Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905

Author: Various

Release Date: July 5, 2011 [EBook #36630]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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L'ILLUSTRATION, NO. 3269, 21 OCTUBRE 1905 ***




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L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905

Avec ce Numro: L'ILLUSTRATION THTRALE CONTENANT DON QUICHOTTE
Premire partie.--La suite et la fin dans le prochain numro.


LA REVUE COMIQUE, par Henriot.


Ce numro contient: L'ILLUSTRATION THTRALE avec le premier fascicule
de DON QUICHOTTE, par Jean Richepin.


L'ILLUSTRATION _Prix de ce Numro: Un Franc._ SAMEDI 21 OCTOBRE 1905
_63 Anne--N 3269_

LE PRINCE DE BULGARIE ET LE PRSIDENT LOUBET CHASSANT A COMPIGNE Devant
le tableau aprs une battue. _Voir l'article, page 26._



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Huit heures du soir. Boulevard de Strasbourg;  droite,  gauche, des
faades illumines; tout autour, un grouillement de vie joyeuse:
embarras de voitures, cohue de pitons, trompes mugissantes de tramways
dont on obstrue le chemin; et, parmi ce tumulte, en ce fouillis de
choses et de gens, deux ou trois _notes_ amusantes qui ont, au lendemain
de la rentre, une valeur de symbole:  ct des bourriches amonceles
d'une marchande d'hutres, le petit fourneau noir de l'Auvergnat, tout
noir aussi, qui dispose en rond sur le feu,  la clart d'un bec de gaz,
les premiers marrons de l'anne. Plus loin, sur la chausse, la voiture
 bras, pleine d'oranges, o deux lanternes vnitiennes rpandent leur
lumire de fte; et, devant le thtre Antoine--o les affiches ont
l'air de crier aux passants, joyeusement, la dernire victoire de
Gandillot--une file de voitures, d'automobiles aux portires desquelles
on voit se ruer, casquettes  la main, l'ordinaire troupe des pauvres
diables, des chasseurs de pices de deux sous. Marchand de marrons,
marchande d'hutres, marchande d'oranges, ouvreur de portires: et voil
le dcor de l'hiver parisien reconstitu pour neuf mois. D'o viennent
ces gens? Que faisaient-ils aux temps chauds? comme dit le fabuliste. On
ne sait pas. Ils exeraient, en attendant l'hiver, de petits mtiers
vagues; ils guettaient l'heure o Paris, rveill d'une lthargie de dix
semaines, allait recommencer  vivre,  vouloir pleurer et rire sous des
lustres lectriques, devant des paysages de carton; et les revoici tous,
immuablement fidles au rendez-vous d'octobre, installs, comme de bons
soldats, aux postes de l'anne dernire, o nous les retrouverons l'an
prochain. J'admire cette solidarit mystrieuse qui unit, comme  leur
insu, les pauvres hommes, et grce  quoi--l'automne  peine revenu--je
me sens assure d'y revivre  ma guise toutes les petites joies des
automnes passs...

Le thtre surtout nous les prodigue, ces joies-l. O aller? La grande
cluse s'est ouverte et voil le torrent lch: au thtre
Sarah-Bernhardt,  l'Oeuvre,  l'Odon,  la Comdie-Franaise, au
Palais-Royal, aux Varits, les titres de six pices nouvelles me
sollicitent en mme temps; c'tait hier le tour des Nouveauts; ce sera
tout  l'heure celui du Gymnase; d'autres leur succderont et deux ou
trois fois par semaine (ou davantage), pendant la saison qui va venir,
mon journal me servira tout chaud le rcit de ces aventures diverses; en
une ou plusieurs colonnes, il me racontera la pice d'hier, la
commentera, n'omettra aucun nom de la liste de ceux qui l'interprtent,
ne voudra pas me faire grce d'un dtail de mise en scne ou de costume.
Si l'auteur est un favori du public, ou si quelque prestige s'attache 
sa signature, l'article o sa pice doit m'tre copieusement conte sera
prcd d'un autre long article, d'une avant-premire o sera clbr
par provision le mrite de l'ouvrage qu'on ne connat pas encore, et
glorifi le gnie du jeune ou vieux matre qui l'a crit; et ce compte
rendu sera suivi d'un troisime article o l'auteur, discrtement
interview au lendemain de la victoire remporte ou de l'chec subi,
sera pri de juger ses juges, de nous faire connatre ce qu'il pense de
ce qu'on vient de penser de lui. Entre temps, d'habiles chos de
thtres entretiendront autour de l'ouvrage nouveau la curiosit des
passants. Ce n'est pas des pices heureuses qu'on pourrait dire qu'elles
n'ont pas d'histoire. Heureuses ou malheureuses, toutes les pices en
ont une, et dont le dtail peut fournir, jour  jour, la matire d'aussi
longs dveloppements qu'on voudra. Car, aprs que l'oeuvre nouvelle m'a
t annonce, puis raconte et critique, cent petites nouvelles restent
encore  propager  son sujet: on m'apprend que les rles viennent d'en
tre distribus en double; que les recettes des dix premires
reprsentations ont atteint le chiffre le plus haut qu'aucune pice ait
ralis, dans le mme temps, depuis la rouverture des thtres; qu'on y
a, tel soir, aperu le roi des Belges et, dimanche, en matine, la reine
Ranavalo... Six semaines se passent; l'oeuvre va doubler le cap de la
cinquantime, et mon journal m'en fait part; atteint-elle la centime
reprsentation? C'est du dlire. Fte au foyer; souper par petites
tables; comptes rendus o ne sont oublis ni le menu du festin, ni le
nom des convives de marque. On n'a pas omis non plus, le jour o fut
lance la pice en librairie, de nous communiquer le texte des ddicaces
mues rdiges par l'auteur  l'adresse de ses interprtes, et l'on ne
ngligera pas davantage, dans quelques semaines, de nous parler de la
grande tourne que prpare l'imprsario Z..., grce  quoi sera
promene triomphalement, en province et  l'tranger, l'oeuvre dont il
tait trop injuste, vraiment, que les Parisiens fussent seuls  savourer
les dlices.

Et M. le directeur Antoine se plaint! Tant de facile gloire ne suffit
pas  le satisfaire. Ce directeur ne revendique pas seulement le droit
(incontestable) de ne point inviter  sa table tel convive hostile qu'il
sait ou croit rsolu, quoi qu'il arrive,  trouver chez lui le potage
trop sal, l'entremets fade, ou le rti mal cuit; M. Antoine dit: Je
prtends interdire, s'il me plat, qu'on parle de ma cuisine, mme pour
dire qu'on la trouve bonne! M. Antoine souhaiterait apparemment que les
journaux s'occupassent moins des choses de thtre... En ce cas, me
disait hier mon libraire, que n'dite-t-il des livres, au lieu de monter
des pices? On le laisserait bien tranquille.

Mon libraire exprimait l, mlancoliquement, une pense juste.
Infortuns auteurs de livres! Ils peinent dans l'ombre, eux; la foule
les ignore, ou ne jette, en passant,  leurs couvertures neuves, qu'un
regard distrait, presque ddaigneux. Je ne comprends pas bien cette
ingalit de traitement et j'aimerais qu'on m'en ft connatre les
causes. J'aimerais qu'on m'expliqut pourquoi la plus mince des
oprettes, signe du nom le plus obscur, est  Paris une sorte
d'vnement que tout le monde guette et vers le dnouement duquel il
semble que, pendant une soire au moins, tous les esprits soient tendus
anxieusement; et pourquoi l'apparition en librairie de telle oeuvre o
l'homme du talent le plus noble et du plus haut savoir versa lentement,
aprs des mois de mditation, d'application, d'efforts, le meilleur de
sa pense, semble  tout le monde un incident si dnu d'importance? Je
suis sre que S. A. R. le prince de Bulgarie n'ignorait rien, en
arrivant chez nous, lundi dernier, des nouvelles thtrales de la
quinzaine; qu'il savait au juste quelles sont les pices qu'il faut
voir,  cette heure,  Paris! Je suis moins sre qu'on ne l'et pas
embarrass un peu en lui demandant quels sont, parmi les derniers livres
parus, ceux qu'il faut lire... Ce n'est pas sa faute, s'il l'ignore.
Ce prince lit les journaux, comme nous, et ne sait de ce qui se passe en
littrature que ce qu'ils nous en disent. Or, ils ne nous en disent 
peu prs rien... Tant d'autres sujets plus amusants, en dehors du
thtre mme, requirent l'attention de nos nouvellistes!

Les peintres, par exemple, seraient dsols qu'on les ngliget au
profit de la littrature, et dj--la saison  peine commence--ils nous
appellent  eux. Ils ne nous lcheront plus. Le Salon d'automne a
ouvert, cette semaine, au Petit Palais, le cortge annuel des
expositions d'art: en voil pour dix mois;-dix mois pendant lesquels va
dfiler sans rpit, aux cimaises de la rue Laffitte, de la rue de
Sze, du Cours-la-Reine ou des Champs-Elyses, la torrentielle
production des aquarellistes, aqua-fortistes, lithographes,
miniaturistes et pastellistes; des classiques et des indpendants; des
Socits d'art nationales ou internationales; des unions de femmes
artistes; des paysagistes, des portraitistes, des cramistes; de ceux
qui _font_ la fleur, la caricature ou la montagne; dfil sans fin, o
toutes les spcialits, toutes les comptences rclament leur place au
bon soleil de la rclame...

Et les musiciens, non plus, ne sauraient souffrir qu'on les oublie.
Colonne et Chevillard ont, depuis huit jours dj, pos leurs affiches
et sonn le rassemblement; dix, vingt autres suivront: quintettes et
quatuors renomms; cantatrices, virtuoses fameux de chez nous et
d'ailleurs. Aux murs d'Erard et de Pleyel s'talent les affiches
multicolores, annonciatrices des rgals musicaux de l'hiver. Rude
concurrence  la littrature que tout cela!

La saison des concerts s'est mme fort brillamment ouverte cette
semaine, et nous devons aux pauvres Calabrais l'un des plus prestigieux
programmes qui aient t depuis longtemps placards dans Paris. Les
amateurs de bonne musique se sont donc rus au secours des Calabrais;
tant il est vrai que tout finit en France par des chansons, mme les
tremblements de terre.

C'est dcidment une belle invention que celle des ftes de charit et
celui qui en eut le premier l'ide fut un psychologue de gnie. Il
comprit que les infortunes lointaines nous meuvent difficilement, mais
qu'en change d'un plaisir rare nous ne rsistons gure  la joie de les
soulager. Entre l'aumne qui hsite et la misre qui supplie, il s'avisa
d'interposer une cantatrice et un monologuiste... Et l'aumne n'hsita
plus.

Moyen simple; mais il fallait le trouver.

SONIA.



LA PRINCESSE PIERRE BONAPARTE

La vie de la princesse Pierre Bonaparte, qui vient de mourir  Paris, a
tenu tour  tour du plus invraisemblable des contes de fes et du roman
le plus dramatique.

