Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3230, 21 Janvier 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3230, 21 Janvier 1905

Author: Various

Release Date: August 15, 2010 [EBook #33440]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3230, 21 JANVIER 1905 ***




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[Illustrations: LA REVUE COMIQUE par Henriot]

[Illustration: L'ILLUSTRATION: N 3230, 21 janvier 1905.]

[Illustration: LES FUNRAILLES DE Mme LOUBET MRE  MARSANNE
Le prsident de la Rpublique devant la tombe.
_Dessin de notre envoy spcial, M. L. Sabattier._]



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Fin de mois mlancolique... Les brasseries du quartier sont moins
peuples  l'heure de l'apritif et se vident, le soir, un peu plus tt
qu' l'ordinaire. On y fait aussi moins de bruit; on y rit moins fort et
c'est, depuis trois semaines, comme un affaissement, un ralentissement
de vie qui tonne. Un pensionnaire de mon htel, vieux garon et matre
de confrences  l'cole des chartes, m'explique:

Janvier est un mois terrible pour les Parisiens et vous n'tes en ce
moment entoure, madame, que de gens qui n'ont plus le sou. Professeurs,
tudiants, petits rentiers du quartier latin, nous sommes tous ici logs
 la mme enseigne. Il y a eu les trennes, d'abord... et puis aprs, il
y a eu le terme, qui nous a achevs; c'est pour cela que vous voyez tant
de banquettes vides autour des tables o l'on boit. On souffle... on se
repose de l'effort auquel janvier condamne les petites bourses. Les
cafetiers savent bien cela et que le mme phnomne s'observe au
lendemain de toutes les ftes et des chances de loyer. Sans le secours
d'aucun calendrier, un grant de brasserie qui connat son mtier n'a
besoin que de jeter un coup d'oeil aux tables de son tablissement pour
vous dire  peu prs l'heure qu'il est, quelle saison nous traversons et
en quelle partie du mois nous sommes. Vous vous imaginez, vous autres
femmes, que l'on consomme des bocks ou des verres de quinquina comme on
veut et que c'est par hasard qu'il y a tantt beaucoup de monde aux
terrasses du boulevard Saint-Michel et tantt peu. Quelle erreur,
madame! Ces petites choses ont la fatalit d'une loi astronomique, et,
mme, ici les pauvres hommes qui se croient libres n'ont que l'illusion
de la libert...

J'ai trouv ce matin dans mon journal une lettre bien curieuse, adresse
par M. le ministre de l'intrieur  un snateur bourguignon, nomm Piot.
Ce M. Piot est un homme vnrable,  ce qu'on dit, et d'excellent coeur,
qu'obsde une double ambition: M. Piot souhaiterait que les familles
trs nombreuses fussent exceptionnellement honores et protges, parce
qu'il est d'avis ( tort, ou  raison, je n'en sais rien) que les
familles trs nombreuses sont la richesse d'une nation et sa sauvegarde;
et, pour la mme raison, M. Piot voudrait que, par toutes sortes
d'encouragements et de faveurs l'tat incitt les familles qui ne sont
point nombreuses  le devenir... Or, il y a des conomistes qui ne sont
point de l'avis de ce snateur et qui pensent que c'est, au contraire,
le droit (et le devoir aussi, peut-tre) d'un brave homme qui se marie
de ne point encombrer sa maison de plus d'enfants qu'il n'en peut
nourrir,--et qui, pensant cela, l'ont os dire tout haut... Mme,
plusieurs d'entre eux ont demand, pour soutenir ces opinions, que des
salles de mairie leur fussent ouvertes autour de Paris; et ils ont donn
l leurs confrences. M. Piot ne peut supporter cela. Il a donc suppli
le gouvernement de refuser dsormais l'usage des locaux communaux 
ces prcheurs de mauvaises paroles...

Le gouvernement s'est rendu au voeu de M. Piot et vient de l'en
informer. Quand,  l'avenir, un confrencier dsirera exposer, devant
les habitants de Saint-Ouen, de Bcon-les-Bruyres ou de
Levallois-Perret, la question de savoir si la fortune d'un pays dpend
ou ne dpend pas de l'accroissement indfini des familles qui le
peuplent, il lui faudra d'abord faire connatre  M. le maire ses
conclusions. S'il pense l-dessus comme M. Piot, les portes de la mairie
lui seront ouvertes; dans le cas contraire, on les lui fermera au nez.

Je ne souponnais pas que la littrature jout un si grand rle en ces
sortes d'affaires, et les personnes que j'interroge  ce sujet sont
assez de mon avis. Mon libraire a huit enfants; mon htelier n'en a
qu'un; ma couturire en a deux et ma modiste n'en a pas. Je leur ai
demand  chacun s'ils se souvenaient d'avoir t jamais influencs,
dans leur rsolution d'avoir ou de n'avoir pas beaucoup d'enfants, par
la parole d'un confrencier ou par la lecture d'un livre?

Ils ont beaucoup ri.

L'Acadmie franaise, les salons et les journaux recommencent 
s'occuper de la rforme de l'orthographe. Autre problme o je voudrais
bien que me ft rvle la bonne solution que tout le monde cherche. On
la cherchera longtemps: les adversaires ont de si ingnieuses, de si
amusantes faons de se dfendre ou d'attaquer! J'ai remarqu cela
souvent: ce qui complique en France toutes les questions, c'est l'esprit
prodigieux qu'on dpense  les discuter. Le Franais ne se contente pas
de bien penser avec grce; il est sympathique, il est sduisant dans
l'erreur. Il a des faons tellement spirituelles de raisonner faux qu'on
se prend  aimer pour elle-mme, comme un joli visage ou un joli
tableau, l'opinion (ft-elle absurde) qu'il dfend,--et qu'on lui sait
gr d'avoir tort presque autant que d'avoir raison. Le moyen pour une
trangre de se dbrouiller dans tout cela...

J'ai lu depuis huit jours une trentaine d'articles o la rforme de
l'orthographe franaise est ardemment combattue par les uns, dfendue
vivement par les autres. Qui a tort? Qui a raison? Je ne sais pas. Ceux
qui ne veulent point que l'orthographe soit rforme ont des arguments
qui me charment, des arguments d'artistes et de braves gens. Ils disent
que les mots sont, aprs avoir longtemps servi, comme des bibelots
prcieux qu'il faut aimer et ne manier que d'une main prudente; qu'en
chacun de ces bibelots,--les uns bien conservs, les autres uss presque
dmolis ou trs dforms par le temps,--il y a un peu du pass; que ce
sont de petits morceaux d'histoire. Ils disent que les mots ont, comme
les personnes, une figure, et mieux que cela: une beaut propre,
insparable de l'ide qu'ils expriment, et qu'il est aussi sacrilge,
aussi vilain de toucher  l'orthographe des mots que de prtendre
rformer  coups de marteau ou de badigeon les architectures des temps
anciens... Et je trouve ces scrupules charmants et ces raisons trs
dcisives.

Il est vrai que les autres en donnent, qui sont trs dcisives aussi.
Ils disent que les mots ne sont point des choses, mais des tres qui
vivent et dont la loi est d'voluer, de s'amliorer sans cesse comme
tout ce qui vit. Ils rappellent que les formes des mots n'ont cess de
se modifier au cours des ges et que, ce que nous n'osons point, nos
anctres  maintes reprises l'ont os. Pourquoi le droit de simplifier
l'orthographe, de la faire plus claire, plus raisonnable, plus
accessible  l'esprit des enfants et des trangers, serait-il refus aux
hommes d'aujourd'hui,--quand celui de la compliquer et de l'obscurcir
fut reconnu aux hommes d'autrefois?

Peut-tre pourrait-on s'entendre, au moyen de concessions mutuelles, et
j'imagine assez volontiers ceci: une orthographe infiniment respecte,
traite avec toutes les prcautions que justifie son grand ge, mais
qu'il serait permis pourtant d'amliorer, de corriger, de consolider 
petits coups, au moyen de retouches dlicates dont l'esprit et l'oeil
auraient le temps de prendre l'habitude, et qui se succderaient
doucement, d'anne en anne, de gnration en gnration, sans
bousculade, une par une... La solution n'est pas brillante, je le sens
bien, et cependant n'est-ce pas  peu prs de cette faon-l que s'y
prend la nature pour faire grandir les petits enfants et pousser les
arbres?

...Une heure charmante passe hier au rez-de-chausse du Petit Palais,
dans les salles basses o la Ville a ouvert, cette semaine, son
exposition annuelle de photographie documentaire--le vilain nom pour
une chose si jolie! On avait, il y a un an, propos aux amateurs que
tentent ces exercices un thme amusant; on leur avait dit: Explorez le
vieux Montmartre, la Bivre et les jardins particuliers de la Ville, et
vous nous montrerez l'hiver prochain comment vous avez su voir ces
choses et les traduire. Ils viennent d'apporter au Petit Palais les
produits de leur chasse, et cela est dlicieux. C'est, pour les
Parisiens et les Parisiennes qui natront dans trs longtemps une suite
d'images prcieuses o s'voquera la vie de pittoresques coins
qu'aujourd'hui dj la mort menace et que les plus vieux, en ce
temps-l, n'auront pas connus. Et il m'est trs agrable de penser que
c'est  de simples amateurs que la gloire de ces utiles restitutions
sera due. J'ai, comme beaucoup de touristes amoureux de paysage, la
manie de ne jamais voyager sans mon kodak, et souvent cette passion de
l'instantan m'a t reproche par des compagnes de voyage, qui
s'impatientaient de me voir m'attarder le long des chemins, guettant le
coin de prairie ou la masure bien clairs, l'amusante silhouette d'un
chemineau, le profil d'une barque sur la rivire. Elles me disaient en
riant: Laissez-en pour les photographes... Voyageuses naves! Elles ne
comprenaient pas que les professionnels sont des gens trop occups pour
courir le monde  la recherche des sujets que ne rclame point le
commerce et que les photographies les plus amusantes ne sont pas celles
qu'on trouve dans les magasins. Ce sont celles o l'amateur, habitu
dsormais devant la nature  se servir lui-mme, a su fixer gostement
le souvenir de ses joies  lui, de ses surprises  lui, de ses
trouvailles... A ce jeu-l, il est devenu trs fort, l'amateur; si fort
qu'on l'invite,  cette heure,  vouloir bien honorer de sa
collaboration les futurs historiens de la grand'ville. C'est un succs,
cela, je pense?

Mes amies ne se moqueront plus de mon kodak.

Sonia.



LES FAITS DE LA SEMAINE

FRANCE

10 janvier.--Aprs avoir lu M. Doumer  la prsidence par 265 voix
contre 240 donnes  M. Brisson, la Chambre procde aux divers scrutins
pour le renouvellement des autres membres du bureau. Sont lus vice
prsidents: MM. Lockroy, Etienne, Guillain, Gerville Rache; questeurs:
MM. Lechevallier, Pajot, Chapuis.

