Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3237, 11 Mars 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3237, 11 Mars 1905

Author: Various

Release Date: October 24, 2010 [EBook #33881]

Language: French

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L'ILLUSTRATION, NO. 3237, 11 MARS 1905 ***




Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque






L'Illustration, No. 3237, 11 MARS 1905


[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]


_Avec ce numro Supplment musical: Fragments de l_'Enfant-Roi _et des_
Dragons de l'Impratrice.

L'ILLUSTRATION
Prix du numro: 75 Centimes.
SAMEDI 11 MARS 1905
63e Anne--N 3237.

[Illustration: COMMENT EST JALONNE LA ROUTE QUI MNE AU FEU. Une vision
des champs de bataille de Mandchourie. _Photographie de notre
correspondant de guerre, Victor Bulla, marchant avec la 1re arme russe
(gnral Linivitch)._]



L'ILLUSTRATION THTRALE

_Nous avons publi successivement, depuis le 1er janvier: le Bercail, la
Conversion d'Alceste, l'Instinct, la Fille de Jorio, la Retraite, la
Massire._

_Le numro du 25 mars contiendra:_

_LES VENTRES DORS pice en cinq actes de M._ Emile Fabre, _qui vient de
remporter  l'Odon un succs retentissant._

_Paratront dans les numros suivants:_

_SCARRON, pice en cinq actes, envers, de M._ Catulle Mends, _que va
jouer M. Coquelin an  la Gait;_

_L'AGE D'AIMER, pice en quatre actes de M._ Pierre Wolff, _annonce
d'abord sous le titre Dernier Amour, et dans laquelle Mme Rjane va
faire sa rentre au thtre du Gymnase;_

_L'ARMATURE, pice tire du roman de M._ Paul Hervieu, _par_ M. Brieux;

_LE DUEL et LE GOUT DU VICE, les deux oeuvres nouvelles de M._ Henri
Lavedan, _de l'Acadmie franaise;_

_LE RVEIL, de M._ Paul Hervieu, _de l'Acadmie franaise;_

_MONSIEUR PIGOIS, de M._ Alfred Capus, _etc., etc._



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Une classe au Conservatoire. Il est neuf heures et demie du matin. Une
dizaine d'auditeurs  peine s'parpillent, dans la salle faiblement
claire, parmi les siges rouges du parterre. Les musiciens
s'installent. Ils sont l soixante-dix ou quatre-vingts jeunes gens et
jeunes filles, laurats des derniers concours, admis  l'honneur de
composer l'orchestre qu'une heure par semaine,  huis clos, dirige
Taffanel. La petite scne--jusqu'au fate du dcor grec qui en remplit
le fond--est encombre de banquettes et de pupitres disposs en
amphithtre et au-dessous desquels,  droite et  gauche du matre, des
chaises sont alignes. Les plus vieux de ces musiciens n'ont pas
beaucoup plus de vingt ans et j'aperois au milieu d'eux de petits
garons, des fillettes. Tout cela compose un gentil tableau de jeunesse
artiste. Aux premiers rangs--ct des violons--les jeunes filles sont
nombreuses (costumes simples, tenues de petites bourgeoises bien leves
que ne hantent point les rves de _chic_ des comdiennes); aux
banquettes suprieures, sous la lumire des petites lampes lectriques,
brillent des boutons d'uniformes,--tuniques de lignards et d'artilleurs.
A ct de crnes militaires exactement tondus s'panouissent des
chevelures de pkins, bien peignes et copieuses. On a d'avance pos
sur les pupitres les diverses parties de la _Pastorale:_ c'est le
dchiffrage d'aujourd'hui. Sur un signal du petit bton, dans le silence
de la salle vide, la voix de la divine mlodie s'lve.

Le matre conduit, le dos vot au-dessus du pupitre bas, le cou tendu
vers les instruments qui chantent et que les mouvements de ses bras ont
l'air d'encourager, de supplier, de gronder doucement. Barbe
grisonnante, torse trapu sous le veston de travail, le cordon du binocle
accroch  l'oreille, il est bien le bon chef, le papa qu'on aime et
qu'on coute. De temps en temps, de deux coups secs frapps au bois du
pupitre, il interrompt l'orchestre et, d'un ton bonhomme, corrige une
faute qu'on a faite, donne un conseil, signale un pige. On repart... et
soudain, parmi le tapage des instruments, on entend une note file, un
chant joyeux ou plaintif... c'est le matre qui aide sa petite troupe 
franchir un pas difficile, et dont la voix un peu enrhume fait cortge
 la mlodie...

Ils sont dj trs forts, ces enfants, que personne ne connat et dont
peut-tre plusieurs, demain, seront clbres. J'ai pass dans mon coin
noir, au milieu des fauteuils et des loges vides, deux heures
dlicieuses  les couter. Jamais, au thtre, une joie si spciale, et
de cette qualit-l, ne m'avait t donne. Joie goste, o peut-tre
un peu de purile vanit se mlait;--joie de sentir s'ouvrir, comme
familirement,  moi seule, dans le secret de cette salle ferme  tout
le monde, quatre-vingts petites mes d'artistes...

Mais est-il bien ncessaire que l'Etat se donne tant de mal pour nous
former ces artistes-l? Les amateurs font, ce me semble, une concurrence
terrible aux professionnels, depuis quelque temps. L'autre jour, chez
Colonne, j'assistais  l'excution d'une oeuvre lyrique qui fut fort
applaudie et dont j'appris que l'auteur est un mdecin trs estim; les
salons de Paris sont pleins de femmes qui jouent la comdie
dlicieusement; le Thtre-Franais compte, parmi ses rcents
fournisseurs de drame, un banquier du Boulonnais; il y a,  la Chambre
des dputs, des potes qu'on imprime, et voici que, depuis dimanche
dernier, deux salons nouveaux se sont ouverts; l'un est, aux
Champs-Elyses, le salon--trs aristocratique--de la _Socit des
amateurs;_ l'autre est une exposition de peinture installe  la gare de
Lyon et o la Compagnie du P.-L.-M. nous convie  venir admirer les
oeuvres de ses administrateurs, de ses ingnieurs et de ses commis.

Ces ambitions font rire certains professionnels. Je n'aurais pas envie
de rire du tout si j'tais  leur place. Je me dirais que l'amateur est
un concurrent trs dangereux, car la musique qu'il joue ou qu'il compose
lui procure, en gnral, bien plus de plaisir que celle qu'on joue ou
qu'on compose autour de lui... L'ide lui vient-elle d'tre auteur
dramatique ou comdien? il aura vite fait de trouver superflu d'aller,
au thtre, applaudir les pices des autres; statuaire, il trouvera plus
amusant (et comme je le comprends!) de faire le buste de sa femme que de
le commander; et plus il aura de paysages de lui--s'il est peintre--
accrocher dans son appartement, moins il trouvera de place, sur ses
murs, o installer ceux des matres. Alors j'entrevois cette terrible
chose: une nation d'amateurs, o chacun aurait la coquetterie de faire
soi-mme sa musique, sa sculpture, ses pices et ses tableaux, comme
certains industriels font leur lectricit ou leur gaz, et o
l'artiste--j'entends celui qui vit ou voudrait vivre de son art--ne
rencontrerait plus,  la place du client d'autrefois, qu'un mule
respectueux... mais rsolu  se suffire!

Le projet d'riger, dans le jardin des Tuileries, la statue de M.
Waldeck-Rousseau a mis de fort mauvaise humeur un dput qui voudrait
interpeller l-dessus le ministre. Ce dput trouve qu'un jardin public
n'est point fait pour servir de refuge aux monuments de cette sorte, que
ces effigies troublent la paix de nos promenades et n'ajoutent rien 
leur beaut et que la place d'une statue politique est dans la rue...

Tout le monde n'est pas de son avis. Je connais un vieux monarchiste
qui, de l'appartement qu'il occupe au boulevard Saint-Germain, voit se
dresser devant lui, chaque fois qu'il ouvre sa fentre, la statue de
Danton. Il en souffre. Il me disait l'autre jour: Voyez l'illogisme de
nos moeurs. On dfend  mon cur de conduire une procession dans la rue,
parce qu'on craint que cela ne gne, pendant dix minutes, la libert de
conscience des gens qui n'aiment point les processions; et l'on
installe--pour l'ternit--sous ma fentre, l'image d'un ennemi dont le
geste vainqueur a l'air de me narguer du matin au soir. Moi aussi,
pourtant, j'ai une libert de conscience  mnager... Comme on s'en
proccupe peu!...

Cette remarque m'avait frappe. Et c'est pourquoi je pense que le
lgislateur qui souhaite qu'on interdise aux statues des ministres et
des tribuns morts l'entre des jardins de Paris se trompe tout  fait.
Leur place est l, en vrit, bien plutt que dans la rue. Dans la rue,
elles s'imposent  la vue du passant; elles ont l'air de guetter au
passage l'adversaire qui les croise; elles le dfient... Dans les
jardins, elles ne gneraient personne, car les gens qui ont des passions
politiques ne flnent gure dans les jardins. Je vais m'y promener
quelquefois. J'y rencontre des vieux qui rvent, des amoureux qui
causent, des pauvres qui dorment, des enfants qui jouent, des nourrices.
Qu'est-ce que cela peut bien faire  ces tres doux et inoccups que,
sur le socle o leur chaise s'appuie, il y ait un Fouquier-Tinville au
lieu d'une Vellda? L'important, pour eux, c'est d'y trouver du soleil.

