierre de touche; voil quel doit tre  prsent
l'objet de votre adoration; c'est l o Votre Majest doit attacher
toutes ses affections et toutes ses penses, sans s'amuser  ternir sa
gloire aux pieds des cratures mortelles.

LE ROI, _en colre_.--Allez, Madame, aux petites maisons; l'on y en met
de moins folles que vous. Est-il saison de m'apporter un crucifix dans
le temps que je suis aux pieds d'un ange? Attendez du moins que j'aie
commerce avec quelque lutin, afin de l'exorciser par votre dvotion.

Mme DE MAINTENON.--Hlas! Sire, la conversation d'une fille est 
prsent plus dangereuse pour Votre Majest, que celle du plus mchant
lutin du monde[69]. M. Fagon[70], votre premier mdecin, m'a
tmoign mille fois que l'exercice d'amour ne vous vaut rien, parce
qu'il branle et dissipe les forces naturelles de l'homme; cependant
Votre Majest ne peut touffer les dsirs charnels qui renaissent
toujours. Brisez les chanes du pch, et vous attachez entirement 
votre salut.

LE ROI, _se radoucissant_.--Je le ferai, Madame; ce sont mes affaires,
qui ne vous regardent pas. Allez seulement vous reposer, cela fera du
bien  votre esprit, qui est en mauvais tat.

(_Madame de Maintenon s'en va._)

LE ROI.--Parbleu, Mademoiselle, cette dame-l radote, de venir ainsi
troubler nos plaisirs. Que ne demeure-t-elle  Saint-Cyr[71], pour
donner le ncessaire  ses filles?

Mlle DU TRON.--Sire, il parot bien  l'emportement de madame de
Maintenon qu'elle aime Votre Majest, puisqu'elle prend tant de part
dans ses intrts.

LE ROI.--Je ne puis pas bien dmler le motif qui la fait agir de
la sorte; mais je vous dirai, Mademoiselle, qu'un simple gentilhomme est
plus heureux que moi, parce qu'il peut faire ses affaires en secret.

Mlle DU TRON.--Je vous l'avoue, Sire.

Mme DE MAINTENON, _revenant_.--Sire, je viens dire  Votre Majest,
que voici deux lettres que je viens de recevoir; l'une est du marchal
de Boufflers, et l'autre m'a t donne par M. Bontemps pour
mademoiselle du Tron: c'est une de ses tantes de Normandie qui lui mande
de venir promptement.

LE ROI, _d'un air de dpit_.--Et l'autre, Madame, que contient-elle?
Apparemment vous en savez aussi la substance?

Mme DE MAINTENON.--Non, Sire, je n'ai os l'ouvrir; mais je crois que
le marchal se plaint fort de ses soldats qui dsertent  tout moment:
ce gnral en a perdu six mille dans Namur[72].

LE ROI.--Depuis un temps vous ne me dites rien que de dsagrable.

Mlle DU TRON.--Sire, je prends cong de Votre Majest.

LE ROI.--O allez-vous, ma belle? demeurez, je vous prie.

Mlle DU TRON, _aprs avoir lu sa lettre_ [_la lettre de sa
tante_].--Sire, je viens de lire la lettre de ma tante qui me mande
absolument; Votre Majest aura la bont de me laisser aller.

LE ROI, _chagrin et trpignant du pied_.--Ah! fcheux contre-temps, ne
cesserez vous point de me perscuter.


_ENTRETIEN VII._

  LE ROI, _et le_ PRE LA CHAISE[73], _son confesseur_.

LE ROI, _l'apercevant_.--Approchez, mon rvrend Pre, j'ai bien de la
joie de vous voir.

LE PRE LA CHAISE.--Ah! Sire, celle que je sens n'est pas exprimable. Il
y a plusieurs jours que je meurs d'envie d'entretenir Votre Majest sur
quelques affaires qui me paroissent importantes.

LE ROI.--Parlez, mon rvrend Pre, qu'avez-vous  me dire d'important?

LE PRE LA CHAISE, _tant entr dans le cabinet du Roi_.--Sire, je
prends la libert de dire  Votre Majest, qu'tant il y a quelques
jours en prires, j'eus une vision qui m'tonna fort, et o je me
trouvai trs-embarrass. L'esprit qui me parla, me dit qu'il toit l'me
du pre Bobinet[74] mon confesseur, que le conseil cleste avoit dput
pour venir me dire combien les puissances souveraines des cieux toient
fches contre Votre Majest, qui met le clerg au rang des sujets
contribuables de son royaume, en les taxant comme les autres[75]. Ce qui
ne doit pas tre, suivant la pense d'un grand Saint, qui nous dit
que ceux qui servent  l'autel doivent tre exempts de tous impts et de
toutes taxes.

LE ROI, _fort pensif_.--Cela est-il bien vritable? Mais, mon Dieu, mon
rvrend Pre, ce n'est pas ma faute; si j'ai pch dans cette occasion,
ce n'est que par conseil. Messieurs de Pomponne[76], de Harlay[77], et
Pontchartrain[78], ne m'ont-ils pas port  demander  mon clerg les
dix millions de don gratuit[79] qu'il m'a fourni pour soutenir la
guerre, qui, comme vous savez, est fort difficile  supporter[80]?

LE PRE LA CHAISE.--Je l'avoue, Sire; mais cependant on murmure fort 
la cour cleste de tout ce qui se passe en France et le pre Bobinet dit
encore que saint Ignace prit la parole au nom de l'assemble, et dit,
comme en colre, qu'il toit impossible qu'un prince qui renverse le
service divin entrt en paradis.

LE ROI, _frappant de son chapeau sur la table_.--Parbleu, mon Pre, je
n'y saurois que faire, quand tous les saints du Paradis y trouveroient 
redire, et que ce seroit un crime, j'y ai t forc; ce n'est que pour
un bien qui est la gloire de mon Etat; et, quoique j'en aie donn les
ordres, ce ne peut tre au plus  mon gard qu'un pch
philosophique[81], comme vous me l'avez dit mille fois.

LE PRE LA CHAISE.--Sire, ne vous emportez pas, nous tcherons de
rconcilier Votre Majest avec les puissances clestes, et de rendre
vniels tous les pchs qu'elle commettra par ignorance.

LE ROI.--Vous ferez bien, car je n'aime pas les querelles, et ne veux
pas tre contredit dans mes actions. Tchez donc, mon rvrend Pre, de
faire ma paix avec les saintes Intelligences, et de me bien mettre dans
leurs esprits; car autrement je craindrois fort qu'il me laissent
longtemps brler en purgatoire pour se venger.

LE PRE LA CHAISE.--Ne vous alarmez point, Sire; je donnerai un bon
passe-port  Votre Majest pour la rendre heureuse en l'autre vie;
d'ailleurs, ne doit-elle pas tout esprer de tant de belles actions
qu'elle a faites pendant son rgne, et de toutes les mes qu'elle a
converties par ses dragons[82], que nous appelons les gendarmes du ciel?

LE ROI.--Lorsque j'ai fait chasser les huguenots, qui ne vouloient pas
se convertir, j'ai suivi en cela les conseils que vous m'aviez donns;
car vous savez que vous m'avez toujours dit que je ne pouvois faire une
plus belle pnitence de mes fautes passes, et acqurir plus srement le
Paradis, qu'en donnant tous mes soins pour l'extirpation de
l'hrsie[83], et en tablissant la maison de Saint-Cyr[84].

LE PRE LA CHAISE.--Cela est vrai, Sire, et c'est aussi ce que l'on
considrera toujours comme les merveilles de votre rgne. Ne doutez donc
pas que vous n'en receviez la rcompense dans le ciel.

LE ROI.--Cela suffit; adieu donc, mon rvrend Pre; je me recommande 
vos bonnes prires et  celles des Saints Pres de votre socit.


_ENTRETIEN VIII._

  _Madame_ DE MAINTENON _et Monsieur_ FAGON, _premier mdecin du Roi_.

M. FAGON.--Madame, je suis votre trs humble serviteur; comment vous
portez-vous?

Mme DE MAINTENON.--Je me porterois bien, Monsieur, si je n'avois
point de chagrin qui est, comme vous savez, un poison pour la sant.

M. FAGON.--Il est vrai, Madame, Hypocrates nous dit aussi, dans son
trait de mdecine, que les personnes gaies sont rarement malades[85].

Mme DE MAINTENON.--H, comment, Monsieur, pouvoir rire? l'on a du
chagrin  tout moment.

M. FAGON.--Quel est donc le vtre, Madame, ose-t-on vous le demander?

Mme DE MAINTENON, _poussant de gros soupirs_.--Oui bien, Monsieur,
c'est le Roi qui me le donne.

M. FAGON.--Quoi, Madame, un prince si bnin, si dbonnaire pourroit vous
affliger?

Mme DE MAINTENON.--Monsieur, le dplaisir que ce monarque me cause
est qu'il veut s'attacher de nouveau  une petite beaut qui lui donnera
bien  songer. Vous savez que l'exercice amoureux ne lui vaut rien
 l'ge o il est[86].

M. FAGON.--J'en conviens, Madame; l'amour rend l'homme foible et
chancelant quand il ne se conduit pas sagement; mais user un peu de
cette passion sobrement, n'est pas mchant pour la sant. Nous avons
mme un de nos savants docteurs qui ordonne de temps en temps de se
servir de femmes et de vin pour se bien porter[87].

Mme DE MAINTENON.--De grce, Monsieur, n'allez pas dire cela au Roi.
Ce prince, qui est naturellement sensible  l'amour, en profiteroit plus
que vous ne croiriez, et Sa Majest se perdroit dans les combats de
Vnus.

M. FAGON, _riant_.--Est-il possible, Madame?

Mme DE MAINTENON, _branlant la tte_.--Il n'est que trop vrai,
Monsieur; je connois ce monarque, il pousse les choses jusques 
l'excs; et c'est son penchant que les femmes.

M. FAGON.--Quelle est donc la beaut, Madame, qui engage  prsent le
Roi? je le croyois dtach de tout attachement charnel.

Mme DE MAINTENON.--Monsieur, est-ce que vous ne le savez pas?

M. FAGON.--Non, Madame; qui est-ce qui me l'auroit dit?

Mme DE MAINTENON.--C'est la nice de M. Bontemps notre gouverneur de
Versailles, qui a ravi la libert de ce prince, pour l'avoir vue
une fois  l'Opra.

M. FAGON.--Quoi, Mlle du Tron! qui auroit jamais dit que cette fille
avec son air prcieux et languissant[88], auroit pris le coeur d'un si
grand prince?

Mme DE MAINTENON.--Cependant, c'est elle-mme; le Roi en est si
charm que, hors de sa prsence, il ne peut trouver de repos.

M. FAGON.--Ah! Madame, je la plains: Il faut que ce prince fasse de
grands efforts pour contenter cette jeune amante, cela dtruira
infailliblement sa sant.

Mme DE MAINTENON.--C'est ce que je dis aussi, Monsieur; je vous prie
instamment de vous servir de tout l'ascendant que vous avez sur ce
monarque, pour le dtourner de cette amourette qui lui est si
dsavantageuse pour le corps et pour l'esprit, qu'il n'est occup que de
sa nouvelle passion.

M. FAGON.--Je ferai tout mon possible, Madame, pour persuader  ce
prince que sa sant y est intresse; et comme Sa Majest ajoute assez
de foi  ce que je lui dis, j'espre de russir dans mon dessein.

Mme DE MAINTENON.--Dieu le veuille, Monsieur, pour mon repos. Il me
souvient que, quand vous dtes au Roi dernirement que l'air de Meudon
lui toit meilleur que celui de Versailles, il a cru votre conseil,
puisque Sa Majest y va une ou deux fois la semaine, et
particulirement depuis qu'il a sa belle en tte.

M. FAGON.--Ne vous chagrinez point, Madame, de cette amourette: c'est un
feu volant qui passera comme les autres; il est trop ardent,  ce que
vous m'avez dit, pour tre de dure.

Mme DE MAINTENON.--Cependant, Monsieur, je ne laisse pas d'en avoir
bien du chagrin.

M. FAGON.--Madame, vous avez trop de vertu et trop de politique pour ne
pas savoir vous contraindre; un peu de complaisance sied bien, et
principalement  la Cour o il s'en faut beaucoup servir.

Mme DE MAINTENON.--Rien de plus vrai, Monsieur, la feinte et la
dissimulation sont les qualits les plus ncessaires aux courtisans.

M. FAGON.--Madame, je prends cong de vous; voici le Roi qui vient, je
m'en vais au-devant.

Mme DE MAINTENON.--Adieu, Monsieur, n'oubliez pas de dire au Roi
qu'il prenne soin de sa personne.

M. FAGON, _prenant la main de Mme de Maintenon_.--Je n'y manquerai
pas, Madame, prenez du repos.

Mme DE MAINTENON.--Monsieur, avant que je vous quitte, ttez un peu
mon pouls.

M. FAGON, _lui prenant le bras_.--Il est un peu mu, mais ce ne sera
rien; et si cela continue, mon chirurgien[89] vous saignera par la veine
cphalique et basilique[90], ce qui vous gurira indubitablement;
je vous laisse, Madame.

Mme DE MAINTENON.--Je suis votre servante, Monsieur.


_ENTRETIEN IX._

  LE ROI, _et Monsieur_ FAGON.

LE ROI, _en souriant_.--Ah! Monsieur le mdecin, comment vous
portez-vous depuis avant-hier?

M. FAGON.--Fort bien, Sire, comme un homme qui est toujours prt 
servir Votre Majest, avec la plus grande inclination du monde.

LE ROI, _lui prenant la main_.--Voil qui est fort honnte, Monsieur,
comptez aussi sur mon amiti.

M. FAGON.--Sire, Votre Majest me fait plus d'honneur que je ne mrite.

LE ROI.--Monsieur, point de compliments, asseyez-vous ici. Quelles
nouvelles m'apprendrez-vous?

M. FAGON.--Sire, je ne sais rien de nouveau, sinon, que je trouve
un grand changement en Votre Majest.

LE ROI, _le regardant_.--Eh! que trouvez-vous en moi de chang? est-ce 
mon avantage ou  mon dsavantage?

M. FAGON.--Non, Sire, c'est  votre avantage.

LE ROI, _en riant_.--Parlez donc, Monsieur le docteur, et vous
expliquez; qu'est-ce que vous remarquez en moi?

M. FAGON.--Une abondance de sant, Sire, cause par une joie qui se
rpand sur toute votre personne royale.

LE ROI.--Bon, voil qui va bien, Monsieur; je ne laisse pas cependant
d'avoir du chagrin de toutes les pertes que je fais cette anne de tous
cts.

M. FAGON.--C'est le sort de la guerre, Sire, qui a toujours t de la
sorte; l'amour rcompense Votre Majest de ses pertes, en lui faisant
faire des conqutes dans son empire.

LE ROI, _d'un air agrable_.--Monsieur, je vois bien que vous tes aussi
savant en amour qu'en mdecine; mais, dites-moi un peu, je vous prie,
avez-vous des remdes pour les coeurs des amants?

M. FAGON.--Oui, Sire, je les guris  peu de frais.

LE ROI.--Ah! Monsieur, donnez-m'en un pour un prince qui souffre
beaucoup, qui vous en saura bien du gr.

M. FAGON.--Sire, je ne puis gurir personne si je ne le connois; mes
herbes n'ont point d'effet, si je ne vois et ne touche.

LE ROI, _en souriant_.--C'est moi, Monsieur, qui serai votre nouveau
malade; je vous prie, gurissez-moi donc promptement.

M. FAGON.--Votre Majest, Sire, n'a pas besoin de mes remdes, tant
matre de la beaut qui l'engage; mais je prends la libert de lui dire,
qu'un grain ou deux d'amour de plus pris par excs, sont capables de lui
faire bien du mal, et mme de lui affoiblir le reste du corps.

LE ROI.--Je vous entends, Monsieur; nous n'en prendrons pas plus qu'il
n'en faut pour se bien porter. Adieu, je vous quitte, voil M. de
Pontchartrain.


_ENTRETIEN X._

  LE ROI, _et Monsieur_ DE PONTCHARTRAIN, _ministre d'Etat_.

LE ROI.--Eh bien, Monsieur, aurons-nous de l'argent?

M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, en excution de vos ordres, nous nous sommes
assembls extraordinairement, pour tcher de trouver  Votre Majest les
sommes qu'elle demande, nous avons longtemps dlibr...

LE ROI.--Il ne falloit pas perdre tant de temps  dlibrer, et passer
promptement aux effets pour remplir nos coffres.

M. DE PONTCHARTRAIN.--Nous le souhaitons tous ardemment; mais...

LE ROI, _se fchant_.--Mais, mais; ne vous ai-je pas dit que quand j'ai
command, je ne veux pas qu'on me contredise.

M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, je prends la libert de remontrer  Votre
Majest que l'on ne peut  prsent aller si vite; la ville et la
campagne sont ruines par les taxes, les impts et les contributions;
vos peuples meurent de faim[91], et sont tellement accabls de misres,
qu'ils ont beaucoup plus besoin d'un prompt soulagement, que d'tre
encore surchargs par de nouveaux impts.

LE ROI.--Qu'ils fassent comme ils l'entendront; mais il faut bien qu'ils
payent ou qu'ils crvent. Voil qui est admirable! doivent-ils
travailler pour d'autres que pour moi qui suis leur Roi, et tous leurs
biens ne m'appartiennent-ils pas de droit, comme madame de Maintenon
et les bons Pres Jsuites me le reprsentent si souvent[92]! C'est
aussi le sentiment des principaux de ma Cour, qui disent que mes sujets
doivent s'estimer fort heureux que je leur laisse la vie et l'habit, que
je pourrois leur ter si je voulois.

M. DE PONTCHARTRAIN.--Il ne me convient pas, Sire, d'entrer dans cet
examen; cependant je prends la libert de vous dire, qu'encore que Votre
Majest soit toute puissante sur la terre, elle ne peut faire trouver de
l'argent o il n'y en a pas. Il n'y a que le Crateur de l'Univers qui
puisse faire un si grand miracle.

LE ROI.--Enfin, Monsieur, sans tant de raisons, faites ce que vous
pourrez et mettez tout en usage; mais il faut au plus tt de l'argent,
tant pour mes dpenses ordinaires et extraordinaires, que pour celles de
la guerre[93] et de Marly[94], dont je ne prtends pas absolument [en]
rien retrancher.

M. DE PONTCHARTRAIN.--C'est  ces grands recouvrements que je travaille
aussi avec toute l'application possible; mais en vrit, Sire, nous
avons invent tant de nouvelles affaires, que mon imagination en est
tarie[95], et il ne nous reste plus qu'une dcouverte  mettre en
oeuvre.

LE ROI.--Quelle est donc cette dcouverte?

M. DE PONTCHARTRAIN.--La voici: Messieurs d'Argouges et
Barbezieux[96], ministres d'Etat, ne pouvant plus mettre de taxes,
et voyant que les finances de Votre Majest commencent  s'puiser, M.
d'Argouges, toujours fertile en moyens, nous en proposa un nouveau, qui
est de mettre un impt sur les vents; ce qui attireroit, dit-on, de
grandes sommes d'argent pour soutenir la guerre dans tout le royaume;
les mariniers, les bateliers, les meuniers et autres gens semblables, ne
pouvant se servir de cet lment sans payer la somme impose.

LE ROI.--Cet avis me parot assez bon, et n'est pas  ngliger.

M. DE PONTCHARTRAIN.--L'on tendroit le rglement jusques sur les
apothicaires, qui par leurs remdes tirent un gros profit des vents du
corps humain, et sur les mdecins qui n'en tirent pas moins, et y
contribuent autant par leurs ordonnances.

LE ROI, _se frottant le front_.--Je consentirois avec joie, si cela se
pouvoit; mais chacun se rvoltera d'abord contre ce nouvel impt,
particulirement les mdecins et les apothicaires qui crieront comme des
diables.

M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, il suffit d'avoir votre consentement, nous
les rduirons comme les autres.

LE ROI.--Monsieur, je ne sais ce que je dois faire: mon confesseur m'a
rapport que tous les saints du Paradis crient contre moi comme des
enrags d'avoir os taxer le service divin[97].

M. DE PONTCHARTRAIN.--Cela se peut-il, Sire?

LE ROI.--Il n'y a rien de plus vrai, Monsieur; mais que le Pre Bobinet,
confesseur du Pre de la Chaise qui est mort depuis peu, a t dput de
l'assemble cleste pour m'en avertir.

M. DE PONTCHARTRAIN.--C'est cependant, Sire, le dernier moyen que nous
avons trouv pour avoir de l'argent.

LE ROI.--Morbleu, Monsieur, je suis au dsespoir de voir les ctes
de France bombardes par les Anglois et les Hollandois[98]. Je voudrois
n'avoir jamais vu Tourville[99] qui m'a conseill de mener ma flotte
dans la Mditerrane: les allis en ont bien su profiter et n'auroient
pas fait de mme[100].

M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, c'est un malheur, mais la chose est faite.

LE ROI.--Oui, de par tous les diables, mais je n'en suis pas mieux, et
mes forces s'affoiblissent toujours de plus en plus.

M. DE PONTCHARTRAIN.--Rien n'est plus vrai, Sire; car les trois Etats de
Votre Majest sont aux abois et n'en peuvent plus; le Clerg, le
Parlement et la Noblesse se sont saigns jusques  la dernire goutte de
leur sang, et je ne sais par quel nouvel impt on pourra trouver de
l'argent.

LE ROI, _aprs avoir rv_.--Monsieur, il me semble qu'il seroit plus 
propos de taxer les heures que les vents, parce qu'elles font toujours
leur mme rvolution, et que chacun s'en sert gnralement sans pouvoir
s'en passer, particulirement l'heure du berger, qui est d'une ncessit
importante aux amants.

M. DE PONTCHARTRAIN.--Mais, comment, Sire, connotre les heures
destines  l'amour,  moins de taxer tous les jeunes gens.

LE ROI.--Monsieur, l'on ne sauroit manquer de comprendre au rle de
cette taxe tous les vieux et les jeunes; car je puis vous assurer que
les vieillards aiment autant  se divertir que les autres.

M. DE PONTCHARTRAIN.--Mais, Sire, Votre Majest ne trouveroit-elle pas
bon d'y mettre les religieux et les abbs[101], qui font...

LE ROI.--Ah! ciel! Monsieur, vous n'y songez pas; il est vrai que les
abbs sont amis de la galanterie; mais les autres sont de saintes
mes qui ne font que prier Dieu nuit et jour.

M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, M. de Pomponne proposa encore un autre
moyen, qui semble tre une dpendance de celui que Votre Majest veut
dire: c'est de taxer toutes les filles de joie[102] de votre royaume, et
ceux qui les entretiennent.

LE ROI, _en riant_.--Il faut donc qu'il se mette le premier en tte; car
je sais qu'il ne hait pas les femmes[103].

M. DE PONTCHARTRAIN.--Cela s'entend, Sire, c'est peut-tre pour avoir le
plaisir de payer et vous marquer son zle, que ce ministre a invent ce
moyen qui n'est pas mchant.

LE ROI.--Cela est assez sujet  caution; mais quittons la raillerie, et
pour conclusion de cet entretien, faites fond, suivant le plan que
nous venons de faire, de me trouver au plus tt de l'argent, et surtout
n'y manquez pas.

M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, j'y ferai de mon mieux.


_ENTRETIEN XI._

  LE ROI, _Monsieur_ DE CHANVALON[104], _archevque de Paris_, _et son
  Page_.

LE PAGE.--Sire, M. l'Archevque de Paris demande s'il n'incommodera
point Votre Majest.

LE ROI.--O est-il?

LE PAGE.--Sire, il est en bas o il attend vos ordres.

LE ROI.--Qu'on le fasse monter.

M. L'ARCHEVQUE, _en entrant_.--Sire, je vous demande pardon si
j'interromps Votre Majest.

LE ROI, _le saluant_.--Ah! mon cousin, ne parlez pas de cela, je sens
une joie parfaite de vous voir. Page, donnez un sige.

_M. l'Archevque s'assied sur un sige pliant[105]._

LE ROI.--Eh bien, mon cousin, comment vous portez-vous?

M. L'ARCHEVQUE.--Fort bien, Sire, au chagrin prs.

LE ROI.--Comment un prlat comme vous peut-il avoir du chagrin? Vous
vivez plus content dans votre diocse que moi dans mon Louvre.

M. L'ARCHEVQUE.--Sire, les apparences sont fort trompeuses, car la paix
et la tranquillit n'y rgnent pas toujours.

LE ROI.--Quel est donc le sujet de votre inquitude?

M. L'ARCHEVQUE.--Sire, c'est une dispute qui est survenue entre M.
l'Evque de Noyon[106] et moi, qui a t fort loin, et qui nous
rendra ennemis pour la vie.

LE ROI.--Au sujet de quoi, mon cousin?

L'ARCHEVQUE.--Sire, c'est au sujet de l'abb Qulus[107], qui fit
dernirement son premier sermon aux grands Cordeliers[108]. Tout
l'auditoire parut content de lui,  la rserve de quelques personnes de
qualit de mes amis, qui trouvrent  redire  plusieurs propositions
qu'il avana, condamnes par les conciles de Trente et de Vienne, et
tout--fait damnables, mais que cet Evque trouva excellentes, qui sont
des sentiments nouveaux en matire de religion. Rome, jalouse de tout ce
qu'elle enseigne, ne peut souffrir une autre doctrine que la sienne.

LE ROI.--Eh! quels sont ces sentiments nouveaux?

L'ARCHEVQUE.--Sire, ce sont ceux du quitisme[109], dont votre royaume
est rempli, tant parmi les religieux que parmi les prtres, dont
j'ai t bien surpris. Ces hrtiques croient, et se sont fait une ide
de faire parvenir les mes  la perfection pendant leur vie sans
pnitence, sans austrit, sans mortification; enseignant mme que
l'homme se doit tenir dans l'indiffrence pour ses pchs et dans
l'abandon; et qu'il ne faut pas mme demander  Dieu aucune grce du
ciel, ayant une assurance imaginaire que l'on possde Dieu en cette vie,
en lui-mme et sans milieu.

LE ROI.--Voil une doctrine bien pernicieuse, mon cousin; il faut y
apporter du remde.

M. L'ARCHEVQUE.--C'est  quoi je vais travailler, Sire, et faire
condamner les trois livres[110] qu'on a imprims sur ce sujet.

LE ROI.--Vous ferez trs-bien, et j'y donne ma voix avec beaucoup de
chaleur, pour le bien de mes peuples.

M. L'ARCHEVQUE.--Sire, ils auront une ternelle reconnoissance d'un si
grand bienfait, et je puis bien en porter parole pour eux  Votre
Majest. Je prends cong d'Elle, de peur de lui tre importun.

LE ROI.--Adieu, mon cousin, je vous souhaite une sainte prosprit dans
vos affaires. Prions votre bon ange qu'il vous conseille bien dans vos
entreprises.

M. L'ARCHEVQUE.--Je le souhaite, Sire, pour la plus grande gloire de
Dieu.

LE ROI, _en le quittant_.--Ah! le saint personnage, ah! le digne prlat,
et qu'il sera bien rcompens dans le ciel de toutes ses vertus.


_ENTRETIEN XII._

  _Madame_ DE MAINTENON, _son valet de chambre_, _et le sieur_
  BERNIER, _chirurgien du Roi_.

Mme DE MAINTENON, _au valet de chambre_.--Mon Dieu, La Fortune[111],
je n'en puis plus, j'ai des vapeurs qui me tuent et me montent  tout
moment: Va, je te prie, chercher le chirurgien du Roi, afin qu'il me
saigne.

LA FORTUNE.--Madame, c'est une chose assez surprenante qu' l'ge o
vous tes[112], les vapeurs vous incommodent si fort.

Mme DE MAINTENON.--Tu vois, mon enfant, j'en suis plus fatigue que
jamais, comme si je n'avois que quinze ans.

LA FORTUNE.--Madame, c'est un mal de mre, que l'on a bien de la peine 
gurir surtout quand la matrice...

Mme DE MAINTENON.--Ne raisonne pas davantage, va o je te dis.

LA FORTUNE.--J'y cours, Madame.

Mme DE MAINTENON, _seule_.--Peut-on voir un impertinent pareil  ce
garon? est-ce  un valet de parler de mal de femme, et de matrice? Oh!
sicle avanc o toutes choses sont prmatures! chacun raisonne de
tout, sans respect et sans distinction.

LA FORTUNE, _tout essouffl_.--Madame, Monsieur Bernier[113] va venir
tout  l'heure, il m'a pri seulement de vous dire, que vous eussiez la
bont d'attendre qu'il et saign la cavale du prince de Conti, qui
vient d'tre blesse, et qu'il aime autant que lui-mme.

Mme DE MAINTENON.--Le compliment est assez honnte; la belle
comparaison qu'il fait d'une cavale  moi! de quoi s'avise-t-il d'aller
saigner une cavale?

LA FORTUNE, _en riant_.--Madame, un chirurgien, un mdecin et un
marchal[114], ne mettent point de diffrence entre toutes les
btes et les animaux qu'ils pansent, pourvu qu'ils gagnent de l'argent.

Mme DE MAINTENON, _en colre_.--Va, tu n'es qu'un sot, La Fortune,
avec tous tes petits raisonnements; cours dire  Bernier qu'il vienne
promptement, que le Roi en a  faire.

LA FORTUNE, _bas_.--Peste soit de la vieille P...[115]; je voudrois
qu'il te mt la lancette si avant qu'elle n'en sortt jamais pour tes
pchs.

M. BERNIER, _arrivant_.--Ah! Madame, mille excuses de vous avoir tant
fait attendre; j'tois occup au service du prince de Conty.

Mme DE MAINTENON, _d'un air fier_.--Vraiment vous lui rendez l un
beau service, de saigner sa cavale! c'est le fait d'un marchal, mais
non pas le vtre.

M. BERNIER.--Madame, c'est la plus jolie bte du monde, qu'il aime comme
sa vie, et je n'ai pu me dispenser de lui rendre un tel office.

Mme DE MAINTENON.--Je vois bien, Monsieur, que les gens de votre
trempe font tout pour de l'argent; mais quoi qu'il en soit, entrons en
matire. Je veux que vous me saigniez du pied  l'eau[116], pour
m'apaiser les vapeurs qui me montent incessamment, et qui me rendent
rouge comme vous me voyez.

M. BERNIER.--Le remde est admirable, Madame, pour se rafrachir le
sang.

Mme DE MAINTENON.--Il faut que le Roi se fasse aussi saigner, car je
remarque que ce prince a le sang fort chauff depuis qu'il...

M. BERNIER, _en riant_.--Il n'y a point de doute, Madame, les jolies
femmes incommodent toujours la sant des hommes, parce qu'ils font plus
que leurs forces.

Mme DE MAINTENON.--Hlas! mon cher Monsieur, le Roi se perdra.

M. BERNIER.--Madame, notre grand monarque reviendra de cette mort.

Mme DE MAINTENON.--Avec bien de la peine;  l'ge o il est, la
nature s'puise.

M. BERNIER.--Madame, voil ma lancette prte; vous plat-il que je vous
saigne?

Mme DE MAINTENON.--Trs-volontiers, Monsieur; tenez, voil mon pied:
songez que je suis difficile  tirer du sang.

M. BERNIER.--Ne craignez rien, Madame, nous en viendrons  bout; tournez
seulement la tte, et ne vous mettez point en peine du reste.

Mme DE MAINTENON.--La Fortune, apportez un bassin et de l'eau.

LA FORTUNE.--Madame, en voil.

M. BERNIER.--Madame, c'est fait.

Mme DE MAINTENON.--Quoi, Monsieur, si promptement, sans que je l'aie
presque senti? A la vrit, vous tes un brave homme, et ce n'est pas
sans raison que le Roi vous aime.

M. BERNIER, _en faisant une profonde rvrence_.--Madame, je suis votre
serviteur aussi bien qu' Sa Majest, qui a mille bonts pour moi,
sans que je les aie mrites.

Mme DE MAINTENON.--Monsieur, sans compliment, prenez l'argent que
voici.

M. BERNIER _s'en dfend_.--Vous vous raillez de votre valet, Madame; je
vous ai bien d'autres obligations, et je n'en ferai rien.

Mme DE MAINTENON.--Monsieur, je vous prie, mettez ce louis d'or[117]
dans votre poche.

M. BERNIER.--Madame, c'est donc pour vous obir; commandez  votre
trs-humble serviteur quand il vous plaira.

Mme DE MAINTENON.--Cela suffit, Monsieur, adieu, je vous quitte.


_ENTRETIEN XIII._

  LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON.

LE ROI, _ genoux devant cette belle_.--Enfin, adorable mignonne,
l'amour que je sens pour vous n'est plus exprimable. Ah! quels
redoublements et quels transports inconnus vous me causez!

Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majest change de couleur.

LE ROI, _se pmant_.--Ah! mon bel ange... ma divine... je n'en puis
plus... je me pme.

(_Le Roi tombe vanoui._)

Mlle DU TRON, _lui prenant la main_.--Ah! Ciel, Sire, que vous
m'embarrassez par votre foiblesse; revenez, mon cher prince, de ce
triste tat, ou je vais mourir moi-mme.

_Le Roi toujours pm._

Mlle DU TRON, _lui baisant la bouche, continue_.--Mon illustre
monarque, que vous m'alarmez! vous me donnez de mortelles inquitudes,
hlas! que dira madame de Maintenon si elle vous trouve en cet tat? Que
deviendrai-je alors?

LE ROI, _revenant de son vanouissement, dit_:--Mon petit amour, ma
charmante, o ai-je t? que le paradis des amants est un sjour
dlicieux, et quel plaisir de s'y perdre avec vous!

Mlle DU TRON, _soupirant_.--Que vous m'avez caus de peine, Sire, en
voyant Votre Majest change!

LE ROI, _lui baisant la main_.--Mon Dieu, ma chre demoiselle, que vous
tes bonne de vous affliger pour un pauvre prince qui mrite si peu de
vous adorer, mais qui vous aime plus que sa vie.

Mlle DU TRON.--Sire, serois-je assez malheureuse pour vous avoir
caus cette foiblesse?

LE ROI.--Appelez-vous foiblesse, mon bel ange, la chose du monde qui me
rend le plus heureux? Non, non, j'en chris la cause comme mon unique
bien.

Mlle DU TRON.--Mon auguste prince, mnagez donc la tendresse que vous
avez pour moi, de crainte que Votre Majest ne devienne malade, ce qui
me mettroit au dsespoir.

LE ROI.--Peut-on, Mademoiselle, se possder, lorsqu'on est charm de
vous? Vous inspirez aux personnes qui vous voient des sentiments
qu'elles n'ont jamais eus, et qu'un mortel ne peut exprimer.

Mlle DU TRON.--Mes charmes, Sire, sont donc bien extraordinaires,
puisque les mortels ne les peuvent connotre?

LE ROI.--Ah! qu'ils sont puissants! ah! qu'ils sont merveilleux, ma
divine beaut!

Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majest va retomber dans son
vanouissement, si elle y songe davantage.

LE ROI.--Non, non, Mademoiselle, je sens quelques forces qui viennent 
mon secours.

Mlle DU TRON.--Tant mieux, Sire, j'en suis ravie, et cela vient 
propos, car voici Madame de Maintenon qui parot.

LE ROI.--Eh! o va cette vieille jalouse? Elle enrage de n'tre plus
jeune, et de ne pouvoir charmer.

Mlle DU TRON.--Quoi! dans l'ge o elle est?

LE ROI.--Oui, sans doute, et la bonne dame est plus amoureuse que
jamais. Cachez-vous, mon soleil, pour un moment.

Mlle DU TRON.--Il le faut bien.


_ENTRETIEN XIV._

  LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON, _cache_, _et Madame_ DE MAINTENON.

LE ROI, _la saluant_.--O allez-vous donc, Madame, avec tant
d'empressement?

Mme DE MAINTENON.--Sire, j'apprhendois que Votre Majest ft trop
longtemps seule; c'est pourquoi je viens l'entretenir.

LE ROI, _voulant la conduire_.--Madame, je vous quitte[118] de ces soins
obligeants; aujourd'hui j'ai des embarras en tte, qui demandent la
solitude. Un courrier m'a dit ce matin le pitoyable tat o mes ctes
sont rduites, Saint-Malo, etc...[119] bombards et rduits en cendres,
sont des choses bien sensibles pour un prince qui se voyoit il n'y
a pas longtemps matre des mers.

Mme DE MAINTENON.--Peut-tre, Sire, que le dommage n'est pas si grand
que l'on croit, et que pour peu de chose on rtablira ce dsordre.

LE ROI, _d'un ton chagrin_.--Parbleu, Madame, vous n'en savez rien; l'on
ne rtablira pas la ville de Saint-Malo pour cent mille cus.

Mme DE MAINTENON.--Enfin, Sire, ce sont des coups du ciel que l'on
n'a pu viter, et il faut s'y rsoudre.

LE ROI.--Je l'avoue, Madame; mais cela n'en est pas moins dsagrable.

Mme DE MAINTENON.--Mon cher prince, il me semble que ce sont vos
pchs qui sont cause de ces chtiments si touchants; n'y
rflchissez-vous point quelquefois?

LE ROI.--Ce n'est pas  vous, Madame, que j'en dois rendre compte;
l'homme est n pour pcher, et sans le pch la misricorde de Dieu
seroit inconnue sur la terre.

Mme DE MAINTENON.--Il est vrai, Sire; mais Votre Majest croit-elle
que Dieu autorise tous les plaisirs criminels que la corruption du
sicle ne fait passer que pour bagatelles et pour de simples
passe-temps? Elle devroit viter avec soin tous les plaisirs inutiles,
qui sont de vrais obstacles au salut.

LE ROI.--Eh! quels sont ces plaisirs inutiles, Madame, que vous
condamnez de la sorte? La nature n'a rien fait en vain.

Mme DE MAINTENON.--C'est la galanterie, et ces amusements de Cour par
lesquels le Seigneur est offens.

LE ROI, _en riant_.--Bon, n'est-ce que cela? pure bagatelle, Madame; ce
sont les actions les plus innocentes de l'homme que celles de l'amour,
et o il entre le moins de crime. N'est-ce pas la nature qui les a
formes elle-mme? Est-il donc rien de plus injuste que de condamner un
penchant si doux et si universel?

Mme DE MAINTENON.--Je sais bien, Sire, que c'est celui qui vous
entrane. Il faut donc se rendre, sans combattre davantage vos
sentiments. Mon Dieu, que Votre Majest me parot change, depuis
qu'elle voit Mademoiselle du Tron!

LE ROI.--En quoi, Madame, me trouvez-vous si chang?

Mme DE MAINTENON.--En toutes manires.

LE ROI.--Mais encore, Madame?

Mme DE MAINTENON.--En votre personne royale, en vos sentiments.
Hlas! avant la vue fatale de cette syrne, Votre Majest avoit un
langage bien plus difiant!

LE ROI, _avec mpris_.--Vous tes dans l'erreur, Madame; c'est la force
de votre dvotion qui vous inspire ces ides chagrines, qui ne viennent
que d'une bile noire qui se rpand dans vos veines. Prenez mdecine, si
vous m'en croyez, pour dissiper ces mchantes humeurs qui vous rendent
insupportables  vous-mme.

Mme DE MAINTENON, _se fchant_.--Sire, je mettrai en usage ce remde
que Votre Majest me donne; et pour ne pas l'importuner davantage, je
prends cong d'Elle.

LE ROI.--Allez, Madame, vous ne sauriez mieux faire.

_Madame de Maintenon s'en va._

LE ROI, _seul_.--O ciel, que cette femme est insupportable avec son
esprit jaloux! Tout l'incommode, tout la chagrine, et rien ne lui plat,
sinon l'encens que l'on lui donne. Mais quel moyen de dire toujours des
douceurs  une personne comme elle, de qui les appas sont uss et dans
la dernire dcadence? Non, je ne le puis faire, mon penchant ne me le
peut permettre, et la prsence d'une beaut naissante me fait renatre.
Il est des moments dans lesquels, sans ce secours innocent, la vie me
seroit  charge. La vieille dvote a beau prcher la pnitence sur ce
sujet, je ne m'en puis passer.


_ENTRETIEN XV._

  LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON.

LE ROI, _en souriant_.--Eh bien! Mademoiselle, vous avez entendu le beau
sermon que Madame de Maintenon m'a fait; que dites-vous de son
loquence?

Mlle DU TRON.--Sire, je dis que cette dame est infiniment savante, et
qu'elle a la plus belle rhtorique du monde.

LE ROI.--Il est vrai, Mademoiselle, elle est toute sublime.

Mlle DU TRON.--Elle est anime d'un si grand zle, qu'elle persuade
facilement ce qu'elle dit, et rien ne touche plus que sa conversation.

LE ROI.--La vtre, ma chre demoiselle, est bien d'un autre prix; elle a
pour moi des charmes qui ne se trouvent point ailleurs.

Mlle DU TRON.--Sire, Votre Majest a trop de bont pour moi, et je ne
mrite pas une prfrence si avantageuse; mais je vois M. de
Pontchartrain qui monte l'escalier; apparemment ce ministre veut
entretenir Votre Majest sur quelques affaires.

LE ROI, _chagrin_.--Cela se peut bien, Mademoiselle; mais, dieux! que
cet importun vient mal  propos interrompre mes plaisirs! Je suis plus 
plaindre que le plus chtif gentilhomme de mon royaume, n'ayant pas la
libert d'entretenir ce que j'aime; cependant je vois bien qu'il faut
encore me rsoudre  l'couter.

Mlle DU TRON.--Sire, il ne demeurera peut-tre pas longtemps.

LE ROI.--Hlas! je le souhaite, mais je connois trop ces messieurs; leur
conversation est toujours longue.


_ENTRETIEN XVI._

  LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON _et Monsieur_ DE PONTCHARTRAIN.

_Mademoiselle du Tron,  l'arrive de ce ministre, se retire comme
auparavant pour le laisser seul avec le Roi._

M. DE PONTCHARTRAIN, _s'en apercevant, dit_:--Sire, j'interromps sans
doute Votre Majest, tant occupe si agrablement.

LE ROI, _d'un air chagrin_.--Monsieur, vous tes toujours le bien venu;
mais je ne suis pas prsentement en humeur de vous entretenir.

M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, je m'en vais, plutt que d'tre incommode 
Votre Majest.

LE ROI, _en le retenant_.--Demeurez, Monsieur, puisque vous voil;
qu'avez-vous  me dire?

M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, le sujet qui m'amne est celui des impts
dont Votre Majest m'a parl l'autre jour.

LE ROI, _d'un air svre_.--Eh bien, Monsieur, avancez; que voulez-vous
dire?

M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, je viens vous reprsenter que l'impt sur
les vents qui avoit t projet, s'tant divulgu malgr moi dans Paris,
chacun murmure contre les ordres de Votre Majest, et que le peuple
crie, et se mutine avant qu'on lui fasse du mal.

LE ROI.--Monsieur, je me moque du peuple et de ses cris. Il faut
soutenir la guerre  quelque prix que ce soit.

M. DE PONTCHARTRAIN.--Je le sais bien, Sire; mais cependant on ne peut
fermer les oreilles  tout ce qui se dit.

LE ROI.--Eh bien, il faut laisser parler le monde et continuer d'agir.
Mais enfin avanons, quel est votre but?

M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, c'est de vous communiquer un avis qui parot
tre utile  votre dessein: je l'ai trouv crit en un papier que
quelqu'un a mis dans mon cabinet sur ma table.

LE ROI.--Voyons-le au plus vite, je vous prie, car...

M. DE PONTCHARTRAIN.--Un fameux pilote expriment a fait une nouvelle
dcouverte d'une probette[120], qui fait connotre la force et les
relchements des vents, et combien par chaque air de vent on peut faire
de lieues en une heure; ce qui nous est ncessaire pour mettre un impt
sur cet lment.

LE ROI.--Eh bien, faites faire l'exprience de cet instrument; et s'il
se trouve bon et juste, on n'a qu' s'en servir.

M. DE PONTCHARTRAIN.--Auprs de ce papier j'en ai trouv un autre, qui
vient,  ce qu'il me parot, de quelque esprit satirique; il contient
des remontrances que les vents ont adresses  Votre Majest; si Elle
n'y fait pas droit, elles pourront la divertir. Les voici.

LE ROI.--Voyons donc vite, car je suis sans cesse expos  lire et
entendre bien des sottises.

_Le Roi lit:_

    TRS-HUMBLES REMONTRANCES DES VENTS ET DES ZPHIRS, AU ROI.

    Puissant et souverain Monarque, Nous, lments, habitants de
    l'air, enfants d'ole notre Pre, favoris des astres, nous
    soupirons et nous nous abaissons tranquillement devant Votre
    Majest, pour lui faire connotre notre profond chagrin, et lui
    demander justice. Nous voyons avec un extrme regret que ses
    ministres nous veulent assujettir  un dur esclavage de
    maltte[121], honteux pour notre franchise que nous avons reue de
    la nature; comme elle nous a placs au plus minent et au plus
    beau sjour qu'elle ait form, nous ne pouvons souffrir de
    contrainte sur notre libert. De plus, Sire, l'auteur souverain de
    la nature nous a crs pour le bien et la satisfaction des hommes,
    qui ne peuvent vivre sans nous. Quelle tyrannie ce seroit de nous
    voir sous le joug d'un impt infme qui arrteroit notre course
    cleste et naturelle, en nous privant de nos avantages!
    Permettez-nous donc, grand Roi, de nous retirer de France sans
    tre dragonns, ni bombards, et de nous rfugier dans des pays de
    paix o les puissances souveraines ne troublent point leurs sujets
    par aucune tyrannie, faute de quoi, nous dclarons  Votre Majest
    que nous serons contraires  toutes ses flottes qu'elle mettra sur
    mer, et  tout ce qu'elle entreprendra sur les eaux. Nos chres
    Soeurs, mme nos Zphirs qui lui ont t si favorables, ont rsolu
    de ne plus parotre dans ses palais, ni dans les belles solitudes
    qui font ses dlices. Combien de fois, Sire, avez-vous lou notre
    agrable fracheur, tant aux pieds des beauts qui vous ont
    enchant! Tous ces bienfaits sont oublis aussi bien que ceux des
    Vents nos allis, qui ont tant de fois favoris vos armes
    navales. Souvenez-vous donc, illustre Prince, de toutes nos
    faveurs, et ne nous tez point notre libert ordinaire,  faute de
    quoi, nous vous quittons tous pour n'tre plus occups qu'au
    service de l'Empereur[122], le grand Achille de ce sicle, qui
    fait respirer le repos et la paix dans l'le Britannique et dans
    les pays o il rgne.

    _Sign_: LES VENTS ET LES ZPHIRS.

LE ROI, _en colre_.--Je me soucie fort peu de ces menaces et de leurs
impertinents auteurs; je ne veux avoir aucun gard pour les lments,
ils m'ont trop peu favoris dans cette dernire guerre.

M. DE PONTCHARTRAIN.--Sire, vous savez que les vents ne sont pas la
cause que votre flotte est dans la Mditerrane; c'est la faute d'un
ingnieur du parti ennemi, qui a trahi Votre Majest.

LE ROI.--Je l'avoue, Monsieur; mais cependant, malgr toutes ces
raisons, il nous faut de l'argent  quelque prix que ce soit.

M. DE PONTCHARTRAIN.--Je le sais fort bien, Sire, aussi vos ordres
passeront; c'est ce que nous avons arrt dans notre conseil.

LE ROI.--Je vous en prie, Monsieur, et donnez-moi du repos, je vous
serai oblig. Adieu, jusqu' une autre fois.

_M. de Pontchartrain s'en va._


_ENTRETIEN XVII._

  LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON, _qui sort du cabinet o elle
  s'toit retire_.

LE ROI.--Quel chagrin pour moi, ma belle demoiselle, de ne pouvoir jouir
de la libert qui est si commune aux hommes! toujours fatigu
d'affaires, je me vois malgr moi priv de ce doux repos, de cette
innocente paix, qui fait tout le bonheur de la vie. Oh! je suis rsolu
de ne voir plus personne que mon bel enfant, et je dfendrai  mes pages
et  mes gardes de laisser entrer personne lorsque nous serons ensemble.

Mlle DU TRON.--Votre Majest a raison, Sire; c'est une peine
effroyable que d'tre sans cesse occup du monde; il est des heures et
des moments o la solitude a bien des charmes pour les coeurs.

LE ROI, _se passionnant_.--Il est vrai, ma divine, particulirement
quand on est avec vous, qui donnez des agrments aux dserts les plus
affreux.

Mlle DU TRON, _en riant_.--Sire, Votre Majest est toujours galante.

LE ROI, _lui donnant un baiser_.--Qui ne le seroit avec vous, ma chre
demoiselle, qui inspirez les beaux sentiments?

Mlle DU TRON, _d'un air tendre_.--Mon illustre Monarque, que l'amour
a d'attraits pour des coeurs bien unis, et qu'il est difficile de
rsister  ses coups charmants! Mon Dieu, que je sens de foible dans mon
me, et que je me vois peu en tat de les repousser. Ah! Sire, ayez
piti de ma foiblesse!

LE ROI, _voulant profiter de ce moment favorable  sa passion, demeure
court, et dit auparavant_:--Oui, je la vais secourir, cette foiblesse si
ravissante, adorable beaut; mais que dis-je? des charmes si
extraordinaires ne me permettent plus d'avancer, et je sens mes forces
qui m'abandonnent. Hlas! faut-il pour mon malheur, que je me trouve
incapable de vous servir?

Mlle DU TRON, _rougissant_.--Sire, la course est trop pnible pour
Votre Majest.

LE ROI, _confus, en l'embrassant_.--Mon petit amour, me pardonnez-vous
cette infortune? Hlas! la nature et le trop d'amour m'ont trahi dans le
mme temps.

Mlle DU TRON.--Oui, oui, mon cher Prince, je n'y songe pas; c'est un
dfaut commun aux amants sur le retour.

LE ROI.--Ah! que votre sincrit me plat! il est vrai, Mademoiselle,
qu' mon ge l'on n'est plus bon soldat d'amour. Ce Dieu qui est dans sa
vigueur, n'enrle sous ses tendards que de jeunes personnes capables de
soutenir les batailles auxquelles il les expose; je veux, et je ne puis.
O dsirs inutiles et qui ne finissent rien!

Mlle DU TRON.--Mon Prince, ne vous chagrinez pas; Votre Majest sort
triomphante d'une attaque amoureuse.

LE ROI.--Que vous tes bonne, Mademoiselle, d'excuser mes dfauts!

Mlle DU TRON.--Sire, je suis oblige de vous quitter; Votre Majest
aura, s'il lui plat, la bont de me le permettre.

LE ROI.--O allez-vous, ma Desse?

Mlle DU TRON.--Il faut que je sorte pour une chose indispensable.

LE ROI.--Je serois au dsespoir de vous contraindre; mais, mon cher
coeur, revenez le plus tt que vous pourrez si vous voulez me
retrouver en vie.

Mlle DU TRON.--C'est  quoi, Sire, je ne manquerai pas.

LE ROI, _en la quittant_.--Ah! qu'il est dur de se sparer de ce que
l'on aime.


_ENTRETIEN XVIII[123]._

  LE ROI, _le mareschal_ DE DURAS[124], _capitaine des Gardes du
  corps de Sa Majest_, _Monsieur_ DE BRISSAC[125], _major des Gardes
  du corps_, _et_ DEUX PAGES _de la Chambre_.

LE ROI.--Monsieur, je vous prie de ne laisser entrer personne
aujourd'hui; j'ai mes raisons de n'tre point visible.

M. DE DURAS.--Sire, il suffit que Votre Majest l'ordonne.

LE ROI.--Oui, je le veux ainsi, Monsieur; vous m'obligerez.

M. DE BRISSAC, _ M. de Duras_.--Le Roi le commande, il faut suivre ses
ordres exactement.

UN PAGE DE LA CHAMBRE[126], _ M. de Brissac_.--Monsieur, voici le
carrosse de Son Altesse Royale Monsieur le Duc d'Orlans, qui vient au
chteau.

M. DE BRISSAC.--Dites que Sa Majest n'est pas ici.

LE PAGE.--Eh! o dirai-je qu'elle est, si ce Prince le veut savoir
absolument?

M. DE DURAS.--Vous rpondrez, Monsieur, que le Roi est mont  cheval,
mais que vous ne savez de quel ct Sa Majest est alle.

LE PAGE.--Cela suffit.

L'AUTRE PAGE DE LA CHAMBRE, _riant,  M. de Duras_.--Monsieur, parce que
le Roi ne veut voir personne aujourd'huy, voici encore M. de Noyon, qui
vient rendre visite  Sa Majest.

M. DE BRISSAC, _s'clatant de rire_.--C'est toujours de pis en pis;
faites  tous ceux qui viendront le mme compliment.


_ENTRETIEN XIX._

  _Monsieur le_ DUC D'ORLANS[127]; _Monsieur_ L'EVQUE DE
  NOYON[128] _et les deux_ PAGES DE LA CHAMBRE.

M. LE DUC D'ORLANS.--Messieurs, le Roi est-il en haut; peut-on lui
parler?

UN DES PAGES.--Non, Monsieur, Votre Altesse saura que Sa Majest est
monte  cheval, mais nous ne savons o Elle est alle.

M. DE NOYON, _arrivant, dit tout haut,  l'autre Page_.--Monsieur,
peut-on voir le Roi?

L'AUTRE PAGE.--Non, Monseigneur, il est sorti  cheval.

M. LE DUC D'ORLANS, _ M. de Noyon_.--Il me parot que nous ne sommes
pas plus heureux l'un que l'autre.

M. DE NOYON.--Hlas! tout de mme; il faut que Votre Altesse Royale se
console aussi bien que moi; la fortune nous favorisera une autre fois
davantage.

M. LE DUC D'ORLANS.--Il faut l'esprer.

M. DE NOYON.--Messieurs, vous prsenterez mes respects au Roi, et direz
 Sa Majest que j'tois venu lui faire la rvrence, et en mme temps
l'entretenir de quelques affaires importantes.

LES PAGES.--Nous n'y manquerons pas, Monseigneur.

M. LE DUC D'ORLANS.--Vous lui direz aussi, je vous prie, que j'tois
venu pour avoir l'honneur de La saluer.

LES PAGES, _faisant une profonde rvrence_.--C'est assez, mon Prince,
nous suivrons vos ordres.

M. LE DUC D'ORLANS, _ M. de Noyon_.--Allons, mon cousin, remontons en
carrosse.


_ENTRETIEN XX._

  LE ROI, _dans son cabinet, seul avec Mademoiselle_ DU TRON.

LE ROI.--Je viens, Mademoiselle, d'viter un grand embarras par les
ordres que...

Mlle DU TRON.--Eh! quel est-il mon Prince?

LE ROI.--Celui des visites qui m'auroient sans doute accabl de
complimens; mais j'en suis dlivr, grce au Ciel.

Mlle DU TRON.--J'en suis ravie, Sire; quel chagrin de n'tre point 
soi quand on le veut! En vrit, les personnes Royales sont exposes 
mille et mille inquitudes qui les rongent  tout moment.

LE ROI, _en riant_.--On trouve le moyen de s'en dfaire quand on le
veut, ma belle; il suffit de le vouloir.

Mlle DU TRON.--Je n'en doute pas, Sire, mais...

LE ROI, _en s'approchant d'elle_.--O avez-vous donc t, Mademoiselle,
depuis que j'ai eu le chagrin de vous quitter?

Mlle DU TRON.--Sire, j'ai t prendre l'air dans le parc, o j'ai
got mille plaisirs.

LE ROI.--Quoi, Mademoiselle, toute seule en cet endroit solitaire?

Mlle DU TRON.--Oui, Sire, je l'aime passionnment, et j'en fais mes
dlices; je ne trouve rien de si agrable que la rverie.

LE ROI.--En amour, Mademoiselle, c'est quelque chose de charmant quand
deux coeurs sympathisent bien ensemble; de petites absences ont je ne
sais quoi de ravissant; serois-je bien le motif de votre rverie?

Mlle DU TRON.--C'est quelque chose d'approchant, mon Prince.

LE ROI.--Parlez, belle mignonne, parlez, m'aimez-vous? suis-je assez
fortun pour jouir d'un si grand bien?

Mlle DU TRON.--Mon Dieu, mon illustre Prince, qu'il est inutile de
vous le dire! un monarque comme vous, le plus aimable du monde, peut-il
en douter? Il ne faut avoir qu'un coeur et des yeux pour sentir
vritablement qu'on aime Votre Majest, quand elle n'auroit ni sceptre
ni couronne; et l'amour se feroit un reproche sensible de ne pas faire
adorer un grand hros comme vous.

LE ROI.--Ah! Mademoiselle, que vous tes honnte! et qui peut
reconnotre tant de bonts! mais hlas! que ne suis-je assez pntrant
pour dmler l'amour d'avec la civilit! Ce mot je vous aime, est fort
facile  prononcer; mais qu'il est difficile  remplir!

Mlle DU TRON.--Je l'avoue, Sire.

LE ROI.--Une vritable tendresse est hors de prix; mais l'on s'en pique
rarement aujourd'hui, o la politique et l'intrt triomphent en tyrans
des coeurs mercenaires.

Mlle DU TRON, _rveuse, ne rpond rien_.

LE ROI _lui dit_.--O en tes-vous, belle rveuse?

Mlle DU TRON, _en remuant la tte_.--Sire, j'en suis en l'le de
Tendresse[129], que j'ai trouve remplie d'un nombre infini d'amants,
empresss, mais peu sincres.

LE ROI, _en riant_.--Vous n'prouverez pas Mademoiselle, un pareil sort;
mais ce que vous dites dans le gnral n'est pas une fiction, la chose
est plus relle que vous ne pensez.

Mlle DU TRON.--Je le sais fort bien, Sire, c'est aussi pour cela que
je le dis.

LE ROI.--Vos rveries, Mademoiselle, sont si spirituelles, que je suis
curieux de reconnotre cet heureux endroit de mon parc, que vous me
marquez vous en avoir fait natre de si agrables.

Mlle DU TRON.--Sire, il est fort facile de satisfaire Votre Majest,
il ne tiendra qu' Elle d'en tre bientt le tmoin oculaire;
d'ailleurs, le temps est fort beau pour la promenade.

LE ROI.--Cela est vrai, et nous nous en trouverons mieux de prendre un
peu l'air. Allons-y donc promptement.


_ENTRETIEN XXI._

  LE ROI, _Mademoiselle_ DU TRON, _Madame_ DE MAINTENON _et
  Monsieur_ FAGON.

_Le Roi entre dans le parc avec Mademoiselle du Tron; Madame de
Maintenon, l'apercevant, va au-devant de lui, suivie de M. Fagon, et
dit:_

Mme DE MAINTENON.--Quoi, Sire, toujours occup avec les dames,
pendant que vos ennemis prennent et bombardent vos villes? Ah!
croyez-moi, Votre Majest ne gagnera pas de batailles  Meudon, 
Versailles ni  Marly; il faut qu'elle fasse d'autres efforts pour
cueillir des lauriers cette campagne. Voyez les dpches qu'un courrier
vient d'apporter, qui marquent que nos affaires sont en trs-mauvais
tat par mer et par terre.

LE ROI, _en colre et d'un ton fort haut_.--Parbleu, Madame, de quoi
vous mlez-vous? Vous tes toujours sur pied. Et de qui viennent ces
dpches?

Mme DE MAINTENON.--Je ne sais pas bien encore, Sire; voici le paquet
que Votre Majest aura la bont d'ouvrir.

LE ROI _ouvre un paquet de lettres et dit_:--Voyons d'abord, en voici
une du marchal de Boufflers[130]; l'autre, du duc de Villeroy[131]; et
cette dernire est du comte de Montal, qui m'envoie apparemment les
tendards et les drapeaux de la garnison de Dixmude[132]; la prise de
cette place est un coup d'adresse, auquel mes louis ont eu un peu de
part.

Mme DE MAINTENON _lit la premire_.--Ah! Sire, le marchal de
Boufflers n'est point content des allis; il dit qu'il n'a jamais vu
pousser un sige avec tant de vigueur ni de courage.

LE ROI.--Ne me parlez plus de lui, Madame; ce n'est qu'un tourdi
d'avoir laiss prendre Namur, qui toit une place imprenable depuis
qu'elle m'appartenoit.

Mme DE MAINTENON.--Sire, il ne faut pas jeter toute la faute sur le
Marchal; il n'toit pas le seul commandant dans la ville. Prenons
courage, nous avons encore le chteau.

LE ROI.--Ma foi, Madame, je n'estime plus une chose  demi partage; je
veux tout ou rien; qu'en dites-vous, monsieur le Mdecin?

M. FAGON.--A la vrit, Sire, les choses sont plus agrables quand on
les peut possder entirement.

LE ROI.--C'est aussi ma pense; mais passons de la guerre  la mdecine.
Dites-moi, je vous prie, d'o me viennent de grandes oppressions de
rate, et des palpitations continuelles que je sens?

M. FAGON.--Sire, Galien nous dit que les oppressions de rate viennent
d'une grande mlancolie, laquelle fait enfler cette partie interne par
les vapeurs qu'elle renvoie au coeur, qui la mettent en cet tat.

LE ROI, _soupirant_.--Galien est sans doute un habile docteur; mais quel
remde donne-t-il contre ce mal?

M. FAGON.--Sire, ce savant ordonne contre tous les maux, et nous aussi,
tout ce qui leur est oppos. Par exemple, la joie est oppose  la
mlancolie qui fait son sjour dans la rate: pourquoi il la faut bannir
si l'on peut; et pour cet effet, on doit prendre dans la journe, deux
ou trois onces de joie bien prpares[133], qui dissipent la bile noire
que le chagrin fait natre.

Mme DE MAINTENON.--Voil un remde souverain, Monsieur; ne
voyez-vous pas que Sa Majest le met en usage?

M. FAGON, _regardant Mlle du Tron_.--Le remde est bon et agrable,
Madame, mais il faut craindre...

LE ROI.--Qu'y a-t-il, Monsieur,  redouter? le breuvage est si doux.

M. FAGON, _en riant_.--Il est vrai, Sire, si Votre Majest le prend avec
modration, il ne lui fera point de mal; mais si elle passe la dose du
mdicament, Elle est en risque.

Mme DE MAINTENON.--Que je suis ravie, Monsieur, que vous avertissiez
mon cher monarque de son salut! A l'ge o il est, les efforts ne lui
valent rien, non plus que de certaines agitations d'ides et
d'imagination qui lui chauffent le cerveau.

M. FAGON.--Rien n'est plus sr, Madame; toutes les motions branlent le
corps et les parties sensibles qui se trouvent obliges de faire leur
devoir par rapport aux passions qui les excitent, et si l'homme n'est
bien fort, il succombe indubitablement.

Mlle DU TRON.--Quel langage parlez-vous donc, Monsieur? l'on ne peut
rien comprendre  votre discours.

Mme DE MAINTENON.--Mademoiselle, le style vous est peut-tre inconnu;
mais cependant j'en doute fort.

Mlle DU TRON, _d'un air fier et ddaigneux_.--Je ne suis pas si
savante que vous, Madame; mais le temps m'apprendra ce que je dois
savoir.

LE ROI.--Si bien donc, Monsieur le Docteur, que pour se bien porter
il ne faut point voir de femmes? Et comment s'en passer? Sans elles la
vie est  charge, et nous devons au beau sexe les plus doux moments que
la nature a forms.

M. FAGON.--Cependant, Sire, ces doux moments en font quelquefois natre
de bien mauvais, et le temprament foible et destitu de forces ne doit
se servir des femmes et du vin que trs-peu, seulement pour lui rjouir
le coeur.

LE ROI, _en riant_.--Croyez-vous, Monsieur, que j'en use autrement?

M. FAGON.--Je ne sais, Sire, l'excs que Votre Majest fait, mais l'un
et l'autre sont dangereux.

LE ROI, _lui prenant la main_.--Monsieur, reposez-vous sur ma conduite,
j'ai du mnagement dans mes passions.

Mme DE MAINTENON, _ demi bas_.--Pas trop.

LE ROI _continue_.--Je vous suis pourtant infiniment oblig de la part
que vous prenez  ma sant.

M. FAGON.--Sire, ce n'est pas, comme Votre Majest le peut croire, un
autre motif qui me fait agir, que l'envie de voir rgner plus longtemps
votre personne Royale, tant pour la satisfaction de ses peuples, que
pour la mienne; quel coup sensible ne seroit-ce point pour nous, si nous
avions le malheur de perdre un Roi si doux et si dbonnaire?

Mme DE MAINTENON.--Ah! Sainte-Vierge qu'entends-je? Vous avez grand
tort, Monsieur, de nous faire un tombeau de douleurs avant le
temps. Hlas! que deviendrois-je, mon Sauveur, si la mort m'enlevoit mon
cher Prince?

LE ROI, _d'un air railleur_.--Calmez vos ennuis, Madame; eh! monsieur le
Mdecin, je ne suis pas encore si prs de la mort que vous pensez; il me
semble que je renais depuis quelque temps, je sens mme augmenter ma
vigueur de moment en moment.

M. FAGON, _en riant_.--Sire, Votre Majest en a besoin.

LE ROI.--Je vous entends, Monsieur, nous en viendrons  bout avec le
temps.

Mme DE MAINTENON.--Saint Ignace me puisse-t-il abandonner, si avant
qu'il soit un mois, Votre Majest ne regrette la paix et la douceur
qu'elle gotoit dans l'indiffrence.

Mlle DU TRON, _au Roi_.--Que cette vieille dame est ridicule avec son
discours surann, et ses expressions sanctifies! Plt  Dieu que Saint
Ignace l'emportt d'ici, et qu'elle nous laisst en repos.

LE ROI _lui dit tout bas_.--Un peu de complaisance, Mademoiselle, je
vais bientt la renvoyer dire son chapelet.

Mme DE MAINTENON.--Sire, Monsieur Erizzo[134], ambassadeur de Venise,
est arriv  Versailles; il demande audience  Votre Majest.

LE ROI.--Quelle diable de figure voulez-vous que je fasse, Madame, avec
cet envoy? J'enrage de ce que les Turcs ont t dfaits[135].

Mme DE MAINTENON.--Sire, il faut dissimuler, et lui faire connotre
que Votre Majest prend beaucoup de part  la victoire que la Rpublique
a remporte sur les Turcs dans la More.

LE ROI.--Comment accorder ces paroles  son coeur?

Mme DE MAINTENON.--Mon Prince, il faut s'accommoder au temps.

LE ROI, _poussant un soupir_.--L'trange politique! mais qui ne peut
dissimuler ne peut rgner. Madame, qu'on fasse mes compliments 
l'Envoy de Venise, et qu'on lui dise qu'en bref je lui donnerai
audience.

Mme DE MAINTENON.--L'on suivra vos ordres, Sire; mais quand Votre
Majest viendra-t-elle  Versailles?

LE ROI, _d'une faon impatiente_.--Je verrai, Madame; allez seulement.

M. FAGON.--Sire, je prends la libert d'accompagner, Madame.

LE ROI.--Vous ferez bien, de peur qu'elle ne s'amuse en chemin.

Mme DE MAINTENON.--Adieu, mon cher Monarque, conservez votre sant.

LE ROI.--Adieu, Madame, conservez votre esprit.


_ENTRETIEN XXII._

  LE ROI _et Mademoiselle_ DU TRON.

LE ROI.--La pauvre femme n'en peut plus, la jalousie l'touffe, elle
croit que je suis mort, loign de ses yeux; mais de la mort dont
l'amour me menace, j'espre d'en revenir.

Mlle DU TRON.--Ah! mon Prince, qu'une tendresse aussi outre est peu
agrable! il y entre du dpit, de l'envie, de l'intrt, de la rage, et
enfin tout ce qui est de plus lche, et de plus abominable. Le coeur
de cette dame est un labyrinthe fort obscur, qu'il est bien
difficile de pntrer.

LE ROI, _souriant_.--Comme celui de toutes les dames, Mademoiselle, qui
sont caches au dernier point.

Mlle DU TRON, _d'un ton srieux_.--Votre Majest, Sire, doit mettre
beaucoup de diffrence entre une femme et une femme, comme nous en
mettons entre un homme et un homme.

LE ROI.--Je l'avoue, Mademoiselle, elles ont plus de mrite les unes que
les autres, et sont beaucoup plus aimables; mais cependant il faut
demeurer d'accord que la feinte et la dissimulation sont toujours leur
partage.

Mlle DU TRON.--Je ne m'aperois point de cela, Sire.

LE ROI.--Oh! que vous le savez pourtant bien, ma chre Demoiselle! vous
ne m'avez point encore fait un aveu tendre qui ait pu me contenter.

Mlle DU TRON.--Ah! qu'il seroit peu  propos, mon cher Prince, de
vous dire ce que vous pouvez faire natre! de grce, que Votre Majest
ne m'embarrasse pas davantage sur cet effet; je sens trop la...

LE ROI.--Et pourquoi, ma belle? expliquez-moi, je vous prie...

Mlle DU TRON.--Sire, je ne puis  prsent; permettez que je me
retire.

LE ROI.--Adieu donc, charmante; vous voulez me quitter?

Mlle DU TRON.--Sire, un peu de repos pour rappeler mes esprits
tonns.

LE ROI.--Ah Ciel! faut-il que le mien soit troubl par des doutes
si fcheux, et si embarrassants!


_ENTRETIEN XXIII._

LE ROI, _dans son cabinet, rveur et parlant seul_.--Ce n'est pas en
vain que je m'inquite, cette beaut ne m'aimera jamais. Elle est
prvenue,  mon malheur, d'un autre objet qui la flatte, et qui
l'entretient jour et nuit d'autres ides plus agrables; mais que faire?
il est impossible de forcer les coeurs; peut-tre que le temps m'en
rendra le matre. L'absence de cet heureux amant et mes soins assidus
pourront me procurer l'avantage auquel j'aspire. Ah! que la conqute
d'un coeur est souvent difficile  faire, surtout lorsque l'amour en a
dispos pour un autre! Il est vrai qu'elle a lieu de se plaindre de ma
foiblesse qui a si mal second mes dsirs, et n'a pu rpondre  son
attente. C'est un affront pour cette belle, qu'elle ne me pardonnera
jamais, quoiqu'elle n'ose me le tmoigner, et je crains que son coeur
ne refuse de se donner  un Prince si peu capable de remplir ses devoirs
dans les occasions les plus importantes. Ah! qu'il est dur de sentir
tant d'amour, et de se trouver si peu en tat d'en donner des marques
sensibles! Quelle honte n'en rejaillira-t-il point sur l'histoire de ma
vie, et  quelles railleries ne serai-je pas expos si cette belle n'est
pas discrte? il faut tcher de rparer au plus tt cet affront; petit
Dieu des coeurs, viens  mon secours! hlas! pourquoi m'as-tu
cruellement abandonn? Falloit-il laisser si peu de force et de courage
 un Prince surnomm le Grand?


_ENTRETIEN XXIV._

  _Madame_ DE MAINTENON, _et Monsieur_ BONTEMS.

Mme DE MAINTENON, _venant d'couter  la porte du cabinet_.--Monsieur, 
qui parle donc le Roi? qui est-ce qui est avec lui?

M. BONTEMS.--Ma foi, Madame, je n'en sais rien.

Mme DE MAINTENON.--Mais j'ai vu sortir votre nice du cabinet.

M. BONTEMS.--Vous tes donc plus savante que moi, car je puis assurer
que je n'en sais rien.

Mme DE MAINTENON.--Il faut avouer que vous avez grand tort de la
laisser davantage ici; elle trouble entirement le repos de notre grand
Monarque.