12.--Renouvellement du bureau du Snat: M. Fallires est maintenu  la
prsidence. Sont lus vice-prsidents: MM. Eugne Gurin, Loydet,
Poirrier, Desmons; questeurs: MM. Dusolier, Gayot, Bonnefoy-Sibour.

13.--A la Chambre, discussion d'une interpellation sur la politique
gnrale du cabinet; discours de MM. Lhpiteau, Paul Deschanel, Zvas
et Vaillant.--Le Snat inscrit en tte de son ordre du jour le projet de
loi sur le service militaire de deux ans.

14.--Suite du dbat engag sur la politique gnrale du cabinet et
nouvelles protestations contre la dlation dans l'arme: interventions
de M. Krantz, ancien ministre de la guerre, de M. Berteaux, ministre
actuel, de M. Ribot et de M. Jaurs; discours de M. Combes, prsident du
conseil, qui pose la question de confiance. Aprs une suspension
ncessite par des incidents tumultueux, prolongation de la sance
jusqu' minuit et demi. Vote d'un ordre du jour des gauches ainsi
motiv: La Chambre, approuvant les dclarations et le programme du
gouvernement, et dcide  carter toute obstruction... Pour
l'approbation des dclarations, 287 voix contre 281, soit 6 voix de
majorit; pour l'approbation du programme (impt sur le revenu, service
de deux ans, retraites ouvrires, sparation des Eglises et de l'tat),
380 contre 55 (nombreuses abstentions au centre); pour l'ensemble, 289
voix contre 279, soit 10 voix de majorit.--A la suite de ce vote, M.
Combes manifeste l'intention de dmissionner.

15.--Mort,  Marsanne (Drme), de Mme Loubet, mre du prsident de la
Rpublique.--Election de trois snateurs: Seine, M. Mascuraud, radical
socialiste; Eure-et-Loir, M. Fessard, progressiste; Aisne, M. Touron,
progressiste.


TRANGER

8 janvier.--Elections complmentaires en Italie pour la Chambre des
dputs: sont lus 5 ministriels, 1 socialiste, 2 candidats de
l'opposition.

9.--La grve de Bakou (Transcaucasie) s'tend; une soixantaine de
stations de forage ont t incendies.

10.--L'empereur allemand confre la dcoration de l'ordre _Pour le
Mrite_ aux gnraux Stoessel et Nogi.

11.--Dmission du cabinet Deuntzer en Danemark.--Le mouvement de grve
des mineurs dans le bassin de la Ruhr (Allemagne occidentale) prend de
l'extension.

12--L'ambassade franaise, envoye  Fez, quitte Tanger.--Le
gouvernement russe adresse  toutes les puissances une note relative 
la neutralit de la Chine; il y expose ses griefs.

13--Mort du prince Charles-Alexandre de Lippe-Detmold. Le rgent actuel
de la principaut est le prince Lopold de Lippe-Biesterfeld, dont les
droits, on le sait, ont t contests rcemment.--Signature d'une
convention d'arbitrage entre la Grande-Bretagne et
l'Autriche-Hongrie.--M. Christenson, ministre de l'instruction publique
dans le cabinet Deuntzer, devient prsident du nouveau ministre danois.

14--Le grand-duc Serge quitte le poste de gouverneur gnral de Moscou
et le prince Galitzine le poste de gouverneur gnral du Caucase.--Les
grvistes, dans le bassin de la Ruhr, sont au nombre de plus de 100,000.



LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE

Le 13, des dtachements de tous les rgiments de l'arme de sige ont
fait une entre triomphale dans Port-Arthur. La reddition des forts
russes s'tait termine la veille.

Les amiraux Outchtomsky, Gregorovilch et Roshtiliski ont, avec le
gnral Stoessel, donn leur parole de ne plus servir au cours de cette
guerre; ils vont retourner en Russie, par Nagasaki (Japon). Les gnraux
Fock, Smirnov, Gorlatovsky, les amiraux Wiren et Willmann accompagnent
leurs hommes en captivit.

En Mandchourie, le 11, une colonne volante russe, compose de 8
escadrons et de 2 batteries  cheval, a excut un raid audacieux sur
les derrires de l'arme japonaise; son gros est parvenu jusqu'
Niou-Tchouang, dont la faible garnison n'a pu l'empcher de dtruire un
certain nombre des approvisionnements en magasins, mais il s'est retir
devant des renforts japonais.

En Core, les Russes ont galement fait leur rapparition. Des cosaques
sibriens ont pouss jusque prs de Hon-Ouan, sur la cte orientale, au
nord de Gensan. On signale, dans ce pays, l'activit du gnie japonais;
la ligne Fousan-Soul est en exploitation depuis le commencement de
dcembre; elle met Soul  50 heures de Tokio; des voies ferres de
campagne ont t construites entre Soul et Wi-Jou. Soul et Gensan.

L'amiral Skrydlov a t rappel  Saint-Ptersbourg.

La division complmentaire (3e chelon) de la 2e escadre du Pacifique,
compose de 7 croiseurs et contre-torpilleurs, a quitt le port de la
Sude (Crte) le 8; elle est entre dans le canal de Suez le 11.

Au Japon, le dpartement de la marine annonce, le 14, la formation d'une
flottille de sous-marins.--Des navires de guerre japonais auraient
tabli une base navale  Labouan, au nord-ouest de Borno (archipel
malais).



Mme LOUBET MRE

La mre du prsident de la Rpublique vient de mourir, emporte
rapidement par une congestion pulmonaire dont la gravit permettait peu
d'espoir, en raison surtout du grand ge de Mme Loubet:
quatre-vingt-douze ans. C'est  Marsanne, dans sa mtairie, entre les
bras de ses deux petits-fils, MM. Paul Loubet et Barbier, de sa bru, Mme
Auguste Loubet, accourus  son chevet, qu'elle s'est teinte, le 15
janvier.

Cette mtairie, la Terrasse, comme l'appellent les gens du pays, elle
ne l'avait jamais quitte. Longtemps, jusqu' son veuvage, elle y
partagea les travaux de son mari, cultivateur ais faisant valoir
lui-mme; ses trois enfants, deux fils et une fille, y naquirent;
nagure, octognaire extraordinairement valide et alerte, elle la
dirigeait encore.

[Illustration: La mtairie de la Terrasse,  Marsanne, prs Montlimar,
o est morte Mme Loubet.]

[Illustration: Mme Loubet, mre du prsident de la Rpublique.]

Il y a prs de six ans dj, lors de l'lection prsidentielle du 18
fvrier 1899, _l'Illustration_ a publi, dans ce cadre rustique si bien
adapt  sa physionomie, le portrait de la bonne dame de campagne.
Telle elle tait reste, fidle  ses vieilles habitudes, offrant par la
simplicit de sa vie un exemple  souhait pour l'antithse classique
chre au pote.

Certes, l'lvation de M. Emile Loubet au fate du pouvoir ne la
trouvait pas indiffrente; elle en prouvait une lgitime fiert. Mais
ce sentiment si naturel se voilait parfois, dit-on, de quelque regret,
de quelque mlancolie; son bon sourire s'effaait  la pense que son
fils l-bas, dans ce Paris, parmi les honneurs, devait avoir bien du
tracas.

Le prsident, qui affectionnait beaucoup sa mre, allait la voir aussi
souvent que les obligations de sa charge lui en laissaient le loisir. Sa
dernire visite  Marsanne, toute rcente, date du commencement de
janvier; une semaine s'tait  peine coule depuis cette runion
familiale du nouvel an, lorsqu'il lui a fallu retourner vers la maison
en deuil pour accomplir les suprmes devoirs de la pit filiale.
                                                                 E. F.

[Illustration: LES FUNRAILLES DE Mme LOUBET MRE.--Le cortge se
rendant de la maison mortuaire  l'glise de Marsanne. _Photographie de
notre envoy spcial_.]

[Illustration: La dcoration prussienne "Pour le Mrite" dcerne par
l'empereur Guillaume II aux gnraux Stoessel et Nogi.]



UN GESTE DE GUILLAUME II

Au lendemain de la reddition de Port-Arthur, l'empereur Guillaume II, 
qui ne dplaisent pas les gestes  effet, faisait annoncer qu'il
dcernait aux gnraux Stoessel et Nogi, pour rendre hommage  la
bravoure dont ils avaient fait preuve, eux et leurs troupes, pendant le
sige, la croix de l'ordre Pour le Mrite, le plus lev et le plus
envi des ordres militaires prussiens, le pendant du Saint-Georges
russe.

L'ordre Pour le Mrite--dont il a t cr, plus tard, une branche
rserve aux civils--fut fond, en 1740, par le grand Frdric, pour
rcompenser les faits d'armes et les actions d'clat. Il remplaait
l'ordre de la Gnrosit, tabli cent ans plus tt par le prince
lecteur de Brandebourg. L'insigne, port en sautoir, suspendu  un
ruban noir  deux lisrs blancs, est form par une croix  huit
pointes, en mail bleu, angle d'aigles. Sur les branches, on lit en
franais: _Pour le Mrite_.

La dcision de l'empereur allemand a t immdiatement notifie aux deux
gnraux en deux longs tlgrammes qui soulignaient la valeur de la
distinction.

La rponse du gnral Stoessel, parvenue  Berlin presque en mme temps
que celle de son adversaire, est assez mlancolique:

Le tlgramme de Votre Majest, dit-il, m'est parvenu dans un des
moments les plus pnibles de ma vie. Je suis, ainsi que la garnison de
la forteresse, profondment touch et honor par cette nomination dans
le haut ordre de la Prusse, qui m'honorera jusqu'aux dernires heures de
ma vie. Puisse Votre Majest tre convaincue de ma reconnaissance pour
la grce qu'elle m'a faite!

J'ai l'honneur de saluer Votre Majest en mon nom et au nom de mes
soldats.

Il est  croire, en effet, qu'en ces jours douloureux le vaillant
dfenseur ne devait gure rver de rubans et de chamarres. Mais
l'tiquette est l, devant laquelle il faut bien s'incliner, quoiqu'on
en ait.



LA MARQUISE DE MAC-MAHON
ET LES BOUCHERS DE LIMOGES

Une grande dame franaise dote de la faveur d'ajouter  son titre
nobiliaire celui de boucher honoraire, voil certes qui est pour
provoquer la surprise et piquer la curiosit si l'on n'est point
suffisamment initi  nos vieilles coutumes locales. Le fait est
pourtant authentique, et voici comment cette singulire fortune vient
d'choir  une femme minente, portant un nom illustre:

Il y a quelques jours. Mme la marquise de Mac-Mahon allait, en sa
qualit de prsidente des Dames royalistes, donner une confrence 
Limoges. Profitant de son sjour dans le chef-lieu de la Haute-Vienne,
elle voulut visiter la clbre rue de la Boucherie, dont une gravure de
l'_Illustration_ (n du 19 mars 1898) a si fidlement reproduit la
physionomie d'un archasme pittoresque, en publiant une intressante
tude de M. Henri de Noussanne sur la Corporation des bouchers de
Limoges. Cette corporation ne compte pas moins d'un millier d'annes
d'existence; elle s'est attribu de longue date et continue de
revendiquer le privilge de recevoir aux portes de la ville les
souverains ou les chefs d'tat; en outre, ses traditions sculaires
comportent des tmoignages de particulire dfrence  l'gard de tout
personnage de marque.