Je ne connaissais pas M. Georges Leygues. Je l'ai entendu cette semaine
pour la premire fois. Il parle bien. Il a de beaux yeux ardents, sous
un crne prcocement chauve, des gestes d'aptre, une voix vibrante de
pote, une moustache de soldat. Il m'a beaucoup plu. C'tait au banquet
des Cigaliers o des mridionaux s'taient assembls pour chanter la
gloire du Rhne, la beaut de la Garonne et fter la petite patrie que
Paris ne leur fait point oublier. Car Paris,  ce qu'on m'assure, n'est
la patrie que d'un trs petit nombre de personnes. On ne nat gure 
Paris. On y vient travailler et s'amuser; on y apporte des rves de
gloire; on y entretient des esprances de fortune; mais, pour la
plupart, les _souvenirs_ sont ailleurs. Ils sont l-bas, dans le coin de
province o l'on a connu les premires joies de vivre; dans la petite
ville o l'on a grandi, o l'on a subi ses premiers pensums et jou ses
premiers jeux; o, vers l'ge de treize ans, on a, suivant l'usage, aim
ou cru aimer (ce qui revient au mme) sa cousine. Ce sont ces
souvenirs-l que les provinciaux de Paris se donnent, de temps en temps,
la joie d'voquer en ftant la petite patrie commune. Les Flibres et
les Cigaliers la chantent, cette petite patrie, un peu plus lyriquement
que ne font les autres, un peu plus bruyamment aussi. Ils disent, pour
s'excuser, qu'on ne saurait parler du Midi avec quit qu'en en parlant
avec enthousiasme... Mais il n'est pas ncessaire que le pays natal soit
beau pour qu'on s'en souvienne avec joie. Il suffit qu'il soit le pays
natal.

Etrange mystre, et qui m'a souvent intrigue. D'o vient l'motion
dlicieuse que je ressens, moi aussi,  me rappeler, non le pass
d'hier, mais le temps o je jouais  la poupe? Et pourquoi, dans les
rencontres de la vie, le hasard d'avoir t de petits enfants dans le
mme village semble-t-il, aux tres les moins sensibles, une raison de
s'entr'aimer un peu? J'aurais d demander  M. Leygues de m'expliquer
cela.

SONIA.



KONDRATENKO ET SA FAMILLE

Le gnral Kondratenko, qui, aux cts de Stoessel, fut,  Port-Arthur,
l'me de la rsistance, et dont la disparition a peut-tre t le coup
le plus fatal port aux assigs, laisse derrire lui une femme et trois
jeunes enfants. La photographie que nous donnons ici le reprsente au
milieu de ces tres chers. C'est l'une des dernires effigies qui
restent de lui.

[Illustration: Le gnral Kondratenko, qui fut tu  Port-Arthur,
photographi avec sa femme et ses enfants.]

Le tsar a pris personnellement intrt  la famille de ce vaillant et
fidle serviteur et vient d'ordonner qu'une forte pension serait servie
 Mme Kondratenko et  ses enfants.

[Illustration: L'enfant qui sera mikado: Hirohito Michinomiya, fils an
du prince hritier Yoshihito Harunomiya.]



Les Faits de la Semaine

26 Fvrier-5 Mars.

FRANCE

28 fvrier.--La Chambre vote le budget du ministre des finances.

1er mars.--A la suite des faits graves reprochs  plusieurs
fonctionnaires coloniaux, notamment  MM Toqu et Gaud, le ministre des
colonies charge M. Savoignan de Brazza d'aller faire une enqute sur
place au Congo franais.

2.--A Paris, une grve des ouvriers carrossiers charrons donne lieu 
une bagarre dans le treizime arrondissement: un gardien de la paix est
grivement bless d'un coup de revolver.

3.--La Snat adopte une proposition ayant pour objet d'allouer une
indemnit de sjour aux jurs des assises.--M. Gurin est lu
vice-prsident de la Haute Cour, en remplacement de M. Barbey,
dmissionnaire.

4.--La Chambre vote le budget de la guerre.--Dpt du rapport sur le
projet de loi relatif  la sparation des Eglises et de l'Etat, avec un
texte unique arrt d'un commun accord par la commission et le
gouvernement.

5.--Election de M. Trannoy, dput progressif de la Somme, au sige
snatorial devenu vacant par la mort de M. Tellier.--Election de M.
Jules Pasquier, rpublicain progressiste comme dput de l'Aisne, en
remplacement de M. Ermant, lu snateur.

TRANGER

26 fvrier.--Incendie des docks,  la Nouvelle Orlans; les pertes
atteignent une valeur de 25 millions de francs.

27.--A Saint-Ptersbourg, Maxime Gorki est remis en libert.

28.--Lord Milner, haut commissaire dans l'Afrique du Sud, qui joua un
rle principal dans la politique anglaise contre les anciennes
rpubliques boers, donne sa dmission; il est remplac par lord
Selborne, premier lord de l'Amiraut.

1er mars.--Dmission de M. Hagerup, prsident du conseil norvgien,
cause par l'chec des ngociations avec la Sude au sujet de la
reprsentation consulaire des deux Etats.--La commission technique,
nomme par le gouvernement des Etats-Unis pour tudier la question de
l'achvement du canal de Panama, s'est prononce pour un canal  niveau,
ayant au minimum 45m,75 de largeur et 10m,66 de profondeur; la dure des
travaux est value de dix  douze ans.

3.--Manifeste du tsar, dans le _Messager de l'empire_, exhortant le
peuple russe  se serrer autour du souverain pour dfendre l'autocratie
contre les ennemis de l'intrieur.--Arrive,  Port-Madryn (cte sud de
la Rpublique Argentine), de l'expdition antarctique Charcot, sur le
sort de laquelle on commenait  avoir des inquitudes.

4.--Dmission de M. Giolitti, prsident du conseil italien, pour raison
de sant; le ministre souffre depuis un mois et demi d'une attaque
d'influenza; les difficults causes par les menes obstructionnistes
des employs de chemins de fer ont contribu  cette retraite.--Rescrit
du tsar, dans le _Messager de l'empire_, adress  M. Bouliguine,
ministre de l'intrieur; le tsar dclare que, continuant  l'exemple de
ses anctres augustes l'unification des institutions du pays russe, il a
dcid dornavant, et avec l'aide de Dieu, d'appeler les personnes les
plus dignes, lues par le peuple et investies de sa confiance, 
participer  l'laboration prparatoire des projets lgislatifs.--Le
total des indemnits demandes par le gouvernement anglais  la Russie,
en raison de l'incident de Hull, s'lve  1.625.000 fr.

                              ________________

_On trouvera plus loin un article avec carte sur la guerre
russo-japonaise (bataille de Moukden)._



LE FUTUR SOUVERAIN DU JAPON

Rcemment, nous donnions le portrait de l'enfant qui sera tsar; nous
publions aujourd'hui celui de l'enfant qui sera mikado.

Ag de six mois seulement, le grand duc Alexis, que ses petites jambes
ne portent pas encore, tait reprsent couch sur des coussins ou tenu
sur les genoux, entre les bras de ses augustes parents; la photographie
nous montre dj en cavalier le jeune prince japonais Hirohito
Michinomiya dont la quatrime anne s'accomplira le 29 avril prochain.
Il monte, il est vrai, comme il sied  son ge, un paisible cheval 
bascule; mais, malgr sa robe et sa capeline blanches de baby anglais
ayant, au premier aspect, aussi bien l'air d'une fillette que d'un
garon, il ne manque pas d'une certaine allure dcide. Il a d'ailleurs,
grandement le temps de se prparer  l'exercice du pouvoir souverain. En
effet, il n'est pas l'hritier immdiat du trne du Japon, actuellement
occup par l'empereur Mutsuhito, son grand pre; cet hritage appartient
de droit  son pre, le prince imprial Yoshihito Harunomiya, lequel a
deux fils de son mariage avec la princesse Sadako Foudjiwara. Le prince
Michinomiya est l'an: d'o ses droits  une succession dont
l'ventualit doit tre en ce moment, comme on dit, le cadet de ses
soucis.



L'EXPDITION ANTARCTIQUE
DU Dr JEAN CHARCOT

Un cblogramme nous annonait, ces jours-ci, l'heureuse arrive, 
Port-Madryn--un petit port de la cte est de l'Amrique du Sud, 
mi-distance entre le dtroit de Magellan et le rio de la Plata--de
l'expdition polaire australe dirige par le docteur Charcot. Ainsi se
trouvait dissipe l'anxit qu'avaient cause les impressions alarmantes
rapportes de leur rcente croisire antarctique par les officiers de la
corvette argentine _Uruguay_, et un peu lgrement rpandues de par le
monde par les agences tlgraphiques.

Malgr le diffrend qui me spara de Charcot et mit fin prmaturment 
notre collaboration, je ne serai pas le dernier  me rjouir de cette
bonne nouvelle et c'est avec une satisfaction sans mlange que je
profite de l'hospitalit qui m'est offerte,  cette occasion, par
l'_Illustration_.

Bien que forcment laconique, la premire communication de Charcot,
adresse au journal le _Matin_--qui contribua si puissamment 
l'organisation de l'expdition du _Franais_,--nous donne quelques
indications qui permettent de localiser le champ de recherches des
explorateurs et qui font bien augurer du rsultat de leurs travaux.
C'est ainsi, notamment, que nous sommes fixs sur le lieu de leur
hivernage: Notre hivernage dans l'le Wandel, dit Charcot, a permis
d'excuter dans de bonnes conditions tous les travaux scientifiques.