M. BONTEMS.--Je ne saurois qu'y faire, car c'est par l'ordre du Roi
qu'elle demeure si longtemps  Versailles.

Mme DE MAINTENON.--O fatalit sans gale! quand elle parut  l'Opra
et que ce Prince la vit, il en devint d'abord amoureux. Depuis ce triste
moment je ne fais que languir.

M. BONTEMS.--J'en suis bien fch, Madame; si j'avois prvu ce malheur,
je ne l'aurois pas fait venir de Normandie. J'entre trop dans vos
intrts pour pouvoir jamais vous dplaire, du moins volontairement, et
je suis au dsespoir que sa prsence vous chagrine.

Mme DE MAINTENON, _poussant deux ou trois gros soupirs_.--Ah! grands
Saints, qui connoissez mes penses, vous n'ignorez pas que j'enrage
de la voir. De grce, envoyez un de vos bons anges pour me consoler et
me soutenir dans mes douleurs.

M. BONTEMS.--Madame, ne vous chagrinez pas, c'est un amour qui passera;
l'infidlit du Roi ne dtruira rien de vos affaires; ce Prince
retournera toujours  vous comme  son souverain bien.

Mme DE MAINTENON.--Dieu le veuille, Monsieur, c'est le voeu que je
fais tous les jours; mais hlas! que votre nice est redoutable.

M. BONTEMS.--Ce n'est pas, Madame, par ses caresses, car rien n'est si
indiffrent qu'elle, et jamais elle n'a fait d'amiti  personne qu'au
duc de[136]... son galant, qu'elle aime assez tendrement.

Mme DE MAINTENON.--Cependant, Monsieur, il faut vous avouer que je ne
la trouve pas dplaisante en ses manires; elle charme quand elle parle,
et le son de sa voix est incomparable; de plus, elle a beaucoup l'air de
Cour, ce qui est un grand avantage.

M. BONTEMS.--Il est vrai, Madame; avez-vous aussi remarqu ce souris
ravissant, qui l'embellit extrmement?

Mme DE MAINTENON.--Oui, oui, Monsieur; ne me faites point son
portrait; elle n'est que trop peinte dans mon esprit, et vous voyez que
quelque tort qu'elle me fasse, je ne laisse pas de rendre justice  ses
bonnes qualits. Mais, pour revenir au Duc dont vous m'avez parl,
qu'elle aime, le Roi peut-il s'accommoder d'un amour partag, lui
qui est si dlicat en tendresse?

M. BONTEMS.--Je ne sais, Madame, comme cela va, j'en ai du chagrin aussi
bien que ses tantes; et si elle nous avoit voulu croire, elle n'auroit
jamais cout le Roi.

Mme DE MAINTENON.--Son motif est, Monsieur, que le Roi fera sa
fortune, et qu'il la mettra au rang de ses matresses, lesquelles  la
vrit il n'a pas payes d'ingratitude pour leurs bons services.

M. BONTEMS.--La pense est plus intresse et plus maligne que je ne
croyois. Quoi! ma nice,  l'ge o elle est, use de politique aussi
fine! De bonne foi je ne l'aurois jamais cru. Eh! que deviendra donc son
pauvre amant? Il formera sans doute un ruisseau de larmes  ces tristes
nouvelles.

Mme DE MAINTENON.--Bon, le Duc s'en consolera, et l'pousera quand le
Roi en sera dgot.

M. BONTEMS.--Mais cependant, Madame, son front ne s'en trouvera pas
mieux.

Mme DE MAINTENON.--Hlas! Monsieur, comptez-vous cela pour quelque
chose? Dans le sicle o nous sommes, il n'y a point de familles
distingues qui ne joignent, mme avec plaisir, l'aigrette de Vulcain
aux armes que l'hymen leur donne, pourvu qu'elles y trouvent leur compte
du ct de la fortune. Bon, bon, l'on fait semblant d'ignorer ce que
l'on ne veut point connotre, sitt qu'il nous apporte du bonheur.

M. BONTEMS.--En vrit, Madame, j'ai t fort heureux sur ce
chapitre; car j'ai l'imagination fort sensible  chauffer de ce
ct-l.

Mme DE MAINTENON.--Allez, allez, Monsieur, si votre sort avoit voulu
vous faire cornu, vous auriez port votre charge aussi bien que les
autres; rendez-en grces  votre toile qui vous a prserv de ce
malheur, puisque vous l'appelez ainsi.

M. BONTEMS.--Quoi, Madame, vous n'estimez pas un malheur d'tre cocu?

Mme DE MAINTENON.--Non, Monsieur; il y a tant d'honntes gens qui le
sont, que rien n'est plus  la mode. Combien avons-nous de princes, de
comtes et de ducs, qui ne se font pas un dshonneur de dire: ma mre fut
autrefois la matresse du Roi, ou celle du Dauphin, ou celle de
l'Empereur[137].

M. BONTEMS, _s'clatant de rire_.--Sur ma foi, Madame, vous tes
admirable en raisons convaincantes; les maris aux aigrettes n'ont qu'
venir chez vous pour recevoir des consolations sur la dmangeaison de
leur front; mais quant  moi, toute la plus belle rhtorique du monde ne
pourroit me persuader de bonheur de ce ct-l.

Mme DE MAINTENON.--Monsieur, changeons de thse, et concluons
que mademoiselle du Tron ne se mariera jamais, ou bien elle fera son
poux de l'ordre des Chevaliers  la Crte[138].

M. BONTEMS.--Tant pis pour elle, Madame; je ne veux point me mler des
affaires de Cour. Mais quittons la place, je vois venir monseigneur le
Dauphin avec madame la princesse de Conty.

Mme DE MAINTENON.--Mon Dieu, que je hais cette femme! Je vous prie,
Monsieur, de lui dire que je ne suis point  Meudon.

M. BONTEMS.--Je le ferai, Madame, si elle me le demande; mais de
l'humeur qu'elle est, vous savez qu'elle ne s'en souciera point du tout.

Mme DE MAINTENON.--Cela m'est fort indiffrent; je me soucie aussi
peu d'elle qu'elle se soucie de moi. Adieu, je vous quitte; je la laisse
avec son Dauphin aller  la chasse entre deux toiles[139].

M. BONTEMS, _faisant un signe de croix_.--Ah! Madame, que dites-vous l?
la pauvre Princesse n'y pense pas.

Mme DE MAINTENON, _en riant_.--Je crois qu'elle n'y pense que quand
elle s'y trouve, ou quand la bte est dans ses filets.

M. BONTEMS.--Silence donc, Madame, s'il vous plat, les voici.

_Madame de Maintenon se retire._


_ENTRETIEN XXV._

  _Monseigneur le_ DAUPHIN, _la Princesse_ DE CONTI, _et Monsieur_
  BONTEMS.

MONSEIGNEUR.--Ah! c'est vous, Monsieur Bontems, comment vous
portez-vous?

M. BONTEMS.--Monseigneur, comme le plus humble de vos serviteurs; votre
sant me parot aussi trs-parfaite.

MONSEIGNEUR.--Oui, Dieu merci, vous voyez un chasseur qui vient de
descendre de cheval.

M. BONTEMS.--Eh bien, mon Prince, la chasse a-t-elle t favorable?

MONSEIGNEUR.--Nous avons tu deux ou trois loups, ce qui nous est assez
rare dans la fort de Saint-Germain, qui n'est pas bien fconde en ces
espces d'animaux.

M. BONTEMS.--Parbleu, Monseigneur, voil une belle victoire! diable,
deux ou trois loups? la prise n'est point mchante.

MONSEIGNEUR.--J'en suis assez content.

M. BONTEMS, _se tournant vers la Princesse de Conti_.--Et vous, Madame,
quelle est la chasse que Votre Altesse aime le plus?

LA PRINCESSE, _en riant_.--Monsieur, c'est celle des plats et des
verres.

M. BONTEMS.--Ma foi, Madame, c'est la plus douce, et celle qui fatigue
moins le corps.

MONSEIGNEUR.--Monsieur, le Roi est-il ici?

M. BONTEMS.--Oui, mon Prince, Sa Majest est seule dans son cabinet.

MONSEIGNEUR, _ la Princesse_.--Madame, avanons, le Roi est sans
compagnie.

LA PRINCESSE.--Allez toujours devant, je vous suis dans un moment.


_ENTRETIEN XXVI._

  LE ROI _et_ MONSEIGNEUR.

LE ROI.--Vous voil donc enfin arriv; je vous attends depuis hier.
Comment vont les affaires  Versailles?

MONSEIGNEUR, _d'un air indiffrent_.--Ma foi, je ne sais, Sire; Votre
Majest pouvoit le demander au Gouverneur, qui vient de partir de
Meudon.

LE ROI.--Quoi, Bontems est ici! Il y est donc venu sans que je l'aie su?

MONSEIGNEUR.--Oui, sans doute, je viens de parler  lui.

LE ROI.--C'est que j'tois peut-tre embarrass quand il y est venu.

MONSEIGNEUR.--Cela se peut.

LE ROI.--Qui est donc avec vous, mon fils? tes-vous seul au chteau?

MONSEIGNEUR.--Non, Sire, la princesse de Conty est avec moi.

LE ROI.--O est-elle donc, qu'elle ne parot point?

MONSEIGNEUR.--Sire, elle est dans l'antichambre, o elle regarde
quelques peintures de dfunt Mignard[140], elle ne peut tarder  venir.


_ENTRETIEN XXVII._

  LE ROI, MONSEIGNEUR, _et la Princesse_ DE CONTI.

LA PRINCESSE, _entrant_.--Il faut avouer, Sire, que Mignard toit un
habile peintre; il a peint ici Vnus qui pleure son Adonis[141] si au
naturel, qu'il n'y manque que la parole pour l'animer.

LE ROI.--Il est vrai, Madame, la Cour a beaucoup perdu par sa mort. Les
derniers portraits qu'il a faits des trois jeunes Princes du sang[142],
sont admirs de tout le monde.

LA PRINCESSE.--Particulirement le duc de Bourgogne est si bien
reprsent, qu'il ne lui manque que la parole.

LE ROI.--C'est un bel art que la peinture; mais qu'a fait la princesse
de Lislebonne[143] du petit portrait qu'elle avoit, qui venoit de
Mignard? C'est  la vrit un chef-d'oeuvre[144], o l'on voit Lucrce
qui se perce le coeur d'un poignard aprs avoir perdu sa virginit,
que Sextus lui avoit enleve en la violant.

LA PRINCESSE, _en riant_.--La pauvre fille toit bien folle de se priver
de la vie pour un mal o il n'y avoit point de remde! Cette prude
farouche n'a rien emport de sa violence, que le pch de se dfaire
soi-mme, lequel est criant devant Dieu. Ce n'toit au plus qu'un
fantme d'honneur qui lui fit commettre ce crime.

LE ROI.--Il est vrai, Madame; mais autrefois la vertu tenoit lieu de
tout chez les Romains; prsentement les dames de ce pays sont plus
apprivoises, et l'on trouve rarement chez elles des Lucrces dont la
vertu fasse tant de bruit.

LA PRINCESSE.--Il en est de mme parmi nous, Sire; je ne crois pas que
les femmes soient aujourd'hui moins sensibles  l'honneur, qu'elles
l'ont t du temps que les Dieux venoient se promener sur la terre, et
qu'ils avoient commerce avec elles.

MONSEIGNEUR.--C'est aussi ma pense, Madame. Parbleu rien n'est si
difficile  trouver qu'une fille qui ait gard la fleur de sa virginit.

LE ROI, _en riant_.--Eh! comment le savez-vous, Monsieur?

LA PRINCESSE.--Sire, la dernire aventure que le Prince a eue  Marly,
confirme ce qu'il dit. Le comte de Saint-Maure l'a tromp
plaisamment[145].

MONSEIGNEUR, _s'approchant de la Princesse_.--Ah! la mchante! elle va
dcouvrir le pot aux roses.

LE ROI.--Dites-moi donc, Madame, le tour qu'on lui a jou?

LA PRINCESSE, _regardant Monseigneur_.--Parlerai-je, mon cher?

MONSEIGNEUR, _en souriant_.--Tout comme il vous plaira, Madame, la chose
m'est indiffrente  prsent; je n'ai plus que faire de la provinciale
aux yeux charmants.

LA PRINCESSE, _malicieusement_.--Voil comme on parle, quand on s'est
servi des dames.

MONSEIGNEUR.--Ma foi, Madame, la pauvre fille m'a trs-peu servi; car
ds la premire fois que je touchai son teton, je vis bien qu'elle
n'toit pas pucelle.

LE ROI.--Il vous en faut des pucelles? je gage  coup sr que ce comte
de Saint-Maure lui avoit assur que jamais on n'avoit forc ses lignes.

LA PRINCESSE.--Voil justement l'affaire, Sire, et il s'est trouv
que c'est la plus grande coquette du monde, qui n'a pas moins que six ou
sept galants  sa toilette.

LE ROI, _souriant_.--C'est assez pour en tre contente; mais il me
semble, mon fils, qu'il seroit plus glorieux pour vous d'aller attaquer
quelque place considrable, ou d'aller secourir le sige de Namur, que
de vous amuser  ces galanteries.

MONSEIGNEUR.--Puis-je manquer, Sire, en suivant l'exemple qu'on me
donne? Quand Votre Majest parle de la sorte, il me souvient d'une fable
que j'ai lue, o l'crevisse d'Esope reprenoit sa fille de ce qu'elle
marchoit  reculons; mais cette fille plus avise que sa mre, lui dit:
Ma mre, vous me l'avez appris de la sorte, et vous ne pouvez marcher
autrement, mme sur la fin de votre vie; trouvez donc bon que je vous
imite.

LE ROI, _confus_.--Mon fils, vous avez raison de condamner mes actions 
l'ge o je suis; je dfends ce que je fais; mais aussi considrez qu'il
y a bien plus de lauriers  cueillir pour un jeune prince comme vous,
que pour moi qui suis sur le retour.

MONSEIGNEUR.--Il est vrai, Sire; mais j'aurois eu aussi bien l'affront
de voir rendre cette place  mon nez, que le marchal de Bouflers qui a
fait de son mieux pour la conserver.

LE ROI.--Je gote vos raisons; hlas! nous avons tout perdu  la mort du
marchal de Luxembourg[146]; ce gnral habile et consomm dans la
guerre, auroit tout mis en usage pour prserver cette place de la fureur
des ennemis, que l'on m'crit s'tre battus en diables.

MONSEIGNEUR.--Jamais sige n'a t pouss avec tant de violence.

LA PRINCESSE.--Avez-vous vu le prince d'Orange[147], Monseigneur? la
renomme le fait passer pour un grand capitaine, qui mme ne craint
point la mort dans les plus grands prils.

MONSEIGNEUR.--Je l'ai vu plusieurs fois; c'est un prince fort gnreux.

LE ROI.--Il ne l'est que trop pour nous, il seroit  souhaiter qu'il et
moins de courage, aussi bien que le prince de Vaudemont[148], qui tient
toujours tte au duc de Villeroy.

MONSEIGNEUR.--Le dernier est vieux et n'a plus gure  vivre.

LA PRINCESSE.--Mon Dieu, que je voudrois bien que la guerre ft finie!
Il me semble que l'ge d'or reviendroit.

LE ROI.--Je ne ferai jamais la paix  mon dsavantage, mes peuples en
dussent-ils crever.

LA PRINCESSE.--La rsolution est cruelle, Sire.

LE ROI.--Je n'y saurois que faire, Madame; l'honneur du Roi marche  la
tte de toutes considrations politiques et chrtiennes.

LA PRINCESSE.--Du moins c'est le sentiment des Rvrends Pres Jsuites.

LE ROI.--Je trouve que les raisons sont bonnes, et que sans elles les
Etats et les Royaumes priroient.

LA PRINCESSE.--Sire, ces saints Pres sont admirables en moyens.

LE ROI.--Qu'en dites-vous, Madame? ces dvots religieux sont le sel de
la terre.

LA PRINCESSE.--Sire, j'en croirai ce qu'il vous plaira.

LE ROI.--Madame, je vous quitte et vous laisse avec M. le Dauphin; voici
mademoiselle du Tron qui vient d'entrer dans cette chambre; j'ai  lui
parler.

LA PRINCESSE.--Il est juste, Sire, de lui cder la place, et nous nous
retirons pour ne vous pas tre incommodes.


_ENTRETIEN XXVIII._

  LE ROI, _et Mademoiselle_ DU TRON.

LE ROI.--Eh bien, ma belle demoiselle, saurons-nous aujourd'hui les
vritables sentiments de votre coeur? qu'avez-vous rsolu en faveur
d'un prince qui vous adore? faut-il vivre, faut-il mourir?

Mlle DU TRON, _en riant_.--Sire, il faut vivre; la vie d'un grand
monarque comme vous est si prcieuse, que vous ne devez pas douter que
je ne contribue de tout mon possible  sa conservation.

LE ROI.--Cela est fort obligeant; vous voyez, ma belle, qu'elle ne
dpend plus que de vous; et si vous me refusez ce que je vous demande,
qui est la prfrence de votre coeur, je suis le plus malheureux de
tous les hommes.

Mlle DU TRON.--Comme cette prfrence est due au rang que tient Votre
Majest, c'est si peu de chose pour elle, que je crois qu'elle ne s'en
inquite pas beaucoup.

LE ROI.--Ah! quelle injustice vous me faites, ma chre demoiselle, de me
croire indiffrent pour la plus grande de toutes les conqutes!
Dsabusez-vous, de grce, d'une telle erreur, et croyez au contraire que
c'est cette heureuse prfrence qui fera toute ma flicit, si vous
voulez bien me l'accorder. Oui, c'est un bien que j'estime infiniment. A
quel dsespoir ne me rduirez-vous point si vous me refusez?
Prononcez-en donc au plus tt l'arrt; car je ne puis vivre plus
longtemps dans cette cruelle incertitude o vous m'avez laiss.

Mlle DU TRON.--Eh bien, Sire, puisque vous voulez que je croie que
votre dclaration est sincre, quelque sujet que j'aie de me dfier de
mon peu de mrite, je consens d'y ajouter foi, et veux bien me
flatter que vous m'aimez; mais souffrez en mme temps que je vous dise
que je ne donnerai mon coeur qu'avec de grandes prcautions; il faut,
outre la sincrit, une longue persvrance pour l'obtenir
vritablement.

LE ROI.--Je sais fort bien, Mademoiselle, que plus un bien est prcieux,
plus il doit se faire dsirer longtemps; ce seroit une grande tmrit
d'oser l'esprer entirement du premier abord; mais aussi il est
certaines dispositions favorables, sans lesquelles un amant perd courage
ds sa premire poursuite. Dites-moi donc ingnuement, mon bel ange,
sentez-vous quelque chose qui vous parle en ma faveur? Ne me dguisez
point la vrit.

Mlle DU TRON.--Hlas! Sire, qu'un pareil aveu cote  faire  une
personne de mon humeur! est-il ncessaire de m'expliquer sur un secret
que je voudrois que l'on devint? mes yeux, qui sont les interprtes de
mon coeur, ne vous ont-ils pas assez parl? un prince aussi spirituel
comme vous, a d ds le premier jour entendre leur langage  demi-mot.

LE ROI.--Le langage des yeux trompe si souvent, que l'on ne doit pas
toujours les croire, et il est trs-facile de s'y mprendre! D'ailleurs,
Mademoiselle, je vous avoue que je ne suis pas assez pntrant pour
pouvoir me flatter de bien dvelopper leurs mystres. Faites donc, s'il
vous plat, comme s'ils ne m'avoient rien dit; que votre bouche
m'explique, de grce, ce qu'ils ne m'ont pas fait comprendre assez
clairement, et qui pourroit dcider de mon repos.

Mlle DU TRON.--Souffrez, Sire, avant de vous satisfaire l-dessus,
que je vous interroge  mon tour, et vous demande s'il est bien vrai que
vous m'aimiez autant que vous le dites, si vous n'en aimez plus d'autre
que moi, et si vous avez cette noble rsolution que je demande  mon
amant, qui est de m'tre toujours fidle? car malgr votre autorit
souveraine, j'ose vous dclarer que mon coeur ne se donnera
vritablement qu' ce prix.

LE ROI, _l'embrassant_.--Hlas! ma belle enfant, pouvez-vous encore en
douter, et ne vous l'ai-je pas fait assez connotre? Douter de mon amour
pour vous et de ma persvrance, c'est douter de la lumire du soleil.
Oui, je vous aime et vous aimerai toute ma vie avec la plus forte
passion; l'exprience vous en convaincra  loisir, et s'il est
ncessaire de vous en faire des serments...

Mlle DU TRON, _en riant_.--Non, non. Sire, ne jurez point; j'aime
mieux vous croire de bonne foi, que de vous rendre parjure.

LE ROI.--Si vous consentez  mon bonheur, ma chre demoiselle, sans me
faire languir davantage, dites-moi donc aussi  votre tour que vous
m'aimez vritablement, et rcompensez toujours mes feux d'une ardeur
rciproque.

Mlle DU TRON.--Je me pique, Sire, d'tre judicieuse et reconnoissante
de ce que l'on a fait pour moi. Mais si Votre Majest, par un principe
de dlicatesse, ne peut souffrir le partage de mon coeur, il est juste
que je sois aussi jalouse du sien. Eh! qui me rpondra que madame
de Maintenon ne le possde pas encore tout entier comme elle a fait
depuis longtemps? Si cela toit par hasard, comme j'ai lieu de le
souponner, vous exigez beaucoup plus de moi que je ne puis esprer de
vous, et vous voyez bien que la partie ne seroit pas gale.

LE ROI.--Ah! de grce, n'ayez aucun ombrage  son gard, et rendez plus
de justice  vos charmes; croyez qu'elle est morte dans mon coeur ds
le premier moment que je vous ai connue; je ne la souffre quelquefois
que par politique; parce qu'elle sait tous les secrets de mon Etat[149],
et m'a donn assez souvent de bons conseils.

Mlle DU TRON.--Sire, elle est fort heureuse que Votre Majest en juge
si favorablement pour elle, car il est certain que le public en parle
tout autrement et ne regarde au contraire cette femme que comme le
flau de la France, qui causera infailliblement sa ruine, si Votre
Majest ne se garantit de ses artifices, et se laisse conduire plus
longtemps par ses dangereuses persuasions.

LE ROI.--Elle dit pourtant qu'elle ne travaille que pour le bien de mon
royaume, et semble aller au-devant de tous mes souhaits.

Mlle DU TRON.--Sire, sa politique est bien fine, elle a ses vues
particulires qui sont plus intresses que Votre Majest ne pense; mais
je n'en parle qu'en passant, et ce ne sont point mes affaires; je vous
dirai seulement que vous devez vous en dfier, tant fort  craindre.
Pour revenir  notre sujet, il faut que vous demeuriez d'accord que
j'aurois eu peu de raison de vous avouer que vous possdez seul mon
coeur, si elle toit encore matresse du vtre.

LE ROI, _se passionnant_.--Votre dlicatesse me charme. Non, ma chre
demoiselle, mon coeur est tout  vous, et elle n'y a plus aucune part;
cessez donc de vous alarmer sur de fausses apparences, et croyez que
vous seule me tiendrez toujours lieu de tout ce que j'ai de plus cher au
monde.

Mlle DU TRON.--Si vous ne me trompez point, mon cher prince, mon
coeur est  vous  ces conditions, et je rpondrai de ma part  tous
les sentiments de tendresse que Votre Majest aura pour moi; mais ne me
trompez pas.

LE ROI, _la baisant_.--Non, ma charmante demoiselle, j'en suis
incapable; que nos coeurs soient donc unis pour toujours, et
gotons en paix tous les plaisirs d'un amour rciproque. Cet
claircissement me redonne la vie.

Mlle DU TRON.--Je n'ai pu le refuser  vos empressements et  la
bonne opinion que j'ai de votre constance. Mais Votre Majest m'a
retenue ici plus longtemps que je ne pensois, et je n'ai pas fait
rflexion que l'on m'attend.

LE ROI.--Je ne vous arrterai donc pas plus longtemps. Adieu, ma chre
enfant! Ah! qu'il nous sera doux d'aimer toujours de mme.


NOTES.

  [46] Voir la Prface.

  [47] Louis le Grand. Le surnom de Grand fut donn pour la premire
  fois  Louis XIV en 1672, aprs la campagne, clbre par le
  passage du Rhin, dont il fut le prudent tmoin. Le prsident Le
  Pelletier fit frapper une mdaille avec ces mots: LUDOVICO MAGNO.

  [48] Louis XIV, n le 5 septembre 1638, avait alors 57 ans. Nous
  sommes, en effet, en 1695, ainsi que le prouvent plusieurs dtails
  de ce rcit, notamment la rception de l'ambassadeur vnitien
  Frizzo. Voyez ci-dessous.

  [49] Nous avons fait de longues recherches pour reconstituer la
  parent qui aurait exist entre Mlle du Tron et M. Bontemps, son
  oncle. Le nobiliaire de La Chesnaie des Bois fait du clbre valet
  de chambre du Roi le premier de sa race et ne lui donne ni frres
  ni soeurs: donc, aucune nice de son ct. Il pousa Marguerite
  Bosc, soeur de Claude Bosc, chevalier, seigneur d'Ivry, conseiller
  du Roi en ses conseils, procureur gnral de Sa Majest en sa Cour
  des aides, prvt des marchands de la ville, prvt et vicomt de
  Paris: de ce ct encore, aucun lien de parent entre Bontemps et
  la famille du Tron.

  Mlle du Tron a-t-elle exist? Nous connaissons sous ce nom, mais
  avec l'orthographe du Tronc et du Troncq:

  1 Du Troncq, dont parle Dangeau (_Mmoires_, mardi 19 octobre
  1706): Le Roi depuis quelques jours a fait brigadiers le comte de
  Melun et du Troncq, qui se sont signals en Italie.--Ce mme du
  Troncq (Dangeau, 8 mars 1718), figure dans une liste de promotions
  au grade de marchal de camp.

  2 N... du Tronc, femme de Savary, sieur de Saint Just, sur
  laquelle on trouve le couplet suivant dans le _Recueil de
  Maurepas_, t. XI, p. 325, anne 1709:

      CHANSON sur l'air: _ne m'entendez-vous pas?_
      2e couplet.

      De Saint Just  Paris
      La Savary fait course
      Pour attraper la bourse
      Du beau Towienski;
      Mais Luxembourg l'a pris.

  Le beau Towienski tait un polonais, alors de passage  Paris, qui
  avoit obtenu, d'aprs le chansonnier, les bonnes grces de la
  duchesse de Luxembourg.

  S'il s'agit de Mlle du Tronc, aime de Louis XIV, elle pouvoit
  avoir en 1709 de 30  31 ans, soit 16  17 ans en 1695.

  L'abb de Choisy, dans son _Histoire de la comtesse des Barres_,
  raconte que, lorsqu'il alla sous son dguisement, s'tablir dans
  le Berry, il acheta les glaces de la marquise du Tronc, morte dans
  son chteau,  trois ou quatre lieues de Bourges.

  [50] Sur Mme de Maintenon, voyez t. III, pages 65 etc.

  [51] Bontemps. Voy. ci-dessus, page 128, note 49. Premier valet de
  chambre ordinaire du Roi, servant par quartier, il prenoit le
  titre d'cuyer et de conseiller du Roi. Ce titre de conseiller du
  Roi, aussi prodigu que celui de matre d'htel, toit purement
  honorifique: il en toit de mme du titre de valet de chambre, que
  prirent d'abord les tapissiers du Roi, et, aprs eux, jusqu'aux
  menuisiers du Roi. (Voy. les _Etats de la France_.)

  Alexandre Bontemps fut en outre secrtaire gnral des Suisses et
  des Grisons, gouverneur de la ville de Rennes, intendant des
  chteaux, parcs, domaines et dpendances de Versailles et de
  Marly. C'est  lui qu'est adresse, dans les termes les plus
  respectueux, la premire lettre de Ch. Perrault (_OEuvres
  diverses_), qui lui demande une place pour son livre dans la
  Bibliothque du palais de Versailles et surtout la fondation d'une
  Bibliothque dans la ville.

  Alexandre Bontemps eut trois enfants, un fils an, Louis, qui eut
  encore plus de titres et dignits que son pre; Alexandre-Nicolas,
  qui fut premier valet de chambre de la garde-robe; Marie-Madelaine
  qui pousa le riche Lambert de Thorigny, prsident en la Chambre
  des comptes, dont l'htel toit et est encore un des plus riches
  de l'le St-Louis.--Voy. l'_Erratum_  la fin de ce pamphlet.

  [52] Meudon.--Mardi, 1er juin (1694).--Le matin, le Roi proposa 
  M. de Barbezieux l'change de Choisy avec Meudon; il lui demanda
  pour combien Mme de Louvois avoit pris Meudon dans son partage. M.
  de Barbezieux lui dit qu'elle l'avoit pris pour 500,000 fr.; sur
  cela, le Roi dit qu'il lui donneroit 400,000 de retour et Choisy
  qu'il comptoit pour 100,000 fr., si cela accommodoit Mme de
  Louvois; ... qu'il vouloit qu'elle traitt avec lui comme avec un
  particulier et ne songet qu' ses intrts. (_Journal_ de
  Dangeau.) L'affaire se fit, et ds le vendredi suivant M. de
  Villacerf toit choisi par le Roi et Mme de Louvois pour rgler
  le prix des tableaux, des statues et des glaces qui sont  Meudon
  et que Monseigneur voudra conserver. (_Ibid._)--A partir de cette
  poque, le _Journal_ de Dangeau parle frquemment des promenades
  du Roi  Meudon, et du sjour qu'y faisoit Monseigneur.

  [53] La marquise de Louvois, arrire-petite-fille du marchal de
  Souvr, petite-nice de Mme de Sabl, mourut en 1715: Ce fut, dit
  Saint-Simon, une perte fort grande pour sa famille, pour ses amis
  et pour les pauvres. Elle avoit la plus grande mine du monde, la
  plus belle et la plus grande taille; une brune avec de la beaut;
  peu d'esprit, mais un sens qui demeura touff pendant son
  mariage, quoiqu'il ne se puisse rien ajouter  la considration
  que Louvois eut toujours pour elle.--Au lieu de tomber  la mort
  de ce ministre, elle se releva et sut s'attirer une vritable
  considration personnelle... La suite de cet loge, surtout dans
  Saint-Simon, donne la plus haute ide du mrite de Mme de Louvois,
  et de l'estime qu'avoient pour elle le Roi, la cour et la ville.

  [54] Voyez ci-dessous. Ce trait parat tout anodin si l'on se
  reporte aux oeuvres des fondateurs ou des rformateurs d'ordres
  religieux; il parotra bien plus inoffensif encore si on le
  compare  tel passage du Thtre italien que nous signalerons,
  pour montrer  quelle hardiesse de langage on toit arriv depuis
  l'poque o le Tartufe avoit t interdit. Nous en citerons un
  seul exemple, tir du _Banqueroutier_, comdie en 3 actes,
  reprsente pour la premire fois par les comdiens ordinaires du
  Roi dans leur hostel de Bourgogne, le 19e d'avril 1687.

  PERRILLET.--Ne t'aperois-tu pas d'un certain jeune abb qui
  vient frquemment au logis, et que...

  COLOMBINE.--Qui? l'abb Goguette? ah! Monsieur, n'en prenez point
  d'ombrage... Je me connois un peu en gens. Premirement, c'est un
  garon de qualit qui a dix mille cus de rente en bons bnfices,
  et qui est bien aise de manger son revenu avec quelque sorte
  d'clat. Il voit tout ce qu'il y a de jolies femmes  Paris. Il
  joue gros jeu; son train est leste; il a une belle maison, des
  meubles magnifiques, et un cuisinier qui dame le pion au vtre.
  Ha! le joli homme d'abb que c'est! Je voudrois que Madame vous
  et dit comme il fait bien les choses.

  PERRILLET.--Ouf!... est-ce que ma femme sait cela?

  COLOMBINE.--Bon, ils ne bougent d'ensemble... Rvez-vous de
  croire que cet abb soit amoureux parce qu'il fait de la dpense?
  Non moins que cela. C'est qu'il a de l'ambition: et, comme dans le
  monde on ne parvient  rien sans l'estime et l'approbation des
  femmes, il fait de son mieux pour les mettre de son parti. Il les
  promne, il les rgale, aujourd'hui  l'Opra, demain  la
  Comdie. De l'air qu'il s'y prend, c'est un drle qui s'avancera
  en fort peu de temps et qui se va mettre dans une grande
  rputation.

  PERRILLET.--Mais, Colombine, crois-tu qu'il ne se feroit pas
  autant de rputation en donnant une partie de son bien aux pauvres
  qu'en le mangeant avec les femmes?

  COLOMBINE, _riant_.--Et d'o venez-vous, Monsieur? est-ce qu'on
  se fait abb pour donner l'aumne? je pense que vous perdez
  l'esprit. N'est-ce pas une assez belle charit de faire vivre de
  pauvres diables de parfumeurs qui ne gagnent rien avec les femmes
  et qui mourroient de faim sans messieurs les abbs?

  Cette cruelle satire est anonyme; elle n'en fut pas moins joue 
  l'htel de Bourgogne, vingt ans aprs le Tartufe, qui eut tant de
  peine  parotre.

  [55] Monseigneur le Dauphin.--Cf. ci-dessous.--Voy. aussi
  t. III, p. 185.

  [56] La princesse de Conti.--Cf. ci-dessous.--Voy. aussi t. III,
  p. 163.

  [57] La campagne du Rhin  laquelle le Dauphin prit part fut celle
  de 1694. Le _Mercure galant_ de juin 1694 (pp. 338-348) donne un
  journal de la marche de M. le Dauphin en France... Je donnerois
  des louanges  Monseigneur, si je croyois pouvoir faire des loges
  dignes de ce prince. Ce qu'il fait dit plus que je ne pourrois
  dire. Toutes les fois que l'arme campe, ce prince ne vient point
  chez lui sans avoir examin le camp et vu si les gardes sont bien
  poses. Il donne des ordres fort exacts  tous les officiers, et
  fait publier des bans pour empcher le cavalier et le soldat de
  courir, c'est--dire d'aller en maraude... Quoi qu'il n'aime point
  le jeu, il joue pour faire plaisir  ceux qui aiment ce
  divertissement.

  [58] Le got du Dauphin pour la chasse et surtout pour la chasse
  aux loups toit fort dispendieux; pour le satisfaire, il
  entretenoit depuis 1682 une meute de cent chiens et soixante
  chevaux; le personnel des chasses de la maison comprenoit six
  lieutenants ordinaires,  1500 liv. d'appointements, pays sur la
  cassette par les mains du premier valet de chambre, un aumnier,
  quatre veneurs ou piqueurs, huit valets de limiers, six
  garde-laisse des levriers,  1,000 liv. par an, huit valets de
  chien  800 liv., un pourvoyeur de l'curie des chevaux pour le
  loup: tout ce personnel servoit sous le commandement de M. le
  marquis d'Heudicourt, grand louvetier de France.

  [59] Le 20 juin, le Roi toit  Trianon, et c'est l qu'il
  recevoit le serment du sieur de La Tresne, nomm premier prsident
  du parlement de Bordeaux. Entre cette date et celle du 26 octobre
  que nous avons indique plus haut (page 4, note 5), le Roi alla 
  Fontainebleau.

  [60] D'aprs la Gazette, quatre ducs toient alors  l'arme du
  Rhin, dont les vers suivants prouvent qu'il est question ici: le
  duc de Bourbon, le duc de Roquelaure, le duc de Villeroy, le duc
  de Luxembourg.

  Le duc de Bourbon, n le 12 octobre 1668, mari le 24 juillet
  1685,  Mlle de Nantes, lgitime de France.

  Le duc de Villeroy toit trs-g; il tait mari depuis 1662; son
  fils ne prit le titre de duc qu'en 1696.

  Le duc de Roquelaure, mari aussi, avait pous, le 20 mai 1683,
  Marie-Louise de Laval-Montmorency.

  Le duc de Luxembourg, n le 18 fvrier 1662, pousa, le 28 aot
  1686, Marie-Thrse d'Albert, fille ane du duc de Chevreuse, qui
  mourut le 17 septembre 1694. Le duc toit donc veuf  l'poque o
  se place ce rcit; il se remaria le 15 fvrier 1696, et pousa
  Mlle de Gillier de Clrembault.

  [61] A l'arme du Rhin, comme on le voit dans la pice de vers qui
  suit:

      ... N'as-tu pu, sans le perdre, aller jusques au Rhin?
      ... Tu voudrois quelquefois aller, comme un tonnerre,
          Ravager la Hollande et terminer la guerre.

  [62] Le Roi, vieux pcheur tout ruin, se seroit assez bien port,
  d'aprs le _Journal de la Sant_, pendant l'anne 1695; cependant
  on ne manque pas de signaler ses purgations habituelles et
  quelques attaques de goutte, qui l'obligeoient  se chausser d'un
  soulier mouchet.--Le portrait qu'on peut faire de lui  cette
  poque ne ressemble gure  celui qu'on a pu lire, t. II, page
  4.--Louis XIV tenoit de Henri IV et de Louis XIII cette odeur _sui
  generis_, qui faisoit dire au baron de Fneste:--Tenez, ye me
  devoutonne: vous sentirez.--Ho vertubieu! quel parfum.--Et les
  pieds de mesme. En outre, on lui avoit arrach une grande partie
  de la mchoire gauche, et il en toit rsult une plaie d'o
  s'exhaloit au loin une odeur cadavrique nausabonde; ses maux de
  tte et d'estomac l'avoient rendu fort taciturne et avoient
  assombri son humeur... Du brillant Louis XIV, quand on a lu le
  _Journal de la Sant du Roi_, il reste alors bien peu de chose.

  [63] Voici ce que dit,  ce sujet, la _Gazette de France_...--De
  Dinant, le 5 septembre 1695: Le 30 du pass (aot),  11 heures du
  matin, les ennemis donnrent un assaut gnral avec 15,000 hommes
   la partie de la ville (de Namur) que les assigs (commands par
  Boufflers) occupoient au poste de la Cassote et au fort Guillaume.

  Le 1er de ce mois, les allis donnrent un autre assaut gnral
  avec 20,000 hommes...; les brches toient si grandes qu'il
  pouvoit y monter un bataillon de front... Le carnage fut si grand
  qu'il n'y en a point eu de pareil en Europe depuis plus d'un
  sicle, puisque les ennemis eurent, dans cet assaut, 9,000 hommes
  tus ou blesss et les ntres 3,000. Mais comme la garnison se
  trouva rduite  5,000 hommes, dont il ne restoit que 2,300 en
  tat de combattre, et que tous les ouvrages toient presque
  entirement renverss, on jugea  propos de capituler. Les
  articles furent arrts le 2 avec l'Electeur de Bavire. Ils
  contiennent en substance que la place seroit rendue le 5, en cas
  qu'elle ne ft pas secourue auparavant, et que la garnison
  sortiroit par la brche, pour tre conduite  Givet sous
  Charlemont, avec six pices de canon, deux mortiers, armes et
  bagages, enseignes dployes, tambour battant, et toutes les
  autres conditions les plus honorables. La garnison est sortie
  aujourd'hui, mais le marchal de Boufflers a t arrt par ordre
  du prince d'Orange, au prjudice de la capitulation. Les ennemis
  ont demeur soixante-sept jours devant la place, et on n'a jamais
  vu une plus courageuse dfense.

  Du camp de Cambron le 10 septembre.--Le marchal de Boufflers
  fut transfr le 8  Mastricht; la ville lui fut donne pour
  prison.

  --De Versailles, le 9 septembre: Le Roi, pour tesmoigner de la
  satisfaction qu'il eut de ses services dans la vigoureuse dfense
  de Namur, l'honora du titre de duc.

  --Ce triste vnement est rest compltement et sans doute
  volontairement ignor de l'abb de La Brizardire dans son
  Histoire de Louis le Grand depuis le commencement de son rgne
  jusques en 1710; il n'en dit mot.

  [64] Nous avons dit,  la note prcdente, comment s'toit termin
  le sige de Namur par les allis, et la capitulation du marchal
  de Boufflers. Quant  Casal, assig en 1629 par Gonzalve de
  Cordoue, dlivr par les Franois, rassig en 1630, mais dfendu
  avec succs par le marquis de Toiras, assig une troisime fois
  en 1640 par le marquis de Leganez et dlivr par le comte
  d'Harcourt (Cadet la Perle), il fut pris en 1652 par les Espagnols
  et, depuis, rendu par eux au duc de Mantoue qui l'ouvrit aux
  troupes du roi Louis XIV en 1682. En 1694, le duc de Savoie, le
  prince Eugne et le marquis de Leganez en firent le blocus le 22
  aot; au mois de novembre, malgr les conseils du marquis de
  Leganez,  qui cette conduite le rendit suspect, le duc de Savoie
  leva le blocus, effray par l'approche de l'arme de Catinat; un
  incident curieux se produisit pendant le sige: les ennemis
  voulurent faire sauter les magasins  poudre de la place au moyen
  d'un ressort d'horlogerie cach dans la crosse d'un pistolet.
  (_Mercure galant_, octobre 1694.) Le sige fut repris en avril
  1695. Trois mois aprs, en juillet, on lit dans le _Mercure
  galant_: Sa Majest vient d'ordonner  M. le marquis de Crenan,
  qui en toit gouverneur, de remettre la place de Casal au duc de
  Mantoue, avec tous les droits souverains qui lui appartiennent, et
  de faire, pour cet effet, un trait avec M. le duc de Savoie et
  les gnraux des allis. Il est rgl par ce trait que la
  garnison en sera tire aussitt que la dmolition tant de la ville
  que de la citadelle et du chteau sera acheve; que la garnison
  sera conduite en toute sret  Pignerol avec les provisions et
  les munitions et la quantit d'artillerie stipule; qu'il sera
  permis aux Franois tablis  Casal de sortir avec leurs effets.
  En consquence de cette capitulation, les troupes du Roi et celles
  du duc de Savoie travaillent conjointement  ruiner les
  fortifications.--Cf. _Gazette de France_ du 23 juillet 1695;
  lettre du 16 juillet.--Deux ans aprs, la fille du duc de Savoie,
  ge de 12 ans et un jour, pousoit le duc de Bourgogne, fils du
  Dauphin (7 dcembre 1697), g de quinze ans et demi.

  Il est intressant de remarquer que, dans cette guerre, Catinat
  compta parmi ses adversaires un Simiane tabli en Savoie, le
  marquis de Pianezza, qui, aprs une vie aventureuse, servit plus
  tard en France avec le titre de marchal de camp.

  [65] Prire  saint Benot.--Ni dans les livres de proverbes, ni
  dans l'_Apologie pour Hrodote_, o H. Estienne donne une assez
  longue numration des attributions donnes  plusieurs saints,
  nous n'avons rien trouv qui nous permette d'expliquer pourquoi
  l'auteur met en avant ici saint Benot, et, un peu plus loin,
  saint Cyr et saint Hilaire.

  [66] Le philosophe Thals prtendait que l'eau tait l'origine de
  toutes choses.

  [67] _Cabinet._ Ce mot, dans le sens o il est pris ici, de petite
  enceinte d'arbres, est trs-ancien dans la langue. On le trouve
  dj dans Nicot: _Cabinet_ ou _Gabinet en jardin_, _suffugium_.

  [68] Le texte porte: _la_;--_les_ se rapporte  _murailles_.

  [69] C'est l'ide exprime dans la fameuse lettre adresse 
  Fouquet par Mlle de Menneville, trouve dans sa cassette et
  conserve  la Bibliothque nationale parmi les papiers de Baluze:
  Rien ne me peut consoler, lui disoit-elle, de ne vous avoir point
  vu, si ce n'est quand je songe que cela vous auroit pu faire
  mal.--Chruel, _Mm. sur Fouquet_, t. I, p. 480, _appendice_.

  [70] Fagon (Guy Crescent), n  Paris le 11 mai 1638, toit fils
  d'un commissaire ordinaire des guerres et de Louise de La Brosse,
  fille de Guy de La Brosse, le clbre mdecin de Louis XIII. Reu
  docteur en 1664, il fut charg par Mme de Maintenon des soins 
  donner aux enfants du Roi et de Mme de Montespan. Mdecin de la
  Dauphine en 1680 et de la reine quatre mois aprs, il devint en
  1683, aprs la mort de la reine, mdecin des enfants de France. En
  1693, il fut nomm premier mdecin du Roi Louis XIV, en
  remplacement de d'Aquin, alors exil de la cour, peut-tre par les
  intrigues jalouses de Fagon lui-mme. Saint-Simon, ordinairement
  si svre, lui est trs-favorable. Fagon fut reu membre de
  l'Acadmie des sciences en 1699. Il quitta la cour en 1715,  la
  mort de Louis XIV, et mourut le 11 mars 1718, dans le jardin du
  Roi, o il toit n, auprs de son grand-pre maternel.

  L'diteur du _Journal de la Sant du Roi_ lui attribue  tort le
  volume intitul: les Admirables qualitez du Quinquina, confirmes
  par plusieurs expriences... etc. Paris, Martin Jouvenel, 1689,
  in-12. Cet ouvrage, publi sans nom d'auteur, est prcd de
  plusieurs approbations de mdecins de la Cour, et la premire est
  celle de Fagon, qui, en retour, est cit plusieurs fois avec loge
  par l'auteur anonyme.

  [71] La maison de St-Cyr,  cette poque (1695), comptoit neuf
  annes d'existence, les lettres patentes pour sa fondation tant
  du mois de juin 1686.--C'est le 3 aot suivant qu'eut lieu
  l'inauguration de la maison, en prsence seulement de quelques
  dames de la Cour et de Mme de Maintenon. Alors, dit M. Lavalle,
  commena pour elle un travail qu'elle a continu pendant toute sa
  vie avec un zle gal  sa persvrance... Durant les premires
  annes, elle fut oblige,  cause de l'ignorance et de
  l'inhabilet des jeunes religieuses, de remplir presque toutes les
  charges de la maison. (_Mme de Maintenon et la maison royale de
  St-Cyr._)

  [72] Sur le sige de Namur et la capitulation du marchal de
  Boufflers, voyez ci-dessus, p. 144, note 63, et p. 145, note 64.

  [73] Sur le Pre de la Chaise, voy. t. III, p. 147.

  [74] Aucun des ouvrages biographiques ou satiriques consacrs au
  Pre de la Chaise ne parle du Pre Bobinet.

  [75] Quoique les Papes se soient souvent opposs aux demandes que
  nos Princes ont faites au Clerg, celui-ci a, de lui-mme, voulu
  contribuer  l'avantage public, et il n'y a plus aujourd'hui de
  difficults, tout le corps de l'Eglise de France s'tant lui-mme
  soumis  payer le dixime de ses revenus, sous le titre de dcime,
  et de payer encore extraordinairement pour les neuf autres parts 
  proportion des besoins.--La rpartition de ces deux espces
  d'impositions est faite par les Prlats ecclsiastiques et autres
  ecclsiastiques de rputation, ce qui porteroit  croire qu'elle
  est toujours trs-quitable; mais l'exprience y est contraire...
  L'autorit et le crdit du clerg n'ont pas permis de penser que
  cette taxe pt tre impose par les laques; ainsi on l'a laiss
  se taxer lui-mme. Cependant on voit communment qu'un bnfice de
  100,000 liv. de rente paye 1,500 liv. pour toutes dcimes et
  qu'une communaut de 30,000 liv. de revenu paye 6  7,000 liv. Les
  curs sont encore plus vexs que tous les autres par proportion.
  (_Mm. de Boulainvilliers_, 6e _mm._, 1727, t. II, p. 201.)

  Ds la troisime anne de la fatale guerre de 1688  1697 contre
  le prince d'Orange, le Roi avait d crire  l'archevque de
  Paris: Mon cousin..., comme j'ay est inform qu'il y a beaucoup
  d'argenterie dans les glises au-del de celle qui est ncessaire
  pour la dcence du service divin, dont la valeur tant remise dans
  le commerce apporteroit un grand avantage  mes sujets, je vous
  fais cette lettre pour vous exhorter  examiner ce qu'il y a
  d'argenterie dans chaque glise de votre diocse..., vous assurant
  que vous ferez chose qui me sera fort agrable et fort utile au
  bien de mon Etat, d'ordonner qu'elle soit porte dans mes monnoies
  pour tre converties en espces d'or et d'argent, la valeur en
  tre paye comptant sur le pied port par ma dclaration du 14
  dcembre dernier  ceux qui l'apporteront, et ce qui proviendra de
  ladite argenterie superflue tre ensuite employ au profit des
  glises  laquelle ladite argenterie appartenoit. (8 fvrier
  1690.)--Le 16 fvrier suivant, l'archevque de Paris crivoit au
  clerg tant rgulier que sculier de son diocse pour l'inviter 
  se conformer aux ordres du Roi; ce qui se faisoit dans le diocse
  de Paris devait videmment se faire dans tous les autres.--Voy. p.
  156, note 79.

  [76] M. de Pomponne. Voy. la table.

  [77] M. de Harlay. Voy. la table.

  [78] M. de Pontchartrain. La _Gazette de France_ de 1693 parle du
  sieur Phelipeaux de Pontchartrain qui, dj conseiller au
  Parlement, est nomm secrtaire d'Etat en survivance de son pre:
  il est le septime de son nom qui ait t revtu d'une semblable
  charge (_Gazette_ du 26 dcembre).--Il fut nomm chancelier et
  garde des sceaux de France le 5 septembre 1699.--N le 29 mars
  1643, Louis Phelipeaux de Pontchartrain tait fils de Louis
  Phelipeaux de Pontchartrain, prsident  la Chambre des comptes,
  et de Suzanne Talon. Mme de Svign, Saint-Simon, Dangeau, parlent
  de lui frquemment.

  [79] Dix millions de don gratuit.--Voy. la note 75 de la page
  154.--L'assemble du clerg s'ouvrit le 28 mai 1695. Le 8 juin,
  le sieur Pussort, doyen du Conseil d'Etat, le sieur Le Peletier,
  le sieur d'Argouges, le sieur de Harlay et le sieur de
  Pontchartrain, ministres et secrtaires d'Etat, commissaires du
  Roi, allrent  l'assemble gnrale du clerg. Le sieur Pussort
  parla avec beaucoup de dignit et d'loquence, et fit une
  proposition sur laquelle l'assemble accorda tout d'une voix  Sa
  Majest un don gratuit de dix millions. (_Gazette de France_ du
  11 juin 1695.)--Le grand objet d'une assemble, c'est le don
  qu'on y fait au Roi; mais, comme avant qu'elle commence, ce don
  ordinairement est rgl entre le ministre, le futur prsident de
  cette assemble et le receveur du clerg, il ne reste, quand elle
  se tient, qu' en faire la rpartition et qu' trouver les moyens
  de payer promptement la somme que l'on a promise. Cette commission
  est la plus recherche, parce qu'elle donne occasion de tmoigner
  au Roi le zle qu'on a pour son service. (_Mm. de l'abb Le
  Gendre_, Paris, Charpentier, 1863, in-8 p. 102.)--En 1690, le
  clerg  qui l'archevque de Paris avoit fait esprer qu'on ne
  demanderoit aucun nouveau sacrifice en 1695, avoit accord 12
  millions de don gratuit: on peut juger de la pression  laquelle
  il cda lorsqu'on lui demanda ces dix millions qui furent, dit la
  _Gazette_, accords tout d'une voix. La stupeur, le chagrin furent
  d'autant plus grands que, lorsque parut, en janvier 1695, l'dit
  imposant une capitation dont personne ne seroit exempt et qui
  seroit leve tant que la guerre dureroit, l'archevque avoit en
  quelque sorte rachet cet impt en proposant un abonnement de
  quatre millions par an, suprieur de deux millions, d'aprs
  l'vque d'Orlans,  ce que le Roi attendoit.--(Voy. les _Mm. de
  l'abb Le Gendre_, p. 199.)

  [80] La guerre toit fort difficile  soutenir en effet, et voici
  des chiffres qui le prouvent: Si l'on suppose que la guerre du
  prince d'Orange, commence en 1688 et termine en 1697, a employ
  au service du Roi, pendant les neuf annes qu'elle a dur tant sur
  mer que sur terre, six cent mille hommes qui auront cot chacun
  quinze sols par jour en vivres, en solde, habits, armes, chevaux,
  quipages, vaisseaux, artillerie, le tout par proportion, depuis
  le gnral d'arme, jusqu'au dernier tambour et au mousse du
  vaisseau, la dpense de chaque anne a mont  164,250,000 liv.;
  mais le revenu ordinaire ne passoit pas 116,000,000.--Cela
  suppos, il fallut recouvrer de nouveaux fonds pour l'entretien de
  la dignit royale, les rentes, les gages et autres dpenses
  publiques. Cependant tout s'est fait; mais, pour en venir  bout,
  il fallut emprunter par des crations d'office, des alinations,
  des constitutions de rentes et de nouvelles impositions sur le
  public dj charg des impositions ordinaires, et de plus par la
  capitation impose en janvier 1695. Ainsi cette guerre a port ces
  charges  prs de 600,000,000 de liv. au-dessus des revenus
  ordinaires pendant les neuf annes de guerre.--Il est vrai que ces
  grandes sommes ne sont pas entres en entier dans le trsor... Si,
  par exemple, un traitant se charge d'un recouvrement de six
  millions de liv., il en retient un pour son profit et a de plus
  600,000 liv. pour les deux sols pour livre. Il y a encore les
  frais de recouvrement estims  20 pour cent; et enfin, quoique le
  recouvrement soit souvent assez facile, si le traitant veut payer
   titre d'avance, il retire les intrts  10 pour cent: d'o il
  arrive que le Roi ne tire que quatre millions et demi de ce dont
  le peuple paye sept  huit millions de livres. (6e _mm._ de
  Boulainvilliers, t. II, pp. 128-132.)

  Du reste, plus toient grandes les charges imposes au pays, moins
  le trsor royal avoit de ressources. Le comte de Boulainvilliers
  (ibid., p. 153) nous en fournit la preuve. En 1688, les tailles
  toient de 32,486,911 liv.; sur cette somme, le trsor a reu
  29,929,240 liv.; en 1707, elles toient de 36,755,985 liv.; sur
  cette somme, le trsor n'a reu que 23,538,408 liv.--Ainsi, les
  tailles ayant augment de 4,269,074 liv., la recette, entre 1688
  et 1707, a diminu de 6,390,832.

  [81] Le pch, en tant qu'il blesse la raison, est appel
  _philosophique_; et, en tant qu'il offense Dieu, il est appel
  _thologique_. Un grand dbat eut lieu dans le clerg 
  l'occasion de ce _pch philosophique_; il eut pour origine une
  thse qu'un jsuite nomm Meunier, professeur au collge de Dijon,
  avoit fait soutenir en 1686, thse conue en ces termes: Le pch
  philosophique, commis sans aucune connoissance de Dieu et sans
  aucune attention  lui, n'est point une offense  Dieu ni un pch
  mortel.--La Socit le dsavoua; mais, en 1689, M. Arnaud la
  dnona au pape, aux vques, aux princes et aux magistrats comme
  une nouvelle hrsie; les potes en firent des chansons, dont
  quelques-unes fort jolies, dit l'abb Le Gendre, sur l'air du
  Nol: _Or, dites-nous, Marie_. Les enfants, les femmes, les
  laquais apprirent par coeur ces vaudevilles; on les fit chanter
  dans les rues. (_Mm. de l'abb Le Gendre_, pp. 123-125.)

  [82] Le Roi, ayant en quelque sorte codifi, par l'dit de
  rvocation de l'dit de Nantes, tous les autres dits
  antrieurement ports par lui et qui, d'anne en anne, rendoient
  plus difficile en France l'exercice de la religion protestante,
  complta son oeuvre en envoyant, particulirement dans les
  Cvennes, des missionnaires dont les prdications toient
  soutenues par des dragons: Nous envoyions dix, douze ou quinze
  dragons dans une maison qui y faisoient grosse chre jusqu' ce
  que tous ceux de la maison se fussent convertis. Cette maison
  s'tant faite catholique, on alloit loger dans une autre, et
  partout c'toit nouvelle aubaine. (_Mm. de Vordac_, cits dans
  le _Bulletin du protestantisme franois_, 2e anne, 1854, p.
  203.--_Ibid._, _passim_.)

  [83] L'hrsie dtruite: deux mdailles furent frappes  cette
  occasion; dans la premire, la Religion couronne le Roi;
  l'inscription porte: _Ob vicies centena millia calvinian ecclesi
  revocata, 1685_; dans la seconde, la Religion foule aux pieds
  l'Hrsie. L'inscription porte: _Hresis exstincta; edictum
  octobris 1685._

  [84] La maison de Saint-Cyr fut fonde en 1686. Voyez p. 152, note
  71.

  [85] Les Aphorismes d'Hippocrate ne disent rien de semblable; mais
  l'cole de Salerne dit:

      Si vis incolumem, si vis te reddere sanum,
      Curas tolle graves.....

  [86] Le Roi avoit alors cinquante-sept ans.

  [87] L'cole de Salerne a, dit-on, formul ce prcepte; mais nous
  l'avons vainement cherch dans son _Rgime de sant_.

  [88] Il est  remarquer prcisment que, except Mme de Montespan,
  toutes les matresses du Roi eurent cet air prcieux et
  languissant.

  [89] Chirurgica tota continui divisione, divisi unione et
  extractione alieni comprehenditur. La chirurgie toit donc un
  mtier tout manuel, et, dans le serment que les chirurgiens
  prtoient, ils s'engageoient  ordonner seulement qu spectant ad
  operationem chirurgi. S'ils pratiquoient  Paris ou dans les
  faubourgs, ils ne pouvoient le faire qu'avec un mdecin, matre ou
  licenci dans l'Universit de Paris, ou approuv par la Facult.
  (_Decreta, ritus... saluberrimi medicorum parisiensium ordinis
  consuetudines._--Parisiis, Quillau, 1714, in-12, pp. 30 et 107.)

  [90] La veine _cphalique_ est celle qu'on a coustume d'ouvrir
  pour les douleurs de teste, d'o son nom, du grec _kephali_,
  tte.--La veine _basilique_, ou _hpatique_, est une veine qui
  nat du rameau axillaire, va au milieu du pli du coude o elle se
  divise en deux rameaux. (Furetire.)

  [91] Vos peuples meurent de faim.--Si, en 1688, on se plaignoit
  que les paysans n'avoient point de lits pour se coucher,
  aujourd'hui plusieurs manquent de paille (1707).--_Mm. de
  Boulainvilliers_, II, 152.--On ne sauroit compter combien il
  meurt de pauvres paysans  la porte des plus riches bnficiers,
  sans secours spirituel ou temporel, faute d'un peu de nourriture
  ou du plus simple remde. (_Ibid._, p. 126.)--Le rgne de Louis
  XIV,--despotique, bursal, trs-long et par consquent odieux,--a
  dtruit l'abondance en tirant des sujets au-del de leurs forces
  et en dtruisant la consommation intrieure... il a pareillement
  dtruit la confiance en dcouvrant un fonds de mauvaise intention
  et d'artifice dans les ministres, digne d'une ternelle
  excration. (_Ibid._, pp. 1, 8-9.)--Les fortunes subites des
  financiers ont excit plusieurs marchands  quitter le
  commerce,... et une infinit d'autres  quitter l'agriculture...
  De l vient que tant de fabricants et de laboureurs ou fermiers
  ont t ruins, que les terres sont incultes ou mal faonnes, et
  que les banqueroutes sont si frquentes. (_Ibid._, p.
  16-17.)--Les extraits qui prcdent nous dispensent de citer les
  passages si connus o La Bruyre, Vauban, etc., dpeignent la
  misre du peuple.--Cf. Vie de Mme de Miramion, pp. 320 et sq.

  [92] Dans ses _Mmoires_, Louis XIV, parlant des souverains, dit
  que le Ciel les a faits dpositaires de la fortune publique.
  (_dition_ Dreyss, I, p. 177);--il ajoute (t. II, p. 230) que les
  Rois sont ns pour possder tout et commander  tout.

  [93] La France soutenoit alors trois guerres, en Hollande, en
  Savoie et dans le Palatinat,--sans parler de ses guerres navales
  dans la Mditerrane, sur les ctes de France et dans les
  colonies.--Nous avons donn plus haut (p. 157, note 80) un aperu
  des frais normes de ces guerres.

  [94] Un mmoire de Marinier, commis des btiments du Roi, sous
  Colbert, Louvois et Mansart, et reproduit en appendice dans les
  Mm. de Saint-Simon (_dition_ Hachette), nous donne l'tat des
  dpenses faites par Louis XIV  Versailles, Saint-Germain, Marly,
  etc.--De 1679  1690 les dpenses pour Marly seul s'levrent  la
  somme totale de 4,501,279 liv. 12 s. 3 d., somme qu'il faut au
  moins quadrupler pour en avoir la valeur en monnoie actuelle.--A
  cette somme, il faut ajouter les frais d'une cascade en forme de
  rivire qui tomboit du haut de l'alle derrire le chteau: on
  estime, dit Marinier, qu'elle passe cent mille cus.

  [95] La liste serait longue de toutes les mesures prises pour
  augmenter les ressources du Trsor. Nous citerons les principales
  qui furent arrtes dans les cinq dernires annes, de 1690 
  1695.

  1690.--_3 Janvier._--Dclaration du Roi: ... Pour mettre tout
  d'un coup dans le commerce une grande quantit de matires d'or et
  d'argent et la faire convertir en espces  nos coins et armes,
  nous avons fait porter aux hostels de nos monnoyes une grande
  partie des ouvrages d'orfvrerie qui servoient d'ornements  nos
  palais (malheureusement, d'aprs l'abb Le Gendre, ces ouvrages
  toient dus au clbre orfvre Claude Ballin, dont on trouve la
  vie et le portrait dans les _Hommes illustres_ de Perrault); et,
  aprs avoir donn cet exemple  nos sujets, nous avons, par notre
  dclaration du 14e du mois de dcembre dernier, deffendu 
  l'avenir la fabrication de toute sorte d'ouvrages d'argenterie de
  pur ornement, et nous avons ordonn que ceux de nos sujets qui
  auroient de ces ouvrages deffendus les porteroient aux hostels de
  nos monnoyes..., sans aucun profit pour nous, puisque nous leur
  faisons payer la matire desdits ouvrages d'argenterie deffendus 
  35 sols du marc de plus qu'elle n'est value par les tarifs
  arrestez en nos cours des monnoyes. Nostre prvoyance et nos soins
  ont eu tant de succez que nous avons eu la satisfaction de voir
  que, depuis la publication de cette dclaration, nos sujets y
  obissent avec tant de zle et d'empressement qu'ils portent aux
  hostels de nos monnoyes, non-seulement les ouvrages d'argenterie
  deffendus, mais encore beaucoup de vaisselle plate (_plata_, esp.,
  argent) dont l'usage leur toit permis...

  1690.--_8 Fvrier._--Lettre du Roy  Mgr l'Archevque de Paris:
  Mon cousin,... comme j'ay est inform qu'il y a beaucoup
  d'argenterie dans les Eglises au-del de celle qui est ncessaire
  pour la dcence du service divin, dont la valeur estant remise
  dans le commerce apporteroit un grand avantage  mes sujets, je
  vous fais cette lettre pour vous exhorter  examiner ce qu'il y a
  d'argenterie dans chaque glise de votre diocse..., vous
  asseurant que vous ferez chose qui me sera fort agrable et fort
  utile au bien de mon Etat, d'ordonner qu'elle soit porte dans mes
  monnoyes pour estre converties en espces d'or et d'argent, la
  valeur en estre paye comptant sur le pied port dans ma
  dclaration du 14 dcembre dernier...--Semblable lettre dut tre
  envoye  tous les Evques de France.

  1690.--_16 Fvrier._--Lettre de l'Archevque de Paris au Clerg
  tant rgulier que sculier de son diocse, pour l'inviter  se
  conformer aux ordres contenus dans la lettre royale du 8 fvrier.

  1690.--_Fvrier._--Edit du Roi portant cration en titre d'office
  d'un premier prsident et de huit prsidents au Grand Conseil, qui
  payeront en nos revenus casuels la somme  laquelle sera taxe
  chaque charge...

  1690.--_Novembre._--Edit du Roi portant cration de deux
  prsidents, seize conseillers et autres officiers au Parlement de
  Paris, Requtes de l'Htel et Requtes du Palais... Les dpenses
  excessives que nous sommes obligez de faire pour faire garantir
  notre Royaume de la multitude des ennemis qui l'attaquent, nous
  engageant de suppler par des fonds extraordinaires aux dfauts de
  nos revenus, nous nous trouvons obligez, aprs les grandes
  alinations que nous en avons fait, de recourir aux moyens dont on
  peut tirer des secours plus considrables avec moins de charge
  pour nos sujets et pour nos finances...

  A ces causes..., nous avons fix  500,000 liv. au lieu de
  350,000 liv. le prix des charges de prsident, et celles de nos
  advocats gnraux  350,000 liv. au lieu de 300,000 liv.--Les
  nouveaux titulaires payoient le droit annuel sur le prix de
  l'valuation des offices. D'o ce rsultat que les plus hautes
  charges de l'Etat ne rapportent pas le denier quarante, et celles
  des finances vont  dix et quinze pour cent, sans les autres
  facilits qu'elles procurent.--6e _Mm._ du comte de
  Boulainvilliers.

  1690.--_Dcembre._--Edit du Roi portant cration de deux
  prsidents, quatre matres ordinaires, quatre correcteurs, quatre
  auditeurs et autres officiers en la chambre des comptes de
  Paris.--La charge de premier prsident est taxe  550,000 liv. au
  lieu de 400,000 liv., celle de prsident,  300,000 liv. au lieu
  de 200,000 liv., celle de procureur gnral  300,000 liv. au lieu
  de 250,000 liv.

  1691.--_Mars._--Edit du Roi portant cration de matres et gardes
  et de jurez syndics des corps des marchands et des arts et mtiers
  dans toutes les villes du royaume. Les droicts de marc d'or
  desdits offices sont fixez pour la premire classe  30 liv.; pour
  la deuxime  24 liv.; pour la troisime  18 liv.; pour la
  quatrime  12 liv. En outre, pour les droits de rception, selon
  la classe, 15 liv., 12 liv., 9 liv. et 5 liv.; plus, pour le droit
  royal rtabli en remplacement du droit domanial supprim, les
  marchands et matres des corps et communauts payent 40 liv. pour
  la premire classe, 30 liv. pour la deuxime, 20 liv. pour la
  troisime, 10 liv. pour la quatrime.

  1691.--_3 Mai._--Les marchands bonnetiers se runissent au bureau
  de la communaut, rue des Ecrivains, paroisse
  Saint-Jacques-la-Boucherie, pour dlibrer sur les moyens de
  trouver les fonds de la somme [de 36,000 liv.] que la communaut
  doit offrir au Roi pour runir au profit d'icelle les offices
  hrditaires de six matres et gardes de la communaut crs,
  ainsi que dans tous les autres corps et communautez des marchands
  et artisans des villes du royaume par l'dit du mois de
  mars...--Il rsulte d'un arrt du Conseil du Roi en date du 8
  mai, que les bouchers, aprs avoir refus d'abord, auroient fait
  leur soumission.

  1691.--_22 Mai._--Extrait des Registres du Conseil d'Etat: ... Sa
  Majest en son Conseil a ordonn et ordonne que la dclaration du
  14 novembre 1689 sera excute selon sa forme et teneur; en
  consquence a fait et fait trs-expresses inhibitions et dfenses
   tous ouvriers de luxe de dorer ou argenter des chandeliers 
  branches, girandoles, bras, chenets, grilles, brasiers, bordures
  de miroirs, balustres, bois de chaises, tables, bureaux, guridons
  et autres semblables ouvrages...

  1691.--_14 Aot._--Dclaration du Roi... Ceux qui ont acquis
  quelque domaine alin de bnfices, communautez, collges ou
  hpitaux,  la charge d'en remplacer le prix en maisons ou
  hritages, seront tenus,  la rquisition des cranciers, d'en
  porter les deniers  nostre trsor royal, pour estre employez en
  acquisitions de rentes constitues sur l'hostel de nostre bonne
  ville de Paris...

  1692.--_Janvier._--Edit du Roi portant cration des charges de
  surintendant gnral des postes et relais de France et de grand
  matre des courriers... A l'gard de tous les droits utiles,
  profits et revenus appartenant auxdites charges..., nous les avons
  unis et unissons  notre domaine pour estre reus par nos
  receveurs avec nos autres revenus, chacun dans leur
  gnralit.--Cf. 6e _Mm._ de Boulainvilliers.

  1692.--_Fvrier._--Edit du Roi portant cration de lieutenants de
  S. M. dans toutes les provinces du royaume: Si l'tat florissant
  o nous conservons notre royaume au milieu de la plus grande
  guerre que la France ait jamais soutenue nous en a fait connotre
  les forces inpuisables, le zle ardent et empress avec lequel
  nos sujets et principalement notre noblesse sacrifient tous les
  jours leurs biens et leurs vies nous fait trouver en mme temps
  notre puissance trop borne, lorsque, voulant proportionner nos
  bienfaits  leurs services, nous voyons  regret que nous manquons
  de rcompenses  mesure que les raisons d'en donner
  augmentent...--Les lieutenants du Roi ne pourront tre remplacs
  sans que celuy auquel nous en aurons donn l'agrment n'ait
  actuellement rembours les sommes que lesdits lieutenants auront
  financs en nos coffres...

  1692.--_Fvrier._--Edit du Roi portant cration de 200 notaires
  royaux dans l'tendue du Parlement de Tournay, etc.

  1693.--_17 Mars._--Tarif des droits que le Roi en son conseil veut
  et ordonne tre payez pour le controlle et enregistrement des
  titres et autres actes qui seront reus  l'avenir dans toute
  l'tendue du royaume. Exemples: contrats de mariage, jusqu' 500
  liv., dix sols;--de 500  1,000 liv., 20 sols;--de 1,000  5,000
  liv., 40 sols, etc.

  1693.--_8 Mars._--Tarif des droits qui seront payez par les juges
  ou officiers de justice des seigneurs qui ne se sont point fait
  recevoir ou qui n'ont point est immatriculez aux greffes de nos
  cours ou juridictions. Exemple: les juges des duchs-pairies et
  autres justices seigneuriales qui ressortissent immdiatement au
  Parlement, chacun 150 liv.; procureurs desdits, 100 liv., etc.

  1693.--_16 Juin._--Tarif des droits que le Roi en son conseil veut
  estre payez  commencer du 1er juillet prochain par les
  communautez des marchands et artisans de la ville et faubourgs de
  Paris, pour avoir la facult d'avoir chez eux des balances,
  romaines et flaux de quelque poids que ce soit. Exemple: chacun
  des matres de la communaut des piciers, apothicaires,
  grossiers, confiseurs, ciriers, 6 liv.;--merciers, grossiers,
  joailliers, 6 liv.;--bouchers, 10 liv.;--boulangers, 3 liv., etc.

  1695.--_Janvier._--On lit dans le MERCURE GALANT: _Enfin_ la
  dclaration du Roi pour l'tablissement de la capitation a est
  publi. Il y avoit longtemps que cette publication toit
  _souhaite_, tant le zle des sujets du Roi est grand pour
  contribuer  sa gloire et au bien de l'Etat: en sorte que les
  taxes ont paru fort modiques  plusieurs.

  Comme complment de cette curieuse nouvelle, voici un extrait de
  la lettre (insre au _Mercure galant_ de mars 1695) par laquelle
  les Etats de Languedoc sollicitent la faveur d'tre soumis  la
  capitation: L'Assemble des Etats de Languedoc a toujours donn
  des marques de la passion qu'elle a eue pour le service du Roi et
  pour le bien du royaume, en supportant les impositions dont cette
  province est charge; mais elle sent crotre cette passion dans le
  coeur de ceux qui la composent, en ce temps o les ennemis de
  l'Etat se sont faussement persuad que le zle des sujets du Roi
  peut diminuer ou leurs forces s'puiser, aprs le don gratuit de
  trois millions qu'elle vient de faire  S. M. et de plusieurs
  autres sommes considrables..., elle demande  Sa Majest qu'il
  luy plaise de faire une subvention gnrale de capitation qui soit
  supporte par tous ses sujets, et demande que l'tablissement en
  soit fait dans la province de Languedoc pendant la guerre...