Il en fut ainsi pour la marquise de Mac-Mahon. Non seulement les membres
de la corporation la reurent avec beaucoup de courtoisie; mais le
syndic, M. Malinvaud-Mantour, lui rendit sa visite et lui remit
solennellement, avec un diplme sur parchemin, les insignes de Boucher
honoraire de la ville de Limoges: une cocarde de soie mi-partie verte
et blanche dont les rubans pendants portent, brode en or, les lettres
S. A.. initiales du patron, saint Aurlien. La bnficiaire, cela va
sans dire, se montra trs flatte et aussi trs touche de cet honneur
inattendu et peu banal.

Rappelons que la marquise de Mac-Mahon est la fille du marquis de Vogu,
membre de l'Acadmie franaise, prsident de la Croix-Rouge et de la
Socit d'agriculture, ancien ambassadeur  Constantinople. Marie en
1881 au marquis de Mac-Mahon, lieutenant de dragons, neveu du marchal
et petit-fils du duc des Cars, elle est devenue veuve de bonne heure.
Elle partage son temps entre les oeuvres de charit et la propagande des
ides qui lui sont chres.

[Illustration: Mme la marquise de Mac-Mahon. _Phot. Pirou, rue Royale._]



DEVANT PORT-ARTHUR UN MOIS AVANT LA CAPITULATION

_Photographies instantanes prises sur les positions japonaises par M.
Lorenzo d'Adda, correspondant de guerre._

[Illustration: Le drapeau de la batterie navale sur les hauteurs de
Hachimaki-Yama.]

_Nous recevons d'un correspondant de guerre accrdit du ct japonais,
M. Lorenzo d'Adda, toute une srie de documents relatifs  la dernire
priode du sige de Port-Arthur. Leur intrt est tel, qu'il n'est pas
entam par la reddition mme de la place forte. Ces photographies, les
renseignements qui les accompagnent nous donnent une vision
particulirement caractristique de ce que fut l'agonie de Port-Arthur
et de l'pret de la lutte o les Russes devaient succomber._


L'ATTAQUE DE KEKAUSAN-NORD.

Le fort russe de Kekausan-Nord, crit M. d'Adda, fut l'un de ceux que
les Japonais attaqurent le plus furieusement. Du 26 au 30 octobre ils
dirigrent contre lui, avec des obus de 28 et de 12 centimtres, une
canonnade terrible, afin d'en dmolir la caponire qui formait, 
l'avant, contrescarpe et de prparer ainsi l'attaque d'infanterie qu'ils
projetaient.

Dans l'aprs-midi du 30; les parallles japonaises taient arrives  150
mtres environ de cette caponire. Alors, deux bataillons nippons se
rurent  l'assaut de la position russe. Mais un feu meurtrier les
accueillit. En un clin d'oeil, ils furent comme fauchs. Sur la pente
rougie de leur sang les cadavres demeuraient accroupis, la plupart
tenant toujours, dans leurs mains crispes, leurs fusils, dont les
baonnettes scintillaient au soleil.

Ils attendirent l une dizaine de jours, dans cette suprme attitude
hroque. L'odeur qu'ils dgageaient tait telle, que les combattants,
des deux cts, en taient par moments suffoqus. La position, pour les
soldats russes dans leur fort comme pour les Japonais dans leurs
tranches, devint intenable.

Un jour, on vit sortir de l'une des parallles un mdecin japonais
parlant russe. Il agitait un drapeau de la Croix-Rouge. Contrairement 
leur habitude (qui, d'ailleurs, est aussi celle des Japonais), les
Russes ne firent pas feu. Le mdecin avana, trs calme, vers l'ouvrage
et,  50 mtres environ, s'arrta.

--Hol! braves camarades du fort! cria-t-il.

Un officier russe de taille herculenne se dressa sur le parapet:

--Que demandez-vous? interrogea-t-il.

--Voulez-vous bien nous permettre de venir chercher nos morts?

--Mais oui... Seulement ne venez pas plus qu'une dizaine d'hommes et,
bien entendu, sans armes...

--Trs bien, c'est convenu! Merci, camarade.

--Adieu, camarade.

Et les Japonais purent enlever ces cadavres  demi dcomposs.

A la date du 26 novembre les parallles japonaises n'taient plus qu'
quelques mtres de la caponire. On fit exploser la mine; puis on
attendit encore quatre jours, comme si l'on avait hsit  donner
l'assaut dcisif  cette fortification ventre. Enfin, le 30, aprs une
lutte dsespre  la baonnette, les petits hommes jaunes s'emparrent
de la caponire. Mais aujourd'hui encore (2 dcembre) le foss et
l'escarpe sont aux mains des soldats du tsar.


UN DSERTEUR RUSSE

A une casemate de la 1re division o j'tais, et d'o l'on voit, 
l'oeil nu, distinctement, les maisons des nouveaux quartiers de
Port-Arthur, la caserne des cosaques, le cimetire, des arbres, de-ci de
l, des chemines hrissant les toits, hier, des soldats japonais ont
apport, sur leurs paules, un caporal de chasseurs sibriens, un
dserteur venu se livrer  eux.

Il tait gai, le misrable, on lui avait donn  boire, promis de
l'argent et il a fourni aux officiers des indications prcieuses. Par
exemple, il a fait connatre aux Japonais dans quelles maisons de
Port-Arthur on fabriquait les cartouches et dans quelles autres maisons
il y avait des dpts de munitions. Les Russes ont multipli ces
ateliers et ces dpts en diffrentes places, prcisment pour viter
les dangers et les consquences d'une explosion qui et t dsastreuse
si l'on avait runi tous ces tablissements.

Or, il y avait tout prs du cimetire un difice que les Japonais
croyaient abandonn et sur lequel ils ne tiraient jamais.

Ils apprirent par le dserteur russe que cet difice tait un des dpts
de munitions les mieux fournis de la place et  l'aide du priscope
relevrent exactement sa situation.

Immdiatement, le tlphone fonctionna, transmit des ordres aux
batteries de la 1re et de la 6e division, et quelques minutes aprs une
trombe de fer s'abattait sur le dpt de munitions. Il croula comme un
chteau de cartes, pendant qu'une grande fume blanche se dgageait des
dbris. Des dtonations suivies et formidables attestrent qu'il y avait
encore  cette place des munitions d'artillerie.

J'ai vu le tratre dans la casemate o on l'avait relgu. Quand il
m'aperut, qu'il dcouvrit cet Europen parmi les Jaunes, il devint
stupide, terrifi. Et un officier japonais qui tait l me dit: A
prsent nous fusillerions bien volontiers cette canaille.

[Illustration: Le fort de Kekausan-Nord.]

[Illustration: Coupe en A-B de l'escarpe, du foss et de la caponire du
fort de Kekausan-Nord.]

[Illustration: Plan de la caponire du fort de Kekausan-Nord et des
parallles japonaises creuses pour l'attaque.]

[Illustration: Ce que les soldats japonais du 7e rgiment (9e div.) ont
trouv dans une tranche prise aux Russes: une mitrailleuse Maxim, une
torpille marine (dont les Russes se sont souvent servis comme mines), un
tambour, etc. L'obus couch est un obus de 30 centimtres lanc par le
Sevastopol, le 30 octobre, et qui n'a pas explos.]

[Illustration sur deux pages: Hakaghinsan en haut. Plus bas les deux
forts de Kekausan et Kekausan S.-E.
Montagne d'Or. Sur la ligne noire infrieure, dans la fume, sont les
forts: Kekausan Nord et Bandjusan.
Dans la fume, les deux forts de Shojusan et Nirjusan (dits: forts
Erlongshan). Au-dessus, les trois forts de Itzushan et Autzushan I et
II, et la colline de 203 mtres.
Au loin: presqu'le de Laotishan.
Ce qu'on voyait tous les jours des positions japonaises, pendant le
bombardement de Port-Arthur.--Photographie prise de Hachimaki-Yama.]

[Illustration: Batterie des obusiers de 28 centimtres de la 1re
division. Cinquante obusiers de ce calibre (28cm.) bombardaient
Port-Arthur. C'est l'un de ces engins (appartenant  la 9 division)
qui,  7,400 m. de distance, aprs 45 coups d'essai de pointage, incendia
et coula en cinq coups conscutifs le croiseur russe Baya, rfugi
dans le port.]

[Illustration: Le dpt des obus de 28 centimtres. Ce sont ces
projectiles qui ont dtruit la flotte enferme dans le port et ont caus
dans la ville et dans les casemates le plus de ravages.]

[Illustration: Le transport des obus du dpt gnral aux batteries. Un
service de wagonnets sur rails avait t reconnu ncessaire pour le
dplacement de ces normes projectiles.]

[Illustration: Un tube lance-fuses dans une tranche avance (1re
division). Les Japonais lanaient des fuses lumineuses sur les
positions russes pour dcouvrir les mouvements nocturnes des assigs.]

[Illustration: Un chef de coolies chinois. Cinq mille coolies taient
affects  l'enlvement des malades et des blesss autour de Port-Arthur
et ne suffisaient pas  la besogne.]

[Illustration: Une tranche parallle japonaise dirige vers une
position russe du groupe des forts de Bandjusan.
Vue le 17 novembre des positions de Hachimaki-Yama.]

[Un vieux canon qui a coopr  la chute de Port-Arthur, Des pices de
ce modle ancien avaient t places en grand nombre sur toutes les
positions japonaises et utilises au lancement de nouveaux obus de 7cm
1/2  grande puissance explosive.]

[Illustration: Le lieutenant-colonel Terada (1er rgiment d'inf.), qui a
enlev la position de Hachimaki-Yama.
Lancs  l'assaut de cette forte position, le 1er et le 2e rgiment
furent dcims; le gnral qui tait  leur tte et le colonel du 1er
rgiment furent tus. Le 2e rgiment se replia. Le lieutenant-colonel
Terada, avec les dbris du 1er rgiment s'entta et conquit la
position.]

[Soldats du 7e rgiment portant des blesss aux ambulances.
Les coolies chinois ne vont pas aux postes avancs o pleuvent les obus
et les balles, achevant parfois les blesss et tuant les brancardiers.]

[Illustration: Le quartier du gnral Nogi.
Le commandant en chef des troupes de sige avait fix son quartier
gnral dans le village de Tobo-Chan et lui-mme s'tait install dans
une de ces modestes cases chinoises.]