Parmi les photographies rapportes par l'expdition antarctique belge,
se trouve prcisment un bon clich de cette le Wandel vers laquelle
l'attention se trouve actuellement si vivement sollicite, et ce m'est
un plaisir de communiquer au plus important des journaux illustrs ce
document encore indit.

L'le Wandel fait partie d'un chapelet d'les qui s'tendent
paralllement  la terre de Danco,  l'extrmit sud du dtroit que
dcouvrit la _Belgica_ en 1898. Nous leur donnmes le nom d'les
Danebrog, en reconnaissance de l'appui que notre expdition trouva
auprs des autorits danoises.

C'est notamment  l'obligeance de l'amiral Wandel, dont le nom fut
attribu  la plus importante de ces les, que nous dmes une grande
partie des engins et apparaux de pche en eau profonde qui servirent 
bord de la _Belgica_, et qui furent embarqus ensuite  bord du
_Franais_.

L'le Wandel se trouve approximativement par 65 de latitude sud et 64
de longitude ouest de Greenwich, c'est--dire,  trs peu prs,  1.000
kilomtres au sud du cap Horn. Sa longueur du nord au sud est de 4  5
kilomtres. La photographie reproduite plus loin est prise du canal
Lemaire, qui spare les les Danebrog de la terre de Danco. De ce ct,
le seul que nous ayons vu, elle ne prsente pas d'indentation; il est
donc probable que c'est sur le versant ouest, c'est--dire du ct du
pacifique, que le _Franais_ aura trouv un havre d'hivernage.

[Illustration: Le Franais naviguant dans les glaces.--_Dessin de
Johanson._]

Le cblogramme de Charcot nous apprend aussi que l'expdition a explor
une partie de la terre de Graham, qu'elle a lucid la question du
dtroit de Bismarck, qu'elle a relev la cte ouest de l'archipel de
Palmer (les Anvers, Brabant, Lige, etc., reconnues seulement par l'est
en 1898) et qu'enfin elle s'est avance jusqu'en vue de la terre
d'Alexandre, dfendue par une banquise impntrable.

Le trac de ces ctes n'est que vaguement indiqu sur les cartes
actuelles. La terre d'Alexandre fut dcouverte en 1821 par le marin
russe Bellingshausen, qui ne put pas s'en approcher. Elle se trouve 
quelque 500 kilomtres dans le sud-sud-ouest de l'le Wandel. La terre
de Graham fut aperue en 1832 par le baleinier anglais Biscoe, qui s'en
tint trs loign. Aussi ne sait-on rien de ces terres, sinon qu'elles
existent, et tout ce qu'en rapportera Charcot sera d'un grand intrt.
Quant au dtroit de Bismarck, il se prsentait en 1874, au baleinier
allemand Dallmann, sous forme d'une indentation de la terre de Graham
s'tendant  perte de vue vers l'est. Ce pourrait bien n'tre qu'une
vaste baie...

[Illustration: Etat de la cartographie des terres antarctiques au sud du
cap Horn, avant l'expdition Charcot. La + indique le lieu d'hivernage
de l'expdition Charcot.--La terre d'Alexandre, qu'a atteinte
l'expdition, prolonge la terre de Graham,  500 kilomtres dans le
sud-sud-ouest de l'le Wandel.]

L'expdition Charcot clt cette vritable croisade scientifique qui,
depuis 1898, s'est livre sans interruption  l'assaut des glaces
australes et qui, commence par l'expdition de la _Belgica_, s'est
poursuivie par celles de la _Southern Cross_, de la _Discovery_, du
_Gauss_, de _l'Antarctic_ et de la _Scotia_. On peut tre assur que les
marins et les savants du _Franais_ auront dploy autant d'nergie et
de persvrance que leurs devanciers.

ADRIEN DE GERLACHE.



[Illustration: L'le Wandel, o a hivern l'expdition Charcot.
_Photographie prise par l'expdition de la Belgica en 1898 et
communique _ l'Illustration _par le commandant de Gerlache._]

[Illustration: Un champ de carnage: la colline Poutilov.

_Photographie prise aprs l'assaut par les Russes de la colline Poutilov
(octobre 1904) pendant la bataille du Cha-Ho._]



LA BATAILLE DE MOUKDEN
JUSQU'AU 7 MARS

La plus grande bataille que l'histoire ait encore enregistre se livre
en ce moment sous les murs de Moukden: 700.000  800.000 hommes sont aux
prises, et plus de 3.000 canons tonnent. D'aprs certains correspondants
il y aurait dj eu,  la date du 6 mars, 80.000 morts ou blesss.

Depuis quatre mois, aprs la bataille sanglante et indcise du Cha-Ho,
les deux adversaires, fait unique dans l'histoire, taient rests face 
face en contact intime, se canonnant journellement, se harcelant de
petites attaques, envoyant de continuelles reconnaissances, inquitant
les communications de l'adversaire par des raids remarquables de
cavalerie, fortifiant formidablement leur front et tendant leurs ailes.

Un froid terrible rendait toute opration importante impossible, mais
cet arrt tait d surtout  ce que chacun attendait, pour agir,
l'arrive de renforts suffisants: Kouropatkine recevait, avec de
l'artillerie et des provisions, environ 1.000 hommes par jour, tandis
qu'Oyama, en plus d'importantes rserves, voulait avoir les 50.000
hommes de Nogi que la chute de Port-Arthur rendrait libres.

Aujourd'hui, bien que les tats-majors des deux partis aient
rigoureusement gard le secret sur l'effectif et l'organisation des
armes, il semble que les Japonais disposent de quatre armes de 50.000,
80.000, 70.000 et 130.000 hommes respectivement commandes par Nogi,
Oku, Nodzu et Kuroki, en face des trois armes russes de Kaulbars
(80.000 hommes), Bilderling (70.000 hommes), Linivitch (90.000 hommes),
derrire lesquelles se trouveraient de fortes rserves d'un total de
80.000  100.000 hommes sous le commandement direct du gnralissime.

Ce sont les Japonais qui, se croyant suffisamment prts, ont, les
premiers, rompu le silence, avec leur ardeur offensive que d'aucuns
croyaient dsormais enraye.

L'arme de Kuroki,  l'est, entamait la lutte, ds le 19 fvrier, en
repoussant les dtachements de Rennenkampf, chargs de la protection du
flanc gauche russe. A la fin du mois, on pouvait craindre srieusement
que les Japonais, s'ils parvenaient  enlever l'une ou l'autre des
portes naturelles de Gou-Tou-Ling, Makian-Tsien (Kanda-Li-San) ou
Koudiassa, qui barrent les routes conduisant au Houn-Ho dans la rgion
de Fouchoun, ne tournent le flanc gauche des armes russes et, gagnant
par le col d'Ouan-Kiao-Ta-Ling, n'arrivent  menacer leur unique ligne
de retraite.

Mais les Russes avaient trs solidement fortifi ces positions et y
arrtrent net les progrs de leurs adversaires. Depuis le 5 mars, les
Japonais, qui n'ont pas hsit  tenter en deux nuits jusqu'
trente-deux attaques au col de Gou-Tou-Ling, dfendu par. Meyendorf,
paraissent renoncer  la lutte de ce ct: Koudiassa, un instant tomb
entre leurs mains, est redevenu russe. Peut-tre les oprations engages
dans cette rgion n'taient-elles qu'une importante dmonstration
destine  dtourner les rserves russes.

Au centre, Nodzu, dot d'un parc considrable d'artillerie de sige,
crible d'normes projectiles les lignes russes et en particulier les
deux fameuses collines Poutilov et Novogorod et tente, tantt sur
Fan-Kia-Pou, tantt sur Cha-Ho-Pou, Lamatoun ou Ling-Si-Pou, des
attaques qui se brisent toutes contre les travaux russes nergiquement
dfendus, Nodzu n'a gure pu enregistrer que l'occupation de
Ling-Si-Pou.

C'est  l'ouest que semble se jouer la partie principale. Le 1er mars,
la bataille s'engage autour de Tchan-Tan entre l'arme d'Oku et celle de
Grippenberg, aujourd'hui commande par Kaulbars. Celle-ci est force de
reculer peu  peu, finit par perdre Sou-Khou-Dia-Pou-Ts, o tait
tablie une premire ligne de dfense, mais arrte  Ma-Kia-Pou, sur sa
seconde et principale ligne, tous les efforts acharns des Japonais.

Pendant ce temps, Nogi, renforc probablement d'une partie des forces de
Kuroki et protg par presque toute la cavalerie runie des Japonais,
traversait le Houn-Ho, enlevait Szu-Fan-Ta, puis se rabattait  l'est,
conqurant Sa-Lin-Pou, mais ne pouvant forcer Ta-Chi-Kiao. Dj les
Japonais sont  8 kilomtres de la gare de Moukden, formant un immense
demi-cercle autour des positions russes. Leur front, dmesurment
tendu, englobe plus de 130 kilomtres.

Ajoutons que la cavalerie japonaise, violant la neutralit de la Chine,
a mis la main sur Sin-Min-Ting o sont ensuite arrives par chemin de
fer deux brigades d'Inkou. La perte de ce point, si elle est dfinitive,
serait trs pnible pour les Russes qui en tiraient la plus grande
partie de leurs approvisionnements. L. DE SAINT-FGOR.