_L'Almanach de Gotha_ mentionne que le prince Pierre-Napolon Bonaparte,
troisime fils de Lucien, frre an de Napolon, pousa religieusement,
 Paris, le 22 mars 1853, Justine-Elonore Ruflin, ne le 1er juillet
1832. Et ce nom plbien, uni  ce nom illustre, au milieu de tous les
vocables retentissants dont la liste emplit ce qu'un fantaisiste
appelait le Bottin des Vanits, tonne tout d'abord et dconcerte.
Voici l'histoire:

Mlle Elonore Ruflin tait la fille d'un contrematre bniste du
faubourg Saint-Antoine; or, vous savez si le peuple de Paris fut un
temps enivr de la gloire napolonienne! A l'humble foyer familial, la
jeune fille avait t leve par son grand-pre, ancien soldat de la
Grande Arme, dans le culte de la lgende impriale. On imagine sans
peine quel moi fut le sien le jour o, dans la maison d'un dput, elle
se trouva en prsence d'un propre neveu du grand homme, le prince
Pierre, membre lui-mme du Corps lgislatif et venu en visite chez son
collgue. La jeune fille tait charmante; le prince l'aima et rsolut de
l'pouser. Mais quand, par pure dfrence, et quoiqu'il vct fort
loign des Tuileries, il sollicita de son imprial cousin son
consentement  ce mariage, il se heurta  un refus. Il y avait un
prcdent dans sa famille: le mariage de Lucien, son frre, avec Mme de
Bleschamps, contre le gr de l'empereur. Il passa outre, lui aussi, sans
s'inquiter des suites.

[Illustration: La princesse Pierre-Napolon Bonaparte dans son salon, 
Cimiez.--_Phot. Lacroix._]

Les deux poux allrent cacher leur bonheur--et leur mdiocrit--dans
cette villa d'Auteuil que le coup de revolver qui tua Victor Noir allait
rendre si tragiquement clbre. Ce drame, ce fut dans leur vie  tous
deux le premier coup de l'adversit. L'avenir leur rservait des assauts
plus terribles.

La guerre vint, le rgime imprial s'croula; il fallut fuir la
maisonnette d'Auteuil, que les boulets prussiens allaient un peu plus
tard dtruire. Malade, sans ressources, le prince Pierre se rfugia 
Londres avec les siens--il avait eu de son mariage cinq enfants, dont
deux seulement survivent. Ce fut, sans appui, sans amis, une dtresse
terrible. La princesse, se ressouvenant de ses origines, s'tait mise 
travailler, avait ouvert un magasin de modes;--ainsi, sous la
Rvolution, une marquise de La Londe avait t dame de comptoir; une
comtesse de Virieu, ravaudeuse en plein air!--Tout son admirable
hrosme ne parvint pas  pargner aux tres chers les angoisses les
plus cruelles.

Elle les ramena vers Paris quand le calme y fut rentr, esprant y
trouver la vie plus aise. Ceux qui auraient eu le devoir de lui venir
en aide lui offrirent une aumne,  condition qu'elle allt rejoindre en
Italie les autres Bonaparte, descendants de Lucien. Elle refusa: fille
du vieux faubourg patriote, elle entendait avant tout que les deux
enfants qu'elle avait conservs, le prince Roland et la princesse
Jeanne, depuis marquise de Villeneuve, restassent Franais. Et elle
parvint--au prix de quels miracles! -- les lever, non certes dans le
faste, et  leur donner une ducation digne du grand nom qu'ils
portaient. Ils lui en avaient vou, avec la plus tendre reconnaissance,
la plus vive des affections. La fortune, d'ailleurs, leur avait donn
plus tard  tous trois d'clatantes revanches, dont seul le prince
Pierre, mort en 1881, ne put profiter, et c'est dans l'admirable htel
du prince Roland, avenue d'Ina, que la princesse est morte, entoure de
soins empresss.

Elle tait demeure dans l'opulence simple et bonne, en sympathie
toujours avec le peuple d'o elle tait issue. Elle le prouva  maintes
reprises.

G. B.



LA DUCHESSE DE TALLEYRAND

Le monde parisien vient de perdre une de ses personnalits les plus
marquantes, la duchesse de Talleyrand et Sagan, qui s'est teinte, la
semaine dernire,  Loches.

Fille du baron Seillire, un financier notoire du sicle dernier, elle
avait pous le prince de Sagan, appel beaucoup plus tard  l'hritage
d'une couronne ducale, alors que l'tat de sa sant l'avait dj
contraint  la retraite o depuis quelques annes il s'est
dfinitivement effac, aprs avoir longtemps brill parmi les hommes de
sport, les habitus des premires, les viveurs de qualit, ayant
conquis la rputation lgendaire d'un arbitre des lgances et d'un type
achev de ce qu'on appelait autrefois le dandysme.

De mme que, dans la mmoire des contemporains et dans la chronique
rtrospective, ce titre de prince semble insparable de la notorit du
gentilhomme, le titre de princesse reste attach au renom de la grande
dame qu'on citait au nombre des beauts clbres, des reines de la mode,
sous le second Empire et au commencement du rgime actuel. Le luxe de
ses toilettes, ses faons de donner le ton, les runions o sa prsence
faisait sensation, les rceptions, les bals, les ftes de charit de
l'htel fameux de la rue Saint-Dominique, ont, en leur temps, largement
dfray les chos mondains des gazettes, les frivoles conversations des
cercles et des salons. Toutes ces splendeurs vivantes n'taient dj
plus que des souvenirs dj lointains avant mme la disparition de celle
qui fut l'me de la maison. L o son rgne s'accomplit avec tant
d'clat, il n'y a plus aujourd'hui qu'une somptueuse demeure, o, dans
le magnifique dcor, muet tmoin du pass, l'ombre mlancolique
s'paissit autour d'un vieillard survivant... La duchesse laisse deux
fils: le prince Hlie de Sagan et le duc de Valenay.

[Illustration: La duchesse de Talleyrand et Sagan.]



NOTES ET IMPRESSIONS

Rien de plus dangereux qu'une ide gnrale dans des cerveaux troits et
vides.

H. TAINE.

                                     *
                                    * *

Un homme digne de ce nom ne doit pas se spcialiser: la spcialit
rapetisse l'intelligence et rduit la volont.

TH. ROOSEVELT.

                                     *
                                    * *

On n'a le droit de toucher  la peinture que lorsqu'on est rompu 
toutes les difficults du dessin.

J.-J. HENNER.

                                    *
                                   * *

Tout est irrparable jusqu'au jour o tout est rpar.

JULES CLARETIE.

                                    *
                                   * *

Rien de flatteur dans un loge comme l'absence de flatterie.

MARIE ADVILLE.

                                    *
                                   * *

La vertu n'est pas dans une rsolution fugitive, elle est dans une
habitude de vie.

MARCEL PRVOST.

                                   *
                                  * *

Le rire sur les lvres rtracte par avance les paroles d'amertume que
sont encore  mcher les dents.

PAUL HERVIEU.

                                   *
                                  * *

Deux vrits incompltes font d'ordinaire plus mauvais mnage que deux
erreurs.

                                   *
                                  * *

Il y a des blmes qui sont des loges et des approbations qui tuent.

G.-M. VALTOUR.



LA VISITE DU PRINCE DE BULGARIE AU MUSE CARNAVALET, M. Georges Cain,
directeur du muse, en fait les honneurs au prince Ferdinand et au
Prsident de la Rpublique.

Le prince Ferdinand de Bulgarie, qui vient de passer quatre jours en
France, accompagn de M. Rantcho Petrow, son premier ministre, du
gnral Savow, son ministre de la Guerre, et d'une suite assez
nombreuse, est, comme on l'avait annonc, arriv lundi dernier, 16
octobre,  Paris, o il a occup, au ministre des Affaires trangres,
les appartements prcdemment amnags pour le roi d'Espagne. Au dner
de gala donn le soir mme en son honneur  l'Elyse, les deux chefs
d'tat changeaient des toasts pleins de cordialit.

Le mardi 17, chasse  Compigne et soire  la Comdie-Franaise, dans
la loge prsidentielle, avec, au programme, _le Duel_, de M. Henri
Lavedan. Favorise par le temps, la chasse, que dirigeait le commandant
Lamy, dans les tirs de Compigne, avait t fort brillante; au tableau:
238 faisans, 74 lapins, un chevreuil, et l'on a lieu de supposer qu'en
sa qualit d'excellent fusil le souverain bulgare, fortement bott et
coiff d'un chapeau de peluche verte, mit  mal une part notable de ce
gibier.

Le mercredi 18, aprs avoir assist, le matin aux manoeuvres de
Vincennes et au djeuner militaire offert par M. Berteaux, ministre de
la Guerre, il allait visiter le muse Carnavalet, au seuil duquel M.
Dujardin-Beaumetz, sous-secrtaire d'tat aux Beaux-Arts, et M. Cain, le
conservateur, lui souhaitaient la bienvenue; puis les collections
artistiques de la ville de Paris, au Petit Palais des Champs-Elyses. Le
soir, dner offert par M. Rouvier, au quai d'Orsay.

Le jeudi 19, le prince prenait cong pour se rendre aux tablissements
du Creusot, o il a fait, on le sait, une importante commande de
matriel d'artillerie.



LA FTE ARONAUTIQUE DES TUILERIES AU PROFIT DES SINISTRS DE LA CALABRE

_L'Aro-Club de France avait, organis, dimanche dernier, dans le jardin
des Tuileries, une fte aronautique donne au profit des victimes du
tremblement de terre de la Calabre, sous la forme d'un grand concours
international. Malgr le temps pluvieux, une foule norme tait venue
assister au dpart des concurrents ne reprsentant pas moins de six
pays: France, Russie, Italie, Angleterre, tats-Unis, Belgique. Notre
photographie donne une ide du spectacle curieux que prsentait cette
runion extraordinaire d'arostats de capacit et d'aspect divers, les
uns prts au lchez tout et suspendus au-dessus des ttes, les autres
 demi gonfls seulement, encore aplatis plus ou moins sur le sol.
Quinze d'entre eux sont partis successivement, se dirigeant vers le
nord-est; le plus long trajet a t effectu par M. Jacques Faure et le
comte Rozen, avec l'arostat_ la Kabylie, _qui est all atterrir en
Hongrie aprs avoir parcouru,  vol d'oiseau, une distance de 1.350
kilomtres._



[Illustration: L'Escurial, que visitera M. Loubet avant d'arriver 
Madrid.]

[Illustration: Le Palais Royal de Madrid, o rsidera M. Loubet.]

LES PALAIS D'ESPAGNE ET LE VOYAGE DU PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE

[Illustration: Cavaliers de l'escorte royale devant leur caserne.]

[Illustration: Les hallebardiers, sur un palier de l'escalier d'honneur
du Palais Royal.]