[Illustration: Le quartier gnral de la 1re division.
De ce campement, au pied de la colline de Takasaki-Yama,  l'extrme
droite de l'arme japonaise, on devine, tout  l'arrire-plan, la baie
des Pigeons.]

[Illustration: Une jeune Chinoise aux champs.
En dpit du duel d'artillerie incessant, les femmes de Mandchourie
travaillent dans les champs, se garant seulement, d'un geste instinctif,
au sifflement des obus.]


LES DTAILS DU SIGE DE PORT-ARTHUR VUS PAR LA PHOTOGRAPHIE

_Clichs de M. Lorenzo d'Adda._

[Illustration: Maisons de Dalny incendies par les Russes avant
l'vacuation.
Les maisons incendies ne reprsentent que 25% des constructions. Toutes
celles qui sont en bon tat sont bondes de blesss ou de malades. Dalny
n'est qu'un immense hpital.]

[Illustration: Arrive de blesss et de malades  Dalny.
Tous les jours arrivent  Dalny, des camps japonais, un ou deux trains
chargs de blesss et de malades. De la gare, ils sont ports par les
coolies dans un des innombrables hpitaux improviss partout.]

[Illustration: Dans une tranche avance de la 9e division.
Le jour o j'ai visit cette tranche, crit M. d'Adda, les soldats
avaient t informs qu'ils sortiraient pendant la nuit pour un assaut.
De petits mortiers en bois taient prpars pour lancer des grenades. Un
silence tragique rgnait. Les officiers parlaient  voix basse. Parfois
on changeait des appels ou des coups de fusil avec la position russe,
distante de moins de 250 mtres.]

[Illustration: Les blesss.
Les obus et les shrapnells russes tombaient jour et nuit sur le terrain
occup par les Japonais. Des centaines de soldats taient atteints
chaque jour et de nombreux coolies chinois taient occups sans relche
 recueillir morts et blesss.]

[Illustration: Les morts.
De grands espaces sont couverts de petits piquets de bambou qui marquent
la place o sont ensevelis les soldats morts. Pour les officiers, les
tombes sont un peu moins rudimentaires; sur un tertre entour de pierres
se dressent des pieux portant des pitaphes. Cette photographie, crit
M. d'Adda, reprsente un soldat pensif devant deux tombes d'officiers.]

[Illustration: LA MEILLEURE CARTE DES DFENSES DE PORT-ARTHUR PUBLIE AU
JAPON.
En nous envoyant cette carte, M. Lorenzo d'Adda nous crit: C'est la
plus exacte de toutes celles qui ont t publies tant au Japon qu'en
Europe. Elle mentionne tous les points intressants pour l'intelligence
de mes photographies. La ligne pointille indique l'avance japonaise 
la fin de novembre.]

[Illustration: LE VOYAGE DE LA MISSION DIPLOMATIQUE FRANAISE DE TANGER
A FEZ.--L'embarquement  Tanger.]

L'incident qui avait un moment retard le dpart de l'ambassade que le
ministre de France, M. Saint-Ren-Taillandier, tait charg de conduire,
 Fez, vers le sultan du Maroc, cet incident est heureusement aplani. Au
moment o les pessimistes commenaient  redouter de graves
complications, une lettre crite au nom du sultan par Ben Sliman tait
adresse directement  notre reprsentant et apporte en hte,  Tanger,
par un courrier spcial.

Le sultan y disait, en substance, qu'il avait appris avec une profonde
douleur et une grande surprise l'ajournement du dpart de l'ambassade et
les autres mesures annonces par le ministre de France, qu'il n'avait
jamais pens se priver des services de la mission militaire franaise et
que son reprsentant  Tanger avait mal interprt sa pense en
annonant le renvoi de cette mission.

Il suppliait donc M. Saint-Ren-Taillandier de ne pas laisser partir de
Fez le consul de France, ni la mission militaire, et il demandait en
mme temps  notre ministre de se rendre le plus rapidement possible 
Fez pour resserrer les liens d'amiti entre les deux pays et prendre, de
concert avec le gouvernement chrifien, toutes les mesures qui seraient
utiles pour arriver  ce rsultat.

Nous ne pouvions demander davantage. M. Saint-Ren-Taillandier fut
aussitt autoris par le quai d'Orsay  se mettre en route pour Fez et
le croiseur _Du-Chayla_, mis  la disposition de la mission pour la
conduire au port de Larache, vint mouiller en rade de Tanger.

Le 11 janvier,  2 heures de l'aprs-midi, la mission s'embarquait.

Elle se compose, sous la haute direction de M. Saint-Ren-Taillandier,
de M. de Saint-Aulaire, premier secrtaire d'ambassade, du capitaine
Jouinot-Gambetta, attach militaire, de M. Pelletier, troisime
secrtaire, et des drogmans et interprtes de la lgation.

Les autorits marocaines de Tanger, le gouverneur en tte, et plusieurs
reprsentants des autres puissances taient venus saluer les membres de
la mission franaise avant leur dpart et les ont accompagns jusqu'au
quai o les attendait la chaloupe qui devait les amener  bord du
_Du-Chayla._

Le voyage se passa sans incident et la traverse fut superbe. Le soir
mme,  6 h. 30, le croiseur jetait l'ancre devant Larache, salu par le
canon de la vieille forteresse. Mais en raison de l'heure avance et de
l'tat de la barre qui dfend l'entre du port, on dut remettre le
dbarquement au lendemain.

Ds le matin, des barcasses appartenant au sultan conduisaient tout le
monde  terre, o une rception grandiose tait faite  la mission par
le pacha. Des ordres avaient t donns videmment par le Maghzen pour
qu'on fit l'impossible afin d'effacer la mauvaise impression cause par
l'incident.

[Illustration: M. Saint-Ren-Taillandier, ministre de France, accompagn
 son dpart par les autorits marocaines de Tanger.]

[Illustration: Larache, sur la cte occidentale du Maroc, o la mission
a dbarqu pour prendre la route de Fez.]

[Illustration sur deux pages: UNE FANTASIA AU MAROC: APRS LE COUP DE
FEU.
Photographie instantane de M. Veyre.]



NOTRE VOISIN LE SIAM

L'entente cordiale avec l'Angleterre a amen, comme consquence directe,
l'entente cordiale avec le Piani. La semaine dernire, un fait s'est
pass, presque inaperu dans le brouhaha politique, et cependant
d'importance. Le Siam nous a rendu une partie de ces provinces du Grand
Lac, qui appartinrent au Cambodge, notre protg, et qui lui avaient t
ravies par la conqute. Dans le mme temps, nous lui rendions
Chantaboun, que nous occupions comme gage temporaire. Le lendemain, on
annonait que le roi de Siam avait manifest le dsir d'envoyer un de
ses frres, le prince Damrong, ministre de l'intrieur, saluer le
gouverneur gnral de l'Indo Chine. M. Beau a adress une invitation au
prince, qui se rendra prochainement  Hano. Ainsi se manifeste par des
actes la fin d'une trop longue priode de suspicions, d'hostilits plus
ou moins ouvertes et de colres.

Dans l'intrt de notre empire indo-chinois, nous devons nous fliciter
de ce changement de politique. Aujourd'hui, notre Indo-Chine, de la
frontire chinoise au pays de Kratt, a ses frontires traces; ses
populations sont pacifies; son organisation, acheve. Ce qu'il lui
faut, dsormais, mais ncessairement, c'est la paix qui lui permettra
d'achever ses canaux, ses routes, ses chemins de fer, de mettre en
exploitation ses richesses agricoles et bientt, nous l'esprons,
industrielles, et enfin, s'il faut tout dire, de se fortifier contre des
agressions toujours possibles. La conqute est acheve, la mise en
valeur commence. Pour l'excution de ce nouveau et difficile programme,
nous nous trouverons bien de l'amiti du Siam.

Et, par surcrot, nous nous donnerons ainsi l'occasion de mieux tudier
cette civilisation si curieuse, aujourd'hui en contact avec la ntre.

Les photographies qui illustrent cet article nous rvlent prcisment
un Siam que nous ne faisions que souponner.

Descendant, sur le front des troupes, d'un magnifique landau aux grandes
glaces, la reine Sowaya Pongsi met pied  terre dans un costume
inattendu et qui parat des plus seyants. Et c'est dans ce mme costume,
blouses blanches, culottes noires, souliers  boucles, que s'avance,
dans une cour du palais, l'alerte troupe des princesses, filles du roi.
On admirera leur corps souple et bien proportionn. Selon l'expression
d'un ancien voyageur, Mouhot, ces jeunes femmes n'ont rien  envier aux
modles convenus de notre statuaire. Le teint est olivtre, les
pommettes des joues saillantes, les yeux noirs, taills en amande et
lgrement brids.

[Illustration: La reine de Siam descendant de voiture.]

[Illustration: Dfil des princesses de la famille royale.]

[Illustration: LA COUR DE SIAM.--S. M. le roi Chulalongkorn et son
tat-major.]

La reine, les princesses, toute la famille royale et toute la La cour se
rendaient, le jour o ces photographies ont t prises,  une des plus
significatives crmonies religieuses du Siam.

Les Siamois sont des bouddhistes orthodoxes, et ils le sont avec
ferveur. Leur ardeur religieuse s'atteste de la manire la plus
manifeste par le grand nombre de bonzes qu'ils nourrissent et
entretiennent. Elle s'affirme encore par la multiplicit des pagodes et
des sanctuaires. Les riches, non contents de faire des donations,
construisent un temple qu'ils se plaisent  enrichir et o doivent tre
dposes leurs cendres: les pauvres donnent au moins une idole du
bouddha. Enfin, la profondeur du sentiment religieux de ce peuple clate
dans la vnration dont est entour le roi.