[Illustration: Croquis de la bataille de Moukden (situation le 7 mars).]

[Illustration: Le gnral Linivitch inspecte les retranchements de la
position avance prs d'Erdagou.]

[Illustration: Transport des blesss aprs un engagement.]

[Illustration: Les batteries couvertes de la position d'Erdagou
inspectes par le gnral Linivitch.]

[Illustration: En corve de fourrage. AUX AVANT-POSTES DE L'AILE GAUCHE
RUSSE (1re ARME, GNRAL LINIVITCH)]

[Illustration: _Photographies de notre correspondant de guerre, Victor
Bulla, prises  la fin de janvier dans les positions o l'arme de
Linivitch est actuellement aux prises avec celle de Kuroki._]

[Illustration: Casemates de l'artillerie prs d'Erdagou.]

[Illustration: A trois verstes de l'ennemi: les gnraux Linivitch et
Saroubaef inspectent les retranchements prs du village de Houd.
RETRANCHEMENTS ET CANTONNEMENTS DE LA PREMIRE ARME RUSSE AU SUD-EST DE
MOUKDEN _Photographies de notre correspondant de guerre, Victor "Bulla",
prises dans les positions que l'arme de Linivitch dfend actuellement
contre celle de Kuroki._]

Guichets du Carrousel. Grande galerie de peinture des coles trangres.



[Illustration: SI LE LOUVRE BRULAIT. Salle de Van Dyck. Salle de Rubens
et cabinets des coles flamande et hollandaise. Pavillon de Flore
(ministre des Colonies).

On lisait dans les JOURNAUX du mercredi 8 mars le fait divers Suivant:
Vers sept heures du matin, l'autre nuit, de hautes flammes s'levaient
avec imptuosit de l'aile du palais du Louvre occupe par le ministre
des Colonies... Le feu avait pris naissance dans la chemine desservant
les cuisines du personnel. Les pompiers du march Saint-Honor
parvinrent  conjurer tout danger aprs une demi-heure de travail.
Cette gravure n'est donc pas une simple fantaisie sans porte. Excute
rigoureusement  l'aide de documents photographiques, elle voque aux
yeux de tous un danger national dont on a parl beaucoup et souvent,
mais sans avoir encore rien fait pour l'carter; elle montre, sans
dramatiser le spectacle par des moyens factices, quel dsastre
rsulterait d'un incendie plus grave clatant au pavillon de Flore, dans
les bureaux du ministre des Colonies, et se communiquant par les
charpentes des toits au Muse du Louvre. Puisse cette image mouvoir
ceux qui ont la mission de conjurer le pril!]

SI LE LOUVRE BRULAIT...

_(Voir la gravure  la page prcdente.)_

Quel est l'artiste ou l'amateur d'art, sortant merveill, ravi encore
d'une sance de travail, d'une visite d'tude au muse du Louvre,--quel
est le flneur pensif, jaloux de la gloire de son pays, fier du
rayonnement qu'il jeta sur le monde, qui, traversant la majestueuse
enfilade des cours autour desquelles une partie de l'histoire de la
France, resplendissante tour  tour et tragique, est, pour ainsi dire,
cristallise dans la pierre, a pu songer sans effroi que tout cela, le
palais admirable des Valois, des Bourbons, des Napolon, les trsors
d'art qui, dsormais, y ont trouv asile, pouvait quelque jour
disparatre dans la plus dsastreuse catastrophe qu'on puisse imaginer,
dvor par les flammes?

Pourtant, journellement,  toute heure, le palais des rois et des
empereurs, avec les inestimables richesses qu'il recle, somptueux crin
digne de tels joyaux, est expos  ce lamentable sort. Car les deux
ministres des finances et des colonies, installs sous le toit mme du
Louvre, avec leur arme de fonctionnaires grands et petits, parfaitement
insouciants, pour la plupart, de ce noble voisinage; car, de plus, le
personnel nombreux qui vit, mange, dort, habite, enfin, entre ces murs
fameux, gardiens des muses, concierges, garons, sont l comme la
menace d'un redoutable et perptuel danger.

Il est midi et demi, une heure: le moment  peu prs o le feu clata au
Thtre-Franais. Le fourneau  gaz ou  ptrole sur lequel une mnagre
soigneuse prparait le repas de son homme, ou--on ne sait exactement--la
chemine o flambait un luxueux feu de bois, dans le bureau
momentanment abandonn par les expditionnaires sitt le chef parti
djeuner, a allum l'incendie. La grenade, la rassurante grenade en
vidence dans un coin du corridor a t impuissante  teindre les
flammes. Il n'est pas trs sr, mme, que la femme du gardien ou le
garon de bureau affol, stupide, ait pens  en faire usage.

En un clin d'oeil, le feu a gagn, par les cloisons de bois du pavillon
de Flore, par la vieille charpente des combles, les salles remplies de
chefs-d'oeuvre.

Les pompiers sont vite arrivs sur les lieux, ceux de la Cit les
premiers. Et l'on assiste au spectacle que nous avons reconstitu avec
une prcision photographique et qui rpte, aux dtails prs, celui dont
nous fmes tmoins le 8 mars 1900.

Aux murs, les hautes chelles de sauvetage sont dresses. Sur les toits,
les pompiers sont apparus, tirant aprs eux les longues manches de cuir,
brandissant des lances luisantes. Quelques-unes, tout naturellement,
n'ont pas d'eau, l'incendie s'tant juste produit un aprs-dner o, par
hasard, les rservoirs manquaient de pression. Et, sur le terre-plein du
Carrousel, on peut voir les conservateurs, atterrs, muets devant une si
navrante catastrophe, depuis tant d'annes prvue et annonce, se
tordant les mains, impuissants, des larmes dans les yeux.

Cependant,  l'intrieur, on a commenc le dmnagement.

Il est des oeuvres qu'il ne fallait pas songer mme  tenter de sauver,
 cause de leurs dimensions. C'est ainsi que l'on devra abandonner au
brasier les _Noces de Cana._

Mais voici, aux bras mercenaires des gardiens, des soldats accourus  la
rescousse, des dmnageurs improviss et maladroits qui vont, courent,
se bousculent, draisonnent, des pages sublimes et si prcieuses que,
lorsque les conservateurs et leurs restaurateurs faisaient mine,
seulement, d'y toucher d'une main trop lourde, s'levait un cri
d'universelle rprobation.

Voici, passant par les fentres, descendus au bout de cordes mouilles,
mal attaches, incertaines, les _Plerins d'Emmas_, de Rembrandt, que
ne remplacerait jamais tout l'or des lointains Transvaals; voici la
_Kermesse_, de Rubens, source de joie abondante et saine; le _Charles
1er_ de Van Dyck que, jadis, la Dubarry avait conserv  la France; le
ple et hautain _Richelieu_ de Philippe de Champagne, et cent autres
merveilles pour chacune desquelles on aurait pu reprendre le mot de Paul
de Saint-Victor sur la Vnus de Milo: Si elle disparaissait, une
lumire s'teindrait sur le monde...

Cauchemar, rve, soit! Mais ce cauchemar, ce rve peut tre la ralit
demain. Et l'on hsiterait, en ayant les moyens,  rendre impossible un
pareil dsastre?

[Illustration: L'chafaudage de l'glise de la Trinit, 
Paris.-_Photographie prise d'une fentre des Ambulances parisiennes._]

Depuis dix ans, vingt ans, depuis que voisinent entre les mmes
murailles les chefs-d'oeuvre immortels et les fonctionnaires
indiffrents, on a signal le pril. La question n'avait pas progress
d'un pas. Or, nous voici en prsence d'un ministre nouveau qui semble
bien dcid  en hter la solution. M. Clmentel, ministre des colonies,
ne demande pas mieux que d'abandonner le pavillon de Flore,--ce qui
serait un premier et enviable rsultat,--et l'un des actes du
sous-secrtaire d'Etat aux beaux-arts, M. Dujardin-Beaumetz, le montre
anim des meilleures intentions:  peine arriv rue de Valois, il
constituait une commission  laquelle il donnait mission d'aviser aux
moyens de parer aux dangers incessants que courent les collections d'art
du Louvre.

Dix projets diffrents ont t prsents: transfert des colonies dans
les btiments du commissariat gnral de la dfunte Exposition de 1900,
qui seront peut-tre enfin libres dans quelques mois; transfert au
Palais-Royal, dans la partie occupe par l'administration des
beaux-arts, qui migrerait  son tour  la caserne de la rue de
Bellechasse; construction d'un htel pour les colonies sur les terrains
de la rue Oudinot o s'lve le noviciat des frres des coles
chrtiennes expulss; nous en passons!... Le meilleur sera celui qui
sauvera le plus vite le Louvre. Et nous serions heureux, pour notre
part, si, en montrant d'une faon tangible les irrparables consquences
qu'aurait un sinistre comme celui qu'on peut prvoir, en mettant sous
les yeux de ceux desquels dpend, sur ce point, notre tranquillit
l'image mme de ce que serait ce drame, nous avions stimul un peu le
zle qu'on leur sait pour la bonne cause.

GUSTAVE BABIN.