M. LOUBET EN ESPAGNE

Le Prsident de la Rpublique quittera Paris le 22 octobre, pour aller
rendre au roi d'Espagne la visite que celui-ci lui fit au mois de juin
dernier. Un peu avant Madrid, M. Loubet s'arrtera  la station de
l'Escurial pour dposer une couronne sur la tombe d'Alphonse XII et
visiter le Monastre Royal de Saint-Laurent de l'Escurial.

Commenc et, en partie, achev sous le rgne de Philippe II (1584), cet
norme difice forme un rectangle de 206 mtres sur 161 mtres. D'une
architecture svre, volontairement dpourvue d'ornements, camp  1.100
mtres d'altitude, sur une colline adosse  la Sierra de Guadarrama et
dominant la valle du lgendaire Manzanars, il prsente de loin un
aspect imposant. La partie centrale est occupe par l'glise dont la
crypte abrite les tombeaux des souverains espagnols; autour, on a group
le Palais Royal et le monastre avec toutes ses dpendances. On compte
dans l'Escurial: 16 cours, 40 autels, 2.673 fentres, 1.200 portes, 86
escaliers et 89 jets d'eau. La longueur totale des galeries atteint 160
kilomtres.

Le Palais Royal de Madrid, o logera M. Loubet, date, du dix-huitime
sicle; il a remplac le palais incendi en 1734 et qui avait succd 
l'Alcazar des Maures. Il est bti, comme l'Escurial, sur une hauteur
dominant la capitale et la plaine o coule... parfois le Manzanars.
Entirement construit en granit, avec des motifs dcoratifs en une
pierre spciale imitant le marbre, flanqu de tours aux quatre angles,
il sduit moins par les dtails de son architecture que par la rgulire
ordonnance de ses lignes.

On l'a difi sur les plans d'un architecte de Turin, et la dcoration
intrieure, en gnral fort riche, accuse souvent l'influence du got
italien.

Dans la salle du Trne o quatre lions en bronze dor gardent le
souverain, de magnifiques lustres en cristal de roche avec monture en
argent pendent d'un plafond peint par Tiepolo; par contre, dans la salle
de Girardini, brille un plafond en porcelaine  dessins japonais de
l'ancienne manufacture espagnole de Buen-Retiro. La salle des Ftes
prsente cette particularit peu banale que les murs, le plafond et le
parquet sont en bronze et en marbre de diffrentes couleurs. Les
appartements contiennent un grand nombre de pendules, collectionnes par
Ferdinand VII (1814-1833); et, des fentres, le regard embrasse, avec
une grande partie de la ville, la plaine dserte ferme par la Sierra de
Guadarrama, sur laquelle on voit se profiler,  une quarantaine de
kilomtres de distance, la silhouette de l'Escurial.

[Illustration: LE PALAIS ROYAL DE MADRID.--La salle du Trne.]



[Illustration: Nelson bless mortellement sur le pont du
Victory.--_Fresque de D. Maclise, au palais de Westminster._]

LE CENTENAIRE DE TRAFALGAR

_L'Illustration_, rappelant l'autre jour le cinquantenaire du sige de
Sbastopol, montrait comment les souvenirs de la guerre de 1855 en
Crime n'avaient pas empch l'closion de l'alliance franco-russe. Les
Anglais, qui clbrent aujourd'hui le centenaire de Trafalgar veulent,
de leur ct, que cette commmoration ne trouble pas le dveloppement de
l'entente cordiale entre la France et l'Angleterre. Ils nous informent
que le chant de _la Marseillaise_ alternera avec le _God save the King_;
l'hymne des vaincus rpondra, dans les ftes et les crmonies
officielles,  l'hymne des vainqueurs. Cet hommage dlicat du
patriotisme britannique  ses anciens adversaires, la France, pays de la
courtoisie et des traditions chevaleresques, saura l'apprcier. Ces
sentiments des Anglais d'aujourd'hui revtent mme un caractre tout
particulier, si l'on consent  examiner l'importance prdominante,
unique, en quelque sorte, de Trafalgar dans l'histoire anglaise.

Cent ans sonnent aujourd'hui, 21 octobre 1905, sur l'un des drames les
plus mouvants de l'histoire.

En l'anne 1805, la Grande-Bretagne se trouvait expose au plus srieux
danger qu'elle et peut-tre couru. William Pitt, son ministre, avait
rompu la paix d'Amiens et, par le fait de la lutte que le gouvernement
britannique osait engager contre Napolon, l'indpendance, l'existence
mme de la nation anglaise taient en jeu.

[Illustration: Portrait de Nelson, par J Hoppner.]

On sait comment Napolon avait runi une arme de 120.000 hommes au camp
Boulogne,  40 kilomtres  peine du rivage britannique. Sur son ordre,
1.500 bateaux, destins  transporter cette arme d'invasion de l'autre
ct du dtroit, avaient t groups dans les ports de Calais, de
Boulogne, de Wimereux, d'Etaples. Les prparatifs de la descente en
Angleterre taient termins. Qu'un vent favorable secondt la marche de
la nouvelle Armada, que les flottes britanniques s'loignassent pendant
une semaine ou deux des ctes de France et d'Angleterre, et l'empereur
franchissait le Pas de Calais, dbarquant  25 lieues de Londres.

Quelle tait la situation des flottes franaises et anglaises au
commencement de l'anne 1805? A Toulon se trouvait une escadre
franaise, commande par l'amiral Villeneuve, mais elle tait surveille
et presque bloque par une flotte anglaise place sous les ordres de
lord Nelson. Ce dernier avait tabli sa base d'oprations dans la baie
de la Maddalena, au nord de la Sardaigne. Il convient d'ajouter  notre
actif que Napolon s'tait acquis l'alliance de l'Espagne: de ce fait,
un certain nombre de vaisseaux espagnols devaient prendre rang dans nos
escadres, mais ils taient disperss dans les ports de Carthagne,
Cadix, Vigo, la Coroene, le Ferrol.

Dans l'Atlantique, deux flottes anglaises et deux flottes franaises.
Une flotte anglaise que commande Calder bloque la cte espagnole, depuis
Vigo jusqu au Ferrol, surveillant en mme temps de loin l'escadre
franaise de Missiessy, qui se tient  Rochefort. L'amiral anglais
Cornwallis effectue rigoureusement le blocus de Brest, dans lequel se
trouve enferm, avec une troisime portion de nos forces navales,
l'amiral Ganteaume.

La situation tait telle qu'aucun des amiraux franais ne pouvait
protger le dbarquement de l'arme de Boulogne, tandis que les amiraux
anglais--deux d'entre eux, au moins--taient en mesure de l'entraver par
une rapide apparition dans la Manche.

[Illustration: TRAFALGAR.-Le duel du Redoutable et du Victory.--_Dessin
original de H. C. Seppings Wright._]

Napolon conut alors un plan que l'amiral Jurien de la Gravire, bon
juge en l'espce, appelle un trait du gnie: il prescrivait aux trois
amiraux franais de sortir, cote que cote, des ports de France et de
s'en aller aux Antilles, entranant aprs eux les escadres anglaises. Ce
plan ralis, la Manche, libre pour un temps de la prsence des
vaisseaux britanniques, livrait tranquillement passage  la flottille
transportant l'arme de Napolon.

[Illustration: Nelson bless mortellement sur le pont du
_Victory.--Fresque de D. Maclise, au palais de Westminster._]

[Illustration: La campagne navale de 1805, qui a abouti  la bataille de
Trafalgar.]

Mais, mme si l'Angleterre n'et russi ultrieurement  dtourner
contre l'Autriche l'arme runie  Boulogne, les conceptions navales de
l'empereur n'eussent pu tre ralises en temps voulu. Villeneuve
parvint  entraner Nelson aux Antilles. On peut voir sur notre carte
Missiessy russissant galement  s'vader de Rochefort, en passant
entre les escadres de Calder et de Cornwallis, et se dirigeant vers le
lieu de rendez-vous. Malheureusement, Ganteaume ne peut rompre le blocus
qui l'enserre dans Brest. La lecture de notre schma montre en outre
comment Villeneuve, press par Nelson, qui le suit comme  la piste, est
oblig de revenir trop tt, sans avoir pu combiner ses oprations avec
Missiessy; comment ce dernier, dont la marche est lente, s'attarde aux
Antilles et revient  Rochefort sans avoir coopr efficacement 
l'excution du plan trac par Napolon. On voit enfin Villeneuve, fuyant
devant Nelson, s'efforcer, en longeant la cte d'Espagne, de gagner
Rochefort, dans l'espoir d'y retrouver Missiessy, et se heurtant  une
escadre anglaise, celle de Calder, qui n'a pas boug du Ferrol. Une
bataille se livre au cap Finisterre entre Calder et Villeneuve: elle
reste indcise, mais l'amiral franais, intimid par ce demi-chec,
redoutant peut-tre la prsence d'une autre flotte anglaise devant
Rochefort, se rsout  revenir  Cadix. Quant  Nelson, certain
dsormais du retour de Villeneuve dans les mers d'Europe, il revient en
hte dans la Manche afin de s'opposer ventuellement  une apparition de
Villeneuve dans les parages du Pas de Calais. C'est ainsi que nous
trouvons Nelson  Portsmouth le 18 aot, tandis qu' pareille date
Villeneuve rentrait  Cadix. Le plan de Napolon avait donc chou, mais
rien n'tait compromis pour l'avenir, tant que les escadres franaises
existeraient intgralement. Malheureusement l'empereur, irrit de tous
ces checs, s'en prend  Villeneuve et lui ordonne de quitter Cadix, de
revenir  Carthagne ou  Toulon, et de remettre en d'autres mains le
commandement de son escadre. Humili peut-tre injustement, l'infortun
amiral crut de son devoir de se rhabiliter par une action d'clat. Il
attendit exprs, dit-on, pour tenter sa sortie, le retour de Nelson et,
confiant dans la supriorit de ses forces (il avait sous ses ordres 40
navires franais et espagnols contre 32  Nelson), il se laissa
rejoindre par l'amiral anglais  la hauteur du cap Trafalgar...

Lord Nelson tait un terrible adversaire. Depuis douze ans, ce marin
extraordinaire, le plus grand qu'ait jamais eu l'Angleterre, parcourait
la Mditerrane, l'Atlantique, les mers du Nord,  la poursuite,
c'est--dire  la destruction de toutes les escadres qu'avaient pu
mettre sur pied la France et ses allies. Dj vainqueur dans trois
batailles,  Aboukir, au cap Saint-Vincent,  Copenhague, il allait, 
l'ge de quarante-sept ans, couronner sa carrire par une de ces actions
d'clat qui font les hommes immortels.

On ne sait, en effet, ce qu'il faut le plus admirer dans cette vie de
Nelson. Est-ce l'homme de guerre qui, par un privilge rarement accord
aux grands capitaines, ne connut jamais la dfaite? Est-ce le hros,
honor par ses compatriotes plutt comme un dieu que comme un homme pour
avoir sauv l'Angleterre au moment le plus critique de son histoire?
Est-ce le stratgiste, le tacticien qui se haussa jusqu'au gnie en
portant l'art de la guerre navale  la perfection dans cette bataille
mme de Trafalgar o il devait mourir?