Les titres les plus pompeux lui sont prodigus. Il est par excellence le
_Phrah_, vieille expression cambodgienne qui peut se traduire par
saint, divin, dieu, sacr, auguste, et qui s'applique, en effet, au
bouddha, aux dieux, au roi, aux princes, aux bonzes. Il est encore le
_Brah Pad Samtac_, seigneur aux pieds sacrs, le _Chao Jivit_, matre
des vies, _le Chao Phen Ti_, matre de la surface de la terre, le
_Brah Maha Krasat_, le saint et grand roi. Tels sont les titres qui
appartiennent  ce souverain, qu'un de nos instantans reprsente
cependant sous une tenue sans faste, avec des allures simples, modestes
et qui a bien un peu l'air, s'il est permis de dire, d'un de nos
officiers coloniaux. Ds que le nouveau roi a reu la douche,
l'ondoiement symbolique de la grande purification qui lui vaut un de
ses titres, celui de _Pavitra_, il est tenu d'aller vnrer les cendres
de ses anctres et prdcesseurs dans le temple de la grande tour,
Maha Prasat, qui s'lve dans l'enceinte mme du palais royal. Chaque
anne,  peu prs vers la mme poque,--octobre ou novembre,--il se rend
solennellement dans les grands temples de Bangkok, pour faire ses
dvotions au bouddha et offrir aux bonzes ses prsents, les Phra
Kabhin. Les cendres de ses anctres sont portes devant lui et entrent
avant lui dans le temple. C'est ce plerinage que reprsentent les
dernires de nos photographies. Le roi se rend aux grands temples soit
en voiture, soit parfois  pied, soit, le plus souvent, en barque. Selon
Gervaise, le roi de Siam, dans ses sorties en bateau, tait assis sur un
trne couvert de beaux tapis et enrichi de pierres prcieuses; il tait
entour de six pages prosterns. Cent vingt rameurs, appels bras
peints parce que telle tait leur coutume, manoeuvraient en cadence
leurs rames dores, en chantant  voix basse des airs qui devaient tre
anciens et traditionnels. A l'arrire, un petit tendard, fait d'une
feuille d'or, distinguait la pirogue, le _balon_ royal, dont le timonier
tait frapp s'il se laissait emporter par le courant et dcapit s'il
tombait  l'eau sans que son timon ft cass dans ses mains. Deux
_balons_ d'honneur flanquaient celui que montait le roi: d'autres, en
grand nombre, le suivaient ou le prcdaient. Le lecteur pourra
s'assurer par nos illustrations photographiques de l'exactitude de ces
descriptions. G. R.

[Illustration: Les princes, frres du roi, photographiant le cortge.]

[Illustration: S. M. le roi Chulalongkorn en palanquin.]

[Illustration: LE DFILE SUR LE MENAM DES BARQUES ROYALES ET
PRINCIRES.--La grande barque-pagode est celle qui prcde toujours la
barque royale; elle porte les cendres des anctres de la dynastie.]



Documents et Informations.


Une locomotive sans charbon ni eau.

Une locomotive est actuellement en construction pour le Southern Pacific
railroad, aux Etats-Unis, qui, si l'on en croit certains experts, est
destine  rvolutionner les transports par voie ferre. Ne nous htons
toutefois pas trop de nous mouvoir; ce n'est pas la premire fois qu'on
nous annonce des rvolutions de ce genre. La nouvelle locomotive marche
lectriquement, mais elle produit elle-mme son lectricit; elle
consiste en un moteur  combustion interne du type non explosif qui
actionne une dynamo. Aussi cette locomotive n'a-t-elle ni charbon ni
eau; elle ne fait point de poussire ni de fume. Elle marchera  160 et
180 kilomtres  l'heure, sans difficult, et porterait sans peine avec
elle le combustible ncessaire  un trajet de prs de 5,000 kilomtres.
Ce qui caractrise la nouvelle locomotive, c'est qu'au lieu d'envoyer
dans l'atmosphre 90% de l'nergie disponible dans la houille, en n'en
conservant que 4% dans les chaudires, ce qui fait qu' la roue on n'en
a que 2 1/2%, son coefficient d'utilisation est de 38% au point de vue
thermique, l'utilisation aux axes tant de 28.35: onze fois ce que donne
la locomotive. Le moteur est  quatre temps. Un rservoir  air comprim
actionne un piston qui aspire de l'air; au second temps, l'air est
comprim  haute pression et  haute temprature; au troisime temps, du
ptrole est inject dans cet air incandescent; au quatrime, a lieu
l'expulsion du gaz. C'est au troisime temps que se fait le travail: la
combustion du ptrole se fait pendant une partie du temps seulement.

Attendons maintenant de savoir ce que donnera la nouvelle locomotive. En
tout cas, il est permis d'exprimer cette opinion que la locomotive
ordinaire actuelle est un outil barbare, qui est la cause d'un
gaspillage effroyable.


Le Lion de Chrone.

Il y a deux ans (7 avril 1903) nous publiions une photographie des
ruines du Lion de Chrone, lev par la pit des Thbains  la mmoire
de leurs trois cents compatriotes du Bataillon sacr tombs en
dfendant la patrie contre l'assaut de Philippe de Macdoine, en 300
avant Jsus-Christ. Ces dbris avaient grande allure, et la tte du
lion, toute fruste et mutile qu'elle ft, conservait une noblesse de
style, une fiert d'expression trs impressionnantes.

On a, comme nous le disions alors, entrepris de restaurer ce monument
vnrable. M. L. Sokhos, l'artiste qu'on a charg de cette tche, y a
apport tout le soin pieux dont il tait capable, y a mis toute son me.
Le monument, rdifi, sur son socle, domine maintenant le champ sacr
de Chrone et va tre de nouveau inaugur au printemps, en une fte qui
n'aura certes pas, quoi qu'on fasse, le caractre de celle dont il put
tre le tmoin le premier jour o il se dressa  cette place. D'aucuns
trouveront que les morceaux en taient plus augustes et plus mouvants
que ne parat tre la restitution. Les ennemis des restaurateurs n'ont
pas toujours si grand tort qu'on le pense. Mais les restaurateurs sont
tenaces!

[Illustration: Le Lion de Chrone reconstitu.--_Phot. Comm. par M.
Caclamanos._]


Le thtre franais en Amrique.

La nouvelle d'un curieux vnement thtral nous arrive de Cambridge
(Etats-Unis): pour sa dix-huitime reprsentation annuelle, le Cercle
franais de l'universit d'Harvard a donn les _Folies amoureuses_, de
Regnard, avec le prologue et le ballet de la Folie, c'est -dire la
pice dans toute son intgrit, telle que l'auteur l'offrit au public
parisien il y a deux sicles. Les organisateurs de ce spectacle ont mme
pouss plus loin l'esprit d'initiative dont ils sont coutumiers: dj,
en 1899, ils avaient eu la bonne fortune de monter la premire du
_Pdant jou_ de Cyrano de Bergerac; cette fois, ils ont russi 
dcouvrir le manuscrit original de la partition compose par Gilliet
pour accompagner l'oeuvre de Regnard en 1704, partition qui ne fut
jamais imprime et a disparu du rpertoire de la Comdie-Franaise.

Malgr les difficults techniques d'interprtation, la partie musicale
n'a pas obtenu un succs moins vif que la pice elle-mme, o la sret
et la finesse de leur jeu ont valu aux acteurs les applaudissements
enthousiastes d'une nombreuse assistance. Notons que, la troupe tant
exclusivement forme d'tudiants, sous la direction du professeur
Bernard, les rles de femmes taient tenus par des hommes qui, sans
compter l'habile simulation de la voix et du geste fminins, surent
tirer le meilleur parti des artifices du maquillage, des postiches et du
costume.

Cette reprsentation mritait d'tre signale, ne ft-ce qu' cause de
la trs intressante reconstitution des _Folies amoureuses_; mais il
convient de remarquer en outre que le Cercle franais de l'universit
d'Harvard n'en est pas  son coup d'essai. Voil dix-huit ans, en effet,
qu'il est fond et qu'il s'efforce de faire connatre au public
amricain les chefs-d'oeuvre de notre art dramatique, interprtant en
franais Molire, Racine, Corneille, Beaumarchais, voire Labiche; ainsi,
avec ses confrences inaugures en 1898, il apporte une intelligente
contribution  l'oeuvre de la Fdration de l'Alliance franaise aux
Etats-Unis pour la propagation de notre langue et de notre littrature.

[Illustration: Les tudiants du Cercle franais de l'universit
d'Harvard se prparant  une reprsentation des Folies amoureuses de
Regnard.]



LE BOUCLAGE DU GYROSCOPE.

Les champions du _looping_ semblent avoir adopt la proverbiale devise
de Nicolet: De plus fort en plus fort! Aprs le bouclage de la
boucle, le cercle de la mort, la flche humaine et tant d'autres
prouesses prodigieuses, ce genre d'acrobatie vient de s'enrichir d'une
nouvelle cration rcemment inaugure dans un de nos music-halls
parisiens: le bouclage du gyroscope.

L'ingnieux appareil construit par M. Roquejoffre consiste
essentiellement en une norme roue mtallique de 4 mtres de diamtre
qui, semblable  une roue de cycle, est adapte  une solide colonne de
support en fonte; grce aux roulements  billes, elle peut aisment  la
fois tourner dans le plan vertical et pivoter dans le plan horizontal;
enfin, un contrepoids d'environ 250 kilogrammes assure l'quilibre du
systme. Quant  la piste, dont les lamelles de bois lgrement espaces
augmentent l'adhrence, elle est tablie en porte--faux sur la face
extrieure de la jante.

Ceci pos, voici comment s'excute l'exercice. L'homme se met en piste
sur une bicyclette un peu plus lourde qu'une machine ordinaire; il
pdale d'abord rapidement et, par l'intermdiaire des roues adhrant aux
lamelles, tel un cureuil faisant tourner sa cage, il imprime un
mouvement inverse au gyroscope; puis, il se cale, s'arrte brusquement
et le gyroscope l'entrane en arrire. A une certaine hauteur, la force
ascensionnelle devenant nulle, le cycliste se lance de nouveau en
pdalant; alors son poids, la rapidit de la descente le projettent en
avant et, en rptant le mme effort, il parvient, au bout de plusieurs
reprises  la partie suprieure du gyroscope, qu'il boucle six ou huit
fois de suite.

[Illustration: Le gyroscope acrobatique.]



L'PAISSEUR DES CHEVEUX CHEZ L'HOMME SAIN ET CHEZ L'HOMME MALADE.

Un mdecin japonais, le docteur Matsuura, de Kioto, a fait de curieuses
observations sur les variations d'paisseur des cheveux et sur les
conditions dans lesquelles ces variations se produisent.

L'auteur est parti de cette ide que la nutrition du cheveu doit, comme
celle de l'ongle, dpendre de l'tat de la nutrition gnrale et que, si
la consistance, le volume et la coloration de l'ongle subissent des
altrations dans les parties qui croissent dans le cours d'une maladie,
il doit en tre de mme de la consistance, du volume et de la coloration
du cheveu.

L'observation a confirm ces prvisions thoriques, et M. Matsuura a
constat que, dans le cours de presque toutes les maladies aigus ou
chroniques, la partie des cheveux qui avait pouss durant la priode
morbide avait une paisseur infrieure  l'paisseur normale. Cette
diminution d'paisseur variait d'un dixime  un quart, alors que les
ingalits normales n'atteignaient jamais un dixime.

Comme on pouvait s'y attendre, c'est dans les maladies de longue dure,
la fivre typhode, et surtout la phtisie, que cette altration tait le
plus accentue. Les seuls cas o l'auteur n'ait pu constater aucune
trace de ce phnomne sont ceux o la mort tait arrive soit
subitement, soit dans un temps trs court, comme dans les ruptures
d'anvrisme, les embolies, les fractures du crne ou autres accidents
mortels.