LES CHAFAUDAGES DE LA TRINIT

On rpare, en ce moment, la faade de l'glise de la Trinit. Bien
qu'elle n'ait pas encore quarante ans d'existence, elle commenait,
parait-il,  s'effriter. Le monument de Ballu n'a rien  gagner ni 
perdre, sans doute, au point de vue esthtique,  ces travaux de pur
entretien, et personne n'y aurait pris garde si l'chafaudage lev
autour de la flche principale et des deux clochetons latraux de
l'glise n'tait, en soi, une merveille de grce arienne, de beaut
mme, en son genre un chef-d'oeuvre, et, en ce moment,  tout le moins,
une des curiosits de Paris. Il est d'une lgret qui confond et qui
inquiterait un peu, si l'on n'avait, d'autre part, la certitude que le
systme a fait ses preuves de solidit. Et les passants s'arrtent
involontairement pour le contempler, les uns tonns, les autres ravis
de tant d'lgance et de tant d'audace.

En quelques jours, l'chafaudage de la Trinit a surgi de terre et
escalad la faade qu'il garnit si joliment. Les lments principaux,
comme on le voit sur notre gravure, en sont des chelles, qui forment
les montants, l'armature essentielle. Il en est entr dans la confection
de cette charpente environ deux cents de 14, de 12 de 10 mtres de long.
Le tout ne cube que 155 mtres. Et c'est un fort remarquable travail aux
yeux des constructeurs comme  ceux des artistes.



[Illustration: Le gnral Stoessel et son aide de camp, le lieutenant
Nevelskoy, quittant Nagasaki.]

[Illustration: Major Bielaef. Major Seifouline, Docteur Troitzky.
Mdecin japonais. Gnral Tretiakof. Officiers russes, prisonniers sur
parole, dans le jardin d'une maison de th  Inasa, prs de Nagasaki.
LES VAINCUS DE PORT-ARTHUR AU JAPON]



[Illustration: Le village de Krbedj (Fort-Sibut).]

LA MISSION BRAZZA AU CONGO FRANAIS

Le gouvernement, dcid  faire toute la lumire sur les faits atroces
reprochs  deux fonctionnaires coloniaux, M. Gaud et M. Toqu, et que
nous avons mentionns dans notre numro du 25 fvrier, a donn mission 
M. Savorgnan de Brazza, gouverneur honoraire des colonies, qui fut l'un
des plus clbres pionniers de la France en Afrique, de poursuivre une
enqute complte sur la situation de notre colonie du Congo, dont il
fut, prcisment, le fondateur et dont le chef-lieu porte son nom. M. de
Brazza s'embarquera le 15 de ce mois pour se rendre  Brazzaville et de
l dans le Haut-Congo et le Haut-Oubangui.

On souhaiterait, on voudrait pouvoir esprer que cette enqute ne
confirmt pas les effroyables accusations que l'on connat, mais qu'au
contraire elle dmontrt que le Congo fut toujours, partout, la terre
idyllique que montre la photographie ci-dessus, o de bons ngres
oisifs, et contents de peu, s'amusent  des jeux d'enfants au grand
soleil.

[Illustration: M. Savorgnan de Brazza.]

[Illustration: Carte de la rgion du Haut-Oubangui, o va enquter la
mission Brazza.]

Ce Toqu, encore que certaines lettres de lui, qui ont t rcemment
publies, rvlent un dtraquement littraire un peu inquitant, n'a
vraiment pas l'air de la bte froce qu'il serait si les crimes qu'on
lui impute taient prouvs. Allong sur son rocking-chair, son boy
attentif  ses cts, il semble seulement, pour le quart d'heure o fut
pris le clich qui le reprsente ici, un fonctionnaire qui a des loisirs
et qui s'ennuie, peut-tre.

Il est vrai que l'ennui est souvent un terrible conseiller!

[Illustration: Toqu au poste de Fort-Crampel (Gribingui)].



[Illustration: LES VENTRES DORS, DE M. EMILE FABRE, AU THEATRE DE
L'ODON

Scne du 3e acte. Le cabinet du conseil d'administration de la Nouvelle
Afrique a t envahi par la foule des petits porteurs d'actions,
affols par la dgringolade des cours; au moment o ils exhalent leur
colre contre les administrateurs, le baron de Thau, prsident de la
Socit, fait son entre, le visage radieux; il annonce la hausse;
revirement complet: on acclame le baron, on lui baise les mains, c'est
du dlire.--A cet instant, plus de 60 personnages occupent la scne, et
jamais on ne vit au thtre spectacle aussi vivant et mouvements aussi
bien rgls.

_Notre numro du 25 mars contiendra le texte complet des Ventres dors
avec de nombreuses illustrations photographiques._]

_Documents et Informations._


LA TLPHONIE PRATIQUE  STOCKHOLM.

Heureux habitants de Stockholm et que leur sort nous apparat enviable!

[Illustration: Kiosque tlphonique public  Stockholm.]

Alors que, chez nous, pour tlphoner  notre femme que nous ne rentrons
pas dner,  un ami que nous venons dans une demi-heure le surprendre et
partager son brouet, il nous faut courir  la recherche d'un bureau de
poste, solliciter l'employ embusqu derrire son grillage, subir
l'interminable attente d'un tour problmatique, si bien que le mieux que
nous ayons  faire est souvent de prendre une voiture,--ils ont, l-bas,
le long de promenades, de commodes cabines pas beaucoup plus
dcoratives, videmment, que les kiosques de nos boulevards, mais
ingnieusement disposes, avec leur partie infrieure  claire-voie,
pour qu'on puisse voir, en passant, si elles sont occupes. Et de l,
moyennant dix centimes glisss dans une fente semblable  celle de nos
distributeurs automatiques, on met en branle la sonnette d'appel
et,--qui sait,--peut-tre a-t-on immdiatement, sans poser si peu que ce
soit, la communication demande.


LE TH CHEZ LE DINOSAURE.

Dinosaures, dit le dictionnaire, du grec _deinos_, terrible, et
_sauros_, lzard, sauriens de trs grande taille qu'on trouve  l'tat
fossile. Les dinosaures taient donc de monstrueux lzards qui
existrent, aux poques gologiques, aux temps indtermins o se
formaient les terrains appels, par les savants, jurassiques. Et ils
vivaient, croit-on,  en juger par leur structure dont quelques
caractres l'appellent les plantigrades, d'autres les sauriens
amphibies, crocodiles et camans, moiti sur les arbres et moiti dans
l'eau.

Les restes d'un de ces dinosaures, d'une varit appele _brontosaure_,
furent dcouverts en 1897, aux Etats-Unis, dans les montagnes Rocheuses.
On passa deux annes  extraire du sol le fossile. Les cinq annes
suivantes furent employes  nettoyer les ossements et  reconstituer le
squelette. Cette besogne dlicate vient seulement d'tre acheve. Alors,
le Musum amricain d'histoire naturelle,  New-York, tout fier d'tre
le seul au monde qui, actuellement, puisse montrer une pice pareille,
a, pour l'inaugurer, la prsenter au public, convi un certain nombre de
sommits scientifiques et, tout naturellement, dans un but de
vulgarisation, des hommes du monde et de gracieuses femmes  un th
aussi lgant que pittoresque.

Les tables taient dresses dans la salle mme o le brontosaure rige
sa formidable armature. Et ce dut tre un spectacle fort amusant et, en
tout cas, inattendu que celui de cette foule d'invits corrects, de
_professional beauties_ habilles  la dernire mode, fleur de la
socit new-yorkaise, voluant, discutant, caquetant, autour de ces
tables fleuries servies par de raides matres d'htel en frac et
plastron glac, devant ce squelette de vingt mtres de long, monstrueux
vestige d'un animal contemporain de quelque dluge plus ancien encore
que ceux que virent Deucalion ou No.


LA RACE ET LA COULEUR CHEZ LE CHEVAL.

C'est une sorte de dogme, accept par les leveurs, que les races pures
sont toujours de couleur sombre, et leur rpugnance est grande pour les
reproducteurs de robe claire et notamment sous poil gris et blanc. Dans
les stations de monte, lorsque l'administration des Haras place un
excellent reproducteur percheron de couleur grise, des rclamations se
produisent. Nos leveurs veulent des percherons noirs.

Or, se basant sur des recherches trs tendues, M. Lavalard, dont
l'observation sur la cavalerie de la Compagnie gnrale des Omnibus date
de plus de trente ans, affirme que la coloration de la robe chez le
cheval ne peut tre considre comme un caractre de race.

Bien plus, la robe du vrai percheron serait le plus souvent grise et les
types de couleur sombre auraient le plus souvent des formes et des
jarrets dfectueux.

Dans le mme ordre d'ides, on n'est pas autoris  dire qu'il existe
une race nivernaise de chevaux de trait, parce que les leveurs lui ont
donn une robe noire. Les nivernais sont bien des mtis, qui ne
supportent pas la comparaison avec les vrais percherons. La robe fonce,
provenant de msalliances ou de croisements, n'a pu qu'altrer la
qualit d'nergie et d'endurance de la race percheronne.

[Illustration: Un th au Musum de New-York dans la salle du dinosaure.]

D'ailleurs, si l'on envisage le pur sang, on voit de temps  autre
reparatre la robe grise que l'administration des Haras, s'appuyant sur
un prjug erron, a voulu interdire. N'a-t-on pas vu des pur sang gris,
tels que le Sancy et sa fille Semendria, dmontrer, sur les hippodromes,
qu'ils n'taient pas infrieurs  ceux de couleur sombre?


LES DERNIERS AUROCHS EUROPENS.