  1695.--_30 Avril._--Edit du Roi, registr au Parlement, portant
  alination de douze cent mille livres de rente au denier quatorze
  sur l'htel-de-ville de Paris.

  Nous pourrions multiplier ces extraits; ceux qui prcdent peuvent
  dj donner l'ide des souffrances que l'tat de guerre faisoit
  supporter au pays.

  [96] Messire Franois d'Argouges, conseiller d'Etat et du Conseil
  royal, ci-devant premier prsident du Parlement de Bretagne,
  mourut  Versailles le 16 de ce mois. (_Gazette de France_, 1695:
  de Versailles, le 19 aot) [quelques jours avant la perte de
  Namur.]

  Louvois tant mort le 16 juillet 1691,  51 ans, son troisime
  fils, le marquis de Barbezieux, fut nomm secrtaire d'Etat, et
  prta serment le 19 aot entre les mains du Roi pour la charge de
  chancelier et garde des sceaux qu'avoit son pre, le 25 aot 1693;
  le 12 novembre il pousoit Mlle de Crussol, fille du duc d'Usez et
  petite-fille de Montausier. Il mourut  Versailles le 5 janvier
  1701, puis par une vie de plaisirs, aprs une courte
  maladie.--Lorsqu'il succda  son pre, il avoit 23 ans,
  d'ailleurs nulle exprience, et il eut ordre de ne rien faire
  dans l'exercice de sa charge que par l'avis de Chanlay, qui lui
  fut donn comme collgue et comme modrateur. (_Mm._ de l'abb
  Le Gendre, p. 136.)--Voy. sur les griefs du Roi contre lui,
  Saint-Simon, _dit._ Hachette en 13 vol. in-12, VIII, 457.

  [97] L'auteur veut sans doute parler du tarif impos au Clerg le
  10 juin 1693 pour les droits  payer  l'occasion des mariages,
  spultures, baptmes, etc.--Voici, par exemple, l'article relatif
  aux mariages: bans, 30 sols; fianailles, 40; clbration du
  mariage, 6 liv.; certificat de publication des bans, 5 liv.;
  honoraires de la messe de mariage, 30 sols; pour le vicaire, 30
  sols; pour le clerc des sacrements, 20 sols; la bndiction du
  lit, tant pour celui qui la fait que pour le clerc qui l'assiste,
  30 sols, soit en totalit 20 liv., soit de 60  80 francs de notre
  monnoie.

  [98] Il y a peu de numros de la _Gazette de France_ de cette
  poque o il ne soit parl des incessantes incursions des Anglois
  sur nos ctes; mais nos nombreux corsaires leur faisoient bonne
  guerre, et ce que la _Gazette_ enregistre surtout ce sont nos
  succs.--Voy. les notes suiv.

  [99] Anne Hilarion de Constantin, comte de Tourville, clbre par
  ses actions sur mer, fut fait lieutenant-gnral des armes du Roi
  et vice-amiral du Levant en 1689 (_Gaz. de France_). Souvent
  vainqueur des Anglois et des Hollandois, notamment en 1690
  (_Gazette_ du 27 juillet), il fut repouss par les Anglois le 7
  juin 1692. Marchal de France en 1693, il mourut  Paris dans la
  nuit du 7 au 8 mai 1701.

  [100] _Gazette de France_ du 19 mars 1695: On a eu avis de
  Livourne que les vaisseaux du Roy _le Content_ et _le Trident_,
  commandez par le comte du Chalard et le sieur d'Aulnay, avoient
  est attaquez par six vaisseaux de guerre anglois, et contraints
  de se rendre aprs une rsistance dsespre qui ne dura pas moins
  de deux jours.

  _Gazette_ du 2 juillet (Toulon, 19 juin) 1695.--Les ennemis ne
  paroissent plus sur nos costes, et on a appris que leurs grands
  prparatifs et une flotte si nombreuse n'ont abouti jusqu'
  prsent qu' transporter en sret quelques troupes en Catalogne.

  _Gazette_ du 17 septembre (Marseille, 5 septembre) 1695.--L'arme
  navale des alliez, aprs avoir jet inutilement 2,500 bombes dans
  Palamos, partit le 27 du mois dernier et parut le 30 devant Toulon
  avec environ cent bastimens, parmy lesquels il y avoit 55
  vaisseaux de guerre ou frgates.--A Toulon,  la Ciotat, 
  Marseille et dans les autres ports de la cte, le marchal de
  Tourville, en Provence le comte de Grignan prirent toutes les
  mesures ncessaires pour empcher le dbarquement des ennemis qui,
  fort heureusement, furent loigns par une tempte.

  [101] Voy. ci-dessus, p. 133, note 54.

  [102] Il n'toit point question,  cette poque, de taxer les
  filles de joie, mais de les retirer du vice. C'est alors, en
  effet, que Mme de Comb, hollandoise de nation, fonda le Bon
  Pasteur, qui, aprs des commencements modestes, fut dfinitivement
  tabli en 1698. Voy. Delamare, _Trait de la police_, I, 530 et
  suiv.

  [103] Ce qu'on reprochoit surtout  Pomponne c'toit sa
  ngligence; l'abb Le Gendre dit qu'il laissoit quelquefois des
  dpches deux ou trois jours sans les ouvrir. On disoit encore
  qu'il faisoit part aux jansnistes de tous les secrets de l'Etat,
  qui toient son conseil, et qu'il ne faisoit rien par lui-mme.
  Ce fut l la cause avoue de sa destitution, mais la principale
  peut-tre fut que son emploi faisoit envie  M. Colbert qui toit
  bien aise de l'exercer sous le nom de son frre de Croissy,  qui
  il le fit tomber. (_Mm._ de l'abb Le Gendre, pp.
  137-138.)--Voir les _Mm._ de Louis XIV, dit. Dreyss.

  [104] Sur Harlay de Champvalon, archevque de Paris, voy. la
  table.

  [105] Grande question que la question des siges. Chez le Roi ou
  la Reine, les duchesses seules et les femmes d'ambassadeur avoient
  les honneurs du tabouret. Dans le monde, les femmes de qualit
  pouvoient avoir des fauteuils; mais une femme plus qualifie,
  comme la duchesse de La Meilleraie, par exemple, lorsqu'elle toit
   Nantes dans le gouvernement de son mari, s'asseyoit volontiers
  sur le dossier de son fauteuil pour tre plus leve que les
  autres dames. On se rappelle la colre de la comtesse
  d'Escarbagnas contre Criquet, son laquais, qui, lorsqu'elle lui
  dit d'approcher un sige pour M. Thibaudier, apporte une
  chaise.--Un pliant, petit animal, lui dit-elle tout bas. M.
  Thibaudier n'est que conseiller. Voici un passage bien curieux
  tir de _Polyandre_, histoire comique (1648), attribu  Ch.
  Sorel; il nous conduit au bal chez un riche financier: ... Force
  chaises et tabourets avoient est mis partout. Les dames et les
  demoiselles les plus qualifies estoient assises au premier rang,
  et il y avoit quelques femmes que la beaut et la jeunesse
  mettoient  l'gal des filles. Elles faisoient plus d'un demi
  cercle, qui laissoit de l'espace pour danser, et derrire il y
  avoit des dames plus ges qui, par leurs ajustemens et leur
  contenance estudie, tmoignoient qu'elles prtendoient encore 
  la bonne mine et qu'elles ne pensoient point estre au rebut.
  Quelques hommes estoient assiz en confusion parmy elles, et vers
  la porte il y en avoit une grosse foule qui estoient debout. _Les
  plus galands_, refusans des chaises, _quoy qu'ils fussent gens de
  condition_, estendoient leurs manteaux par terre et s'alloient
  coucher aux pieds des belles dames, o ils se trouvoient encore
  trop honorez, et tantost les uns, tantost les autres estoient pris
  pour danser, pp. 178-180.--Voy. l'_Introduction_  notre dition
  du _Dict. des Prtieuses_, de Somaize (Bibl. elzev.), et la
  prface de notre ouvrage _Prcieux et Prcieuses_, 1 vol. in-8.
  Paris, Didier.--Voy. aussi dans les _Mmoires_ de Louis XIV le
  refus d'une chaire  dos sollicite par Monsieur, pour Madame,
  et les motifs de ce refus.

  [106] L'Evque de Noyon toit de la famille de Clermont-Tonnerre.
  Saint-Simon a fait connotre la vanit de ce prlat, qui couvroit
  de ses armoiries tous les murs de son vch, qui taloit  une
  place d'honneur un tableau gnalogique o on le faisoit descendre
  en mme temps des empereurs d'Orient et des empereurs d'Occident,
  etc. Il a racont son admission, par ordre du Roi,  l'Acadmie
  franoise o un discours amphigourique et emphatiquement
  louangeur, malignement prononc  sa rception par l'abb de
  Caumartin, fit de lui la rise de la Cour. M. de Paris ne
  l'aimoit point. Il y avoit longtemps qu'il avoit sur le coeur une
  humiliation qu'il en avoit essuye; il n'toit point encore duc et
  la Cour toit  Saint-Germain, o il n'y avoit point de petites
  cours comme  Versailles. M. de Noyon, y entrant dans son
  carrosse, rencontra M. de Paris  pied; il s'crie, M. de Paris va
   lui et croit qu'il va mettre pied  terre; point du tout; il le
  prend de son carrosse par la main et le conduit ainsi en laisse
  jusqu'aux degrs, toujours parlant et complimentant l'archevque,
  qui rageoit de tout son coeur. M. de Noyon, toujours sur le mme
  ton, monta avec lui et fit si peu semblant de souponner d'avoir
  rien fait de mal  propos que M. de Paris n'osa en faire une
  affaire; mais il ne l'en sentit pas moins. Premier grief; en
  voici un second: Cet archevque... s'toit mis peu  peu
  au-dessus de faire aucune visite aux prlats, mme les plus
  distingus, quoique tous allassent souvent chez lui. M. de Noyon
  s'en piqua et lui en parla fort intelligemment. C'toient toujours
  des excuses. Voyant que ces excuses durrent toujours, il en parla
  si bien au Roi qu'il l'engagea  ordonner  M. de Paris de l'aller
  voir. Ce dernier en fut d'autant plus mortifi qu'il n'osa plus y
  manquer aux occasions et aux arrives.--Un troisime grief, c'est
  que Monseigneur de Harlay avertit charitablement M. de Noyon du
  ridicule que le discours de l'abb de Caumartin avoit jet sur
  lui. Tous ces petits vnements sont de l'anne 1694,  la veille
  de l'Assemble du Clerg. Quel nouveau conflit vit-on clater dans
  l'Assemble entre les deux prlats si hautains? Ni Dangeau, ni
  l'abb Le Gendre n'en ont parl; mais on les devine. Saint-Simon
  parlant des dgots qui assaillirent Monseigneur de Harlay dans
  ses dernires annes, ajoute que les chagrins de cette assemble
  l'achevrent. Le 6 aot, on le trouva mort, tendu sur un canap
  dans sa maison de Conflans... M. de Noyon eut son cordon bleu.

  [107] L'abb de Caylus, frre du chevalier de Caylus qui pousa
  Mlle de Villette, fille du cousin-germain de Mme de Maintenon. Il
  devint vque d'Auxerre, aprs avoir t aumnier du Roi; il avoit
  refus l'vch de Toul.

  [108] Les Cordeliers dits du Grand Couvent avoient leur maison
  dans la rue de l'Observance, quartier du Luxembourg. Les
  Cordeliers de l'_Ave Maria_ avoient leur couvent, rue des Barres,
  quartier Saint-Paul, et les Cordeliers, sans pithte, rue de
  Lourcine, quartier de la place Maubert.

  [109] La dispute du quitisme est une de ces intemprances
  d'esprit et de ces subtilits thologiques qui n'auroient laiss
  aucune trace dans la mmoire des hommes sans le nom des deux
  illustres rivaux (Bossuet et Fnelon) qui combattirent. (_Sicle
  de Louis XIV._)--Mme Guyon, la fondatrice illumine de cette
  hrsie mort-ne, s'tant mise, d'aprs le conseil de Fnelon,
  entre les mains de Bossuet, regard comme un pre de l'Eglise,
  l'Evque de Meaux s'associa, pour l'examen de ses oeuvres,
  l'Evque de Chlons, depuis cardinal de Noailles, et l'abb
  Transon, suprieur de Saint-Sulpice. Ils s'assemblrent
  secrtement  Issy. L'Archevque de Paris, jaloux que d'autres que
  lui se portassent pour juger dans son diocse, fit afficher une
  censure publique des livres qu'on examinoit. (_Ibid._)

  [110] Ces trois livres taient les ouvrages de Mme Guyon et
  peut-tre la _Guide spirituelle_ de Molinos.

  [111] Il toit d'usage que les militaires et les valets prissent
  ainsi des noms de guerre. Nous avons sous les yeux un modle du
  Registre journal du Directeur d'un hpital militaire; la septime
  colonne est destine aux noms de fiefs des officiers et aux noms
  de guerre des soldats. Nous y relevons les sobriquets de Va de
  bon coeur, la Joie, la Grandeur, Boitout, le Tapeur, la Valeur,
  Tope  tout, etc.

  [112] Mme de Maintenon, ne en 1636 (voy. t. III) avoit alors 59
  ans.

  [113] Bernier, chirurgien, nous est inconnu. Il ne peut tre
  question, en effet, du clbre mdecin voyageur, Franois Bernier;
  celui-ci toit mort en 1688. Peut-tre s'agit-il de Jean Bernier,
  auteur d'une Histoire de la Mdecine et des Mdecins (1688 et
  1693); mais il n'toit pas chirurgien du Roi.

  [114] On prend enfin ce mot _mareschal_ pour un mdecin de
  chevaux..., et Nicot dit que ces mareschaux avoient soin des
  chevaux du Roy,  la manire des Empereurs romains qui tenoient un
  mdecin pour leurs chevaux, qui, aprs, parvenoient  de plus
  grands emplois. Ainsi Virgile fut mdecin des chevaux d'Auguste et
  puis son favory. Et M. Heroart fut mdecin des chevaux du roy
  Louis XIII, et aprs il le fut du Roy mesme.--(Borel, _Trsor des
  recherches et antiquits franoises_. In-4, 1655.)

  [115] C'toit le langage de la Reine parlant de Mme de Montespan:
  Il lui chappoit souvent de dire: cette pute me fera mourir.
  (Saint-Simon.)

  [116] Furetire admet la locution: Saigner le pied en l'eau et
  c'est ainsi sans doute qu'il faut lire.

  [117] Le louis d'or valoit alors 12 liv., soit 60 fr. de notre
  monnoie; ordinairement, le prix de la visite des mdecins toit
  d'un petit cu. Voy. le _Trio de la Mdecine_, de l'abb
  d'Aubignac. Les chirurgiens et les apothicaires toient moins bien
  traits; cependant, quand matre Franois du Tertre faisoit au Roi
  une saigne au bras, il touchoit 300 liv., et 600 liv. pour une
  saigne au pied.

  [118] Je vous _quitte_, pour _je vous tiens quitte_. Le _Dict._ de
  Furetire donne ce sens qu'on ne trouve pas dans Richelet. Les
  lexiques de la langue de Corneille par M. Godefroy et par M.
  Marty-Laveaux ne le relvent pas; mais le lexique de la langue de
  Mme de Svign (_Collect._ des Grands Ecrivains) en cite plusieurs
  exemples: Je vous quitte de la peine de me rpondre, etc.

  [119] Saint-Malo toit d'autant plus expos qu'il toit plus
  redoutable aux ennemis. On lit dans la _Gazette_: de Paris le 12
  janvier 1692: on a reu avis que les armateurs, principalement
  ceux de Saint-Malo, continuoient d'amener incessamment un grand
  nombre de prises.

  2 fvrier.--Deux vaisseaux du Roi, l'un de 20; l'autre de 26
  pices de canon, attaqurent le 24 du mois dernier  la hauteur de
  Jersey deux anglois, l'un de 50 et l'autre de 60 pices de canon:
  aprs six heures de combat ils les obligrent  se retirer assez
  maltraitez.

  Les annes suivantes, Saint-Malo fut bombard deux fois par les
  Anglois, le 26 novembre 1693 et le 14 juillet 1695. (Cunat,
  _Saint-Malo et ses marins_.) Le _Mercure galant_ (vol. de juillet)
  contient, de la p. 262  la p. 275, un Journal du bombardement de
  Saint-Malo, avec des extraits de lettres sur le mme sujet, de la
  page 275  la page 280. A la fin de l'hiver prcdent, les
  habitants qui se rappeloient le bombardement de 1693 et qui ne
  prvoyoient pas celui qu'ils devoient subir, sans en souffrir
  d'ailleurs, au mois de juillet suivant, avoient multipli chez eux
  les divertissements; un ballet, _le Retour des plaisirs_, dont la
  musique avoit t faite par le matre de musique de la cathdrale,
  fut dans;  la seconde entre, un choeur de Malouins chantoit
  devant Neptune:

      Dsormais sur ces bords vivons sans pouvante;
      Neptune a de l'Anglois repouss la fureur.

  [120] Probette, boussole. Vieux mot que n'ont recueilli les
  dictionnaires ni de Nicot, ni de Cotgrave, ni de Monet, ni de
  Joubert, ni les dictionnaires flamand-franois de 1618 ou de 1634,
  ni le dictionn. franois-italien de 1648, etc.

  [121] _Maletoulte_, c'est--dire extorsion, imposts
  extraordinaires, et _maltoutiers_ sont ceux qui lvent ces
  imposts. Ce qui vient du mot _tollir_, c'est--dire oster. Ce nom
  fut donn  l'impost de 1296, selon M. Bignon sur Marculphe. D'o
  vient que _maletoste_, selon Ragneau, veut dire tout subside
  extraordinaire. (Borel, _Thresor de Recherches_.)

  [122] L'Empereur d'Allemagne tait alors Lopold Ier, qui succda
  en 1657  Ferdinand III, mourut en 1705 et laissa le trne 
  Joseph Ier.

  [123] Dans l'dit. que nous reproduisons, le texte suit, divis
  par _Entretiens_; dans une dition postrieure, l'_Entretien_
  XVIII est prcd d'un nouveau titre et des mots seconde partie,
  qui ne semblent pas motivs.

  [124] Jacques-Henri de Durasfort, duc de Duras, chevalier des
  trois ordres du Roi, gouverneur de Besanon et du comt de
  Bourgogne, capitaine des gardes du corps, fut nomm marchal de
  France le 30 juillet 1675. Il avoit pous Marguerite Flice de
  Lvis Ventadour, dont il eut un fils. Sa terre de Duras en Guyenne
  avoit t, ds 1668, rige en duch avec cette clause que, faute
  d'hoirs mles, cette terre reprendroit son ancienne qualit et ne
  retourneroit pas  la Couronne. Les lettres ne furent vrifies en
  parlement que le 1er mars 1689.--Son frre Guy de Durasfort, fut
  duc de Lorge et aussi marchal de France. Des filles de ce
  dernier, l'une pousa le duc de Saint-Simon, l'auteur des
  _Mmoires_, l'autre le duc de Lauzun.

  [125] M. de Brissac, major des gardes du corps, chevalier de
  Saint-Louis depuis la fondation de l'ordre en avril 1693, toit
  lieutenant-gnral depuis le mois de mars de la mme anne. Il
  toit gouverneur de Guise. Saint-Simon fait de lui un fort simple
  gentilhomme tout au plus, qui n'toit ni ne se prtendoit rien
  moins que des Coss... C'toit de figure et d'effet une espce de
  sanglier, qui faisoit trembler les quatre compagnies des gardes du
  corps, et compter avec lui les capitaines, tout grands seigneurs
  et gnraux d'arme qu'ils toient... Il s'toit acquis toute la
  confiance du Roi par son inexorable exactitude... Avec tout
  l'extrieur d'un mchant homme, il n'toit rien moins, mais
  serviable sans vouloir qu'on le st.--Voir  la suite dans
  Saint-Simon le rcit du tour qu'il joua aux fausses dvotes de la
  Cour. Elles attendoient le Roi au Salut, toutes munies d'une
  petite bougie qui clairoit leur livre pour elles, et leur visage
  pour le Roi. Brissac ayant dit tout haut aux gardes de se retirer,
  les bougies s'teignirent et les dames quittrent la chapelle. Le
  Roi arriva peu aprs, et rit beaucoup lorsqu'il apprit pourquoi
  l'glise, ordinairement trop petite, toit dserte ce soir-l.
  Toutes ces femmes auroient voulu l'trangler.

  [126] Les pages de la Chambre appartenoient  de trs-bonnes
  familles nobles du royaume; en change des services qu'ils lui
  rendoient, le Roi se chargeoit de leur ducation et de leur
  avenir. Il a daign leur consacrer une page de ses _Mmoires_. On
  lit dans l'_Etat de la France_ de 1669: Le Roi entretient
  vingt-quatre pages de sa Chambre toute l'anne, dont chacun des
  quatre premiers gentilshommes a six; et Sa Majest leur entretient
  des matres sur tous les exercices convenables  des personnes de
  qualits. Les Pages entrent avec la garde-robe le matin et le soir
  dans la chambre du Roi pour donner les mules  Sa Majest.--En
  outre, la grande curie avoit 55 pages, bien qu'il n'y et de
  fonds que pour 19; ils avoient un gouverneur, un sous-gouverneur,
  un aumnier, un prcepteur. On leur enseignoit les exercices de
  guerre, la carte (gographie), la musique, la danse; la petite
  curie avoit 21 pages, dont deux  la vnerie, levs dans les
  mmes conditions.

  [127] Le duc d'Orlans, frre du Roi.

  [128] Sur l'vque de Noyon, voyez ci-dessus, page 182, _note_
  106.

  [129] L'le de Tendresse appartient  la gographie des
  prcieuses, comme ce pays de l'Amour-propre o La Rochefoucauld
  dit qu'il reste beaucoup de terres inconnues. Il existe un livre
  italien fort singulier, intitul: _della Geografia trasportata al
  morale_, del Padre Daniello Bartoli, della compagnia di Gies.
  Milano, 1665. 1 vol. in-18. L'auteur, dans les Iles Fortunes
  voit les esprances de Cour; dans les cataractes du Nil, le
  domaine des grands parleurs qui assourdissent ceux qui les
  coutent; dans le mont Parnasse, la vie insense de qui chante sur
  autrui et pleure sur soi-mme, etc. Chaque pays est le sujet d'un
  long chapitre, bourr de citations et de prceptes moraux
  emprunts  toute l'antiquit.

  [130] Voyez ci-dessus, page 144, note 63.

  [131] Le marchal de Villeroy avoit confi  M. de Montal la
  direction du sige de Dixmude. Franois de Neufville, duc de
  Villeroy et de Beaupreau, pair et marchal de France, toit fils
  de Nicolas, duc de Villeroy, aussi marchal de France, et de
  Magdelaine de Crqui. Nomm chevalier des ordres en 1688, marchal
  de France en 1693, il toit alors commandant de l'arme de
  Flandres. Il dirigea en personne le bombardement de Bruxelles,
  malgr une arme de 25,000 hommes, et continua longtemps encore
  ses succs militaires, interrompus cependant en 1702, qu'il fut
  fait prisonnier  Crmone. Malgr la perte de la bataille de
  Ramilies, en 1706, il conserva la confiance du Roi, et fut nomm,
  en 1714, ministre d'Etat, chef du Conseil royal des finances;
  aprs la mort de Louis XIV, il fut nomm gouverneur du jeune roi
  Louis XV.

  [132] En vous apprenant le sige de Dixmude, je vous apprends en
  mme temps sa prise [aprs 36 heures de tranche], dit le _Mercure
  galant_ de juillet 1695. M. de Blanchefort en apporta la nouvelle
  au Roi le 30 de ce mois. M. de Montal en a fait le sige... Aprs
  quelques contestations, le gouverneur consentit  se rendre
  prisonnier de guerre avec toute la garnison, montant environ 
  5,300 hommes... J'apprends en ce moment qu'aussitt aprs la prise
  de Dixmude, Deinse ouvrit ses portes aux troupes du Roi, et qu'il
  y avoit dans la place cinq rgiments faisant environ 2,500 hommes
  qui se sont rendus prisonniers de guerre.

  [133] C'est ainsi que Citois, mdecin de Richelieu, lui ordonnoit
  parfois de prendre deux ou trois drachmes de Bois-Robert: _Recipe
  Bois-Robert_.

  [134] Erizzo, ambassadeur de Venise, toit reu en audience le
  mardi, comme tous les ministres trangers. Le 15 octobre 1695, la
  _Gazette de France_, d'accord avec Dangeau, rapporte que le Roi
  lui accorda le 5 du mme mois une faveur sans prcdent: il donna
  une audience  sa femme: le Roi toit debout auprs de sa table,
  dit Dangeau, et, ds qu'il vit l'ambassadrice, il avana deux ou
  trois pas  elle et la baisa; et aprs quelques compliments qu'ils
  se firent, toujours debout, l'ambassadrice se retira.
  Saint-Simon, dans ses notes sur Dangeau, donne les rgles
  d'tiquette ordinairement suivies dans des occasions analogues.

  Quatre jours aprs, le dimanche 9 octobre le Roi tint sur les
  fonts de baptme la fille du sieur Erizzo. Sa Majest la nomma
  Louise, Madame fut la marraine, et la crmonie fut faite dans la
  chapelle du chteau par le cardinal de Bouillon, grand aumnier de
  France. Le Roi et la Reine d'Angleterre y assistrent. (_Gazette
  de France._)

  Erizzo ne se montra pas reconnoissant de ces faveurs rptes. Le
  jeudi 13 avril 1700, il arriva, dit Dangeau, un courrier de Rome
  envoy par le cardinal d'Estres, notre ambassadeur, pour rendre
  compte de ses dmls avec Erizzo, qui continuoit  Rome contre
  lui les dmls commencs en France; il avoit mme fait un crit
  trs-offensant contre le cardinal d'Estres dont le Roi approuvoit
  la conduite (Dangeau).

  [135] _Mercredi, 27 juillet 1695._--On a eu nouvelle que les
  Vnitiens dans la More ont repouss les Turcs...; l'ambassadeur
  en doit venir donner part au Roi mardi prochain.--_Lundi 19
  septembre_: Il court un bruit que les Vnitiens ont gagn un
  grand combat naval contre les Turcs dans les mers de Chio,
  qu'ils ont fait 6,000 prisonniers et entre autres l'amiral
  Turc: les nouvelles de ce pays-l mritent confirmation.
  (Dangeau).--Dangeau ne dit rien des sentiments du Roi sur ce
  sujet; la _Gazette_ raconte les faits avec une indiffrence
  marque; il semble cependant qu'on peut lui reconnotre quelque
  partialit en faveur des Turcs.

  [136] Voyez page 138, note 60.

  [137] La duchesse de Chartres, Mme la duchesse (de Bourbon-Cond),
  et la princesse de Conti ajoutoient  leur nom _lgitime de
  France_. La princesse seule conserva cette addition, que les
  autres supprimrent pour signer comme les princesses du sang. Elle
  ne perdoit point une occasion de faire sentir aux deux autres
  princesses qu'elle seule avoit une mre connue et nomme.
  (_Mmoires_ de Saint-Simon, 1696.)--Elle assista  la mort de Mme
  de La Valire, et obtint du Roi la permission d'en porter le
  deuil.

  [138] Portant l'aigrette des chevaliers du pays de Cornouailles.

  [139] Entre deux toiles, comme les braconniers qui font usage du
  drap de mort.--Entre deux draps.

  [140] La _Gazette de France_ du 4 juin 1695 dit: Le 29 du mois
  dernier, le sieur Pierre Mignard, premier peintre du Roi, fameux
  par beaucoup d'excellents ouvrages, mourut en cette ville (Paris),
  g de 84 ans.--Dangeau: _Dimanche, 29 mai_: le bonhomme Mignard
  mourut  Paris; il avoit 84 ans; il toit premier peintre du Roi,
  charge qui vaut 12,000 francs et des logements; les ouvrages qu'il
  faisoit prsentement toient les plus beaux qu'il eut faits de sa
  vie.--La charge de premier peintre fut supprime par Louis XIV;
  mais  sa mort, le Rgent la rtablit en faveur de Coypel, honor
  prcdemment du titre de premier peintre de Monsieur.

  [141] Ce tableau ne figure pas dans la liste des tableaux de
  Mignard.

  [142] Mignard ayant eu ordre alors de faire les portraits de la
  famille royale, peignit dans le mme tableau Monseigneur, Madame
  la Dauphine et les trois princes leurs enfants... Il a t grav
  avec ces vers de Santeul:

      Aspice venturos futura in scula Reges;
          Gallia, quondam orbis sentiet esse suos.

      Dans ces jeunes hros dont l'auguste naissance
          Promet cent miracles divers,
          Tu vois tes Rois, heureuse France,
      Et peut-tre y vois-tu ceux de tout l'Univers.

      (_Vie de Mignard_, par l'abb de Monville, Paris, 1730,
      in-12, p. 137.)

  [143] Voyez la table.

  [144] Revenu  Avignon, Mignard y trouva Molire... Pendant le
  temps que Mignard y passa encore avec son frre, il fit une
  Lucrce pour un conseiller au Parlement de Grenoble. (_Vie de
  Mignard_, pp. 56-57.)--C'est sans doute ce tableau qui passa aux
  mains de Mme de Lislebonne.

  [145] Le comte de Sainte-Maure toit en grande faveur auprs de
  Monseigneur qui, d'aprs Saint-Simon, lui donna un jour jusqu'
  2,000 louis,  la prire de la princesse de Conty, pour payer ses
  dettes de jeu. Voy. t. III, p. 197.

  [146] Le marchal de Luxembourg toit mort le 4 janvier 1695, peu
  regrett du Roi, qui ne l'aimoit point, dit Saint-Simon, et qui
  lui refusa ce qu'il lui demanda  son lit de mort.

  [147] Les loges donns au prince d'Orange et au prince de
  Vaudemont, ennemis de la France, dnotent l'origine de ce libelle.

  Guillaume Henri de Nassau, prince d'Orange, fils de Guillaume,
  prince d'Orange, et de Marie d'Angleterre, laquelle toit fille de
  Charles Ier et de Henriette Marie de France, se distingua dans
  toutes les guerres diriges contre la France. Battu en 1672 
  Charleroy par le comte de Montal, en 1674  Senef par le prince de
  Cond,  Cassel en 1677 par Monsieur, en 1678 prs de Mons, en
  1691  Leuse, en 1692  Steinkerque, en 1693 encore  Steinkerque,
  toujours par le marchal de Luxembourg, il fut,  plusieurs
  reprises, forc de lever des siges entrepris contre nos armes.
  Il mourut le 19 mars 1703.

  [148] Charles Henri, lgitim de Lorraine, prince de Vaudemont, n
  en fvrier 1649, toit fils de Charles IV de Lorraine et de Mme de
  Cantecroix, frre an de Mme de Lislebonne, dont il a t parl
  ailleurs. Il avoit pous, le 27 avril 1669, Anne-Elisabeth de
  Lorraine d'Elbeuf.

  [149] Nous saisissons ici l'occasion de protester contre la
  prtendue influence que Mme de Maintenon auroit eue dans la
  conduite des affaires de l'tat; sa situation auprs de Louis XIV,
  qui voulut toujours tre matre absolu, auroit t impossible si
  elle et voulu le diriger; les crivains protestants eux-mmes
  (_Bulletin de la Socit du protestantisme_) reconnoissent
  aujourd'hui qu'elle n'eut aucune part  la rvocation de l'dit de
  Nantes, o l'on ne fit que codifier des dits et ordonnances dont
  beaucoup toient antrieurs  son entre  la Cour. Il suffit
  d'ailleurs de lire ses oeuvres pour arriver  cette conviction
  d'abord qu'elle n'toit pas bigotte, ensuite qu'elle toit  peine
  assez catholique pour n'tre pas protestante. En effet, elle
  conseilloit  ses jeunes lves de Saint-Louis de soulager leur
  mre dans les soins du mnage plutt que d'aller  la messe,
  except le dimanche; ce jour-l mme, elle les dispensoit,
  lorsqu'elles seroient dans leurs familles, d'assister aux vpres:
  ce qui n'est pas d'une bigotte;--elle n'admettoit ni le culte de
  la Vierge ni le culte des Saints: et ceci rappelle plutt sa
  premire ducation, toute protestante, que les leons du couvent.

  POST-SCRIPTUM.--La feuille qui contient les premires pages de la
  pice qui prcde toit tire, lorsqu'un mot, qui nous avoit
  chapp dans le _Journal_ de Dangeau, est venu nous apprendre
  qu'il existoit un abb du Troncq, neveu de Bontemps. La parent
  de Mlle du Troncq avec Bontemps nous toit ainsi rvle, et, bien
  que l'auteur du pamphlet soit le seul crivain de l'poque qui ait
  parl de la passion tardive du Roi pour cette jeune fille, nous y
  avons vu une preuve de plus qu'il toit trs-bien renseign.
  L'amourette elle-mme est peut-tre fausse, peut-tre vraie; en
  l'absence de renseignements qui confirment les dires du
  pamphltaire, nous n'osons ni la nier ni l'affirmer; mais il est
  certain, et nos notes en font foi, que tous les dtails groups
  autour du sujet sont d'une rigoureuse exactitude.


FIN.




  LE
  TOMBEAU DES AMOURS
  DE LOUIS LE GRAND
  ET SES DERNIRES GALANTERIES.




[Bandeau]

LE

TOMBEAU DES AMOURS

DE LOUIS LE GRAND

ET SES DERNIRES GALANTERIES[150].


Depuis que la nature a fait natre l'amour, ce Dieu a toujours port ses
traits par tout l'Univers. Il a foul mme  ses pieds les sceptres et
les couronnes, et tout ce qui respire le jour ressent son pouvoir,
jusqu'aux plus innocentes cratures. Les divinits n'ont point t
insensibles  cette charmante sympathie qui nous force d'aimer;
pourquoi seroit-on surpris qu'un grand Roi comme le ntre ait fait
consister tout son bonheur dans la tendresse? L'amour est la plus noble
de toutes les passions, et sans lui la vie seroit fade et sans got.

Mais il faut mettre une grande diffrence entre l'amour brutal et le
raisonnable. Le premier fait peur et n'est point aimable, n'tant
accompagn que du crime qui est affreux dans son tre; au contraire,
l'amour honnte possde des charmes qui sont opposs aux manires du
premier, qui ne consiste qu'en mille petits soins empresss, et mille
services que l'on veut rendre  l'objet aim. Il est vrai que les bornes
qui sparent l'un et l'autre sont un peu dlicates, et qu'il faut
possder l'indiffrence, pour sa sret; cependant, nous voyons tous les
jours bien des personnes qui ont triomph, par le secours de la vertu,
des forces de l'amour, et, quoique cet enfant soit souvent robuste, il
ne laisse pas d'tre aimable quand la modestie l'accompagne, et l'on
peut lui donner l'encens qui suit avec justice:

_Est-il rien de si doux qu'une ardeur innocente qu'un rare mrite
fait natre dans nos mes? Je ne vois point de bonheur  respirer le
jour, si de l'Univers on en bannissoit l'amour. Tous les plaisirs se
trouvent dans sa suite, et la vie sans aimer seroit un supplice[151]._

Les peintres n'ayant pu trouver des couleurs assez belles ni assez vives
pour faire des yeux au fils de Vnus, l'ont reprsent aveugle; ce Dieu
auroit-il eu bonne grce en faisant toutes les conqutes qu'il a faites
sans voir? C'est une erreur un peu grossire, car quand l'Amour veut
s'emparer d'un coeur, il se sert toujours des yeux d'un bel objet,
pour en blesser un autre: ce qui ne seroit pas, si ce malicieux enfant
ne savoit trs-bien que de tous les sens, les yeux sont les plus
susceptibles, parce qu'ils dcouvrent, les premiers, les redoutables
attraits des belles. Il faut donc raisonner en cet endroit
philosophiquement, et dire qu'un aveugle ne peut devenir savant quand il
est priv des facults les plus ncessaires, comme la vue. L'on voit
aussi que ce conqurant est fort loquent et grand rhtoricien,
puisqu'il confond les raisonnements les plus sublimes et les plus
solides. C'est donc avec raison qu'il faut dfendre le tort que
l'on fait  ce pauvre enfant en lui tirant son plus bel ornement.

        Amour infortun songe  tes intrts;
    L'on ne sent plus pour toi l'honneur et les respects.
        Tout est perdu, si cela continue.
        Ramne-nous des sicles plus doux,
        O l'on verra plus de retenue,
        Et qui dureront toujours.

La dure dans les choses du monde est presque impossible. On la souhaite
assez dans ses termes et ses expressions, et si nous avions un bien qui
st une fois nous charmer sensiblement, nous ne voudrions jamais le
quitter. C'est pourquoi l'auteur de la nature a prvu cet attachement
comme criminel, et nous a donn toutes choses changeantes et variables
et de peu de dure.

Les philosophes sont fonds sur de bons principes, quand ils regardent
tout avec indiffrence, et qu'ils n'aiment que le prsent. Cependant,
parmi nous, ces sentiments sont condamns, et l'on seroit mal instruit,
si l'on vouloit les suivre.

Laissons donc pour une autre fois ces ides, et voyons avec plaisir
toutes les galanteries de notre prince. Examinons-en le tour et la
dlicatesse, et disons qu'il est le seul au monde qui a su aimer si
tendrement; mais prsentement son coeur est rempli de sentiments pieux
qui ont banni la tendresse humaine de ses ides[152]. Ce qui
faisoit autrefois sa flicit, ne le charme plus que foiblement, et les
douceurs qui ont enchant ce Monarque paroissent mourantes et sur leur
fin. Pendant qu'il languit, et que sa raison et ses transports sont de
retour, il faut faire la revue de ses amours, et voir le terrible
changement qui se trouve chez ce Prince, aprs avoir dcrit les plus
doux moments de sa vie.

    L'on ne voit rien dans cet Univers,
        Qui soit constant et solide,
        Le sort des humains dcide,
    Selon les sentiments divers.

Je reviens  l'ardente passion du Roi, et je laisse ma Muse pour une
autre fois; je veux suivre toutes les dmarches qu'il a faites dans ses
amourettes, et dire que rien dans la vie ne l'a touch si sensiblement
que la possession d'une personne aimable. Mademoiselle de Manchini[153]
avec son air commun et sa petite taille, mais de l'esprit comme un ange,
a fait passer  ce Prince des heures charmantes[154]. Souvent madame de
Venelle[155] les surprenoit dans leurs conversations touchantes; mais il
faut dire  la vrit que leurs joies n'ont t qu'imparfaites. Notre
Prince l'auroit pouse, sans les oppositions du cardinal Mazarin[156]
qui toit pri de la reine-mre, et qui lui fit promettre, un jour
qu'il souhaitoit d'elle des preuves de son amour[157], qu'il empcheroit
la chose.--Ce que je vous demande, lui disoit la Reine, n'est pas une
si grande assurance de votre passion que vous croyez. Car si le Roi
pouse votre nice, de l'humeur que je lui connois, il ne manquera
jamais  la rpudier et vous serez mal avec lui; ce qui [me] chagrinera
plus que le mariage, quoique mes desseins soient entirement ruins pour
la paix, si le Roi n'pouse pas la fille du Roi d'Espagne.

Le cardinal trouva la pense de la Reine admirable et lui promit tout
afin de possder son coeur[158]. Cependant le Roi a marqu toujours
une aversion si extraordinaire pour le dmariage[159], et il l'a dclar
si souvent, qu'il donne bien lieu de croire qu'il ne se seroit pas voulu
servir de ce mchant usage. Notre sublime cardinal maria enfin sa nice
au duc de Colonna[160], dans le dessein de faire mieux sa cour proche
de[161] la reine qui l'en remercia avec les manires les plus
tendres du monde. Notre jeune Monarque pleura et cria, se jeta aux pieds
du cardinal et l'appela son papa; mais hlas! il toit destin que les
deux amants se spareroient. Cette amante afflige tant presse de
partir, et montant en carrosse, dit fort spirituellement  son amant,
qu'elle voyoit dans une douleur accablante: Vous pleurez, et vous tes
Roi! pourtant je suis malheureuse et je pars ds ce moment!

Le Roi pensa mourir de chagrin de la cruelle sparation de sa chre
mignonne; mais comme ce Prince toit encore jeune, il se consola plus
facilement, et son coeur ne demeura pas longtemps dans la
tranquillit. Nous le verrons par la suite.

Quand Philippe IV, roi d'Espagne, fut mort[162], notre inconsolable
Monarque forma le dessein d'aller aux Pays-Bas, pour mettre la Reine son
pouse en possession des Etats qui lui appartenoient; Sa Majest y entra
avec toute la magnificence qui pouvoit charmer les sens[163]. Elle toit
prcde de deux compagnies de mousquetaires richement vtus, et leurs
chapeaux garnis de plumes blanches, comme le reste des gardes du corps.
Notre illustre Prince toit vtu d'un habit en broderie d'or ml de
perles, avec un superbe bouquet de plumes incarnates et blanches,
attach d'un coeur de diamants. Le Roi toit mont sur un cheval dont
la marche fire et glorieuse faisoit bien connotre qu'il portoit
le plus puissant hros de l'Univers; un nombre infini de seigneurs et de
personnes distingues accompagnrent Sa Majest dans son voyage.

Le Roi tant de retour ne demeura pas longtemps sans trouver un tendre
amusement. Mademoiselle de la Valire[164], fille de la maison de
Madame, par une sympathie inconnue s'est fait aimer passionnment de ce
Prince. La Valire qui n'toit ni noble[165], ni belle, ni l'air fort
charmant[166], mais infiniment de l'esprit et du brillant dans tout ce
qu'elle disoit, ayant le coeur rempli de tendresse et de sincrit,
ces dernires qualits ont enchan le plus fier et le plus superbe
Prince de l'Europe sous ses lois, et lui ont fait dire souvent qu'il n'a
jamais aim personne avec tant d'ardeur.

Il est vrai[167] qu'elle aima le Roi par inclination plus d'un an avant
qu'il la connt, et qu'elle disoit souvent en soupirant  une de ses
amies, qu'elle voudroit qu'il ne ft pas d'un rang si lev, et que la
fortune l'et fait natre berger. La raillerie que l'on en fit donna
l'envie  notre Monarque de connotre l'aimable bergre qui lui
souhaitoit au lieu de son sceptre une houlette. Et comme il est
naturel  un coeur gnreux d'aimer ceux qui nous aiment, le Roi
l'aima ds ce premier moment, et lui dit un jour en riant: Venez, ma
belle aux yeux doux, qui ne pouvez aimer qu'un prince.

Ce n'est pas que sa personne lui plt; mais par reconnoissance, Sa
Majest dit au comte de Guiche qu'il la vouloit marier  un marquis
qu'il lui nomma et qui toit des amis du comte; ce qui lui fit rpartir
au Roi que son ami aimoit les belles.--Eh bien! dit le Roi, je sais
bien qu'elle n'est pas une incomparable beaut; mais je lui ferai assez
de bien pour la faire chrir.

Quelque temps aprs, le Roi fut chez Madame qui toit un peu indispose,
et s'arrta dans l'antichambre avec La Valire  laquelle il parla
longtemps. Ce prince demeura si charm de son esprit et de ses manires
engageantes que sa reconnoissance devint amour. Mais comme ce prince
cherchoit l'occasion de lui dire tout ce qu'il sentoit pour elle, parce
qu'il en toit press et qu'il y avoit dj du temps qu'il languissoit
secrtement, il la trouva. Il lui auroit t bien facile s'il et
considr qu'il toit Roi; mais la qualit d'amant lui paroissoit trop
charmante pour n'en pas suivre les lois. Ce fut  Versailles, dans le
parc, que le Roi se plaignit tendrement que depuis plus de trois mois sa
sant n'toit pas bonne. Mlle de La Valire[168], en parut afflige,
et en marqua du chagrin, ce qui toucha le Roi sensiblement, et lui fit
dire:--Hlas ma belle, je serai le plus fortun de tous les
hommes, si vous me plaignez un peu, tant  vous comme je suis.

La Valire rougit, et parut interdite en voyant le Roi, qu'elle aimoit,
 ses genoux, tout passionn. Elle se leva par respect, mais le Roi lui
prit la main et la baisa tendrement, en lui disant:--Ma charmante! je
suis malheureux, puisque vous n'tes pas sensible, et je suis  plaindre
en vous adorant comme je fais.--Non, Sire, rpliqua-t-elle, je ne suis
point insensible  ce que vous sentez pour moi. Il y a longtemps, ajouta
cette aimable fille en poussant un soupir, que l'amour m'a fait
connotre secrtement que je devois aimer le plus parfait de tous les
Rois.

Notre Monarque parut touch d'entendre un aveu si doux et si favorable 
son amour; mais la pluie qui survint en abondance rompit une
conversation si tendre. Le Roi, qui n'avoit pas encore toutes les
assurances qu'il vouloit du coeur de son adorable, lui envoya ce
billet[169].

    Hlas! ma charmante enfant! si vous ne m'aimez en bref, il
    faudra que je meure. L'on cherche avec empressement ce qui me
    peut rendre rveur comme je le suis; mais l'on ne pntre pas
    que je vous aime plus que moi-mme, et que vous me mettez au
    dsespoir par vos manires cruelles. Ah! ma chre mignonne!
    changez de sentiments, et soyez plus sensible pour un prince
    qui ne respire la vie que pour vous.

Quelque temps aprs ce billet, Sa Majest, qui ne peut souffrir
l'absence de ce qu'il aime, alla voir sa belle chez Madame, que le comte
de Guiche entretenoit.

Les Demoiselles qui toient avec La Valire se retirrent par respect;
si bien que Sa Majest demeura seule avec cette belle, et lui dit tout
ce qu'un amour tendre et violent peut faire dire  un homme qui a de
l'esprit et de la passion. Il l'assura mille fois que sa flamme seroit
ternelle et qu'il ne changeroit jamais.

Madame, qui apprit la conversation que le Roi avoit eue avec La Valire
toit au dsespoir[170]:--Quoi, disoit-elle, prfrer une petite
bourgeoise de Tours, laide et boiteuse,  une fille de Roi, faite comme
je suis![171]

Elle en parla  Versailles aux deux Reines en femme vertueuse qui ne
vouloit pas servir de commode[172] aux amours du Roi. La Reine-Mre dit
qu'il en falloit parler  La Valire, ce qu'elles firent avec tant
d'aigreur que notre aimable bergre se rsolut, ds ce triste moment, de
se mettre dans un couvent. Elle [y] demanda d'abord une chambre, o elle
pleura amrement.

Il arriva en ce temps-l  Paris des ambassadeurs pour le Roi d'Espagne
qui toient avec le Roi dans la salle o l'on les reoit d'ordinaire
avec plusieurs personnes de qualit. Le duc de Saint-Aignan[173] dit au
marquis de Sourdis[174], assez bas: La Valire est en religion. Notre
Monarque, qui avoit entendu ce nom charmant qui avoit frapp ses
oreilles, tourna la tte tout mu et tout ple, et demanda au duc ce
qu'il disoit, qui lui rpartit que Mlle de La Valire toit en
religion  Chaillot[175].

Par bonheur, les ambassadeurs toient expdis, car dans la douleur o
toit le Roi il n'et eu aucune considration. Il commanda qu'on lui fit
venir un carrosse, et sans l'attendre il monta aussitt  cheval. La
Reine qui le vit partir lui dit qu'il n'toit pas matre de lui.--Ah!
reprit le Roi, si je ne le suis pas de moi, Madame, je le serai de ceux
qui me chagrinent. En disant cela, il courut  toute bride  Chaillot,
o il demanda sa jolie mignonne qui vint  la grille, avec un air tout
pntr de langueur et de tendresse.--Ah! lui cria le Roi, de la porte,
ma charmante enfant, vous avez peu de soin de ceux qui vous aiment!
Elle voulut rpondre, mais les larmes l'en empchrent. Le Roi, l'ayant
embrasse tendrement, la pria de sortir promptement. Elle s'en dfendit
d'une manire fort touchante, en racontant le mchant traitement de
Madame et des Reines. Notre amoureux prince lui dit qu'il toit
Roi, et qu'il alloit y donner ordre.--Enfin, rpondit cette adorable,
en levant les yeux au Ciel, on est bien foible quand on aime, et je ne
me sens pas la force de vous rsister. Elle sortit et se mit dans le
carrosse que le Roi avoit fait amener. Sa Majest lui proposa en chemin
de lui donner un htel et un train; mais cela lui parut trop clatant;
elle l'en remercia fort civilement. Le Roi, en arrivant, dit  Madame
qu'il la prioit de considrer Mlle de La Valire comme une fille
qu'il aimoit plus que sa vie:--Oui, rpartit Madame, en souriant, je la
regarderai comme tant  vous. Le Roi parut mpriser cette raillerie,
et continua ses visites avec plus d'attache qu'auparavant. Il lui envoya
continuellement des prsents en la prsence de Madame. Le Roi donna  La
Valire le palais Brion[176], qu'il alla lui-mme voir meubler le plus
richement du monde, afin de la pouvoir entretenir sans tmoins[177].

Ce prince tomba malade  Versailles, et pendant cette maladie il rva
toujours  sa belle qui ne vouloit pas le voir, de crainte d'irriter son
mal; mais aprs qu'il n'y eut plus de danger  craindre, le duc de
Saint-Aignan, par l'ordre du Roi, l'alla qurir.--Hlas! dit-elle, en
entrant, d'un air le plus tendre du monde, la fortune me redonne encore
mon cher prince.--Oui, mon incomparable, lui rpartit le Roi, pour vous
aimer avec plus d'ardeur que jamais. Il lui montra les vers[178]
qu'elle lui avoit donns, qu'il portoit sur son coeur. En voici les
termes:

    Il est de fortes chanes et des sympathies,
    Qui d'un charme inconnu nos mes lient;
    Et nous attache tendrement  vous aimer,
    Par un revers secret qui ne se peut trouver.

Aprs la maladie du Roi[179], qui fut plus violente que longue, il n'y
eut point de femme  la Cour qui ne travaillt  lui donner de l'amour.
Madame de Chevreuse prsenta  Sa Majest madame de Luynes, qui toit la
plus belle femme du monde, mais de peu d'esprit, la duchesse de Soubise,
la princesse Palatine, madame de Soissons; mais le Roi en fit confidence
 La Valire et n'en fit que rire avec elle[180]. Toutefois elle
n'en prenoit point de jalousie, ce qui fcha notre amant et lui fit dire
 cette mignonne:--Ah! Mademoiselle, vous avez peu d'amour.--J'en ai
plus que vous ne croyez, Sire, rpliqua La Valire, et je me confie sur
la fidlit que vous m'avez jure. Mais le Roi ne se contenta pas de
ces paroles, et la chagrina pendant un mois. Elle souffrit avec
patience, mais un jour tant au bois de Vincennes, comme le Roi toit
aux genoux de La Valire, elle le traita avec la dernire indiffrence,
ce qui fcha notre Monarque sensiblement. Le lendemain le Roi vit le
marquis de Bellefonds[181]  qui il dit qu'il toit le plus heureux de
tous les hommes de n'aimer que la gloire.--Ah! Sire, rpartit le
Marquis, la gloire est plus difficile  servir qu'une matresse; je
voudrois que la nature m'et donn un coeur plus sensible  l'amour.
Le Roi soupira et ne lui rpondit rien[182].

Au mois de septembre[183], l'on publia dans Paris la paix entre la
France et l'Angleterre, avec les crmonies accoutumes, et les
tats-gnraux des Provinces-Unies faisoient la meilleure partie de ce
trait, de quoi leur ambassadeur  la Cour de France marqua beaucoup de
joie par un beau feu d'artifice qu'il fit tirer devant l'Htel-de-Ville.

La saison n'empcha pas que le Roi ne se dispost pour se mettre en
possession de la Franche-Comt qui lui appartenoit[184]; et pour
cet effet Sa Majest envoya le six de fvrier le prince de Cond devant
la ville de Besanon, capitale de cette province[185]. Les habitants
tmoignrent d'abord qu'ils vouloient bien se soumettre  Sa Majest, et
mme la recevoir, mais comme dans une ville impriale[186]. Nanmoins
ils se rendirent simplement  l'obissance du Roi.

Sa Majest ayant quitt le marquis de Bellefonds[187], le jour suivant,
vit mademoiselle de la Mothe[188] qui toit une beaut enjoue et fort
charmante, et beaucoup d'esprit,  qui il dit les choses les plus
galantes du monde. Ce prince soupira mme plusieurs fois en disant
 cette belle qu'il l'aimoit, et qu'il n'avoit pas encore vu une
personne si jolie.

La marchale de la Mothe[189] grondoit sa fille de ne pas rpondre  la
passion du Roi; mais cette aimable enfant, qui avoit une secrte attache
pour monsieur de Richelieu, faisoit qu'elle voyoit sans plaisir la
tendresse du Roi, ce qui affligeoit notre Monarque, car il trouvoit
cette jeune beaut tout adorable.

Un jour[190] que toutes les amies de mademoiselle de la Mothe s'toient
retires, et que Sa Majest toit seule avec notre incomparable, le Roi
se jeta  ses genoux, et lui dit d'un air tout de feu qu'il toit le
plus infortun de tous les hommes d'aimer sans retour.--Ah! je vois
bien, continua ce prince, ma belle, que vous ne sentez rien pour moi!
La pudeur de cette jolie enfant l'empcha de rpondre au Roi qui la
quitta, et qui fut chez La Valire, o ce prince rvoit et lisoit[191],
et sortoit quelquefois sans lui parler. Il n'y eut que monsieur de Bussy
qui lui dit que ce n'toit qu'un dpit amoureux, et que ce Dieu
prendroit bientt le soin de mettre d'accord nos illustres amants. Enfin
ce malade amoureux pria son confident d'aller trouver sa matresse et de
lui faire un fidle rapport de ses peines.

Notre belle reut le marquis avec une mlancolie touchante, et lui dit
que le caprice du Roi l'avoit afflige, et qu'elle n'toit pas d'humeur
 lui demander pardon d'un mal qu'elle n'avoit point fait; que ce
n'toit pas  cause qu'il toit son prince qu'elle avoit pris le soin de
lui plaire, et que pour un autre, elle en auroit fait autant, si elle
l'avoit aim[192]. Le duc de Saint-Aignan qui arriva rompit la
conversation, en prsentant  cette charmante mignonne un sonnet que le
Roi avoit fait et qu'il lui envoyoit. En voici les expressions:

    A MON INCOMPARABLE.
    SONNET.

    Perc de mille coups par une main cruelle,
    Je suis au dsespoir, car dans tout mon tourment,
    Je ne puis recevoir aucun soulagement,
    Que de celle qui rend ma blessure mortelle.

    Si le mal que me fait endurer cette belle,
    Souffroit que [je] la visse en homme indiffrent,
    Que je serois heureux! mais mon coeur me dment,
    Et veut contre mon gr que je lui sois fidle.

    Hlas jusques  quand, poussant votre fiert,
    Joindrez-vous le mpris avec la duret?
    Si pour vous aimer trop, et si par complaisance,

    J'ai desservi [pour vous] tous mes meilleurs amis,
    Voulez-vous me har pour en tirer vengeance?
    Ah! vous puniriez trop le mal que j'ai commis.

Quand La Valire eut vu ces vers, qu'elle les eut baiss plusieurs fois,
comme venant de son prince, elle partit avec madame de Montausier[193]
pour faire visite au Roi, qui parut si charm en voyant cette belle
qu'il lui demanda mille pardons, et l'embrassa passionnment; il lui dit
plusieurs fois: Hlas! mon adorable! si vous n'avez piti de moi, je
serai le plus misrable de tous les hommes. Que je vous aime, et que
vous aviez tort de me marquer de l'indiffrence! Cette visite se passa
avec toutes les expressions de tendresse que l'amour peut faire. Le
lendemain, Sa Majest fut se promener dans les jardins de Saint-Cloud
avec La Valire, et madame d'Angoulme[194], o notre Monarque, qui
toit de bonne humeur, parut le plus galant et le plus spirituel du
monde. La Valire, qui toit dans une tristesse extrme, ne pouvoit
prendre grande part  l'enjouement du Roi qui lui demanda le sujet de sa
mlancolie.--Quoi! mon cher prince, rpartit notre incomparable,
croyez-vous que je n'apprhende pas que Votre Majest ne se lasse de
m'aimer, en voyant comme je change tous les jours. Je ne trouve
plus en moi d'attraits assez puissants pour vous attacher un
moment.--Ah! lui rpliqua le Roi, avec une passion extrme, ma belle
enfant! je ne trouverai jamais une personne si aimable que vous, et qui
possde un esprit si distingu. Ce sont ces divins appas qui ont su me
charmer, et qui font que, dans les dserts solitaires et sauvages, l'on
trouveroit des plaisirs charmants. Vous outragez un prince qui vous
adore, et qui fait voeu de vous aimer toute sa vie.--Hlas! mon
illustre prince, lui rpondit La Valire, d'un air languissant, je n'ai
point de termes assez forts pour vous marquer les obligations infinies
que je vous ai. Je vous dirai sincrement que ce n'est point l'clat de
votre couronne, ni le brillant de votre sceptre qui vous a donn la
possession de mon coeur. Croyez, continua cette mignonne, en regardant
le Roi tendrement, que vous n'tes que trop aimable, sans le secours des
trnes, et que les bornes de ma flicit seront celles de vous plaire.

Le Roi[195] ayant embrass les genoux de sa matresse fut avec elle chez
madame la Princesse[196], o il y avoit une bonne partie des dames
de la Cour, et un grand nombre de seigneurs. La duchesse de Mazarin[197]
y dit des choses de si bonne foi  M. de Roquelaure[198] que le prince
de Courtenay[199] qui en toit amoureux en rougit. Le Roi s'en aperut
qui se leva, en riant, d'auprs le prince de Conti, et dit 
mademoiselle de La Valire mille choses malicieuses touchant le sujet de
la duchesse.

Le jour suivant[200] madame de Crqui[201] alla trouver Madame, un jour
qu'elle lui avoit marqu pour leur partie de Saint-Cloud, o elles
parlrent de leurs amours. La duchesse de Crqui soupiroit en secret
pour M. le cardinal Lgat[202], et Madame pour le comte de Guiche[203].
Notre Monarque, quelque temps aprs faisant faire la revue  ses troupes
 Vincennes devant MM. les ambassadeurs d'Angleterre, vit passer le
carrosse de La Valire; il s'avana au galop et fut plus d'une heure la
tte nue  la portire; mais voyant passer ensuite le carrosse des
Reines, Sa Majest leur fit une grande rvrence, ce qui fcha nos
princesses et les fit souvenir de la pice que le Roi leur avoit faite 
Versailles, au retour de la chasse, comme il pleuvoit, ayant couvert de
son chapeau la tte de La Valire pendant qu'elle se mouilloit.

Madame au retour de Saint-Cloud[204], monta dans son cabinet, avec la
duchesse de Crqui, o elle lui montra plusieurs vers fort jolis que le
comte de Guiche faisoit, quand il ne la voyoit pas, et que sa Muse lui
inspiroit par le chemin, en venant  Saint-Cloud, avec son rival le
marquis.....

    DE LA SOLITUDE DES RIEUX.

          Quittons l'embarras de ces lieux,
    O l'on ne gote point de volupt solide;
          Marquis, malgr les envieux,
          Allons o notre amour nous guide.
          Retirons-nous dans ces forts,
          O notre divine Princesse
          Fait briller ses charmants attraits.
        Prvalons-nous du favorable accs
          De la bont de Son Altesse.
          Notre amour, quoique tmraire,
    Y trouvera de quoi remplir tous ses souhaits,
        Et s'il se peut, de ce lieu solitaire,
          Cher ami ne sortons jamais.
    Loin du bruit importun du monde de la ville,
          Le coeur et les esprits contents,
          Dans un repos doux et tranquille,
        Nous goterons des plaisirs fort charmants.
        Nos yeux seront satisfaits de la vue
    De cet objet qui fait notre souverain bien.
          Nos oreilles seront mues
          Des charmes de son entretien,
          Et nous louerons sans retenue
        De ses beaux yeux la force non connue,
          Qui lie ton coeur et le mien,
          Voit-on de bonheur prfrable,
    Cher marquis,  celui de vivre sous les lois
          D'une personne tant aimable?
          Les biens des Princes et des Rois
          N'ont rien qui soit plus agrable.
          L'clat de leur condition
          Ne nous fasse jamais d'envie,
          Et bornons notre ambition
          A l'aimer toute notre vie!

La mort de Madame[205] troubla tous les plaisirs de la Cour par un
triste deuil. Cependant notre Monarque ne laissoit pas d'tre tous les
jours avec madame de Montespan[206],  qui il donnoit mille marques de
sa tendresse; mais, l'amour qui fait consister son unique flicit 
courir de belle en belle, prit le soin de prsenter une autre conqute
au Roi; ce fut mademoiselle de Fontanges[207] jeune et belle, dont
toutes les manires toient si engageantes que la plus indiffrente
charmoit le coeur. Le Roi prenoit un plaisir extrme de l'entendre
parler, et se formoit des ides ravissantes du bonheur qu'il auroit s'il
toit aim de cette aimable mignonne, qu'il voyoit tous les jours chez
la Reine ou chez Madame, et plus il la regardoit et plus ce prince
en devenoit amoureux. Il fit confidence au duc de Saint-Aignan sur le
moyen d'entretenir seul la personne qui l'occupoit si tendrement. Le duc
fut ravi de l'amiti que son prince lui faisoit, et chercha avec
empressement l'occasion de lui faire voir mademoiselle de Fontanges, qui
devoit se trouver le lendemain aux Tuileries avec madame de Maure[208].

Notre Monarque, qui s'toit mis ce jour-l convenablement, eut une
conversation particulire avec son aimable matresse, o ses regards lui
apprirent qu'il n'toit pas loign du bien charmant qui l'attendoit. Ce
fut avec tant de modestie que cette incomparable dit au Roi qu'elle
n'toit pas insensible  tout ce qu'il sentoit pour elle, qu' la sortie
des Tuileries, le marquis de Louvois vint au-devant de Sa Majest pour
lui communiquer quelque affaire. Notre passionn prince lui dit, en
parlant de mademoiselle de Fontanges, qu'il n'avoit jamais vu une fille
si fire et dont la vertu ft si grande. Le marquis rpartit au Roi
qu'il croyoit qu'une fille avoit de la peine  conserver sa fiert avec
un prince comme lui.

Le jour suivant Sa Majest donna tous les divertissements ordinaires 
toutes les dames de la Cour, o mademoiselle de Fontanges parut avec
tous ses charmes adorables. Le Roi, qui toit le plus amoureux de tous
les hommes, fut toujours  ses pieds, d'un air  faire connotre
qu'il n'toit plus  lui: ce qui donna beaucoup de jalousie  toutes nos
belles, qui croyoient mriter l'encens de notre Monarque. Le jour qui
suivit ce divertissement fut une partie de chasse, o notre adorable
toit vtue d'un juste-au-corps en broderie, et sa coiffure toit faite
de plumes vertes qui lui tomboient sur le visage et qui lui donnoient un
air charmant. La crainte qu'avoit son amant qu'il n'arrivt quelque
malheur dans la course  cette aimable chasseresse, l'obligea de
demeurer toujours  ct d'elle. Aprs que l'on eut couru le cerf, Sa
Majest descendit de cheval avec sa chre mignonne, et la mena promener
dans la sombreur[209] de la fort, imitant les dieux champtres qui
n'avoient point de lieu plus propre pour l'exercice de leur amour que
les antres et les bois.

L'on ne peut passer sous silence[210] l'action hardie des Franois dans
une sortie qu'ils firent sur les Turcs aussitt qu'ils furent arrivs au
sige de Candie[211]. Quoique les assigs fussent prpars  les
recevoir, en ayant t avertis par une sentinelle qui s'toit jete dans
le camp le jour prcdent, les Franois nanmoins qui avoient 
leur tte le comte de Saint-Paul[212], les ducs de Chteau-Thierry[213]
et de Roannez[214], donnrent avec tant de vigueur et de courage qu'ils
se rendirent matres de quatre redoutes de ces infidles; ce qui ne
s'excuta pas sans qu'il en coutt la vie  beaucoup des ntres; mais
les ennemis connurent que s'ils avoient toujours eu  combattre notre
nation, ils n'auroient peut-tre pas fait tant de progrs dans l'le de
Candie. Ce n'est pas que les Vnitiens ne se dfendirent en braves gens;
mais il faut aussi convenir que le grand nombre des ennemis qui les
attaquoient ne leur donnoit pas la facilit de se dfendre, comme ils
l'auroient souhait. Les Turcs furent surpris de voir que trois cents
hommes, en quoi consistoient les Franois, en attaquoient plus de trois
mille avantageusement retranchs, et que mme ils les forcrent dans
leurs retranchements; mais leur nombre n'toit pas suffisant pour faire
un progrs assez considrable, afin de remettre les affaires des
Vnitiens qui toient en mauvais tat. Le sige de Candie toit
trop avanc, et les ennemis s'toient rendus matres d'un trop grand
nombre de places pour esprer que, sans un trs-puissant secours, on pt
empcher qu'elle ne ft entirement rduite sous leur puissance.

Revenons  mademoiselle de Fontanges que nous avons laisse dans la
fort avec le Roi goter  longs traits les plaisirs de la solitude.
L'on peut dire que notre prince n'a fait jamais parotre tant d'ardeur
et d'amour qu'il le fit ce jour  cette belle nymphe au retour de la
chasse. Mademoiselle de Fontanges qui tomba malade affligea le Roi et
toute la Cour sensiblement. Sa Majest toit dans une tristesse
inconcevable. Les douleurs de son amante l'agitoient mortellement. Il
craignoit toujours de perdre ce qui lui paroissoit le plus cher au
monde; et, quoique ce prince connt que ses maux ne seroient pas de
dure, il y parut nanmoins fort sensible, comme si le mal et t
dangereux. Il ne la quitta point, agissant auprs d'elle comme le plus
passionn des amants. Les peines de cette belle mignonne le mirent dans
un abattement extraordinaire, et lui firent dire  la comtesse de
Maure[215] d'un air tout pntr de douleur:--Hlas, Madame, je
prfrerois le bonheur de revoir en sant cette aimable enfant au prix
de ma couronne. Le Roi disoit ces tendres paroles les larmes aux yeux.

Notre belle malade ayant connu l'amour violent de notre Monarque, le
regarda d'une manire languissante et lui dit en soupirant:--Ah!
mon cher prince, pourquoi faut-il que les plaisirs soient accompagns de
suites si fcheuses? mais cependant j'en aimerai la cause tant que je
vivrai. Ces termes si doux et si touchants, eurent tant de pouvoir sur
le coeur du Roi, qu'il se jeta sur le lit de sa charmante, et
l'embrassa tendrement, lui jurant que jamais il m'aimeroit d'autre
qu'elle, et que sa passion seroit ternelle. Mademoiselle de Fontanges
se trouvant mieux, reut plusieurs visites; jamais reste de journe n'a
t si bien employ que fut celui-l, on y parla de nouvelles galantes,
et des pices d'esprit qui toient les plus jolies. Toutes les dames
firent tous leurs efforts pour divertir la matresse du Roi, qui les en
remercia avec des expressions fort engageantes. La duchesse de Crqui,
qui avoit t de la chasse, tira de sa poche des vers, et en fit la
lecture[216].

    Hlas! qu'il est bien vrai, que ce qu'on doit aimer,
    Aussitt qu'on le voit, rien ne nous peut charmer,
    Et qu'un premier moment fait natre dans nos mes
    Mille doux mouvements tous passionns et tendres.

Notre Monarque prit ces vers des mains de la duchesse, quand elle les
eut lus, et les fit voir  sa belle, qui s'en fit une application fort
dlicate, dans la premire connoissance qu'elle avoit eue du Roi,
l'ayant aim ds le prcieux moment que Sa Majest parut  ses
yeux.--Ce jour si fortun, disoit souvent cette aimable  notre
prince, est le plus beau de tous mes jours et le plus heureux, et la
charmante ide que je m'en fais me donne des plaisirs ravissants.

Le cercle tant fini, chacun se retira chez soi,  la rserve de nos
illustres amants, qui ne s'appliqurent plus qu' passer agrablement le
temps,  se donner les tmoignages les plus tendres et les plus sincres
de leurs amours[217]. L'on peut dire que le Roi n'en a jamais marqu
davantage que pour cette adorable mignonne. Il ne peut pas tre plus
ardent, et le retour avec lequel cette aimable lui tmoignoit le sien,
ne pouvoit pas tre plus passionn. Elle le fit parotre, lorsqu'tant 
Paris, elle apprit de Saint-Germain que le Roi qui va souvent  la
chasse avoit couru grand danger dans la poursuite d'un sanglier, que son
cheval avoit t bless par cette bte, et que sans une force et une
adresse distingues, Sa Majest auroit eu de la peine  se retirer du
pril. La nouvelle en fut apporte  mademoiselle de Fontanges par un
gentilhomme de madame la princesse d'Epinoy[218], qui toit elle-mme de
la partie. Notre incomparable en fut aussi touche, comme si le mal lui
toit arriv. Elle tomba dans une tristesse accablante, qui lui dura
longtemps, car elle ne pouvoit effacer de son esprit une ide si fatale
et qui avoit fait tant de peur  son amour; mais ayant un peu rassur sa
tendre frayeur, voici ce qu'elle crivit  Sa Majest:

    _Je n'ai point, mon illustre prince, de termes assez
    pathtiques ni assez passionns pour vous marquer mon
    inquitude, et les tendres motions qui agitent mon coeur. Je
    tremble encore quand je songe au malheur que mon cher prince a
    vit. Si vous m'aimez autant comme je le crois, vous avez
    beaucoup d'intrt  conserver votre vie, puisque la mienne en
    dpend[219]._

Le Roi lut ce billet avec des transports de plaisir qu'il seroit
difficile d'exprimer. Sa Majest baisa mille fois ce joli billet, et ne
diffra point  lui envoyer ce qui suit:

    _Ah! qu'il est doux, ma mignonne, d'tre aim d'une personne
    aussi charmante que vous. Ne craignez pas, le danger est pass.
    Je ne veux plus prsentement me conserver que pour vous seule.
    Je pars dans ce moment pour vous dire combien je vous aime.

    Ah! que le souvenir en est aimable, possdant un coeur aussi
    prcieux que le vtre._

Notre invincible Monarque suivit de bien prs cette lettre, et partit de
Versailles dans le dessein d'aller assurer sa jolie matresse de sa
passion ordinaire.--Que je suis heureuse, mon aimable prince! lui dit
cette belle, en le voyant, d'un air le plus engageant du monde, de vous
voir de retour! Ah! que l'absence de ce qu'on aime est une chose
difficile  supporter!--Je le sais bien, ma chre, lui rpondit le Roi,
en la serrant tendrement dans ses bras, que de tous les supplices les
plus cruels, l'loignement de ce que l'on chrit est le plus sensible.