Pour nous, oblig de nous limiter, nous aimerions seulement  expliquer
de simple faon pourquoi la manoeuvre de Nelson fut un chef-d'oeuvre de
tactique navale, pourquoi, malgr les transformations apportes  la
marine de guerre par l'emploi de l'acier et de la vapeur, elle demeure
aujourd'hui encore un modle  imiter.

La seconde carte que nous avons dresse  cet effet, d'aprs les
documents des archives, de la Marine, la fera trs bien comprendre.

1 Il divise son arme navale en _deux colonnes parallles_, afin de les
enfoncer comme deux coins gigantesques  travers la flotte
franco-espagnole qui s'avance perpendiculaire  sa direction.

2 Il procde par _offensive foudroyante_, confiant dans l'originalit
de sa formation de combat pour empcher l'escadre ennemie d'y rpondre
d'une faon adquate, en temps voulu.

3 Il prescrit  ses capitaines de vaisseau de s'attaquer d'abord de
prfrence aux btiments amiraux. Lui-mme donne l'exemple. Ayant son
pavillon sur le _Victory_, il marche droit sur le _Bucentaure_, le
vaisseau-amiral de Villeneuve. Seul, l'admirable dvouement du vaisseau
franais _Redoutable_, se jetant en avant du _Bucentaure_, sauve, pour
un temps, Villeneuve, et donne lieu au duel, rest lgendaire, du
_Victory_ et du _Redoutable_.

4 Afin d'utiliser la meilleure disposition de sa voilure et du grement
de ses navires, Nelson _choisit pour s'avancer le sens du vent_. Ses
navires marchent serrs l'un derrire l'autre,  12 noeuds de vitesse.
La flotte franco-espagnole se dplace au contraire lentement. Elle est
dispose sur une ligne de 5 milles de longueur, et il est vident que
les deux extrmits ne pourront porter secours aux btiments du centre
avant que ceux-ci soient entours.

5 Nelson laisse  ses sous-ordres toute latitude dans l'excution
ultrieure des manoeuvres dont il s'est content de leur noncer le
principe. Il sait qu' une fois la bataille commence, les signaux venant
du navire amiral ne seront plus visibles et que chacun devra agir
suivant son inspiration.

La bataille fut dcisive et sans appel au point de vue du rsultat; mais
les deux nations y prouvrent des pertes sensibles. Nelson, vainqueur,
tait tu; Villeneuve, vaincu, fut fait prisonnier. L'Angleterre tait
sauve, mais elle perdait son sauveur. La France perdait sa flotte et,
avec elle, la suprmatie maritime qui, jointe  la puissance militaire
qu'elle acqurait alors sur le continent, lui et valu l'empire du
monde.

[Illustration: J.-J.-E. Lucas, commandant le _Redoutable_  Trafalgar.]

[Illustration: Amiral Gravina, commandant la flotte espagnole 
Trafalgar.]

[Illustration: Amiral Villeneuve, commandant la flotte franaise 
Trafalgar.]

[Illustration: La tactique de Nelson  Trafalgar.]



L'IMPRIAL CAUCHEMAR

_Garde au Rhin! Le fleuve, cher  nos anctres, doit l'tre 
nous-mmes, le mme que l'artre-aorte, qui subit l'impulsion des
mouvements du coeur et porte la vie au corps entier, n'est pas situe au
centre de l'tre humain, de mme le fleuve rhnan, artre-aorte de la
Germanie, n'a pas t plac par le Crateur au centre de notre patrie.
Mais voici que, par un de ces avertissements mystrieux que la
Providence m'a envoy pour tre transmis  mon peuple, je sais quel est
le rve de nos ennemis et comment ils mditent de nous frapper  mort
par ce conduit vital  notre arme..._ (Paroles de Guillaume II  la
prestation du serment des recrues de la marine de 1905,  Kiel.)

Que signifiaient ces paroles sybillines de l'empereur allemand, qui, peu
comprises au moment o elles furent prononces, ont t fort peu
commentes par la presse? Quel tait ce singulier avertissement divin?
Sous quelle forme s'tait-il manifest? Etait-ce un songe, comme le
rdacteur de l'article qu'on va lire a pu le supposer avec quelque
vraisemblance, connaissant le mysticisme de Guillaume II?

Quoi qu'il en soit--fiction ou ralit, songe imprial ou fantaisie de
publiciste--notre collaborateur donne, sous une forme originale, la clef
de l'nigme de ces paroles incomprises, dont l'importance gale le
mystre.

GUILLAUME RVE...

... Le Grand Soir (1) tait venu. L'Ange rouge de la guerre tendait
ses ailes sur 150 millions d'hommes.

      (1) Expression favorite de Guillaume II pour indiquer le jour
      attendu o clatera la guerre avec l'Angleterre.

Les ambassadeurs d'Allemagne, rappels, quittaient Londres et Paris. A
Berlin, une foule immense, ivre de joie, envahissait le _Tempelhof,
Unter den Linden_, la _Sieges-Alle_, applaudissant aux victoires
futures des aigles germaniques.

A la mme heure, s'excutait le complot tram depuis longtemps par les
ennemis de l'Allemagne. Avant la dclaration officielle de la guerre, ce
mme soir, dans la demi-obscurit des brouillards de la Nerlande, une
flottille de vingt torpilleurs, emprunte htivement aux centres de
dfense mobile de Dunkerque, Calais, Douvres! Rosyth, se donnait
rendez-vous  l'le de Goore,  l'embouchure du Rhin. S'engageant
audacieusement dans le bras du fleuve, sous le regard tonn de quelques
pcheurs zlandais qui les prirent pour des bateaux de guerre de leur
pays, les torpilleurs anglais et franais remontrent le Rhin. Le
territoire hollandais fut travers en cinq heures de navigation. Soit
complicit, soit indiffrence, soit ignorance des autorits
hollandaises, la flottille ennemie, marchant  la vitesse rduite de 10
noeuds, put arriver  la frontire allemande, sans avoir t signale.

Il tait 10 heures du soir. Une brume intense couvrait le Rhin. Aucune
toile au ciel, pas une lumire sur le fleuve. La circulation des
navires avait t arrte, en prvision des besoins de la mobilisation.
Les petits btiments ennemis s'avanaient, tous leurs feux masqus,
conduits avec une singulire sret de main, par quelques pilotes
alsaciens ou hollandais, accoutums aux sinuosits des flots rhnans.

Vers une heure du matin, le torpilleur de tte reconnaissait le pont
de Wesel, qui relie cette ville  l'le Buderich et au fort Blcher.
Bientt les torpilleurs passaient sous le pont grandiose qui met en
communication les voies ferres de la rive gauche avec celles de la rive
droite. Ils se suivaient  400 mtres environ les uns des autres,
communiquant par un fil tlphonique. Tout  coup, dans la nuit noire,
une effroyable explosion rveilla Wesel. Les ponts du Rhin, secous
comme par un tremblement de terre, venaient de s'affaisser. D'normes
masses de pierre et de fer retombrent dans le fleuve avec un bruit
formidable. Que s'tait-il pass?... Simplement ceci: les deux
torpilleurs d'arrire-garde, numros 19 et 20, avaient lanc contre les
soubassements du pont deux torpilles de 450 millimtres...

Invulnrables aux coups que les batteries des forts dirigent contre eux
sans les voir, protgs  tous les regards par les ombres de la nuit et
par l'inattendu de leur entreprise, les petits navires poursuivent leur
voyage de destruction.

A 2 heures du matin, le pont de Ruhrort est franchi. Une torpille le
dtriore et le rend impraticable  la circulation des trains.

A 3 heures, c'est celui de Rheinhausen  Mulheim. En vain, les
sentinelles font-elles jouer les projecteurs des tours places  chaque
extrmit du pont, elles entrevoient trop tard la vague silhouette des
vaisseaux fantmes perdus dans le brouillard.

[Illustration: Le cours du Rhin, depuis son embouchure, en remontant
jusqu' Mannheim.]

Cependant, en prvision du jour qui va poindre, la petite flottille
force de vitesse. Il s'agit pour elle d'arriver au pont de Cologne, de
traverser cette ville, avant que l'alarme ait t donne. Vers 5 heures,
les habitants de cette grande cit allemande apercevaient, avec le plus
comprhensible tonnement, des bateaux de forme inconnue, arborant des
pavillons trangers, voluer sous le pont de Cologne  Deutz. O
stupfaction! Ce chef-d'oeuvre de l'art architectural, branl par trois
ou quatre explosions, ne s'effondrait pas compltement dans le fleuve,
mais il prenait une position incline qui le rendait inaccessible. En
mme temps, le pont de bateaux, situ  ct, servait de point de
mire, avec ses deux paires de rails et ses appareils d'aiguillage, aux
canons de 47 millimtres et de 76 millimtres des navires trangers.

L'ennemi! L'ennemi! crirent les bateliers.

Mais dj la flottille, virant de bord, avait rebrouss chemin.
Maintenant elle descendait le Rhin, cherchant videmment  s'chapper
par le chemin qu'elle avait pris pour venir et comptant passer sous les
arceaux non dtriors des ponts. Elle n'alla pas loin... Signale par
le tlgraphe, elle fut bientt dtruite par les batteries d'artillerie
qu'on amena en toute hte de Neuss, de Dusseldorf, de Wesel. Le dernier
torpilleur s'choua sur un barrage plac en travers du fleuve, et il fut
captur.

A 8 heures, tout danger semblait cart. Un tlgramme rassurant,
transmis  Berlin, annonait l'chec relatif de l'audacieuse entreprise.
Une demi-douzaine de ponts avaient t dtruits, mais un ou deux
seulement taient essentiels  la mobilisation. Simple alerte, sans
doute, et heureusement sans gravit.

Or, voici qu' 10 heures du matin, le pont de Coblentz, surveill par
tout un bataillon d'infanterie, un escadron de cavalerie et six
batteries d'artillerie, tait secou dj base au tablier, comme si
quelque main gigantesque, mergeant du fleuve, l'et tordu de son
treinte. Et mme cause toujours: explosion de torpille. Un quart
d'heure aprs, le pont sur la Moselle, non loin du confluent de cette
rivire avec le Rhin, suivait le dplorable exemple des ponts rhnans.
L'importante voie ferre de Coblentz . Trves tait interrompue.

Cependant, aucun navire suspect n'avait t aperu, ni  Bonn, ni 
Neuwied! Les riverains affirmaient que la partie navigable du Rhin, 
cet endroit, tait trop peu large pour que des torpilleurs de 40 mtres
de longueur aient pu glisser inaperus, en plein jour. Un vieux
capitaine retrait mit l'ide que ce pouvaient tre des _vedettes
lance-torpilles_. La France, dit-il, possdait des bateaux de ce type,
destins soit  tre embarqus et dbarqus en pleine mer, soit  faire
la police des rivires. Peut-tre deux ou trois accompagnaient-ils la
flottille et, au lieu de tenter de s'chapper par la fuite, ce que leur
mdiocre vitesse ne leur et pas permis, ils avaient continu leur
voyage, esprant se dissimuler derrire les berges leves ou les
lots... Ils ne peuvent pas aller loin, ajouta sentencieusement le
capitaine retrait.