En mme temps que la diminution de l'paisseur des cheveux, l'auteur a
observ l'interruption de leur couche mdullaire et leur friabilit. Les
cheveux des malades s'pilent aussi plus facilement.

Ces observations ne constituent pas une simple curiosit mdicale.
Pratiquement, elles peuvent servir  rtablir l'histoire des maladies
d'un individu et, en mdecine lgale,  contrler certaines affirmations
et  vrifier des identits douteuses.



COMMENT S'APPELLE LA PLUS HAUTE MONTAGNE DU GLOBE?

Jusqu'ici, quand on demandait quelle est la plus haute montagne du
globe, les gens bien informs rpondaient sans hsitation: Le mont
Everest ou Gaurisankar, dans l'Himalaya; 8,840 mtres. Il va falloir
changer cela, en consquence des rcentes investigations qui ont mis fin
 des discussions qui duraient depuis longtemps dj. Quand le pic de
8,840 mtres fut dcouvert, la science gographique lui donna un numro
d'ordre, en l'absence de toute dnomination indigne. Ce fut le pic XV.
En 1856, L'_Indian Surrey_ proposa de donner au pic XV le nom de son
ancien chef, Everest. Ce qui fut fait. Mais en 1857, Schlagintweit vint
tout troubler. Il avait vu, de Kaulia, un sommet trs lev que les
indignes de la rgion nommaient Gaurisankar, et il ajoutait que ce
Gaurisankar n'tait autre que le pic XV ou Everest du gouvernement
indien. Le nom indigne devait prvaloir, disait le voyageur allemand
qui n'tait peut-tre pas fch de vexer un peu les Anglais. Mais
ceux-ci rpondaient qu'il devait y avoir erreur. Ils ne niaient pas
l'existence du Gaurisankar, mais contestaient que cette montagne ft la
mme que l'Everest. Il devait y avoir deux pics. De nombreux mmoires
furent crits pour et contre; mais on fit mieux: on explora, et, pour
achever de faire la lumire, une expdition fut envoye au Npaul en
1903. Cette expdition a rgl le diffrend.

Elle a fait voir qu'effectivement, l'Everest et le Gaurisankar sont deux
pics bien distincts. Ils sont mme  57 kilomtres de distance et
appartiennent  deux massifs diffrents.

Le plus lev est le pic XV ou Everest; le Gaurisankar (pic XX de
l'_Indian Surrey_), de l'autre ct de la valle du Dudh Kosi, n'a que
7,143 mtres. L'Everest est considr comme en ayant 8,840: la rcente
exploration a obtenu trois chiffres, par trois vises diffrentes:
8,767, 8,817 et 8,840 mtres; elle a retenu la plus forte, dj obtenue
par d'autres gographes. Il faut donc,  la question pose plus haut,
rpondre dsormais: Mont Everest, 8,840 mtres. Il paratrait aussi
que le nom de Gaurisankar serait une erreur; il n'y aurait pas de
Gaurisankar. Il y aurait une cime trs leve, voisine de l'Everest,
prsentant deux sommets. Ces sommets auraient chacun leur nom: le plus
lev serait le Sankar et l'autre le Gauri.

Il ne faut plus parler du Gaurisankar, mais seulement du Gauri et du
Sankar.

C'est le Sankar qui aurait 7,143 mtres.



LE NOUVEAU TRAITEMENT DES NPHRITES.

Depuis peu de temps une nouvelle mthode s'est introduite dans la
thrapeutique des nphrites: c'est la mthode opothrapique, prconise
par le professeur Renaut, de Lyon, et qui consiste  traiter ces
affections si redoutables et si pnibles par la macration de rein de
porc.

MM. M. Page et Dardelin, qui ont utilis cette mthode, ont communiqu 
la _Presse mdicale_ leurs impressions sur les rsultats obtenus par
eux. Celles-ci sont trs satisfaisantes. Ils ont soign 18 cas par la
mthode lyonnaise et, dans 16 cas, l'albumine a totalement disparu.
Voici quelques renseignements sur la mthode. Le remde se prpare en
coupant un rein de porc en menus morceaux qu'on lave avec de l'eau
frache pour enlever ce qui pourrait rester d'urine. Aprs quoi on fait
un hachis de ces morceaux de rein et on le pile jusqu' ce qu'il forme
une bouillie qu'on met dans 300 grammes d'eau frache additionne de sel
( la dose de 7 gr. 50 0/00). On laisse macrer trois heures, au frais,
en remuant de temps en temps. C'est le liquide de macration qui
constitue le remde: on le boit en trois fois dans la journe,
additionn de julienne froide, par exemple, pour masquer le got qui
d'ailleurs n'est pas trop mauvais. Le traitement doit se prolonger
pendant dix jours conscutifs. La macration doit tre faite chaque
jour, car elle ne se conserve pas du jour au lendemain; il faut la
conserver  la glace pour viter un commencement de fermentation.

Mme dans des cas d'artriosclrose avance, la mthode exprimente par
MM. Page et Dardelin leur a donn d'excellents rsultats: plusieurs mois
aprs le traitement, l'albumine n'avait pas reparu. Aussi faut-il
esprer que les mdecins mettront  l'preuve le procd inaugur par M.
Renaut et que leurs malades s'en trouveront aussi bien que ceux de MM.
Page et Dardelin.



Mouvement littraire.

_L'Indo-Chine franaise_, par Paul Doumer (Nony, 10 fr.).--_Pking
pendant l'occupation trangre en 1900-1901_, par le lieutenant-colonel
Guillot (Lavauzelle, 3 fr. 50).


L'Indo-Chine franaise.

Pendant cinq ans, de 1897  1902, M. Doumer a gouvern l'Indo-Chine, o
il succdait  M. Rousseau. Ce sont ses souvenirs de l-bas et son
administration que le nouveau prsident de la Chambre expose dans son
livre. Pas de phrases inutiles en ces pages. L'auteur est avant tout un
homme d'action qui s'amuse peu aux bagatelles littraires et aux
redondances oratoires. Il crit comme il parle et comme il agit.
Quelquefois cependant sa concision se pare, comme lorsqu'il rend sa
vision des ruines kmres de Watpou, au Cambodge, et d'Angkor, au royaume
de Siam. Tout est grand ici, tout est colossal: la vgtation, les
ruines, les souvenirs. On ne peut s'empcher d'admirer les arbres, dont
les fts, que vingt bras n'entoureraient pas, s'lvent vers le ciel,
droits, vigoureux, altiers, comme s'ils s'taient nourris de la chair
des morts qui dorment  leur ombre. Mais peut-tre n'est-ce pas quand
il monte jusqu' la posie que M. Doumer nous semble suprieur. Il
excelle dans le rcit tout nu, dans l'lgante et sobre manire dont il
use pour narrer ce qu'il a vu et les rformes qu'il a accomplies.

Dbarqu  Saigon, le 13 fvrier 1897, il commence par tudier la
Cochinchine, dont il nous dit le climat et les ressources. L rgne une
chaleur humide et accablante, et beaucoup d'insalubrit; mais de cette
terre molle, fertile, sort en abondance le riz dont l'exportation
annuelle s'lve de 80  100 millions de francs. Les habitants logent
dans des cases en bambou, aussi peu confortables que possible; ils ont,
par commune, une maison des notables et un march couvert.

Sans s'attarder dans ce coin sud de la colonie, M. Doumer gagne par mer
le Tonkin, o il trouve une temprature moins supportable encore que
celle de la Cochinchine, mais en revanche des villes comme Hano, le
riche delta du fleuve Rouge, une population plus forte, plus laborieuse,
des artistes, des fondeurs de cuivre, des orfvres, des nielleurs,
d'habiles brodeurs de soie. La Cochinchine nous appartient: le Tonkin,
dpendant de l'Annam, est un protectorat, en ce sens que les mandarins
nous servent d'intermdiaires pour administrer la population indigne:
les intrts de chaque commune sont grs par un conseil de notables qui
rpartissent l'impt, lequel est peru en bloc par les mandarins et
livr au rsident franais. A Hu, M. Doumer est all visiter le roi
d'Annam et s'est aperu des exactions commises par l'administration
locale du pays. Aprs le roi Thanh-Tha, ce fut au tour de Norodom de
recevoir le nouveau gouverneur gnral qui le trouva dans sa rsidence
de Pnom-Penh, la capitale du Cambodge.

M. Doumer tablit, dans cette rgion surtout indienne de la colonie, un
conseil de six ministres indignes, sous la prsidence du reprsentant
de la France. Les dcisions de cet aropage sont soumises  la signature
du roi et contre-signes pour tre excutoires par le rsident suprieur
(juillet 1897).

Mais quelle rsistance de Norodom quand, deux ans aprs, on supprima les
jeux publics si fructueux pour sa cassette personnelle! Avec la nouvelle
organisation du Cambodge, le trsor public augmenta, sans crer de
nouvelles charges, et la richesse de cette contre prit des
dveloppements que note M. Doumer. Les dernires excursions du
gouverneur gnral eurent pour thtre le Laos, une des cinq fractions
de notre empire indo-chinois.

Nous avons, dans ces voyages multiplis, la premire preuve de
l'activit de M. Doumer. Maintenant quelles modifications apporta-t-il
dans le gouvernement de la grande colonie, quelles amliorations dans
ses produits et dans son budget? Il demanda pour lui-mme tous les
pouvoirs qu'un ministre peut avoir en France, dans son dpartement.
Jusqu' sa venue, dit-il, le gouvernement gnral tant trop faible, les
efforts manquaient de coordination et d'unit. Pour arrter les budgets
annuels, il cra un Conseil suprieur de l'Indo-Chine et, en mme temps,
pour l'panouissement de la fortune publique, des chambres de commerce
et des chambres d'agriculture, un service des douanes et des rgies
financires. A son arrive, la Cochinchine tait obre, le Tonkin et
l'Annam en dficit. Grce  une surveillance attentive et  des impts
sur le sel, sur l'alcool, sur l'opium, les recettes furent bientt
suprieures aux dpenses. Un budget gnral (31 juillet 1898) fut
tabli, avec le souci toutefois d'employer sur place les contributions
directes et de faire entrer les indirectes dans le budget commun de
l'empire. Grce aux excdents et  un emprunt amortissable, on put
entreprendre de grands travaux, tracer un rseau ferr de 2,400
kilomtres, des canaux d'irrigation et de desschement, des voies
navigables, des ports.

Ne demandant plus rien  la mtropole, l'Indo-Chine lui est-elle
profitable? En 1896, la France importait dans la colonie pour 50,547,037
francs; en 1901, le chiffre des importations fut de 100,067,696 francs.
L'Indo-Chine, en 1896, exportait en France pour 10,143,905 francs; en
1901 ses exportations ont mont  39,549,995 francs.