Quand le Roi eut marqu  mademoiselle de Fontanges la joie qu'il avoit
de la revoir, ils partirent pour Versailles. Ce fut dans ces doux
moments, que cette charmante enfant obtint de notre Monarque la grce
qui lui avoit inutilement t demande par la bouche de plus d'un
prince. Il lui accorda une pension considrable en faveur d'une
demoiselle de ses amies, et l'abbaye de Chelles[220] dont sa soeur a
t pourvue, fut encore un effet de sa libralit. Hlas! nous pouvons
bien dire que nous n'avons plus rien de cher, quand notre coeur n'est
plus  nous, et nous servir de la pense d'Aristote qui dit que la
personne que nous aimons est un autre nous-mme.

    Mon coeur a chang de sjour,
    O je suis je ne crois pas tre;
    O l'on ne me voit point parotre,
    Je m'y trouve par mon amour[221].

Cette nouvelle abbesse fut bnite avec une magnificence extraordinaire.
Il ne manqua rien  la crmonie, tant la soeur de la matresse du
Roi. Aussi fut-elle honore d'un grand nombre d'vques. Toute la Cour y
assista, et mademoiselle de Fontanges y parut avec tous les charmes
distingus qui lui attirent les regards de tous les spectateurs.

Comme les bois et la solitude assaisonnent souvent les plaisirs que l'on
trouveroit fades dans les grandes villes, notre Monarque ne passa pas
longtemps  Paris sans retourner  Versailles, sjour si rempli
d'enchantements et si propre  inspirer les passions. Toute la Cour
partit pour ce lieu ravissant et dlicieux. Le Roi y renouvela tous les
divertissements qui avoient t interrompus par son absence. L'on fut 
la chasse tous les jours, et les dames qui accompagnent d'ordinaire Sa
Majest dans cet exercice y parurent infatigables. La sant de la belle
mignonne de notre prince lui toit trop chre, pour qu'il lui permt de
s'engager comme les autres dans la course. Elle en eut le plaisir, sans
se mettre au hasard, et vit de son carrosse tout ce qui pouvoit lui
donner quelque satisfaction. La chasse finie, Sa Majest descendit de
cheval et prit place auprs de sa charmante et la conduisit dans son
appartement. Cette jolie chasseresse toit dans la plus belle humeur du
monde. Elle dit mille galanteries  son amant sur le divertissement
qu'une de la troupe avoit donn en tombant de cheval. Le Roi rioit sans
retenue, particulirement quand elle lui dit que cette chute devoit tre
fort sensible  cette aimable Diane, ne s'tant pas pourvue de
caleons[222]. Cela donna occasion  mademoiselle de Bonnifasse[223],
fille d'honneur de Madame[224] de dire qu'elle mourroit de chagrin
si ce malheur lui toit arriv.--Je me rserve, continua-t-elle, pour
des plaisirs plus tranquilles et qui donnent moins de peine. Madame qui
toit prsente, et qui aime passionnment la chasse, lui dit en la
regardant: Je vois bien, ma chre, que les plaisirs de la chasse
troublent votre imagination. Madame la Dauphine[225] fit changer la
conversation en parlant du bal que Sa Majest devoit donner le
lendemain. Ce fut un des plus beaux de tous ceux qui ont jamais paru.
Tout y toit charmant et magnifique. Le Roi y dansa avec son adresse
ordinaire. Mais ce qui surprit le plus, ce fut qu'il prit deux ou trois
fois une jeune demoiselle fort aimable et qui dansoit admirablement
bien. Sa Majest ne put se dfendre du mrite de cette demoiselle, et
lui dit plusieurs galanteries fort obligeantes, dont elle se tira avec
une modestie toute charmante. Le Roi soupira souvent auprs d'elle, et
lui dit[226] d'un air tendre et passionn, qu'il toit malheureux
d'avoir le coeur si susceptible aux attraits des belles.--Hlas!
Sire, rpartit cette jolie personne, un Roi comme vous peut-il
soupirer?--Oui, Mademoiselle, rpliqua notre prince, en la regardant
tendrement; l'amour ne met point de diffrence entre le sceptre et la
houlette. Un Roi languit aussi bien sous son empire qu'un berger. Ne
croyez pas, ma belle, continua ce prince, que c'est le pouvoir d'un
monarque qui fait son bonheur. Une douce sympathie qui lie nos coeurs
fait les dlices des amours.

Cet entretien qui commenoit  chauffer le Roi, fut rompu par
monseigneur le Dauphin qui s'approcha de Sa Majest pour lui confrer de
quelque affaire.

Le lendemain notre Monarque fut au lever de son illustre matresse,
qu'il trouva dans une mlancolie touchante. Il lui marqua bien du
chagrin de la voir dans cet tat, et lui demanda, d'une manire toute
passionne, quel en toit le sujet. Ah! Sire, dit la belle, en
soupirant, si vous tiez moins aimable, on n'auroit pas tant de
tristesse! Sa Majest connut aussitt que c'toit la jalousie qui lui
donnoit cette langueur. Il n'en fut pas fch, car ce prince veut tre
aim, quand il aime, et il n'y a rien qui l'engage si fortement que ces
sortes de craintes. Il apprit en mme temps de cette jolie mignonne que
ce qui s'toit pass au bal l'avoit afflige sensiblement, que c'toit
la seule cause de sa douleur.--Eh! quoi, ma belle enfant, rpondit le
Roi, en se jetant  ses genoux, est-il possible que vous connoissiez si
mal les sentiments de mon coeur? Je vous aime mille fois plus que moi,
et vous outragez mon amour par vos injustes penses.--Quel plaisir
charmant, rpartit cette jolie enfant, n'ai-je point got, et
qu'il est doux d'entendre d'un prince si aimable des paroles si tendres
et si engageantes. Mais, hlas! qu'il est difficile de vous aimer sans
crainte et sans inquitude. Non, je ne puis possder un coeur d'un
prix aussi rare que le vtre, sans en apprhender la perte. Enfin aprs
des termes si touchants, notre amoureux Monarque embrassa cette
charmante, et lui jura une fidlit d'une tendue infinie, et qui seroit
toujours gale[227].

[228]Le Roi et toute la Cour partit de Saint-Germain au commencement du
mois de mai, pour le voyage de Flandre. Le dessein de Sa Majest toit
de visiter toutes les conqutes qu'elle avoit faites les annes
prcdentes, et elle s'en retourna aprs avoir pass par Oudenarde,
Courtrai, Lille, Dunkerque et Graveline. La prsence de Sa Majest, qui
n'toit pas attendue en ces endroits, alarma beaucoup ses ennemis; mais
leur crainte fut bientt dissipe par l'assurance qu'il leur donna de ne
vouloir faire aucune entreprise contre eux. Madame qui avoit laiss la
Cour  Lille, en partit pour aller en Angleterre. Le dsir que cette
princesse avoit de voir le Roi de la Grande-Bretagne, son frre, fut le
prtexte de son voyage. Il sembloit que Madame pressentoit qu'il n'y
avoit pas de temps  perdre pour donner  Charles second, son
frre, les dernires preuves de son amiti, puisqu'elle mourut peu de
mois aprs son retour de Londres en France.

Nous voyons ordinairement que les passions les plus violentes ne sont
pas toujours de longue dure, et qu'ayant leurs bornes, comme toutes les
autres choses du monde, il faut ncessairement les voir diminuer.
Cependant celle du Roi pour mademoiselle de Fontanges nous fait
connotre que le coeur de ce prince est au-dessus de la nature, et
qu'il peut donner des lois sans les suivre. Remarquons ses manires
tendres et empresses auprs de ce qu'il aime, et l'galit qu'il fait
parotre dans son amour, qui est aussi ardent aprs une conversation
d'une journe, comme s'il ne faisoit que de natre. Il est vrai que
l'esprit et la beaut de cette aimable personne servent beaucoup 
soutenir les foiblesses de l'amour qui n'aime qu' changer.

Le Roi ayant pass quelques semaines avec sa belle mignonne  lui donner
les dernires marques de sa tendresse, la laissa  Saint-Germain
respirer un peu la solitude. Cette charmante enfant se promenoit tous
les jours seule sous des alles de verdure, en faisant la revue de toute
la tendresse qu'elle sentoit pour le Roi; mais dans de certains moments,
son coeur paroissoit agit, et, quoique la passion de notre Monarque
et pour elle mille attraits et mille charmes, cette jolie bergre ne
laissoit pas de regretter sa libert et de faire entendre aux arbres
inanims les vers qui suivent:

    Que je gotois de bonheur dans l'indiffrence,
    Et de tranquilles plaisirs dans mon innocence!
        Ce bien ne me sera-t-il point rendu?
          Dans ces lieux doux, tout est paisible;
          Hlas! que ne m'est-il possible
        D'y trouver le repos que j'ai perdu!

Aprs que notre belle solitaire eut got la douceur de sa rverie, elle
retourna dans sa chambre, se trouvant fort abattue d'un grand mal de
tte et de coeur. Le Roi qui apprit l'indisposition de sa matresse,
revint promptement auprs d'elle, mais sa maladie parut si violente
qu'elle dsola ce prince. La duchesse de Crqui[229] et la comtesse de
Maure[230] toient jour et nuit occupes  rendre plusieurs services 
notre malade infortune. Le Roi versoit des larmes continuelles et il
s'affligeoit mortellement dans la perte sensible qu'il alloit faire;
mais la mort qui n'coute ni les soupirs ni les plaintes et qui suit
l'ordre qu'elle reoit, ravit les plus charmantes dlices de notre
prince d'entre ses bras[231].

Jamais coup n'a paru si rude que fut cette cruelle sparation. Sa
Majest ne pouvoit se consoler en aucune manire, et l'aimable ide de
sa belle lui revenoit toujours dans l'esprit. Aprs les funrailles de
mademoiselle de Fontanges, qui furent magnifiques, et dans un grand
clat  Saint-Denis[232], le Roi fut fort longtemps sans sortir et
mme sans voir beaucoup de lumire, se voulant priver de la beaut du
jour et du soleil, comme si cet astre avoit contribu  la douleur qu'il
ressentoit.

Nous lisons dans l'histoire de France que Henry III, aprs la mort de la
princesse de Cond, passa trois jours et trois nuits enferm dans une
chambre sans manger ni boire. Ce prince toit si pntr de ses peines
qu'il ne vouloit voir que des visages tristes et des lieux sombres. Il
portoit sur ses rubans de petites ttes de mort qu'il faisoit broder
exprs, et qui marquoient la mlancolie de son coeur.

Le Roi ayant perdu mademoiselle de Fontanges demeura quelque temps dans
un chagrin inconcevable; mais madame de Maintenon[233], qui a toujours
pris un soin singulier de la sant de notre Monarque, tcha par la plus
belle morale du monde de lui faire connotre que tout passe dans cet
Univers, et que les plaisirs ne peuvent durer toujours; qu'il se trouve
mme une varit perptuelle dans les choses les plus solides, et que
les faux brillants qui accompagnent les honneurs de notre sicle ne sont
que des ombres qui se dissipent en un moment.--Ah! Madame, s'cria le
Roi tout charm d'un raisonnement si sublime, que je suis heureux de
trouver en vous des consolations qui adoucissent l'amertume o je suis!
Je bnis le jour fortun auquel j'eus le bien de vous connotre, et
j'en rends grces incessamment au Ciel.--Ah! Sire, rpondit la marquise,
le souvenir charmant du prcieux moment o j'ai eu le bonheur de vous
plaire m'est quelque chose de si doux que la seule ide fait tout le
plaisir de ma vie. J'ambitionnerai journellement  vous procurer quelque
satisfaction; c'est en quoi je fais consister ma plus grande
joie.--Madame, rpartit notre prince, des offres si engageantes, venant
d'une personne comme vous, ne se refusent jamais: vos manires sont trop
aimables et trop spirituelles pour ne faire pas d'impression.--Hlas!
Sire, rpliqua madame de Maintenon, que l'encens est d'une odeur
ravissante, quand il vient d'un prince comme vous! L'on se sent de la
vanit en respirant vos douceurs. Le Roi alloit parler quand le duc
d'Orlans et le comte de Lauzun entrrent qui firent changer de
conversation  nos illustres amants.

Comme la paix donnoit quelque relche aux grands soins que notre
invincible Monarque prenoit de son Etat, Sa Majest pour calmer ses
ennuis fit une partie de promenade avec la marquise de Maintenon, 
Chantilly[234] o toute la Cour se trouva avec une magnificence
surprenante. Le Roi tant all sur le soir dans le jardin trouva un
berceau de feuillages orn de festons de fleurs qui rendoient ce lieu
charmant. Trente lustres y jetoient tant de clarts qu'elles
produisoient un vritable jour. Du milieu de ces agrables
feuillages sortoit un jet d'eau qui faisoit un murmure touchant. Aprs
que le souper fut servi, qui fut accompagn de voix et d'instruments,
les plus aimables du monde, le souper tant fini, on eut le
divertissement d'un beau feu d'artifice, qui termina tous les plaisirs
de cette belle journe. Le lendemain, Sa Majest avec toutes les dames
furent sur la rivire dans de petits bateaux faits d'une politesse
extraordinaire, tirs par des dauphins et par des amours qui jetoient
des filets dans l'eau pour pcher[235]. Les jours suivants furent
occups  la promenade,  la chasse et  tout ce qui peut charmer les
sens.

Le Roi, qui employoit la plus considrable partie de son temps dans ce
qui pouvoit contribuer  sa gloire, ou  l'utilit de ses peuples, peu
de jours aprs ce rgal, alla  Dunkerque[236] visiter les nouveaux
travaux qu'il y faisoit faire, et Sa Majest vouloit tre prsente 
tous ces ouvrages, afin de les rendre parfaits, et aussi pour donner
courage  ceux qui y toient employs. L'on peut dire sans hyperbole
qu'ils surpassent l'imagination, et que les fortifications de
Dunkerque[237] sont dignes de l'admiration du sicle prsent et de
ceux qui sont  venir.

Le Roi, qui vouloit voir toutes les entreprises qui se faisoient, se mit
en marche, et le vingt-huit il dtacha de son arme le vicomte de
Turenne avec trois mille chevaux pour aller investir Burich[238] dans le
temps que le prince de Cond assigeoit Vezel, ce qui fut aussitt
excut par l'un et par l'autre de ces lieutenants-gnraux, avec toute
la diligence possible. Au retour de l'arme, Sa Majest tomba malade
d'une fivre lente qui lui dura longtemps. Les mdecins disoient que
cette maladie ne pouvoit venir que de mlancolie.

Mademoiselle de La Valire, qui s'toit retire aux Carmlites par une
sage prvoyance, ayant pressenti, longtemps avant que le Roi la quittt,
qu'elle ne pouvoit plus plaire  Sa Majest et que ses charmes
diminuoient de jour en jour, fut ravie[239] d'apprendre la mort de sa
rivale. Jamais nouvelle ne lui donna plus de plaisir que celle-l, et
quoique cette soeur dolente ne possdt plus le coeur de son amant,
elle ne pouvoit souffrir qu'avec une douleur mortelle, que le Roi en
aimt d'autres. La jalousie l'accompagnoit presque dans le fond de
son monastre, o elle avoit tout le temps de rflchir sur tous les
heureux moments qu'elle avoit passs avec notre Monarque. Ces douces
penses de plaisir nourrissoient l'amour et la tendresse qu'elle sentoit
pour son prince, qui, de son ct, ne songeoit  elle que fort
foiblement, ayant l'ide toute remplie de la belle personne que le sort
lui avoit tire d'entre les bras. Madame de Montespan, que le Roi voyoit
encore quelquefois, ne reut pas moins de joie[240] que La Valire du
malheur de mademoiselle de Fontanges, se trouvant en quelque faon
venge du tort que l'amour lui avoit fait d'avoir mis une autre  sa
place.

Le Roi qui est clairvoyant sur toutes choses, vit trs-bien la joie de
madame de Montespan. Ce prince lui en sut peu de gr, et lui dit comme
il toit avec elle, dans son cabinet:--Ah! Madame, je suis surpris du
peu de part que vous prenez  ce qui me touche. J'aurois cru avoir rendu
votre coeur plus sensible.--Hlas! Sire, rpondit madame de Montespan,
d'un air tendre, ce n'est que pour avoir trop de sensibilit pour vous
que j'ai senti du plaisir de la mort de ma rivale. Vous savez qu'un
amour dlicat est toujours suivi de jalousie, et que, quand on aime
tendrement, l'on ne peut souffrir de partage.--Il est vrai, Madame,
rpliqua le Roi, que j'aime les femmes qui ont ce discernement; c'est le
vritable caractre d'un sincre amour. Mais vous savez que j'ai eu
toujours pour vous des sentiments distingus et suffisants, pour vous
faire ce qui pourroit me plaire.

Madame de Montespan avoit envie de soutenir encore la conversation,
quand le Roi la quitta avec assez d'indiffrence, ce qui l'affligea
sensiblement; car comme elle aime la gloire et l'clat, la tendresse
d'un prince comme le ntre faisoit le plus grand bonheur de sa vie.
Cette dame songea donc aux moyens de faire renatre la passion de son
amant, qui toit mourante, et prte  jeter les derniers soupirs. Elle
employa pour cet effet tout ce que l'art a pu imaginer de plus aimable;
et comme la nature n'a point t avare  donner des beauts  cette
belle, il lui toit facile de parotre charmante.

Un jour qu'elle attendoit Sa Majest en dshabill de couleur de rose,
et qu'elle toit plus jolie qu' son ordinaire, comme elle rvoit
profondment dans sa chambre, et que ses yeux se baignoient de larmes,
le Roi arriva dans ce triste moment, et lui demanda pourquoi elle
pleuroit:--Hlas! Sire, rpartit cette belle afflige, je vous aimerai
toujours, et vous ne m'aimez plus. Ah! que mes sentiments sont opposs
aux vtres! L'amour, de qui dpend toute ma flicit, que ne vous a-t-il
donn la tendresse que j'ai, ou que n'ai-je en partage toute
l'indiffrence possible! Cette passionne amante disoit ces paroles
avec des manires si engageantes, qu'elle toucha le coeur du Roi, qui
lui dit en l'embrassant: J'ai le coeur, Madame, tendre et constant,
et je veux vous aimer toujours; mais lorsque la raison condamne ma
tendresse, je dois entendre ce qu'elle me dit, et renoncer  l'amour qui
trahit mes vertus. Ma gloire a des appas qui triomphent de tout. Vous
saurez, Madame, qu'un engagement plus long qu'il ne peut tre est
ordinairement suivi de la froideur.--Je ne le reconnois que trop, Sire,
interrompit madame de Montespan, en rpandant un torrent de pleurs, que
votre coeur n'est plus que de glace pour moi. C'est en quoi j'accuse
souvent mon infortune, me trouvant la plus malheureuse de toutes celles
qui respirent le jour. Ah! qu'il est dangereux de vous connotre et
difficile de vous oublier!

Le comte de Lauzun qui entra brusquement fit changer de discours  nos
amants. Notre Monarque demanda au comte d'o il venoit.--Vous le savez,
Sire, rpondit Lauzun, en riant.--Il est vrai, dit le Roi, que je sais
le lieu charmant o l'amour vous guide: comment se porte ma cousine[241]
depuis hier? Admirablement bien, Sire, rpondit notre amoureux comte,
avec un transport de joie inconcevable, j'ai eu le bonheur
d'entretenir Son Altesse royale toute la matine. C'est la plus adorable
princesse qui ait jamais t au monde. Ah! quel bonheur, continua le
comte de Lauzun, d'un air tout passionn, si un mortel avoit quelque
part  son souvenir! Ce seroit la plus grande flicit o il pourroit
aspirer.--Je vois bien, comte, dit notre Monarque en riant, que tu ne
serois pas fch que ma cousine de Montpensier et un peu de sensibilit
pour toi. Pousse ta fortune[242], je te promets de te servir
partout.--Ah! Sire, rpartit le comte, avec un profond respect, je sais
trop ce que je dois  mon Roi pour avoir des penses si hardies: je me
fais seulement une ide toute charmante du plaisir qu'un prince auroit
de possder une personne aussi engageante que Mademoiselle, s'il toit
n digne de Son Altesse royale.

Le Roi qui se leva interrompit le comte qui fut avec Sa Majest au
Louvre, et qui l'entretint longtemps sur plusieurs affaires diffrentes,
qui firent passer d'agrables moments  notre prince; et comme le comte
de Lauzun a l'esprit fort enjou et fort galant il a le don de plaire au
Roi plus qu'aucune personne de la Cour. Pendant que Sa Majest toit
absente, madame de Montespan, ayant essuy ses beaux yeux qui toient
baigns de larmes, prit une plume et fit ces vers, o elle
reprochoit au Roi son changement. Les voici qui suivent:

    Quand vous commenciez  m'aimer,
    Vous ne pouviez pas me quitter,
    Sans vous faire une peine extrme.
    Le souvenir en fait ma gne
    Et le sujet de mon tourment.
    Pourquoi m'aimer si tendrement?
    Vous savez trs-bien comme on aime;
    Mais, hlas! tes-vous le mme?

Madame de Montespan ayant fini sa posie, fut se promener au
Cours-la-Reine, o elle rencontra le Roi dans son carrosse, qui passa 
ct d'elle fort froidement et qui se contenta de lui faire une grande
rvrence. Notre belle toit dans ce moment au dsespoir de voir
l'indiffrence de son amant. Aprs avoir fait tout son possible, pour
allumer un feu qui vouloit absolument mourir, cette dame croyoit, aprs
la mort de mademoiselle de Fontanges que Sa Majest reviendroit  elle;
mais hlas! que les femmes qui sont galantes se trompent fortement dans
ces sortes d'esprances! Quand une fois l'amour a t au comble de son
bonheur, cette passion diminue de moment en moment, et ne se fait plus
connotre. Il ne reste plus que la rage et le chagrin  ces belles
courtisanes de n'tre plus aimes, et de dire souvent  leurs amants qui
rient d'elles: Vous m'aimiez autrefois et vous ne m'aimez plus. Ces
tristes ides me dsolent le coeur. Ah! qu'il est bien plus gnreux,
selon mon sentiment, de conserver toujours sa libert, quand on le peut,
que de la mettre dans un pril si dangereux! Les hommes voluptueux
disent ordinairement que le printemps d'une beaut passe comme une fleur
qui ne revient jamais, et qu'il faut aimer dans un si bel ge. Ce sont
des discours que l'amour-propre leur inspire, et non la raison et la
vertu qui est quelquefois loigne de leur coeur; mais demeurons
toujours dans les bornes de l'honntet, et ne nous laissons point
emporter au penchant rapide de nos inclinations. C'est le moyen le plus
sr de ne se repentir jamais de rien, et de vivre  l'abri des
inquitudes et des chagrins.

Revenons  notre Monarque, qui toit dans une douleur extrme, et qui,
ne pouvant oublier mademoiselle de Fontanges, fut pour passer ses ennuis
deux ou trois jours de suite chez M. le duc d'Orlans o il trouva un
grand nombre de dames de qualit et presque toute la Cour, qui toit
venue visiter Madame, qui avoit eu une lgre indisposition.

Le Roi qui vit entrer le prince de Turenne[243] lui demanda, en
souriant, s'il n'aimeroit jamais, et si sa malice seroit toujours gale
pour les femmes, en se faisant aimer et puis se rire d'elles.--Cette
manire ne me charmeroit point du tout, continua le Roi. Il faut de la
bonne foi avec les dames.--Ah! rpartit la duchesse de Gersay[244] qui
toit la plus belle personne du monde, qu'il est avantageux pour
notre sexe qu'un prince aussi aimable comme est le ntre, prenne
gnreusement le parti des pauvres femmes, que l'on outrage
sensiblement!--Madame, rpondit le Roi, si elles toient toutes faites
comme vous, il ne seroit pas besoin de les dfendre; mais sans
raillerie, il me souvient que M. de Guise perdit entirement sa
rputation auprs des femmes, pour des affaires de cette nature, et que,
quand il est mort, il n'et pas trouv une servante de la ville qui
l'et voulu croire.--Mais, Sire, rpliqua le prince de Turenne,
quelquefois l'on y est oblig par des motifs de conscience, et par les
conseils de son cur, qui dit assez souvent qu'il faut rompre les
attachements de la chair.--Ah! l'honnte homme, s'cria le Roi, en riant
de tout son coeur. Jamais il ne s'est vu une confidence si tendre et
qui mrite si bien la rmission de ses pchs; continuez toujours
de vivre dans ces nobles sentiments, vous aurez une augmentation de
gloire.

Le prince fit une trs-humble rvrence  Sa Majest, en la remerciant
de tout son encens; ce qui fut un sujet de plaisir  toute la compagnie.
Pendant le carnaval, toute la Cour travailla  faire diversion  la
mlancolie du Roi, qui paroissoit sans remde. La marquise de Maintenon,
qui savoit que Sa Majest aimoit la conversation de la comtesse du
Lude[245], tchoit par tous les moyens du monde de lui en procurer
le plaisir. Souvent que cette comtesse surprenoit le Roi dans sa
rverie, madame de Maintenon les laissoit tte  tte moraliser. L'on
peut dire que c'toit le fort de cette aimable femme, et qu'ayant
l'esprit aussi solide qu'elle l'avoit, rien n'toit si charmant que de
l'entendre parler.

Un aprs-dner, comme notre Monarque toit seul avec elle, Sa Majest
lui fit un portrait fidle de son chagrin, et ne le lui dguisa
aucunement.--Ah! Madame, s'cria ce prince, si vous saviez combien
la vie m'est importune, je ne fais rien qui ne me donne de la peine;
en de certains moments ma couronne m'est incommode.--Hlas! Sire,
rpondit la comtesse du Lude, l'ingalit qui se trouve dans la
vie fait natre en nous ces divers mouvements. Ce qui nous plat
aujourd'hui nous dplat en peu de jours. Notre humeur changeante ne
sauroit se comprendre.--Cependant, Madame, dit le Roi, l'on donne tant
d'encens  la raison,  la prudence: de quoi nous servent ces chimres,
si elles n'arrtent pas le cours de nos passions?--Ces ides, Sire,
rpartit la comtesse, mettent mon esprit au dsespoir; plus j'envisage
ces talents imaginaires, et moins j'aime  m'en souvenir. Ah! prudence
importune qui ne servez qu' faire avancer les maux que nous devons
avoir! Si cette cruelle avoit quelque secret de dtourner les infortunes
qui pendent sur nos ttes, nous devrions la chrir; mais hlas! rien
n'est si trompeur que son apparence.--Ce que vous dites, Madame,
rpliqua le Roi, est divinement bien pens, mais vous m'avouerez qu'il
faut obir  l'Etre indpendant, qui nous a donn la vie et tous les
avantages de conduite, de raison et de prudence.--Je le sais, Sire, dit
la comtesse; c'est pourquoi j'envie souvent le sort des choses
inanimes, qui durent plus longtemps que nous, et qui ne ressentent
point mille remords qui nous rongent nuit et jour, et qui ne sont utiles
 rien.--Que diriez-vous donc, Madame, continua le Roi, de ceux qui
passent le plus beau de leur ge dans des soins continuels, et qui ne
sont quelquefois pas de grand usage? Nous voyons Platon attach 
chercher des ides; Epicure attrapant des atmes, pour ensuite les
accrocher les uns aux autres et en faire un monde en petit; Thals au
bord d'une fontaine admirant l'eau comme principe de toutes choses;
Socrate n'osant sortir de sa gravit, de crainte de ne passer plus pour
sage; enfin tous ces grands hommes ont pris mille gnes dans la vue de
s'immortaliser.--Ah! Sire, reprit la comtesse, il n'est pas besoin de
sortir de notre sicle pour connotre les folies des humains. Ne
voyons-nous pas tous les jours parmi nous des gnraux, des capitaines
qui mettent leur vie au hasard pour une ide de gloire?--La guerre,
Madame, rpartit le Roi, est quelque chose de plus grand et de plus
noble que mille autres attaches dont l'homme fait ses dlices, et o il
met les plus doux moments de sa vie  les acqurir.--Cependant, Sire,
dit madame du Lude, l'esprit des mortels est born, quelque soin qu'ils
donnent  la recherche, et quelque pntrants qu'ils puissent tre. L'on
ne sait rien  fond avec certitude. Nous apportons en naissant des
tnbres qui rendent nos lumires peu brillantes.

Notre Monarque prenoit un plaisir extrme d'entendre raisonner cette
aimable comtesse, quand le duc de La Feuillade[246] entra qui entretint
Sa Majest longtemps. Le Roi ayant fait une profonde rvrence  madame
du Lude, la quitta pour un moment, et revint aussitt auprs
d'elle.--Ah! Madame, lui dit ce prince en riant, une sympathie inconnue
m'entrane vers vous. Je compte les heures qui me privent de votre
agrable prsence [comme] perdues.--Ce que vous dites, Sire, rpondit
notre belle, est quelque chose de bien glorieux pour moi. Rien n'est si
doux que l'encens d'un prince comme vous, qui connot la valeur de ce
qu'il estime avec un discernement distingu.--Madame, si j'tois 
prsent, lui rpondit le Roi, encore assez heureux pour tre aim d'une
personne aussi engageante que vous, non pas de cet amour sensuel dont
j'ai fait mon bonheur autrefois, mais de celui qui ne consiste qu'en
esprit! Car je vous assure que ces plaisirs sont plus rels que ceux du
corps. J'en gote tous les jours la diffrence, qui me fait
regretter mille moments que j'ai passs en bagatelles.--Il est vrai,
Sire, reprit madame du Lude, qu'aprs avoir fait le vritable
pangyrique de l'amour, l'on y remarque des dfauts surprenants.
Qu'est-ce que cette passion, sinon un amas de peines qui ne se nourrit
que de craintes et de doutes? les plaisirs qui sont de peu de dure sont
toujours suivis d'amertumes sensibles; et l'amour, au comble de son
bonheur, comme toutes les autres choses, retourne  son nant.--Que vous
reprsentez justement, Madame, dit notre Monarque, le caractre de ce
Dieu! Le voil sans ombres et sans voiles, et c'est de la manire qu'il
est plus charmant, car ses dfauts ne sont point cachs.--Il est
pourtant bon, Sire, rpondit notre aimable, de lui donner quelques
agrments, afin qu'il nous puisse plaire. Car quand on s'engage, si l'on
se faisoit une ide funeste d'un triste changement... Ah! Sire, continua
la comtesse, pardonnez un tendre souvenir, je ne puis oublier l'ardeur
violente que le comte d'Armagnac[247] avoit conue pour moi, et quand je
fais la revue de toute sa passion et du changement que j'y vois, je dis:
c'est l'ouvrage d'un mortel. Il n'appartient qu' l'homme  mettre en
usage ces foiblesses. Il y a quelque temps, comme j'tois chez moi  la
campagne, et que je rvois solitairement dans le bois, je
considrois le peu de dure de l'aimable verdure de ce bocage, ayant
rflchi solidement, je fis ce quatrain:

    Tout change, enfin, et le coeur le plus tendre
    Ne peut faire vivre sa passion toujours.
    L'on n'a point encor vu d'ternelles amours,
    Et le temps  venir ne doit pas en attendre.

--Vous faites, dit le Roi, d'une manire obligeante, la dixime Muse. Il
faut un mrite aussi charmant que le vtre pour augmenter la beaut du
Parnasse. Apollon, ce Dieu des lumires, vous doit chrir uniquement,
puisque vous embellissez son rocher et ses fontaines; aussi Pgase vous
donne-t-il de son eau de cristal pour vous rafrachir dans vos exercices
potiques.--Je vous dirai, Sire, rpondit la comtesse, que j'aime
passionnment la posie. Je trouve que c'est le langage des dieux: voici
encore des vers que l'inconstance du comte d'Armagnac m'a fait faire:

    Taisez-vous, mes soupirs sensibles,
    Vous me causez de la douleur,
    Et mon coeur est trop susceptible
    Aux doux charmes de mon vainqueur.
    A quoi servent ces sentiments,
    Puisque l'ingrat est un volage?
    Quand on a perdu ses amants,
    Les soupirs doivent tre sages.

--En vrit, Madame, interrompit le Roi, vous tes toute divine, et
c'est un charme puissant de vous entendre parler. Un coeur peut-il se
dfendre  des attraits si doux qui le demandent? Ah! je condamne
extrmement le peu de discernement du comte d'Armagnac en vous ayant
quitte. Je sais que si vous l'aviez plus aim, vous l'auriez
engag davantage; car il veut qu'on l'aime tendrement, et celle qui
possde son coeur prsentement est pour lui tout de feu.--Ah! Sire,
s'cria madame du Lude, que l'amour est difficile  contenter! cet
enfant crie toujours et n'est jamais content. J'ai marqu au comte
incessamment une tendresse gale; mais non pas de ces emportements qui
font perdre la raison.--C'est ce que nous demandons, Madame, dit Sa
Majest, quand nous aimons. Nous ne pouvons souffrir des coeurs froids
qui raisonnent. Il faut aimer avec chaleur un amant, quand vous voulez
qu'il vous aime.

Madame de Maintenon, qui entendit en entrant ce mot d'aimer, dit en
saluant le Roi:--Sire, c'est en vain que vous vous dfendez de l'amour,
car vous le mettez toujours sur le tapis.--Ah! Madame, rpartit la
comtesse du Lude, l'on ne peut parler que de ce qui plat. Quand les
conversations commencent  mourir, ce Dieu les ressuscite par son
enjouement.--Cette vivacit, Madame, rpliqua la marquise, n'est plus du
rgne de notre prince. Il a renonc aux traits de l'amour, et son
coeur est  l'preuve de ses coups.--Madame, lui dit en riant la
comtesse du Lude, quelques efforts que nous puissions faire, notre
rsistance est vaine. Quand la nature nous a donn un coeur sensible,
il aime tout ce qu'il trouve aimable, tant qu'il a de la vie. Cependant,
Madame, reprit la marquise de Maintenon, les passions diminuent avec
l'ge. Ah! Madame, rpliqua madame du Lude, nous revenons toujours 
notre principe qui est cet amour naturel. Les philosophes nous le
prouvent en nous faisant connotre que tous les tres du monde doivent
retourner au lieu d'o ils ont pris leur origine. L'homme, qui est un
tre fini, est compos de deux parties qui sont l'me et le corps. Cette
premire, son rgne tant achev, retourne au ciel qui est la source
d'o elle est venue, et le dernier va au sein de la terre d'o le
premier homme est n.--Vous passez donc, Madame, interrompit notre
prince, en regardant la comtesse du Lude, de la philosophie  la
thologie? Il faut avoir autant d'esprit que vous en avez pour soutenir
les thses que vous avancez. Qu'il est glorieux, Madame, pour votre sexe
d'avoir des personnes qui se distinguent par leur gnie! Un de nos
philosophes modernes donnoit en son temps des leons aussi bien aux
femmes qu'aux hommes; mais le savoir que vous avez, la nature vous en a
fait un don en naissant.--Sire, rpondit la comtesse, si j'avois assez
de foiblesse pour tirer de la vanit des douceurs coutumires que les
galants hommes disent ordinairement aux femmes, je me perdrois en
coutant le joli pangyrique que vous faites de moi; mais je me connois
un peu. Si quelques lumires brillent en mon esprit, un nombre infini de
tnbres en diminuent la beaut.

Le Roi brloit d'envie de pousser la conversation plus loin; mais des
affaires du Parlement qui furent apportes  Sa Majest par M.
Talon[248], avocat-gnral, qui parla au Roi avec une loquence
toute charmante pendant plus d'une heure, fit que le prince donna
audience  plusieurs autres, tout le reste du jour. Madame de Maintenon,
que le comte de Marsan[249] sollicitoit tous les jours pour mademoiselle
de Bthune[250] qui toit  Saint-Cyr sous la domination de la marquise,
toit journellement chez elle[251].

Ce comte toit devenu perdment amoureux de mademoiselle de Bthune,
pour l'avoir vue un moment dans l'glise de Saint-Cyr. Cette jeune
beaut se faisoit distinguer de toutes les autres, par un certain air
doux et languissant qui lui toit naturel, et qui demandoit le coeur 
tout ce qu'elle faisoit. Il n'en falloit pas tant pour enflammer le plus
passionn de tous les hommes. Aussi dans ce premier moment, il fit
connotre  cette charmante fille, par un langage muet qui parloit dans
ses yeux, combien ses charmes avoient de pouvoir sur lui. Depuis ce jour
que le hasard avoit conduit le comte  l'abbaye de Saint-Cyr, comme il
retournoit de la chasse dans le dessein de remercier les Saints de
n'avoir point trouv de malheur, il se vit pris, sans rien prendre dans
toute sa course. C'est ordinairement ce que fait Vnus dans ses
exercices. Elle fait quelquefois plus de conqutes que Diane, quoique
ses armes soient bien diffrentes. Revenons au comte de Marsan qui se
voyoit oblig de garder de grandes mesures, dans toute la suite de son
amour. Madame de Maintenon le recevoit fort honntement et mme avec
beaucoup de plaisir, dans la vue qu'il recherchoit en mariage
mademoiselle de Bthune, qui toit de qualit et d'une maison
trs-considrable. Le comte disoit mille douceurs  la marquise sur sa
vertu et sur sa conduite, afin d'obtenir les bonnes grces, et d'avoir
un peu plus de libert avec sa belle mignonne; ce que notre abbesse
remarquoit fort bien, ayant l'esprit aussi ouvert qu'elle l'a. C'est
pourquoi elle ne perdoit jamais de vue cette jeune fille, quand son
amant toit prsent, ce qui le dsoloit entirement, car il ne pouvoit
pas dire une parole que la marquise ne l'entendt. Une vie si misrable
dura quelque temps, mais comme l'amour est ingnieux, et que ce petit
Dieu dcouvre toujours quelque ruse  ses sujets, le comte de Marsan,
ennuy de son martyre, pria une vieille tante qu'il avoit  Paris, et
qui toit devenue dvote jusqu' la fureur, et par cette raison grande
amie de madame de Maintenon (car elles alloient fort souvent ensemble 
Saint-Lazare de Jrusalem[252] faire leurs oraisons) de lui tre
favorable dans son amour, et de permettre qu'il se trouvt quelquefois
chez elle avec mademoiselle de Bthune qu'il aimoit tendrement. Que la
svrit de la marquise de Maintenon lui toit insupportable! aussi
rendoit-elle toutes ses demoiselles comme des esclaves, qui sont prives
de la libert humaine. Madame de La Roche[253] parut un peu surprise en
coutant la proposition de son neveu.--Quoi! dit-elle, Monsieur, vous
ne songez pas  ce que vous me dites? Ne savez-vous pas combien cette
dame a de haine et d'horreur pour les rendez-vous, et que, si elle
dcouvroit une fois votre intrigue galante, je serois perdue dans son
esprit, et elle maltraiteroit mademoiselle de Bthune comme la
dernire de toutes les filles? De plus, mon neveu, continua cette bonne
femme, vous avez un attachement qui n'est pas des plus honntes avec
madame de..... et qui ne plat aucunement  tous vos amis. Retirez-vous
avec prudence de ce commerce criminel, et je ferai tout mon possible
pour vous procurer cette jolie mignonne.--Ce que vous dites, ma tante,
rpondit le comte, est  peu prs raisonnable; mais vous saurez que,
quand l'on a une fois donn son coeur, il est bien difficile de le
reprendre. Je vous avoue que j'aime la baronne de..., qui est la plus
belle femme de France, et qui mrite le mieux les adorations d'un galant
homme. Tant que cette adorable personne possdera mon coeur, le
mariage me sera fort indiffrent, mais non pas les galanteries.--Mon
neveu, rpartit madame de La Roche, en riant, si vous aimez, autant que
vous voulez me le persuader, votre belle, vous devez lui tre fidle; ce
que vous n'tes point, puisque vous cherchez les moyens d'en conter 
une autre.--Ah! ma tante, rpliqua M. de Marsan, il ne faut point mettre
un ordre si rgulier dans la conduite de la vie. L'amour se plat dans
la varit et le changement. D'abord que cet enfant est attach, il
meurt. C'est pourquoi, par un motif de charit qui est fort humain, l'on
doit lui donner la libert de courir o il veut, afin de lui conserver
la vie.--O avez-vous appris, Monsieur, dit la bonne tante, cette morale
admirable qui porte sa charit jusques  l'amour?--Ne savez-vous pas, ma
tante, rpondit le comte malicieusement, que charit est
amour.--Oui, mon neveu, je le sais, mais ce n'est pas de cet amour qui
ne consiste qu'au bonheur de son prochain que vous entendez parler.--Ma
tante, rpartit le comte de Marsan, en riant, je renferme dans les
bornes de la piti ou de la compassion tous les besoins du genre humain.
Si j'aime une femme qui soit aimable et que je lui jure que je meurs
pour elle, et qu'elle soit d'assez bonne foi pour le croire, en voulant
bien soulager mes peines, n'est-ce pas vivre moralement, et d'une
manire exemplaire?--Mon neveu, interrompit la bonne femme, d'un air de
pdante, vous vous raillez de la pit et vous n'tes qu'un indvot, qui
sacrifiez tout  vos plaisirs. Rompez votre pente criminelle et vous
attachez  la vertu et  la gloire, en faisant des actions dignes
d'elles.--Ah! ma chre tante, rpliqua notre amoureux comte, en
l'embrassant, quand je combats les charmes de l'amour, je sens ses
douceurs qui triomphent de toutes mes forces, et c'est ma passion la
plus dominante.--C'est alors, Monsieur, dit madame de La Roche, qu'il
faut opposer  cette rapidit des remdes salutaires, et rsister
fortement au mchant penchant qui vous entrane  votre perte. Nous
lisons que nos Saints n'ont pas t moins que nous sensibles  cette
foiblesse, et que saint Dominique, tout clbre personnage qu'il toit,
a souffert des peines cruelles pour rsister aux convoitises de la
chair. Ce religieux pre prparoit jour et nuit son corps rebelle afin
de le mortifier, et de tcher de corriger les emportements de la
nature.

Le comte de Marsan ne put s'empcher de rire en coutant les belles
instructions de sa bonne tante, qui lui marquoit avec le doigt tout ce
qu'elle disoit; mais, ayant bien moralis, la conclusion de la prire
que le comte fit  sa chre tante fut de lui procurer le bonheur de voir
quelquefois chez elle mademoiselle de Bthune, ce que madame de La Roche
eut bien de la peine  lui accorder; mais comme elle aimoit son neveu
tendrement, elle se laissa persuader plus facilement, ce qui donna une
joie inexprimable  notre passionn amant, qui brloit d'envie
d'entretenir un instant la charmante enfant qui l'occupoit si
agrablement. Il demanda donc  sa tante quel jour cette belle pourroit
venir chez elle, et qu'il y viendroit aussi.--Ah! mon neveu, rpartit
madame de La Roche, il faut user de grande prcaution dans une affaire
si dlicate. La marquise de Maintenon est la plus svre de toutes les
femmes, comme je vous l'ai dj dit, et a beaucoup de confiance en moi;
c'est pourquoi je serois au dsespoir qu'elle st que vous venez chez
moi souvent, car elle empcheroit bientt que mademoiselle de Bthune ne
me vnt voir.--Ah! dit le comte, j'en serois au dsespoir; mais il faut
que je vous avoue, ma tante, que j'ai de la peine  souffrir qu'une
vieille ridicule comme cette femme-l occupe encore la terre. Elle
enrage de ce que les plaisirs l'ont quitte, et qu'elle n'est plus
capable d'en inspirer. C'est pourquoi elle s'oppose si fortement aux
galanteries de la jeunesse. Vous saurez, ma chre tante, que, quand on
est sur son retour et qu'on n'a plus de mrite pour charmer les
coeurs, l'on s'en fait un de parotre bigote, et c'est la
retraite ordinaire de toutes les femmes de la Cour.--Mon neveu, ne vous
emportez pas contre cette dame; c'est la plus modeste, et la plus sage
qui ft jamais.--Il faut bien qu'elle le soit malgr elle, rpliqua
notre comte, car l'on n'en veut plus.

Mademoiselle de Bthune, qui entra, surprit le comte qui auroit encore
dit plusieurs durets contre la svrit de la marquise de Maintenon;
mais la prsence d'un objet si charmant rappela toute la douceur de ce
tendre galant, qui dit mille choses obligeantes  cette belle mignonne,
qui parut un peu embarrasse  rpondre  toutes les galanteries du
comte.

Madame de La Roche, qui remarquoit bien que son neveu toit fort
amoureux de cette jeune demoiselle, et que toute la morale dont elle
s'toit servie n'avoit pu arrter le torrent passionn de M. de Marsan,
trouva  propos de ne se rendre point incommode  la passion de son
neveu, et que tant qu'elle le verroit dans les bornes de l'honntet et
de la modestie, elle n'auroit rien  dire. Mais c'est une chose bien
difficile  observer que la retenue  un homme qui aime tendrement; il
auroit bien besoin d'une chane pour retenir son emportement. Ce ne sera
pas la raison qui triomphera de l'amour, au contraire, elle ne fera
qu'irriter cette passion avec tous ses vains raisonnements.

Laissons la raison, tout impuissante qu'elle est, et voyons prsentement
nos amants qui gotent  longs traits le plaisir de se voir le plus
souvent qu'il leur est possible, et qui trouvent le bonheur
incomparable, si le malheur avec son air effroyable, et qui s'oppose
toujours aux joies du monde, ne vient pas troubler leurs innocentes
caresses. Le comte de Marsan ne soupira pas longtemps aux pieds de
mademoiselle de Bthune sans faire une forte impression sur son coeur.
Cette jeune beaut, qui n'avoit pas encore aim, s'attacha sans rserve
 chrir son amant, et lui donna toutes les preuves d'une vritable
amiti, ce qui toucha M. de Marsan sensiblement et lui fit oublier la
baronne de...., qui lui en marqua sa rage par tous les reproches
violents que la jalousie peut inspirer. Un jour, comme le comte toit
couch au bord d'une fontaine, et qu'il attendoit mademoiselle de
Bthune qui devoit venir cette aprs-dner chez madame de la Roche, on
lui apporta une lettre de la baronne de..... qu'il lut plusieurs fois,
en redisant ces mots qu'elle lui avoit crits: Ah! perfide, pourquoi
m'as-tu aime si fortement, si tu ne voulois pas tre fidle?

Des reproches si sensibles rendirent le comte tout rveur, et qui le
conduisit[254] dans un petit bois qui toit au bout du jardin. Notre
amoureux solitaire ayant fait quelques tours dans la fort, s'arrta
pour considrer les btes sauvages que la fortune a condamnes  vivre
dans ces lieux, et leur dit: Ah! innocentes cratures, que votre
destine est heureuse! les rochers et les affreuses retraites que vous
occupez, sont plus agrables que le commerce du monde.

    Aimable et charmante verdure,
    Qui faites l'ombre de ces lieux,
    Et qui suivez de la Nature
    Le penchant doux, dlicieux,
    Hlas! je viens dans ce bocage
    Vous prier couvrir mes ennuis;
    Quoique j'aime, on me croit volage;
    Mais vous savez ce que je suis.

Mademoiselle de Bthune, qui attendoit depuis longtemps M. de Marsan, se
promenoit tristement dans un parterre de fleurs quand il arriva. Le
comte ressentit une joie en voyant son aimable matresse, et lui dit
d'un air tendre: Ah! mon adorable, je vous ai attendue ici plus de deux
heures, mais mon impatience m'a fait prendre l'air du bois.--Je crois,
Monsieur, rpartit notre belle, que la sympathie se mle de tout, quand
on aime, car j'avois aussi une grande envie de vous voir.--Mademoiselle,
rpondit le comte, d'une manire toute passionne, si l'amour pouvoit
vous rendre le coeur aussi sensible que moi, je ne serois plus 
plaindre; mais si mon mal augmente, et que vous ne soyez pas touche de
mes peines, hlas! c'est fait de moi.--Prenez soin de vous-mme,
Monsieur, dit la charmante en souriant, car ce seroit bien dommage qu'un
homme aussi joli que vous et aussi galant n'occupt plus l'agrable
sjour des mortels. L'on n'a jamais vu personne mourir d'amour, continua
cette incomparable, si ce n'est dans des histoires, o l'on souffre
mille maux imaginaires.--Cependant, Mademoiselle, rpliqua M. de Marsan,
je sais que je vous aime rellement et sans imagination, et que tout ce
que je sens pour vous ne sont pas des maux en ide.--C'est
pourtant, Monsieur, dit mademoiselle de Bthune, o les biens et les
maux font leur demeure ordinaire. L'ide nous rappelle toujours ce qui
nous plat et ce qui nous dplat.

La conversation de nos amants tant finie pour ce jour, le Roi, qui
toit de retour du sige de Saint-Omer[255] avec M. le duc d'Orlans,
ces illustres personnes firent une partie de chasse  Saint-Cloud, o
toutes les belles de la Cour parurent en quipage de chasseresses et
vtues comme Diane et ses Nymphes, suivies de plusieurs chiens qui
couroient dans la fort les btes sauvages au milieu du bois. Sa Majest
et les princes les plus galants attendoient ces charmantes cavalires,
dguiss comme le Dieu Pan et comme les Satyres, qui prparoient un
superbe festin  cette aimable troupe. Ce beau rgal fut accompagn d'un
grand nombre d'instruments qui faisoient le plus bel effet du monde.

Le marchal duc de La Feuillade[256] toit assis au pied d'un ormeau,
qui copioit Orphe en jouant de la flte douce, qu'il touchoit dans la
dernire perfection, et qui sembloit attirer autour de lui tous les
oiseaux et tous les animaux de ce bocage. Plusieurs voix toutes
charmantes rpondoient  cet aimable solitaire.

L'on entendoit un cho fidle qui rptoit souvent ces tendres paroles,
et qui prononoit comme en soupirant:

        Que l'absence est cruelle
    A quiconque aime tendrement!
        Eloign de sa belle,
    L'on ne peut vivre heureusement.

Tous ces plaisirs champtres n'toient point capables de faire renatre
la tendresse de notre monarque qui s'avanoit vers le tombeau, ne
pouvant reprendre ses premires forces. Le Roi devint jaune et ne rioit
plus comme  son ordinaire, ce qui attendrit le coeur de madame de
Maintenon, qui pressa un jour Sa Majest, tant dans un tte  tte, de
lui dcouvrir toutes les routes les plus sensibles de son me, car elle
toit fort afflige du changement qui paroissoit en sa personne.--Je
vous dirai, madame, lui rpondit ce prince, que depuis quelques annes,
je ne me connois pas moi-mme. J'ai une profonde rverie qui
m'entretient journellement et je trouve quelquefois la qualit de Roi
importune.--Ah! Sire, s'cria la marquise, d'o pourroient venir ces
sentiments ingaux qui chagrinent votre Majest? C'est peut-tre que
vous n'coutez plus les douceurs de l'amour qui sont d'un grand secours
dans les inquitudes de la vie. Souvent un tendre amusement nous rend
heureux et malheureux.--Aussi, madame, rpartit le Roi en soupirant,
quand la mort nous retire ce que l'on aime, rien n'est au monde plus
insupportable que ces sortes de malheurs. Ah! rpondit ce prince, je ne
sens plus mon coeur dispos  un nouvel engagement; mme la
disposition de ma sant ne me parle plus que de retraite et de
pnitence, et cette inclination qui brloit autrefois comme un feu  la
prsence d'un bel objet, est bien prsentement affoiblie.--Il faut
reprendre courage, Sire, rpliqua madame de Maintenon, et l'amour
renouvelle toutes choses et redonne la vie  ce qui parot inanim.
Aimez encore une fois et vous revivrez. Vous savez le pouvoir que j'ai
sur plusieurs aimables jeunes filles. Si votre amour en trouve une digne
d'elle, il suffit qu'elle ait le bien de vous plaire.--Madame, rpondit
le Roi en riant, je sais qu'il y a sous votre conduite de quoi occuper
ma tendresse; mais vous avez depuis peu reu dans cette assemble une
jolie enfant qui ne me dplairoit pas, et qui mrite bien les soupirs
d'un galant homme.--Il est vrai, Sire, je sais de quoi vous voulez
parler; c'est de mademoiselle de Grancey[257], qui est la plus jolie de
toutes celles qui sont  Saint-Cyr; outre qu'elle est trs-bien ne,
elle possde une douceur charmante dans tout ce qu'elle fait, qui la
fait aimer de tout le monde. Le marquis de Joyeuse et de Villars[258],
ses cousins, lui firent visite cette semaine et me prirent avec toute
l'honntet qui se peut imaginer de l'aimer un peu. Je leur rpartis en
souriant qu'il n'toit pas besoin de le dire, que son mrite parloit
assez.--Ah! madame, rpondit le marquis de Joyeuse, nous n'en
attendions pas moins de votre civilit et de votre honntet; c'est
pourquoi ma cousine ne pouvoit jamais arriver  un degr plus heureux
que celui d'tre sous une conduite si distingue. J'allois
rpondre au marquis, quand j'en fus empche par les ordres de Votre
Majest qui me prioit de venir  Versailles, et je vous puis assurer,
Sire, continua la marquise, que je conserve toujours pour cette aimable
mignonne beaucoup d'estime.--Et moi aussi, dit le Roi, depuis le premier
moment que je la vis  l'entre de l'abbaye o j'tois en carrosse, et
je fis demander si vous tiez  Saint-Cyr. Cependant cette belle enfant
me parla avec une charmante modestie qui me toucha le coeur; mais
comme je commence  renoncer aux plaisirs des sens, j'en ai seulement
gard l'ide.--Il n'y a pas, Sire, dit madame de Maintenon, bien loin de
l'ide au coeur; l'on peut facilement les unir ensemble.--J'entends
trs-bien, madame, rpliqua Sa Majest, vos expressions; elles sont fort
sensibles; mais comment aimer les autres, quand l'on ne s'aime plus
soi-mme?

La marquise, qui voyoit qu'une conversation d'amourette chagrinoit Notre
Majest, changea de discours et lui parla des affaires de la guerre, et
sur les ordres de son royaume, comme de pourvoir  la subsistance des
curs et des vicaires perptuels[259], afin qu'ils n'eussent point
d'occasion lgitime de ne point satisfaire  leur devoir. Le cur de
Saint-Lazare de Jrusalem, qui toit aim de madame de Maintenon
pardessus les autres, la sollicitoit tous les jours qu'elle prit Sa
Majest d'augmenter sa pension, et, pour cet effet, ce prtre rendoit
des visites familires  madame de Maintenon, et lui disoit incessamment
que le bien que l'on faisoit aux gens d'glise n'toit jamais perdu; que
cette charit nous attiroit un nombre infini de bndictions, par les
prires de ces bonnes mes. Ce cur ajouta encore d'une manire toute
dvote, qu'il faisoit toutes les nuits des oraisons de quatre ou de cinq
heures pour le Roi,--et pour vous, madame, qui tes le refuge des
pauvres prtres affligs. Souvenez-vous de moi, s'il vous plat, quand
vous serez avec Sa Majest. La marquise promit de servir le cur de
tout son possible, dans la vue qu'il diroit plusieurs messes pour la
rmission de ses pchs, ce qu'il fit avec tout le zle dont son me
toit capable. Car l'on remarqua que ce bonhomme alloit plus matin
pendant quelque temps  sa paroisse qu' l'ordinaire.

Quoique madame de Maintenon sollicitt notre Prince pour les affaires
d'Etat, elle ne laissoit pas de lui parler, dans de certains
intervalles, des charmes de mademoiselle de Grancey,  dessein de
rveiller sa passion et de le rendre plus enjou, ce que le Roi essaya,
mais ce fut en vain; car ce Prince n'toit plus propre pour la
galanterie. L'aprs-dner que la marquise avoit laiss cette charmante
mignonne avec Sa Majest  Trianon, jamais le Roi ne se trouva si
triste. Il soupira plusieurs fois en regardant cette belle, et mla
incessamment un jeu de piquet qui toit sur la table,  quoi
mademoiselle de Grancey lui dit en souriant: Sire, Votre Majest auroit
plus de plaisir si j'tois de la partie.--Je le veux, rpondit ce
Monarque, ma belle enfant; mais vous perdrez, car j'ai assez la fortune
 mes gages.--Qu'importe, Sire, rpondit notre aimable, en rougissant;
il me sera fort glorieux de vous tre redevable. Le Roi se trouva
embarrass dans cette entrevue plus que jamais il n'a t; mais madame
de Maintenon, qui croyoit que la tendresse de son Prince avoit retrouv
la vie, entra en souriant, et dit  mademoiselle de Grancey: Eh bien!
ma mignonne, comment avez-vous pass le temps depuis mon absence?--Fort
bien, madame, rpliqua-t-elle, je n'ai point trouv de quoi m'ennuyer
aujourd'hui.--Ah! mademoiselle, rpartit le Roi, vous avez bien de la
bont, et vous tes bien facile  excuser les dfauts d'une personne qui
vous aime, mais qui n'est plus  lui comme autrefois.--A qui tes-vous
donc, Sire? rpartit la marquise; faites-moi la confidente de vos
souffrances; mademoiselle n'en sera pas jalouse, car elle a trop
d'esprit pour ne pas savoir qu'un Prince peut aimer tous les objets
qui sont aimables. Sa Majest se mit  rire avec notre mignonne de la
belle humeur de la marquise de Maintenon, qui tournoit toute chose en
galanterie, et qui disoit toujours mille quivoques sur la mlancolie de
son malade.

La conversation tant finie, le Roi ramena les dames  Saint-Cyr, o Sa
Majest fut longtemps  visiter tous les parloirs et les rfectoires de
l'abbaye, qui sont d'une propret admirable et qui rpondent bien  la
gnrosit et la grandeur d'me de celle qui en est la suprieure.

Le lendemain, mademoiselle de Grancey fit un fidle rcit de la
conversation qu'elle avoit eue avec le Roi,  madame de Maintenon, qui
demanda  cette belle jusqu' la moindre circonstance, mme les termes
dont il s'toit servi pour lui marquer ce qu'il sentoit pour
elle.--Quoi, madame, rpondit notre jolie mignonne assez surprise,
est-ce que le Roi m'aime?--Oui, ma chre enfant, dit la marquise, je
sais que vous ne lui tes pas indiffrente, et qu'il ne tiendra qu'
vous de faire son bonheur.--C'est ce que je ne sais point encore,
rpartit mademoiselle de Grancey, car Sa Majest ne m'a dit rien de
tendre, au contraire; elle ne m'a entretenue que de mode, que de cartes
et de mille autres choses  peu prs de cette nature. Il est vrai que ce
Prince a trouv mon habit fort propre[260] et qu'il me seyoit trs-bien;
mais, hlas! n'avoit-il rien de plus doux  me dire, s'il m'aime un
peu? Madame de Maintenon sourit de la pense de son aimable disciple,
et lui rpliqua: Ah! ma mignonne, je ne connois plus le Roi; il
est devenu insensible  ce qui faisoit autrefois ses plus doux moments.
Un grand fond de pit, qui s'est empar de son coeur, le rend
prsentement tout de glace aux plaisirs des sens.--Je vous avoue,
rpartit mademoiselle de Grancey, qu'une si grande froideur en un homme
n'est point agrable. L'on diroit dans cet tat qu'il n'est point anim.
L'amour donne je ne sais quoi qui est aimable  tout ce qui respire le
jour.--Mais encore, ma belle, dit la marquise, dites-moi sincrement si
notre Monarque vous a fait parotre tant d'indiffrence?--Madame, Sa
Majest ne m'a point surprise dans ses manires languissantes, puisque
la premire fois que je l'ai vue, j'ai bien jug que son amour se
mouroit et qu'il toit temps de lui faire un tombeau.--Vous tes bien
savante, ma bellotte, dit madame de Maintenon en riant, d'avoir si bien
pressenti la mort de la tendresse du Roi; je m'tois flatte que vous la
feriez renatre et que vos charmes auroient assez de force pour la
ressusciter.--En vrit, madame, rpondit cette charmante, il est bien
difficile de redonner la vie  ce qui n'en a plus. Voici cependant des
vers que j'ai dits  Sa Majest dans le dessein de la rveiller de son
assoupissement et de la divertir par cet imprvu.

        Dites-moi mon cher prince
        D'o vient votre air rveur?
        Seroit-ce quelque feinte
        Dans votre illustre coeur?
    L'on sait que vous n'tes pas insensible
    Aux doux attraits d'une aimable beaut,
    Et que, chez vous, il est du tout[261] visible
    Qu'on n'y sauroit trouver de duret.

--Je ne savois pas, ma belle enfant, dit notre marquise, que vous tiez
pote. C'est un exercice fort joli pour une jeune personne comme vous.
Il n'y a rien qui polisse davantage l'esprit et qui apprenne mieux les
manires du bel usage que la posie, et qui donne une si grande
dlicatesse en tout ce que nous faisons. Le Roi aime passionnment les
vers, quand ils sont bien tourns et fort tendres; c'est pourquoi, ma
mignonne, faites un sonnet fort juste et qui fasse connotre  Sa
Majest adroitement que vous l'aimez, et que vous tes fche qu'il n'y
rponde pas aussi tendrement que vous le voudriez. Il faut quelquefois
solliciter un coeur avant de s'en rendre le matre.--Ah! madame,
rpartit mademoiselle de Grancey, que les ordres que vous me donnez sont
difficiles  excuter! Je n'ai pas de penchant  faire des avances  mes
amants. Il n'y a rien de si peu  mon got que ces sortes de
manires.--Il est vrai, mademoiselle, rpondit madame de Maintenon,
quand on est faite comme vous tes, il n'est pas besoin d'en faire; mais
il y a de la diffrence entre galant et galant. tre aime, par exemple,
d'un Roi aussi charmant que le ntre est une chose qui mrite bien un
peu de peine. Dfaites-vous de cette fiert qui est si naturelle aux
jolies filles comme vous, et marquez un peu d'empressement  ce Prince.
C'est le moyen le plus sr de lui plaire.--Madame, ne parlons plus de
cela, je vous en prie, dit la belle colire, car je sens que mon
coeur ne s'accorde point avec les leons que vous me donnez. Vous
savez que s'il n'est de la partie, tout ce que l'on entreprend n'est pas
bon.--Oui, ma mignonne, ce que vous dites est vrai, rpliqua la
marquise; mais il faut tcher de se rendre matre de ce coeur rebelle
et l'apprivoiser avec la raison, qui veut que vous fassiez quelque chose
pour votre fortune. Souvenez-vous, ma chre bellotte, que nous ne sommes
plus dans le temps o une fille croyoit avoir fait un crime irrparable
de songer  l'amour. L'on accommode  prsent ce Dieu avec l'intrt par
une aimable vicissitude.

La marquise de Maintenon n'eut pas plus tt achev de donner ces jolies
instructions  mademoiselle de Grancey, qu'elle la mena au lever du Roi.
Cette charmante enfant toit ce jour belle comme un ange, et dans un
certain air de nglig qui la rendoit tout adorable. Ds que notre
Prince la vit, il lui dit:--Ah! mademoiselle, vous ferez aujourd'hui
bien des misrables. Votre prsence est redoutable aux pauvres
humains.--Qui, moi? Sire, rpartit cette incomparable, en riant, j'ai
pourtant le coeur fort sensible  la compassion et n'aime pas  voir
souffrir les affligs.--Vous voyez, Sire, interrompit madame de
Maintenon, que, parmi le grand nombre des qualits minentes qui ont t
donnes  mademoiselle, elle possde encore la piti et la charit, qui
sont de toutes les vertus les plus parfaites.--A la vrit, ma belle
mignonne, dit le Roi, en la regardant assez tendrement, des mouvements
si hroques et si nobles sont fort rares dans la jeunesse o vous
tes. D'ordinaire, dans l'ge tendre, l'on a peu de sentiments
raisonnables.--Ah! Sire, il ne faut pas tant donner d'encens 
mademoiselle, sans lui dire aussi ses petits dfauts. Elle est cruelle 
ses amants jusqu'au dernier point, leur dfendant l'usage des soupirs,
qui est leur ter la vie. Car, qu'ils soient sincres ou non, les
galants de ce sicle ne marchent jamais sans cet ornement.

Sa Majest ne put s'empcher de rire de la raillerie de la marquise, qui
dit encore plusieurs autres choses fort spirituelles sur le mme sujet.
Toute la matine se passa trs-agrablement. Mademoiselle de Grancey,
qui chante parfaitement bien, dit des airs nouveaux fort tendres, que le
Roi trouva justes et bien proprement chants.--Mais, dit madame de
Maintenon, il ne manque rien  cette jolie enfant qu'un peu d'amour. Si
elle aimoit, elle seroit accomplie.--Le temps, rpondit notre Monarque,
rendra  mademoiselle le coeur sensible. La nature n'a pas form un
objet si charmant pour ne pas aimer.

Le jour suivant, le prince de Cond et le marquis de Vannes[262] furent
longtemps avec Sa Majest  confrer sur des affaires militaires. Le Roi
nomma plusieurs nouveaux officiers, tant de cavalerie que d'infanterie,
afin de remplir les places de tant de grands guerriers qui avoient
perdu la vie  la bataille de Senef[263], qui est un village situ dans
le Brabant.

Le prince de Vaudemont[264], qui avoit reu quelque lgre blessure,
s'toit retir dans le bois de Bufferay, quand la comtesse de
Souche[265], qui l'aimoit plus que sa vie, alla le trouver et lui pansa
toutes ses plaies avec des onguents qu'elle avoit faits exprs pour lui.
Jamais femme n'a tant aim que celle-l, ce qui nous fait rejeter la
mchante opinion des hommes, qui disent gnralement que le sexe fminin
est incapable d'un fort attachement. Mais revenons  notre passionne
amante. Elle n'eut pas plus tt appris le malheur du prince, son cher
amant, qu'elle tomba dans une foiblesse qui lui dura plus de trois
heures, avec des soupirs languissants, qui marquoient le triste tat de
son me afflige. Aprs le retour de cette pmoison, elle embrassa
tendrement l'objet de son amour, le serrant avec ardeur entre ses bras,
et lui dit en tournant ses yeux vers le ciel:--Ah! mon cher, je ne suis
revenue en ce monde que pour vous aimer plus que jamais. J'ai cru que la
mort vous avoit ravi; mais, hlas! si mon sort me spare de vous un
moment, je ne veux plus vivre!

La comtesse de Souche pronona ces paroles avec tant de tendresse et
avec un si grand torrent de larmes, qu'elle attendrit le coeur de son
amant si sensiblement qu'il pleura plus d'un aprs-dner avec sa
matresse. L'on pouvoit dire dans ces moments, que l'amour n'toit point
joli, puisqu'il avoit les yeux mouills. Ce petit enfant pleure
quelquefois quand il n'est pas content. C'est pourquoi Vnus, sa mre,
le prend fort souvent sur ses genoux et le caresse afin de l'apaiser;
mais si on ne lui donne pas ce qu'il veut, ce Dieu foltre crie plus que
jamais. Le prince de Vaudemont tcha aussi de modrer les plaintes de sa
belle, en la baisant tendrement et lui disant qu'il ne vouloit plus
respirer le jour que pour elle, que sa reconnoissance toit
inconcevable, et qu'il faudroit tre n le plus ingrat et le plus lche
de tous les hommes pour ne pas sentir une forte amiti et un tendre
amour pour elle.

Des paroles si touchantes charmrent la comtesse et lui firent augmenter
ses caresses  son illustre galant, qui, de son ct, aimoit beaucoup ce
petit bavardage. Aprs que le prince de Vaudemont et sa matresse eurent
demeur quelque temps  Senef, ils retournrent  Paris. Le comte de
Souche, qui toit extrmement irrit contre sa femme, et qui lui faisoit
des reproches sensibles sur son infidlit, l'accabloit de menaces.
Quand la comtesse voulut se justifier par des feintes ordinaires aux
coquettes, elle lui dit que le voyage qu'elle avoit fait n'toit
que pour lui, et qu'ayant t aussi bien bless que le prince, l'amour
qu'elle avoit pour lui l'avoit oblige de partir au plus vite, et qu'il
devoit mieux juger de la solidit de son coeur, qu'elle lui avoit jur
une fidlit ternelle, ne voulant pas fausser sa foi pour une couronne;
que tout ce qu'elle avoit fait pour le prince n'toit qu' cause qu'il
toit son ami, et mme par un motif de charit.--Ne croyez pas, mon
cher mari, ajouta cette dissimule, que je prfre jamais le prince de
Vaudemont  vous. Je connois trs-bien la diffrence qu'il y a entre
vous et lui. Vous apprhendez en vain que l'on n'ait pas assez de
tendresse pour vous. Vos charmes ont des forces suffisantes pour
conserver un coeur.

Peut-on pousser plus loin une trahison que celle-l et amuser un
bonhomme plus adroitement? Le comte de Souche parut content aprs des
assurances si pathtiques et donna la libert  sa femme de voir le
prince de Vaudemont, pourvu qu'il ft prsent. Cette rserve chagrina
longtemps la comtesse, n'ayant pas le plaisir de dire  son amant les
sentiments de son coeur, ni de lui donner des preuves de son amour. Le
comte de Souche, qui aimoit extrmement le prince, et qui ne pouvoit
vivre sans le voir, jouoit tous les jours  l'ombre[266] avec lui,
quoiqu'il perdt tout son argent. Un soir que nos gnraux avoient
jou fort tard, et qu'ils avoient bu plus qu' l'ordinaire, le comte de
Souche s'endormit et donna tout le loisir  nos amants de renouveler
leurs tendresses, sans que le bon mari en st rien. La nuit, qui
paraissoit jalouse du bonheur de la comtesse, disparut et fit place 
l'aurore, qui vint dans son char toute riante, avec ses doigts de rose,
annoncer l'agrable venue du jour. Alors le comte de Souche, qui avoit
dormi sans se rveiller, parut tout surpris de se voir couch sur un lit
de repos sans sa femme. Il appela cette belle plusieurs fois, qui fit
comme si elle n'entendoit point, ce qui obligea le comte de monter  la
chambre et d'aller voir si elle toit couche; mais l'ayant trouve dans
un profond sommeil, il la laissa dans ce repos charmant, se contentant
seulement d'admirer ses beaux yeux, qui toient  demi ferms, et la
beaut de sa main qu'elle avoit jete ngligemment sur sa robe; aprs
les avoir baises il se retira de crainte d'veiller sa chre moiti.

Le prince de Vaudemont, qui connoissoit un peu la jalousie du comte,
s'toit retir chez lui rempli d'une joie inexprimable d'avoir eu le
temps assez favorable pour avoir got avec plaisir les douceurs de sa
tendresse. Ce prince repassoit encore ces charmantes ides quand il
entendit frapper  sa chambre. Il ne douta point que ce ne ft le comte
qui lui venoit demander  quelle heure il toit sorti de sa maison; ce
qui arriva, car le comte de Souche questionna fortement le prince
sur tout ce qui s'toit pass la nuit et il lui dit qu'il avoit t pris
d'un violent mal de tte. C'est pourquoi il s'toit retir chez lui de
bonne heure.--Et ma femme, lui dit ce mari infortun, o l'avez-vous
laisse?--Je l'ai conduite, rpartit le prince d'un grand srieux,
jusqu' la porte de sa chambre, mais ce qu'elle a fait je ne le puis
dire.

Le comte de Souche, n'tant pas fort content de la conversation du
prince de Vaudemont, retourna  sa maison faire plusieurs questions 
ses valets, mais ce fut en vain, car tous ceux qui toient au logis
avoient dormi pendant que nos tendres amants s'toient donn les
derniers tmoignages de leur amour. La comtesse, s'tant leve, alla
trouver son mari  qui elle fit mille caresses, qui ne partoient point
de son coeur, mais qui toient seulement apparentes. Le bonhomme s'en
contentoit, ne pouvant avoir mieux, et se croyant dans des moments le
plus heureux de tous les humains. L'apparence a quelquefois bien des
charmes, mais quand on l'examine de prs tous les attraits diminuent:
voyons le comte de Souche qui vit le plus agrablement qu'il peut avec
sa femme, et qui se fait des plaisirs au milieu de ses peines.