Six heures du soir sonnaient  la cathdrale de Mayence. Les recherches
effectues le long du fleuve, vers Saint-Goar, Bingerbrueck, n'avaient
donn aucun rsultat. Les moins optimistes finissaient par admettre que
les vedettes porte-torpilles avaient d couler  fond, ou s'enliser
quelque part dans les roseaux. Hlas! de nouvelles explosions furent la
rponse  cette conviction prmature. Un trou norme, dans lequel les
eaux se prcipitrent en bouillonnant, venait de se creuser autour des
piles du pont de Gustavsburg,  Laubanheim, en amont du fleuve. Le
plafond, cdant sous le poids de l'difice, en dplaait l'assiette et
le rendait impraticable  tout transport. En outre, le dplacement de
l'axe du pont exigeait une rfection totale de la construction, longue
et dispendieuse.

Quelques minutes aprs, le pont de l'le Peters-Ae subissait le mme
sort...

Naturellement, on se perdait en conjectures sur ces inexplicables
attentats. Les uns parlaient de scaphandriers mystrieux descendus dans
le fleuve quelques jours auparavant. N'auraient-ils point pos, sous
les cules, des mines relies lectriquement  quelque transport de
batellerie, habit par un espion? D'autres parlaient de complicit
anarchiste.

Tout  coup, l'un des assistants se frappa le front: _Eurka_, fit-il.
Ce sont des submersibles, des sous-marins qui ont fait le coup!... Les
Anglais et les Franais ont lch leurs torpilleurs sous-marins dans les
eaux du Rhin!

C'tait vrai. Parmi les torpilleurs qui avaient accompli leurs nocturnes
forfaits jusqu' Cologne, la moiti taient des submersibles du type
franais _Aigrette_. Naviguant  la surface comme des torpilleurs
ordinaires, dous d'une vitesse de 10  12 noeuds, ils avaient
accompagn jusqu' Cologne la flottille des torpilleurs ordinaires.
Lorsque ceux-ci, vers le matin, durent reprendre la route du nord, les
submersibles s'taient laiss descendre silencieusement sous les 5  7
mtres d'eau du Rhin. Ils avaient continu leur chemin vers le sud,
signalant leur passage  Coblentz et  Mayence.

Les moteurs de ces redoutables monstres ayant t construits pour leur
permettre de parcourir 500 milles marins  la surface de l'eau et 80
milles en plonge, avec facult de recharger leurs accumulateurs, il est
vident qu'ils pouvaient ainsi aller jusqu' Ble. Leurs seules
proccupations devaient tre de se maintenir dans le chenal navigable et
de vaincre le courant de plus en plus violent du fleuve. Ce n'tait
qu'une question de pilotage, aprs tout.

En attendant, l'objectif immdiat des sous-marins tait
incontestablement le grand pont de Mannheim sur lequel passe
l'importante voie ferre de Heidelberg  Kairserslautern. On envoya
immdiatement des claireurs dans cette direction, le long du Rhin. Mais
la nuit tait venue. Les bateaux sous-marins, obligs de se laisser
remonter  la surface pour renouveler l'air respirable (les quipages
avaient d rester en vase clos toute une journe), prirent la prcaution
de ne laisser merger au-dessus des eaux que le dme et la passerelle;
et c'est ainsi que, sur ce fleuve de 400 mtres de largeur parsem
d'lots et de roseaux, mandrique, frquemment divis en bras nombreux,
le passage, dans la nuit, de ces minuscules btons flottants fut
imperceptible. Ils ne plongrent que pour ne pas tre aperus au pont de
bateaux de Worms.

A Mannheim, on veillait. Il avait t dcid que, cote que cote, on
arrterait la maudite flottille. On imagina d'abord de tendre, d'un bord
du Rhin  l'autre, un filet aux rigides mailles de fer, retenu
verticalement par des ancres au lit du fleuve, perpendiculairement au
courant. En arrire, une ligne de torpilles de blocus flottait entre
deux eaux. Enfin, de chaque ct de l'difice, furent entasss des
barques vides ou pleines, des chafaudages, des pontons, tout ce qui
pouvait tre de nature  provoquer loin du pont l'clatement des
torpilles lances par les sous-marins, au cas o ceux-ci parviendraient
 franchir le double obstacle du filet et du chapelet des mines.

Vain stratagme! Les ennemis taient rsolus  tous les sacrifices pour
remplir leur mission. Le franchissement de ces obstacles artificiels ne
fut qu'un jeu. Comme ils se suivaient  400 mtres de distance, relis
les uns aux autres par un petit cble tlphonique, le sous-marin
d'avant-garde, ds qu'il sentit la rsistance oppose par les mailles du
filet, avertit son matelot d'arrire. Le sous-marin n 2 opra
immdiatement sa retraite, imit successivement par ceux qui le
suivaient. Quant au sous-marin d'avant-garde, prenant de l'lan, il
coupe facilement le filet avec son trave. Audacieusement, il pousse en
avant et touche l'une des torpilles de blocus. Le chapelet de mines
explose. Le fleuve est secou dans toute sa largeur. Les eaux, projetes
 une grande hauteur, saisissent, enlvent et retournent comme une
coquille de noix l'audacieux petit btiment, qui retombe lourdement dans
le fleuve pour trouver l sa dernire demeure. Tout autour du pont, les
flots agits par l'explosion entranent aussi ce qui avait t accumul
 grand'peine pour carter le danger des torpilles. La place est bientt
nette: le courant du Rhin balaye barques, pontons et chafaudages. Les
invisibles assaillants laissent couler au-dessus d'eux tous ces
obstacles qui devaient les arrter. Une heure, deux heures se passent.
Pendant que Mannheim, rassur, escompte la destruction de la flottille
satanique; pendant que les eaux du Rhin, recouvrant peu  peu leur
tranquillit et leur direction naturelles, ne risquent plus de gner la
trajectoire des torpilles, deux coups sourds, suivis d'un nouveau
bouillonnement des eaux, retentissaient au fond du fleuve. Le grand pont
de Mannheim, orgueil de la cit, tait atteint mortellement. La mme
cause avait produit le mme effet.

[Illustration: Le cours du Rhin, au sud de Mannheim, en remontant
jusqu' Ble.]

Cependant, le champ des exploits se limitait pour les sous-marins. La
profondeur du fleuve diminuait. Le courant devenait plus difficile 
remonter. Il tait 3 heures du matin. Les sous-marins reparurent  la
surface, profitant du reste de la nuit pour gagner,  la plus grande
vitesse possible, Germesheim. Ils ne plongrent qu'une seule fois: sous
le pont de bateaux de Spire qu'ils laissrent intact, tant ils avaient
hte d'arriver au pont monumental qui porte la ligne  voie double de
Bruchsal  Landau.

A Germesheim, le tlgraphe et le tlphone ne cessaient de fonctionner.
Toute la population tait sur pied: le bourgmestre, la police, la
gendarmerie, les pompiers, sans compter l'arme qui formait autour de
l'difice menac une triple ceinture de sauvegarde. Vous aurez leur
visite vers 7 heures du matin, avait dit une dpche de Mannheim. Des
bateliers furent envoys en reconnaissance sur le fleuve; des escadrons
de cavalerie volurent le long de chaque rive; un ballon captif fut
dtach  50 mtres au-dessus des flots. Ce dernier moyen est l'un des
meilleurs pour apercevoir des btiments naviguant en immersion.

Les prcautions semblaient bien prises. Malheureusement, les
sous-marins, marchant  la surface, ne mirent que deux heures 
parcourir le trajet, qui aurait exig quatre heures en plonge. Signals
par les bateliers, vers Heiligenstein,  moiti chemin entre Spire et
Germesheim, la ple clart du matin leur permit de s'immerger sans avoir
t atteints par les obus et les balles qu'on leur envoyait du rivage.
Du ballon captif, les balancements de la nacelle et le brouillard du
fleuve ne laissaient mme pas apercevoir le priscope des sous-marins
flottant sur l'eau.

Dans ces conditions, quelle dfense possible pour le pont de Germesheim?
Aucune. Il fut excut  6 heures du matin. Quelques scaphandriers,
partis du sous-marin d'arrire-garde, s'en allrent accrocher deux
cartouches de dynamite aux piles du pont, en marchant dans le lit du
fleuve. Un double courant lectrique fit clater les deux bombes, et
d'un difice monumental qui avait cot 4 millions de francs, il resta
une masse tordue, informe. C'tait le pont de Germesheim, aprs la
visite de ses ennemis.

Ce ne fut qu'un cri de colre dans la cit quand trois dpches,
arrivant coup sur coup, annoncrent que le pont de Kreuznach, prs du
confluent de la Nahe et du Rhin, les ponts imposants de
Francfort-du-Mein,  40 kilomtres de l'endroit o le Mein se jette dans
le Rhin, enfin celui du Neckar,  Heidelberg, attaqus de la mme
manire, avaient subi un sort pareil. Ils sauteront tous! disaient les
uns.--On a lanc des sous-marins dans tous les fleuves allemands,
disaient les autres. Quelques-uns, plus rflchis, essayrent de faire
comprendre aux affols que les bateaux fantmes qui remontaient
maintenant le cours des affluents du Rhin appartenaient  la mme
flottille et taient venus par le Rhin lui-mme. Personne ne voulait
croire cette explication si simple.

Tel tait le dcouragement qu'on ne songeait plus mme  poursuivre ceux
qui, aprs avoir accompli le coup de Germesheim, continuaient, avec une
rgularit d'horloge, leur affreuse odysse sur le fleuve. Ils
arriveront ce soir au pont de Kehl! s'criaient les gens d'un air
moiti furieux, moiti rsign.

La prdiction ne devait pas s'accomplir. La flottille ne comptait plus
que trois submersibles. Il tait, en outre, manifeste que son
approvisionnement en vivres et en torpilles tait puis. La fatigue des
quipages allait enfin avoir raison de leur audace. Ils achevrent leur
_raid_ tonnant en dtriorant le pont tout neuf de Roppenheim qui fait
communiquer Rastatt et Haguenau.

Cet exploit--le dernier--fut funeste aux deux submersibles qui l'avaient
accompli. Ils furent couls. Le troisime, victime de quelque accident
intrieur, ne put s'immerger. Il alla s'chouer sur un lot,  10
kilomtres de Strasbourg. Sur les dix-sept ponts rhnans, cinq seulement
restaient intacts: Strasbourg  Kehl, Marckolsein  Saspach, Neu-Brisach
 Vieux Brisach, Nuenbourg  Bantzenheim, et le pont de Huningue!