Avant de quitter son poste, M. Doumer, inquiet, avait signal le
prochain pril japonais. Je ne me permets, dans ces articles purement
littraires, d'mettre aucune opinion en dehors des lettres pures. Quand
un livre intressant se prsente, je le signale au public et me contente
d'en donner la substance et d'en juger la composition. C'est ce que j'ai
fait pour les souvenirs de M. Doumer.

Pking pendant l'occupation trangre.

M. le lieutenant-colonel Guillot tait commandant du gnie, lors de
l'occupation de Pking par l'arme internationale. Dans un savant
travail, il nous donne le plan dtaill de la ville. En pleine libert,
avec la curiosit d'un amateur et d'un militaire des armes savantes, il
s'est promen dans les deux parties de la grande cit: dans la ville
tartare o se dressent le Palais imprial, le palais des Anctres, celui
de la Statue, avec la cathdrale franaise et le couvent des soeurs de
Saint-Vincent-de-Paul, et dans la ville chinoise qui possde le temple
du Ciel et le temple de l'Agriculture.

Pking n'a gure qu'une population de 600,000  700,000 habitants, bien
que son tendue gale presque celle de Paris. C'est qu'il y a l des
parcs, des palais avec des entours spacieux, beaucoup d'arbres. La
scurit la plus absolue reprit bientt possession de la ville, aprs
l'entre des troupes allies; les boutiques s'ouvrirent de tous cts;
on circulait doucement dans ces rues nagure agites par les Boxers.
Instructif et pittoresque, mme pour les profanes, le volume de M.
Guillot se distingue peut-tre par un optimisme trop marqu  l'endroit
de la Chine et de ses desseins pacifiques. E. Ledrain.


Ont paru:

HISTOIRE.--_Marly-le-Roi, son histoire (697-1904)_, par Camille Piton.
In-8, illustr, Joanin, 15 fr.--_La Reine Margot et la Fin des Valois
(1553-1615)_, par Charles Merki. In-8, avec portrait, Plon, 7 fr.
50.--_Les Rupelmonde  Versailles (1686-1784)_, par le comte Charles
de Villermont. In-18, Perrin, 3 fr. 50.--_Jadis_, par Frdric Masson.
In-18, Calmann-Lvy, 3 fr. 50.--_Le Maroc d'aujourd'hui, d'hier et de
demain_, par Arthur de Gauniers. In-8, Fume, 2 fr. 50.--_L'Empire de la
Mditerrane_, par Ren Pinon. In-8, Perrin, 5 fr.

ROMANS.--_L'Amant et le Mdecin_, par Gabriel de la Rochefoucauld. In-18,
Calmann-Lvy, 3 fr. 50.--_La Maison de la petite Lima_, par Pierre de
Querlon. In-18, Mercure de France, 3 fr. 50.--_Le Pch de la morte_,
par Maxime Formont. In-18, Lemerre, 3 fr. 50.--_Au-dessus de l'abme_,
par Th. Bentzon. In-18, Calmann-Lvy, 3 fr. 50.--_La Cit ardente_, par
Henry Carton de Wiart. In-18, Perrin, 3 fr. 50.--_La Guerre
universelle_, par Auguste Niemann, traduit de l'allemand par J.
Schroeder et P. Bruck-Gilbert. In-18, Flammarion, 3 fr. 50.--_La Valise
diplomatique_, par Lon de Tinseau. In-18, Calmann-Lvy, 3 fr.
50.--_L'Election sentimentale_, par le comte de Comminges. In-18, Juven,
3 fr. 50.--_Le Droit au bonheur_, par Camille Lemonnier. In-18,
Ollendorff, 3 fr. 50;--_Mon papa_, par Julien Berr de Turique. In-18,
d, 3 fr. 50.

POSIES.--_La Sonate des heures_, par Albert Reggio. In-18, Perrin, 3
fr. 50.--_Le Secret de la vie_, par Fernand Richard. In-18, Plon, 3 fr.
50.--_Oiseaux_, par Louis Mandai. In-18, Lemerre, 3 fr.
50.--_Primevres_, par Henri Dorange. In-18, d, 3 fr.--_La Jeunesse du
saint roi Louis_, pice en 5 actes, en vers, par Joseph Ducos. In-18,
d, 3 fr. _Armide et Gildis_, drame en vers en 5 actes, par Camille de
Sainte-Croix. In-18, Librairie gnrale, 3 fr. 50.--_Les Flammes de la
vie_, par Jeanne Sienkiewicz. In-18, Vernier, 3 fr.--_Les Voix de la
terre_, par Emile Peyromaure. In-18, Victor Havard, 3 fr.



LES THTRES

Malgr ses qualits d'esprit et de bonne humeur, _le Patrimoine_, de M.
Ambroise Janvier,  l'Odon, n'a obtenu qu'un demi-succs; l'auteur
avait trouv un excellent sujet de comdie, il l'a trait en vaudeville;
cette confusion des genres n'a jamais port bonheur  une oeuvre de
thtre. Il n'en est pas moins fort plaisant d'assister aux dboires de
cet excellent notaire qui, pour sauver le patrimoine d'une famille,
dilapid par son chef, imagine de canaliser les fugues amoureuses de
celui-ci dans la direction des femmes du monde, sous prtexte qu'elles
cotent moins cher, et ne s'aperoit pas que sa propre femme a entrepris
dj le sauvetage du dbauch qu'elle aime follement. A signaler, parmi
les acteurs, M. Gmier et Mlle Mgard, particulirement remarquables.

Au Vaudeville, aprs _Son Excellence Dominique_, amusante comdie
politico-bureaucratique de M. J. Thorel, d'aprs une nouvelle de M.
Bergeret, M. Romain Coolus nous a donn, dans _Petite Peste_, quelques
pisodes d'un Roman comique moderne,  coup sr plus gai que l'ancien,
et qui cependant nous le ferait regretter, tant est lamentable
l'immoralit de ces nouveaux htes du Chariot de Thespis. La petite
peste, c'est une enfant de la balle, vertueuse peut-tre, mais vicie
jusqu'aux moelles par son entourage de cabotins et d'oisifs aguichs par
la libert de ses allures. Cela finit cependant par un mariage, comme
une honnte comdie, mais la petite peste n'est pour rien dans ce
dnouement bourgeois: un mariage libre lui et souri davantage,--elle le
dit, du moins. La pice est excellemment joue par Mlle Marthe Rgnier
et Thomassin, MM. Lrand, Dubosc, Gauthier et Colombey.

Spectacle plus reposant  la Renaissance, o M. Jules Lematre a donn
deux pices d'une haute saveur littraire: d'abord la _Bonne Hlne_,
l'exquise fantaisie en vers, inspire des infortunes conjugales du roi
Mnlas, que l'on avait dj applaudie au Vaudeville; puis, _la
Massire_, tude de moeurs contemporaines, o, par une exception rare,
ne s'agitent que des braves gens, mus par des passions honntes.
_L'Illustration_ va publier cette pice; nos lecteurs trouveront  la
lire le mme plaisir dlicat qu'on prouve  la voir reprsente.
Bornons-nous  signaler l'interprtation suprieure qu'en donne la
Renaissance avec Mmes Brands et Judic, MM. Guitry, Boisselot et Maury.

M. Coquelin n'a pas cess d'tre le matre comdien de notre poque; il
suffit pour s'en convaincre d'aller l'entendre,  la Gat, dans les
grands rles comiques de Molire, dans _Tartufe_ et aussi dans cette
aimable pice de _l'Abb Constantin_ que l'on a fort heureusement remise
 la scne.

La Comdie-Franaise vient de clbrer le 283e anniversaire de Molire
par une excellente reprsentation d'_Amphitryon_, prcde d'une exquise
fantaisie en vers de M. G. Courteline, la _Conversion d'Alceste_, que
nous publierons prochainement; nos lecteurs jugeront eux-mmes  quel
point M. Courteline a su s'approprier la langue et l'esprit de son
illustre modle, dans cet ouvrage qui dpasse de beaucoup la porte d'un
simple pastiche. A noter le grand succs obtenu, dans le rle d'Oronte,
par M. Brunot, le plus jeune des pensionnaires de la Comdie Franaise.



NOTRE SUPPLMENT MUSICAL

Nous publions dans notre Supplment musical de ce jour un fragment de la
3e partie de la _Croisade des enfants_, lgende musicale en quatre
parties adapte du pome de Marcel Schwob, musique de notre
collaborateur Gabriel Piern.

Cette oeuvre, couronne au dernier concours musical de la Ville de
Paris, a t excute par les soins de la municipalit le 18 janvier;
une deuxime audition publique en sera donne le 22 janvier aux concerts
du Chtelet, sous la direction de M. Ed. Colonne.

Cette oeuvre offre ceci de particulier que les enfants y tiennent une
place importante et que c'est la premire fois, croyons-nous, que
s'unissent d'une faon presque constante la voix des enfants, la voix
des choeurs, hommes et femmes, et l'orchestre.

Les enfants ont t choisis dans les coles de la Ville et aprs un mois
de travail ils sont arrivs  un rsultat admirable de prcision, de
justesse et de charme.

Le sujet de la Croisade des enfants est emprunt au remarquable pome de
Marcel Schwob; il tient tout entier dans ces quelques lignes extraites
des chroniques d'Albert de Stade, de Jacques de Voragine et d'Albric
des Trois Fontaines (anne 1212):

Vers ce temps l beaucoup d'enfants sans chef et sans guide s'enfuirent
ardemment de nos villes et cits vers les pays d'outre-mer. Et, quand on
leur demandait o ils allaient, ils rpondaient: A Jrusalem pour
qurir la Terre sainte... Ils portaient escarcelles, bourdons et la
croix sur l'esclavine... Et certains venaient depuis Cologne. Ils
arrivrent jusqu' Gnes et montrent sur sept grandes nefs pour
traverser la mer. Et une tempte s'leva et deux nefs prirent; et tous
les enfants d'icelles deux nefs furent engloutis... Et lorsqu'on
interrogea ceux qui revinrent pour connatre la cause de leur dpart,
ils rpondirent; Nous ne savons point...

[Illustration: Dessin de M. G. Picard pour le programme de la "Croisade
des Enfants".

La Croisade des Enfants, _lgende musicale de MM. Gabriel Piern Marcel
Schwob, vient d'tre interprte, sous la direction de M. Ed. Colonne,
au Chtelet.--Voir  la page prcdente l'article sur notre Supplment
musical._]



LE GNRAL PEIGN.

[Illustration: Le gnral Peign.--_Phot. Pierre Petit._]

Dans la srie des fiches relatives aux officiers, publies depuis
quelque temps par les journaux, figurait, ces jours derniers, une lettre
du gnral Peign  M. Vadcard, secrtaire gnral du Grand Orient, qui
a produit une vive motion.