On sait qu'aux Etats-Unis le gouvernement a d intervenir pour protger
les bisons contre la destruction totale dont ils taient menacs et
qu'un norme troupeau de ces beaux animaux est runi dans un parc
spcial et s'y dveloppe sous la protection de l'Etat.

Il en est de mme en Europe, o l'on ne trouve plus d'aurochs ou bisons
que dans la Lithuanie, en Pologne. C'est dans une fort voisine de
Bilovge, clbre par ses chasses, que l'on peut voir les derniers
bisons europens. On protge, avec un soin jaloux, les 700 derniers
reprsentants de cette belle race animale, appele  disparatre, et qui
sont d'ailleurs la seule curiosit de la fort de Bilovge.

D'aprs une lgende du pays, ces animaux, d'allure paisible, mais trs
dangereux quand on les excite, auraient jadis quitt leur fort pour
attaquer et mettre en fuite une horde de Tatars.


L'GE O L'ON SE MARIE  PARIS.

Il a t fait en 1902 un total de 25.728 mariages, exactement,  Paris.
Comme l'on connat l'ge de chacun des conjoints, il est facile de
savoir  quelle priode de la vie les gens entrent le plus frquemment
dans les liens conjugaux. Tout d'abord, il faut indiquer les limites
extrmes. Elles sont fort distantes l'une de l'autre: on commence  se
marier  16 ans et mme un peu avant, et l'on continue  70 ans et mme
aprs. En 1902 se sont maries 41 Parisiennes de moins de seize ans et 4
de 70 ans et plus. Il ne s'est point mari de Parisiens de moins de 16
ans, mais on en compte 113 ayant de 16  19 ans qui sont entrs dans la
vie conjugale. L'ge o l'homme se marie le plus  Paris, c'est de 25 
29 ans. Pour cette priode nous comptons plus de 11.000 maris, alors
qu'aux priodes immdiatement prcdente et suivante (20  24 et 30 
34), le chiffre est trs infrieur: 4.000 environ. L'ge d'lection de
mariage des femmes est moins caractris. Il y a bien un maximum pour la
priode de 20  24 ans; mais on se marie encore beaucoup  la priode
suivante. De 20  24 ans, nous comptons 9.621 mariages; de 25  29,
6.267. A mesure que l'on considre des ges plus avancs, la proportion
des hommes l'emporte de plus en plus sur celle des femmes. Dans les
mariages tardifs, la proportion des hommes gs est nettement suprieure
 celle des femmes ges. Il faut remarquer que si l'on considre la
diffrence d'ge des poux, il y a  Paris une forte proportion de
mariages o l'pouse est plus ge que l'poux pour les unions o le
mari est le plus g.

En 1902, il a t clbr 25.728 mariages, avons-nous dit. Or, dans
18.073 cas, le mari tait le plus g; mais dans 7.155 cas il tait le
plus jeune. C'est dans les XVIIe et XVIIIe arrondissements que la
proportion des mariages  mari plus jeune est le plus leve. La
diffrence d'ge peut tre considrable. Elle varie de 1  25 ans et
plus; dans 73 unions, la diffrence d'ge tait de plus de 20 ans 
l'avantage de la femme, Avantage est une forme de langage qui pourrait
se discuter.

[Illustration: A VALESCURE.--Une fontaine de Thodore Rivire. Phot.
Bandieri.

_La colonie trangre qui hiverne a Valescure, sur la Cte d'Azur, a eu
la gnreuse ide de doter ce joli faubourg de Saint-Raphal d'une
fontaine artistique et en a confi l'excution au sculpteur Thodore
Rivire: notre photographie permet d'apprcier la conception fantaisiste
de l'artiste. Cette fontaine a t inaugure le 27 fvrier._]

[Illustration: A ROME.--Un cyprs historique abattu par un orage. _Phot.
Abeniacar._

Au muse des Thermes,  Rome, il y avait, au milieu du clotre des
chartreux, difi par Michel-Ange, des cyprs qui, d'aprs la lgende,
taient contemporains du gnial artiste et qu'on entourait d'une pieuse
vnration. L'avant-dernier de ces arbres vient de s'abattre, min par
les ans et achev par un violent orage.]


LE COMMERCE DU JAPON EN 1904.

On aurait pu croire que la guerre paralyserait dans une certaine mesure
le mouvement commercial du Japon. Il n'en a rien t. Pendant l'anne
qui vient de s'couler et qui, presque tout entire, a t une anne de
guerre, le commerce du Japon a t plus considrable que jamais,
s'levant  1.780 millions de francs, dont 957 aux importations et 823
aux exportations. Compare  l'anne prcdente, l'anne 1904 a donn un
excdent de 210 millions.

Il faut noter les exportations d'or, qui ont t trs fortes et ont
atteint plus de 260 millions de francs.



_Mouvement littraire_

_Madame Rcamier et ses amis_, par Edouard Herriot (Plon, 2 vol.  7 fr.
50 chacun.)--_Mmoires du comte de Rambuteau_, publis par son
petit-fils (Calmann-Lvy, 7 fr. 50). _Misre et Assistance_, par Louis
Singer (Hbert, 2 fr.).--_Nouveau Dictionnaire historique de Paris_, par
Gustave Pessard (Rey, 30 fr.).


MADAME RCAMIER ET SES AMIS.

Ne le 4 dcembre 1777,  Lyon, de Me Jean Bernard, conseiller du roi,
notaire, Mme Rcamier vint s'installer de bonne heure  Paris, avec sa
famille. Garda-t-elle l'empreinte de sa ville natale? Eut-elle pendant
sa vie cette dcence tendre, cette chastet voluptueuse, cette
sduisante rserve que M. Renan considrait comme la marque de la femme
lyonsaise? Elle nous apparat bien avec ces traits charmants, mais dont
il ne faudrait peut-tre pas faire un privilge ethnique. A seize ans,
on la maria avec le banquier Jacques Rcamier qui en avait quarante
deux. Etait-il son pre, comme l'a prtendu Mme Mohl, et l'pousa-t-il
uniquement pour lui faire passer sa fortune? Cela nous expliquerait
certaine rputation qu'on fit  Mme Rcamier. Cette opinion,  laquelle
M. Herriot s'attarde un peu, ne me semble mriter aucune crance.

Sous le Directoire, partout o elle parut, elle disputa le prix de la
beaut  Mme Tallien, tout en observant la plus aimable retenue. En
1798, elle rencontra Mme de Stal dont le salon eut sur elle la plus
grande influence. Le trait distinctif de la vie de Juliette, ce sont les
passions qu'elle inspira, sans que son bon renom en souffrit et sans
qu'on ait mis en doute sa vertu. Longue est la liste de ses soupirants.
Voici d'abord Lucien Bonaparte, dont les moeurs grossires ne devaient
pas sduire la plus dlicate des femmes. Combien nombreux ceux qui, vers
1802, se pressaient dans son salon, avec une nuance d'adoration! On y
voit Louis de Narbonne, Camille Jordan, Bernadotte, Junot, Moreau,
Eugne de Beauharnais, Philippe de Sgur. Devant eux, elle chante en
s'accompagnant de la harpe. Mais, les deux plus empresss, ce sont les
deux cousins Adrien et Mathieu de Montmorency, qui lui resteront
tendrement attachs jusqu' leur mort. Le jeune Prosper de Barante, pour
qui s'tait allume Mme de Stal, s'enflamme pour la divine Juliette. Le
neveu du grand Frdric, le prince Auguste de Prusse, l'aima assez
ardemment pour la vouloir pouser. Ce jeune tranger, de six ans moins
g qu'elle, inspira  Mme Rcamier un sentiment fort et vif. Son coeur,
calme  l'endroit des Montmorency, battit pour le prince Auguste. En
1812, Ballanche, g de trente six ans, naf et rveur, se prsenta
devant elle et resta, jusqu'aux dernires annes, son fidle suivant. Le
jeune Ampre brla l'encens de sa passion devant Juliette.

Plus tard surgit celui qui devait rgner souverainement jusqu' la fin
sur la pense de Mme Rcamier. Chateaubriand avait aperu, pour la
premire fois, la divinit en 1801,  la toilette de Mme de Stal, mais
l'avait perdue de vue. Ce fut  la fin de 1818 qu'il entra dans la vie
de Mme Rcamier. Ce fut l'invasion d'un pervier dans une volire, o
des oiseaux harmonieux gazouillaient tranquillement autour d'une
colombe. Il avait dj aim et bris beaucoup de femmes: fut-il fidle
 Mme Rcamier?

Autour du grand crivain et prs de la divine Juliette on apercevait la
nice de Rcamier, Mme Lenormant, et tous les hommes clbres, jusqu'
Sainte-Beuve et Quinet.

Mais quelle fin eurent de si beaux jours! Tous les amis s'en vont l'un
aprs l'autre. Ballanche meurt en 1847. Malade, impotent, Chateaubriand
attend la mort dans un immense ennui. Aveugle, Juliette se tient prs du
lit d'agonie du grand ami, en juillet 1848. Elle-mme, de la
Bibliothque o elle tait alle vivre avec le mnage Lenormant, fut
porte, aprs une atteinte de cholra, au cimetire Montmartre, en mai
1849. Bonne, fidle, d'une beaut qu'ont immortalise les pinceaux de
David, de Grard et celui de Massot, elle fut reine par le tact et la
bienveillance. Le livre de M. Herriot, plein de documents indits, nous
rend fort bien la plus dlicieuse et la plus influente des femmes du
dix-neuvime sicle.