... Cinq jours s'taient passs depuis la dclaration de guerre. La
mobilisation tait termine; le transport des troupes commenait. Plus
de mille trains s'chelonnaient le long des voies ferres des tats de
l'empire,  destination de la frontire de Lorraine. Et tous ces convois
s'arrtaient, les uns aprs les autres, immobiliss sur la rive droite
du Rhin. Sans doute, les pontonniers, les compagnies du gnie
s'employaient  remplacer par des ponts de fortune les grands ponts de
pierre ou de fer si malencontreusement dtruits; les bacs-trailles, les
remorqueurs, les barques elles-mmes pouvaient tre utiliss. Mais un
temps prcieux tait perdu que l'ennemi utilisait en prenant dj
l'offensive.

C'taient des trains entiers, soit  allger de moiti, soit  dcharger
compltement. C'tait un transbordement interminable de batteries de
campagne, de mortiers de sige, de voitures, de chevaux et d'hommes. Le
grand tat-major allemand se rsignait, en dsespoir de cause, 
bouleverser tout le plan de mobilisation et  dtourner, sur les chemins
de fer  une seule voie de l'Allemagne du Sud, une grande partie des
trains qui devaient aller par le Nord et le Centre. Ce qui tait plus
grave, les procds mthodiques allemands, mis en dfaut par un tel
dsarroi, ne trouvaient rien d'original pour dbrouiller le chaos.

Enfin, aprs presque une semaine de retard, la circulation de ces
millions d'hommes et de leurs bagages allait s'effectuer, quand se
rpand une nouvelle incroyable. On dit que d'autres explosions se
produisent encore le long du fleuve.  et l retentissent des
craquements; les bacs, qui font le service entre les deux rives,
s'arrtent ventrs par un engin mystrieux; les radeaux, les ponts de
bateaux sont coups en deux et submergs; les barques de pcheurs
elles-mmes sont projetes en l'air dans d'effroyables trombes d'eau;
les ponts d'Alsace, laisss intacts par les sous-marins, s'croulent
avec fracas.

Qu'y a-t-il?... Des milliers de volcans seraient-ils cachs sous les
eaux du pre nourricier de la Germanie? C'est pis encore. Le Rhin, 
horreur! roule sur ses eaux des mines flottantes. Cent, mille, dix mille
peut-tre!... D'o viennent-elles? On ne sait. Et comment le savoir?...
On aperoit des grosses sphres, de couleur noire, mergeant au-dessus
des flots et suivant le fil de l'eau; mais leur origine, leur point de
dpart, sont inconnus.

Une enqute donna le mot de l'nigme,--mais plus tard, trop tard, quand
le mal eut t accompli.

Une maison industrielle anglaise avait tabli,  2 kilomtres  peine de
Huningue, aux environs de Ble, en territoire suisse, une fabrique
d'explosifs pour l'industrie. En prvision d'un conflit possible avec
l'Allemagne, les ministres de la Guerre franais et anglais avaient
command  cette maison plusieurs milliers de ces torpilles de blocus
employes par les Russes  Port-Arthur et destines officiellement 
assurer la protection des ports de guerre. Ces engins, chargs de 150
kilogrammes de fulmicoton, rgls pour exploser  un choc dtermin,
lests pour flotter au gr des flots, avaient t remiss dans des silos
maonns s'ouvrant sur les berges du Rhin, en attendant que les
administrations franaise et anglaise prissent livraison de la commande.
Certain soir, quelques jours aprs la dclaration de guerre, le
directeur recevait la visite de plusieurs personnages en civil, Anglais
et Franais. Exhibant un mandat de leurs gouvernements, ils obtinrent
livraison du dpt. Ces hommes, tout pacifiques, taient des officiers.
Pendant la nuit, deux mille mines furent lches dans le fleuve...

Avec une vitesse de 4 mtres par seconde (14 kilom.  l'heure), qui est
la vitesse des eaux rhnanes entre Ble et Strasbourg, les redoutables
_mv_ dvalent, en torrent, la pente du Rhin. Ils se suivent  quelques
secondes d'intervalle. Tantt ils sont arrts par la vase, le sable ou
les herbes du fleuve, mais le courant les reprend; tantt ils butent
contre un obstacle, bois, fer ou pierre, et le dtruisent. Puis,
d'autres mines succdent aux premires. De plus en plus loin, elles s'en
vont, semant la destruction et la ruine. La vitesse acquise imprime 
ces engins une force de percussion terrible. Un roulement de tonnerre
dferle sur les flots, en mme temps qu'eux, le cyclone descend. Le Rhin
bouillonne, grossit, clabousse, se projette de-ci de-l, en vagues de
20 mtres de hauteur. Plus les obstacles sont puissants et mieux ils
sont briss: rien ne trouve grce devant ce souffle de mort. Impossible
de s'exposer, ft-ce un quart d'heure, sur des eaux qui vhiculent la
mort. Les hommes, les animaux qui se risquent  traverser le courant
sont emports par le remous des eaux, quand ils ne sont pas heurts par
les torpilles voyageuses... Cette sarabande infernale dura huit jours et
huit nuits. Les dmons franais dclenchrent ainsi 10.000 mines sur le
Rhin! La Moselle, la Sarre, la Nied, l'Ill, apportaient elles-mmes leur
contingent. Il en vint mme de Frouard et de Nancy...

Et les troupes allemandes, impuissantes  franchir le fleuve courrouc,
contemplaient, avec un morne dsespoir, cette rive gauche du Rhin
retombe, par un accident imprvu, au pouvoir des soldats de la vieille
Gaule...

J. DELAPORTE.



NELSON EN FRANCE

UNE AMOURETTE DU FUTUR VAINQUEUR DE TRAFALGAR A SAINT-OMER

Quand il est question de Nelson amoureux, on songe tout de suite un peu
 la mignonne veuve de dix-sept ans qui devint mistress Nelson, et
beaucoup  la hautaine et brouillonne lady Hamilton, dont l'influence se
manifesta si regrettablement dans l'histoire du clbre amiral. On
ignore gnralement une idylle plus modeste, dont le grand marin
britannique fut le hros et qui eut pour cadre un coin de terre
franaise, la petite ville de Saint-Omer.

Aprs la paix de Versailles en 1783, Nelson, alors simple capitaine de
marine en demi-solde, tait venu passer quelques mois en France avec le
capitaine Mac Namara, son ami. Les deux jeunes gens avaient donn comme
prtexte  ce voyage le dsir de connatre la langue et la socit
franaises. Pour ses dbuts dans la socit de notre pays, Nelson tomba
amoureux, avec toute l'ardeur de ses vingt-cinq ans, d'une jeune
femme... anglaise, la fille d'un pasteur qu'il avait rencontr 
Saint-Omer. Au dbut de l'idylle, Nelson crivait  sa famille ces
lignes enthousiastes: Saint-Omer me plat tous les jours davantage et
j'y suis aussi heureux qu'on peut l'tre loign du pays natal. Mon
coeur est tout  fait  l'preuve de la beaut franaise; je voudrais
tre aussi peu sensible aux charmes d'une jeune dame anglaise, fille
d'un ecclsiastique, avec laquelle je dois dner aujourd'hui. Elle a
tant de perfections que si j'avais un million de fortune je n'hsiterais
pas  lui proposer de le partager avec moi. Par malheur, mes revenus
actuels sont trop restreints pour me permettre de songer au mariage et
cette belle personne n'a rien  elle...

Il est  croire que cet attachement abrgea le sjour de Nelson 
Saint-Omer et que le jeune officier, peu rent, fort ambitieux dj et
conscient de ses destines, s'loigna htivement de cette ville pour
fuir en mme temps la tentation d'un mariage d'amour.



M. AUGAGNEUR

Le gnral Gallini, gouverneur gnral de Madagascar, actuellement en
France, ayant demand  tre relev de la haute fonction qu'il occupait
depuis neuf ans, c'est M. Augagneur, dput du Rhne, qui est dsign
pour lui succder.

Le docteur Augagneur, maire de Lyon, a t envoy  la Chambre, au cours
de la prsente lgislature, par les lecteurs de la 5e circonscription,
en remplacement de M. Philippe Krauss, dcd. Bien que sigeant parmi
les socialistes, il a su, en diverses circonstances, s'affranchir de
certaines exigences de son parti et fait preuve,  la tte de
l'importante municipalit lyonnaise, de solides qualits
d'administrateur.

[Illustration: M. Augagneur, maire et dput de Lyon, futur gouverneur
de Madagascar.--_Phot. Bellingard._]

[Illustration: UN PISODE DU SJOUR EN FRANCE DE NELSON EN 1784 Le futur
vainqueur de Trafalgar rencontre, sur la promenade publique de
Saint-Omer, une jeune Anglaise dont il devient amoureux. _Dessin de R.
Caton Woodville.--Voir l'article  la page ci-contre._]



DOCUMENTS et INFORMATIONS

LE TIMBRE DU ZAMBZE.

Pour commmorer la visite de la British Association aux chutes de
Victoria et l'inauguration,  travers la rivire de Zambze, d'un pont,
merveille moderne d'ouvrage d'art, sur la ligne projete du Cap au
Caire, la Compagnie de l'Afrique du Sud vient d'mettre une srie de
timbres comprenant six valeurs, du 1 penny au 5 shillings.

[Illustration:]

Tous ces timbres sont du mme type; ils reprsentent une vue des chutes
de Victoria surmontes de _British South Africa Company_ en deux lignes;
aux angles suprieurs le millsime 1905 et, aux angles infrieurs, la
valeur dans des cartouches en forme d'toiles.

LA DOMESTICATION DES POISSONS.

Un mdecin suisse a voulu voir s'il est possible d'apprivoiser
visiblement des poissons. Cette ide lui est venue  Lugano, o il
faisait une cure de bains dans le lac. Dans la piscine, qui n'tait
spare du lac que par des murs en pierres entasses les unes sur les
autres, il y avait une famille de loches au nombre de 100 ou 150
individus, provenant de cinq ou six pontes diffrentes. Pour se rendre
favorables les poissons dont il venait troubler la tranquillit en
prenant son bain, l'observateur suisse eut l'ide de passer, chaque
matin et chaque soir, une heure immobile  l'eau. Il s'asseyait, avec de
l'eau jusqu'au cou, les bras sur les genoux, tenant deux poignes de
pain. Le pain attirait les loches, mais le baigneur les effrayait,
malgr l'immobilit qu'il s'tait impose. Aprs quelque temps,
toutefois, certaines jeunes loches, plus aventureuses, s'enhardirent au
point de venir happer un peu du pain qui leur tait offert. L'exemple
fut bientt suivi par les anes et, au bout de peu de temps, le
baigneur, ds qu'il entrait  l'eau, tait entour de toute la bande qui
venait se rgaler du pain dont celui-ci tait toujours muni. Les
poissons n'prouvaient aucune frayeur des mouvements du visiteur: ils
circulaient autour de lui, se laissaient prendre et caresser sans aucune
difficult. C'tait pour eux un jeu, et le jour o, pour les
photographier, on tala d'abord au fond de l'eau des draps pour avoir un
arrire-plan appropri, on eut toutes les peines du monde  leur faire
comprendre qu'il ne s'agissait pas de jouer  cache-cache.