Le printemps, qui commenoit  natre, inspira  notre comtesse le dsir
d'aller  la campagne, afin de goter  longs traits le dlicieux
plaisir de la promenade. Les doux zphirs ayant succd aux rigueurs de
l'hiver rendoient toutes choses charmantes. Aprs que Mme de Souche
et joui avec son illustre mari de ses aimables douceurs pendant
quelques semaines, elle se trouva ennuye de possder toujours les mmes
objets. Le prince de Vaudemont lui crivoit souvent, sans que le comte
le sut; c'est pourquoi cette belle solitaire lui manda son chagrin, et
le pria de venir incognito la divertir, ce que ce tendre amant fit le
plus tt qu'il lui fut possible. Mais quand le prince fut arriv dans le
village, la comtesse parut fort embarrasse o elle le pourroit loger
commodment, sans que son mari le pt savoir? Des penses d'un si grand
poids occuprent longtemps notre passionne amante, qui trouva le moyen
de faire venir tous les jours son incomparable galant chez elle; cette
dame aimoit extrmement la symphonie d'un clavecin et d'un tuorbe[267],
c'est pourquoi son mari lui avoit donn de ces jolis instruments pour
l'occuper agrablement; et comme elle ne les touchoit pas dans la
dernire perfection, elle avoit besoin d'un matre, ce que le comte lui
accorda avec plaisir. Il ne restoit donc plus qu' le faire venir de
Paris. C'toit M. Desnu[268] que l'on choisit pour le plus savant et
qui convenoit le mieux  l'ge et  la taille du prince de Vaudemont,
qui devoit jouer le personnage du matre de tuorbe, en copiant et
sa voix et ses manires, et tant travesti d'un habit d'un homme de ce
caractre. Par bonheur pour la comtesse, son poux avoit la vue fort
courte, c'est ce qui le rendoit plus dfiant qu'un autre; et il falloit
mme qu'il regardt les personnes de bien prs pour les connotre. Le
jour tant venu que l'on devoit exercer les instruments, le comte de
Souche reut M. Desnu fort civilement, et lui fit grande chre, ce qui
donna bien de la joie  la comtesse. L'on ne parla que d'instruments
pendant tout le dner. Le prince de Vaudemont, afin de mieux contrefaire
le ton de sa voix, faisoit des grimaces effroyables qui firent rire
Mme de Souche de toute son me. Quand l'on eut bien bu  la sant les
uns des autres, il fut question de commencer  jouer. Chacun prit sa
place dans un ordre fort rgulier. Le comte de Souche se mit auprs de
M. Desnu, afin de le connotre, ce que le fin joueur de clavecin ne
trouva pas bon, et dit au comte fort srieusement qu'il falloit qu'il
eut la libert de mettre ses bras o il vouloit et qu'il ne pouvoit tre
gn en jouant. Le prince, qui se souvenoit trs-peu des leons qu'on
lui avoit apprises tant petit garon, se trouva fort embarrass pour
chanter quelque air.

Aprs avoir pass quelque temps  raccommoder ses cordes, qu'il rompoit
exprs, il pria la comtesse de jouer la premire, ce qu'elle fit
aussitt, et comme elle touchoit assez joliment ces instruments, le
prince dguis n'eut pas bien de la peine  l'instruire. Le comte toit
fort content de M. Desnu, qui faisoit tout son possible pour le
tromper, et qui profitoit tous les jours de la prsence de sa belle,
sans cependant pouvoir bien l'entretenir seule; mais cet amoureux prince
se contentoit de la voir, en attendant l'occasion favorable de lui
pouvoir dire les tendres sentiments de son coeur. Mme de Souche
travailloit toujours  faire natre cette occasion aprs laquelle elle
soupiroit avec tant d'impatience, et qui lui paroissoit le plus grand
bien de sa vie, aimant plus qu'elle-mme le prince de Vaudemont qui ne
languissoit pas moins que sa belle.

Un matin, comme l'on jouoit du tuorbe, le comte de Souche s'ennuya
d'entendre dire incessamment la mme chose, ce que M. Desnu faisoit
dans le dessein de fatiguer son auditeur et de l'envoyer un peu prendre
l'air, ce que le comte fit. Aprs avoir plusieurs fois baill, en
ouvrant la bouche de toute son tendue, il dit  sa chre femme qu'il
alloit faire un tour dans le bois, et que bientt il reviendroit.--Nous
serons encore plus d'une heure, monsieur, rpliqua la comtesse, pour
accorder le dessus avec la basse. Si cela vous chagrine, vous avez du
temps  vous promener.

Pendant que M. de Souche toit dans la fort, nos amants se disoient
tout ce que l'amour peut inspirer de plus tendre, et le prince ne
pouvant s'empcher de rire de la plaisante figure qu'il faisoit, la
comtesse lui dit, en le regardant tendrement:--Nous devons reprendre
nos instruments, car si notre jaloux revenoit, il nous trouveroit sans
occupation, ce qui ne feroit pas bon effet.--Je le veux, madame,
rpartit le prince de Vaudemont, recommenons  jouer du tuorbe
afin que, quand le bonhomme viendra, il nous voie dans un grand
attachement. La pluie qui tomboit, avoit contraint le prince de
retourner  sa maison plus vite qu'il ne vouloit. Cela attrista M.
Desnu, qui n'avoit pas envie de toucher le clavecin, et qui aimoit bien
mieux badiner avec sa belle; l'on marqua pourtant de la joie au comte,
quand on le vit, et mme on lui dit qu'il avoit t bien longtemps
absent, ce qui lui fit plaisir, car il toit bien aise qu'on le caresst
un peu.

Le lendemain, le comte de Souche, qui avoit vu courir plusieurs livres
dans le bois, fut avec ses chiens  l'afft tout le soir, ce qui plut
extrmement au prince de Vaudemont, tant dlivr de la prsence
importune de celui qui le gnoit. La comtesse, qui toit indispose, se
retira dans son cabinet pour se reposer un peu. M. Desnu demanda 
Metillon, qui toit la demoiselle de Mme de Souche, o toit sa
matresse.--Elle est, rpliqua-t-elle, Monsieur, monte en haut, mais
je ne sais si Madame est dans la terrasse ou dans son cabinet.--Je m'en
vais voir, rpondit le prince dguis, qui courut promptement chercher
son aimable colire, qui dormoit  demi sur un petit lit de
Turquie[269], qui toit fait de velours vert avec une campane[270]
d'or qui en faisoit l'ornement. Le prince, tant entr fort doucement de
crainte de l'veiller, se mit dans une chaise  ct d'elle, en poussant
deux ou trois soupirs, qui veillrent la charmante enfant, qui ouvrit
ses bras  son cher amant, dans le dessein de l'embrasser, quand elle
entendit le comte de Souche en bas, qui revenoit de la chasse et qui
cherchoit sa femme pour lui faire voir sa prise.

Pendant que le comte alloit de chambre en chambre, le prince de
Vaudemont se cacha dans une grande armoire, qui toit ordinairement dans
le cabinet, et que Mme de Souche ferma  cl. Son cher poux tant
entr avec elle, l'entretint du bon succs de sa chasse, et lui dit le
nombre de petits levrauts que Diane, sa fidle chienne, avoit arrts. Il
fit le pangyrique de cette bte, le plus avantageux qu'il put. Cela
ennuyoit beaucoup la comtesse, qui savoit le chagrin o M. Desnu se
trouvoit, tant fortement retenu dans l'armoire qui le pressoit de tous
cts, n'osant pas mme respirer. Aprs que la comtesse se fut servie de
toute sa politique envers son mari, elle lui demanda fort civilement,
s'il vouloit venir souper.--Oui, mon coeur, rpondit M. de Souche,
car j'ai bien faim; mais dites-moi, je vous prie, o est M. Desnu, afin
que je lui fasse part de mes livres?--Je ne sais, Monsieur, rpliqua la
comtesse, en contrefaisant l'innocente. Je crois qu'il se promne dans
le jardin en attendant le souper. Je le trouve si occup de ses leons,
qu'il ne fait que rver.--Voil la marque d'un bon matre, ma femme, dit
le comte, puisqu'il s'attache  ce qu'il fait. Je vais le chercher
sous ces feuillages.

Mme de Souche courut en haut ouvrir l'armoire pour dgager le prince
de Vaudemont, pendant que son mari alloit voir dans le jardin s'il le
trouveroit; ce qui fut inutile au pauvre comte, car M. Desnu n'y avoit
pas t de la journe, ayant toujours demeur proche de sa belle,  lui
faire voir toute la force de son amour.

Sitt que le prince fut sorti de prison, il courut au devant du comte et
lui dit:--Ah! Monsieur, j'tois bien en peine de vous, ne vous ayant
pas vu depuis le matin; avez-vous fait bonne partie  la
chasse?--Monsieur, rpondit le comte de Souche, en lui prenant la main,
j'ai eu la fortune  mes gages, car tous les coups que j'ai tirs ont
russi, de sorte que je suis fort content.--Ah! Monsieur, rpondit le
prince de Vaudemont, en contrefaisant toujours sa voix enroue, c'est le
plus grand plaisir du chasseur que la prise. Courir sans rien trouver
est un exercice bien triste, mais je crois qu'il y a du bonheur  la
chasse, comme au reste des choses du monde.

Nos messieurs auroient encore continu leur conversation; mais un des
valets du comte lui vint dire que le souper toit prt, ce qui leur fit
quitter la promenade et se mettre  table, o l'on dit mille choses
galantes.

Aprs le souper l'on joua de la guitare et du tuorbe, o la comtesse,
qui chantoit fort bien, mla sa voix toute charmante, et dit plusieurs
airs fort tendres que M. Desnu lui avoit appris et qu'elle trouvoit les
plus jolis du monde, parce qu'ils exprimoient les passions de son
coeur. Les voici comme elle les chanta:

    L'on dit que la colre
    Peut dgager un coeur,
    Mais ce n'est qu'une erreur,
    Et je sais le contraire.
    Aime-t-on tendrement?
    Ah! difficilement
    Peut-on fuir ce qu'on aime.
    Qui se fche aisment
    Doit s'apaiser de mme.

Le comte de Souche trouva tant de sincrit dans cet air qu'il pria sa
femme de le dire deux ou trois fois, ce qu'elle fit agrablement et dit
encore ce qui suit:

    Le Soleil, jaloux des plaisirs
        Qu'on gote dans la plaine,
    Empche que les doux zphirs
        Ne soufflent leur haleine.
    Mais malgr toute sa chaleur,
        Je chercherai l'ombrage,
      Et j'aurai de la fracheur
        Au fond de ce bocage.

M. Desnu, qui prit la basse, chanta ces paroles avec le clavecin:

    Ah! que ce sjour est charmant
    Pour la demeure des amants!
    On gote une joie parfaite
    Dans cette agrable retraite.

Le comte de Souche voulut prendre part  la charmante symphonie, et fit
ces vers impromptus:

        Mon Dieu! que vous avez d'appas!
    Le doux plaisir de vous our chanter!
        Les dieux, s'ils toient ici-bas,
        Seroient forcs de vous aimer.

Tout le soir se passa avec assez de dlices,  la rserve de nos amants,
qui toient observs du comte, et qui ne pouvoient rien se dire de
tendre que par le langage de leurs yeux, qui faisoient tous leurs
efforts  parler secrtement. Et comme M. de Souche avoit la vue fort
courte, le bonhomme ne pouvoit pas bien remarquer les mouvements
passionns de ces interprtes muets, qui disent plus que l'loquence la
plus polie.

Le comte de Souche, qui se dfioit un peu que le matre aimoit son
colire, mais cependant qui ne faisoit aucun jugement tmraire,
sachant bien que sa femme toit tout aimable, et qu'il toit impossible
de la voir sans sentir quelque chose de particulier pour elle, voulut
pourtant l'prouver. Ce mari jaloux feignit d'aller  la chasse une
aprs-dner qu'il faisoit un temps admirable, et, comme dans la fort o
il couroit toujours des btes sauvages, il y avoit au milieu un endroit
ravissant pour la rverie,  cause d'un ruisseau qui couloit
agrablement sous cet ombrage, c'toit ordinairement le lieu le plus
charmant que la comtesse trouvoit et qu'elle appeloit ses dlices, quand
elle forma le dessein, avec M. Desnu, d'aller se dlasser l'esprit des
leons qu'elle prenoit, dans ce bois solitaire, esprant que le comte
toit bien loin, et qu'elle pourroit  loisir goter  l'cart les
charmes de l'amour.

Tout cela toit assez bien pris, si la jalousie n'avoit pas inspir au
comte des soupons, ce qui le fit cacher derrire les buissons les plus
pais, et pour entendre la conversation que Mme de Souche auroit avec
le matre dguis, qui dit  la belle tout ce qu'un amour violent
est capable d'inspirer et de sentir. Notre belle, aprs un long
entretien qu'elle eut avec son galant, qui ne roula que sur les tendres
sentiments de son coeur et sur la constance de son amour, fit mille
caresses passionnes au prince de Vaudemont, qui paroissoit tout charm
dans cet agrable moment, et qui dit  sa charmante matresse, d'un air
doux et sensible, que de tous les plaisirs de la vie, celui qui le
touchoit le plus toit les aimables caresses d'une jolie femme; que mme
cette qualit tenoit lieu de mrite  celle qui n'en avoit pas, et que
l'indiffrence en aimant toit quelque chose d'insupportable.--Quoi,
mon cher, reprit la comtesse en souriant, peut-on aimer bien et avoir de
l'indiffrence? Comment accommodez-vous le contraire de
l'amour?--Madame, rpartit M. Desnu, il y a des femmes qui sont
dissimules au dernier point, et qui aiment tendrement leur amant, et
qui seroient au dsespoir de le leur faire connotre, soit par un motif
de honte ou par celui de la gloire, ce qui est la plus grande foiblesse
du monde; car il n'y a rien de si naturel que d'aimer, et mme de toutes
les passions l'amour est le plus noble, tant l'me de tout l'univers,
qui seroit inanim sans ce dieu.--Il est vrai, mon cher, continua la
comtesse en l'embrassant, que les plus charmants plaisirs que la nature
a invents sont ceux que l'on gote en aimant. Ah! que la fin d'un
tendre amour laisse de vide dans la vie! et qu'un coeur vers la raison
fait un triste retour, quand il ne sent plus ces brlants transports qui
l'animent!

Monsieur de Souche, qui avoit eu la patience d'couter tout ce langage
amoureux, et qui souffroit mortellement, tant toujours sur le point de
percer son ennemi de mille coups, ne put s'empcher de rompre une
conversation o sa gloire toit offense, et qui mritoit si bien de se
venger. Il courut donc, l'pe  la main,  sa femme, et lui dit,
furieux comme un lion: Ah! perfide, tu mrites la mort; l'honneur me
vengera de ton infidlit et de ta trahison. Quoi, lche! ton coeur
a-t-il pu former le dessein de trahir ton mari, qui t'a aime au-del de
ce que tu vaux!

Le comte pronona toutes ces paroles avec une colre inconcevable, ce
qui fit fuir nos amants infortuns dans la fort d'un ct et d'autre,
et le comte de Souche, qui ne pouvoit pas bien pntrer,  cause des
lieux sombres du bois et de sa vue, o toient les ennemis, retourna
chez lui donner ordre que jamais son infidle pouse ne revnt  sa
maison, fit fermer toutes les portes du chteau, et passa quelque temps
fort tristement.

Pendant tout ce dsordre, le prince de Vaudemont et la comtesse toient
dsesprs de leur malheur, qui toit sans remde; car il n'y avoit pas
moyen d'appaiser le comte de Souche, irrit effroyablement, et qui ne
pouvoit pas mme entendre prononcer le nom de sa femme, ne la regardant
plus que comme une sclrate, qui mritoit toute sa haine. Mais ce qui
consoloit un peu cette dsole toit l'esprance qu'elle avoit que le
dguisement du prince en M. Desnu n'avoit pas t dcouvert; et que ce
rus galant avoit toujours bien jou son rle, que mme le bonhomme
croira incessamment que c'est le matre de tuorbe qu'elle aime. Ces
ides donnrent un peu de repos  notre belle, qui pria le prince de
Vaudemont d'aller faire sa cour auprs de son mari, ce qu'il trouva fort
difficile, et dit  Mme de Souche:--Quoi, croyez-vous, ma chre, que
le comte ne m'ait pas reconnu dans le personnage que j'ai fait? Il est
trop fin pour n'avoir pas connu que c'toit moi qui tois le matre de
clavecin.--Ah! mon aimable, perdez ces sentiments; mon mari n'auroit
point souffert cette feinte, s'il avoit eu la moindre connoissance de la
tromperie que nous lui avons faite, mais je ne puis m'en affliger
davantage; puisque c'est vous qui en tes la cause.--Ah! mon adorable
enfant, dit le prince, en se jetant aux pieds de la comtesse, je suis au
dsespoir de vous donner de la peine; mais je prtends reconnotre
toutes les bonts que vous avez eues pour moi en sacrifiant ma vie pour
votre soulagement. Faites fond sur ma tendresse, qui sera pour vous
ternelle.

Des assurances si sensibles firent tomber un torrent de larmes des beaux
yeux de Mme de Souche, que son amant, qui n'toit pas moins afflig,
prit la peine d'essuyer de son mouchoir, aprs l'avoir baise mille
fois. La belle, toute languissante, dit au prince qu'elle ne vouloit
plus voir le monde, et qu'il falloit qu'elle se retirt dans un couvent,
le reste de ses jours. A quoi son cher amant ne put consentir qu'avec
une violence incroyable.--Quoi, disoit ce tendre prince, perdre ce que
l'on a de plus cher au monde est la plus grande infortune qu'un
homme puisse recevoir. Oui, Madame, continua ce passionn galant, il n'y
a que la mort qui puisse effacer un si triste souvenir.--Ce que vous
dites est vrai, rpondit la comtesse en soupirant, mais nous ne pouvons
pas nous opposer  notre destine, qui suit les ordres reus du premier
des tres, sans nous demander si nous sommes contents de ce qu'elle
fait.--Il faut donc consentir  ses dcrets aveuglment et sans
rsistance, rpliqua le prince de Vaudemont?--Oui, mon cher, nous y
devons obir comme forcs. C'est pourquoi, si je dois finir mes jours
dans un monastre, vos efforts ne pourront l'empcher.

La comtesse, qui vouloit absolument se retirer dans une abbaye de
Sainte-Claire, qui toit compose de femmes qui avoient des diffrends
dans le monde, dit adieu  son amant qu'elle laissa plus mort que
vivant, et qui lui promit pourtant qu'en son absence, il alloit
travailler  la bien remettre avec son poux afin de la pouvoir encore
revoir et de lui pouvoir dire qu'il l'aimeroit jusques au tombeau.

Ce fut les dernires paroles que nos tendres amants se dirent, aprs
s'tre embrasss mille fois, qui furent accompagnes de tristes soupirs
et de pleurs capables d'attendrir un coeur de marbre et d'amollir les
rochers[271].

Le roi, depuis peu de jours, n'ayant plus rien  dmler avec le monde,
et voyant que la fortune commenoit  l'abandonner, en fit des
plaintes sensibles  son confesseur[272] et  la marquise de Maintenon,
comme  ses deux plus fidles amis,  qui Sa Majest confie tous ses
secrets et les fait dpositaires de ses plus chres penses. Ce prince
leur dit, en des termes fort pathtiques, que la vie lui toit un
supplice, depuis un espace de temps, et qu'il envioit le bonheur de ceux
qui passent leurs jours dans des monastres; qu'ils toient exempts de
mille et mille chagrins qui travaillent les hommes, et qui leur rongent
l'esprit; que de toutes les conditions, celle des monarques et des
princes toit la plus  plaindre; que l'clat qui environnoit leur sort
n'toit qu'imaginaire, et que le moindre berger gotoit plus de douceurs
dans son petit tat possible[273] que le plus grand des rois ne faisoit
dans tout son triomphe.

Des rflexions de cette nature tonnrent extrmement le rvrend Pre,
qui regarda la marquise de Maintenon en soupirant, et qui lui dit:
--Madame, le coeur de notre monarque est tout abattu, ce qui me
surprend assez qu'un grand prince comme lui, qui a la foudre en main
pour renverser l'univers quand il voudra, puisse concevoir des ides si
tristes. Le Pre jsuite dit ces paroles avec chaleur, comme tant
intress  la conversation du Roi, qui a tant de bont pour tous les
religieux, particulirement pour les rvrends Pres de la compagnie de
Jsus, qui font tout leur possible pour enlever la tendresse de ce
prince, en lui donnant continuellement de l'encens qui ne leur cote
rien. Le Pre Bon-Ange[274], grand ami de Mme de Maintenon, a fait
battre, il n'y a pas longtemps, plusieurs belles mdailles o le Roi est
reprsent en diverses figures, comme un Jupiter qui renverse le monde
avec sa foudre, ou bien comme Hercule qui triomphe de plusieurs nations
et mme des fleuves. Achlos fils de Thtis, combat en vain pour
Djanire, quoiqu'il soit mtamorphos en taureau qui est le plus furieux
de tous les animaux; Hercule lui arrache une de ses cornes. L'on voit,
d'un autre ct, le Roi dans les airs, comme un Apollon qui fait la
guerre  ses ennemis et qui leur perce le coeur de flches. Toutes ces
charmantes devises ont t prsentes  Sa Majest dans la vue de
l'encourager  soutenir ses conqutes. C'est le dessein jsuitique que
ces illustres Pres de l'glise forment tous les jours.

Pour revenir aux rflexions solides que notre Monarque fait, en ayant
bien voulu entretenir son confesseur, qui trouva bon de relever les
sentiments de ce prince, en lui faisant connotre par une morale toute
choisie, et digne de l'esprit de ces Messieurs, qu'il falloit qu'un
hros ne s'abattt jamais, quand mme la fortune ne seroit plus son amie
et que le bonheur le fuiroit; et que les Rois toient au-dessus de ces
chimres, et qu'une autre main rgloit leur sort, que tout le reste des
hommes[275]; et qu'un Prince comme lui et n heureux, ayant toujours t
la terreur de toute l'Europe, il ne falloit pas couter mille petits
sentiments qui s'levoient dans le coeur par la sollicitation de la
chair, qui s'oppose incessamment  la juste raison, et qui est
quelquefois irraisonnable elle-mme dans son dsordre. Le Roi se sentit
le coeur fortifi et plus fort de courage, aprs de si sublimes
expressions, ce qui donna une joie inexprimable  madame de Maintenon,
et lui fit remercier le rvrend Pre en ces termes:--Mon cher
conducteur, je sais que vous tes la lumire du monde, et que sans votre
divin pouvoir nous ne pouvons rien faire, et que vous affermissez les
pas les plus glissants; c'est pourquoi je vous remets l'esprit du Roi
entre vos bras, qui est changeant comme le reste des humains; ce qu'il
veut aujourd'hui, demain ce Prince ne le veut plus. Je ne sais ce qui
fait cette ingalit chez lui.--Madame, rpondit le Pre, aprs avoir
bien rv, j'ai dcouvert, ou je me trompe, le principe des chagrins de
notre Monarque. Je crois qu'il est fch de n'tre plus sensible 
l'amour qui a t autrefois sa passion dominante; que, voyant que vous
lui prsentez journellement des objets adorables, et qu'il ne
trouve plus rien chez lui qui rponde  ces offres charmantes, vous
l'irritez plutt que de renouveler sa tendresse mourante. N'est-il pas
vrai, Madame, continua ce rus Pre, que ce que nous pouvons avoir
facilement nous rebute?--Mon pre, rpliqua la Marquise, vous approchez
un peu de ce qui chagrine le Roi; mais je sais que sa vritable peine
est le mchant tat des affaires prsentes. Sa Majest ne voit point de
jour  trouver de l'argent pour fournir  la guerre, qui dsole, comme
vous voyez, une partie du royaume de France. Les coffres du Roi sont
entirement vides[276], et de l'humeur qu'est ce Prince, il fera comme
Franois Ier, c'est--dire que Sa Majest se servira de sa dernire
pice, comme fit son alli devant Pavie.--Madame, dit le jsuite, nous
avons fait tout notre possible pour l'Etat, et nous ne pouvons plus rien
donner du ntre, ou bien nous serons rduits  la mendicit, qui est une
chose dplorable, que des religieux, qui se sont vus autrefois  leur
aise, soient aujourd'hui sur le petit pied.--Ce que vous dites est vrai,
mon cher pre; mais quelquefois nous ne sommes pas ns pour tre
tout--fait inutiles dans la vie. Notre Monarque a trouv  propos de se
servir de vous, comme de lumire, dans les tnbres et pour voir clair
en toutes ses entreprises.

La conversation srieuse auroit encore dur, si frre Antoine[277], qui
est un novice nouvellement reu, et par malheur qui est devenu
amoureux d'une des demoiselles de madame de Maintenon, qui est une jolie
fille, jeune et fort engageante, ne ft entr, et n'et rompu
l'entretien, en demandant d'un air tendre et plein de feu  la marquise,
comment se portoit mademoiselle Gisson[278], qui toit depuis peu
malade, et si le remde qu'il lui avoit donn avoit bien russi.--En
vrit, mon frre, rpondit madame de Maintenon, en riant, et qui ne se
doutoit point de l'amour de frre Antoine, l'on m'a dit ce matin que la
pauvre enfant toit bien mal. Elle auroit peut-tre besoin d'un
consolateur.--Madame, je m'y en vais, dit le frre passionn; je
tcherai de la consoler le mieux qu'il me sera possible.

Le frre tant entr dans la chambre de mademoiselle Gisson, s'approcha
de son lit et lui prit la main, pour demander d'une voix tendre si elle
dormoit bien.--Non, mon frre, rpondit la belle, je ne puis trouver de
repos. Je sens des inquitudes mortelles.--Ah! mon aimable soeur,
rpartit le frre Antoine, en lui baisant les mains tendrement, quels
pourroient tre les troubles de votre coeur? faites-moi la grce que
je sois votre confesseur; je vous pardonnerai bien des petits pchs qui
vous embarrassent et dont la prsence vous fait peur. Mademoiselle
Gisson parut toute surprise de la familiarit du frre jsuite. Cette
charmante enfant, qui avoit de l'esprit infiniment, connut d'abord que
c'toit l'amour qui l'apprivoisoit, et que, si elle confessoit ses
pchs  un homme qui avoit le coeur si tendre, elle auroit facilement
la rmission de toutes les fautes qu'elle auroit commises, petites ou
grandes, ce qui est contre les ordres que la pnitence ordonne et les
mortifications de l'Eglise. Notre charmante dit au frre qu'elle ne se
sentoit pas encore assez bas ni assez foible, pour avoir besoin d'un
confesseur, que son mal commenoit un peu  diminuer.--J'en suis ravi,
ma chre mignonne, rpliqua le frre, en riant, car ce seroit dommage
qu'une jolie demoiselle comme vous ne ft plus l'ornement du
monde.--Que je vous trouve obligeant, mon frre, dit cette
incomparable; vous me contez plus de douceurs que jamais l'on ne m'a
fait, et vous tes trop galant pour le monastre. Vous avez trs-mal
fait de renoncer au monde.--Hlas! ma belle enfant, ce n'est que la
rigueur de votre aimable sexe, rpartit le frre, en soupirant, qui m'a
inspir l'envie d'tre religieux. Je n'ai aucune inclination au parti
que j'embrasse, mais le dsespoir o je me suis trouv en aimant
passionnment la plus cruelle qui ait jamais t sous le ciel, et la
plus adorable qui ft au monde, m'a fait jeter aveuglment, et sans
rflexion, aux Jsuites, trouvant toutes choses ennuyeuses, puisque je
ne pouvois pas me faire aimer de la jolie enfant qui me tenoit sous sa
loi. Ah! quel martyre, ma charmante, continua cet amoureux frre, quand
on n'a point de rciproque en amour!--Je vous plains extrmement, mon
frre, rpondit modestement mademoiselle Gisson, puisque ce n'est point
pour un vritable motif de pit que vous avez quitt les plaisirs
de la vie. Vous serez malheureux tout le reste de vos jours.

Le frre Antoine vouloit comme embrasser la belle mignonne par un
transport de passion, quand la marquise de Maintenon entra, qui trouva
au frre jsuite les yeux tout remplis d'un beau feu, que sa tendresse
amoureuse lui faisoit natre et qui le rendoit tout brillant. Madame de
Maintenon lui en sut bon gr, croyant que cette vivacit venoit de la
force de sa dvotion.--Eh bien! mon frre, combien avez-vous dit de
prires  notre malade.--Madame, rpondit le frre tout confus, j'en ai
dit autant que Mademoiselle en a voulu. Je finissois les litanies de la
Vierge, quand vous tes entre.--Je suis fche d'avoir interrompu une
si charmante dvotion, rpartit la Marquise; mais vous pouvez continuer,
je serai un de vos auditeurs.

Le frre, qui n'avoit point envie de dire des prires, et qui n'en
savoit peut-tre pas beaucoup, aimant bien mieux lire quelque jolie
petite histoire amoureuse que ses matines, prit cong de notre abbesse,
en lui disant adroitement qu'il ft encore quelque autre visite  des
malades qui l'attendoient, et que comme le rvrend pre du Sort[279] ne
pouvoit plus sortir  cause de sa vieillesse, il falloit qu'il le
soulaget un peu.--Vous avez des sentiments bien pieux et bien
charitables, mon frre, rpondit madame de Maintenon; c'est un bon
commencement pour un jeune religieux. Je prierai Saint-Louis, notre
aimable patron, qu'il fortifie les bons mouvements de votre coeur. Le
frre remercia la marquise par une inclination de tte en la quittant.

Mademoiselle Gisson, toute malade qu'elle toit, eut peine  s'empcher
de rire dans son lit, de l'hypocrisie de frre Antoine, qui trompoit si
finement madame de Maintenon, en l'amusant d'oraisons imaginaires; car
le rus jsuite aimoit bien mieux donner l'encens  Vnus ou  Bacchus,
qu'aux autres saints et aux saintes, qui n'toient, comme il le disoit 
ses amis, que dans l'imagination des simples.

Le lendemain, le Roi, pour charmer son chagrin, qui toit insupportable,
fut  Saint-Cloud avec toute la Cour, o l'on donna un bal le plus
charmant qui se soit jamais vu. La duchesse de Chartres[280] n'avoit
point encore paru si aimable qu'elle le fut dans ce jour; aussi
emporta-t-elle le prix du bal, comme celle qui dansa du plus bel air, ce
qui rveilla un peu la tendresse mourante du Roi, et lui fit natre
l'envie de danser avec cette belle princesse,  qui Sa Majest dit mme
des douceurs paternelles, que la duchesse trouva fort bien penses; 
quoi elle rpondit d'un air enjou qu'elle devoit  Sa Majest la
lumire du jour:--Il est vrai, mon illustre mignonne, dit le Roi
en riant, mais non pas votre mrite.--Ah! Sire, rpondit la duchesse,
j'en sais bien faire la diffrence.

Notre Monarque auroit peut-tre encore raisonn avec cette charmante, si
madame de Maintenon, qui ne peut souffrir que le Roi caresse personne
(quoi qu'indiffremment ce Prince le fasse quelquefois pour passer de
mchants moments, ou pour faire diversion  l'embarras o Sa Majest se
voit aujourd'hui), ne l'et interrompu par une lettre qu'elle prsenta 
Sa Majest, du comte de Chteaurenaud[281], qui commandoit la flotte
franoise, o il marquoit toutes les merveilles qu'un des vaisseaux que
l'on appeloit l'_Entreprenant_ faisoit; ce qui donna un grand plaisir 
ce Prince, et lui inspira la plus belle humeur du monde.

L'on fut  la chasse le jour suivant. Mademoiselle de Bourbon[282], qui
est une des jolies cavalires qui aient jamais t, parut aussi
infatigable que les meilleurs cavaliers dans la force de leur course.
Elle fut toujours  la tte des chiens, en conduisant son cheval avec
une adresse admirable, ce qui la fit distinguer de toutes les autres
dames, et lui attira plusieurs louanges que cette charmante chasseresse
reut modestement, particulirement du marquis de Bordage[283], qui ne
l'avoit point abandonne un moment, et qui toit devenu passionnment
amoureux d'elle dans cette rencontre. Il est vrai qu'il est bien
difficile  un homme un peu dlicat en mrite de conserver sa libert en
la compagnie du sexe fminin, quand la nature a donn  ces aimables
conqurantes les dons de se faire aimer.

Nous lisons qu'un philosophe moderne ayant fait tous ses efforts pour ne
pas sentir la foiblesse de l'amour, fit une ferme rsolution de ne voir
jamais de femmes, esprant par ce moyen que leurs charmes ne
troubleroient point son repos; mais tant un jour dans sa solitude
ordinaire, qui toit comme un petit dsert, o il n'entroit
personne, deux pigeons se caressoient tendrement sur un jeune arbrisseau
que la nature avoit fait natre dans ce lieu solitaire. L'amour prit
plaisir dans ce moment  faire considrer avec attachement  ce
philosophe rveur toutes les petites manires innocentes et toutes
charmantes dont cette aimable colombine se servoit pour faire connotre
 son galant qu'elle l'aimoit. Ces tendres penses lui inspirrent
l'envie d'aimer le chef-d'oeuvre que Dieu a cr pour l'homme; c'est
de la manire qu'il en parle, aprs son retour d'indiffrence, ayant
toujours regrett les prcieux moments qu'il n'a pas employs  aimer
les jolies femmes.

Revenons au marquis du Bordage, qui ne pouvoit perdre l'ide charmante
de sa belle Diane, qui avoit pris sa libert comme les autres conqutes
qu'elle avoit faites. Ce passionn marquis ne pouvant trouver les moyens
de faire connotre  mademoiselle de Bourbon combien il languissoit pour
elle, lui crivit ce qui suit dans la tablette que cette belle mignonne
avoit perdue en courant le cerf, dans le plus pais de la fort, et que
ce tendre cavalier avoit trouve  ses pieds; voici ce qu'il y grava en
la lui renvoyant:

    Rien ne me touche tant que mon incomparable.
    Je dcouvre en elle plusieurs charmes secrets,
        Et mille appas et mille attraits,
    Dont la douce force est pourtant invitable.
        De la douceur, point de fiert,
        Un air qui n'est point affect,
    Un port majestueux, un esprit agrable
    Qui range tous les coeurs sous son divin pouvoir,
    Et leur peut en l'aimant faire  tous concevoir
    Un bonheur sans gal et mme inexprimable.

Mademoiselle de Bourbon fut toute surprise de voir dans sa tablette des
vers crits d'une main inconnue et qui faisoient une partie de son
portrait, le marquis ne l'ayant pas voulu achever, afin d'avoir encore
un sujet une autre fois de la surprendre, ce qui lui toit assez
difficile, car cette adorable perfection toit fort rserve et ne
voyoit point le monde, tant trs-souvent  la campagne,  un beau
chteau qui lui appartenoit,  deux lieues de Saint-Germain.

Le marquis se sentant perdment amoureux, et ne pouvant tre assez
heureux pour jouir de la prsence de son incomparable, prit les habits
de la jardinire,  qui il ressembloit beaucoup, et que depuis longtemps
il mnageoit pour ce dessein. Mademoiselle de Bourbon toit accoutume 
venir tous les matins cueillir des fleurs dans le jardin et  passer
quelques heures dans l'entretien rustique des paysannes qui venoient
cultiver les parterres du jardin. Le marquis dguis s'toit mis dans un
coin pour tirer de mchantes herbes qui gtoient des jasmins et des
orangers, quand notre belle, qui aimoit passionnment ces petits
arbrisseaux, fut trouver celle qui les accommodoit dans une propret
sans gale, et lui dit, en riant: Ah! ma chre, que vous tes propre au
jardinage! je n'ai point encore vu une personne si adroite que vous.

Le marquis, qui se sentit le coeur mu de ces douceurs, lui rpondit,
en copiant la paysanne, qu'elle se croyoit la plus fortune de
toutes celles de son village, puisqu'elle avoit le bonheur de plaire 
une si illustre personne. Mademoiselle de Bourbon aperut au langage de
cette fille de la diffrence au jargon ordinaire des bocagres. Elle lui
demanda, en la regardant fixement, d'o elle toit, et si elle n'avoit
jamais t dans les villes. La jardinire parut si spirituelle  cette
charmante demoiselle, qu'elle entra en soupon que ce ne ft quelqu'un
qui se ft dguis pour lui parler. Ces penses la firent retirer plus
tt qu'elle n'auroit fait. Le marquis se voyant seul, et n'ayant pas
encore fait de grands progrs dans son amour, s'avisa d'crire ces vers
sur l'corce des arbres du jardin:

    Belle pour qui l'amour se dguise aujourd'hui,
    En voyant vos beaux yeux, je demeure ravi.
    Plusieurs me charment l'oeil, mais une au coeur me tire
    Des traits si forts, si doux, que doux est mon martyre.

Comme le marquis achevoit ces tendres paroles, les autres paysannes
l'appelrent pour travailler dans les alles de verdure qui composoient
ce beau lieu.


NOTES.

  [150] A Cologne, chez P. Marteau, 1695. In-12 de 171 pp.

  Au frontispice, Louis XIV, l'air triste et soucieux, regarde un
  Amour tendu mort  ses pieds;  sa gauche, deux Amours;  sa
  droite, deux autres Amours s'empressent auprs de lui; une femme,
  coiffe d'une fontange, tient par la main les Amours de droite. A
  chaque extrmit du tombeau o gt l'Amour, un Amour tient son
  flambeau renvers.--Le titre est donc justifi; c'est bien le
  tombeau des Amours.

  Sur le devant du tombeau, on lit: Hlas! notre rgne est fini!
  au bas de la gravure, ces quatre vers informes:

          Adieu, trop aimables amours
      Qui avez su me charmer si tendrement.
          Ah! je ne sens plus pour vous
      L'ardeur qui me touchoit si vivement.

  De la main droite du Roi se droule une bande avec ces mots: Il
  est incomparable.

  [151] Ces lignes en italique ont la prtention d'tre des vers de
  mesure ingale; ils valent ceux du frontispice. Voir page 242,
  note 150. Il faut lire sans doute:

      Est-il rien de si doux qu'une ardeur innocente
      Qu'un rare mrite fait natre dans nos mes?
      Je ne vois nul bonheur  respirer le jour
          Si de l'univers on bannit l'amour.
          Tous les plaisirs se trouvent dans sa suite
          Et sans aimer la vie est un supplice.

  Voyez galement ci-dessous; l'auteur a risqu d'autres vers aussi
  dpourvus de sens, de mesure et de rime que le sont ceux-ci.

  [152] Ce libelle a t publi en 1695.--C'est  peu prs le temps
  o la pice prcdente place les amours du Roi avec Mlle du Tron.

  [153] Voy. t. II, pp. 1-24.

  [154] Les deux lignes qui prcdent et celles qui suivent jusqu'au
  dernier paragraphe de la p. 10 sont copies sur la deuxime
  historiette du 2e volume de ce Recueil (pp 31-33).

  [155] Voy. t. II, p. 32.

  [156] Voy. t. II, pp. 10 et 21 (_notes_).

  [157] A cette poque (1659), la reine, ne en 1601, avoit 58 ans;
  Mazarin, n en 1602, avoit 57 ans. Cf. t. I, p. 184.

  [158] Ce motif n'toit point celui qui dirigeoit la gnreuse
  conduite de Mazarin. Voy. t. II, p. 10 et 21 (_notes_).

  [159] Ce mot ne se trouve dans aucun dictionnaire du temps, et n'a
  mme jamais t admis par l'Acadmie franoise. Cependant on le
  rencontre  la mme poque dans divers autres ouvrages.

  [160] Voy. t. II, p. 22.

  [161] A cette locution, comme  plusieurs autres et  l'ignorance
  dj constate des rgles de notre versification, il est facile de
  voir que cet opuscule n'a pas t crit par un franois. Voy. t.
  II, p. 7.

  [162] Le 15 septembre 1665.

  [163] Voyez sur cette campagne, Mlle de Montpensier, _Mmoires_,
  collection Michaud et Poujoulat, pp. 398-402, et _Mmoires de
  Louis XIV_, dition Dreyss, t. II.

  [164] Voy. t. II, _passim_; la campagne des Pays-Bas est de 1667;
  les amours de Louis XIV avec Mlle de La Valire commencrent en
  1661.

  [165] Sur sa noblesse, voy. t. II, pp. 27 et 33.

  [166] Voy. t. II, p. 34.

  [167] Tout le passage qui suit, jusqu': Mlle de La Valire en
  parut afflige p. 249, est la reproduction  peu prs exacte de
  ce qu'on lit au t. II, dans le _Palais-Royal_ ou _l'Histoire de
  Mlle de La Valire_.

  [168] A partir d'ici, le texte abrge le rcit du t. II et en
  diffre sur des points peu importants, par exemple le billet de la
  p. 250.

  [169] Toujours les lois de la galanterie; toujours la pratique du
  Cyrus et de la Cllie. Bussy lui-mme s'est conform aux usages
  convenus et a invent les billets, les petits vers et les
  conversations amoureuses en honneur dans les romans du temps.

  [170] Nous rentrons ici dans le texte du _Palais-Royal_, t. II, p.
  41 et suiv.

  [171] Sur l'amour de Madame pour le Roi, voy. t. II, p. 99.

  [172] Le dictionnaire de l'Acadmie franoise (5e dition) admet
  ce mot dans le sens o il est employ ici, c'est--dire de
  complaisante. Ni Richelet, ni Furetire dans leurs diverses
  ditions, ne l'ont enregistr.

  [173] Voy. t. II, p. 8.

  [174] Voy. t. II, p. 42.

  [175] Sur cette premire retraite  Chaillot, voyez t. II, p. 42.

  [176] Le Palais Brion (et non Biron, comme on l'a imprim par
  erreur, t. II, p. 44) toit un lieu de plaisir o tantt le Roi,
  tantt le jeune duc d'Anjou son frre, donnoient frquemment des
  dners et des bals, dans les plus mauvais jours de la Fronde.
  Loret dans sa _Muze historique_ (1er vol.), dcrit souvent des
  ftes de ce genre, et certains incidents qu'il relve donnent une
  curieuse ide des moeurs du temps.

  [177] Ici l'auteur, pour abrger, passe quelques circonstances qui
  se lisent dans le _Palais-Royal_. T. II, p. 44.

  [178] Dans le _Palais-Royal_ ces prtendus vers sont remplacs par
  une lettre, t. II, p. 45.

  [179] Pour tout ce qui suit, voy. II, 47.

  [180] Dans son _Teatro gallico_ (Amst., 1691, 3 vol. in-4, t. I,
  pp. 524-525), Gregorio Leti dit: Tra le donne che odiavano il pi
  nella corte La Valiera, vi erano la duchessa di Orleans e la
  contessa di Soissons; parmi les dames de la Cour qui dtestoient
  le plus La Valire, toient la duchesse d'Orlans et la comtesse
  de Soissons.--Mais il ajoute: F cosa miravigliosa che,
  nell'orditura di questa cabala si scontrasse che fossero senza
  parte alcuna la principessa Palatina, la duchessa di Soubize, e la
  signora di Luynes, che s'andava susurrando nella corte che
  ciascuna di queste havesse pretentione di poter colpire agli amori
  col R... ma potrebbe qui dirmi alcuno, e chi poteva sapere il
  segreto del cuore di queste Dame, e d'altre che aspirassero agli
  amori del R? Questo io non so,... ma un certo cavaliere in
  Parigi, che mi honorava di confidar meco molte memoriette, mi
  disse un giorno... che nel tempo che si erano incaloriti gli amori
  del R con La Valiera non vi era dama alcuna nella corte di
  qualche garbo e bellezza che non mostrasse gelosia visibile, e che
  lui stesso haveva inteso dire a molte La Valiera  pi fortunata
  di tutte noi.--Ce fut une chose merveilleuse que, pendant que se
  tramoit cette cabale, la princesse Palatine, la duchesse de
  Soubise et madame de Luynes n'y prirent aucune part, bien qu'on
  murmurt dans la Cour que chacune d'elles et des prtentions 
  l'amour du Roi. Mais qui pourroit me dire le secret du coeur de
  ces dames et des autres qui aspiroient  l'amour du Roi? Je ne
  sais, mais un gentilhomme de Paris qui m'honoroit de sa confiance
  et m'a fourni quelques petits mmoires me disoit que, au temps o
  les amours du Roi avec La Valire toient dans toute leur ardeur,
  il n'y avoit  la Cour aucune dame de quelque lgance et de
  quelque beaut qui ne s'en montrt visiblement jalouse, et que
  lui-mme avoit entendu dire  plusieurs: La Valire est plus
  heureuse que nous.

  [181] Voy. t. II, p. 49.

  [182] Ici s'arrte l'emprunt fait au _Palais-Royal_, t. II, p. 49.
  Il reprend, aprs un passage visiblement interpol,  ces mots:
  Sa Majest ayant quitt le marquis de Bellefonds, le jour suivant
  vit,... etc.

  [183] Le trait dont il est question ici est videmment le Trait
  de Breda, sign entre l'Angleterre, d'une part, la France, le
  Danemarck et la Hollande de l'autre. Le trait, dit le P.
  d'Avrigny, fut ratifi le 24 du mois d'aot. Il portoit entre
  autres choses que les Etats-gnraux envoyeroient des commissaires
   Londres pour le rglement du commerce des Indes.

  Mais ds le mois de janvier 1668, l'Angleterre, la Sude et la
  Hollande, alarmes des conqutes que le Roi de France faisoit en
  Flandre, signrent un trait par lequel ils s'engageoient 
  fournir chacune 15,000 hommes pour la dfense des Pays-Bas, que le
  Roi d'Espagne n'toit pas en tat de dfendre... Les confdrs
  firent dire  Louis XIV qu'ils ne vouloient que la paix, mais
  qu'ils se dclareroient contre celui qui ne la voudroit pas avec
  eux. Le Roi rpondit qu'il toit prs de la conclure pourvu qu'on
  lui cdt ses conqutes. On s'assembla l-dessus  Aix-la-Chapelle,
  et, pendant qu'on ngocioit, il entreprit la conqute de la
  Franche-Comt.

  [184] En 1668. Louis XIV revendiquoit la Franche-Comt au mme
  titre que la Flandre, en vertu des droits de la reine, fille de
  Philippe III.

  [185] Le prince de Cond, que le marquis de Louvois vouloit, en
  quelque sorte, opposer  Turenne, dont la faveur lui donnoit de
  l'ombrage, prit Besanon en deux jours, malgr la saison (7
  fvrier 1668).--Voy. _Mmoires_ du P. d'Avrigny.

  [186] La ville envoie vers Cond deux dputs. Ceux-ci se
  plaignent qu'on les attaque, tant comme ils sont ville impriale,
  en paix avec le Roy trs-chrtien, aussi bien que tout l'Empire,
  et ne luy en ayant jamais donn le sujet; offrent ensuite de le
  recevoir, s'il vient, mais en cette qualit de ville impriale;
  passent enfin jusques  le choisir pour protecteur, aux mmes
  conditions que Louis XI l'avoit t. Le prince de Cond refuse,
  et la ville est oblige de se rendre: ainsi le prince qui n'avoit
  paru devant cette place que le sixime fvrier, y entra le
  lendemain septime au matin. Pellisson, _Hist. de Louis XIV_,
  liv. V.

  [187] Il semble que les deux paragraphes prcdents, trangers au
  rcit, aient t interpols.

  [188] Voy. t. II, p. 49 (texte et notes), pour tout ce qui suit.
  Les deux textes ont cependant quelques lgres diffrences.

  [189] _Mmoires de Montpensier_, 1662. Le Roi se promenoit
  souvent pendant l'hiver avec la Reine: il avoit t avec elle deux
  ou trois fois  Saint-Germain et l'on disoit qu'il avoit regard
  La Mothe-Houdancourt, une des filles de la Reine, et que La
  Valire en toit jalouse. C'toit la comtesse de Soissons qui
  conduisoit cette affaire, et la Reine hassoit plus La Mothe que
  La Valire; elle et eu plus de penchant  croire que le Roi en
  toit amoureux qu' voir qu'il l'toit de l'autre. Suit
  l'histoire des grilles poses aux fentres, et qui se retrouvent
  au matin dans la cour, du refus de Mlle de La Mothe qui auroit os
  dire au Roi: Je ne me soucie ni de vous ni de vos pendants
  d'oreilles, puisque vous ne voulez pas quitter La Valire.--Or,
  ajoute Mademoiselle, ceux qui voyoient le plus clair toient
  persuads que le Roi ne s'empressoit auprs de La Mothe que pour
  cacher la passion qu'il avoit pour La Valire.

  [190] Le paragraphe suivant, jusqu'au milieu du paragraphe o l'on
  voit le Roi chez La Valire, rvant et lisant, ne se retrouve pas
  dans le _Palais-Royal_.

  [191] Nous rentrons dans le texte du _Palais-Royal_, mais avec
  d'assez notables diffrences. Cf. t. II, p. 51-52.

  [192] Ce qui suit n'est pas dans le texte du _Palais-Royal_.

  [193] Voir t. II, p. 53, les notes et le texte. Ce qui suit en
  diffre notablement.

  [194] Voy. t. II, p. 73.

  [195] Le rcit qui suit se retrouve t. II, pp. 87-88.

  [196] Claire-Clmence de Maill Brz, ne en 1628, fille de
  Urbain de Maill, marquis de Brz, marchal de France, etc., et
  de Nicole du Plessis de Richelieu, soeur pune du cardinal.
  Marie le 11 fvrier 1641  Louis de Bourbon, prince de Cond,
  elle mourut le 16 avril 1694. Les _Mmoires de Lenet_ parlent
  longuement de sa conduite politique pendant la Fronde; aprs cette
  bruyante poque, il est assez peu, mais assez mal parl d'elle.

  [197] Voy. t. II, p. 69.

  [198] Voy. t. I, p. 163.

  [199] Le prince Louis-Charles de Courtenay avoit d pouser
  Hortense Mancini. Fils du prince Louis de Courtenay et de
  Lucrce-Chrtienne de Harlay, il toit n en 1640. Aprs
  l'expdition de Gigery, il avoit suivi le Roi en Flandre et fut
  bless  Douai (1667). Il pousa, le 9 janvier 1669, Marie de
  Lameth, de qui il eut un fils tu au sige de Mons, en 1691; puis,
  en secondes noces, Hlne de Besanon. Il mourut le 28 avril 1723,
  g de 83 ans.

  [200] Tout ce paragraphe encore est un hors d'oeuvre.

  [201] Voy. sur Mme de Crqui et le lgat, t. II, p. 80.

  [202] Voy. t. II, p. 80.

  [203] Voy. t. II, p. 145 et suiv.: _la Princesse, ou les amours
  de Madame._

  [204] Encore un pisode tranger au rcit principal.

  [205] Le 29 juin 1670, selon le P. Buffires, le 30 juin, suivant
  le P. d'Avrigny.--Voy. Floquet, _tudes sur la vie de Bossuet_, t.
  III, p. 410, et une longue _note_  la fin du 2e vol. des
  _Mmoires_ de Saint-Simon, dit. en 13 vol.

  [206] Voy. t. II, p. 359, l'histoire de Mme de Montespan.--De
  longues pages sur Mlle de La Valire; six lignes pour Mme de
  Montespan: on voit combien ce pamphlet laisse  dire.

  [207] Voy. t. III, p. 3, _le Passe-temps royal_ ou les amours de
  Mlle de Fontanges. On y retrouve tout ce qui suit; mais de
  nombreux passages ont t supprims ici, pour abrger.

  [208] _Le Passe-temps royal_ dit: avec madame D. L. M.--Le nom
  de Mme de Maure, qui toit morte  la fin d'avril 1663, est une
  preuve, qui s'ajoute  toutes les autres, de la ngligence avec
  laquelle a t faite cette fade compilation.

  [209] Mot forg par l'auteur et qui ne se trouve pas dans _le
  Passe-temps royal_, d'o ce rcit est tir.

  [210] Cet pisode, comme plusieurs des prcdents, ne se rattache
  en aucune faon au rcit.

  [211] Il ne s'agit pas encore ici de la grande expdition
  commande par les ducs de Beaufort et de Navailles  la tte de
  plus de 5,500 Franois (25 juin 1669), mais d'une sorte de coup de
  main tent par quelques gentilshommes, nomms ici, et qui, d'aprs
  les _Fastes de la maison de Bourbon_, abordrent  Candie le 29
  avril 1668.

  [212] Le comte de Saint-Paul, fils de la clbre duchesse de
  Longueville, la soeur du grand Cond. N le 29 janvier 1649,
  Charles-Paris d'Orlans, duc de Longueville, comte de Saint-Paul,
  fut tu au passage du Rhin le 12 juin 1672.

  [213] Henri-Ignace de La Tour d'Auvergne, neuvime enfant de
  Frdric-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon et de
  Elonore-Fbronie de Bergh, neveu de Turenne. Il mourut le 20
  fvrier 1675.

  [214] Les _Fastes de la maison de Bourbon_ le nomment comte de La
  Feuillade. En effet, le comte puis duc de La Feuillade avoit bien
  le duch de Roannez, que sa femme, Charlotte Gouffier lui avoit
  apport en dot en avril 1667; mais Charlotte Gouffier tenoit ce
  duch de son frre Artus, qui en conserva le nom jusqu' sa mort
  en 1696.

  [215] Voy. ci-dessus, p. 265, _note_.

  [216] Dans _le Passe-temps royal_, le nom de la duchesse de Crqui
  est remplac par celui de la duchesse d'A. ou d'Arpajon, et les
  vers qui suivent par un nigme digne de ceux qui figurent dans les
  gaillardes posies du capitaine Lasphrise.

  [217] Ici, nous rentrons dans le texte du _Passe-temps royal_,
  III, 49.

  [218] Voy. t. III, p. 49.

  [219] Le texte de ce billet et du suivant diffre de celui des
  billets crits dans le mme sens et dans les mmes circonstances,
  et reproduits dans le _Passe-temps royal_.

  [220] Voy. t. II, p. 469.

  [221] Ces vers ne se trouvent pas dans le _Passe-temps royal_.

  [222] On connot les stances de Voiture sur une dame dont la jupe
  fut retrousse en versant dans un carosse  la campagne; mais
  c'toit  une poque antrieure. Loret raconte une aventure
  semblable et ne tarit pas en loges sur les beauts qui furent
  alors dvoiles aux curieux.--C'est  Mlle de Longueville, sage et
  respecte, que Loret adressoit les _Lettres en vers_ de sa _Muze
  historique_.

  [223] Le _Passe-temps royal_ nomme cette fille d'honneur Mlle de
  Beauvais. Voy. t. III, p. 54.

  [224] La seconde madame, Charlotte-Elisabeth de Bavire, la
  princesse Palatine, mre du Rgent: elle avoit pous le duc
  d'Orlans, veuf de madame Henriette, le 16 dcembre 1671.

  [225] Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavire, qui avoit pous
  monseigneur le Dauphin, le 28 janvier 1680. Cette princesse toit
  fille de Ferdinand-Marie, duc de Bavire, et de Adelade-Henriette
  de Savoie; elle mourut le 20 avril 1690.

  [226] Le dialogue qui suit manque dans le _Passe-temps royal_.

  [227] Le _Passe-temps royal_ arrte ici le rcit des amours du Roi
  et de Mlle de Fontanges. Ce qui suit ne se retrouve pas dans les
  pamphlets de ce Recueil.

  [228] Encore une interpolation dans le texte. Au milieu des amours
  de Mlle de Fontanges (1680), l'auteur revient sur la campagne de
  Flandre (1667), dont nous avons dj parl.

  [229] Voy. t. II, p. 80.

  [230] Voy. ci-dessus, p. 265.

  [231] Voy. t. II, pp. 467 et suiv., t. III, p. 58.

  [232] Le 28 du mois dernier, dit la _Gazette de France_ du 5
  juillet, Marie-Anglique de Scorailles, duchesse de Fontanges,
  mourut  Port-Royal, au faubourg Saint-Jacques, aprs une longue
  maladie, ge de 22 ans. Son corps a t enterr dans l'glise de
  ce monastre, et son coeur a t port en l'abbaye royale de
  Chelles, dont sa soeur est abbesse.

  [233] Voy. t. III, pp. 65 et suiv.

  [234] La jouissance de la terre de Chantilly avoit t donne par
  la reine Anne d'Autriche au prince de Cond; Louis XIV la lui
  abandonna, en toute proprit, en 1661.

  [235] Ces ftes mythologiques, dans le got de la fte donne 
  Rambouillet  Cospeau, sont bien de ce temps o les femmes
  aimoient  se faire peindre en desses, surtout en Dianes.--Voy.
  _Cospeau, vque d'Aire, de Nantes et de Lisieux, sa vie et ses
  oeuvres_, par Ch.-L. Livet, 1 vol. in-12.

  [236] Les nouvelles fortifications de Dunkerque toient acheves
  depuis le mois de mai 1671; le Roi, qui avoit visit la place le 2
  dcembre 1662, quelques jours aprs la prise de possession qui est
  du 27 novembre, n'y retourna point l'anne qui suivit la mort de
  Mlle de Fontanges.

  [237] Dunkerque put supporter, en 1694 et 1695, deux bombardements
  sans en trop souffrir. Les fortifications furent dtruites en
  1712,  la suite du trait d'Utrecht.

  [238] On lit dans les _Fastes des rois de la maison de Bourbon_,
  sous la date du 3 juin 1672: le Roy prend Orsay en trois jours;
  le vicomte de Turenne prend Buric en deux jours; et sous la date
  du 4: M. le Prince rduit Vesel en trois jours.

  [239] Rien n'est plus faux que ce sentiment odieux prt  Mlle de
  La Valire, qui, depuis son entre au couvent, fit l'admiration de
  toute la Cour et de tout son couvent par son dtachement sincre
  des choses du monde.

  [240] L'opinion publique alla mme jusqu' accuser Mme de
  Montespan d'avoir empoisonn sa rivale. Le Roi, craignant un
  scandale, dfendit qu'on ft l'autopsie du corps de Mlle de
  Fontanges. Voy. sur cette affaire, sur les dpositions de la
  Filastre, tmoin dans le procs de la Voisin, etc., _Mme de
  Montespan_, par P. Clment, 1 vol in-8, Paris, Didier, pp.
  402-405.

  [241] Mlle de Montpensier. En cette anne 1681, Lauzun quittoit
  Pignerol, o il avoit t enferm dans le temps o Fouquet y toit
  lui-mme, et venoit prendre les eaux  Bourbon, o il rencontra
  Mme de Montespan. Il ne reparut devant le Roi qu'en 1682. Toute la
  conversation qui suit est imite d'un passage analogue qu'on a pu
  lire au t. II, pp. 259 et suiv.

  [242] Ces mots poussez votre fortune sont prts  Mme de
  Montespan, dans _le Perroquet ou les Amours de Mademoiselle_.--Le
  Roi les rpte, aprs Mme de Montespan. Voy. II, 261. Mais,
  d'aprs ce dernier libelle, c'est en 1670 que cet entretien auroit
  eu lieu.

  [243] Voy. t. III, pp. 194 et 489. Ce n'est certainement pas avec
  lui que le Roi peut avoir eu la conversation rappele ici; et s'il
  s'agit du vicomte de Turenne, il toit mort depuis le 27 juillet
  1675.

  [244] Il n'y avoit pas de duchesse de Gerzay, mais une marquise de
  Jarz, de la famille de celui dont il a t parl, t. I, p. 74. Le
  Jarz dont il s'agit ici acheta en 1685 le rgiment d'Hamilton au
  prix de 11,000 cus; en 1688 il eut le bras emport 
  Philipsbourg; il conserva cependant son rgiment jusqu'en 1691, et
  le vendit alors 40,000 francs au marquis de Montendre. En 1692, il
  voulut racheter le rgiment de dragons de Barbezires au prix de
  80,000 francs: le Roi ne lui permit pas de reprendre du service,
  aprs l'avoir quitt. Nous le retrouvons le 18 avril 1708 nomm
  ambassadeur en Suisse et autoris  ne se rendre  son poste qu'au
  mois de septembre; mais, dans l'intervalle, tant  son chteau de
  Jarz en Anjou, il fit une chute si malheureuse qu'il fut hors
  d'tat de s'acquitter de son emploi et dut donner sa dmission.
  Son avarice y trouvoit son compte. Sa femme et sa mre se
  flicitoient fort, aprs qu'il eut quitt l'arme, de pouvoir le
  retenir en Anjou: peut-tre ne furent-elles pas trangres au
  parti qu'il prit de renoncer  son ambassade. Voyez Saint-Simon,
  Dangeau, Svign, etc.

  [245] Il s'agit de la deuxime femme du duc, Marguerite-Louise de
  Bthune, veuve du comte de Guiche, qu'il pousa le 6 fvrier 1682.
  Celle-ci, qui s'toit marie pour la premire fois le 23 janvier
  1658, avoit alors 37 ans. Mais, en 1704 (3 mars), Mme de Coulanges
  crivoit  Mme de Grignan: Nous avons eu la duchesse du Lude
  quatre jours ici. Cela devient ridicule d'tre aussi belle qu'elle
  l'est; les annes coulent sur elle comme l'eau sur la toile
  cire.--Saint-Simon dment ce qu'on dit ici du plaisir que
  trouvoit le Roi dans la conversation de la duchesse. Voici
  d'ailleurs le portrait qu'il trace d'elle:

  La duchesse du Lude toit soeur du duc de Sully, fille de la
  duchesse de Verneuil et petite-fille du chancelier Sguier. Elle
  avoit pous en premires noces ce galant comte de Guiche, fils
  an du marchal de Grammont, qui a fait en son temps tant de
  bruit dans le monde, et qui fit fort peu de cas d'elle et n'en eut
  pas d'enfants. Elle toit encore fort belle (1696) et toujours
  sage, sans aucun esprit que celui que donne l'usage du grand monde
  et le dsir de plaire  tout le monde, d'avoir des amis, des
  places, de la considration, et avoir t dame du palais de la
  Reine: elle eut de tout cela, parce que c'toit la meilleure femme
  du monde, riche, et qui, dans tous les temps de sa vie, tint une
  bonne table et une bonne maison partout, et basse et rampante sous
  la moindre faveur, et faveur de toutes les sortes. Elle se remaria
  avec le duc du Lude par inclination rciproque... Elle demeura
  toujours attache  la Cour, o sa bonne maison, sa politesse et
  sa bont lui acquirent beaucoup d'amis, et o sans aucun besoin,
  elle faisoit par nature sa cour au ministre, et tout ce qui toit
  en crdit, jusqu'aux valets. Le Roi n'avoit aucun got pour elle,
  ni Mme de Maintenon; elle n'toit presque jamais des Marlys, et ne
  participoit  aucune des distinctions que le Roi donnoit souvent 
  un petit nombre de dames.

  Est-il besoin de dire maintenant que la conversation qui suit
  n'est ni vraie ni vraisemblable?

  [246] Voy. la table.

  [247] Louis de Lorraine, comte d'Armagnac, fils an du comte
  d'Harcourt cadet la Perle, l'ami du pote Saint-Amant. Il toit
  frre du chevalier de Lorraine et du comte de Marsan. N en 1641
  il mourut en 1718. Il avoit pous Catherine de Neufville. La
  prtendue passion dont il est parl ici n'est connue que par ce
  libelle.

  [248] Denis Talon, fils d'Omer Talon II et de Franoise Doujat,
  succda  son pre dans sa charge d'avocat-gnral au Parlement,
  en 1652. On lui attribue  tort, selon Morri, le livre de
  l'_Autorit des Rois_ qui est de Rolland Le Vayer de Boutigny. Il
  avoit pous Marie-Elisabeth-Anglique Favier du Boulay, dont il
  eut Omer Talon III, marquis du Boulay, qui quitta la robe, o sa
  famille s'toit illustre, pour l'pe. Denis Talon mourut en
  1698.

  [249] Charles de Lorraine, comte de Marsan, frre cadet du comte
  d'Armagnac (p. 294, _note_) et du chevalier de Lorraine, qui
  n'avoit ni leur dignit ni leur maintien, et dont ils ne
  faisoient aucun cas, dit Saint-Simon, toit un extrmement petit
  homme, trapu, qui n'avoit que de la valeur, du monde, beaucoup de
  politesse et du jargon des femmes, aux dpens desquelles il vcut
  tant qu'il put... M. de Marsan toit l'homme de la cour le plus
  bassement prostitu  la faveur et aux places, ministres,
  matresses, valets, et le plus lchement avide  tirer de l'argent
  de toutes mains. Il avoit pous, le 22 dcembre 1682, la
  marquise d'Albret, qui mourut sans enfants le 13 juin 1692, et, en
  secondes noces, Mme de Seignelay, soeur des Matignon (21 fvrier
  1696), qui mourut en dcembre 1699, lui laissant deux fils.

  [250] Les lettres-patentes pour la fondation de Saint-Cyr sont de
  juin 1686; c'est seulement du 30 juillet au 2 aot de cette mme
  anne que les jeunes filles reues prcdemment  Noisy passrent
   Saint-Cyr, et le 3 aot qu'eut lieu l'inauguration de la maison.
  Dans la liste, si complte, des demoiselles leves  Saint-Louis,
  et donne par M. Lavalle  la suite de son ouvrage _Mme de
  Maintenon et la maison royale de Saint-Cyr_, on ne trouve pas le
  nom de Mlle de Bthune.

  [251] L'auteur veut dire, et il l'explique plus loin, que: le
  comte de Marsan, qui sollicitoit tous les jours Mme de Maintenon
  pour Mlle de Bthune..., toit journellement chez elle,
  c'est--dire chez la marquise.

  [252] L'glise de Saint-Lazare toit le seul btiment qui ft
  rest de l'ancien hpital de Saint-Lazare, aprs que saint Vincent
  de Paul en eut pris possession.--Saint-Lazare est devenu une
  prison de femmes, rue du Faubourg-Saint-Denis.

  [253] Le comte de Marsan n'avoit pas de tante qui se nommt Mme de
  La Roche, ni du ct de son pre ni du ct de sa mre.

  [254] Il faudroit videmment: et le conduisirent; mais nous
  suivons fidlement le texte.

  [255] Le sige de Saint-Omer, et la prise de la ville par
  Monsieur, frre du Roi, aprs 20 jours de tranche, est du 20 mai
  1677. On voit quelle confusion dans les dates.

  [256] Le duc de La Feuillade avoit t fait marchal de France en
  1675.

  [257] Aucune des demoiselles de Grancey ne figure sur les listes
  des demoiselles leves  Saint-Cyr.

  [258] La famille de Grancey n'avoit aucune alliance qui pt faire
  du marquis de Joyeuse ou du marquis de Villars des cousins de
  mesdemoiselles de Grancey.

  [259] Quand les glises paroissiales ont t unies  des chapitres
  sculiers ou rguliers ou  d'autres bnfices, les titulaires de
  ces bnfices prennent le titre de curs primitifs. Les vicaires
  qui desservent les paroisses au lieu des curs primitifs doivent
  tre perptuels; par dclaration du Roi du 15 janvier 1731, les
  vicaires perptuels ont le droit de prendre en tous actes la
  qualit de curs. (_Loix eccls. de France_, par Louis
  d'Hricourt, 1 vol. in-fol., 1771, p. 420, col. 1.)--Les
  titulaires des bnfices ne donnoient  leurs vicaires (ou curs)
  perptuels qu'une pension aussi peu leve que possible, et il y
  avoit, en effet, ncessit d'aviser: Si l'on entroit, dit le
  comte de Boulainvilliers, dans le dtail de la pauvret du quart
  des curs du royaume, il se trouveroit qu'il n'y en a pas un qui
  ne soit mercenaire sordide, et qui n'ait une subsistance
  incomparablement moindre que les plus vils domestiques ne l'ont 
  Paris. (6e _mm._)

  [260] Elgant.

  [261] Tout--fait.

  [262] Lisez: le marquis de Rannes, Nicolas d'Argouges,
  lieutenant-gnral des armes du Roi, colonel-gnral des dragons;
  il avoit pous Charlotte de Bautru. Il fut tu en Allemagne en
  1678, laissant un fils qui exera dans l'arme des emplois
  considrables.

  [263] Le 11 aot 1674, le prince d'Orange fut dfait, avec trois
  armes,  la bataille de Senef, par le prince de Cond. Notons
  toujours la mme confusion dans les dates.

  [264] Voy. la table.--Charles-Henri de Lorraine, prince de
  Vaudemont, fils du duc Charles IV et de Mme de Cantecroix, sa
  femme de campagne, comme on l'appeloit, servoit contre
  nous.--C'est donc encore un nom mis au hasard.

  [265] Personnage imaginaire.

  [266] Le jeu de l'Hombre ne figure dans _la maison des jeux
  acadmiques_ de Lamarinire ni en 1654 ni en 1665. Mais
  l'_Acadmie universelle des jeux_ (1718) ne consacre pas  ce jeu
  moins de 65 pages, dont les huit dernires sont un glossaire des
  termes employs.--Hombre, dit-on, c'est le nom du jeu; il nous
  vient des Espagnols et tient beaucoup du flegme de la nation.--En
  esp., _hombre_ signifie _homme_.

  [267] Le teorbe ou plutt tuorbe (en italien _tiurba_, du nom,
  dit-on, de l'inventeur), toit une sorte de luth  deux manches.

  [268] Nous avons vainement cherch sur ce Desnu, qui cependant
  n'est pas inconnu, des renseignements dans l'tat des musiciens de
  la chambre du Roi et de Monsieur, dans le Livre commode des
  adresses (1692) parmi les professeurs de musique, dans le Parnasse
  franais de Titon du Tillet, dans le Dictionnaire biographique des
  musiciens, de Ftis, dans Saint-Simon et Dangeau, etc.

  [269] Les Turcs n'ont point de lits, dit Furetire, mais
  seulement des matelas qu'ils tendent la nuit sur un sopha. V
  _lit_.

  [270] Crespine de fil d'or, ou d'argent ou de soie, qui se
  termine en petites houpes faonnes et qui reprsentent une cloche
  (_campana_). On en met aux pentes d'un lit, aux impriales de
  carosses et aux autres endroits o on veut mettre de riches
  crespines.--Furetire, v _campane_.

  [271] Le long pisode qu'on vient de lire ne se rattache en aucune
  faon ni  ce qui prcde ni  ce qui suit.

  [272] Le P. de la Chaise.

  [273] Peut-tre.

  [274] Il y avoit,  cette poque, un capucin nomm le P. Ange qui
  s'occupoit beaucoup de mdecine. Mme de Svign en parle assez
  souvent. Il fut appel auprs de Mme la Dauphine en 1690. On a
  bien publi une _Histoire du roy Louis le Grand par les mdailles,
  emblmes, devises, jetons_, etc., etc., dont la 2e dition,
  augmente de 5 pl., est de 1693. Mais l'auteur est le P.
  Claude-Franois Mntrier. Ce qu'on trouve le plus dans son
  ouvrage, c'est le Roi en Jupiter, en Apollon, en Hercule et en
  Soleil. Nous n'avons pas trouv de fleuve Achlos.

  [275] C'est--dire: et qu'une main autre pour eux que pour le
  reste des hommes rglait leur sort.

  [276] Voir plus haut les _Amours de Louis XIV et de Mlle du Tron_.

  [277] Nom imaginaire, comme celui de Mlle Gisson, qui suit.

  [278] Voy. la note prcdente.

  [279] Nom imaginaire.

  [280] Le nom de Mme de Chartres nous reporte au-del de 1692,
  puisque c'est le 12 fvrier de cette anne que Philippe d'Orlans,
  duc de Chartres, fils du duc d'Orlans et neveu de Louis XIV,
  pousa mademoiselle de Blois, lgitime de France, fille du Roi et
  de Mme de Montespan, ne en juin 1677.