MMOIRES DU COMTE DE RAMBUTEAU.

Il reprsenta, en administration, les ides sages et la modration.
Prfet de la Seine pendant les quinze dernires annes de
Louis-Philippe, c'est--dire pendant presque tout le rgne, il s'occupa
de voirie, de crches, d'hospices, d'oeuvres de bienfaisance. Si grande
tait sa popularit qu'en 1848 les gens du peuple couchaient son
portrait dans l'Htel de Ville en fredonnant:

        Dors, papa Rambuteau,
        T'as bien mrit de faire dodo.

Avant de prendre la prfecture de la Seine, M. de Rambuteau, qui tait
n dans le Mconnais en 1781 et qui avait pous la fille du comte de
Narbonne, avait, dans sa jeunesse, exerc prs de Napolon Ier les
fonctions de chambellan. Brillant danseur, il s'tait distingu dans
tous les bals et dans toutes les ftes de l'Empire. Il nous peint, en
dtail, la socit de 1809  1812, nous fait assister aux repas
particuliers et  la toilette de Napolon. Il fit de l'opposition sous
les Bourbons et se rallia aprs 1830 au duc d'Orlans. Ce fut un
administrateur fort humain et--ses Mmoires en font foi--un lettr qui
savait crire en la langue de la bonne compagnie.


MISRE ET ASSISTANCE.

Comment ne pas remarquer, parmi les rcentes publications: _Misre et
Assistance, notes historiques_, par Louis Singer (Hbert, 2 fr.)? Ce
volume curieux n'est qu'une amorce qui nous fait vivement dsirer la
suite. Il tait naturel que l'histoire de l'assistance ft crite par un
homme dont la famille est si connue par l'usage qu'elle fait de sa
grande fortune.


NOUVEAU DICTIONNAIRE HISTORIQUE DE PARIS.

Il nous donne sur l'origine et sur l'histoire des rues, des boulevards,
des avenues, les renseignements les plus complets. Nous assistons, grce
 lui,  la cration successive de la grande ville. Si le livre ne
relve pas de la littrature proprement dite, il appartient  la
bibliographie la plus srieuse et  l'rudition.

E. LEDRAIN.



Ont paru:

_Louis XIV et la Grande Mademoiselle_, par Arvde Barine, 1 vol. in-16,
Hachette, 3 fr. 50.--_En Asie centrale_, par le capitaine Anginieur. 1
vol., Ernest Leroux, 2 fr. 50--_Malgaigne_, 1806-1805, par E. Pilastre.
1 vol. in-8, Flix Alcan, 5 fr.--_Les unes et les autres_, cent
dessins, par Albert Guillaume. Garnier frres, 3 fr. 50


MARCEL SCHWOB

Sans doute on tonnera bien des gens en proclamant que Marcel Schwob,
qui vient de disparatre,  quarante ans, tait l'un des plus parfaits
crivains de langue franaise de cette gnration. Pourtant, le _Roi au
masque d'or_, ce conte qu'et sign Villiers de l'Isle-Adam et admir le
somptueux Barbey d'Aurevilly, le _Livre de Monelle_, d'un charme
mystrieux et pntrant, et ce savoureux pastiche des _Mimes_, tout
embaum des douces brises de l'Hellas, et les _Vies imaginaires_, d'une
si ingnieuse invention, enfin la _Croisade des enfants_, ce
chef-d'oeuvre, sont des livres o l'irrprochable harmonie, la beaut
pure de la forme, habillent d'un vtement magnifique des ides
abondantes et profondes.

Marcel Schwob aimait  conter que, s'il devait sa haute culture
intellectuelle  son oncle, Lon Cahun, en son vivant conservateur  la
bibliothque Mazarine, un autre homme avait eu, sur le dveloppement de
son imagination, une influence dcisive, un Amricain, cet trange
capitaine Paul Boyton, inventeur d'un engin de sauvetage singulier. Il
tait enfant quand il avait rencontr le capitaine. Celui-ci lui avait
mis en main un volume de Mark Twain et les oeuvres d'Edgar Poe. Il y
puisa l'amour du mystre et une belle passion pour la langue anglaise.
Il la possdait comme sa langue maternelle elle-mme, et les traductions
qu'il a donnes de l'_Annabella_ de Ford, de l'_Hamlet_ de Shakespeare,
de _Moll Flanders_, roman peu connu de Daniel de Fo, ont la saveur mme
et l'accent des originaux.

[Illustration: Marcel Schwob.]

Je n'ai connu personne qui fut plus sduisant que Marcel Schwob, avec
son masque nerveux, expressif, qu'clairaient des yeux de clair et
grsillant mtal, et sur lequel, en ces derniers temps, une maladie
longue et cruelle, hroquement supporte, avait jet on ne sait quelle
auguste et impressionnante srnit. Sa conversation rvlait une
rudition prodigieuse. On devinait qu'il portait en lui des clarts de
tout. Pote exquis, c'tait encore un savant qu'estimaient hautement les
savants: M. Gaston Paris, qui avait fait de l'tude du folk-lore le but
de toute sa carrire, aimait  le saluer comme un pair.

Il aurait pu, arm comme il l'tait, prtendre aux charges,  la gloire.
Il ddaigna les succs bruyants, heureux seulement de l'admiration de
quelques centaines de frres intellectuels. Et nulle me ne fut plus
stoque ni meilleure que la sienne. G. B.



LES THTRES

M. Emile Fabre vient de remporter une victoire complte sur la scne de
l'Odon, avec une mordante et trs dramatique tude des moeurs
financires de notre poque. Le public prendra grand plaisir  voir
fustiger comme ils le mritent les forbans qui raflent priodiquement
ses conomies. Mais il n'est pas question que d'argent dans les _Ventres
dors_: l'amour, ou tout au moins la femme, y trouve une place
importante et corrige sensiblement ce que cette vigoureuse satire aurait
pu avoir de trop spcial. Grand succs pour les interprtes: MM. Gmier,
Cand, Janvier et Mlle Sergine, particulirement, et pour la mise en
scne qui est de tous points remarquable.

L'Ambigu tient aussi un grand succs avec la _Belle Marseillaise_,
comdie dramatique en quatre actes de M. Pierre Berton. L'action se
passe  Paris sous le Consulat, et dbute par l'attentat de la rue
Saint-Nicaise. Bonaparte y joue un rle important. On se croirait en
prsence d'une oeuvre de Dumas pre, tant est grande l'aisance du
dialogue et de l'enchanement des scnes. M. Castillan a trs bien
compos le rle de Bonaparte; MM. Dieudonn, Brl, Mlles Maud-Amy et
Bryl tiennent les leurs avec talent et l'on nous montre quelques jolis
tableaux de l'poque.

M. Brieux ayant expriment en Belgique l'effet que pouvait produire sur
une salle de thtre son oeuvre de polmique mdico-sociale: les
_Avaris_, s'est dcid  la faire reprsenter chez Antoine. Bien lui en
a pris, puisque le public a parfaitement accept les hardiesses du sujet
en faveur des intentions moralisatrices de l'auteur et surtout de son
rare talent dramatique.

Au thtre de l'Athne, MM. H Dumay et L. Forest ont donn la _Petite
Milliardaire_. comdie fantaisiste en trois actes. On y fait gaiement le
procs des moeurs amricaines et particulirement de la manie qu'ont
certains Crsus du nouveau monde de rechercher pour leurs filles les
dcavs de l'aristocratie europenne; une agence matrimoniale dirige
par deux juifs polonais imagine un trust et toutes sortes de tours
amusants pour canaliser  son profit les bons  revenir de ces unions
dores. Trs bien monte, trs bien joue par Mlle Diterle, MM.
Lvesque, Milo et Beaudouin, cette pice un peu folle, mais dcente en
somme, divertit beaucoup le public.

Le Chtelet voulait sans doute offrir aux enfants, grands et petits, un
spectacle amusant et de merveilleux dcors. MM. de Cottens et Darlay
l'ont servi  souhait en lui donnant leur _Tom Pitt_, dont les exploits
de pickpocket ne se rclament gure de l'art dramatique, M. Max Dearly
dans le principal rle, M. Pougaud et de jolis ballets, il n'en faut pas
d'avantage pour russir.

Au thtre Cluny, MM. Daniel Riche et Lo Marchs nous content, un peu
confusment peut-tre, mais avec esprit, l'histoire d'une photographie
fminine d'une pose plutt libre, mais rendue anonyme par le loup qui
couvre la figure. La _Femme au masque_ est un bon vaudeville, dans le
got de ceux que le joyeux thtre de la rive gauche a donns avec
succs.

La Socit des Concerts Alfred Corlot a fait entendre dernirement, au
thtre de la rue Blanche, une oeuvre admirable et presque inconnue de
F. Liszt: la _Lgende de sainte Elisabeth_. C'est une vocation
magnifique du moyen ge mystique et guerrier: l'inspiration la plus
haute contient et discipline le dveloppement harmonique qui est d'une
richesse et d'un coloris extraordinaires. L'orchestre, les solistes et
les choeurs se sont montrs  la hauteur de l'oeuvre. On ne saurait trop
fliciter M. Alfred Corlot de ses efforts vers le grand art et des
rsultats qu'il a dj obtenus.