L'ARBRE  CRAYONS.

L'arbre dans le quel on dcoupe les crayons tend  disparatre: on en
consomme trop. C'est un cdre rouge, haut de 20  25 mtres, jadis trs
abondant en Amrique o il crot du golfe du Mexique au Canada et de
l'Atlantique aux Rocheuses et au Texas, en dgnrant de qualit du sud
au nord et de l'est  l'ouest. Jusqu'ici, la Floride fournissait le bois
des trois quarts des crayons qui se consomment dans le monde; mais ses
rserves commencent  s'puiser et le gouvernement des tats-Unis se
proccupe de la situation. D'ailleurs, tout en prfrant les climats
chauds, l'arbre s'accommode de latitudes fort diffrentes; quelques
plantations faites en Allemagne par M. Faber, il y a une trentaine
d'annes, ont assez bien russi.

Ajoutons que ce bois dont la fibre douce, homogne et parfume est si
agrable  caresser avec le canif, prsente en outre des qualits de
solidit qui le font aussi rechercher pour les poteaux tlgraphiques,
les constructions navales, les traverses de chemins de fer,
l'bnisterie, etc. La crise, ds lors, s'explique mieux.

LES BASSINS FILTRANTS DU MONT VALRIEN.

Sur le mont Valrien,  l'intersection de la route de Charles-X et de la
route Stratgique, on achve actuellement, pour les inaugurer  bref
dlai, une srie de bassins filtrants destins  alimenter d'eau potable
la banlieue ouest de Paris, et qui prsentent l'ensemble le plus
perfectionn tabli jusqu' ce jour.

Dans l'tat actuel de la science, le filtre  sable fin est considr
comme le meilleur instrument d'puration des grandes masses d'eau. Mais,
comme il s'encrasse vite, il exige des nettoyages frquents qui en
suspendent priodiquement le fonctionnement et reprsentent une dpense
apprciable.

Pour remdier  cet inconvnient, on imagina d'abord de faire courir ou
reposer l'eau dans un canal ou dans un bassin de dcantation avant de la
dverser sur le filtre. Ce systme, employ par la ville de Paris au
bassin de Saint-Maur pour purifier l'eau de Marne, a paru insuffisant
pour l'eau de Seine, qui est beaucoup plus contamine. A Ivry, l'eau
passe d'abord  travers trois lits de gravier de grosseurs dcroissantes
et le filtre de sable peut fonctionner trois mois, alors qu'un autre
filtre recevant de l'eau simplement dcante doit tre nettoy au bout
d'un mois et demi.

Au mont Valrien, o l'on disposait de grands espaces, et o l'eau
puise au barrage de Suresnes arrive dans un tat de malpropret
suprieur, on a construit six bassins disposs en escalier. Les quatre
premiers, formant le groupe des _dgrossisseurs_, contiennent des lits
de gravier dont la grosseur descend de 20  4 millimtres; viennent
ensuite: un _prfiltre_, garni de sable de 4 millimtres et de petit
gravier; puis le _filtre_, o la couche principale est forme de sable
pass  la claie de 2 millimtres. Avant d'entrer dans le prfiltre et 
la sortie, l'eau cascade  l'air libre pour s'oxygner. L'ensemble des
appareils reprsente une surface utile d'environ 16.000 mtres carrs
devant produire par jour 35.000 mtres cubes d'eau pure.

L'exprience permettra de chiffrer l'influence de cette disposition sur
la prolongation de l'action du filtre proprement dit. Mais il est admis
que ce dernier, seul, assure l'puration bactriologique, ramenant
d'environ 35.000 ( Ivry)  500 le nombre de microbes par centimtre
cube d'eau, avec exclusion de tout bacille pathogne et, notamment, de
bacille _coli_. Il semble, ds lors, imprudent de se demander si les
habitants d'Asnires boiront, au mois d'aot, de l'eau plus pure que les
Parisiens.

UN COSTUME INSUBMERSIBLE.

Beaucoup de personnes se rappellent peut-tre le nom du capitaine
Boyton, inventeur d'un costume en caoutchouc permettant de se maintenir
sans le moindre effort  la surface de l'eau. Aprs avoir obtenu un
grand succs de curiosit  l'Exposition de 1878, l'appareil, lourd et
encombrant, fut considr comme n'offrant aucun intrt pratique. M.
Dvot, professeur de natation aux environs de Paris, s'appliquait,
depuis plusieurs annes,  perfectionner l'invention amricaine. Il est
arriv  combiner un costume d'amphibie,  la fois simple et lger, dans
lequel il se trouve aussi  l'aise pour franchir un fleuve que pour
traverser une fort. Etendu sur le dos, arm d'un fusil et d'un
revolver, il avance dans l'eau en ramant avec les bras,  moins qu'il
prfre y dormir. Il en sort, avec armes et bagages parfaitement secs,
et continue sa route sans avoir besoin de se changer.

M. Dvot croit que ce costume passe-partout pourrait rendre certains
services en temps de guerre, et il va le soumettre  l'autorit
militaire.

[Illustration: Le costume insubmersible de M. Dvot. _Phot. Hoffman._]

LA RSISTANCE DU COEUR AUX BLESSURES.

On est habitu  considrer le coeur comme un organe extrmement
sensible et qui ne pourrait tre touch par un corps tranger sans que
la mort s'ensuivt.

Or la chirurgie moderne reconnat  cet organe une grande tolrance; non
seulement on peut pratiquer des oprations sur le coeur, mais encore
celui-ci rsiste  de trs graves traumatismes.

Les blessures du coeur, dans les tentatives de suicide, donnent une
mortalit de 60%, ce qui reprsente plus d'un tiers de gurisons.

Un chirurgien cite un cas dans lequel il eut  rechercher dans le coeur
une balle que s'tait tire une jeune fille. Il n'arriva pas  la
trouver, malgr des recherches nombreuses et la palpation nergique du
coeur. Or la malade survcut, non seulement  la balle, que la
radioscopie rvla comme tant dans l'paisseur mme de l'organe, mais
encore aux longs examens du chirurgien,  l'intrieur mme du pricarde!

Les plaies du coeur sont graves du fait de l'hmorragie abondante
qu'elles provoquent souvent, car alors le sang s'accumule dans le
pricarde et la compression finit par provoquer l'arrt cardiaque; et,
quand les vaisseaux nourriciers du muscle sont atteints, la mort
survient encore rapidement par le dfaut d'irrigation nutritive de
l'organe.

Mais, en dehors de ces conditions, on peut esprer la gurison.

Quand la syncope survient sous l'influence du choc traumatique, il
suffit de maintenir les fonctions respiratoires et circulatoires par le
massage du coeur pour voir se rtablir les fonctions de cet organe,
l'effet nerveux inhibiteur ne tardant pas  cesser.

En ralit, cela revient  dire qu'il est possible de revenir d'une mort
subite par arrt du coeur.

LA CONSERVATION DE LA PIERRE ET DU MTAL.

Un chimiste hongrois, du nom de Brunn, prtend avoir dcouvert un
liquide chimique qui mettrait certaines substances  l'abri des injures
du temps, en mme temps qu'il les rendrait antiseptiques. Ses recherches
lui auraient t suggres par un voyage en Grce, au cours duquel il
remarqua que le mortier des difices en ruine, de plus de deux mille
ans, semblait aussi dur et frais que s'il avait t de l'anne
prcdente seulement. Il se procura un morceau de mortier et l'examina,
et de cet examen, fait il y a vingt-cinq ans, sont sorties les
recherches qui ont abouti  la dcouverte,  l'invention d'un liquide
jaune, nomm zorne, dont on n'indique point la composition, mais qui
possderait toutes les vertus. Ce zorne serait un durcissant
incomparable pour la pierre, la brique et le bois. Il empcherait aussi
les matriaux d'absorber l'humidit; il rendrait inoxydables les mtaux.
En mme temps il permettrait de crer des routes ne donnant pas de
poussire,--ce qui est une faon de parler. Le zorne associ aux
scories fournirait des chausses presque ternelles et si dures que les
vhicules auraient de la peine  les entamer. Si tout cela est vrai, le
zorne a une belle place  prendre.

POUR PURIFIER LA FUME DE TABAC.

Les divers procds suggrs de temps  autre pour purifier la fume de
tabac prsentent gnralement deux points communs: ils ont la prtention
d'enlever au tabac _tous_ ses principes nocifs et ils exigent une
cuisine plus ou moins complique.

Un chimiste allemand, moins absolu que ses prcurseurs, propose une
solution d'une extrme simplicit: elle consiste  placer, soit dans le
tuyau de la pipe, soit dans le fume-cigare ou fume-cigarette, un petit
tampon d'ouate imbib de perchlorure de: fer. D'une longue srie
d'expriences, M. Thoms se croit autoris  conclure que cette
filtration limine totalement l'hydrogne sulfur et l'huile essentielle
empyreumatique; et, pour la plus grande partie, la nicotine et ses
produits de dcomposition, l'acide cyanhydrique et l'ammoniaque. On ne
saurait, ajoute-t-il, liminer toute la nocivit sans liminer le
plaisir.

La vapeur du perchlorure n'est pas vnneuse, et, comme elle n'est pas
entrane; par la fume filtre, il semble qu'elle ne doive pas influer
srieusement sur l'arme! Sur ce point, toutefois, le chimiste a
l'esprit de dcliner sa comptence et de s'en rapporter  celle des
fumeurs.

UNE EXPLOSION D'ACTYLNE.

Un grave accident a mis dernirement en moi la ville de Montlimar,
dans des circonstances qu'il est intressant de signaler.

M. Brun, pharmacien-chimiste, propritaire d'une superbe villa, de
construction rcente et dont les travaux sont  peine achevs, y avait
install un appareil  actylne, fonctionnant de manire  ne laisser
dgager le gaz qu'au fur et  mesure de la consommation. Le 9 octobre,
il essayait un chauffe-bains, avec le constructeur de cet appareil,
lorsque, partant des sous-sols, une explosion se produisit, accompagne
d'une formidable dtonation, entendue  plusieurs kilomtres de
distance. En mme temps, les persiennes et volets, rduits en miettes,
taient projets au loin, les planchers s'effondraient, leurs poutrelles
en fer tordues comme des brins de paille. Tout un angle du btiment
s'tait croul, et telle avait t la violence de la rpercussion qu'il
ne restait plus trace de vitres aux fentres des habitations voisines.

On n'a eu, heureusement, aucun accident de personne  dplorer; mais, si
le sinistre tait advenu quarante-huit heures plus tard, la famille de
M. Brun et les domestiques eussent t ensevelis sous les dcombres.

[Illustration: Villa corne par une explosion d'actylne 
Montlimar.]