  [281] Franois-Louis de Rousselet, comte de Chteaurenaud, toit 
  cette poque un des quatre lieutenants-gnraux des armes
  navales. En 1661, il toit dj enseigne de vaisseau; en 1672,
  chef d'escadre; grand'croix de l'ordre de Saint-Louis,  la
  cration, il fut nomm marchal de France en 1703, et mourut en
  1716. Il eut un fils qui fut capitaine de vaisseau et chevalier de
  Saint-Louis. Le dernier fait d'armes maritime que rapporte de lui
  la _Gazette_, entre 1687 et 1703, consiste dans la part qu'il
  prend  la dfaite des flottes anglaise et hollandaise sur les
  ctes d'Angleterre (_Extraord._ du 27 juillet 1690).

  [282] Une des petites-filles du Grand Cond, ne du prince
  Henri-Jules et d'Anne de Bavire, seconde fille d'Edouard de
  Bavire, prince palatin du Rhin et d'Anne de Gonzague; deux
  princesses portrent ce nom: l'une toit Marie-Thrse, ne en
  1666, mais qui toit marie  cette poque, puisqu'elle
  pousa, le 29 juin 1688, le prince de Conti; l'autre toit
  Anne-Louise-Benedicte de Bourbon, ne le 8 novembre 1676; le 19
  mars 1692 elle pousa le duc du Maine, un mois environ aprs le
  mariage de Mlle de Chartres.

  [283] Un marquis du Bordage fut tu  la prise de Philisbourg, par
  le Dauphin, octobre 1688: il commandoit un rgiment que le Roi
  donna au duc du Maine, le futur poux de mademoiselle de Bourbon.
  (Voy. la note prcdente.) Le fils obtint du Roi la promesse d'un
  rgiment, et mille cus de pension. Ren de Montboucher, marquis
  du Bordage, ayant pous en 1669 Elisabeth Goyon, hritire du
  marquis de La Moussaye, son fils toit bien jeune vers 1690 ou
  1692, date approximative de ce pamphlet, pour oser porter si haut
  ses vises. Mais on sait combien peu de confiance mrite ce
  libelle.


FIN.




[Bandeau]

TABLE ALPHABTIQUE.


  Acign (d'). Voy. Assigny.

  Aiguillon (duchesse d'), I, 71, 72, 89; II, 71.

  Albemale (duchesse d'), 2e femme de Milord Montaigu, I, 257, 258.

  Albert (Marie-Thrse d'), fille ane du duc de Chevreuse, 1re
  femme du duc de Luxembourg. Voyez Luxembourg (Marie-Thrse
  d'Albert, femme du duc de).

  Albret (Jeanne d'), reine de Navarre, III, 130.

  Albret (Csar-Phoebus d'), baron de Pons et de Miossens, connu
  d'abord sous le nom de comte de Miossens, plus tard marchal
  d'Albret, I, 39, 62, 185, 232, 233, 318; II, 271, 273.

  Albret (Madelaine de Gungaud, marchale d'), III, 126.

  Albret (Franois-Amanieu, chevalier d'), frre pun du marchal,
  I, 316, 318.

  Alcandre (le grand). Voy. Louis XIV.

  Alenon (mademoiselle d'), soeur [du 2e lit] de mademoiselle de
  Montpensier, II, 271.

  Alens (M. d'), III, 73.

  Alets (Louise de Rabutin, comtesse d'), fille de Bussy-Rabutin, I,
  XIII, XVI.

  Alexandre VII (le pape), II, 80.

  Alexis Mikhailowitch. Voy. Potemkim (Pierre), I, 137, 138.

  Alibert (d'), confident du prsident Cornuel, I, 89.

  Alluye (Charles d'Escoubleau de Sourdis, marquis d'), pre de
  Paul. On l'appeloit marquis de Sourdis, I, 299. Voy. Sourdis.

  Alluye (Franois d'Escoubleau de Sourdis, marquis d'), frre an
  de Paul, I, 299 et suiv.

  Alluye (Paul d'Escoubleau, marquis d'), 2e fils de Charles, I,
  296, 301, 316.

  Alluye (Benigne de Meaux du Fouilloux, femme du marquis Paul d'),
  I, 76, 263, 291, 295, 296 et suiv.

  Alphonse VI, roi de Portugal, II, 201, 296; III, 126.

  Altovitte-Castellane (Marcelle d'), I, 35.

  Alvarez, joaillier, III, 414.

  Amably (Sibylle-Anglique d'), femme du comte de Comminges. Voy.
  Comminges (comtesse de).

  Ambleville (chevalier d'Albret, seigneur d'). Voy. Albret
  (Franois-Amanieu, chevalier d').

  Amboise (Clermont d'). Voy. Clermont (maison de).

  Amelot (Marie), femme du prsident de Nicola. Voy. Nicola
  (madame de).

  Andelot (Gaspard IV de Coligny, d'abord marquis d'), puis duc de
  Chtillon, aprs son frre an. Voy. Chtillon (duc de).

  Andoins, vicomtesse de Louvigny (Diane, dite _la belle Corisante_
  d'), femme de Philibert, comte de Gramont, aeule de Philibert,
  chevalier d'Andoins, puis comte de Gramont, qui suit, I, 49.

  Andoins (Philibert, chevalier de Gramont, connu d'abord sous le
  nom d'). Voy. Gramont (le chevalier de), I, 49.

  Angennes (famille d'):
  ---- de Rambouillet. Voy. Rambouillet.
  ---- de Montlouet. Voy. Montlouet.
  ---- du Fargis. Voy. du Fargis.
  ---- de Maintenon. Voy. Maintenon.
  ---- de Rochefort de Salvert. Voy. Rochefort de Salvert.

  Angennes de Rambouillet (Julie-Lucine d'), marquise de Montausier.
  Voy. Montausier (marquise de).

  Angleterre (Henriette d'), _dite_ MADAME, femme de MONSIEUR, frre
  du roi Louis XIV. Voy. Orlans (Henriette d'Angleterre, femme de
  Philippe de France, duc d').

  Angoulme (Louis de Lorraine, duc de Joyeuse, puis duc d'), II,
  73, 74.

  Angoulme (Franoise-Marie de Valois, duchesse d'), II, 72, 73,
  74.

  Angoulme (Louis-Emmanuel de Valois, duc d'), II, 74.

  Angoulme (Henriette de La Guiche, femme de Louis-Emmanuel de
  Valois, duc d'), II, 74; IV, 260.

  Anjou (Philippe, duc d'), plus tard MONSIEUR, duc d'Orlans. Voy.
  Orlans (Philippe de France, duc d').

  Anjou (Louis-Franois, duc d'), dernier fils de Louis XIV et de
  Marie-Thrse, IV, 31.

  Annat (le P.), confesseur du Roi, II, 61, 70.

  Anne d'Autriche, I, 75, 115 et suiv., 144, 175, 185, 214, 216,
  223, 226, 229, 254, 256, 262, 279, 289, 291, 297, 415; II, 9 et
  suiv., 32, 41 et suiv., 46, 49, 57, 60, 61, 104, 105, 106, 109,
  124, 147, 184, 201; III, 125, 126; IV, 245, 246, 251, 252, 263,
  280.

  Anne du Saint-Sacrement. Voy. Viole (Anne).

  Antin (Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d'), II, 374.

  Antin (Julie-Franoise de Crussol d'Usez, femme du duc d'), II,
  374.

  Antoine (Marie d'), femme de Louis de Cabre. Voy. Cabre (Marie
  d'Anthoine), femme de Louis de Cabre.

  Aquin (M. d'), mdecin. Voy. Daquin.

  Archevque de Bourges (Anne de Lvis-Ventadour), II, 72.

  Archiduc d'Autriche, II, 201.

  Arcy (Ren Martel, sieur de Fontaine-Martel, marquis d'), I, 325
  et suiv.

  Ardier de Beauregard (le prsident Paul), I, 206.

  Ardier de Beauregard (Louise Ollier, femme du prsident Paul), I,
  206.

  Ardier de Vineuil, frre du prsident Ardier. Voy. Vineuil.

  Ardier (Claude), femme de Gaspard I de Fieubet, trsorier
  d'Espagne. Voy. Fieubet.

  Ardier (Marie), femme de Gaspard II de Fieubet, chancelier de la
  reine Marie-Thrse, I, 206.

  Argenteuil (N. Le Bascle, s{r} d'), I, 315.

  Argouges (Franois d'), conseiller d'tat ordinaire, conseiller au
  Conseil royal des finances, IV, 156, 174, 175.

  Armagnac (maison d'), III, 253.

  Armagnac (comtesse d'), I, 218.

  Arnauld d'Antilly (Robert), II, 437.

  Arnaud (Isaac), intendant des finances, I, 410.

  Arnaud (Henri), vque d'Angers, I, 294; III, 171.

  Arnaud (M. Barrin de la Galissonnire, veuve du prsident de La
  Barre, femme d'Isaac).

  Arnaud (Simon), marquis de Pomponne, II, 429, 437.

  Arnaud de Pomponne (Catherine L'Avocat, femme d'), II, 429.

  Arnoux (le P.), III, 71.

  Arpajeux (madame d'), pour d'Arpajon. Voy. Arpajon.

  Arpajon (Louis d'Arpajon, marquis de Sverac, cr, en 1650, duc
  d'), I, 147.

  Arpajon (Catherine-Henriette d'Harcourt-Beuvron, duchesse d'), I,
  9, 295; II, 72; III, 44; IV, 269.

  Arquien (Louison d'), II, 431, 432, 437, 442, 447; III, 223, 229,
  244, 261.

  Artagnan (Charles de Castelmar, seigneur d'), II, 398.

  Artigny (Claude-Marie du Gast, fille d'Achille du Gast, seigneur
  d'Artigny et de Montgauger en Touraine et de Marie Le Coustelier;
  petite-fille d'Antoinette de Montmorency Fosseuse et du fameux
  marquis du Gast, dite mademoiselle d'), femme de Louis-Pierre
  Scipion de Grimoard de Beauvoir. Voy. Grimoard de Beauvoir
  (mademoiselle d'Artigny, femme de Louis-Pierre Scipion de).

  Aspremont (M. d'), I, 316.

  Asserac (M. d'), II, 72.

  Assigny (M. d'), ou d'Acign, de la maison de Brissac, II, 340.

  Assigny ou d'Acign (Anne-Marguerite d'), 2e femme du duc de
  Richelieu, I, 72.

  Astrie, surnom de madame de Montespan, III, 4 et suiv. Voy.
  Montespan (madame de).

  Athis (Pierre Viole, seigneur d'). Voy. Viole (Pierre).

  Attichy (Octavien Doni d'), baron, I, 170.

  Attichy (Valence de Marillac, baronne d'), I, 170.

  Attichy (Anne Doni d'), comtesse de Maure. Voy. Maure (comtesse
  de).

  Attigny (mademoiselle d'Artigny et non d'), II, 54.

  Aubery (Rene-Julie), femme de Louis II de la Tremouille, marquis
  de Noirmoutier. Voy. Noirmoutier (Rene-Julie Aubery, marquise
  de).

  Aubign ou d'Aubigny (maison d'), I, 226.

  Aubigny ou Aubign (maison d'), I, 226.

  Aubign (Agrippa d'), I, 225; III, 67, 70, 71, 130.

  Aubign (Suzanne de Lezay, femme d'Agrippa d'), III, 70.

  Aubign (Constant d'), baron de Surimeau, et non Surineau, III, 67
  et suiv., 466.

  Aubign (Anne Marchand, 1re femme de Constant d'), veuve du baron
  de Chatelaillon, III, 70.

  Aubign (Jeanne de Cadillac, 2e femme de Constant d'), mre de
  madame de Maintenon, III, 70, 71, 72.

  Aubign (Charles d'), frre de madame de Maintenon, III, 69.

  Aubign (Franoise d'). Voy. Maintenon (madame de).

  Aubigny (Claude-Maur d'), vque de Noyon, puis archev. de Rouen,
  I, 225.

  Aubigny (l'abb d'), de la maison des Stuart, I, 225.

  Aubigny (Charles Bidault d'), I, 226.

  Aubigny (M. d'), [?], I, 225.

  Aubigny (mademoiselle de Keroualles, duchesse d'). Voy. Keroualles
  (mademoiselle de).

  Aubijoux (Franois-Jacques d'Amboise, comte d'), I, 62.

  Aubray (le lieutenant civil d'), III, 468.

  Aubusson de La Feuillade. Voy. La Feuillade.

  Aulnay (le comte d'), capitaine commandant le vaisseau _le
  Trident_, IV, 177.

  Aumale (mademoiselle d') et non mademoiselle de Nemours, III, 126.

  Aumont (htel d'), III, 384.

  Aumont (Antoine, duc et marchal d'), II, 439.

  Aumont (Catherine Scarron de Vaures, femme d'Antoine, marchal duc
  d'), II, 439; III, 126.

  Aumont (Louis-Marie-Victor, duc d'), II, 438, 439, 440, 441; III,
  363 et suiv., 458, 480, 484 et suiv., 499, 509.

  Aumont (Madelaine Fare Le Tellier, fille du chancelier, 1re femme
  de Louis-Marie-Victor, duc d'), II, 439; III, 363, 364, 365, 379.

  Aumont (Madeleine-lizabeth Fare d'), femme du marquis de
  Beringhen. Voy. Beringhen (Madeleine-lizabeth Fare d'Aumont,
  m{ise} de).

  Aumont (Franoise-Anglique de La Mothe-Houdancourt, 2e femme de
  Louis-Marie, duc d'), I, 46, 50, 83; II, 438, 440; III, 366 et
  suiv., 482 et suiv.

  Avaugour (Franois de Bretagne, comte de Vertus et de Goello,
  baron d'), I, 252.

  Avaugour (Claude de Bretagne, baron d'), I, 207.

  Avaugour (Marie de Bretagne d'), marie  Hercule de
  Rohan-Guemen, duc de Montbazon. Voy. Montbazon (2e duchesse de).

  Avocat (L'). Voy. L'Avocat.


  Babou de La Bourdaisire (Franoise), mre du marchal d'Estres.
  Voy. Estres.

  Bade (Louise-Christine de Savoie, femme de Ferdinand-Maximilien,
  marquis de Bade, _dite_ princesse de), II, 79.

  Bagneux (... Chapelier, sieur de), II, 286-333.

  Bagneux (N. de Chartrain, femme de M. de), II, 285-333.

  Bailleul (Nicolas de), prsident au Parlement de Paris, I, 253,
  411.

  Bailleul (Elisabeth de), fille du prsident, marie  Charles
  Girard, sieur du Tillet. Voy. Tillet (madame du).

  Bailleul (Marie de), femme, 1 de Franois de Brichanteau, marquis
  de Nangis; 2 de Louis Chalon du Bl, marquis d'Uxelles. Voy.
  Uxelles (marquise d').

  Balzac (Jean-Louis Guez de), I, 207.

  Barbanon (mademoiselle de) femme du prince Ulric de Wurtemberg.
  Voy. Wurtemberg (Mlle de Barbanon, femme du prince de).

  Barbeaux (Basile Fouquet, abb de). Voy. Fouquet (Basile).

  Barberin (le cardinal Antoine), II, 80.

  Barbezires (Franoise de), dame de La Bazinire. Voy. La
  Bazinire.

  Barbezires (mademoiselle de), II, 54, 158, 172.

  Barbezieux (Louis-Franois Le Tellier, marquis de), IV, 130, 173,
  175.

  Barbezieux (Catherine-Louise-Marie de Crussol, femme du marquis
  de), IV, 175.

  Barbier (qui a fait construire le Pont-Rouge ou Pont-Barbier), II,
  126.

  Barillon (Jean-Jacques de), prsident au Parlement, I, 294.

  Baron (Michel), acteur, I, 5, 298; II, 415-419.

  Bartet, secrtaire du Roi, I, 20, 147.

  Basque sauteur (le), II, 415, 416.

  Bassompierre (Franois II de), marchal de France, I, 208.

  Bautru (Guillaume), comte de Serrant, I, 170; III, 475.

  Bautru (Nicolas), comte de Nogent. Voy. Nogent (Nicolas Bautru,
  comte de).

  Bautru (Charlotte), femme, 1 du marquis de Rannes, 2 de J.-B.
  Armand de Rohan, prince de Montauban. Voy. Montauban (Charlotte
  Bautru, princesse de).

  Bavire (Edouard de), comte palatin du Rhin, mari d'Anne de
  Gonzague, princesse palatine, I, 226; III, 430.

  Bavire (Anne de Gonzague, femme d'Edouard de), princesse
  palatine, I, 226 et suiv., 295; II, 47, 48; III, 430.

  Bavire (Ferdinand-Marie, duc de), III, 54; IV, 144, 274.

  Bavire (Adelade-Henriette de Savoie, femme de Ferdinand-Marie,
  duc de), III, 54; IV, 274.

  Bavire (Marie-Anne-Christine-Victoire de), femme du Dauphin. Voy.
  Dauphine (Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavire, madame la).

  Bazin (M. A.), I, 404.

  Beaudean (Marguerite de), femme de Charles, comte de Froulay. Voy.
  Froulay (Marguerite de Beaudean, comtesse de).

  Beauchasteau (Franois-Mathieu Chastelet de), I, 300.

  Beaufort (Franois de Vendme, duc de), I, 54, 154, 168, 169, 202,
  208, 294; II, 353; IV, 266.

  Beaumanoir-Lavardin (famille de), II, 436.

  Beauvais (N. Bellier, baron de), I, 71.

  Beauvais (Catherine Bellier, dame de), dite Catau la Borgnesse, I,
  70, 71, 72, 74, 217, 227, 414, 415; II, 31, 51, 357.

  Beauvais (Jeanne-Baptiste de), marquise de Richelieu, fille de
  Catherine Bellier, dame de Beauvais, I, 66, 71, 72, 123; IV, 273.

  Beauvais (mademoiselle de), soeur de la marquise de Richelieu, I,
  71.

  Beauvais (Franois-Paul de la Cropte de), marchal de camp, cuyer
  de Cond, I, 72.

  Beauvais (Uranie de la Cropte de), femme de Louis-Thomas de
  Savoie, comte de Soissons. Voy. Soissons (comtesse de).

  Beauvau le Rivau (famille tourangelle de), tige des Beauvau de
  Rivarennes et de Montgoyer, II, 34.

  Beauvau de Rivarennes et de Montgoyer (Franois de), III, 53.

  Beauvau (Louise de La Baume le Blanc, femme de Franois de), III,
  53.

  Beauvau (Gilles de), v. de Nantes, fils de Fr. de Beauvau, III,
  53.

  Bec-Crespin (Ren-Franois du), marquis de Vardes. Voy. Vardes.

  Bechameil (Louis de), marquis de Nointel, III, 321 et suiv.

  Bechilon (Samuel de), sieur d'Erlaut, III, 71.

  Bjart (Armande), femme de Molire, I, 65.

  Belesbat (l'abb de), II, 356.

  Belin (Antoinette de Faudoas-Averton, femme de son cousin Emmanuel
  de Faudoas, comte de), III, 240.

  Bellay (famille du), II, 436.

  Bellefonds (Bernardin Gigault, marchal de), I, 56; II, 49, 58;
  IV, 255, 257.

  Bellefonds (Madelaine Fouquet, femme du marchal de), II, 58.

  Bellegarde (Roger de Saint-Larry, duc de), II, 115, 116; III, 465.

  Bellenave (Louise de), comtesse du Plessis, marquise de
  Clrambault. Voy. Clrambault (marquise de).

  Bellivre (Pomponne de), prsident  mortier, I, 151.

  Benserade, I, 56, 57, 164, 169, 176, 177, 255, 293, 404; II, 79,
  352; III, 226.

  Bon (Bernard de), seigneur du Masss, I, 191.

  Bergh (Elonore-Febronie de), femme du duc de Bouillon. Voy.
  Bouillon (Elonore-Febronie de Bergh, femme de Frdric-Auguste de
  La Tour d'Auvergne, duc de).

  Beringhen (Jacques-Louis, marquis de), III, 379.

  Beringhen (Madeleine-Elisabeth Fare d'Aumont, femme du marquis
  de), III, 379.

  Bernier (Franois), voyageur et philosophe, IV, 186.

  Bernier, chirurgien, IV, 186 et suiv.

  Bernires (Franois de), III, 352.

  Bero, I, 225.

  Bertaut (un nomm), I, 205.

  Berthod (le P.), I, 228.

  Bertillac (M. de), pre de Nicolas Jehannot de Bertillac, II,
  414-419.

  Bertillac (Nicolas Jehannot de), II, 413-419.

  Bertillac (Anne-Louise Habert de Montmort, femme de Nicolas
  Jehannot de), II, 413-419.

  Besanon (Hlne de), 2e femme de Louis-Charles, prince de
  Courtenay. Voy. Courtenay (Hlne de Besanon, 2e femme de
  Louis-Charles, prince de).

  Bthune (M. de), I, 315.

  Bthune Sully (Marguerite-Louise de), femme, 1 du comte de
  Guiche, 2 du duc du Lude. Voy. Guiche (comtesse de) et Lude
  (duchesse du).

  Bthune (Louis de), comte de Charrost. Voy. Charrost (Louis de
  Bthune, comte de).

  Bthune Charrost (Marie de), 1re femme du marchal d'Estres. Voy.
  Estres (Marie de Bthune, 1re femme du marchal d').

  Beuvron (famille d'Harcourt de), I, 7-10.

  Beuvron et ses frres, I, 36.

  Beuvron (Jacques II d'Harcourt, marquis de), [mari, non d'Anne Le
  Veneur, mais de Lonor Chabot de Saint-Gelais, comtesse de Cosnac,
  et pre de la comtesse de Fiesque], I, 52.

  Beuvron (Anne Le Veneur, femme de Franois de Fiesque, non de
  Jacques II d'Harcourt de), belle-mre de Gilonne d'Harcourt,
  comtesse de Fiesque, I, 52. _Erratum._--La mre de madame de
  Fiesque n'tait pas Anne Le Veneur, mais Lonor Chabot de
  Saint-Gelais, comtesse de Cosnac.

  Beuvron (Franois Ier d'Harcourt de), chevalier de l'Ordre, pre
  du marquis Franois II, marquis de Beuvron, et mari  Rene
  d'Espinay St-Luc, dame d'Ectot ou Hectot, I, 7.

  Beuvron (Rene d'Espinay Saint-Luc, femme de Franois Ier, marquis
  de), I, 8.

  Beuvron (Franois II d'Harcourt, marquis de), mari, 1 
  Catherine Le Tellier, 2 Angelique de Fabert, veuve de Charles
  Brlart, marquis de Genlis, I, 5, 7, 15, 21, 146, 298; II, 187;
  III, 281 et suiv.

  Beuvron (Charles d'Harcourt, comte de), frre de Franois II,
  marquis de Beuvron, et mari de Lydie de Rochefort de Thobon, I,
  9.

  Beuvron (Lydie de Rochefort de Thobon, femme du comte Charles
  de), I, 146.

  Beuvron (Catherine-Henriette d'Harcourt de), 3e femme du duc
  d'Arpajon, fille de Franois Ier d'Harcourt, marquis de Beuvron et
  de Rene Saint-Luc, I, 9, 147.

  Bidault (Charles) d'Aubigny. Voy. Aubigny (Charles Bidault d').

  Bigot (Anne), 2e femme de Cornuel. Voy. Cornuel (Anne Bigot, femme
  de).

  Biran, duc de Roquelaure. Voy. Roquelaure.

  Biscaras (M. de), I, 231; II, 154.

  Blainville (Jean-Armand Colbert, marquis de), II, 100.

  Blainville (Gabrielle de Rochechouart, mademoiselle de Tonnay
  Charente, femme du fils de Colbert, marquis de Blainville), II,
  100.

  Blanchefort (Charles-Franois de Crquy, marquis de), IV, 211.

  Bl (Louis Chalon du), marquis d'Uxelles. Voy. Uxelles (marquis
  d').

  Blot, chansonnier, I, 295.

  Bobinet (le P.), IV, 154, 158, 176.

  Boesleau (comtesse de), I, 254.

  Boileau-Despraux, I, 6.

  Bois-Dauphin (Philippe-Emmanuel de Laval, marquis de Sabl), I, 6.

  Boisfranc (Joachim Seiglire, sieur de), III, 449.

  Boisfranc (Marie-Madelaine-Louise de Seiglire de), femme de
  Bernard-Franois Potier, duc de Gvres. Voy. Gesvres
  (Marie-Madelaine, duchesse de).

  Bois-Robert (Franois Le Metel, abb de), I, 6, 16; III, 73; IV,
  212.

  Boissy (Arthur Gouffier, marquis de), I, 316; II, 74.

  Boligneux. Voy. Bouligneux.

  Bonifasse (mademoiselle), IV, 273.

  Bonne, duc de Lesdiguires (Franois de). Voy. Lesdiguires
  (Franois de Bonne, duc de).

  Bonne (Madelaine de), femme du marchal de Crquy. Voy. Crquy
  (Madeleine de Bonne, femme du marchal de).

  Bonnelle (Nol de Bullion, seigneur de), marquis de Gallardon,
  fils de Bullion le surintendant, I, 82, 83, 151, 208; III, 302.

  Bonnelle (Charlotte de Prie, fille du marquis de Toussy, femme de
  Nol de Bullion, seigneur de), I, 82, 91, 151, 265, 306; III, 302,
  303, 304, 337, 370, 375, 390 et suiv., 483.

  Bonneuil, Bonnoeil ou Bonoeil (Christophe-Auguste de Harlay,
  seigneur de), I, 294, 295.

  Bonneuil (Franoise-Charlotte de Thou, femme du prcdent de), I,
  254, 293, 294, 295.

  Bonneuil (N... de Thou, demoiselle de), soeur de la prcdente, I,
  295.

  Bonneville, fille au service de madame de Bagneux, II, 296 et
  suiv., _passim_.

  Bontems (Alexandre), un des quatre premiers valets de chambre de
  Louis XIV, II, 46, 265; IV, 128 et suiv., 162.

  Bontemps (Marguerite Bosc, femme d'Alexandre), IV, 128.

  Bontemps (Louis), fils an d'Alexandre Bontemps, IV, 129.

  Bontemps (Alexandre-Nicolas), 2e fils d'Alexandre, IV, 129.

  Bontemps (Marie-Madelaine), fille d'Alexandre Bontemps, femme de
  Lambert de Thorigny. Voy. Lambert de Thorigny (Marie-Madelaine
  Bontemps, femme de).

  Bordeaux ou Bourdeaux (Guillaume de), intendant des finances, I,
  182, 406.

  Bordeaux ou Bourdeaux (madame de), femme d'un intendant des
  finances, I, 182.

  Bordeaux ou Bourdeaux (Denise de), fille d'un intendant des
  finances, femme du prsident de Pommereuil. Voy. Pommereuil
  (madame de).

  Bordeaux ou Bourdeaux (madame de), mre de madame de
  Fontaine-Martel, I, 182.

  Bordeaux ou Bourdeaux (mademoiselle de), demoiselle de Chtillon,
  puis femme de Ricoux, I, 182, 183, 201, 211, 231, 237, 240, 241.

  Bosc (Claude), seigneur d'Ivry, IV, 128.

  Bosc (Marguerite), femme de Bontemps, premier valet de chambre de
  Louis XIV. Voyez Bontemps (Marguerite Bosc, femme d'Alexandre).

  Bossuet, I, 226; II, 421; III, 188; IV, 183, 184.

  Bossuet (Elisabeth), femme d'Armand de Bouthillier de Chavigny.
  Voy. Chavigny (Elisabeth Bossuet, femme d'Armand de).

  Du Bouchet (Jean), marquis de Sourches, comte de Montsoreau. Voy.
  Sourches (marquis de).

  Du Bouchet (Dominique), fils de Jean, marquis de Sourches. Voy.
  Sourches (Dominique de).

  Du Bouchet (Louis-Franois), marquis de Sourches. Voyez Sourches
  (Louis-Franois).

  Bouchu (? l'abb), I, 191.

  Boufflers (Louis-Franois, chevalier, puis marquis, puis marchal
  et duc de), IV, 144, 145, 153, 210, 230.

  Bouill (Elonore de), 1re femme de Henri de Daillon, comte, puis
  duc du Lude. Voy. Lude (Elonore de Bouill, comtesse, puis
  duchesse du).

  Bouillon (Godefroy Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de), III,
  194, 489, 490, 491; IV, 26, 267.

  Bouillon (Marie-Anne Mancini, femme de Godefroy Maurice de La Tour
  d'Auvergne, duc de), II, 23; III, 194, 489.

  Bouillon (Frdric-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de), IV, 26,
  267.

  Bouillon (Elonore-Fbronie de Bergh, femme de Frdric-Maurice de
  La Tour d'Auvergne, duc de), IV, 267.

  Bouillon (Emmanuel-Thodose de La Tour d'Auvergne, cardinal de),
  IV, 216.

  Boulay-Favin (M. du), ou plutt Favier du Boulay, I, 215.

  Bouligneux (Louis de La Palu, comte de), I, 242, 243.

  Bourbon (Louis de), fils de Louis XIV, II, 46.

  Bourbon (Marie-Anne de), fille de Louis XIV et de mademoiselle de
  La Valire, II, 46.

  Bourbon (Louise de), fille du comte de Soissons, 1e femme de Henri
  d'Orlans, duc de Longueville. Voy. Longueville.

  Bourbon-Cond (famille de). Voir Cond (famille de Bourbon-).

  Bourbon-Cond (Anne-Genevive de), 2e femme de Henri d'Orlans,
  duc de Longueville. Voy. Longueville.

  Bourbon (Louis III, duc de), fils du prince de Cond, Henri-Jules,
  III, 472; IV, 138.

  Bourbon (Louise-Franoise, lgitime de France, _dite_
  mademoiselle de Nantes, femme du duc de), bru du prince
  Henri-Jules de Cond, III, 331, 472, 475; IV, 223.

  Bourdaloue (le P.), III, 58, 137, 143.

  Bourges (de), I, 89, 90.

  Bourgogne (le duc de), fils du Dauphin, IV, 146.

  Bournonville (Nicolas Le Febvre de), IV, 26.

  Boussu (madame de), duchesse de Guise. Voyez Guise (madame de
  Boussu, duchesse de).

  Boutard, I, 91.

  Bouthillier de Chavigny (Louise-Franoise), marchale de
  Clrambault. Voy. Clrambault (marchale de).

  Boutteville (Franois de Montmorency, comte de Luxe, seigneur de),
  I, 7, 49, 153, 215, 263; II, 187; III, 254.

  Boutteville (Elisabeth-Anglique, fille de Jean de Viennes, femme
  de Franois de Montmorency, seigneur de), I, 154, 155, 158, 191;
  II, 187.

  Boutteville (Franois-Henri de Montmorency), duc de
  Piney-Luxembourg, marchal de Luxembourg. Voy. Luxembourg
  (marchal de).

  Boutteville (Marie-Louise de Montmorency), femme de Dominique
  d'Estampes, marquis de Valenay. Voy. Valenay (duchesse de).

  Boutteville (Isabelle-Anglique de Montmorency), duchesse de
  Chtillon, puis de Mecklembourg. Voy. Chastillon (duchesse de).

  Boves (Charlotte de), 1re femme du marchal de La Fert, II, 403.

  Braguemont (Catherine du Tost, dame de), II, 46.

  Brancas (Georges de), 1er duc de Villars, II, 337.

  Brancas (Marie de), femme de son cousin Louis de Brancas, duc de
  Villars, II, 345.

  Brancas (Charles, comte de), fils de Georges de Brancas, I, 315;
  II, 337, 342 et suiv.

  Brancas (Suzanne Garnier, femme du comte Charles de), I, 274, 295;
  II, 337-358.

  Brancas (Franoise de), fille de Charles de Brancas et de Suzanne
  Garnier, II, 358.

  Bregy (Lonor de Flesselles, comte de), I, 253 et suiv.

  Bregy (Charlotte de Chazan, femme du comte de), I, 253 et suiv.,
  306; II, 72, 74.

  Bretagne (Franois de), baron d'Avaugour, comte de Vertus et de
  Goello. Voyez Avaugour (baron d').

  Bretagne (Claude de), baron d'Avaugour. Voy. Avaugour.

  Brz (Urbain de Maill, marchal de), IV, 261.

  Brz (Armand de Maill), duc de Fronsac et de Caumont, marquis de
  Graville et de Brz, comte de Beaufort en Valle, etc., chef et
  surintendant gnral de la navigation en France, I, 58, 213; II,
  87.

  Brz (Nicole du Plessis, femme du marchal de), II, 87; IV, 261.

  Brionnet de Lessay. Voy. Lessay (Brionnet, seigneur de).

  Brienne (Antoine de Lomnie de), sieur de la Ville-aux-Clercs, I,
  223.

  Brienne (Henri-Auguste de Lomnie de), fils d'Antoine, sieur de la
  Ville-aux-Clercs, I, 223.

  Brienne la mre (Louise de Bon, fille de Bernard, seigneur du
  Masss, _dite_ madame de), femme d'Henri-Auguste de Brienne, I,
  191.

  Brienne (Henri-Louis de Lomnie de), fils d'Henri-Auguste de
  Lomnie de Brienne, I, 223.

  Brienne la jeune (Henriette Bouthillier de Chavigny, marie au
  comte Henri-Louis de Brienne, _dite_ madame de), I, 191, 262.

  Brinvilliers (Marie-Marguerite de Dreux d'Aubray, marquise de),
  III, 468.

  Brion (Franois-Christophe de Levis, comte de) et plus tard duc de
  Damville, I, 158, 297 et suiv.

  Brion (?) ou Biron (madame de), I, 408, 409.

  Brion (le palais) et non Biron, II, 44; IV, 253.

  Briosne (Henri de Lorraine, comte de), III, 491.

  Brisac, avocat en parlement, II, 55.

  Brissac (famille de Coss-), IV, 204.

  Brissac (Franois de Coss, comte de), I, 141.

  Brissac (Louis de Coss, duc de), I, 413.

  Brissac (Gabrielle-Louise de Saint-Simon, femme de Henri-Albert de
  Coss, duc de Brissac, et bru du prcdent de), I, 63, 64, 65,
  257.

  Brissac (Albert de Grillet de), major des gardes du corps, IV, 203
  et suiv.

  Bristol (George Kenelm Digby, comte de). Voy. Digby.

  Brouilly (Louis de), marquis de Piennes. Voy. Piennes (marquis
  de).

  Brlart (Adam), tige de la famille de Sillery, I, 151.

  Brlart de Sillery (le chancelier). Voy. Sillery (le chancelier
  Brlart de).

  Buckingham (Georges, duc de), I, 116, 256.

  Bueil (Jacqueline de), comtesse de Moret, matresse de Henri IV,
  puis femme de Ren du Bec Crespin, marquis de Vardes. Voy. Vardes
  (Ren du Bec Crespin, marquis de).

  Bullion (Claude de), surintendant des finances, I, 83, 88, 89,
  151.

  Bullion (Nol de), seigneur de Bonnelle. Voy. Bonnelle.

  Bullion (Charles-Denys de), fils de Bullion-Bonnelle, III, 304.

  Bullion, marquis de Longchne (Franois de), III, 302.

  Bullion, marquis de Longchne (Catherine-Henriette de La Fert,
  fille du marchal, femme de Franois de), III, 302.

  Bussy (Henri d'Amboise, marquis de), II, 187.

  Bussy (Roger de Rabutin, comte de), I, V-XVI, 194, 277 et suiv.,
  286 et suiv., 301, 325 et suiv., 401, 408; II, 51, 88; III, 280;
  IV, 91, 250, 259.


  Cabre (Louis de), pre du chevalier de Cabre, III, 414.

  Cabre (Marie d'Antoine, femme de Louis de), III, 414.

  Cabre (le chevalier Louis de), III, 414, 445.

  Cadaval (Nuo Alvarez Pereira de Mello, duc de), III, 491.

  Cadaval (Marie-Anglique-Henriette de Lorraine-Armagnac, femme du
  duc de), III, 491.

  Caderousse (Juste-Joseph-Franois de Cadart d'Ancezune de Tournon,
  duc de), II, 417; III, 370 et suiv.

  Caderousse (Claire-Bndictine du Plessis-Gungaud, 1e femme du
  duc de), III, 370, 371.

  Caderousse (Marie-Rene de Rambures, 2e femme de Juste-Joseph, duc
  de), III, 415, 416, 417, 495.

  Caderousse (Jacques-Louis d'Ancezune de Cadart de Tournon, duc
  de), fils du duc Juste-Joseph, III, 409.

  Caderousse (Madelaine d'Oraison, femme de Jacques-Louis, duc de),
  III, 409.

  Caderousse ou Caderoux (le chevalier de), I, 315.

  Cadet la Perle (Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, _dit_), IV,
  145.

  Cadillac (Pierre de), seigneur de Lalanne, III, 70.

  Cadillac (Louise de Montalembert, femme de Pierre de), III, 70.

  Cadillac (Jeanne de), 2e femme de Constant d'Aubign. Voyez
  Aubign (Jeanne de Cadillac, 2e femme de Constant d').

  Calvoisin (madame de), I, 248, 249.

  Cambiac, prtre, I, 160, 191, 192, 193, 205, 216, 219 et suiv.

  Camboust (Marguerite de), veuve du duc de Puylaurens, femme de
  Henri de Lorraine-Armagnac. Voy. Lorraine (Marguerite de Camboust,
  femme de Henri de).

  Camus de Pontcarr (Pierre), I, 280.

  Canaples (Charles III de Crquy, sire de), puis duc de Crquy, I,
  316.

  Candale (Henri de Nogaret, de La Valette et de Foix, comte, puis
  duc de), frre an du duc d'Epernon, I, 147.

  Candale (Louis-Charles-Gaston de Nogaret et de Foix, duc de), fils
  du duc d'Epernon, I, 7, 11, 12, 13, 14, 15, 19, 20 et suiv., 30 et
  suiv., 37, 38, 62, 68, 75, 76, 147, 154, 231, 242, 271, 300, 318,
  405; III, 281.

  Canion (commandeur de), I, 315.

  Cantecroix (madame de), femme de Charles IV de Lorraine, III, 198;
  IV, 231.

  Caravage (Michel Ange Americhi ou Morigi, _dit_ le), I, 235.

  Carignan (le prince de), _dit_ le prince Thomas, II, 71.

  Carignan (Marie de Bourbon-Soissons, princesse de), II, 71.

  Carmain ou Cramail. Voy. Cramail.

  Cassagnet (Gabriel de), marquis de Tilladet. Voy. Tilladet
  (Gabriel de Cassagnet, marquis de).

  Castellane (un), I, 137.

  Castellane (Anne-Elisabeth de Rassan, marquise de, puis marquise
  de Ganges). Voy. Ganges (marquise de).

  Castelnau (Marie-Charlotte de), femme du comte de Louvigny, plus
  tard duc de Gramont, I, 136.

  Castelnau (Jacques, marquis et marchal de), III, 348, 350, 465.

  Castelnau (Michel II de), III, 465.

  Castelnau (Louise-Marie Foucault, femme de Michel II de), III,
  465.

  Castelnau (Marie-Charlotte de), duchesse de Gramont. Voy. Gramont.

  Castiglione (Laurent-Onuphre Colonna de Gioni, prince de). Voy.
  Colonna (Conntable).

  Castille (Pierre), I, 24.

  Castille-Villemareuil (M. de), intendant de la maison de Monsieur
  (Gaston d'Orlans), 1615, I, 25.

  Castille-Villemareuil (Marie-Madeleine de), 2e femme de Fouquet,
  I, 25.

  Castille (Jeannin de). Voy. Jeannin de Castille.

  Castle-Maine (Roger Pulner, comte de), I, 238.

  Catau-la-Borgnesse. Voyez Beauvais (madame de).

  Catelan (Franois), partisan, I, 89.

  Catinat (Nicolas, marchal de), I, 296; IV, 145, 146.

  Caumartin (l'abb Le Fvre de), IV, 182.

  Caumesnil (Alexandre de Moreuil, marquis de), I, 316.

  Caumont La Force. Voy. La Force.

  Cavoie (Louis Oger, chevalier, puis marquis de), I, 69, 277; II,
  179.

  Cavoie (Louise-Philippe de Cotlogon, femme de Louis Oger, comte
  de), II, 179.

  Caylus (Marthe-Marguerite de Villette, femme du marquis de), IV,
  183.

  Caylus (marquis de), IV, 183.

  Caylus (l'abb de), IV, 183.

  Celoron (?), I, 90.

  Csy (Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, femme de Philippe de
  Harlay, comte de), puis femme de Franois-Ren du Bec Crespin,
  marquis de Vardes. Voy. Vardes (Jacqueline de Bueil, femme de
  Franois-Ren du Bec Crespin, marquis de).

  Csy (Philippe de Harlay, comte de), I, 270.

  Chabot (Henri), duc de Rohan. Voyez Rohan (Henri Chabot, duc de).

  Chalais (Henri de Talleyrand, comte de), I, 24.

  Chalais (Charlotte Jeannin de Castille, d'abord comtesse de
  Charny, puis comtesse de), I, 24, 295, 303; II, 341.

  Challard (du), V. Duchallard.

  Chalon du Bl (Louis), marquis d'Uxelles. Voyez Uxelles (marquis
  d').

  Chamanieu (Loras de), III, 352.

  Chamarante (M. de), I, 291; IV, 26.--_Erratum_, lisez:

  Chamarande, non Chamarante (Clair Gilbert d'Ornayson, seigneur de),
  un des quatre premiers valets de chambre du Roi.

  Chambes (Marie-Genevive de), comtesse de Montsoreau, femme de
  Louis-Franois, marquis de Sourches. Voy. Sourches.

  Chamlay (Jules-Louis Baul, marquis de), IV, 175.

  Champlatreux (Mol de). Voy. Mol de Champlatreux.

  Champr (Catherine-Henry, femme, 1 de Ferrier, fils du ministre,
  2 du conseiller Menardeau, sieur de), I, 410.

  Chandenier (Franois de Rochechouart, marquis de), I, 75.

  Chanleu et non Clanleu (baron de), I, 180. [N. B. _Chanleu_ est le
  nom que lui donne la _Gazette de France_.]

  Chantereau (Louis Lefebvre-), procureur du cardinal Mazarin, I,
  278.

  Chapelain (Jean), de l'Acadmie franaise, I, 306; IV, 83.

  Chapelles (Franois de Rosmadec, comte des), II, 187; III, 254.

  Chappuzeau (Samuel), II, 30.

  Charles I, roi d'Angleterre, I, 218, 230; IV, 231.

  Charles II, roi d'Angleterre, I, 41, 42, 204, 226, 238, 240, 241,
  242, 257; II, 182, 200, 201, 213; IV, 276, 277.

  Charron (Marie), femme de J.-B. Colbert, II, 426.

  Charrost (Louis de Bthune, comte de), I, 75.

  Chartrain (Gilles de), II, 286.

  Chartrain (Jeanne de Crquy, femme de Gilles de), II, 286.

  Chartrain (M. de), fils de Gilles de Chartrain, II, 286.

  Chartres (Philippe, duc de), puis duc d'Orlans, I, 325.

  Chartres (Franoise-Marie, mademoiselle de Blois, femme de
  Philippe, duc de), fille de Louis XIV et de madame de Montespan,
  IV, 223.

  Chasteauneuf (M. de) ou Chteauneuf, Secrtaire d'Etat, garde des
  sceaux, etc., I, 144, 148, 149, 256, 407.

  Chasteau-Thierry ou Chteau-Thierry (Henri-Ignace de La Tour
  d'Auvergne, duc de), IV, 267.

  Chasteauvieux (M. de) ou Chteauvieux, I, 315.

  Chastillon ou Chtillon (Gaspard, comte de Coligny, puis duc et
  marchal de), I, 155, 176, 210, 405.

  Chastillon ou Chtillon (Anne de Polignac, marchale de), I, 176.

  Chastillon ou Chtillon (Gaspard IV de Coligny, marquis d'Andelot,
  puis duc de), aprs son frre an, I, 62, 154 et suiv., 176, 178,
  188, 208, 209, 403.

  Chastillon ou Chtillon (Henriette, fille ane du marchal de),
  marie au comte de La Suze. Voy. La Suze (comtesse de).

  Chastillon ou Chtillon, (Elisabeth-Anglique de
  Montmorency-Boutteville, femme: 1 de Gaspard IV, duc de), puis 2
  du prince de Wurtemberg, I, 41, 42, 135, 144, 153 et suiv., 156,
  157, 210, 266, 273, 276, 295, 413; II, 72, 187; III, 254. Voy.
  Wurtemberg.

  Chastillon ou Chtillon (Maurice de), comte de Coligny. Voy.
  Coligny (Maurice de Chastillon, comte de).

  Chastillon (Franois de), seigneur de Bois-Rogues, pre de
  Claude-Elzar de Chastillon, III, 253.

  Chastillon (Claude-Elzar, chevalier de), III, 253.

  Chatelaillon (le baron de), III, 70.

  Chatelaillon (Anne Marchand, veuve du baron de), 1re femme de
  Constant d'Aubign, III, 70.

  Chaulnes (Charles-Honor d'Albert, duc de), II, 59, 75.

  Chaumont (Guy de), marquis de Guitry, IV, 26.

  Chaumont (Marie de Bailleul, femme de Jean de), soeur du prsident
  de Bailleul, I, 253.

  Chavannes (madame de), probablement bru du financier Nicolas
  Rambouillet, I, 254.

  Chavigny (Lon de Bouthillier, comte de), I, 191, 214, 223, 296;
  II, 346.

  Chavigny (Anne Phelippeaux, femme de Lon de), II, 346.

  Chavigny (Armand de Bouthillier de), seigneur de Pons, II, 346.

  Chavigny (Elisabeth Bossuet, femme d'Armand de Bouthillier de),
  II, 346.

  Chavigny (Louise-Franoise de Bouthillier de), femme du marchal
  de Clrambault. Voy. Clrambault (marchale de).

  Chelles (Jeanne de Scorrailles, abbesse de), II, 469; IV, 272.

  Chemerault (Geoffroy de Barbezires, comte de La Roche-), I, 294.

  Chemerault (mademoiselle de Barbezires de), nice d'une premire
  mademoiselle de Chemerault qui devint madame de La Bazinire, I,
  263, 293, 294, 295.

  Chenu, rentier de Paris, ami de Guy Patin, I, 90.

  Chevreuse (htel de), III, 499.

  Chevreuse (Claude de Lorraine, prince de Joinville, duc de), I,
  143, 145, 208.

  Chevreuse (Marie de Rohan-Montbazon, duchesse de), femme, 1 de
  Charles d'Albert de Luynes, 2 de Claude de Lorraine, duc de
  Chevreuse, I, 42, 78, 143 et suiv., 193, 194, 197, 207, 409, 415;
  II, 47, 48, 71, 89; III, 506.

  Chevreuse (Charlotte-Marie de), fille de la duchesse et de son
  second mari Claude de Lorraine, I, 4, 145, 195; IV, 254.

  Chevreuse (Charles-Honor d'Albert, duc de Luynes, de Chaulnes et
  de), dont une fille ane pousa le prince de Tingry, III, 491.

  Chevreuse (Marie-Anne et non Marie-Thrse d'Albert de), princesse
  de Tingry. Voyez Tingry (Marie-Thrse d'Albert, femme de
  Charles-Franois-Frdric de Montmorency, duc de Luxembourg,
  prince de).

  Chevreuse (Anne-Marie de), abbesse du Pont-aux-Dames, fille de la
  duchesse, I, 145.

  Chevreuse (un marquis de), III, 79 et suiv.

  Choisy (Jeanne-Olympe Hurault de l'Hpital, comtesse de), I, 37,
  111, 112; II, 28, 75, 76.

  Choisy (Franois-Timolon, abb de), fils de la prcdente, I, 37.

  Christine de France, femme de Victor-Amde, duc de Savoie, II,
  29.

  Christine, reine de Sude, I, 53, 54, 254, 294.

  Chigi (Fabio), II, 80 et suiv., 90 et suiv., 99, 109, 312.

  Chison, mdecin, II, 88, 89.

  Chiverny (Ccile-Elisabeth Hurault de), marquise de Monglas. Voy.
  Monglas (marquise de).

  Choiseul-Praslin (Isabelle de), femme de Henri du
  Plessis-Gungaud. Voyez Plessis-Gungaud (Isabelle de Choiseul
  Praslin, femme de Henri du Plessis-Gungaud).

  Cinq-Mars (Henri de Coiffier, dit Ruz, marquis de), I, 213, 293,
  294; II, 406; III, 348.

  Citois ou Sitois, mdecin (M.), IV, 212.

  Clanleu (baron de). Voy. Chanleu (baron de).

  Clarendon (Anne Hyde de), duchesse d'Yorck. Voy. Yorck (duchesse
  d').

  Clment, accoucheur, II, 376, 377, 378, 379, 411.

  Clrambault (Philippe de Palluau, comte, puis marchal de), I, 62,
  294, 295.

  Clrambault (Louise-Franoise Bouthillier de Chavigny, marchale
  de), I, 295, 296.

  Clrambault (Ren Gillier, baron de Puygarreau, marquis de), I,
  76, 296, 406, 410.

  Clrambault (Louise de Bellenave, comtesse du Plessis, marquise
  de), I, 296.

  Clrambault (Marie-Gilonne de), fille de Ren de Puygarreau,
  marquis de Clrambault; 2e femme de Charles-Franois-Frdric de
  Montmorency, duc de Piney-Luxembourg. Voy. Luxembourg
  (Marie-Gilonne Gillier de Clrembault, 2e femme du duc de).

  Clre (Charles de Fontaine-Martel, comte de), I, 325.

  Clermont (maison de), d'o sont sortis les Clermont d'Amboise,
  Clermont de Galerande, Clermont de Resnel, Clermont de St-Georges.
  I, 329.

  Clermont (de), I, 316.

  Clermont (Franois de Paule de), marquis de Monglas. Voy. Monglas
  (marquis de).

  Clermont-Tonnerre (Marie-Charlotte-Bonne-Thrse de), femme du
  marchal duc de Luxembourg. Voy. Luxembourg (duchesse de).

  Clermont Tonnerre (Franois, marquis de), I, 315.

  Clermont Tonnerre (Franois de), vque de Noyon, fils du
  prcdent, IV, 182, 205.

  Cleveland (duchesse de). Voy. Saint-Villiers (Barbe de).

  Coaquin (madame de). Voy. Coatquen (madame de).

  Coatquen (madame de), I, 187.

  Cochonnet, cur de Lasine (pseudonyme), III, 140.

  Cotlogon (Ren-Hyacinthe, marquis de), II, 179.

  Cotlogon (Louise-Philippe), femme de Louis Oger, comte de Cavoye,
  II, 179, 184.

  Coeuvres (Franois-Annibal, marchal d'Estres, marquis de). Voy.
  Estres (marchal d').

  Coeuvres (Antoine, marquis de), fils du marchal d'Estres, pre
  de Franois-Annibal III, marquis de Coeuvres, II, 345.

  Coeuvres (Franois-Annibal III d'Estres, marquis de), III, 218,
  258.

  Coeuvres (Madelaine de Lyonne, femme de Franois-Annibal
  d'Estres, marquis de), petit-fils du marchal, II, 405; III, 207,
  217, 218 et suiv., 246 et suiv.

  Colbert (Jean-Baptiste), I, 131, 255; II, 100, 373, 426; III, 47,
  153, 361, 362, 454; IV, 169, 179.

  Colbert (Marie Charron, femme de Jean-Baptiste), II, 426.

  Colbert (Antoine Martin), chevalier de Malte, dit le chevalier
  Colbert, II, 425, 426; III, 361, 362.

  Colbert (Louis), d'abord abb de Bonport, puis
  capitaine-lieutenant de la 2e compagnie des mousquetaires 
  cheval, II, 398.

  Colbert (Jeanne-Marie), duchesse de Luynes. Voy. Luynes (duchesse
  de).

  Colbert de Villacerf (Edouard), IV, 31, 130.

  Coligny (Franois de Chastillon, amiral de), pre du marchal de
  Chastillon, I, 176.

  Coligny (Gaspard de), duc de Chastillon, aprs son frre an.
  Voy. Chastillon (Gaspard IV de).

  Coligny (Maurice, comte de), frre du duc de Chastillon, I, 188.

  Colombel (...), II, 46.

  Colonna de Gioni (Laurent-Onuphre), conntable, prince de Paliano
  et de Castiglione, I, 285; II, 17, 33.

  Colonna (Marie Mancini, conntable), I, 219, 283 et suiv., 289;
  III, 29; IV, 245 et suiv.

  Comb (madame de), IV, 179.

  Comminges (maison de), I, 139.

  Comminges (Gaston-Jean-Baptiste, comte de), capitaine des gardes
  du Roi, I, 73, 139, 411.

  Comminges (Sybille-Anglique d'Amalby, femme du comte de), I, 411.

  Cond (Henri II de Bourbon), pre du grand Cond, I, 189, 193,
  244; II, 440.

  Cond (Charlotte-Marguerite de Montmorency, princesse douairire
  de), femme de Henri de Bourbon-Cond, I, 157, 160, 189, 190.

  Cond (Louis II de Bourbon, prince de), _dit_ le grand Cond, I,
  VIII, IX; 31, 49, 52, 62, 68, 73, 75, 76, 130, 137, 144, 149, 154,
  155, 157 et suiv., 176, 179 et suiv., 186 et suiv., 195, 198 et
  suiv., 208 et suiv., 216 et suiv., 232, 239, 249 et suiv., 292,
  297, 298, 415, 416; II, 45, 72, 168, 201, 386, 400, 440; III, 429,
  474, 475; IV, 231, 257, 261, 267, 280.

  Cond (Claire-Clmence de Maill, femme du prince Louis II de), I,
  240; II, 87, 340.

  Cond (Henri-Jules de Bourbon, prince de), fils du prcdent, II,
  48, 201, 386; III, 198, 239, 429 et suiv., 474.

  Cond (Anne de Bavire, femme du prince Henri-Jules de), III, 198,
  430.

  Congis-Moret (M. de), I, 316.

  Conrart (Valentin), de l'Acadmie franoise, III, 171.

  Conti (Armand de Bourbon, prince de), I, 12, 31, 56, 68, 78, 145,
  148, 186 et suiv., 271, 283 et suiv., 401, 416; II, 88; III, 163,
  474.

  Conti (Anne-Marie Martinozzi, princesse de), femme du prcdent,
  I, 195, 271; II, 71; III, 163, 474.

  Conti (Louis-Armand de Bourbon, prince de), fils d'Armand, III,
  163, 474, 475, 476; IV, 186, 187, 262.

  Conti (Marie-Anne, lgitime de France, femme de Louis-Armand de
  B., prince de), III, 163, 192, 196, 198, 203, 471, 474, 475; IV,
  136 et suiv., 224 et suiv.

  Conti (Franois-Louis de Bourbon, duc de La Roche-sur-Yon, puis
  prince de), III, 192.

  Cordoue (Gonzalve de), IV, 145.

  Corneille (Pierre), II, 215; III, 226; IV, 21, 22.

  Corneille (Thomas), III, 430.

  Cornouaille, prtre, I, 6.

  Cornu (la), I, 182.

  Cornuel (famille), I, 84-96.

  Cornuel (Claude), intendant, contrleur gnral des finances, puis
  Prsident de la Chambre des comptes, I, 87.

  Cornuel (Franoise Dadien, veuve de Gabriel de Machault, 2e femme
  de Claude), I, 87.

  Cornuel (Guillaume), trsorier de l'extraordinaire des guerres, I,
  87.

  Cornuel (Anne Bigot, seconde femme de Guillaume), I, 53, 300.

  Cornuel (Marguerite), fille de Guillaume Cornuel et de sa premire
  femme, Marie Combefort, veuve de Le Gendre, I, 99, 100, 101, 102,
  103, 110, 232.

  Cosnac (Daniel de), archevque d'Aix, I, 195; II, 27.

  Cospeau ou Cospean (Philippe), vque d'Aire, puis de Nantes et
  enfin de Lisieux, I, 153; IV, 281.

  Coss-Brissac (famille de), IV, 204.

  Cotin (l'abb Charles), I, 168.

  Coulanges (Philippe-Emmanuel de), II, 266, 420.

  Coulanges (Marie-Anglique du Gu, femme de Philippe-Emmanuel de),
  I, 56.

  Coulon (Jean), conseiller au parlement, III, 504.

  Coulon (Mme), fille de Claude Cornuel, femme de Jean Coulon,
  conseiller au parlement, I, 87.

  Coulon (Marie), femme de Nicolas Bautru, comte de Nogent. Voyez
  Nogent (Marie Coulon, femme de Nicolas Bautru, comte de).

  Courtaumer (Jeanne de Caumont, femme du marquis de Saint-Simon-).
  Voy. Saint-Simon-Courtaumer (Jeanne de Caumont, marquise de).

  Courtenay (Louis, prince de), pre de Louis-Charles, II, 88; III,
  404, 405; IV, 262.

  Courtenay (Louise-Chrtienne de Harlay, femme de Louis, prince
  de), II, 88; IV, 262.

  Courtenay (Louis-Charles, prince de), fils de Louis, II, 88; IV,
  262.

  Courtenay (Marie de Lameth, 1re femme de Louis-Charles, prince
  de), IV, 262.

  Courtenay (Hlne de Besanon, 2e femme de Louis-Charles, prince
  de), IV, 262.

  Courtilz (Gatien des), II, 398; III, 412.

  Cousin (M. Victor), I, 143.

  Coypel (Antoine), peintre, IV, 227.

  Craff (Mylord Ren) ou Crofts, I, 39 et suiv., 218, 219, 230 et
  suiv., 237, 275.

  Cramail, Cramailles ou Carmain (Adrien de Montluc, prince de
  Chabanais, puis comte de), I, 300.

  Cramail (Jeanne de Montluc, comtesse de), femme de Charles
  d'Escoubleau de Sourdis, marquis d'Alluye. Voyez Sourdis (Jeanne
  de).

  Crenan (Pierre de Perrien, marquis de), IV, 145.

  Crqui (Madelaine de Bonne, femme de Charles Ier, premier marchal
  de), grand'mre de Charles III de Crqui, II, 404.

  Crqui (Madeleine de), fille de Charles Ier de Crqui, femme de
  Nicolas de Neufville, marchal, duc de Villeroy. Voy. Villeroy
  (Madeleine de Crqui, femme de Nicolas de Neufville, marchal, duc
  de).

  Crqui (Charles-Franois de Bonne de), duc de Lesdiguires, fils
  du premier marchal de Crqui, III, 215.

  Crqui (Anne de La Magdelaine de Ragny, 2e femme de
  Charles-Franois de Bonne de), III, 215.

  Crqui (Charles II de), seigneur de Ramboval, II, 286.

  Crqui (Charles III, duc de), fils de Charles III de Crqui, frre
  an du 2e marchal, I, 6; II, 80, 109, 271, 273, 394.

  Crqui (Armande de Saint-Gelais Lusignan de Lansac, femme de
  Charles III, duc de), II, 80 et suiv., 91 et suiv., 106, 109, 380;
  III, 401; IV, 262, 263, 269, 278.

  Crqui (Madelaine de), fille de Charles III de Crqui, princesse
  de Tarente. Voy. Tarente (Madelaine de Crqui, femme de
  Charles-Belgique-Hollande de la Trmouille, duc de Thouars, prince
  de).

  Crqui (Franois, marquis de Marines, 2e marchal de), 4e fils de
  Charles II de Crqui, I, 62; II, 404; III, 215, 496, 499 et suiv.,
  508.

  Crqui (Catherine Roug du Plessis-Bellire, femme du 2e marchal
  de), III, 496.

  Crqui (Franois-Joseph, marquis de), fils an du 2e marchal,
  III, 379, 495 et suiv., 508, 509.

  Crqui (Anne-Charlotte d'Aumont, femme du marquis Franois-Joseph
  de), III, 379, 496, 499 et suiv.

  Crevant (M. de), probablement un Crevant d'Humires, I, 315. Voy.
  Humires.

  Crofts (Mylord Ren) ou Craff. Voy. Craff.

  Croissy (Colbert de), IV, 179.

  Crussol (Catherine-Louise-Marie de), fille du duc d'Usez, femme du
  marquis de Barbezieux. Voy. Barbezieux (marquise de).

  Crussol (Julie-Franoise de), femme du duc d'Antin. Voy. Antin
  (duchesse d').

  Cusac (N... de Rotondis de Caheusac ou Cahusac, _dit_ de), frre
  de N... de Rotondis de Biscarras et du s{r} de Rotondis, II, 154.


  Dadien (Franoise), veuve de Gabriel de Machault, 2e femme de
  Claude Cornuel, I, 87.

  Daillon (Jean de). Voy. Lude (du).

  Dampierre (Marie Fourr de), I, 213.

  Daquin, mdecin, III, 127, 128; IV, 151.

  Darcy. Voy. Arcy (d').

  Dauphin (Louis, fils de Louis XIV, _dit_ le 1er), II, 421 et
  suiv.; III, 54, 163, 177, 178, 182, 185  204, 471, 493 et suiv.;
  IV, 130, 136 et suiv., 224, 274, 275.

  Dauphine (Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavire, femme de
  Louis, dauphin de France, fils de Louis XIV), II, 465; III, 54,
  55, 186 et suiv., 471, 494 et suiv., 508; IV, 151, 274.

  Dauvet (Louise-Diane), femme de Jeannin de Castille, marquis de
  Montjeu. Voy. Jeannin de Castille, marquis de Montjeu
  (Louise-Diane Dauvet, femme de Gaspard).

  Deffita (M.). Voy. Effita (M. d').

  Delorme (Marion). Voyez Marion Delorme.

  Delorme (Charles), mdecin, IV, 72.

  Deodatus, sobriquet de Louis XIV. Voy. Louis XIV.

  Descartes (Ren), III, 46.

  Deschiens (financier), II, 420.

  Deschiens (Marie-Anglique du Liscouet, femme d'Antoine-Arthur),
  II, 420.

  Desfonandrs, surnom de Desfougerais ou Desfougerets dans Molire.
  Voy. Desfougerais.

  Desfontaines (?), II, 109.

  Desfougerais ou Desfougerets, I, 198, 201.

  Deshoulires (Antoinette du Ligier de La Garde, madame), I, 58.

  Despraux (Nicolas Boileau). Voy. Boileau.

  Digby (Georges Kenelm, lord), comte de Bristol, I, 204, 205, 218,
  221, 222 et suiv., 229 et suiv., 258.

  Digby (lady Anne, 2e fille de Franois, comte de Bedford, femme de
  lord), I, 218, 219.

  Digby (Anne), fille de Kenelm Digby et femme de Robert Spencer.
  Voy. Spencer (Robert), comte de Southerland.

  Dieudonn, surnom de Louis XIV, I, 218.

  Dognon (Louis de Foucault, comte du), marchal de France. Voyez
  Foucault (le marchal).

  Donna Anna, c'est--dire Anne d'Autriche. Voyez Anne d'Autriche.

  Douzenceau (Nicolas Viole). Voy. Viole (Nicolas).

  Dreux (Joachim de), conseiller au grand Conseil, III, 340.

  Dubois (Jacques), _dit_ Sylvius, II, 124.

  Duchallard, capitaine de vaisseau, commandant le _Content_, IV,
  177.

  Dumas (Alexandre), I, 143.

  Dubail, du Bail ou d'Ubail, III, 254.

  Du Mesnil (madame), III, 230 et suiv.

  Dumeter (le P.), III, 71.

  Dupr, marchand d'orvitan, II, 421.

  Dupr, joueur, III, 334, 336.

  Dupr (Madelon), courtisane, II, 448, 450, 451.

  Duras (Jacques-Henri de Durasfort, duc et marchal de), IV, 203.

  Duras (Marguerite-Flice de Levis Ventadour, femme de
  Jacques-Henri, marchal de), IV, 203.

  Durasfort (Jacques-Henri de), duc et marchal de Duras. Voy. Duras
  (Jacques-Henri, duc et marchal de).

  Durasfort (Guy de), duc et marchal de Lorge. Voy. Lorge (Guy de
  Durasfort, duc et marchal de).

  Durtal (comte de). Voy. La Roche-Guyon (Roger du Plessis, duc de),
  seigneur de Liancourt, comte de Durtal.

  Duryer, cabaretire  Saint-Cloud, I, 199; II, 416.

  Duval, valet de pied de la princesse de Cond, I, 240.

  Duverger (le P.), III, 73.


  Ecquevilly (Marie-Madelaine de Chambes de Montsoreau, femme de
  Louis-Anne Dauvet, comte d'), I, 199.

  Edouard de Bavire, comte Palatin du Rhin. Voy. Bavire (Edouard
  de), comte palatin.

  Effiat (Martin Ruz, marquis d'), II, 406.

  Effiat (Isabelle Escoubleau de Sourdis, femme de Martin Ruz,
  seigneur d'), II, 406.

  Effiat (Antoine Coiffier _dit_ Ruz, marquis d'), neveu de Cinq
  Mars, premier cuyer de Monsieur, frre de Louis XIV, I, 8; II,
  406  413; III, 309, 312.

  Effita (M. d'), II, 140; III, 362.

  Elbne (Guy, comte d'), III, 440.

  Elbeuf (Charles III de Lorraine, prince d'Harcourt, puis duc d'),
  I, 139, 328; II, 346.

  Elbeuf (Anne-Elisabeth de Launoy, femme du prcdent duc d'), II,
  79.

  Elbeuf (Marie-Marguerite-Ignace de Lorraine, soeur de Charles III,
  duc d'Elbeuf, _dite_ mademoiselle d'), I, 303.

  Elbeuf (Anne-Elisabeth de Lorraine d'), femme du prince de
  Vaudemont. Voy. Vaudemont (Anne-Elisabeth de Lorraine d'Elbeuf,
  femme de Charles-Henri, lgitim de Lorraine, prince de), IV, 231.

  Elisabeth (la reine) d'Angleterre, I, 228.

  Empereur d'Allemagne (Lopold I), II, 197, 200. Voy. aussi
  Ferdinand III.

  Enguien (le duc), fils du grand Cond, I, 149, 182. Voy. Cond
  (Henri-Jules, prince de).

  Epinoy (princesse d'). Voy. Espinoy (princesse d').

  Ep... ou Esp... [chercher Esp...]

  Erizzo, ambassadeur de Venise, IV, 128, 215. N. B. p. 128, lire
  Erizzo au lieu de Frizzo.

  Erizzo (... femme de M.), ambassadeur de Venise, IV, 215, 216.

  Erizzo (Louise), fille de l'ambassadeur de Venise, IV, 216.

  Erlaut (Samuel de Bechilon, sieur d'). Voy. Bechilon (Samuel de).

  Escoubleau de Sourdis. Voy. Sourdis.

  Esguilly-Vass (Ren d'), I, 115. Voy. Vass.

  Esmery (Particelli d'), I, 294.

  Espagny (Maximilien Gouffier, marquis d'), II, 351.

  Espagny (Honor Gouffier, abb de Valseri, _dit_ l'abb d'), II,
  351.

  Espernon (htel d'), III, 499.

  Espernon (Bernard de Nogaret de La Valette et de Foix, duc d'), I,
  12, 30, 62; II, 131; III, 70, 71, 475.

  Espernon (Gabrielle-Anglique, fille lgitime d'Henri IV,
  duchesse d'), I, 12.

  Espernon (mademoiselle d'), fille du duc, soeur de Candale, I,
  147, 148.

  Espinay Saint-Luc (Rene d'), marquise de Beuvron, I, 8.

  Espinay Saint-Luc (Louis d'), comte d'Estelan ou Etelan. Voy.
  Estelan (comte d').

  Espinchal (Charles-Gaspard d'), I, 315.

  Espinoy (Jeanne-Plagie de Rohan-Chabot, 2e femme d'Alexandre
  Guillaume de Melun, prince d'), III, 49; IV, 270.

  Espinoy (Thrse de Lorraine, fille de Franois de Lorraine, comte
  de Lislebonne, femme de Louis et bru d'Alexandre-Guillaume de
  Melun, prince d'), III, 198.

  Este (Marie-Batrix-Elonore d'), reine d'Angleterre, 2e femme de
  Jacques II, IV, 216.

  Estelan (Louis d'Espinay Saint-Luc, comte d'), I, 8.

  Estve (le P.), jsuite prdicateur, I, 65.

  Estissac (Franois de la Rochefoucauld, 1er marquis d'), parrain
  de Mme de Maintenon, III.

  Estoublon (Jacques de Grille, marquis d'), I, 256.

  Estrades (Godefroy, comte d'), ambassadeur de France  Londres,
  II, 42, 72.

  Estres (Antoine d'), pre du marchal, I, 244.

  Estres (Franoise Babou de la Bourdaisire, femme d'Antoine d'),
  mre du marchal d'Estres, III, 252.

  Estres (Franois-Annibal d'), marquis de Coeuvres, marchal de
  France, frre de Gabrielle d'Estres, I, 151, 244, 315; II, 354;
  III, 218, 251, 252, 350.

  Estres (Marie de Bthune-Charrost, 1re femme du marchal d'),
  III, 252.

  Estres (Anne-Habert de Montmort, 2e femme du marchal d'), III,
  252.

  Estres (Gabrielle de Longueval, fille d'Achille de Manicamp, 3e
  femme du marchal d'), I, 69, 151; III, 252, 253, 349, 350.

  Estres (Jean, comte d'), 2e fils du marchal Franois-Annibal
  d'Estres, I, 244, 245.

  Estres (Csar d'), d'abord vque de Laon, puis cardinal, 3e fils
  de Franois-Annibal d'Estres, I, 244, 245; II, 344, 345; III, 254
  et suiv.; IV, 216.

  Estres (Gabrielle d'), 4e fille d'Antoine d'Estres, I, 151, 294;
  III, 252.

  Estres (Julienne-Hyppolyte d'), femme de Georges de Brancas,
  marquis, puis duc de Villars, 5e fille d'Antoine d'Estres, I, 56;
  II, 345.

  Etampes de Valenay (Elonor d'), archevque de Reims, I, 220.

  Etampes de Valenay (Charlotte d'), madame de Puysieux. Voy.
  Puysieux (madame de).

  Etampes de Valenay (le cardinal Achille d'). Voy. Valenay (le
  cardinal Achille d'Etampes de).

  Eugne (le prince) de Savoie. Voy. Savoie (le prince Eugne de).

  Evrard (Perpte), peintre, III, 312.


  Fagon (Guy Crescent), mdecin, III, 150; IV, 151, 161 et suiv.,
  210 et suiv.

  Fargis (famille d'Angennes du), III, 135.

  Fargues, frondeur, I, 65.

  Farsam (mademoiselle de Keroualle, comtesse de). Voy. Keroualles
  (mademoiselle de).

  Faure (le P. Franois), vque d'Amiens, I, 228.

  Favin ou plutt Favier (M. du Boulai-). Voy. Boulai-Favin (M. du).

  Flix, chirurgien, III, 150.

  Fnelon (Franois de Salignac de La Motte-), IV, 183, 184.

  Ferdinand III, empereur d'Allemagne, IV, 200.

  Ferrier (Jrmie), ministre protestant, I, 410; III, 137.

  Fervaques (Guillaume, seigneur de), marchal de France, III, 230,
  238.

  Fervaques (le marquis de), fils de Noel Bullion, seigneur de
  Bonnelle, I, 83; III, 302 et suiv., 392 et suiv.

  Feuquires (Isaac de Pas, marquis de), I, 137.

  Feuquires (Anne-Louise de Gramont, femme d'Isaac de Pas, marquis
  de), I, 263.

  Feuquires de Salins (madame de), I, 100.

  Feydeau (Marie), femme de Timolon de Daillon du Lude, gouverneur
  de Gaston d'Orlans. Voy. Lude (du).

  Fiennes (mademoiselle de Fruges, de la maison de Fiennes, femme de
  Henri Garnier, comte des Chapelles, dont elle ne porta jamais le
  nom, gardant celui de), I, 111, 112, 413; III, 310.