NOTRE SUPPLMENT MUSICAL

Nous publions aujourd'hui dans notre supplment un fragment de la belle
partition de M. Alfred Bruneau, l'_Enfant-Roi_. Cet ouvrage vient de
remporter  l'Opra-Comique un succs clatant et nous sommes heureux de
fliciter le compositeur de sa franche et saine inspiration. De toutes
les oeuvres crites jus qu'ici par M. Bruneau, le _Rve, l'Attaque du
Moulin, Messidor_ et _l'Ouragan, l'Enfant-Roi_ nous sduit
particulirement par l'ensemble de ses qualits de grandeur, de
sincrit, de charme et de mlancolie. L'orchestre, sans jamais couvrir
les voix, reste vibrant, chatoyant, pittoresque, les thmes sont
dvelopps et spirituellement transforms et cela sans monotonie ni
complications agressives. L'interprtation fut excellente, la mise en
scne exquise.

Nous publions aussi une Romance extraite des _Dragons de l'Impratrice_,
le triomphe actuel du thtre des Varits. Cet opra-comique d'une rare
lgance musicale, trs suprieur aux musiques d'oprettes, est d  la
plume de M. Andr Messager, l'auteur des _P'tites Michu_, de la
_Basoche_ et d'un chef-d'oeuvre que nous aurons prochainement la joie
d'applaudir rue Favart, _Madame Chrysanthme_.

L'AFFAIRE BONMARTINI.--Les dbats de l'affaire Bonmartini devant la cour
d'assises de Turin, qui avaient t interrompus  cause des lections
gnrales en Italie, ont repris le 21 fvrier et se poursuivent
lentement depuis cette date. L'interrogatoire des accuss est commenc.
A tour de rle chacun d'eux est extrait de la cage de fer, pour rpondre
aux questions du prsident Dusio, vient s'asseoir prs des caisses
renfermant les pices  conviction. Et une assistance aussi nombreuse
que le comporte l'troite salle se presse pour apercevoir la comtesse
Linda, son frre Tullio Murri et leurs conculps.



CHARLES BIANCHINI--Charles Bianchini est mort presque subitement, le 3
mars,  l'ge de quarante-cinq ans.

Originaire de Lyon, il tait venu de bonne heure  Paris, o il devait
acqurir la rputation d'un matre en l'art de dessiner les costumes de
thtre. Nos principales scnes, l'Opra, l'Opra-Comique, la
Comdie-Franaise, avaient recours  sa science et  son habilet
spciales: pendant des annes, nombre d'ouvrages importants furent
monts avec sa prcieuse collaboration. Avant runi dans son atelier de
l'Opra une collection trs complte de documents sur l'histoire du
costume, il possdait en cette matire une vritable rudition, qui lui
permettait de faire des reconstitutions aussi exactes que pittoresques.

[Illustration: Charles Bianchini.--_Phot. Paul Boyer._]

Au moment mme o allait disparatre l'excellent artiste, si rpandu, si
apprci dans le monde des thtres, les affiches annonaient deux
pices nouvelles qu'il avait habilles: l'_Enfant-Roi_, 
l'Opra-Comique et la _Belle Marseillaise_,  l'Ambigu. C'est en sortant
de la rptition gnrale de celle-ci qu'il a ressenti tout  coup les
premiers symptmes du mal auquel il a succomb au bout de quelques
heures.



[Illustration: A TURIN.--L'affaire Bonmartini en cour d'assises:
interrogatoire de la comtesse Linda.--_Phot. Nino Fornari._]

L'imprvu, la soudainet de cette fin et aussi le souvenir voqu d'un
drame judiciaire remontant  six ans ont suggr d'abord l'hypothse
d'un empoisonnement criminel: mais l'autopsie lgale a tabli que la
mort tait naturelle et rsultait d'une lsion du coeur.



LES OBSQUES DE M. EUGNE GUILLAUME.--L'cole de Rome a rendu au vnr
matre, M. Eugne Guillaume, son ancien directeur, un pieux hommage. Ds
qu'il avait appris la mort de son prdcesseur, M. Carolus-Duran avait
demand qu'on transportt la dpouille mortelle du sculpteur  la Villa
Mdicis, qu'il avait tant aime jusqu' sa dernire heure. On plaa le
cercueil dans une chapelle ardente improvise, o les pensionnaires de
l'Acadmie, constitus en garde d'honneur, veillrent jour et nuit. Et
c'est de l, de cette dernire demeure chre  son coeur, que M. Eugne
Guillaume partit pour la France, pour Paris, o le monde des arts se
prparait  lui faire de solennelles obsques.



[Illustration: A PARIS.--Inauguration, par Mme Loubet, de l'asile
Soeur-Rosalie pour les vieillards et les malades indigents.]

L'ASILE SOEUR-ROSALIE.--Le 2 mars, MM. Desplas, prsident du conseil
municipal; Mesureur, directeur de l'Assistance publique, etc., venaient
inaugurer la rdification de l'asile Soeur-Rosalie, pour vieillards
et malades indigents, fond en 1850 par la soeur de Saint Vinrent de
Paul, Rosalie Rendu, rue de l'Epe-de-Bois. Mme Loubet honorait de sa
prsence la crmonie officielle.


[Illustration: A ROME--Service funbre de M. Eugne Guillaume, ancien
directeur de l'Acadmie de France  Rome: le cortge quittant la Villa
Mdicis.]


[Illustration: Mlle Elsie Porter, fille de l'ambassadeur des Etats-Unis
en France qui vient d'pouser M. le docteur Edwin Mende, de
Berne.--_Phot. Pirou, rue Royale._]


[Illustration: LA CARTE POSTALE PHONOGRAPHIQUE, par Henriot.]



_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles publis sous cette rubrique sont entirement
gratuits)_

NOUVEAU FER A REPASSER LECTRIQUE

Les remarquables avantages de l'lectricit comme agent de chauffage
sont bien connus de tout le monde, et le seul reproche que l'on puisse
faire  ce procd consiste dans son prix de revient relativement lev.

L'lectricit a t applique comme agent de chauffage universel; mais
pratiquement ses applications se restreignent  de petits ustensiles,
tels que: fers  repasser, chauffe-plats, chauffe-lits, etc.

L'une des applications les plus intressantes concernant les fers 
repasser a t l'objet de soins tout spciaux de la part de M. Forte,
constructeur de nombreux types d'appareils  chauffage par
l'lectricit. Le fer nouveau que met en vente cette maison possde des
qualits prcieuses de commodit, de simplicit et d'conomie. Il se
compose d'une bote de fonte nickele munie d'un couvercle et d'une
poigne qui lui sont fixs par des vis (fig.). Un double contact form
de deux tiges de cuivre, isoles de la masse par des disques de
porcelaine, recueille le courant qui lui est transmis par un contact
universel et un cordon souple. Ce courant circule dans une srie de
spires de fil de nickel inoxydable enroules autour de plusieurs
feuilles de carton de mica et les porte  une temprature leve; ces
spires sont isoles les unes des autres  l'aide d'autres feuilles
paisses de mica.

D'aprs l'inventeur, les avantages de ce systme sur les autres sont les
suivants:

Son maniement est trs facile et sans aucun danger, un enfant peut s'en
servir.

[Illustration: Coupe du fer lectrique.]

La dpense d'lectricit est faible; pour faire chauffer cet appareil,
il suffit, la premire fois, de sept minutes de passage de courant pour
obtenir la temprature de chaleur maximum, ou de trois  quatre minutes
lorsque le fer est encore chaud  la suite d'une opration prcdente.
Ensuite, on te la fiche et l'appareil reste libre en augmentant encore
sa chaleur pendant dix minutes et en la conservant pendant des heures,
la chaleur accumule dans les fils et dans le mica se transmettant
progressivement au fer tout entier.

L'appareil supprime les pertes de temps: les blanchisseuses qui
repassent le linge trs mouill peuvent s'en servir pendant 30 minutes,
et, avec deux fers, une ouvrire ne perd pas un instant.

Lorsque l'appareil a atteint sa temprature maximum, il ne reoit
presque plus de courant en raison de l'augmentation de rsistance due au
grand chauffement des fils. Il ne peut donc se brler ou se dtriorer.

Au point de vue hyginique, les avantages de ce fer  repasser sont
considrables; la temprature des pices o l'on s'en sert ne s'lve
jamais  une temprature dsagrable et les ouvrires n'ont pas  subir
les manations nuisibles du charbon.

Ce fer lectrique est soigneusement nickel et poli et son application
donne d'excellents rsultats; il se fabrique en plusieurs modles: fer
dit ordinaire, fer dit  glacer, fer pour chapelier, etc., poids de 2 
4 kilos et prix 20 francs, avec 1m,50 de cordon souple.

_S'adresser  MM. Forte et Cie, 12, rue Rochambeau, ou, Maison Strm,
Annexe, 12, rue de la Chausse-d'Antin, Paris._

Modification de prix.--_M. Crabbe, 36, rue de Lancry, Paris, fabricant
des gilets en papier dcrits dans l'Illustration du 18 fvrier
dernier, nous prie d'annoncer que ses nouveaux prix sont, franco poste
pour la France, respectivement: 1 fr. 95, 3 fr. 15 et 4 fr. 65 au lieu
de 2 fr. 05, 2 fr. 60 et 3 fr. 60._

[Note du transcripteur: les supplments dont il est question dans le
texte de cette dition taient absents de notre document source.]





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L'Illustration, No. 3237, 11 Mars 1905, by Various

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state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
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The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
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information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
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States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
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particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
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approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
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Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
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works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


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