Quant aux dgts matriels, ils sont considrables, et l'on peut les
valuer au moins  une centaine de mille francs; car, sans compter la
partie de la maison entirement dtruite, la partie demeure debout est
lzarde et atteinte dans ses oeuvres vives.

Au sujet de la cause de l'explosion, l'hypothse la plus probable est
celle-ci: un ouvrier, mal au courant de la marche de l'appareil, aurait
nglig de fermer un robinet dit de purge; d'o une fuite du gaz, qui
se serait accumul en grande quantit dans les sous-sols, cependant bien
ars.



LES THTRES

Nous publions, avec ce numro, la premire partie du _Don Quichotte_
reprsent cette semaine  la Comdie-Franaise et qui est l'vnement
littraire de la saison thtrale commenante. Il serait superflu de
vanter  nos lecteurs la versification brillante de M. Jean Richepin;
ses envoles potiques dans les situations capitales du drame
hro-comique qu'il a ingnieusement combin d'aprs le chef-d'oeuvre de
Cervantes, ont produit une vive impression. M. Leloir est, d'ailleurs,
la vivante image du chevalier de la Manche; il a trac de cette figure
falote une silhouette inoubliable.

Au Palais-Royal, la nouvelle pice de MM. Keroul et Barr, _Toison
d'or_, provoque chaque soir une vive hilarit parmi les spectateurs.
C'est une folle histoire de cocotte  deux faces, l'une grave, l'autre
tout  fait panouie, o les limites du possible sont  peine dpasses:
grand succs personnel pour M. Raimond.

_Le bonheur, mesdames!..._ la comdie lgre de M. Francis de Croisset,
aux Varits, a t chaleureusement accueillie. L'honneur du succs
revient sans doute  l'esprit facile,  l'aisance et  l'ingniosit de
l'auteur, mais il doit beaucoup  ses interprtes. Le talent de Mmes
Jeanne Granier, Magnier, Lavallire, et de MM. Baron, Brasseur et
Prince, dcuple la valeur d'une oeuvre.

Don Quichotte (M. Leloir). Sancho Panza (M. Brunot). DON QUICHOTTE, DE
M. JEAN RICHEPIN, AU THTRE-FRANAIS

_Nous publions, avec ce numro, les quatre premiers tableaux du drame en
vers de M. Jean Richepin. Les quatre derniers tableaux paratront dans
notre prochain numro._

[Illustration: Vassilissa. Natacha.



Une scne de la pice de Maxime Gorki: _Dans les Bas-Fonds.--D'aprs une
photographie prise au Thtre Artistique de Moscou._]

DANS LES BAS-FONDS

Le thtre de l'Oeuvre vient de reprsenter, avec un succs constat par
toute la presse, la plus saisissante des oeuvres dramatiques de Maxime
Gorki: _Dans les Bas-Fonds_. La version franaise de M.
Halprine-Kaminsky a grandement contribu, par ses qualits scniques, 
la forte impression produite sur les spectateurs. Quant 
l'interprtation, elle a t remarquable surtout par son ensemble, et
tous les artistes seraient  citer. Nommons les principaux: Mmes
Archaimbaud, de Raisy, Dortzal; MM. Lugn-Poe, incomparable en mme
temps comme metteur en scne, Ads, Marey, Saillard, etc.

Mais voici que cette oeuvre originale et puissante a tent de grandes
artistes comme Eleonora Duse et Suzanne Desprs. Et elles vont incarner,
le 23 octobre prochain, dans une reprsentation qui doit tre unique,
les deux soeurs, Vassilissa et Natacha, qui aiment le mme homme, Vaska
Pepel.

La scne que nous reproduisons, d'aprs une photographie prise au
Thtre Artistique de Moscou, o les _Bas-Fonds_ furent crs sous la
direction de l'auteur, montre prcisment les deux femmes aux prises:
Natacha, chaude par Vassilissa, est dfendue par Pepel, tandis que
Vassilissa est retenue par la foule des vagabonds.



[Illustration: Le prince Serge Troubetzko.--_Phot. Smirnof._]

Natacha, ce sera Mme Suzanne Desprs; Vassilissa, ce sera la Duse.

LE PRINCE SERGE TROUBETZKO

Le parti libral russe vient de perdre l'un de ses chefs les plus sages
et les plus respects, l'un des hommes en qui il avait mis le plus
d'esprances: le prince Serge Troubetzko.

Issu d'une famille trs aristocratique--un de ses frres est marchal de
la noblesse de Moscou--il s'tait, avec son autre frre Eugne, vou 
l'enseignement. Il professait  l'Universit de Moscou. Son savoir
tendu, la merveilleuse clart de son esprit et, peut-tre plus que tout
cela, un rare talent de parole lui avaient donn sur le corps enseignant
un ascendant considrable et conquis, parmi les tudiants, une
enthousiaste popularit. Aussi, quand s'ouvrirent pour l'Universit les
temps critiques, au milieu des conjonctures les plus graves, alors que
les lves dsertaient les cours, que les professeurs abandonnaient
leurs chaires plutt que de subir les entraves que leur voulait imposer
le pouvoir, le prince Serge Troubetzko fut-il, par un vote unanime de
ses collgues, lu recteur. Lourd et prilleux honneur, dans de telles
circonstances! Il ne s'y droba point.

Aprs avoir, dans une entrevue rcente, exhort au calme les tudiants,
avoir obtenu d'eux la promesse qu'ils ne le troubleraient point, par
d'intempestives manifestations, dans l'accomplissement de la mission
qu'il allait remplir, il se rendait  Saint-Ptersbourg pour plaider,
auprs du gouvernement, et surtout de l'intransigeant et tout-puissant
gnral Trpof, la cause des deux liberts qui lui taient si chres: la
libert de runion, la libert d'enseignement.

Le prince Troubetzko tait malade, extnu par les fatigues de tout
genre que lui avaient imposes et ses fonctions  l'Universit et la
part trs active qu'il prenait aux travaux du Comit permanent des
zemstvos. Cela mme ne l'arrta pas. Il commena ses dmarches.

Le jeudi 12 octobre il avait remis au gnral Glasof, ministre de
l'Instruction publique, un plaidoyer en faveur des ides qui lui
tenaient au coeur, des rformes qu'il sollicitait. Le gnral l'avait
invit  prendre part, le lendemain,  la sance de la commission
charge d'laborer les nouveaux statuts scolaires. Il y vint, pronona 
l'appui de son rapport un discours mu et qui fit sensation.

Comme il se rasseyait et allumait un cigare, on le vit plir, dfaillir.
Sa tte se renversa en arrire sur le dossier de sa chaise. On
s'empressa; on le transporta dans un salon voisin. Il reprit quelque
temps l'usage de ses sens  l'arrive des mdecins, de parents qu'on
tait all chercher. Puis il perdit de nouveau connaissance. Vers 10
heures du soir, il rendait le dernier soupir.

A Saint-Ptersbourg, d'abord, puis  Moscou, o son corps a t
transport, on lui a fait des obsques impressionnantes.



SIR HENRY IRVING

Le grand acteur tragique anglais Henry Irving vient de mourir, 
Bradford,  peine au sortir de scne, aprs une reprsentation du
_Thomas Becket_ de Tennyson, qui tait l'un des triomphes de sa carrire
dramatique.

John Henry Brodribb, connu au thtre sous le nom d'Irving, tait n en
1838,  Keinton, prs de Glastonbury, et avait dbut, en 1856, sur un
thtre de province,  Sunderland. En 1866, la cration,  Manchester,
du principal rle d'une pice de Dion-Boucicault l'avait mis en relief.
Il avait t engag au Lycum.

Fervent dvot de Shakespeare, il lui avait consacr avec passion le
meilleur de son talent qui tait considrable. Il semblait surtout
s'tre donn pour but de populariser, de faire comprendre et aimer le
gnial dramaturge. Interprte inoubliable de ses chefs-d'oeuvre, il lui
a d ses plus beaux triomphes.

[Illustration: Sir Henry Irving, d'aprs une de ses dernires
photographies.]

L'Angleterre, et non seulement elle, mais tous les pays de langue
anglaise, les tats-Unis qui l'avaient applaudi, taient fiers de lui.
Il avait t anobli. Devant son pseudonyme, l'admiration royale avait
mis le sir qui quivaut  nos particules, et il tait devenu,
authentiquement, sir Henry Irving. A la nouvelle de sa mort, le roi et
la reine faisaient exprimer  sa famille leurs condolances; le
prsident Roosevelt adressait  son fils un tlgramme de regrets, et il
n'y eut qu'une voix pour demander qu'on lui accordt la spulture de
Westminster, rserve aux plus glorieuses illustrations de la patrie.
Son mausole y sera auprs de celui de Gladstone.



A LA DOUANE, par Henriot.



_NOUVELLES INVENTIONS (Tous les articles compris sous cette rubrique
sont entirement gratuits.)_

NOUVELLE LAMPE LECTRIQUE MOBILE

Parmi les nombreux avantages que prsente la lumire lectrique, l'un
des plus importants rside dans l'extrme docilit avec laquelle elle se
prte  tous nos besoins ou nos caprices.

Rien n'est aussi pratique et dcoratif pour l'clairage des pianos et
bureaux genre amricain que la lampe Amricaine que reprsentent nos
gravures, lampe runissant  la fois le ct pratique et dcoratif.

[Illustration: Fig. I.]

[Illustration: Fig. 2.]

Les figures 1 et 2 reprsentent l'application de 1'Amricaine aux
pianos: au moyen de l'inclinaison du volet mobile, les rayons lumineux
sont tous concentrs sur la musique et la lampe est compltement cache
 la vue de l'excutant. La hauteur est calcule pour permettre de
tourner facilement les pages.

La figure 3 montre la mme lampe clairant un bureau du genre amricain.

Pour amener la lampe dans cette position, il suffit, aprs avoir
desserr le bouton mollet, de faire glisser le col de cygne dans une
mortaise jusqu'au niveau du pied. Le volet mobile, plac
horizontalement, fait disparatre la lampe  la vue tout en dirigeant la
lumire sur la table du bureau.

La construction de l'Amricaine est robuste et soigne; le socle est
garni avec un disque de drap pour viter toute dtrioration du vernis
des meubles.

La dcoration en est trs riche et se fait au gr de l'acheteur en
vernis or mat, poli verni or, nickel, bronz, etc.

Son prix est de 35 francs sans lampe ni douille; _en cuivre_ rouge genre
anglais, 36 francs. _Majoration de 3 francs pour lampe, douille et fil
souple._

[Illustration: Fig. 3.]

La lampe l'Amricaine se trouve chez _M. Fournier, 22, rue Baudin,
Paris_, et dans les bonnes maisons d'lectricit.







End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre
1905, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK
L'ILLUSTRATION, NO. 3269, 21 OCTUBRE 1905 ***

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*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
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paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
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works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
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Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
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the laws of your country in addition to the terms of this agreement
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Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
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law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
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with this agreement, and any volunteers associated with the production,
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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
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works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


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