Ancien chef de cabinet du gnral Boulanger, le gnral Peign est
actuellement commandant du 9e corps d'arme,  Tours, et membre du
conseil suprieur de la guerre. A la suite de la publication de sa
lettre, il a t mand, pour fournir des explications, au ministre de
la guerre et a t reu par M. Berteaux. Mais on ne sait rien d'officiel
sur ce qui s'est pass au cours de l'entrevue, et l'incident n'a eu,
jusqu' prsent, aucune sanction. Le ministre tant dmissionnaire, il
ne peut tre pris,  l'gard du gnral Peign, aucune dcision, car
c'est seulement en conseil des ministres que son cas peut tre examin.
La tche reviendra au nouveau cabinet..



DUELS D'ESCRIMEURS.

Un nouveau duel vient de mettre en moi le monde de l'pe. Cette fois
comme le 31 dcembre dernier, c'taient encore deux escrimeurs de marque
qu'une querelle d'ordre pour ainsi dire professionnel mettait aux
prises: MM. Thomeguex et Henry de Pierrebourg, le premier assist de MM.
Rouzior-Dorcires et Destez, le second de MM. le comte de Rochefort et
Dumas-Descombes.

[Illustration: Le duel Thomeguex de Pierrebourg au Champ de Mars.]

La rencontre eut lieu, lundi matin, dans l'enceinte de la Grande Roue,
qui, dcidment, est devenue un trs moderne Pr-aux-Clercs. Bien que la
dure de chaque reprise et t fixe  une minute seulement, la sance
fut fort longue, en raison de la frquence des interruptions;  la
douzime reprise, M. de Pierrebourg tait lgrement atteint au biceps,
et, aprs quelques minutes d'observation, les mdecins ayant constat
l'tat d'vidente infriorit caus par l'engourdissement du bras, les
tmoins mettaient fin au combat. Ajoutons que, suivant l'usage qui
prvaut de plus en plus, un public nombreux, quoique tri sur le volet,
avait t admis au spectacle de cette mmorable passe d'armes; deux
cordes tendues le maintenaient  distance respectueuse. Pendant plus
d'une heure, curieux battant la semelle, curieuses emmitoufles de
fourrures restrent patiemment parqus derrire ce double rempart. Or il
faisait un froid de loup: sol glac, chute de neige fondue, bise
cinglante transformaient le champ clos en une petite Sibrie. Et l'on se
demande ce qu'il faut admirer le plus, de la matrise et de la vaillance
des combattants ou de l'endurance des spectateurs bnvoles, prts 
braver toutes les intempries pour affirmer leur passion des sports en
gnral et de l'escrime en particulier.

Il nous faut encore revenir sur le duel Breittmayer-Lusciez. M.
Breittmayer nous demande, en effet, d'insrer le passage suivant,
_certifi exact_, du texte du procs-verbal: ...A la cinquime reprise,
l'pe de M. Breittmayer produit sur la face interne du bras droit de M.
Lu sciez, prs de l'aisselle, une lgre piqre. A la fin de la mme
reprise, M. Lusciez dclare ne pouvoir continuer immdiatement, tant
atteint de contracture musculaire de l'avant-bras. Aprs un temps
d'observation d'un quart d'heure, il dclara se trouver dans la mme
impossibilit. En consquence le combat est termin.

[Illustration: Le nouveau pont de Saint-Sbastien.--_Phot. Maign, comm.
par M. Du Chambon._]



LE PONT MARIA-CRISTINA A SAINT-SBASTIEN

La municipalit de Saint-Sbastien vient d'inaugurer le nouveau pont
jet sur l'Urumca et auquel a t donn le nom de Marie-Christine, en
l'honneur de la reine mre du roi Alphonse XIII. Ce pont, construit en
ciment arm, est l'oeuvre de M. Ribeira, ingnieur, et de M. Zapata,
architecte; il se trouve en face de la station du chemin de fer d'Iran 
Madrid.

L'inauguration a eu lieu le 20 janvier, jour de la fte patronale de
Saint-Sbastien, en prsence des autorits civiles, militaires et
religieuses. L'vque de Vitoria prsidait la crmonie religieuse.
Cette fte avait attir  Saint-Sbastien un grand nombre de personnes,
venues de tous les points de la province de Guipuzcoa. A. C.



L'ILLUSTRATION THTRALE

Nous publierons dans notre prochain numro: LA CONVERSION D'ALCESTE, de
M. Georges Courteline, cette suite du MISANTHROPE, que la
Comdie-Franaise a reprsente avec un si grand succs, et L'INSTINCT,
de M. Henry Kistemaeckers, qui vient de russir brillamment au thtre
Molire, avec une interprtation de choit, aux premiers rangs de
laquelle il faut citer Mme Cora Laparcerie et M. Cand.

[Illustration: LA RFORME DU CODE CIVIL par Henriot.]



NOUVELLES INVENTIONS

(Tous les articles publis sous cette rubrique sont entirement
gratuits.)


UN TRANSFORMATEUR ASEPTIQUE PERFECTIONN

La question de l'assainissement des villes et campagnes n'est
qu'imparfaitement rsolue par le tout--l'gout qui dplace simplement
les matires insolubles sans les dtruire. Mieux vaut une strilisation
sur place, rsultat possible, mais au prix de traitements chimiques ou
d'un filtrage onreux et compliqu. La Socit sanitaire du
Transformateur aseptique a rsolu conomiquement et simplement le
problme avec son appareil nouveau, dou des qualits suivantes:

Destruction complte et rgulire des immondices;

Purification et innocuit absolues du liquide expuls;

Suppression de toutes charges, de tout entretien, de toute vidange.

Cet appareil, fonctionnant sans addition de produits chimiques, permet 
tout propritaire d'avoir chez lui, sans crainte d'infection, tous les
avantages d'installations modernes et hyginiques, et donne aux
municipalits le moyen de satisfaire aux exigences de l'hygine
publique, sans grever les budgets municipaux.

Le Transformateur aseptique ralise la destruction complte des eaux
vannes et des matires fcales, en les transformant en un liquide
inoffensif qui, s'coulant dans un drain ou dans un gout, ne prsente
aucun danger de contamination. L'analyse de ce liquide faite 
l'institut Pasteur a dmontr qu'il contenait 1,500 fois moins de
microbes que les eaux d'gout.

Le Transformateur aseptique est une application trs intressante des
procds bactriologiques dont Pasteur a pos le principe, en
tablissant que les microbes sont les seuls agents de la putrfaction et
de la dcomposition des matires organiques. C'est en effet par le
travail en quelque sorte mcanique de certains de ces micro organismes
que s'effectue la dcomposition des matires, transformes en un liquide
dont l'innocuit est parfaitement tablie.

Trs solidement construit en ciment comprim spcial, avec armature
extrieure en fer, le Transformateur aseptique peut tre plac au-dessus
ou en contre-bas du sol,  l'intrieur ou  l'extrieur de l'habitation.

[Illustration: LE TRANSFORMATEUR ASEPTIQUE
A, B, tuyau et chambre d'arrive; C, D, appareil et chambre de
purification; E, F, tuyau d'vacuation et chambre de filtration.]

Il se compose d'une srie de quatre chambres:

La chambre d'arrive;

Deux chambres de purification et la chambre de filtration.

La chambre d'arrive reoit les matires qui, spares du liquide 
vacuer par une paroi suspendue, se trouvent accumules dans un trs
petit espace, condition favorable pour leur fermentation. Celle-ci
s'accomplit d'une manire intense et dtermine une surproduction
d'ammoniaque qui a pour effet d'activer la destruction des corps
organiques, papiers, chiffons, etc.

Cette destruction est immdiate et le liquide encore charg de dtritus
provenant de la putrfaction des matires passe dans les chambres de
culture, o s'opre la raction qui doit le purifier.

Pour prvenir l'obstruction de l'appareil on a soin de placer avant la
chambre d'arrive un regard d'inspection, ou petit rceptacle en forme
de siphon, o les matires minrales, vaisselle, terre, pierres, etc.,
que l'on peut jeter dans les cabinets, se trouvent retenues par leur
propre poids. Les chambres de culture sont divises par des chicanes, en
plusieurs compartiments, sur les parois desquels les bactries
s'accumulent en couches glatineuses, dont le contact exerce sur le
liquide l'effet purificateur.

Le liquide purifi s'coule alors facilement  travers les interstices
existant entre les pierres qui garnissent la chambre de filtration,
interstices sur lesquels se forment encore de nouvelles couches
glatineuses ne pouvant causer d'obstruction, car elles sont uniquement
formes de bactries qui se dtruisent fatalement d'elles-mmes aprs un
sjour dans l'appareil.

Telle est la raction qui s'opre dans le Transformateur aseptique et
qui est l'oeuvre exclusive du Travail mcanique des bactries, sans
aucune intervention chimique.

Pour son bon fonctionnement, l'appareil rclame un apport d'eau  chaque
usage, dont la quantit varie de 6  8 litres suivant l'importance de
l'immeuble et le nombre de personnes pouvant y sjourner.

La parfaite tanchit de l'appareil est assure par une construction
des plus soignes et par un enduit hydrofuge spcial dont les parois
sont recouvertes intrieurement et extrieurement.

Le prix des appareils pour l'usage journalier de 30  75 personnes varie
de 450  600 francs.

_Pour tous renseignements, s'adresser  la Socit sanitaire du
Transformateur aseptique, 44, boulevard Beaumarchais, Paris._


UN NOUVEAU FIXE-PINGLE

Les pingles de cravate tant trs sujettes  se dtacher et  tomber,
nous croyons intresser nos lecteurs en leur signalant un nouvel et
ingnieux fixe-pingle capable de remdier  ce petit accident.

[Illustration.]

Cet instrument se compose d'un simple petit tube de mtal dor que l'on
glisse sous la pointe de l'pingle aprs l'avoir pique dans la cravate;
il reste d'ailleurs invisible, tant plac sous la cravate.

Grce  une adroite disposition, ce fixe-pingle s'adapte  toutes les
grosseurs d'pingles; une fois qu'il est en place, l'pingle ne peut se
dtacher accidentellement. On peut voir sur la figure de droite
l'instrument pos sur l'pingle, la figure de gauche montrant la manire
de l'enlever.

Cet ingnieux fixe-pingle que nos gravures reprsentent grandeur nature
se trouve en vente au prix de 2 fr. 50, chez _MM. Kirby, Beard et Cie,
rue Auber, Paris._

_Pour toutes insertions concernant les nouvelles inventions, crire au
service des Nouvelles Inventions, l'_Illustration, _13, rue
Saint-Georges, Paris._











End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3230, 21 Janvier
1905, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3230, 21 JANVIER 1905 ***

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terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
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the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
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the laws of your country in addition to the terms of this agreement
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Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
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States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
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This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
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with this eBook or online at www.gutenberg.org

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from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
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through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
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     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
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1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
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1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
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liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

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your written explanation.  The person or entity that provided you with
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providing it to you may choose to give you a second opportunity to
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is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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