  Fiesque (Anne Le Veneur, comtesse de), mre de Charles-Lon et
  belle-mre de Gilonne d'Harcourt, I, 149, 403.

  Fiesque (Charles-Lon, comte de), I, 52, 121.

  Fiesque (Charles-Lon, comte de), III, 210, 306.

  Fiesque (Gilonne d'Harcourt, marquise de Piennes, puis comtesse
  de), _dite_ aussi la Reine Gillette, I, 9, 32, 49 et suiv., 70,
  83, 120, 121, 123, 130, 149, 265, 300, 328, 330, 414; II, 181;
  III, 210, 240, 306, 473.

  Fiesque (Jean-Louis-Marie, comte de), fils de Charles-Lon, comte
  de Fiesque, I, 52; III, 210 et suiv., 244 et suiv., 306 et suiv.

  Fiesque (Franois, chevalier de), I, 148.

  Fieubet (Gaspard I de), baron de Launac, trsorier de l'Epargne,
  pre de Gaspard de Fieubet, chancelier de la reine Anne
  d'Autriche, I, 206.

  Fieubet (Claude Ardier, femme du trsorier de l'Epargne Gaspard I
  de), I, 206.

  Fieubet (Gaspard II de), chancelier de la reine Marie-Thrse, I,
  206.

  Fieubet (Marie Ardier, femme de Gaspard II de), I, 206.

  Fieubet (Claude de), femme de Jeannin, I, 206.

  Filastre (la), IV, 283.

  Fleuri (marquis de), II, 350, 351.

  Florence, une des femmes de madame de Bagneux, II, 322 et suiv.

  Foix (Henri-Franois de Foix de Candale, duc de), II, 447, 448,
  450.

  Foix (Marie-Charlotte de Roquelaure, femme du duc de), II, 448,
  449, 450.

  Fontaine-Martel (marquis de), pre du comte de Clre et du marquis
  d'Arcy, I, 325.

  Fontaine-Martel (N... de Bordeaux, femme du marquis de), I, 182.

  Fontanges (Marie-Anglique de Scorailles, duchesse de), I, 72,
  218; II, 459 et suiv.; III, 3  58, 66, 146, 175; IV, 264  272,
  276  283, 287, 288.

  Fontenay (M. de), I, 315.

  Forbin-Janson (Gaspard de), pre du chevalier de Forbin, II, 397.

  Forbin-Janson (Claire de Libertat, femme de Gaspard, marquis de),
  II, 397.

  Forbin, marquis de Janson (Laurent de), gouverneur d'Antibes,
  frre an du chevalier, II, 397.

  Forbin (Melchior, chevalier de), I, 296; II, 397, 398.

  Forbin-Janson (le cardinal de), vque de Beauvais, le plus jeune
  frre du chevalier, II, 397.

  Fosseuse (le chevalier de), II, 288-333.

  Fosseuse (mademoiselle de), fille d'honneur de la reine, II, 288.

  Foucault (Louis, comte du Dognon, marchal), I, 213, 300, 412.

  Foucault (Marie Fourr et non Fouss de Dampierre, femme du
  marchal), I, 213.

  Foucault (Louise-Marie), femme de Michel II de Castelnau. Voy.
  Castelnau (Louise-Marie Foucault, femme de Michel II de
  Castelnau).

  Fougeray (Claude de Sainte-Maure, seigneur du). Voy. Sainte-Maure
  (Claude de).

  Fouilleuse ou Fouilleux (M. de), I, 298.

  Fouilloux (Benigne de Meaux du), marquise d'Alluye. Voy. Alluye
  (Benigne de Meaux du Fouilloux, marquise d').

  Fouquet (Marie de Meaupou, femme de Franois), mre du
  surintendant et de l'abb, I, 262; III, 125.

  Fouquet (Nicolas), surintendant des finances, I, IX, 25, 70, 145,
  148, 230 et suiv., 243; II, 47, 355, 356, 399; III, 496; IV, 151,
  285.

  Fouquet (Basile), abb de Barbeaux et de Rigny, frre du
  surintendant, I, 65, 77, 142 et suiv., 205, 206, 216 et suiv.,
  230 et suiv., 265 et suiv., 405.

  Fourr [et non Fouss] de Dampierre. Voy. Foucault (marchale).

  Fouss (Marie Fourr et non) de Dampierre, femme du marchal
  Foucault, comte du Dognon. Voyez Foucault (marchale).

  Fromenteau. Voy. La Vauguyon.

  Franois de Paule (Saint), III, 200.

  Franois II, duc de Bretagne, I, 252.

  Frontenac (Anne de La Grange, d'abord mademoiselle de Neuville,
  femme de Louis de Buade, comte de Palluau et de), I, 52.

  Froulay (le comte Charles de), I, 306, 316; II, 81.

  Froulay (Marguerite de Beaudean, femme de Charles, comte de), II,
  81.

  Froulay (Louis, comte de), fils de Charles de Froulay et
  Marguerite de Beaudean, II, 79, 81, 82.


  Gabrielle d'Estres. Voyez Estres (Gabrielle d').

  Galerande (Clermont de). Voy. Clermont (maison de).

  Galles (Charles, prince de), fils de Charles Ier, II, 200. Voy.
  Charles II.

  Ganges (Anne-Elisabeth de Rassan, veuve du marquis de Castellane,
  puis marquise de), I, 30, 35.

  Garnier (Mathieu), II, 337, 339.

  Garnier (le chevalier), II, 31, 50.

  Garnier (Suzanne), femme de Charles de Brancas. Voy. Brancas
  (Suzanne Garnier, madame de).

  Garnier (Franoise), femme de M. d'Oradour. Voy. Oradour (d').

  Garnier (Madelaine), femme de M. d'Orgres et ensuite de Mol de
  Champlatreux. Voy. Mol de Champlatreux et Orgres.

  Gassendi (Pierre), le philosophe, III, 46.

  Gaston d'Orlans, voy. Orlans (Gaston duc d').

  Gatien des Courtilz, Voy. Courtilz (Gatien des).

  Gendarme, garde du marchal de Grancey, III, 233 et suiv.

  Gerniou, ou plutt Jarnioux (Franois Henry, sieur de), I, 410.

  Gersay. Voy. Jarzay.

  Gesvres (Lon Potier, marquis, puis duc de), I, 75; III, 119.

  Gesvres (Bernard-Franois Potier, duc de), fils de Lon, III, 449.

  Gesvres (Marie-Madelaine-Louise de Seiglire de Boisfranc, femme
  de Bernard-Franois, duc de), III, 449, 450.

  Gillette (la Reine), nom _prcieux_ de madame de Fiesque. Voyez
  Fiesque (comtesse de).

  Gillier de Puygarreau [et non Puygarrou], marquis de Clrambault
  (Ren). Voy. Clrambault (marquis de).

  Girard (Charles), seigneur du Tillet. Voy. Tillet (du).

  Giraud (Catherine), femme de Charles-Franois d'Angennes, marquis
  de Maintenon. Voy. Maintenon (Catherine Giraud, femme de
  Charles-Franois d'Angennes, marquis de Maintenon).

  Glay de la Cotardaie (Gabrielle), femme de Jean Franois, marquis
  de La Valire, II, 44, 45.

  Gobelin (l'abb), III, 137.

  Godeau (Antoine), vque de Vence et de Grasse, III, 171.

  Godet Desmarets (Paul), vque de Chartres, III, 137.

  Goello (Franois de Bretagne, baron d'Avaugour, comte de Bretagne
  et de), I, 252.

  Gondran (Thomas Galant, sieur de Frierges et de), I, 318.

  Gondran (Charlotte Bigot, femme de Thomas Galant, sieur de
  Frierges et de), I, 318.

  Gondy (Paul de). Voyez Retz (cardinal de).

  Gondy de Retz (Paule-Marguerite-Franoise de), duchesse de
  Lesdiguires. Voy. Lesdiguires (duchesse de).

  Gontier (Jean-Baptiste), prsident en la chambre des comptes, II,
  473.

  Gonzague-Clves (Charles de), duc de Nevers, I, 226.

  Gonzague (Marie de), femme de Jean Casimir, roi de Pologne, II,
  173.

  Gonzague (Anne de), femme d'Edouard de Bavire, prince palatin.
  Voy. Bavire (Anne de Gonzague, femme d'Edouard de).

  Gonzalve de Cordoue. Voy. Cordoue (Gonzalve de).

  Gordon ou Gourdon. Voy. Gourdon.

  Gouffier (Artus ou Arthur), marquis de Boissy. Voy. Boissy.

  Gouffier (Artus), duc de Roannez avant La Feuillade, II, 400, 401;
  IV, 267.

  Gouffier (Charlotte), duchesse de La Feuillade. Voy. La Feuillade.

  Goujon (Mathieu), sergent  verge, III, 71.

  Goulas (... de La Mothe, sieur de), I, 220.

  Gourdon (duc de), I, 297.

  Gourdon (Georges), marquis de Huntley, I, 296.

  Gourdon (John), I, 296.

  Gourdon (chevalier de), I, 296.

  Gourdon (mademoiselle de), I, 295 et suiv.

  Gourville (Jean Hrault de), I, 182, 215, 232, 271, 294.

  Gouville (Lucie de Cotentin de Tourville, femme de Michel
  d'Argouges, sieur de), I, 20, 154, 320.

  Grammont ou Gramont. Voy. Gramont.

  Gramont (Antoine II, comte de), I, 135.

  Gramont (Louise de Roquelaure, 1re femme de Antoine II, comte de),
  I, 135.

  Gramont (Claude de Montmorency-Boutteville, 2e femme de Antoine
  II, comte de), I, 135.

  Gramont (Suzanne-Charlotte de), femme de Henry Mitte de Miolans,
  marquis de Saint-Chaumont, fille de Antoine II, comte de Gramont.
  Voy. Saint-Chaumont (marquise de).

  Gramont (Philibert, chevalier, puis comte de), fils d'Antoine II,
  comte de Gramont et frre du marchal Antoine III de Gramont et de
  la marquise de Saint-Chaumont,--d'abord connu sous le nom
  d'Andoins, I, 49 et suiv., 69, 149, 267, 293; II, 341.

  Gramont (Elisabeth Hamilton, femme de Philibert, chevalier, puis
  comte de), I, 50.

  Gramont (Antoine III, duc de), marchal de France, I, 49, 62, 68,
  135 et suiv., 263; II, 35, 73, 79, 177, 178, 185, 375, 391; III,
  351.

  Gramont (Franoise-Marguerite du Plessis-Chivray, 1re femme du
  marchal Antoine III de), I, 136, 245.

  Gramont (Armand de), comte de Guiche, fils an du marchal
  Antoine III, duc de Gramont. Voy. Guiche (comte de).

  Gramont (Antoine-Charles, comte de Louvigny, puis duc de), fils
  d'Antoine III, duc de Gramont et frre du comte de Guiche et de la
  duchesse de Valentinois, I, 136; III, 348 et suiv.

  Gramont (Marie-Charlotte de Castelnau, duchesse de), femme
  d'Antoine-Charles, I, 136; III, 348, 350.

  Gramont (Catherine-Charlotte de), femme de Louis de Grimaldi, duc
  de Valentinois et prince de Monaco, fille d'Antoine III, duc de
  Gramont. Voy. Valentinois (duchesse de).

  Grancey (Pierre Rouxel de), pre du marchal, III, 230.

  Grancey (Charlotte de Hautemer, fille du marchal de Fervaques,
  femme de Pierre, comte de), III, 230, 238.

  Grancey (Jacques III Rouxel, comte de), marchal de France, I,
  151; III, 230 et suiv., 432.

  Grancey (Catherine de Mouchy, 1re femme de Jacques Rouxel,
  marchal de), III, 230.

  Grancey (Charlotte de Mornay de Villarceaux, 2e femme de Jacques
  Rouxel, marchal de), I, 113, 151; III, 230, 234.

  Grancey (Louise-Elisabeth, dite madame de), 16e enfant du marchal
  Jacques III de Grancey, ne de Charlotte de Mornay-Villarceaux, sa
  2e femme, III, 239, 432, 433.

  Grancey (Hardouin de), abb de Rebec, etc., III, 433.

  Grandseigne (Diane de), femme de Gabriel, marquis de Mortemart.
  Voy. Mortemart (Diane de Granseigne, marquise de).

  Grignan (Franois Adhmar de Monteil, comte de), IV, 177.

  Grignan (Franoise-Marguerite de Svign, femme de
  Franois-Adhmar de Monteil, comte de), I, 141; III, 240.

  Grimaldi (Louis), prince de Monaco, duc de Valentinois. Voir
  Monaco et Valentinois.

  Grimaud (Marie de La Baume de Montrevel, femme d'Esprit Alard
  d'Esplan, marquis de), I, 412, 413.

  Grimoard de Beauvoir (Louis-Pierre Scipion de), pre de Louis
  Scipion III de Grimoard de Beauvoir, comte du Roure, III, 186.

  Grimoard de Beauvoir (Claude-Marie du Gast, _dite_ mademoiselle
  d'Artigny, femme de Louis-Pierre Scipion), mre de Louis Scipion
  III de Grimoard de Beauvoir, comte du Roure, II, 91, 109; III,
  186.

  Grimoard de Beauvoir (Louis Scipion III de), comte du Roure. Voy.
  Roure (Louis Scipion III de Grimoard de Beauvoir, comte du).

  Guebriant (Rene du Bec Crespin, de Vardes, marquise de), I, 271.

  Gumen (Louis, prince de), fils du duc Hercule de Rohan-Gumen,
  duc de Montbazon, pre de Charles de Rohan, duc de Montbazon qui
  pousa Jeanne de Schomberg, I, 207, 209; III, 505 et suiv.

  Gumen (Anne de Rohan, princesse de Gumen, cousine germaine et
  femme de Louis de Rohan, prince de), I, 232; III, 505.

  Gumen (Charles, prince de), fils de Charles de Rohan, duc de
  Montbazon et de Jeanne-Armande de Schomberg, et petit-fils de
  Louis VII de Gumen, III, 505, 506.

  Gumen. Voy. aussi: 1 Montauban, 2 Montbazon, 3 Rohan.

  Gungaud (Henri du Plessis-). Voy. Plessis-Gungaud (Henri du).

  Gungaud, trsorier de l'Epargne (Gabriel de), frre d'Henri du
  Plessis-Gungaud, secrtaire d'Etat, II, 414.

  Guercheville (marquisat de) Voy. La Roche-Guyon (duc de), I, 141.

  Guerchy (Marguerite du Regnier de Guerchy, _dite_ mademoiselle
  de), fille de Claude du Regnier, baron de Guerchy, et de Lucie de
  Brichanteau, I, 24, 155, 158, 403.

  Guiche (Armand de Gramont, comte de), I, 62 et suiv., 69, 70, 74,
  111, 136, 154, 232, 233, 263, 266 et suiv., 302, 313, 318, 321,
  339; II, 35, 36, 40, 61 et suiv., 73, 78, 79, 91, 92, 102, 145 et
  suiv., 391 et suiv., 400, 401; III, 351; IV, 249, 251, 262, 263.

  Guiche (Louise-Marguerite-Suzanne de Bthune, comtesse de), puis
  duchesse du Lude, I, 66, 295; II, 35, 78, 79. Voyez Lude
  (Marguerite-Louise de Bthune-Sully, veuve du comte de Guiche,
  puis duchesse du).

  Guillemette, surnom de madame de Maintenon, III, 76.

  Guilloire, secrtaire des commandements de mademoiselle de
  Montpensier, II, 266.

  Guise (Henri II de Lorraine), archevque de Reims, puis duc de
  Guise, petit-fils de Henri I de Lorraine, duc de Guise le Balafr,
  I, 35, 155, 185, 188, 226, 228, 300, 403, 405; II, 93, 107.

  Guise (Honore de Glimes de Grimberghe, veuve d'Albert Maximilien
  de Hennin, comte de Bossu ou Boussu, femme ou (par arrt du
  parlement) matresse de Henri II de Lorraine, duc de), I, 300.

  Guise (Marie de Lorraine, _dite_ mademoiselle de), fille de
  Charles de Lorraine et soeur du duc Henri II, I, 415.

  Guise (Louis-Joseph de Lorraine, duc de), II, 271, 274.

  Guitaut (Franois de Pechpeyrou ou Puypeyrou-Comminges, comte de),
  pre de Guillaume, qui suit, I, 152.

  Guitaut (Guillaume de Pechpeyrou ou Puypeyrou-Comminges, comte
  de), I, 73 et suiv., 95, 96, 152, 411, 414.

  Guitaut (Jeanne de La Grange, 1re femme de Guillaume de Pechpeyrou
  ou Puypeyrou, comte de), I, 73.

  Guitry (Guy de Chaumont, marquis de), II, 271, 273, 412, 458; IV,
  26.

  Guyon (Jeanne Bouvier de la Motte, madame), IV, 183, 184.


  Habert de Montmort (Anne), 2e femme du marchal d'Estres. Voy.
  Estres (Anne Habert de Montmort, 2e femme du marchal d').

  Habert de Montmort (Anne-Louise), femme de M. de Bertillac fils.
  Voy. Bertillac (madame de).

  Habert (Pierre), vque de Cahors, I, 186.

  Hamilton (les), I, 296.

  Hamilton (Elisabeth), femme du chevalier, puis comte de Gramont,
  I, 50.

  Harcourt (d'), marquis de Beuvron. Voy. Beuvron (d'Harcourt,
  marquis de).

  Harcourt (Anne d'Ornano, femme de Franois de Lorraine, prince
  d'), mre de Alphonse-Henri-Charles qui suit, I, 408.

  Harcourt (Alphonse-Henri-Charles de Lorraine, prince d'), puis duc
  d'Elbeuf, I, 139.

  Harcourt (Marie-Louise-Christine Jeannin de Castille, dame de
  Moutiers, femme de Anne-Marie-Joseph de Lorraine, duc d'Harcourt,
  fils d'Alphonse-Henri-Charles, duc d'), I, 24.

  Harcourt (Henri de Lorraine, comte d'), _dit_ Cadet la Perle, IV,
  145.

  Harlay (Philippe de), comte de Csy. Voy. Csy (comte de).

  Harlay de Champvallon, (Franois), archevque de Rouen, puis de
  Paris, I, 63, 64, 306; II, 266; III, 188; IV, 155 et suiv., 180 et
  suiv.

  Harlay (Lucrce-Chrtienne de), femme du prince Louis de
  Courtenay. Voy. Courtenay (Louise-Chrtienne de Harlay, princesse
  de).

  Hautefort (famille d'), II, 420.

  Hautefort (Jacques-Franois, marquis d'), frre de la marchale de
  Schomberg, I, 315.

  Hautefort (Marie d'), plus tard marchale de Schomberg, I, 197.

  Hautefort (Surville, cadet d'). Voy. Surville.

  Hautemer (Charlotte de), femme de Pierre, comte de Grancey, fille
  du marchal de Fervaques. Voy. Grancey (Charlotte de Hautemer,
  femme de Pierre, comte de).

  Hbert (madame), femme de chambre de Marie de Mdicis, I, 253.

  Hecquetot (Franois de Beuvron d'), I, 199.

  Henri III, roi de France, IV, 279.

  Henri IV (le roi), I, 135, 189; II, 29, 61, 361; III, 70, 252,
  423; IV, 80, 143.

  Henri, lgitim de France, vque de Metz, I, 294.

  Henriette de France, reine d'Angleterre, I, 257; II, 64, 70, 200;
  IV, 231.

  Henriette d'Angleterre, femme du duc d'Orlans, Voy. Orlans
  (Henriette, duchesse d').

  Henry (Franois), sieur de Gerniou ou mieux Jarnioux. Voy.
  Gerniou.

  Henry (Catherine), femme, 1 de Ferrier, fils du ministre
  protestant, 2 du conseiller Menardeau, sieur de Champr. Voy.
  Champr (madame de).

  Hercule (le P.), I, 12.

  Hroart (Jean), mdecin de Louis XIII, IV, 187.

  Hrodote, IV, 69.

  Hervey (le chevalier), I, 258.

  Hervey (madame), soeur de lord Montaigu, I, 258.

  Hervieux (Laurent Arvio, _dit_ le chevalier d'Arvieux ou d'), III,
  369 et suiv.

  Heudicourt (Michel Sublet, marquis d'), grand louvetier, I, 185,
  212; IV, 137.

  Heudicourt (Bonne de Pons, femme de Sublet d'), I, 185, 217.

  Hippolyte (de Pommereuil), Voy. Pommereuil (Hippolyte de).

  Hocquetot ou Hecquetot. Voy. Hecquetot.

  Hocquincourt (Charles de Mouchy, marchal, d'), I, 12, 68, 69,
  208, 234 et suiv., 242, 248 et suiv.

  Holland (comte de), I, 144.

  Hopital (? Franois de l'), I, 315.

  Humires (Louis Crevant III, marquis d'), pre du 1er duc, Louis,
  marchal d'Humires, II, 74.

  Humires (Isabeau Phelippeaux, femme de Louis Crevant III, marquis
  d'), mre du marchal duc, II, 74, 75.

  Humires (Louis de Crevant, marchal duc d'), I, 315, 316; II, 72,
  74.

  Humires (Louise-Antoinette-Thrse de La Chatre, femme du
  marchal duc d'), II, 72, 74, 75.

  Huntley (Georges Gourdon, marquis de). Voy. Gourdon (Georges).

  Hurault de Chiverny (Ccile-Elisabeth), marquise de Monglas. Voy.
  Monglas (marquise de).

  Hyacinthe (? Rigaud), peintre. Voy. Rigaud (Hyacinthe).

  Hyde de Clarendon (Anne), duchesse d'Yorck. Voy. Yorck (duchesse
  d').


  Innocent XI (le Pape), I, 281.

  Isigny (Franois de Brecey, seigneur d'), II, 340.

  Isle (N..., comte de l'), I, 326.

  Isle (N..., vicomte de l'), I, 326.

  Isle (N..., femme de N..., vicomte de l'), I, 326 et suiv., 410.

  Ivry (Claude Bosc, seigneur d'). Voy. Bosc (Claude), seigneur
  d'Ivry.

  Ivry (N... d'), I, 36, 39, 40.


  Jacques II, roi d'Angleterre, I, 283 et suiv.; IV, 216.

  Jacques II (Marie-Batrix-Elonore d'Este, 2e femme de), Voy. Este
  (Marie-Batrix-Elonore d'), reine d'Angleterre.

  Janin. Voyez Jeannin de Castille.

  Jars (Franois de Rochechouart, commandeur de Lagny-le-Sec, de
  l'ordre de Malte, _dit_ le commandeur de), I, 404.

  Jarzay (Ren du Plessis de la Roche-Pichemer, marquis de), I, 13,
  62, 74 et suiv., 115, 139, 154, 271; II, 106.

  Jarzay (Marie-Urbain-Ren du Plessis de la Roche-Pichemer, marquis
  de), fils de Ren, marquis de Jarzay, IV, 288.

  Jarzay (Anne-Thrse de Goury, femme du prcdent marquis de), II,
  106; IV, 288.

  Jean Casimir, roi de Pologne, II, 173, 174.

  Jeanne (la mre), carmlite, soeur du chancelier Seguier. Voyez
  Seguier (Jeanne).

  Jeannin (le prsident Pierre), I, 24, 148.

  Jeannin de Castille (Nicolas), trsorier de l'Epargne, I, 23, 24
  et suiv., 148, 149, 206, 274, 303, 404; II, 341, 414.

  Jeannin de Castille (Claude de Fieubet, femme de Nicolas), I, 206.

  Jeannin de Castille (Gaspard), marquis de Montjeu, fils de
  Nicolas, I, 149.

  Jeannin de Castille, marquise de Montjeu (Louise-Diane Dauvet des
  Marets, femme de Gaspard), I, 149.

  Jeannin (Nicolas II), petit-fils de Pierre Jeannin, II, 341, 342,
  353.

  Joyeuse (Louis de Lorraine, duc de), I, 404.

  Joyeuse (valet de chambre du Dauphin), III, 494.


  Keroualles (mademoiselle de), duchesse d'Aubigny, baronne de
  Petersfield, comtesse de Farsam, duchesse de Porstmouth, I, 226,
  238.


  La Barre (Jean de), prsident au Parlement, I, 410.

  La Barre (Marie Barin de la Galissonnire, veuve du prsident de),
  femme d'Isaac Arnauld. Voyez Arnauld (Marie Barin de la
  Galissonnire, femme d'Isaac).

  La Barte (Jean de) ou La Barthe, marchal des logis des gendarmes
  du duc d'pernon, I, 20.

  La Baume (Catherine de Bonne, comtesse de Tallart, M{ise} de), I,
  IX, 30.

  La Baume Le Blanc (famille de), II, 27.

  La Baume Le Blanc (Jean-Michel de), de La Valire, II, 28.

  La Baume Le Blanc (Laurent de), seigneur de La Valire. Voy. La
  Valire.

  La Baume Le Blanc (Guillaume de), de La Vallire, vque de
  Nantes, III, 52, 53.

  La Baume Le Blanc (Louise), femme de Franois de Beauvau. Voy.
  Beauvau (Louise de La Baume Le Blanc, femme de Franois de).

  La Bazinire (Mac Bertrand, sieur de), I, 25, 293, 295; II, 415.

  La Bazinire (Franoise de Barbezires, dame de), I, 293.

  La Boulaye (Maximilien Eschalart, marquis de), I, 76.

  La Brie, laquais de madame de Brancas, II, 344, 345.

  La Brizardire (l'abb de), IV, 144.

  La Brosse (Guy de), mdecin, IV, 151.

  La Bruyre, (Jean de), IV, 168.

  La Caze (Jean-Jacques de Pons, marquis de), I, 185.

  La Chaise (le P.), III, 137, 139, 140, 141, 143, 144, 145, 146,
  147, 150, 159 et suiv., 188, 203; IV, 154 et suiv., 176.

  La Chapelle (? Christophe Jouvenel des Ursins, seigneur de), et,
  plus tard, marquis de Tresnel, I, 316.

  La Chatre (Louis, marchal de), II, 459.

  La Chatre (Louise-Antoinette-Thrse de), femme du marchal duc
  d'Humires. Voyez Humires (Louise-Antoinette, duchesse d').

  La Chatre (Louise-Henriette de), femme de Claude Pot. Voyez Pot
  (Louise-Henriette de La Chatre, femme de Claude).

  La Cotardaie (Gabrielle Glay de), femme du marquis de La Valire.
  Voy. Glay de la Cotardaie (Gabrielle).

  La Fayette (Marie-Madelaine Pioche de La Vergne, comtesse de), I,
  4, 297; IV, 29.

  La Fert (htel de), III, 312.

  La Fert Saint-Nectaire ou Senneterre (Henri, marchal de), I, 51;
  II, 403, 410, 420; III, 279 et suiv.

  La Fert (Charlotte de Bauves ou plutt Boves, 1re femme du
  marchal duc de), II, 403.

  La Fert (Madelaine d'Angennes de La Loupe, 2e femme du marchal
  de), I, 5, 9, 83, 146, 274; II, 403 et suiv., 471; III, 210, 279 
  341.

  La Fert (Henri-Franois de Saint-Nectaire, duc de), fils du
  marchal, II, 421, 424, 431, 440, 447 et suiv.; III, 338 et suiv.,
  368 et suiv., 468, 475.

  La Fert (Marie-Isabelle-Gabrielle-Anglique, mademoiselle de
  Toucy, duchesse de), femme du prcdent, bru du marchal, I, 83;
  II, 421 et suiv.; III, 367 et suiv., 468, 477, 482.

  La Fert (Catherine-Henriette de), femme de Franois de Bullion,
  marquis de Longchne. Voy. Bullion, marquis de Longchne
  (Catherine-Henriette de La Fert, femme de Franois de).

  La Feuillade (Franois d'Aubusson de), I, 243, 244, 293, 325 et
  suiv.; II, 72, 74, 400, 401, 402, 468; III, 312; IV, 4, 7 et
  suiv., 35, 46, 52, 53, 60, 77, 79, 86 et suiv., 96, 267.

  La Feuillade (Charlotte Gouffier, femme de Franois d'Aubusson
  de), duchesse de Roannez, II, 74, 400; IV, 267.

  La Fontaine (Jean de), le fabuliste, I, 25, 258; IV, 81.

  La Force (Jacques Nompar de Caumont, duc de), III, 186, 202.

  La Force (Marie de Saint-Simon-Courtaumer, spare du marquis de
  Langeais, remarie  Jacques Nompar de Caumont, duc de). Voy.
  Langeais (Marie de Saint-Simon Courtaumer, marquise de).

  La Force (Marie-Anne-Louise de Caumont), femme de Louis Scipion
  III de Grimoard, comte du Roure. Voy. Roure (Marie-Anne-Louise de
  Caumont La Force, femme de Louis-Scipion III, comte du).

  La Fosse (Mme de), I, 20.

  Lagarde (? Antoine-Escalin des Aimars, marquis de), III, 125.

  La Grange (M. de), intendant des troupes en Alsace, III, 441 et
  suiv.

  La Grange (Mme de), femme du prcdent, III, 441 et suiv.

  La Grange (Jeanne de), femme de Guillaume de Peychpeyrou ou
  Puypeyrou, marquis de Guitaut. Voy. Guitaut.

  La Guiche (Henriette de), duchesse d'Angoulme. Voy. Angoulme
  (Henriette de La Guiche, duchesse d').

  La Guiche (Anne de), 2e fille de Philibert de la Guiche, grand
  matre de l'artillerie, femme du 1er marchal de Schomberg. Voy.
  Schomberg (1er marchal de), I, 209.

  La Guiche (Marie de), femme du duc de Ventadour, II, 55.

  La Loupe (famille d'Angennes de), III, 317.

  La Loupe (Mlle de). Voy. Olonne (Catherine-Henriette d'Angennes de
  La Loupe, comtesse d'), et La Fert (Madelaine d'Angennes de la
  Loupe, marchale de).

  La Magdelaine de Ragny (Anne), femme de Franois de Bonne, duc de
  Lesdiguires. Voy. Lesdiguires (Anne de La Magdelaine de Ragny,
  duchesse de).

  La Meilleraie (Charles de La Porte, duc et marchal de), I, 164;
  III, 465.

  La Meilleraie (Marie de Coss-Brissac, 2e femme du prcdent,
  duchesse de), IV, 180.

  La Mesnardire (Jules Pillet de), I, 90, 92, 170.

  La Motte Argencourt (N..., fille de Pierre de Conty, seigneur de
  La Motte et d'Argencourt, et de Madelaine de Chaumont, _dite_ Mlle
  de), I, 218, 290 et suiv.; II, 30, 31, 49, 50.

  La Mothe-Houdancourt (Philippe, marchal de), I, 292; II, 49; III,
  366, 368.

  La Mothe (Louise de Prie, Mlle de Toussy, marchale de), I, 83,
  200, 292; II, 49, 50, 422, 424, 438; III, 240, 366, 368 et suiv.
  _passim_; IV, 257, 258.

  La Mothe-Houdancourt (Charlotte-Elonore-Madelaine de), femme de
  Louis-Charles de Levis, duc de Ventadour. Voy. Ventadour
  (Charlotte-Elonore-Madelaine, duchesse de).

  La Mothe-Houdancourt (Franoise-Anglique de), 2e femme de
  Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont. Voy. Aumont.

  La Mothe-Houdancourt (Anne-Lucie de), nice du marchal, femme de
  M. de La Vieuville, I, 292.

  La Moussaye (Amaury Goyon, comte de), I, 187, 199.

  La Noue Bras de Fer (Franois de), II, 436.

  La Porte, valet de chambre de Louis XIV, I, 184.

  La Porte (Mlle de), femme du chevalier Garnier, II, 31, 50.

  La Rivire (Louis Barbier, abb de), puis vque de Langres, I,
  87, 91, 186.

  La Rivire (Antoine Barbier de), commissaire de l'artillerie en
  Champagne, I, 186.

  La Roche-Chemerault (Geoffroy de Barbezires, comte de). Voy.
  Chemerault (Geoffroy de Barbezires, sieur de).

  La Rochefoucauld (Franois VI, duc de), d'abord prince de
  Marsillac, I, 42 et suiv, 46, 62, 65, 75, 95, 99, 100 et suiv.,
  130, 150, 182, 188, 189, 196 et suiv., 213, 232, 233, 244, 245,
  252, 258, 267, 298, 416; II, 154, 457; IV, 79, 80.

  La Rochefoucauld (Andre de Vivonne, femme de Franois VI de), II,
  457.

  La Rochefoucauld (Franois VII de), d'abord prince de Marsillac,
  II, 457; IV, 79, 80. Voy. aussi Marsillac (Franois VII de La R.,
  prince de).

  La Rochefoucauld (M. de), premier marquis d'Estissac. Voy.
  Estissac (Franois de La Rochefoucauld, premier M{is} d'), III,
  72.

  La Roche-Guyon (Henri-Roger, comte, puis en 1663 duc de), marquis
  de Liancourt et de Guercheville, comte de Durtal, I, 139, 140,
  141, 232, 233.

  La Roche-Guyon (Anne-Elisabeth de Lannoy, ou Lanoye, femme de
  Henri-Roger du Plessis-Liancourt, comte de), I, 58, 210, 271.

  La Roche-Guyon (Jeanne-Charlotte, Mlle de), I, 139, 140, 141.

  La Roche-Pozay (Diane de). Voy. Saint-Loup (Mme de).

  La Roche-sur-Yon (Franois-Louis de Bourbon, duc de), puis prince
  de Conti, aprs la mort de Louis-Armand de B., prince de Conti,
  son frre, III, 192, 474.

  La Roquette (Henri-Gabriel de Roquette, vque d'Autun, nomm ici
  par erreur, l'abb de), I, 189.

  La Suze (Henriette de Coligny-Chastillon, comtesse d'Adington,
  puis comtesse de), I, 320, 347, 405.

  La Tour-d'Auvergne (Frdric-Maurice de), duc de Bouillon. Voy.
  Bouillon (Frdric-Maurice de La Tour-d'Auvergne, duc de).

  La Tour-d'Auvergne (Henri-Ignace de), duc de Chteau-Thierry. Voy.
  Chteau-Thierry (Henri-Ignace de La Tour-d'Auvergne, duc de).

  La Tour-Roquelaure (N... de), I, 328.

  La Tremouille (Philippe de), pre de Franois de la
  Tremouille-Noirmoutier, III, 334.

  La Tremouille-Noirmoutier. Voy. Noirmoutier.

  La Tremouille-Olonne. Voy. Olonne.

  La Tremouille-Royan. Voy. Royan.

  La Tremouille (Yolande-Julie de), M{ise} de Royan. Voy. Royan
  (M{ise} de).

  La Tresne (M. de), premier prsident au parlement de Bordeaux, IV,
  137, 138.

  La Valette (Louis de Nogaret, cardinal de), archevque de
  Toulouse, frre du duc [Bernard] d'Epernon, I, 147, 191.

  La Valire (Laurent de la Baume le Blanc, seigneur de), II, 27.

  La Valire (Franoise Le Prvost, femme de Laurent de), II, 27,
  28, 34.

  La Valire (Gabrielle Glay de la Cotardaie, femme de Jean-Louis,
  marquis de). Voy. Glay de la Cotardaie (Gabrielle), II, 44, 45.

  La Valire (Louise-Franoise de La Baume le Blanc, duchesse de),
  I, 66, 185, 217, 271, 289, 292 et suiv., 301; II, 27  96, 99 et
  suiv., 115 et suiv., 139 et suiv., 145, 148, 151, 152, 167, 168,
  180 et suiv., 363, 365, 370 et suiv., 461; III, 8, 29, 52, 57, 66,
  186; IV, 63, 223, 248 et suiv., 258  263, 282, 283.

  La Valire (Jean-Franois de la Baume le Blanc, marquis de), II,
  28, 44.

  La Valire (Louis-Csar de la Baume le Blanc, duc de), III, 197.

  La Vauguyon (Andr de Betoulat, sieur de Fromenteau, comte de), I,
  70.

  La Vergne (Marie Pena, femme d'Aymar de), mre de Mme de La
  Fayette, I, 4.

  La Vergne (Mlle de), comtesse de La Fayette. Voy. La Fayette (Mlle
  de La Vergne, comtesse de).

  La Vienne, barbier tuviste, III, 225, 228, 229, 236, 240.

  La Vieuville (htel de), III, 499.

  La Vieuville (Ren-Franois, marquis de), I, 293, 300, 315.

  La Vieuville (Anne-Lucie de La Mothe-Houdancourt, femme du marquis
  de), nice du marchal de La Mothe-Houdancourt, I, 293.

  L'Avocat ou L'Advocat (Nicolas) de Sauveterre, II, 429.

  L'Avocat (Marguerite Rouill, femme de Nicolas), II, 429.

  L'Avocat, matre des requtes, fils de Nicolas L'Avocat, II, 429
  et suiv.; III, 446, 482.

  L'Avocat, matre des comptes, III, 480.

  L'Avocat (Catherine), femme d'Arnauld de Pomponne, II, 429.

  L'Avocat (N...), femme du marquis de Vins, II, 429.

  Le Camus (l'abb Etienne), aumnier du roi Louis XIV, puis
  cardinal, I, 277 et suiv.

  Le Clerc de Lesseville. Voy. Lesseville (Le Clerc de).

  Le Coigneux (le prsident Jacques), I, 151.

  Le Febvre de Bournonville (Nicolas), IV, 26.

  Le Large (M.), mdecin, II, 348.

  Le Page, sieur de Saint-Loup. Voy. Saint-Loup.

  Le Pelletier (le prsident Claude), et mieux Le Peletier, IV, 126.

  Le Pelletier (Michel), ministre, _dit_ aussi Le Peletier de Sousy,
  IV, 156.

  Le Petit (Claude) ou Petit, III, 227.

  Le Prevost (Jean), sieur de la Coutelaie, cuyer de la grande
  curie, II, 28.

  Le Prvost (Franoise), femme de Laurent de La Valire, veuve de
  P. Bnard, seigneur de Rezay, II, 27, 28, 34.

  Le Tellier (Michel), chancelier de France, I, 47, 292; II, 22,
  131, 272, 390; III, 47, 364, 365.

  Le Tellier (Franois-Michel), marquis de Louvois. Voy. Louvois
  (Franois-Michel Le Tellier, marquis de).

  Le Tellier (Anne de Souvr, femme de Fr. Michel). Voy. Louvois
  (Anne de Souvr, marquise de).

  Le Tellier (Madelaine Fare), 1re femme de Louis-Marie-Victor, duc
  d'Aumont. Voy. Aumont (Madelaine, duchesse d').

  Le Tellier (Madelaine), femme de Gabriel, marquis de Tilladet.
  Voy. Tilladet (Gabriel de Cassagnet, marquis de).

  Le Tellier (Charles-Maurice), archevque de Reims, II, 266; III,
  454 et suiv., 483 et suiv., 499 et suiv., 509.

  Le Vasseur, notaire, III, 213.

  Le Vasseur (N..., femme du notaire), III, 213.

  Le Veneur (Anne), femme de Franois de Fiesque, et non de Jacques
  II d'Harcourt de Beuvron. Voy. Beuvron.

  L..... (le comte de), mari de la comtesse de L..., aime de Louis
  XIV, IV, 17, 18, 38, 40, 42 et suiv., 50, 65, 66, 77, 78, 80 et
  suiv., 108  122.

  L... (la comtesse de), aime de Louis XIV, IV, 5  122.

  Laffemas (l'abb N... de), I, 88.

  Laguille (le P.), III, 70, 72, 73, 117.

  Lalanne (Pierre de Cadillac, seigneur de). Voy. Cadillac (Pierre
  de).

  Laigues (Geoffroy, marquis de), I, 144, 145, 195, 409; II, 89, 90.

  Lambert de Thorigny (Nicolas), IV, 129, 130.

  Lambert de Thorigny (Marie-Madelaine Bontemps, femme de), IV, 129.

  Lameth (Marie de), 1re femme de Louis-Charles, prince de
  Courtenay. Voy. Courtenay (Marie de Lameth, femme de
  Louis-Charles, prince de).

  Lambert, commis de l'Epargne, I, 214, 215.

  Langeais (Ren de Cordouan, marquis de Langeay ou), I, 361; II,
  436, 437; III, 187, 224.

  Langeais (Marie de Saint-Simon-Courtaumer, 1re femme de Ren de
  Cordouan, marquis de), puis femme de Jacques Nompar de Caumont,
  duc de La Force, II, 436, 437; III, 186, 187, 202.

  Lannoy ou Lanoye (Anne-Elisabeth de), femme de Henri-Roger Du
  Plessis-Liancourt, comte de La Roche-Guyon. Voy. La Roche-Guyon
  (Mme de).

  Lansac (Gille de Saint-Gelais, marquis de), I, 315.

  Lansac (Franoise de Souvr, femme de Gille de Saint-Gelais,
  marquis de), I, 292.

  Lansac (Marie-Madelaine de Saint-Gelais, fille du marquis de),
  femme de Vass. Voy. Vass (marquise de).

  Largille, I, 316.

  Lasphrise (le capitaine), IV, 269.

  Lauzun (Antoine Nompar de Caumont, marquis de Puyguilhem, comte
  puis duc de), I, 65, 67, 130, 132 et suiv., 164; II, 35, 36, 72,
  73, 197  282, 364  400, 458, 459, 471 et suiv.; III, 9, 125,
  320; IV, 6, 73, 203, 280, 285, 286.

  Lauzun (Franois, chevalier de), frre du duc, I, 135, 138.

  Lauzun (Genevive Marie de Durfort de Lorge, femme du duc de), IV,
  203.

  Laval (Urbain de), marquis de Lezay, II, 426.

  Laval (Franoise de Sesmaisons, femme d'Urbain de), II, 426.

  Laval-Montmorency (Marie-Louise de), femme du duc de Roquelaure.
  Voy. Roquelaure (Marie-Louise de Montmorency, duchesse de).

  Lebrun (Charles), peintre, III, 20, 384.

  Leclerc du Tremblay (Marie), femme de Louis d'Angennes, marquis de
  Maintenon. Voy. Maintenon (Marie Leclerc du Tremblay, femme de
  Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis de).

  Leganez (le marquis de), IV, 145.

  Legendre (Marguerite Combefort, veuve de), 1re femme de Guillaume
  Cornuel, I, 87.

  Legendre (Mlle), fille de la 1re femme de Guillaume Cornuel, I,
  87.

  Lenclos (Ninon de). Voy. Ninon.

  Lenet (Pierre), conseiller d'Etat, I, 189, 214.

  Lenoncourt (Madelaine de), 1re femme de Hercule de Rohan-Guemen,
  duc de Montbazon. Voy. Montbazon (1re duchesse de).

  Lenox (Franois-Marie Stuart, duc de Richmont et de), I, 238.

  Lopold 1er, empereur d'Allemagne, IV, 200.

  Lescalopier (Balthazar), prsident au parlement, I, 186, 315.

  Lescalopier (Charlotte Germain, femme du prsident), I, 186, 315.

  Lescuier (Claude), femme de Laurent Limosin, II, 46.

  Lesdiguires (Franois de Bonne, 1er duc de), I, 406; III, 262.

  Lesdiguires (Anne de La Magdelaine de Ragny, 2e femme de Franois
  de Bonne, duc de), I, 271, 406; III, 238.

  Lesdiguires (Charles-Nicolas de Bonne de), marquis de Ragny. Voy.
  Ragny (Charles-Nicolas, marquis de).

  Lesdiguires (Franois-Emmanuel de Bonne de Crqui, duc de), et
  d'abord comte de Sault, II, 404, 405, 431; III, 188, 207, 208, 215
  et suiv.

  Lesdiguires (Paule-Marguerite-Franoise de Gondi de Retz, femme
  de Franois-Emmanuel de Bonne de Crqui, duc de), II, 404; III,
  188, 215.

  Lesparre (Louis de Madaillan de), marquis de Montataire, comte de
  Manicamp, I, 151.

  Lessay (Guillaume Brionnet, seigneur de), III, 254.

  Lesseville (Mlles Le Clerc de), I, 149.

  Lethington, anglais, I, 296.

  Leuville (Ren Olivier, marquis de), I, 315.

  Levis-Charlus (famille de), II, 420.

  Lezay (Suzanne de), femme d'Agrippa d'Aubign. Voy. Aubign
  (Suzanne de Lezay, femme d'Agrippa d').

  Liancourt (Roger du Plessis, duc de). Voy. La Roche-Guyon.

  Libertat (Claire de), 2e femme de Gaspard, marquis de
  Forbin-Janson. Voy. Forbin-Janson (marquise de).

  Lignerac (famille Robert de), II, 420.

  Lignerac (N... Robert, chevalier de), II, 451; III, 340.

  Lignerac (N... Robert, abb de), II, 420, 447, 451.

  Ligny (? Philippe de), conseiller au parlement, I, 315.

  Limoges (Charles-Franois de Rochechouart, marquis de Bellenave,
  appel comte de), I, 77.

  Limosin (Laurent), sergent  verge, II, 46.

  Liscouet (Guillaume du), pre du chevalier, II, 420.

  Liscouet (Marie Talhouet, femme de Guillaume du), II, 420.

  Liscouet (Philippe-Armand, vicomte de Planches, chevalier du), II,
  420.

  Liscouet (Marie-Anglique du), femme du financier Antoine-Arthur
  Deschiens, II, 420.

  Lislebonne (Franois-Marie de Lorraine, comte de), III, 198.

  Lislebonne (Anne, lgitime de Lorraine, 2e femme de
  Franois-Marie, comte de), III, 198; IV, 228.

  Lissalde (le sieur de), valet de garde-robe de Louis XIV, IV, 26.

  Longchne (Franois de Bullion, marquis de), III, 302.

  Longueil de Maisons (Ren), premier prsident de la cour des
  Aides, prsident  mortier au Parlement de Paris, II, 41.

  Longueil (Rene-Marie de), femme de M. de Rohan (Louis), II, 41.

  Longueval-Manicamp (Gabrielle de), 3e femme du marchal d'Estres.
  Voy. Estres (Gabrielle de Longueval-Manicamp, 3e femme du
  marchal d'), III, 252.

  Longueville (htel de), III, 499.

  Longueville (Henri II d'Orlans duc de), I, 9, 168, 184, 186 et
  suiv.; II, 402  420.

  Longueville (Louise de Bourbon, fille du comte de Soissons, 1re
  femme de Henri d'Orlans, duc de), I, 184.

  Longueville (Anne-Genevive de Bourbon-Cond, 2e femme de Henri
  d'Orlans, duc de), I, 75, 168, 184, 187 et suiv., 194, 202, 252,
  415, 416; II, 197, 198, 402; IV, 267.

  Longueville (Charles-Paris, d'abord comte de Saint-Paul, puis duc
  de), II, 197, 198, 201, 219, 223, 248, 402; III, 226, 229, 305 et
  suiv., 434, 465. Voy. aussi Saint-Paul (Charles-Paris
  d'Orlans-Longueville, comte de).

  Longueville (Louis-Charles d'Orlans, chevalier de), fils naturel
  de Charles-Paris d'Orlans-Longueville et de la marchale de La
  Fert, II, 411, 413, 414; III, 330, 331.

  Longueville (Marie d'Orlans de Longueville, _dite_ Mlle de), qui
  devint duchesse de Nemours, IV, 273.

  Loret (Jean), auteur de la _Muze historique_, II, 123, 132, 146;
  III, 121, 122; IV, 253, 273.

  Lorge (Guy de Durasfort, duc et marchal de), IV, 203.

  Lorge (Gabrielle de Durasfort, fille du marchal duc de), femme du
  duc de Saint-Simon. Voy. Saint-Simon (Gabrielle de Durasfort de
  Lorge, femme du duc de).

  Lorge (Genevive-Marie de Durasfort, fille du marchal duc de),
  femme du duc de Lauzun. Voy. Lauzun (Genevive-Marie de Durasfort
  de Lorge, femme du duc de).

  Lorraine (Franois II, duc de), I, 290.

  Lorraine (Marguerite de), femme de Gaston d'Orlans, fille de
  Franois II de Lorraine. Voy. Orlans (Marguerite de Lorraine,
  duchesse d').

  Lorraine (Louis de), duc de Joyeuse, puis duc d'Angoulme, II, 73,
  74.

  Lorraine (Nicolas-Franois, duc de), oncle du prince Charles IV,
  II, 201.

  Lorraine (Charles IV duc de), I, 144, 160; II, 201, 382; III, 198;
  IV, 231.

  Lorraine (Henri de), chef de la maison d'Armagnac (qui pousa
  Marguerite de Camboust), III, 253.

  Lorraine-Armagnac (Marguerite de Camboust, femme de Henri de),
  III, 253.

  Lorraine (Philippe, chevalier de), fils de Henri de Lorraine,
  comte d'Armagnac, I, 113, 271; II, 363, 364, 370; III, 253.

  Lorraine (Louis de), comte d'Armagnac, grand cuyer, III, 491,
  492.

  Lorraine, comte d'Armagnac (Catherine de Neufville-Villeroy, femme
  de Louis de), III, 491.

  Lorraine (Henri de), comte de Briosne, fils de Louis de
  Lorraine-Armagnac et de Catherine de Neuville-Villeroy. Voy.
  Briosne (Henri de Lorraine, comte de).

  Lorraine-Armagnac (Marie-Anglique-Henriette de), duchesse de
  Cadaval. Voy. Cadaval (duchesse de).

  Lorraine (Mlle d'Orlans, duchesse de), fille de Gaston, II, 28;
  III, 240, 433.

  Lorraine (Charles-Henri, lgitim de), prince de Vaudemont. Voy.
  Vaudemont (Charles-Henri, lgitim de Lorraine, prince de).

  Louis XI, III, 200, 356.

  Louis XIII, I, 68, 115, 143, 175; III, 423; IV, 143, 151.

  Louis XIV, ou le grand Alcandre ou _Deodatus_, I, VIII, 216 et
  suiv., 226, 254, 255, 289 et suiv., 292, 310, 415; II, 1  25, 27
   96, 99  111, 147 et suiv., 206, 219, 225, 228 et suiv.,
  _passim_, 344, 352, 357, 361-473; III, 3  58, 66, 126 et suiv.,
  157  180, 185 et suiv., 209, 210, 211, 226, 279, 298, 320, 321,
  345, 346, 347, 358, 364, 365, 378, 391, 423, 452, 453, 467, 489,
  498 et suiv., 508, 509; IV, 5  122, 125 et suiv., 204, 215, 216,
  241, 245 et suiv., 257.

  Louis, Dauphin de France. Voy. Dauphin.

  Louis, fils de Laurent Limosin, et peut-tre Louis de Bourbon, II,
  46.

  Louis XV, IV, 211.

  Louise de la Misricorde, nom de Mme de la Valire au couvent des
  Carmlites. Voy. La Valire (Mlle de).

  Louison d'Arquien. Voy. Arquien (Louison d').

  Louvigny (Antoine-Charles de Gramont, comte de), plus tard comte
  de Guiche, puis duc de Gramont, I, 68, 136; II, 78, 173.

  Louvigny (Marie-Charlotte de Castelnau, comtesse de), puis
  comtesse de Guiche, et enfin duchesse de Gramont, I, 68.

  Louvois (Franois-Michel Le Tellier, marquis de), I, 292; II,
  72-74, 266, 273, 344, 390, 391, 397, 398, 438, 439, 462, 463; III,
  16, 150, 358, 359, 363, 454, 488, 501 et suiv.; IV, 169, 175, 257,
  265.

  Louvois (Anne de Souvr, marquise de), I, 292; II, 72-74; IV, 130.

  Lude (Jean de Daillon du), tige de la famille, I, 320.

  Lude (Franois de Daillon, comte du), gouverneur de Gaston
  d'Orlans, I, 320.

  Lude (Marie Feydeau, femme de Franois Daillon du), I, 320.

  Lude (Henri de Daillon, comte, puis duc du), I, 65, 304, 306, 320
  et suiv., 408; II, 390; III, 448, 449.

  Lude (Elonore de Bouill, 1re femme de Henri de Daillon, comte
  du), I, 321; III, 449.

  Lude (Marguerite-Louise-Suzanne de Bthune-Sully, veuve du comte
  de Guiche, 2e femme de Henri de Daillon, comte du), I, 321; III,
  449. Voy. aussi Guiche (Marguerite-Louise-Suzanne de
  Bthune-Sully, femme du comte de).

  Lude (Charlotte-Marie de Daillon du), marquise puis duchesse de
  Roquelaure. Voy. Roquelaure (duchesse de), II, 72.

  Ludres (Marie-Elisabeth de), chanoinesse de Poussay, I, 217; III,
  13, 29.

  Luisa de Guzman, reine de Portugal, II, 296.

  Lully (Jean-Baptiste), II, 352.

  Luxembourg (Franois-Henri de Montmorency, marchal de), mort en
  1695, et non en 1655, I, 135, 153, 154, 156; II, 186, 187, 188;
  III, 189, 254; IV, 230, 231.

  Luxembourg (Madelaine-Charlotte-Bonne-Thrse de Clermont
  Tonnerre, et non Catherine de Clermont Tallard, femme du marchal
  de), II, 187; III, 254.

  Luxembourg (Charles-Franois-Frdric de Montmorency, d'abord
  appel prince de Tingry, puis duc de), fils du marchal de
  Luxembourg, I, 296; IV, 138.

  Luxembourg (Marie-Thrse d'Albert, fille ane du duc de
  Chevreuse, 1re femme du prcdent duc de), IV, 138.

  Luxembourg (Marie Gilonne de Gillier de Clrambault, 2e femme du
  prcdent duc de), IV, 129, 138.

  Luxembourg (le chevalier de), frre du prince de Tingry, et qui en
  prit le nom  la mort de celui-ci. Voy. Tingry (Christian-Louis,
  chevalier de Luxembourg, puis prince de),  la mort de son frre.

  Luynes (htel de), III, 499.

  Luynes (Charles d'Albert, duc et conntable de), I, 116, 143; II,
  47.

  Luynes (Louis-Charles d'Albert, duc de), de Chevreuse et de
  Chaulnes, II, 47.

  Luynes (Anne de Rohan-Montbazon, 2e femme de Louis-Charles
  d'Albert, duc de), I, 209.

  Luynes (Charles-Honor d'Albert, duc de), II, 47.

  Luynes (Jeanne-Marie Colbert, femme de Charles-Honor d'Albert,
  duc de), II, 47, 48, 72; IV, 254, 255.

  Lyonne (Hugues de), ministre, II, 272, 415, 471; III, 47, 210,
  217, 230, 263 et suiv.

  Lyonne (Paule Payen, femme de Hugues de), III, 210 et suiv.; 279
  et suiv.

  Lyonne (Madelaine de), femme de Franois Annibal d'Estres,
  marquis de Coeuvres, II, 405.


  Machault (M. de), conseiller  la Cour des Aides, I, 87.

  Maon, joaillier, III, 414.

  Madaillan de Lesparre (Louis de), marquis de Montataire, comte de
  Manicamp. Voy. Lesparre.

  Madame (princesse palatine), I, 112.

  Madame (Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orlans, _dite_), I,
  65, 67, 138, 144, 150.

  Mademoiselle de Montpensier. Voy. Montpensier (Mlle de).

  Magdelaine de Ragny (Anne de La), femme de Franois de Bonne, duc
  de Lesdiguires. Voy. Lesdiguires (Anne de La Magdelaine de
  Ragny, duchesse de).

  Maignelay (Antoinette de), dame de Cholet, matresse de Franois
  II, duc de Bretagne, I, 252.

  Maignelois. Voy. Maignelay.

  Maill (Urbain de), marchal de Brz. V. Brz (marchal de).

  Maill (Claire-Clmence de), princesse de Cond. Voy. Cond
  (Claire-Clmence de Maill, femme de Louis II, princesse de).

  Maine (Louis-Auguste de Bourbon, duc du), fils de Louis XIV et de
  Mme de Montespan, II, 378, 471; III, 130, 134, 189, 331, 472.

  Maine (Louise-Bndictine de Bourbon-Cond, femme de Louis-Auguste
  de Bourbon, duc du), III, 198.

  Maintenon (famille d'Angennes de), III, 135.

  Maintenon (Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis de),
  baron de Meslay, pre de Charles-Franois, III, 135.

  Maintenon (Marie Leclerc du Tremblay, femme de Louis d'Angennes de
  Rochefort-Salvert, marquis de), III, 135.

  Maintenon (Charles-Franois d'Angennes, marquis de), fils des
  prcdents, III, 135.

  Maintenon (Franoise d'Aubign, veuve de Scarron, marquise de), I,
  10, 40, 72, 146, 305, 306, 314; II, 412, 465; III, 61 et suiv.,
  157  177, 190, 193 et suiv., 466, 470, 474; IV, 120 et suiv.,
  210 et suiv., 256, 279, 283.

  Maistre (Joseph de), I, 217.

  Malebranche (le P. Nicolas), III, 47.

  Malherbe (Franois), I, 115.

  Malicorne (M. de), cuyer du duc de Guise, I, 185, 405.

  Mallet (?.....), I, 316.

  Mancini (Hieronyme Mazarini, femme de Michel Laurent), soeur du
  cardinal Mazarin, I, 283 et suiv.

  Mancini (Hortense), duchesse de Mazarin. Voy. Mazarin (Hortense
  Mancini, femme de Armand-Charles de la Porte de la Meilleraye, duc
  de).

  Mancini (Olympe), femme d'Eugne-Maurice de Savoie, comte de
  Soissons. Voy. Soissons (Olympe Mancini, comtesse de).

  Mancini (Laure-Victoire), femme de Louis de Vendme, duc de
  Mercoeur. Voy. Mercoeur (Laure Mancini, duchesse de).

  Mancini (Marianne). Voy. Bouillon (Marie-Anne ou Marianne Mancini,
  femme de Godefroy-Maurice, duc de).

  Mancini (Marie), conntable Colonna, I, 31, 217; II, 1  25, 31,
  48. Voy. en outre: Colonna (Marie Mancini, conntable).

  Mancini (Alphonse), mort  14 ans, I, 284, 285.

  Mancini (Philippe de), duc de Nevers et de Donzy. Voy. Nevers (duc
  de).

  Manicamp (famille et terre de), I, 151.

  Manicamp (comte de). Voy. Lesparre (Louis de Madaillan de).

  Manicamp (Achille de Longueval, seigneur de), marchal de camp,
  pre de Bernard de Manicamp, I, 68; III, 252.

  Manicamp (Bernard de Longueval, marquis de), fils d'Achille de
  Manicamp, I, 13, 63 et suiv. _passim_, 79, 80, 81, 82, 124 et
  suiv., 137, 277 et suiv., 301; II, 146 et suiv.; III, 253, 348 et
  suiv.

  Manicamp (Gabrielle de Longueval, fille d'Achille de), 3e femme du
  marchal d'Estres, I, 151; II, 146.

  Manicamp (... de Longueval, demoiselle de), religieuse, I, 69.

  Manneville (Louis de), seigneur d'Auzonville, de la maison de
  Roncherolles, I, 301; IV, 151.

  Manneville (Catherine de), fille du prcdent et de Suzanne de
  Sricourt, I, 295, 297 et suiv.

  Mansart (Franois), architecte, III, 384; IV, 169.

  Mantoue (Ferdinand-Charles de Gonzague IV, duc de), IV, 146.

  Mar (comte de), I, 296.

  Marans (Franoise de Montallais, comtesse de), I, 264.

  Marchand (Anne), 1re femme de Constant d'Aubign. Voy. Aubign
  (Anne Marchand, femme de Constant d').

  Marcillac. Voy. Marsillac.

  Mar (Joseph Rouxel, comte de), III, 240.

  Mar (Marie-Louise Rouxel de Grancey, femme de Joseph Rouxel,
  comte de), III, 240, 426 et suiv.

  Marginor (?) I, 316.

  Marie, entrepreneur du Pont-Marie, III, 360.

  Marie de Mdicis, II, 154.

  Marie d'Angleterre, femme de Guillaume, prince d'Orange. Voy.
  Orange (Marie d'Angleterre, femme de Guillaume, prince d').

  Marie-Thrse d'Autriche, infante d'Espagne, femme de Louis XIV,
  II, 16, 24, 29, 32, 43, 49, 53, 57, 58, 60, 61, 65, 70, 71, 77,
  90, 102, 105, 107, 109, 111, 153, 219, 222, 229, 237, 239, 244,
  265, 268; III, 13, 14, 185; IV, 6, 8, 31, 61, 78, 85, 151, 252,
  258, 263, 264.

  Marillac (Louis, marchal de), I, 170.

  Marillac (Valence de), baronne d'Attichy. Voy. Attichy (baronne
  d').

  Marsillac (Franois VI de La Rochefoucauld, prince de), puis, 
  partir de 1650, duc de La Rochefoucauld. Voy. La Rochefoucauld.

  Marsillac (Franois VII de La Rochefoucauld, prince de), II, 457,
  458, 460, 461, 462, 467; IV, 79, 80. Voy. aussi La Rochefoucauld
  (Franois VII de).

  Marion Delorme (Marie de Lou, demoiselle de l'Orme, _dite_), I,
  51.

  Marinier, commis de Colbert, IV, 169.

  Martinozzi (Anne-Marie), qui devint princesse de Conti. Voy. Conti
  (Anne-Marie Martinozzi, princesse de).

  Mastas ou Matha (Charles de Bourdeilles, comte de). Voy. Matha.

  Matha ou Mastas (Charles de Bourdeilles, comte de), I, 188; II,
  341, 348.

  Matignon (famille de), I, 147.

  Maubuisson (Catherine-Anglique, abbesse de), fille naturelle
  d'Henri d'Orlans, duc de Longueville, I, 184, 185.

  Maulevrier (Charles-Robert de La Marche, comte de), I, 316.

  Mauny (Charlotte Brlart, marquise et non comtesse de), III, 251.

  Maure (Louis de Rochechouart, fils de Gaspard, frre de Gabriel de
  Rochechouart, comte de), I, 170, 199; II, 100.

  Maure (Anne Doni d'Attichy, comtesse de), I, 170, 171, 172; II,
  100, 102, 103; IV, 265, 268, 278.

  Mazarin (le cardinal), I, VIII, 31, 55, 58, 69, 74, 75, 116, 137,
  141, 143, 147, 179, 180, 183 et suiv., 203, 204, 212, 217, 226,
  231, 233, 240, 248, 255, 256, 262, 263, 278, 279 et suiv., 291,
  298, 320; II, 3 et suiv., 29, 31, 32, 147, 154, 187, 200; III,
  478; IV, 245.

  Mazarin (Armand-Charles de la Porte de la Meilleraie, duc de), II,
  69; III, 465.

  Mazarin (Hortense Mancini, duchesse de), femme du prcdent, I,
  37, 238, 257, 284 et suiv.; II, 3; IV, 80, 262.

  Meaux du Fouilloux (Bnigne de), marquise d'Alluye. Voy. Alluye
  (Benigne de Meaux du Fouilloux, marquise d').

  Meckelbourg ou Mecklembourg-Schwerin (Christian-Louis, duc de), I,
  157, 158, 264; III, 472.

  Mecklembourg (Isabelle-Anglique de Montmorency-Boutteville, veuve
  du duc de Chtillon, puis duchesse de). Voy. Chtillon (duchesse
  de).

  Medavy (... de Rouxel de), I, 315.

  Meilhan (Snac de). Voy. Senac de Meilhan.

  Melun (le comte de), IV, 128.

  Melun (Alexandre-Guillaume de), prince d'Epinay. Voy. Epinay.

  Menage (Gilles), I, 306, 323.

  Menandor, nom patronymique de la maison de Gramont, I, 139.

  Mnardeau, sieur de Champr (Henri). I, 410. Voy. aussi Champr
  (Mnardeau, sieur de).

  Meneville (Mlle de). Voy. Manneville.

  Mercoeur (Louis de Vendme, duc de), I, 54, 68, 151; II, 354; III,
  197.

  Mercoeur (Laure-Victoire Mancini, duchesse de), I, 54, 283 et
  suiv.; III, 197.

  Mr (Csar Brossin, chevalier de), III, 74, 352.

  Mrille (le docteur), prcepteur du grand Cond, I, 32, 37.

  Meslay (Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis de
  Maintenon, baron de). Voy. Maintenon (Louis d'Angennes de
  Rochefort de Salvert, marquis de).

  Mesmes (Marie de la Valle-Fossez, marquise de), belle-mre du
  comte, puis duc de Vivonne, 2e femme du prsident Henry de Mesmes,
  sieur de Roissy, I, 286.

  Mesmes (Antoinette-Louise de), femme de Louis-Victor de
  Rochechouart, comte puis duc de Vivonne. Voy. Vivonne (comtesse
  de).

  Mtzeau (Clment), architecte, III, 499.

  Meunier (le P.), jsuite, IV, 158.

  Mignard (Pierre), peintre, III, 312, 499; IV, 226 et suiv.

  Mignard (la), courtisane, III, 229.

  Miossens, marchal d'Albret. Voy. Albret (marchal d').

  Miossens (Franois-Amanieu d'Albret, frre du marchal d'Albret,
  comte de), I, 185, 188; III, 73.

  Miossens (Elisabeth de Pons du Bourg, femme de Franois-Amanieu
  d'Albret, comte de), I, 185.

  Miossens, btard d'Albret, I, 75.

  Modne (Alphonse d'Este IV, duc de), I, 283 et suiv.

  Modne (Laure Martinozzi, duchesse de), I, 283 et suiv.

  Modne (Marie-Batrix de), fille du duc et de Mlle Martinozzi,
  femme de Jacques II, roi d'Angleterre, I, 283 et suiv.

  Mol de Champlatreux (le prsident Jean-Louis), I, 231.

  Mol de Champlatreux (Madelaine Garnier, femme de), II, 337.

  Molire (Jean-Baptiste Poquelin), I, 65, 134, 193, 198, 312; III,
  226; IV, 31, 32, 228.

  Molire (Armande-Grsinde-Claire-Elisabeth Bjart, femme de), I,
  65, 134.

  Molina (la seora), II, 62, 63, 68, 167.

  Monaco (Louis Grimaldi, prince de), duc de Valentinois, II, 73.

  Monaco (Catherine-Charlotte de Gramont, duchesse de), I, 134, 136,
  138, 217; II, 78, 365  370.

  Monglas. Voy. Montglas.

  Monnerot, partisan, II, 349.

  Monsieur (Philippe de France, _dit_), duc d'Anjou. Voy. Orlans
  (Philippe de France, duc d'Anjou, puis duc d').

  Montaigu (Edme, lord), I, 256 et suiv.

  Montaigu (M. de), fils de mylord Montaigu, I, 256 et suiv.

  Montal (Charles de Montsaunin, comte du ou de), IV, 210, 211, 231.

  Montalais (N... de Brard, d{lle} de) ou Montalet, II, 54, 151,
  152, 153, 155, 158, 161, 162, 163, 164, 165, 166, 172, 174, 175,
  176.

  Montalembert (Louise de), femme de P. de Cadillac, seigneur de
  Lalanne. Voy. Cadillac (Louise de Montalembert, femme de Pierre
  de).

  Montandr (Dubosc, s{r} de), I, 271.

  Montataire (Louis de Madaillan de Lesparre, marquis de), comte de
  Manicamp, I, 151.

  Montauban (J.-B. Armand de Rohan, prince de), III, 504, 505, 506.
  Voy aussi: 1 Gumen; 2 Montbazon; 3 Rohan.

  Montauban (Charlotte Bautru, veuve du marquis de Rannes, femme de
  Jean-Baptiste-Armand de Rohan, prince de), III, 504, 507, 508.

  Montausier (Charles de Sainte-Maure, marquis, puis duc de), I,
  413; II, 53, 271, 272, 273, 374, 421; III, 197.

  Montausier (Julie-Lucine d'Angennes de Rambouillet, marquise, puis
  duchesse de), I, 136, 413; II, 53, 60, 75  79, 83, 84, 379, 381;
  IV, 260.

  Montbazon. Voy. aussi: 1 Gumen; 2 Montauban; 3 Rohan.

  Montbazon (Hercule de Rohan, duc de), I, 143, 145, 207 et suiv.;
  II, 47; III, 146.

  Montbazon (Madeleine de Lenoncourt, 1re femme de Hercule de
  Rohan-Gumen; duc de), I, 207.

  Montbazon (Marie de Bretagne d'Avaugour, 2e femme d'Hercule de
  Rohan-Gumen, duc de), I, 78, 188, 207 et suiv., 235, 252; III,
  146.

  Montbazon (Louis VII de Rohan, prince de Gumen, duc de), II, 33,
  34, 41.

  Montbazon (Charles de Rohan, prince de Gumen, duc de), pre du
  prince de Montauban, fils de Louis VII de Gumen, III, 504, 505.

  Montbazon (Jeanne-Armande de Schomberg, fille du premier marchal
  de ce nom et d'Anne de la Guiche, femme de Charles de Rohan,
  prince de Gumen, duc de), I, 209; III, 504, 505.

  Montbazon (Mlle de), fille d'Hercule et de Marie de Lenoncourt,
  marie au duc de Chevreuse. Voy. Chevreuse, et aj.: I, 209, 295.

  Montbazon (Mlle de), fille d'Hercule et de Marie d'Avaugour, I,
  209.

  Montbeliard (George, prince de Wirtemberg, baron de). Voy.
  Wirtemberg.

  Montenac (N... de), I, 20.

  Montespan (Henri-Louis de Pardaillan de Gondrin, marquis de), II,
  362, 363, 374; III, 465, 467.

  Montespan (Franoise-Athnas de Rochechouart de Mortemart, femme
  de Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de), dite aussi
  _Astrie_, _Quanto_, etc., I, 47, 217, 285; II, 36, 74, 100, 161,
  169, 260, 261, 361  396, 411, 455 et suiv.; III, 4 et suiv., 20,
  29, 66, 126 et suiv., 158  177, 423, 467, 470, 472; IV, 63 et
  suiv., 71, 73, 81, 85, 99  122, 151, 163, 187, 264, 283 et suiv.

  Monteval (M. de), I, 316.

  Montglas (Franois de Paule de Clermont, marquis de), I, 328.

  Montglas (Ccile-Elisabeth Hurault de Chiverny, marquise de), I,
  VIII, 68, 182, 304, 306, 316, 320.

  Montjeu (marquisat de), I, 148.

  Montjeu ou Montdejeu (Nicolas-Jeannin de Castille, marquis de), I,
  24. Voy. Jeannin de Castille (Nicolas).--_Nota._ A la note de la
  p. 24,  4, effacer la citation de Loret, qui ne parle pas du
  marquis de Montjeu dans la lettre cite.

  Montjeu (Anne Dauvet des Marets, femme de Jeannin de Castille,
  marquis de), I, 149.

  Montjeu (Mlle de), fille de Jeannin de Castille, marquis de
  Montjeu, I, 148.

  Montlouet (famille d'Angennes de), III, 135.

  Montluc (famille de), II, 407.

  Montluc (Henri d'Escoubleau, marquis de), frre du marquis
  d'Alluye, I, 301.

  Montluc (Jeanne de), comtesse de Carmain ou Cramail. Voy. Sourdis
  (Jeanne de).

  Montmorency (Henri de), pre de Mme de Ventadour (femme d'Anne de
  Levis-Ventadour) et de la princesse de Cond, femme d'Henri de
  Bourbon, pre du grand Cond, II, 440.

  Montmorency (Marguerite de), femme d'Anne de Levis, duc de
  Ventadour. Voy. Ventadour (Marguerite de Montmorency, duchesse
  de).

  Montmorency (Henri II, duc de), I, 115, 305, 315.

  Montmorency-Boutteville (Isabelle-Anglique de), duchesse de
  Chtillon, puis de Mecklembourg et non de Wurtemberg, comme il a
  t dit v Chastillon (duchesse de).

  Montmorency (Franois-Henri de), qui pousa Madelaine-Claire de
  Clermont-Luxembourg, III, 491.

  Montmorency (Madelaine-Claire de Clermont-Luxembourg, femme de
  Franois-Henri de), III, 491.

  Montmorency-Laval (Marie-Louise de), femme du duc de Roquelaure.
  Voy. Roquelaure (Marie-Louise de Laval-Montmorency, duchesse de).

  Montmorillon (N. de), I, 306.

  Montmoron (Charles de Svign, comte de), conseiller au parlement
  de Rennes, I, 408.

  Montmort (Anne Habert de), veuve du marchal de Thmines, femme de
  Franois-Annibal d'Estres, marchal de France. Voy. Estres
  (marchale d').

  Monmouth (le duc de), I, 41.

  Montpensier (Marie-Louise d'Orlans, duchesse de), I, 4, 5, 52,
  100, 130 et suiv., 160, 215, 221, 238, 290, 295, 328, 329; II, 28,
  102, 103, 168, 197  282, 361, 373, 378, 381  400, 471 et suiv.;
  IV, 286.

  Montrsor (Claude de Bourdeilles, comte de), I, 315, 415.

  Montrevel (Ferdinand de la Baume, comte de), I, 20.

  Montsoreau (Bernard, comte de), I, 212.

  Montsoreau (Marie-Genevive de Chambes, comtesse de), femme de
  Louis-Franois, marquis de Sourches. Voy. Sourches.

  Montsoreau (Jean du Bouchet, marquis de Sourches, comte de), I,
  212.

  Moreil (M. de), I, 316.

  Moret (Jacqueline de Bueil, comtesse de), femme de Ren II du
  Bec-Crespin, marquis de Vardes. Voy. Vardes (Ren II du
  Bec-Crespin, marquis de).

  Moret (Antoine de Bourbon, comte de), fils naturel de Jacqueline
  de Bueil et de Henri IV, I, 146, 270; II, 61.

  Mornay (famille de), branche d'Ambleville et Villarceaux, I, 151.

  Mornay (Louis de), marquis de Villarceaux. Voy. Villarceaux.

  Mornay-Villarceaux (Charlotte de), 2e femme du marchal de
  Grancey. Voy. Grancey (Charlotte de Mornay, 2e femme du marchal
  de).

  Mortecelle (la prsidente de), I, 254.

  Mortemart (Gabriel de Rochechouart, duc de), I, 170; II, 74, 362.

  Mortemart (Diane de Grandseigne, femme de Gabriel de Rochechouart,
  marquis de), II, 362.

  Mortemart (Franoise-Athnas de Rochechouart, Mlle de). Voy.
  Montespan (marquise de).

  Morus (le pasteur Alexandre), II, 30.

  Motteville (Franoise Bertaut, femme du prsident de), I, 263.

  Mouy ou Movy (Mme de), I, 78, 207.

  Mouchette, chevau-lger, I, 214.

  Mouchy (Catherine de), soeur du marchal d'Hocquincourt, 1re femme
  du marchal de Grancey. Voy. Grancey (Catherine de Mouchy, 1re
  femme du marchal de).

  Moyset, neveu du partisan Catelan, I, 89.

  Munster (Christophe-Bernard van Galen, prince-vque de), I, 77.


  Nangis (Franois de Brichanteau, marquis de), I, 406.

  Nangis (Marie de Bailleul, marquise de), puis marquise d'Uxelles.
  Voy. Uxelles (marquise d').

  Nantes (Mlle de), femme du duc de Bourbon. Voy. Bourbon (duchesse
  de), et ajoutez: IV, 138.

  Napolon Ier, I, 305.

  Nardy (l'abb), II, 348.

  Nassau (Guillaume-Henri de), prince d'Orange. Voy. Orange
  (Guillaume-Henri de Nassau, prince d').

  Navailles (Philippe de Montault-Bnac, marquis, puis, en 1658, duc
  de), I, 62, 226; II, 59, 63, 168; IV, 266.

  Navailles (Suzanne de Beaudean de Neuillant, duchesse de), I, 226,
  292, 403; II, 59, 168; III, 117.

  Navailles (Diane de), 2e femme de Ren de Cordouan, marquis de
  Langeais, II, 436, 437.

  Navarret (la Petit, femme de), I, 89.

  Nelguin (Mme), I, 238.

  Nemours (Henri II de Savoie, duc de), I, 56, 75, 160 et suiv., 166
  et suiv., 172, 175, 181, 188, 192 et suiv., 202 et suiv., 210 et
  suiv., 216, 416.

  Nemours (Mlle d'Aumale et non Mlle de), III, 126.

  Nemours (Marie d'Orlans-Longueville, duchesse de), I, 160, 168.

  Nerestang (Achille, marquis de), III, 352.

  Neubourg (Philippe-Guillaume de Bavire, duc de), II, 201.

  Neubourg (Anne de), femme de Franois Poussart, marquis du Vigean.
  Voy. Vigean (du).

  Neuillant (Franoise Tiraqueau, comtesse de), III, 72, 117.

  Neuillant (Suzanne de Beaudean, Mlle de), duchesse de Navailles,
  Voy. Navailles.

  Nevelet (Marie), femme de Jean II du Bouchet, marquis de Sourches,
  I, 212.

  Nevers (Charles de Gonzague-Clves, duc de). Voy. Gonzague-Clves
  (Charles de), duc de Nevers.

  Nevers (Philippe de Mancini, duc de), I, 277 et suiv.

  Nevers (Diane-Gabrielle de Damas de Thianges, femme de Philippe de
  Mancini, duc de), I, 283 et suiv.

  Nicola (Antoine de), prsident de la cour des comptes, I, 270.

  Nicola (Marie Amelot, femme du prsident Antoine de), I, 270.

  Ninon de Lenclos, I, 16, 40, 47, 62, 75, 155, 200, 271, 295, 312
  et suiv.

  Noailles (Anne, comte, puis premier duc de), II, 465; III, 58.

  Noailles (Louise Boyer, femme d'Anne, duc de), I, 295; II, 465.

  Noailles (Anne-Jules, comte d'Ayen, puis duc de), fils an des
  prcdents, II, 465.

  Noailles (Marguerite-Thrse de Rouill, veuve du marquis
  Jean-Franois de), 3e femme du duc de Richelieu, I, 72.

  Noailles (Louis-Antoine, cardinal de), IV, 184.

  Nogent (Nicolas Bautru, comte de), III, 392, 504.

  Nogent (Marie Coulon, femme de Nicolas Bautru, comte de), III,
  504. Voy. Bautru.

  Nogent (Armand de Bautru, comte de), beau-frre de Lauzun, II,
  412; III, 322.

  Nogent (Diane-Charlotte de Caumont, soeur de Lauzun, femme
  d'Armand de Bautru, comte de), II, 222, 248, 320, 381, 388; III,
  322, 392.

  Nointel (Louis de Bechameil, marquis de). Voy. Bechameil (Louis
  de).

  Noirmoutier (Louis II de la Trmouille, marquis, puis duc de), I,
  144; III, 334.

  Noirmoutier, (Rene-Julie Aubery, femme de Louis II de La
  Trmouille, marquis de), III, 334, 336.

  Northumberland (Anne Wriothesley, comtesse de), I, 257.

  Nouveau (Catherine de Grard, femme de Jrme de), I, 24.

  Novion (Nicolas Pothier, sieur de), premier prsident au
  parlement, I, 25, 148.


  Ogier (Franois), I, 207.

  Oignon (le comte d'). Voy. Foucault (le marchal), comte du
  Dognon.

  Ollier (Louise), femme du prsident Ardier. Voy. Ardier.

  Olonne (Louis de la Trmouille, comte d'), I, 6, 38, 78, 274; II,
  350, 353; III, 296 et suiv.

  Olonne (Catherine-Henriette d'Angennes de La Loupe, comtesse d'),
  I, 4, 5, 69 et suiv., 146, 149, 232, 233, 243, 265 et suiv., 414;
  II, 169, 403; III, 280 et suiv., 393 et suiv., 472.

  Olympe (Mme), III, 97. Voir p. 76: une dame d'un chteau voisin.

  Oradour (Georges de Bermondet, baron d'), II, 337.

  Oradour (Franoise Garnier, femme de M. d'), II, 337.

  Oraison (marquis d'), III, 409.

  Oraison (Madeleine d'), femme de Jacques-Louis, duc de Caderousse.
  Voy. Caderousse.

  Orange (Guillaume de Nassau, prince d'), pre de Guillaume-Henri,
  IV, 231.

  Orange (Guillaume-Henri de Nassau, prince d'), IV, 144, 155, 157,
  231.

  Orgres (Madelaine Garnier, veuve d'), II, 337.

  Orlans (Gaston de France, duc d'), I, 12, 54, 75, 180, 185, 186,
  193, 208, 263, 290, 300, 303, 329, 404.

  Orlans (Marguerite de Lorraine, femme de Gaston d'), I, 290.

  Orlans (Mlle d'), duchesse de Lorraine. Voy. Lorraine (Mlle
  d'Orlans, duchesse de).

  Orlans (Philippe de France, duc d'Anjou, puis duc d'), dit
  _Monsieur_, I, 63, 64, 65, 111, 112 et suiv., 227, 264, 289, 297;
  II, 42, 61, 99, 102, 147 et suiv., 201, 219, 236, 248, 262, 265,
  268, 363, 364, 370, 386 391; III, 9, 239, 240, 253, 309, 432, 474;
  IV, 205, 231, 253, 274, 280, 288.

  Orlans (Henriette d'Angleterre, 1re femme de Philippe, duc d'),
  _dite_ Madame, I, 65, 67, 138, 144, 150, 217, 263, 271, 297; II,
  28, 36, 40, 41, 42, 43, 57, 61 et suiv., 78 et suiv., 92 et suiv.,
  99 et suiv., 145 et suiv., 219, 261, 391, 455; III, 13, 432; IV,
  251, 253, 262 et suiv., 276.

  Orlans (Elisabeth-Charlotte de Bavire, comtesse palatine du
  Rhin, 2e femme de Philippe d'Orlans), _dite_ Madame, I, 296; III,
  13, 14, 16, 54.--N. B. A la p. 54, t. III, lire ce nom, au lieu
  de Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavire; IV, 216, 274, 288.

  Orlans (Marie-Louise d'), reine d'Espagne, III, 432, 433.

  Orlans (Philippe d'), rgent de France, IV, 227, 274.

  Orval (Franois de Bthune, comte d'), I, 315.

  Osereux (Nicolas Viole, seigneur d'). Voy. Viole (Nicolas).

  Outrelaise (Mlle Magdeleine d'), [parente de Fiesque], I, 300.


  Paget (Jacques), matre des requtes, I, 16, 17, 18, 19, 21, 28,
  274; II, 349.

  Paget (Anne Gele, femme de Jacques), I, 16.

  Palatin (Edouard de Bavire, prince). Voy. Bavire (Edouard de),
  prince palatin.

  Palatine (Anne de Gonzague-Clves, princesse). Voy. Bavire (Anne
  de Gonzague, femme d'Edouard de), princesse palatine. Ajoutez: IV,
  254, 255.

  Palatine (princesse), _dite_ Madame. Voy. Orlans
  (Charlotte-Elisabeth de Bavire, 2e femme de Philippe, duc d').

  Palluau, marchal de Clrambault. Voy. Clrambault (marchal de).

  Pamphilio (Gerolamo), III, 48.

  Pardaillan de Gondrin (Roger-Hector de), pre de Henri-Louis de
  Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, II, 362.

  Pardaillan de Gondrin (Marie-Christine Zamet, femme de
  Roger-Hector de), II, 362.

  Pardaillan de Gondrin (Henri-Louis de), marquis de Montespan. Voy.
  Montespan (marquis de).

  Pardaillan de Gondrin, (Louis-Antoine de), duc d'Antin, fils de
  Henri-Louis de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan. Voy.
  Antin (duc d').

  Parthenay (Charlotte de), dame de Genouill, femme de Jean-Jacques
  de Pons, marquis de La Caze, I, 185.

  Pascal, pre de Blaise, I, 89.

  Pascal (Blaise), I, 95; IV, 88.

  Pegelin, et Pegevin, pour Puiguilhem. Voy. Lauzun.

  Peguilhem. Voy. Lauzun.

  Peguilin. Voy. Lauzun.

  Perrault (Charles), IV, 129.

  Perrier (Franois), peintre, III, 312.

  Perrot (Marthe), 1re femme de Claude Cornuel, I, 87.

  Persan (Henri de Vaudetar, baron de), I, 295.

  Petersfield (Mlle de Keroualles, baronne de). Voy. Keroualles
  (Mlle de).

  Petit (Claude) ou Le Petit, Voy. Le Petit (Claude).

  Petit (la), belle-soeur du partisan Catelan, femme de Navarret, I,
  89.

  Phelippeaux (Louis), de Pontchartrain, pre de Louis II; mari de
  Suzanne Talon, IV, 156.

  Phelippeaux de Pontchartrain (Suzanne Talon, femme de Louis I de),
  IV, 156.

  Phelippeaux (Anne), femme de Lon Le Bouthillier de Chavigny. Voy.
  Chavigny (Anne Phelippeaux, femme de Lon de).

  Phelippeaux (Isabeau), femme du marquis d'Humires, mre du
  marchal duc d'Humires. Voy. Humires (Isabeau Phelippeaux,
  marquise d').

  Phelippeaux de la Vrillire (Marie), femme de Jean-Claude de
  Rochechouart. Voy. Rochechouart (Marie Phelippeaux, femme de
  Jean-Claude de), II, 100.

  Philippe III, roi d'Espagne, IV, 257.

  Philippe IV, roi d'Espagne, I, 62; IV, 246, 247.

  Pianezza (Charles de Simiane, marquis de), IV, 146.

  Piennes (Louis de Brouilly, marquis de), I, 52; II, 72.

  Piennes (marquise de). Voy. Fiesque (comtesse de).

  Pilou (Anne Baudesson, femme de Jean), I, 20.

  Pimentel (Antonio), ambassadeur d'Espagne, II, 29.

  Pisieux (Mme de). Voy. Puysieux.

  Plas (Aime-Elonore de), femme de Rigaud de Scorailles, comte de
  Roussille, II, 459.

  Plessis (Louise de Bellenave, comtesse du), marquise de
  Clrambault. Voy. Clrambault (marquise de).

  Plessis-Bellire (Jacques de Roug, sieur du), III, 496.

  Plessis-Bellire (Suzanne de Bruc, femme de Jacques de Roug,
  sieur du), II, 356; III, 496.

  Plessis-Chivray (Henri du), I, 245.

  Plessis-Chivray (Franoise-Marguerite du), femme du marchal de
  Grammont, II, 35.

  Plessis-Gungaud (Henri du), III, 371.

  Plessis-Gungaud (Isabelle de Choiseul-Praslin, femme d'Henri
  du), III, 371.

  Plessis-Gungaud (Claire-Bndictine du), femme du duc de
  Caderousse. Voy. Caderousse (Claire-Bndictine du
  Plessis-Gungaud, femme du duc de).

  Plessis-Liancourt (du). Voy. La Roche-Guyon (duc de).

  Plessis (du), valet de chambre du duc d'Aumont, III, 487.

  Polignac (Anne de), marchale de Chtillon, I, 176.

  Polignac (Jacqueline du Roure, 3e femme de Louis-Armand de), mre
  du suivant, III, 503, 504.

  Polignac (Sidoine-Apollinaire-Gaspard-Scipion, marquis de), III,
  503, 504, 507, 508.

  Polignac (Marie-Armande de Rambures, femme du prcdent marquis
  de), III, 495 et suiv., 508, 509.

  Polignac (Antoinette de), fille de Louis-Armand de Polignac et de
  sa premire femme, Suzanne des Serpens de Gondras, III, 503.

  Pommereuil (Franois de), prsid{t} au Grand-Conseil, I, 328, 406.

  Pommereuil (Denise de Bordeaux, femme du prsident de), I, 306,
  406.

  Pommereuil (Hippolyte, fils du prsident de), I, 328.

  Pomponne (Simon Arnauld, marquis de). Voy. Arnauld (Simon),
  marquis de Pomponne, et ajoutez: IV, 156, 179.

  Pons (Jean-Jacques de), marquis de La Caze, I, 185.

  Pons (Judith de), fille de Jean-Jacques, marquis de La Caze, et de
  Charlotte de Parthenay, I, 185.

  Pons (marquis de), II, 380.

  Pons du Bourg (Elisabeth de), femme de Franois-Amanieu d'Albret,
  comte de Miossens. Voy. Miossens.

  Pons (Anne Poussart du Vigean, veuve de Franois-Amanieu d'Albret,
  sire de), remarie au duc de Richelieu, I, 71, 72, 295, 403, 405,
  406.

  Pons (Bonne Poussart du Vigean de), femme de Sublet d'Heudicourt,
  soeur cadette d'Anne de Pons, duchesse de Richelieu. Voy.
  Heudicourt.

  Pons (Mlle de) [aime du duc de Guise], II, 93, 107.

  Pons (Armand de Bouthillier de Chavigny, seigneur de). Voy.
  Chavigny (Armand de Bouthillier de).

  Pontcarr (Pierre Camus de). Voy. Camus de Pontcarr (Pierre).

  Pontchartrain (Louis Phelippeaux de), ministre, en 1695, IV, 156,
  167 et suiv., 196.

  Pont-de-Courlay (Ren de Vignerot, sieur du), I, 71.

  Pont-de-Courlay (Franoise du Plessis de Richelieu, femme de Ren
  de Vignerot, sieur du), I, 71.

  Porstmouth (Mlle de Keroualles, duchesse de). Voy. Keroualles (M.
  de).

  Pot (Claude), seigneur de Rhodes, II, 74.

  Pot (Anne-Louise-Henriette de La Chtre, femme de Claude), II, 74.

  Potemkin (Pierre), I, 137, 138.

  Potier (Bernard-Franois), duc de Gesvres. Voy. Gesvres
  (Bernard-Franois Potier, duc de).

  Pradel (Abraham du), I, 321.

  Prcy (Mme de), I, 319, 326 et suiv, 404.

  Princesse (madame la). Voy. Cond (princesse de).

  Prud'homme, barbier-tuviste, III, 225, 226.

  Puisieux, Voy. Puysieux.

  Pulner (Roger), comte de Castle-Maine. Voy. Castle-Maine.

  Pussort (Henri), conseiller d'Etat, IV, 156.

  Puygarreau (Ren Gillier de), sieur de Clrembault. Voy.
  Clrembault (Ren Gillier de Puygarreau, sieur de).

  Puylaurens (Antoine de Laage, marquis, puis duc de), III, 253.

  Puysieux (Pierre Brlart, marquis de Sillery, vicomte de), I, 43,
  220.

  Puysieux (Charlotte d'Etampes de Valenay, femme de Pierre
  Brlart, vicomte de), I, 220, 221, 223 et suiv., 258, 407; II,
  197.


  _Quanto_, surnom de Mme de Montespan. Voy. Montespan (Mme de).

  Quentine, femme de chambre de Mme d'Olonne, I, 17, 124, 127.

  Quervalle (Mlle de). Voy. Keroualles (Mlle de).

  Quillet (l'abb Claude), I, 183.

  Quinault (Philippe), III, 226.

  Quintin (Suzanne de Montgommery, comtesse de), II, 420.


  Rabutin, page de la princesse de Cond, I, 240.

  Rabutin (Louise de). Voy. Alets (comtesse d').

  Rabutin (Roger de), comte de Bussy. Voy. Bussy (Roger de Rabutin,
  comte de).

  Racan (Honor de Bueil, marquis de), I, 8.

  Racine (Jean), I, 298.

  Ragny (Anne de La Magdelaine de), duchesse de Lesdiguires. Voy.
  Lesdiguires (Anne de la Magdelaine de Ragny, 2e femme de Franois
  de Bonne de Crqui, duc de).

  Ragny (Charles-Nicolas de Bonne de Lesdiguires, marquis de), III,
  238.

  Raguenet (l'abb Franois), I, 187.

  Rambouillet (htel de), I, 40, 136, 144, 320; III, 499.

  Rambouillet (famille d'Angennes de), III, 135.

  Rambouillet (Charles d'Angennes, marquis de), I, 244.

  Rambouillet (Catherine de Vivonne-Pisani, femme de Charles
  d'Angennes, marquis de), III, 121.

  Rambouillet (Julie-Lucine d'Angennes de), marquise de Montausier.
  Voy. Montausier (marquise de).

  Rambouillet (Anglique-Claire d'Angennes, Mlle de), depuis
  comtesse de Grignan, I, 328.

  Rambures (Ren, marquis de), III, 392.

  Rambures (Marie Bautru, femme de Ren, marquis de), belle-mre du
  duc de Caderousse, II, 417; III, 392 et suiv., _passim_.

  Rambures (Marie-Rene de), 2e femme du duc de Caderousse. Voy.
  Caderousse (Marie-Rene de Rambures, 2e femme du duc de).

  Rambures (Mlle de), Mme de Polignac. Voy. Polignac (Marie-Armande
  de Rambures, femme de Sidoine-Apollinaire-Gaspard-Scipion de).

  Ramsay (Franois de), I, 187.

  Ranc (Armand Jean de Bouthillier, abb de), I, 209.

  Rannes (Nicolas d'Angennes, marquis de), III, 504, 505.

  Rannes (Charlotte Bautru, femme de Nicolas d'Angennes, marquis
  de), puis princesse de Montauban. Voy. Montauban (Charlotte
  Bautru, duchesse de).

  Rassan (Anne-Elisabeth de), marquise de Castellane, puis marquise
  de Ganges. Voy. Ganges (marquise de).

  Rass (le sieur de), un des huissiers de Louis XIV, IV, 27.

  Ravelot (Henriette-Catherine de Gramont, femme d'Alexandre de
  Canonville, marquis de Raffetot et non), I, 136.

  Relabb (M. de), II, 352.

  Renard (le jardin de), aux Tuileries, I, 76, 154; II, 4, 5.

  Renaudot (Thophraste), II, 134.

  Resnel (Clermont de). Voy. Clermont (maison de).

  Retz (Paul de Gondi, coadjuteur de Paris, cardinal de), I, 144,
  145, 166, 182, 193 et suiv., 226, 231, 306, 320, 406, 413; II,
  404; III, 215.

  Rezay (Pierre Bnard, seigneur de), conseiller au parlement, II,
  28.

  Richelieu (Armand du Plessis, cardinal de), I, 58, 83, 88, 136,
  144, 293; II, 50, 51, 341, 380; IV, 212.

  Richelieu (Franoise du Plessis), soeur du cardinal, femme de Ren
  de Vignerot, sieur du Pont-de-Courlay. Voy. Pont-de-Courlay.

  Richelieu (J.-B. Amador de Vignerot du Plessis, marquis de), I,
  71, 290, 291; II, 50.

  Richelieu (Jeanne-Baptiste de Beauvais, marquise de), II, 51.

  Richelieu (Armand-Jean de Vignerod du Plessis, duc de), I, 58; II,
  380, 381.

  Richelieu (Anne de Pons, fille de Franois Poussart, sieur de Fors
  ou Faure, marquis du Vigean, veuve de Franois Amanieu d'Albret,
  sire de Pons, marquis de Marennes, puis femme d'Armand du Plessis,
  duc de), I, 71, 155, 158, 184, 185, 200; II, 51, 380.

  Richelieu (Anne-Marguerite d'Acign, 2e femme du duc de), I, 72.

  Richelieu (Marguerite-Thrse de Rouill, veuve du marquis de
  Noailles, 3e femme du duc de), I, 72.

  Richmont (Franois-Marie Stuart, duc de), I, 225, 238.

  Richou (l'abb), I, 328.

  Richou ou Richoux, I, 182.

  Ricousse ou Ricoux, mari de Mlle Bordeaux, I, 182, 201, 205, 241
  et suiv.

  Ricoux (N... Bordeaux, femme de). Voy. Bordeaux ou Bourdeaux (Mlle
  de), femme de Ricoux.

  Rigaud (Hyacinthe), III, 312.

  Rigny (Basile Fouquet, abb de). Voy. Fouquet (Basile).

  Riom (M. de), neveu de Lauzun, I, 133.

  Roannez (duch de), II, 400, 401.

  Roannez (duc de). Voy. La Feuillade et Gouffier (Artus).

  Robert (Louis), prsident en la Cour des comptes, III, 467.

  Robinet (Charles), _dit_ du Laurens, I, 227.

  Rochechouart (Jean-Claude de), II, 100.

  Rochechouart (Ren de), pre de Gaspard de Rochechouart, II, 100.

  Rochechouart (Gaspard de), pre de Gabriel de Rochechouart, II,
  100.

  Rochechouart (Gabriel de), pre de Mme de Montespan, II, 100.

  Rochechouart (Franoise-Athnas de), femme de Henri-Louis de
  Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan. Voy. Montespan
  (marquise de).

  Rochechouart (Marie-Madeleine-Gabrielle de), abbesse de
  Fontevrault, III, 10.

  Rochefort de Salvert (famille d'Angennes de), III, 135.

  Rochefort de Salvert (Louis d'Angennes de), marquis de Maintenon.
  Voy. Maintenon (Louis d'Angennes de Rochefort de Salvert, marquis
  de).

  Rochefort (Henri-Louis d'Aloigny, marquis de), III, 363.

  Rohan. Voy. aussi: 1 Guemen, 2 Montauban, 3 Montbazon.

  Rohan (Marguerite de Bthune-Sully, femme du duc Henri II de) I,
  75, 252.

  Rohan (Henri Chabot, seigneur de Saint-Aulaye et de Montlieu, mari
  de Marguerite, duchesse de Rohan, et, par suite, duc de
  Rohan-Chabot), I, 49; II, 47; III, 146.

  Rohan (Marguerite, duchesse de), femme de Henri Chabot, II, 47;
  III, 146.

  Rohan-Guemen (Hercule de), duc de Montbazon. Voy. Montbazon (duc
  de).

  Rohan (Marie de), femme de Charles d'Albert de Luynes, puis
  duchesse de Chevreuse. Voy. Chevreuse (duchesse de).

  Rohan-Chabot (Louis, duc de), fils de Henri Chabot et de
  Marguerite de Rohan, I, 270.

  Rohan-Chabot (Marie-Elisabeth du Bec-Crespin, fille du marquis de
  Vardes, duchesse de), I, 270.

  Rohan (Tancrde de), I, 31, 147; II, 47.

  Rohan (Louis, chevalier de), grand veneur de France, fils de Louis
  VII de Rohan-Guemen, duc de Montbazon, I, 209; II, 41, 464; III,
  506.

  Rohan (Rene-Marie de Longueil, femme de Louis, chevalier de
  Rohan, dit monsieur de). Voy. Longueil (Rene-Marie de).

  Rohan-Montauban. Voy. Montauban.

  Roquelaure (Antoine, baron de), marchal de France, I, 163.

  Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste, marquis de Biran, duc  brevet
  de), fils du Marchal, I, 68, 163, 164, 165, 179, 289, 407; II,
  71, 88, 100, 106, 107, 425, 426, 431, 447, 448 et suiv.; III, 238,
  363 et suiv.

  Roquelaure (Marie-Louise de Laval, duchesse de), femme de
  Gaston-Jean-Baptiste-Antoine, marquis de Biran, puis duc de
  Roquelaure, I, 165, 217; II, 426, 448; III, 451, 461; IV, 138.

  Roquelaure (Antoine, chevalier de), I, 153, 163, 164.

  Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste-Antoine, marquis de Biran, puis
  duc de), fils de Gaston Jean-Baptiste, I, 165, 166; II, 425; III,
  353 et suiv.; IV, 138, 262. Voy. Biran.

  Roquelaure (Charlotte-Marie de Daillon du Lude, marquise, puis
  duchesse de), I, 111, 112, 165, 321; II, 72, 448; III, 420.

  Roquelaure (M. de la Tour-). Voy. La Tour-Roquelaure.

  Roquette (l'abb Gabriel de), plus tard vque d'Autun, I, 12.

  Rosmadec (Sbastien de), II, 469.

  Rosmadec (Catherine-Gasparde de Scorailles, femme de Sbastien
  de), II, 469.

  Rosny (Marie-Antoinette Servien, marquise de), I, 254.

  Rotondis (M. de), II, 154.

  Rou (Jean), II, 437; III, 227.

  Roug (Catherine de), femme du marchal de Crqui. Voy. Crqui
  (Catherine de Roug, marchale de).

  Rouill (Marguerite-Thrse de), veuve du marquis de Noailles, 3e
  femme du duc de Richelieu. Voy. Richelieu (Marguerite-Thrse de
  Rouill, duchesse de). Voy. aussi II, 429, Rouill (Marguerite,
  femme de Nicolas L'Avocat).

  Roucy ou Roussy (Franois de Roye de La Rochefoucauld, comte de),
  III, 366 et suiv., 426 et suiv., 461, 476.

  Roure (Louis-Scipion III de Grimoard de Beauvoir, comte du),
  marquis de Grisac, etc., III, 186, 187.

  Roure (Marie-Anne-Louise de Caumont La Force, femme de Louis
  Scipion, marquis du), III, 185  204.

  Roussille (Rigaud de Scorailles, comte de), pre de Mlle de
  Fontanges, II, 459.

  Roussille (Aime-Elonore de Plas, femme de Jean Rigaud de
  Scorailles, comte de), II, 459.

  Roussillon (Nicolas de Changi, comte de), I, 315.

  Rouville (Franois, comte et non marquis de), I, 51, 91, 208, 315,
  316.

  Rouxel (Guillaume), pre du comte de Mar et du marchal de
  Grancey, III, 240.

  Rouxel de Grancey. Voy. Grancey (Rouxel de).

  Rouxel de Mar. Voy. Mar (Rouxel de).

  Royan (Franois de la Tremouille, marquis de), plus tard comte
  d'Olonne, I, 274; III, 334, [frre de Louis, comte d'Olonne]. Voy.
  ce nom.

  Royan (Csar-Joseph de la Trmouille, chevalier de), frre de
  Louis, comte d'Olonne, III, 334, 335.

  Royan (Yolande-Julie de La Tremouille, femme de Franois de La
  Tremouille, marquis de), III, 334, 335, 336.

  Russell (... Wriothesley, lady), I, 257.


  Saint-Aignan, I, XIII; II, 8, 9, 10, 17, 19, 24, 28, 40, 42, 43,
  45, 51 et suiv., 83, 84, 111; III, 14, 15, 18, 20, 21, 30, 41; IV,
  26, 252, 254, 259, 265.

  Saint-Chamans (famille de Lignerac-), II, 420.

  Saint-Charles (le P. Alexandre de), III, 158.

  Saint-Chaumont (Henry Mitte de Miolans, marquis de), I, 135.

  Saint-Chaumont (Suzanne-Charlotte de Gramont, femme de Henry Mitte
  de Miolans, marquis de), fille d'Antoine II, comte de Gramont, I,
  135, 263, 295.

  Sainte-Maure (Charles de), marquis de Montausier. Voy. Montausier
  (marquis de).

  Sainte-Maure (Claude de), seigneur du Fougeray, III, 197.

  Sainte-Maure (Honor, comte de), III, 197.

  Saint-Evremont (Charles-Marguerite de Saint-Denys de), I, 6, 37,
  225; II, 73.

  Saint-Faron (Pierre de Bullion, abb de), I, 306.

  Saint-Gelais (Marie-Madelaine de), fille du marquis de Lansac,
  femme du marquis de Vass. Voy. Vass (marquise de).

  Saint-Georges (Clermont de), Voy. Clermont (maison de).

  Saint-Gran (Jean-Franois de La Guiche, seigneur de), II, 55.

  Saint-Germain-Beaupr (Henri Foucault, marquis de), I, 300.

  Saint-Germain-Beaupr (Agns de Bailleul, marquise de), I, 300,
  412.

  Saint-Hermine (... de Villette, marie  M. de), III, 69, 119.

  Saint-Hilaire (Mlle de), actrice, II, 159.

  Saint-Just (Savary, sieur de). Voy. Savary, sieur de Saint-Just.

  Saint-Lary (maison de), III, 465.

  Saint-Loup (Le Page, financier, sieur de), I, 405.

  Saint-Loup (Mlle de La Roche-Pozay, femme de Le Page, sieur de),
  I, 11, 147, 300, 405.

  Saint-Maigrin. Voy. Saint-Mesgrin.

  Saint-Mars (M. de), gouverneur de la citadelle de Pignerolles. II,
  398.

  Saint-Mesgrin (Jacques de Stuart de Caussade, marquis de), I, 240.

  Saint-Mesgrin (Marie de Stuart de Caussade, Mlle de), I, 75, 403,
  404.

  Saint-Paul (Charles-Paris d'Orlans-Longueville, comte de), IV,
  267. Voy. Longueville (Charles-Paris, d'abord comte de Saint-Paul,
  puis duc de).

  Saint-Remy (Franoise Le Prvost, veuve de Laurent de La Baume Le
  Blanc, seigneur de La Valire). Voy. Le Prvost (Franoise), femme
  du sieur de La Valire.

  Saint-Sacrement (Anne du). Voy. Viole (Anne).

  Saint-Simon (Claude, duc de), I, 271, 315; IV, 203.

  Saint-Simon (Louise de Crussol, veuve d'Antoine de Budos, marquis
  de Portes, femme de Charles, marquis de), belle-soeur et
  belle-mre du duc Claude de Saint-Simon, I, 254.

  Saint-Simon, M{is} de Courtaumer (Claude-Antoine de), III, 202.

  Saint-Simon-Courtaumer (Marie de), spare du marquis de Langeais,
  femme de Jacques Nompar de Caumont, duc de La Force. Voy. Langeais
  et La Force (Marie de Saint-Simon Courtaumer, spare du marquis
  de Langeais, femme de Jacques Nompar de Caumont, duc de).

  Saint-Simon (Gabrielle de Durfort de Lorge, femme du duc de), IV,
  203.

  Sainte-Maure (le comte de), IV, 229.

  Saint-Villiers (Barbe de), femme de Roger Pulner, comte de
  Castlemaine, puis comtesse de Southampton et duchesse de
  Cleveland, I, 238.

  Sabl (Madeleine de Souvr, marquise de), I, 171; II, 102; IV,
  130.

  Sabl (Louis-Franois Servien, fils d'Abel, marquis de), III, 230
  et suiv.

  Sacrement (Anne du Saint-). Voy. Viole (Anne).

  Salins (N..., femme de Garnier de), belle-soeur de Suzanne
  Garnier, comtesse de Brancas, I, 232.

  Sall (Jacques), matre des Comptes, III, 446.

  Sall (Jeanne Le Meusnier, femme de Jacques), III, 446, 447.

  Salm (Charles-Thodore-Othon, prince de), II, 48.

  Sarrazin ou Sarrasin (Jean-Franois), I, 139.

  Saucourt (marquis de). Voy. Soyecourt (marquis de).

  Sault (Franois-Emmanuel de Bonne de Crqui, duc de Lesdiguires,
  et d'abord comte de). Voy. Lesdiguires (Franois-Emmanuel de
  Bonne de Crqui, duc de).

  Sault (Paule-Marguerite-Franoise de Gondi de Retz, femme de
  Franois-Emmanuel de Bonne de Crqui, comte de, puis duc de
  Lesdiguires).--Voy. Lesdiguires (Paule-Marguerite-Franoise de
  Gondi de Retz, femme de Franois-Emmanuel de Bonne de Crqui,
  d'abord c{te} de Sault, puis duc de).

  Sautour (Charlotte, fille de madame de Czy, de la maison de
  Harlay, marie  Franois des Essarts, sieur de), I, 91.

  Savary (Pierre-Philmond), sieur de Saint-Just et de
  Boutervilliers, grand-matre des eaux et forts de Normandie, IV,
  128.

  Savary, sieur de Saint-Just (Anglique Le Cordier du Tronc, femme
  de), IV, 128. et suiv. Voy. Tron (Anglique Le Cordier du).

  Savignac (Sylvestre de Crugy, comte de Marcillac, devenu s{r} de
  Savignac par son mariage avec Marie-Anne de Benevant, dame de), I,
  315.

  Savoie (Christine de France, duchesse de). Voy. Christine de
  France, duchesse de Savoie.

  Savoie (Charles-Amde de), frre de Henri II de Savoie, duc de
  Nemours, I, 168; II, 201.

  Savoie (la princesse Marguerite de), II, 29.

  Savoie (le prince Eugne de). Voy. Eugne (le prince), IV, 145,
  146.

  Savoie (Adlade-Henriette de), femme de Ferdinand-Marie, duc de
  Bavire. Voy. Bavire (Adlade-Henriette de Savoie, femme de
  Ferdinand-Marie, duc de), IV, 274.

  Savoie (Victor-Amde-Franois II, duc de), IV, 145, 146.

  Scarron de Vaures (Catherine), femme d'Antoine, marchal duc
  d'Aumont, II, 439.

  Scarron (Paul), le pote, I, 58; III, 73, 117, 118 et suiv., 169,
  171 et suiv.

  Scarron (Franoise d'Aubign, femme de). Voy. Maintenon (Mme de).

  Scarron (Cleste), soeur du pote, III, 121.

  Scarron (N...), femme non avoue du duc de Tresmes, III, 119.

  Schomberg (Henri, comte de Nanteuil, 1er marchal de), I, 209.

  Schomberg (Anne de La Guiche, femme du 1er marchal de), I, 209.

  Schomberg (Jeanne-Armande de), fille du 1er marchal de ce nom et
  d'Anne de La Guiche, femme de Charles de Rohan, prince de Gumn,
  duc de Montbazon, fils du duc de Montbazon et de Marie de
  Lenoncourt. Voyez Montbazon (Jeanne-Armande de Schomberg, femme de
  Charles de Rohan, prince de Gumn, duc de).

  Schomberg (Jeanne de), p. spare de Franois de Coss, comte de
  Brissac, remarie  Roger du Plessis-Liancourt, duc de La
  Roche-Guyon, marquis de Liancourt et de Guercheville, I, 141.

  Schomberg (Charles, duc d'Hallewin, marchal de), I, 140, 404.

  Sciroeste (Mlle), I, 151.

  Scorrailles (Rigaud de), comte de Roussille, pre de Mlle de
  Fontanges, II, 459.

  Scorrailles (Catherine-Gasparde de), femme de Sbastien de
  Rosmadec. Voy. Rosmadec (Catherine-Gasparde de).

  Scorrailles (Marie-Anglique de), Mlle de Fontanges; Voy.
  Fontanges.

  Scorrailles (Jeanne de), abbesse de Chelles. II, 469; III, 52.

  Scorrailles (Louis-Lger de), abb de Valloire, II, 469.

  Scudry (Mlle Magdeleine de), I, 290; II, 135.

  Segrais (Louis-Renaud de), I, 131, 328; II, 266.

  Seguier (Charlotte), femme de Maximilien-Franois de Bthune, duc
  de Sully, II, 183.

  Seguier (le chancelier Pierre), I, 89, 256, 315; II, 183; III, 47.

  Seguier (la R. M. Jeanne), religieuse carmlite, soeur du
  chancelier, I, 256.

  Seguier (Marie), 1re femme de Louis-Charles d'Albert, duc de
  Luynes, II, 47.

  Seiglire (Joachim), sieur de Boisfranc. Voy. Boisfranc (Joachim
  Seiglire, sieur de).

  Snac de Meilhan, I, 227.

  Serignan (M. de), III, 177.

  Servien (famille), III, 47.

  Servien (Abel), III, 230.

  Sesmaisons (Franoise de), femme d'Urbain de Laval, marquis de
  Lezay.

  Svign (Henri, marquis de), I, 312 et suiv., 408.

  Svign (Marie de Rabutin-Chantal, femme de Henri, marquis de), I,
  73, 152, 187, 304, 325, 408; II, 266.

  Svign de Montmoron (Charles de). Voy. Montmoron.

  Svigny (Le Picard, marquis de), III, 352.

  Sezanne (Louis-Franois d'Harcourt de Beuvron, comte de), fils de
  Franois d'Harcourt, marquis de Beuvron et d'Anglique Fabert,
  veuve de Charles Brlart, marquis de Genlis, I, 7.

  Sillery (Nicolas Brlart, marquis de), garde des sceaux,
  chancelier de France, I, 43, 150, 220, 232, 233.

  Sillery (Louis Roger Brlart, marquis de), I, 39, 43, 44, 45.

  Sillery (Marie-Charlotte, fille de Franois V de La Rochefoucault,
  femme de Louis Roger Brlart, marquis de).

  Sillery (Fabien Brlart de), vque de Soissons, 6e fils du
  marquis Louis Brlart de Sillery et de Marie-Charlotte de La
  Rochefoucauld, I, 44.

  Sillery (le chancelier et non le chevalier), I, 43. Voy. Sillery
  (Nicolas Brlart, marquis de).

  Sillery (Achille Brlart, _dit_ le chevalier de), chevalier de
  Malte, aide de camp de Turenne, 5e fils du marquis Louis Roger de
  Sillery, I, 44.

  Sillery (Mlle de), une des quatre filles du marquis Louis Roger
  Brlart de Sillery, I, 44.

  Simiane (Charles de), marquis de Pianezza, IV, 146.

  Soissons (htel de), II, 293.

  Soissons (Eugne-Maurice de Savoie, comte de), I, 208, 226; II,
  71, 168, 182.

  Soissons (Olympe Mancini, femme d'Eugne-Maurice de Savoie, comte
  de), I, 66, 226, 263, 283 et suiv., 292, 301; II, 47, 48, 52, 55,
  71, 104, 145, 148, 154, 161, 166, 168, 174, 180; IV, 254, 255,
  258.

  Soissons (Louis-Thomas de Savoie, comte de), fils d'Eugne-Maurice
  et d'Olympe Mancini, I, 73.

  Soissons (Uranie de la Cropte de Beauvais, femme de Louis-Thomas
  de Savoie, comte de), I, 72, 73; III, 54.

  Solas (le chevalier de), III, 352.

  Somon (?), I, 316.

  Sorel (Charles), IV, 181.

  Soubise (Franois de Rohan, prince de), 2e fils d'Hercule de
  Montbazon, I, 91; II, 72, 74; III, 146.

  Soubise (Anne de Rohan-Chabot, princesse de Soubise, femme de
  Franois de Rohan, prince de Soubise), I, 217; II, 47, 48, 72, 74;
  III, 146, 147; IV, 254, 255.--Voy. _la Prface_.

  Souches (M. de), capitaine des gardes suisses de Gaston d'Orlans,
  I, 212.

  Sourches (Jean du Bouchet, marquis de), comte de Montsoreau, grand
  prvt de France, I, 212, 259, 260.

  Sourches (Marie Nevelet, femme de Jean du Bouchet, marquis de), I,
  212.

  Sourches (Dominique du Bouchet, fils an de Jean, marquis de), I,
  212.

  Sourches (Louis-Franois du Bouchet, marquis de), 2e fils de Jean
  du Bouchet, marquis de Sourches, I, 212.

  Sourches (Marie-Genevive de Chambes, femme de Louis-Franois,
  marquis de), I, 212.

  Sourdis (famille de), II, 407.

  Sourdis (Franois d'Escoubleau, cardinal de), III, 475.

  Sourdis (Isabelle Escoubleau de), femme de Martin Ruz, marquis
  d'Effiat, II, 406.

  Sourdis (Charles d'Escoubleau, marquis de), gouverneur d'Orlans,
  I, 91, 323; II, 42, 80, 103; IV, 252.

  Sourdis (Jeanne de Montluc et de Foix, comtesse de Carmain ou
  Cramail, princesse de Chabannois, femme de Charles, marquis de),
  I, 91, 322, 323, 404.

  Sourdis (Paul d'Escoubleau de), marquis d'Alluye, fils de Charles,
  marquis de Sourdis, I, 299.

  Sourdis (?) (Mme de), I, 404. N. B. Au lieu de Sourdis, il faut
  lire Prcy, Mme de Sourdis (Jeanne de Montluc) tant morte ge en
  1657, et celui de ses fils qui porte le nom de Sourdis, Franois,
  n'tant pas encore mari  l'poque o fut crit ce pamphlet.

  Southampton (comtesse de). Voy. Saint-Villiers (Barbe de).

  Souvr (Gilles, marchal de), IV, 130.

  Souvr (Anne de), marchale d'Humires. Voy. Humires (Anne de
  Souvr, marchale d').

  Souvr (commandeur Jacques de), I, 62.

  Soyecourt (Maximilien de Belleforire, marquis de), I, 63, 318,
  361; II, 40, 41, 464; III, 508.

  Spencer (Robert), I, 219.

  Spencer (Anne Digby, femme de Robert), I, 219.

  Spinchal (M. de). Voy. Espinchal.

  Stuart (Franoise-Thrse), femme de Charles Stuart, duc de
  Richemont et de Lenox, I, 238.

  Stuart (l'abb d'Aubigny, de la maison des), I, 225.

  Suard (N... Panckoucke, Mme), III, 73.

  Sully (Maximilien-Franois de Bthune, duc de), II, 183.

  Sully (Charlotte Seguier, femme de Maximilien-Franois de Bthune,
  duc de), II, 183.

  Sully (Marguerite de Bthune-), duchesse de Rohan, I, 75.

  Sunderland (comte de), I, 258.

  Surville (Charles-Louis d'Hautefort, marquis de), I, 316.

  Surville, cadet d'Hautefort, (Anne-Louise-Julie de Crevant
  d'Humires, veuve du marquis de Vass, vidame du Mans, femme du
  marquis de), I, 316.


  Talhouet (Marie de), femme de Guillaume du Liscouet, II, 420.

  Tallard (Maison de Clermont-). Voy. Clermont-Tallard.

  Tallard (Roger d'Hostun, comte de), pre du marchal, III, 228.

  Tallard (Catherine de Bonne, femme de Roger, comte de), III, 228.

  Tallard (Camille d'Hostun, comte de Haston, marquis de la Baume,
  comte, puis marchal de), III, 228, 229, 244, 261, 330, 352, 426
  et suiv.

  Talon (Suzanne), femme de Louis Phelippeaux de Pont-Chartrain, IV,
  156.

  Tambonneau (Michel), prsident de la chambre des comptes, II, 72,
  73.

  Tancrde de Rohan Voy. Rohan (Tancrde de).

  Tardieu (le lieutenant criminel), III, 362.

  Tarente (Charles-Belgique-Hollande de la Trmouille, prince de),
  II, 80.

  Tarente (Madeleine de Crqui, femme de Charles-Belgique-Hollande
  de la Trmouille, prince de), II, 80.

  Tarneau (... de), avocat au grand Conseil, II, 30.

  Tarneau (Elisabeth de), II, 30.

  Tartre (Franois du), chirurgien de Louis XIV, IV, 189.

  Tavannes (Jacques de Saulx, comte de), I, 415.

  Termes (Csar-Auguste de Saint-Lary, baron et marquis de), frre
  du duc de Bellegarde, III, 465.

  Termes (Roger de Pardaillan de Gondrin, marquis de), I, 315; III,
  466 et suiv.

  Tess (Ren de Froulay, marchal de), II, 81.

  Thobon (Lydie de Rochefort), fille du marquis de Thobon, femme
  de Charles d'Harcourt, comte de Beuvron. Voy. Beuvron.

  Thmines (Anne-Habert de Montmort, femme du marchal de), puis, en
  secondes noces, du marchal d'Estres. Voy. Estres (marchal d').

  Thianges (Gabrielle de Rochechouart-Mortemart, femme de
  Claude-Lonor de Damas, marquis de), II, 74, 412; III, 126, 322.

  Thiboust, I, 316.

  Thomas (le prince de Carignan, _dit_ le prince) Voy. Carignan.

  Thor (Michel Particelli, sieur de), prsident, I, 306.

  Thorigny (Jacques de Matignon, comte de), II, 187.

  Thorigny (Lambert de). Voy. Lambert de Thorigny.

  Tilladet (Gabriel de Cassagnet, marquis de); II, 438; III, 348.

  Tilladet (Madelaine Le Tellier, femme de Gabriel de Cassagnet,
  marquis de), II, 438; III, 348.

  Tilladet (Jean-Baptiste de Cassagnet, marquis de), fils de
  Gabriel, II, 131 et suiv., 438, 439, 440, 441; III, 367, 368.

  Tilladet (Gabriel II de Cassagnet, chevalier de), frre du marquis
  Jean-Baptiste, III, 348 et suiv., 461, 477 et suiv.

  Tillet (Jean Girard, seigneur du), I, 411.

  Tillet (Elisabeth Bailleul, femme de Jean Girard, seigneur du), I,
  411.

  Tingry (Charles-Franois-Frdric de Montmorency-Luxembourg,
  prince de), III, 491. Voy. aussi Luxembourg
  (Charles-Franois-Frdric de Montmorency-).

  Tingry, (Marie-Thrse d'Albert de Chevreuse, femme de
  Charles-Franois-Frdric de Montmorency-Luxembourg, prince de),
  III, 491. Voy. aussi Luxembourg (Marie-Thrse d'Albert, femme de
  Charles-Franois-Frdric de Montmorency-).

  Tingry (Christian-Louis, chevalier de Luxembourg, puis,  la mort
  de son frre an, prince de), III, 491.

  Tiraqueau (Franoise), comtesse de Neuillant. Voy. Neuillant
  (Franoise Tiraqueau, comtesse de).

  Tonnay-Charente (Gabrielle de Rochechouart, Mlle de), qui pousa
  le marquis de Blainville, II, 100, 102, 103, 105. Voy. Blainville.

  Tost (Catherine du), dame de Braquemont, femme de chambre d'Anne
  d'Autriche. Voy. Braquemont (Catherine du Tost, dame de).

  Toulouse (Louis-Alexandre de Bourbon, comte de), I, 303; III, 189.

  Tours (Mlle de), III, 331.

  Tourville (Anne-Hilarion de Constantin, comte de), IV, 177.

  Tourville (Lucie de la Rochefoucauld, femme de Csar de
  Constantin, comte de Fismes et de), I, 189.

  Toussy (Louis de Prie, marquis de), III, 368.

  Toussy (Franoise de Saint-Gelais Lusignan, femme de Louis de
  Prie, marquis de), III, 368.

  Toussy (Franoise-Anglique de la Mothe-Houdancourt, _dite_ Mlle
  de), 2e femme du duc d'Aumont. Voy. Aumont (Franoise-Anglique de
  La Mothe, 2e femme du duc d').

  Toussy (Charlotte de Prie, fille du marquis de), femme de Nol
  Bullion, seigneur de Bonnelle. Voy. ce nom.

  Toussy (Louise de Prie, Mlle de), marchale de la
  Mothe-Houdancourt. Voy. La Mothe-Houdancourt.

  Towienski, polonais, IV, 129.

  Transon (l'abb), suprieur de Saint-Sulpice, IV, 184.

  Tremouille (Charles-Belgique-Hollande de La), prince de Tarente.
  Voy. Tarente (prince de).

  Tresmes (Ren Potier, duc de), III, 119, 303.

  Tresmes (Anne-Madelaine Potier, Mlle de), I, 315.

  Trville (Henri-Joseph de Deyre, comte de Troisville ou), I, 300.

  Tronc (Nicolas Le Cordier, s{r} du), premier prsident de la
  chambre des comptes de Rouen, a, de sa 2e femme Marie Bontemps: 1
  le marquis du Tronc, 2 l'abb du Tronc, 3 Marie-Anglique,
  d{lle} du Tronc (appele ici du Tron), IV, 125, 244.

  Tron (Marie-Anglique Le Cordier du Tronc, _dite_ Mlle du), qui
  pousa, en 1696, Pierre-Philmond Savary, s{r} de Saint-Just. Voy.
  ce nom. IV, 125 et suiv., 244.

  Tron, Tronc ou Troncq (Louis Le Cordier, marquis du), brigadier,
  puis marchal de camp, IV, 128.

  Tron, Tronc ou Troncq (Nicolas-Alexandre Le Cordier, abb du), IV,
  128, 238.

  Tronc (la marquise du), IV, 128, 129.

  N. B. Rectifier,  l'aide des indications qui prcdent les notes
  des pp. 125, 244, t. IV, relatives  la famille du Tronc.

  Tubeuf (Charles), I, 89; II, 415.

  Turenne (Henri de la Tour-d'Auvergne, vicomte de), I, VIII, 39,
  79, 187; II, 201; III, 489, 471; IV, 257, 267, 282, 288.

  Turenne (Louis-Charles de La Tour de Bouillon, prince de), fils du
  duc de Bouillon et de Marie-Anne Mancini, III, 194, 489 et suiv.;
  IV, 288.

  Turenne (Anne-Genevive de Levis-Ventadour, femme du prince de),
  III, 489.


  Ursins (Anne-Marie de la Trmouille, princesse des), I, 225.

  Usez (Emmanuel de Crussol, duc d'), IV, 175.

  Uxelles (Louis Chalon du Bl, marquis d'), I, 406.

  Uxelles (Marie de Bailleul, veuve du marquis de Nangis, marquise
  d'), I, 406, 412; II, 413; III, 322.


  Valenay (Charlotte d'Etampes de), femme de M. de Puysieux. Voy.
  Puysieux (Mme de).

  Valenay (Elonor d'Etampes de), archevque de Reims, I, 220.

  Valenay (le cardinal Achille d'Etampes de), I, 220.

  Valenay (Marie-Louise de Montmorency-Bouteville, duchesse de), I,
  156, 158.

  Valentinois (Louis Grimaldi, prince de Monaco, duc de).

  Valentinois (Catherine-Charlotte de Gramont, femme de Louis de
  Grimaldi, prince de Monaco et duc de), I, 67, 68, 134; II, 72, 73.
  Voir Monaco, de.

  Valentinois (Antoine Grimaldi, duc de), III, 491.

  Valentinois (Marie de Lorraine-Armagnac, femme d'Antoine, duc de),
  III, 491.

  Valloire (Louis-Lger de Scorrailles, abb de), II, 469.

  Vallot, mdecin, III, 127.

  Vandeuil (Louis de), comte de Crocq, II, 287.

  Vandeuil (Mme de), II, 287, 289, 328, 329, 330.

  Vandeuil (Franois de), seigneur d'Etelfay, fils de Louis de
  Vandeuil, II, 287.

  Vandeuil (Alexandre de), seigneur de Forcy, neveu de Louis de
  Vandeuil, II, 287.

  Vandeuil (Timolon de), seigneur de Cond, [neveu de Louis de
  Vandeuil], II, 287.

  Vandy (Jean d'Aspremont, marquis de), I, 316.

  Vandy (Catherine de), I, 92, 290.

  Vanel (Jean), auteur des _Galanteries des Rois de France_, I, 30.

  Vardes (Ren II du Bec Crespin, marquis de), pre de Franois, I,
  270.

  Vardes (Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret, femme du marquis
  Ren II de), I, 270.

  Vardes (Ren-Franois du Bec-Crespin, marquis de), I, 47, 62, 65,
  66, 139, 165, 231, 270 et suiv., 315; II, 51, 52, 56, 61 et suiv.,
  72, 79, 145, 148, 166, 168; IV, 91.

  Vardes (Catherine Nicola, femme de Franois du Bec-Crespin,
  marquis de), I, 270.

  Vardes (Marie-Elisabeth du Bec-Crespin, Mlle de), femme de Louis
  de Rohan-Chabot, fille de Ren-Franois. Voy. Rohan-Chabot
  (Marie-Elisabeth du Bec-Crespin, duchesse de).

  Vass (Henri-Franois, marquis de), I, 78, 315, 316.

  Vass (Marie-Madelaine de Saint-Gelais, fille du marquis de
  Lansac, marquise de), I, 315.

  Vass (Louis-Alexandre, comte de), fils de Franois, I, 316.

  Vass (Anne-Louise de Crevant d'Humires, femme du comte
  Louis-Alexandre de), I, 316.

  Vass (Ren de), sieur d'Esguilly, I, 115.

  Vauban (Sbastien Le Prestre de), IV, 168.

  Vaudemont (Charles-Henri, prince de), lgitim de Lorraine, IV,
  231.

  Vaudemont (Anne-Elisabeth de Lorraine d'Elbeuf, femme de
  Charles-Henri, lgitim de Lorraine, prince de), IV, 231.

  Vaux (un nomm de), I, 249.

  Vendme (htel de), II, 353.

  Vendme (Alexandre de Bourbon, grand prieur de), I, 283.

  Vendme (Louis de), duc de Mercoeur, Voy. Mercoeur (Louis de
  Vendme, duc de).

  Vendme (Louis-Joseph, duc de), fils du duc de Mercoeur et de
  Laure Mancini, III, 197.

  Vendme (Philippe de), chevalier de Malte, frre de Louis-Joseph,
  III, 178-182.

  Venelle (Mme de), II, 23, 32; IV, 245.

  Ventadour (Anne de Levis, duc de), grand-pre du duc
  Louis-Charles, II, 440.

  Ventadour (Marguerite de Montmorency, femme d'Anne de Lvis, duc
  de), II, 440.

  Ventadour (Charles de Levis, marquis d'Annonai, puis duc de), II,
  55, 422.

  Ventadour (Marie de La Guiche, femme de Charles de Levis, duc de),
  II, 55, 72, 422.

  Ventadour (Louis-Charles de Levis, duc de), fils de Charles, I,
  158, 293; II, 422, 438, 439, 440, 441, 447; III, 194, 367 et
  suiv., 477 et suiv.

  Ventadour (Charlotte-Elonore-Madelaine de La Mothe-Houdancourt,
  duchesse de), femme de Louis-Charles, I, 83, 293; II, 438, 440,
  452 et suiv., 470; III, 194, 367 et suiv., 477 et suiv.

  Ventadour (Anne-Genevive de Levis, dem{lle} de), femme du prince
  Godefroy-Maurice de Turenne. Voy. Turenne (Anne-Genevive de
  Levis-Ventadour, princesse de).

  Ventadour (Marguerite-Flice de Lvis), femme du marchal duc de
  Duras. Voy. Duras (Marguerite-Flice de Levis-Ventadour, femme du
  marchal duc de).

  Vermandois (Louis de Bourbon, comte de), II, 76; III, 189.

  Vernet (Antoinette d'Albert, fille d'Honor d'Albert, duc de
  Luynes, soeur de Charles de Luynes et femme de Barthlemy, sieur
  du), I, 116.

  Verneuil (Henriette de Balzac d'Entraigues, marquise de), I, 143.

  Vertus (Franois de Bretagne, comte de) et de Goello, baron
  d'Avaugour. Voy. Avaugour (baron d').

  Vertus (Catherine-Franoise de Bretagne d'Avaugour, Mlle de), I,
  252; II, 197.

  Vexin (Louis-Csar, comte de), 2e fils de Louis XIV et de Mme de
  Montespan, II, 411; III, 189, 331.

  Vienne (? Henri de), comte Commarin, I, 315.

  Vienne (Elisabeth-Anglique de), femme de Franois de
  Montmorency-Bouteville, II, 187.

  Vieux-Pont (... femme de Jean de), sieur de Compans, I, 254.

  Vigean (Franois Poussart, baron du), I, 71, 155, 185.

  Vigean (Anne de Neubourg, femme de Franois Poussart, sire de
  Pons, baron du), I, 71, 184.

  Vigean (marquis de Fors du), [pre d'Anne Poussart, duchesse de
  Richelieu], II, 380.

  Vigean (Anne Poussart, D{lle} de Pons et du), femme de Franois
  d'Albret, sire de Pons, comte de Marennes, puis d'Armand-Jean du
  Plessis, duc de Richelieu. Voy. Richelieu (duchesse de).

  Vignacourt (Simon de), I, 235.

  Vignacourt (Aloph ou Olaf de), I, 235.

  Vignacourt (Adrien de), I, 235.

  Vignacourt d'Orvill, I, 235.

  Villacerf (Colbert de). Voy. Colbert de Villacerf.

  Villarceaux (famille des Mornay d'Ambleville et de), I, 151.

  Villarceaux, (Pierre de Mornay de), I, 151.

  Villarceaux (Anne-Olivier de Leuville, femme de Pierre de Mornay
  de), I, 151.

  Villarceaux (Louis, marquis de Mornay de), fils an de Pierre, I,
  40, 62, 151, 315.

  Villarceaux (Claude de Mornay de), 2e fils de Pierre, I, 151.

  Villarceaux (Ren de Mornay de), abb de Saint-Quentin de Beauvais
  (_dit_ l'abb de), 3e fils de Pierre, I, 37, 39, 40.

  Villarceaux (Madeleine de Mornay de), abbesse de Gif, 1re fille de
  Pierre, I, 151.

  Villarceaux (Charlotte de Mornay de), 2e fille de Pierre, femme de
  Jacques Rouxel, marchal de Grancey, I, 151.

  Villars (Georges de Brancas, 1er duc de), II, 337, 343.

  Villars (Georges de Brancas, marquis, puis duc de), I, 56, 76,
  151; II, 337, 343.

  Villars (Julienne-Hippolyte d'Estres, marquise, puis duchesse
  de), I, 56.

  Villars (Louis de Brancas, duc de), II, 345.

  Villars (Pierre, marquis de), d'une autre famille que Georges de
  Brancas, I, 56.

  Villars (Marie Gigault de Bellefonds, femme de Pierre, marquis
  de), I, 55, 56, 57.

  Villars (Henri de), archevque de Vienne, frre pun de Pierre,
  I, 280.

  Ville (Viole de La). Voy. Viole de la Ville.

  Villefranche (le baron de), II, 296 et suiv.

  Villequier (Louis d'Aumont, marquis de), fils an de
  Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont, III, 379, 484, 485 et suiv.,
  499.

  Villequier (Madelaine-Fare Le Tellier, femme de
  Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont, et d'abord marquis de), fille du
  chancelier Le Tellier, soeur de Louvois, II, 390. Voy. Aumont.

  Villeroy (famille de), I, 147.

  Villeroi (Nicolas de Neufville, marquis, puis duc et marchal de),
  I, 64, 134; III, 491; IV, 210.

  Villeroy (Madeleine de Crqui, femme de Nicolas de Neuville,
  marchal duc de), IV, 210.

  Villeroy (Franoise ou Catherine de), l'une des deux filles du
  marchal de Villeroy, I, 295.

  Villeroy (Franois de Neufville, duc de), IV, 138, 210, 211.

  Villette (M. de), III, 119, 120.

  Villette-Muray (Mme de), III, 69, 73, 75.

  Villette (Marthe-Marguerite de), femme du marquis de Caylus. Voy.
  Caylus (Marthe-Marguerite de Villette, femme du marquis de).

  Vincent de Paul (saint), I, 166.

  Vineuil (Louis Ardier, sieur de), I, 78, 90, 120 et suiv., 132,
  164, 205, 206, 210, 216, 245 et suiv., 267, 268 et suiv.

  Vinnes (Mme de), II, 72, 74.

  Vins (N... l'Avocat, femme de Jean de la Garde d'Agoult, marquis
  de), II, 429.

  Viole (Pierre), seigneur d'Athis, I, 213, 214.

  Viole de la Ville, I, 214.

  Viole (Nicolas, prsident) ou Viole Douzenceau, seigneur
  d'Osereux, I, 213 et suiv.

  Viole (Anne) ou Anne du Saint-Sacrement, I, 213, 214.

  Viole (Claude de Chambon? de la Valle, femme de Nicolas), I, 215.

  Virgile, IV, 186.

  Vitry (Lucrce-Marie Bouhier, femme du marchal de), I, 253.

  Vitry (Franois-Marie de l'Hpital, duc de), I, 403; II, 74.

  Vitry (Marie-Louise-Elisabeth Pot, duchesse de), II, 72, 73, 74.

  Vivonne (Louis-Victor de Rochechouart, comte puis duc de), I, 47,
  277 et suiv., 301, 304, 320; II, 72, 74.

  Vivonne (Antoinette-Louise de Mesmes, comtesse, puis duchesse de),
  I, 285, 286; II, 72, 74, 75.

  Vivonne (Andre de), femme de Franois VI de La Rochefoucauld, II,
  457.

  Voisin (Catherine Deshayes, femme d'Antoine Montvoisin, connue
  sous le nom de la), IV, 283.

  Voiture (Vincent), I, 115, 139, 144, 158, 189, 190, 296; IV, 273.

  Voltaire (Franois Arouet de), I, 312.

  Vordac (de), IV, 160.


  Waldeck (Georges-Frdric, comte de), III, 189.

  Walters (Lucy), I, 41.

  Wignacourt. Voy. Vignacourt.

  Wriothesley (Elisabeth, et non Anne), comtesse de Northumberland.
  Voy. Northumberland (c{tesse} de).

  Wriothesley (Anne), lady Russell. Voy. Russell (lady).

  Wirtemberg ou Wurtemberg (le prince Ulric de), 3e fils de
  Jean-Frdric de Wirtemberg le Magnifique, de la branche dite de
  Stuttgard, I, 210.

  Wirtemberg ou Wurtemberg (Isabelle d'Aremberg, fille d'Albert,
  prince de Barbanon, veuve du comte d'Hochstrate, 2e femme d'Ulric
  de), I, 210, 405.

  Wirtemberg ou Wurtemberg (George, prince de), baron de
  Montbliard, I, 210.

  Wirtemberg ou Wurtemberg.--_Erratum._ Lisez ce nom au lieu de
  Mecklembourg au mot Chastillon (Elisabeth-Anglique de
  Montmorency-Boutteville, duchesse de).

  Wirtemberg ou Wurtemberg (Anne de Coligny-Chatillon, fille cadette
  du marchal, femme de George de), I, 78, 207 et suiv.

  Witt (Jean de), II, 189, 190.


  Yorck (duc d'), plus tard Jacques II, roi d'Angleterre, I, 257.

  Yorck (Anne Hyde de Clarendon, duchesse d'), I, 257.


  Zamet (Marie-Christine), femme de Roger-Hector de Pardaillan de
  Gondrin, mre du marquis de Montespan, II, 362.

  Zamet (Sebastien), II, 362; III, 262.




TABLE DES MATIRES.


                                                                Pages.

    Prface.                                                         v

    Le Grand Alcandre frustr
      ou les derniers efforts de l'amour et de la vertu
      Histoire galante.

          Avertissement.                                             3

          Le Grand Alcandre frustr
            ou les derniers efforts de l'amour et de la vertu
            Histoire galante.                                        5

    Amours de Louis le Grand et de Mademoiselle du Tron.

          Prface des entretiens.                                  125

          Amours de Louis le Grand et de Mademoiselle du Tron.     128

    Le tombeau des amours de Louis le Grand et ses dernires
      galanteries.                                                 241

    Table alphabtique.                                            349


FIN DE LA TABLE.


Imprimerie Gouverneur, G. Daupeley  Nogent-le-Rotrou.




    Corrections:

    p. ix: voy. t. III, p. 47       corr.: voy. t. III, p. 147
    Note 233: p. 61 et suiv.        corr.: p. 65 et suiv.
    Note 244: jusqu'en 1671         corr.: jusqu'en 1691

    Dans la Table alphabtique:

    Arnaud (M. Barrin de la Galissonnire)
        N. Barrin                   corr.: M. Barrin
    Artagnan (Charles de Castelmar d')
        I, 398                      corr.: II, 398
    Aubign (Charles d')
        III, 60                     corr.: III, 69
    Aumont (Franoise-Anglique de la Mothe Houdancourt)
        III, 336                    corr.: III, 366
    Boisfranc (Joachim Seiglire)
        449                         corr.: III, 449
    Boissy (Arthur Gouffier)
        II, 174                     corr.: II, 74
    Bontems (Alexandre)
        IV, 228 et suiv.            corr.: IV, 128 et suiv.
    Cambiac, prtre
        I, 161                      corr.: I, 160
    Cavoie (Louis Oger)
        179                         corr.: II, 179
    Geloron                         corr.: Celoron
    Dauphin (Louis, fils de Louis XIV)
        54, 163...                  corr.: III, 54, 163...
    Espernon (Bernard de Nogaret)
        I, 12, 31                   corr.: I, 12, 30
    Estres (Franoise Babou de la Bourdaisire)
        III, 250                    corr.: III, 252
    Estres (Gabrielle de Longueval)
        III, 252, 253, 348, 349     corr.: III, 252, 253, 349, 350
    Gouffier (Artus)
        II, 400, 301                corr.: II, 400, 401
    Grancey (Charlotte de Mornay de Villarceaux)
        I, 113, 151; 230, 234       corr.: I, 113, 151; III, 230, 234
    Grancey (Louise-Elisabeth, dite madame de)
        Vilceaux                    corr.: Villarceaux
    Harcourt (Marie-Louise-Christine Jeannin de Castille)
        I, 34                       corr.: I, 24
    Jacques II
        IV, 215                     corr.: IV, 216
    La Fayette
        IV, 27                      corr.: IV, 29
    La Feuillade (Franois d'Aubusson de)
        IV, 1                       corr.: IV, 4
    La Porte, valet de chambre de Louis XIV
        I, 134                      corr.: I, 184
    La Rivire (Louis Barbier, abb de)
        I, 47                       corr.: I, 87
    Longueville (Anne-Genevive de Bourbon-Cond)
        (I,) 177 et suiv.           corr.: (I,) 187 et suiv.
    Lorraine (Charles IV duc de)
        I, 44, 160                  corr.: I, 144, 160
    Lorraine (Philippe, chevalier de)
        I, 7, 271                   corr.: I, 113, 271
    Ludres (Marie-Elisabeth de)
        II, 217                     corr.: I, 217
    Mazarin (Armand-Charles de la Porte de la Meilleraie)
        II, 69, 465                 corr.: II, 69; III, 465
    Mignard (Pierre)
        III, 212, 499               corr.: III, 312, 499
    Montespan (Franoise-Athnas de Rochechouart)
        (I,) 275                    corr.: (I,) 285;
        II, 162                     corr.: II, 161;
    Nangis (Franois de Brichanteau)
        I, 408                      corr.: I, 406
    Ninon de Lenclos
        I, 6                        corr.: I, 16
    Nogent (Diane-Charlotte de Caumont)
        II, 222, 248, 320,          corr.: II, 222, 248, 320, 381, 388;
        322, 381, 388, 390                 III, 322, 392
    Richmont (Franois-Marie Stuart)
        225, 258                    corr.: I, 225, 238
    Ricousse ou Ricoux
        (I,) 251                    corr.: (I,) 241
    Rochechouart (Marie-Madeleine-Gabrielle de)
        III, 63                     corr.: III, 10
    Roquelaure (Marie-Louise de Laval)
        II, 426, 448; 451, 461      corr.:  II, 426, 448; III, 451, 461
    Roquelaure (Antoine)
        I, 163, 154, 164            corr.: I, 153, 163, 164
    Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste-Antoine)
        II, 425, 353 et suiv.       corr.: II, 425; III, 353 et suiv.
    Savoie (Adlade-Henriette de)
        IV, 294                     corr.: IV, 274
    Scarron de Vaures (Catherine)
        II, 449                     corr.: II, 439
    Svign (Marie de Rabutin-Chantal)
        (I,) 345                    corr.: (I,) 325
    Somon
        I, 306                      corr.: I, 316.
    Sourdis (Isabelle Escoubleau de)
        II, 408                     corr.: II, 406
    Talhouet (Marie de)
        II, 428                     corr.: II, 420
    Tavannes (Jacques de Saulx)
        I, 415                      corr.: I, 154
    Turenne (Henri de la Tour d'Auvergne)
        (I,) 197                    corr.: (I,) 187
    Vendme (Philippe de)
        II, 178-182                 corr.: III, 178-182
    Vitry (Marie-Louise-Elisabeth Pot)
        72, 73, 74                  corr.: II, 72, 73, 74





End of the Project Gutenberg EBook of Histoire amoureuse des Gaules suivie
des Romans historico-satiriques du XVIIe sicle  (4/4), by Roger de Bussy-Rabutin

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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

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effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
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property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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