The Project Gutenberg EBook of Oeuvres de Napolon Bonaparte, Tome I.
by Napolon Bonaparte

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Title: Oeuvres de Napolon Bonaparte, Tome I.

Author: Napolon Bonaparte

Release Date: May 1, 2004 [EBook #12230]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE NAPOLON ***




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OEUVRES DE

NAPOLON BONAPARTE.

TOME PREMIER.



MDCCCXXI.




NAPOLON BONAPARTE n'existe plus, sa vie appartient  l'histoire;
peut-tre ne convient-il pas de l'crire encore, bien des faits doivent
tre apprcis, bien des passions calmes, bien des intrts satisfaits,
beaucoup d'affections et beaucoup d'inimitis teintes avant que l'on
puisse parler avec impartialit et raison d'un homme aussi remarquable
dans une priode d'vnemens si extraordinaires.

Beaucoup de faits sont connus, sans doute, mais leur origine est loin
d'tre claircie, et ces faits ne peuvent tre jugs qu'en apprciant sa
position, qui l'a toujours command, la nature de son gnie, qui lui a
fait produire de grandes choses et commettre des fautes.

Ce qu'il a crit, ce qu'il a dit dans les diverses circonstances de son
existence militaire et politique, servira mieux  le faire connatre que
les discours de ses amis ou de ses ennemis.

Son gnie est empreint tout entier dans ses lettres crites durant les
campagnes d'Italie et d'gypte: les lettres se succdaient chaque jour,
sa pense tait partout. Sa correspondance durant le consulat n'a pas
t moins active; nous y avons runi les notes qu'il faisait alors
insrer dans les journaux, et que plusieurs guides srs nous ont fait
connatre.

Nous publierons ensuite ses messages durant le gouvernement imprial,
ses ordres du jour, ses proclamations, ses rponses aux dputations, ses
lettres aux divers souverains, et ces bulletins crits, sous sa dicte,
sur le champ mme de bataille, un moment aprs la victoire.

Nous y joindrons quelques actes mans de sa seule volont, et qui ont
t comme les bases de son gouvernement et de sa politique intrieure,
soit pour rcompenser ceux qu'il aimait, soit pour punir ceux qu'il
craignait.

Nous ferons connatre, dans la dernire partie, les dtails de ses
entretiens familiers lors de sa plus grande lvation, ou dans son
exil, et nous terminerons par plusieurs morceaux qu'il crivit 
Sainte-Hlne, et par des lettres confidentielles qui lui furent
adresses  diverses poques.

Le premier volume, qui paratra plus tard, fera connatre sa gnalogie;
cette pice assez tendue a t extraite des registres de San-Miniato;
elle se compose de vingt pices, remonte jusqu' 1268, et contient
l'histoire de tous ses ascendans, elle n'avait jamais t publie; nous
y placerons une histoire chronologique trs-dtaille de Bonaparte,
et prsentant tous les faits qui lui sont personnels, sans aucune
observation critique. On pourra ainsi faire concorder les faits avec ses
lettres, ses messages et ses discours[1].

[Footnote 1: Nous esprons aussi placer dans ce premier volume un
discours que Bonaparte envoya fort jeune pour concourir  un prix
propos par l'Acadmie de Besanon. On nous a donn l'assurance de nous
le faire connatre. Ce retard nous a forc  diffrer la publication du
tome premier.]

Ce Recueil pourra tre plac  ct des Commentaires de Csar, et des
oeuvres de plusieurs illustres souverains. Il rappellera aux militaires
les ordres qui ont dict la victoire;  beaucoup d'autres personnes, les
lettres qui leur ont envoy des faveurs et qui les ont leves  un rang
dont elles jouissent aujourd'hui.

Sans doute sa carrire si brillante a t ternie par des actions
blmables; mais que ceux qui seront les moins indulgens se rappellent
cette captivit si longue supporte avec dignit, et cette mort reue
avec calme au milieu de la solitude de l'Ocan; cette mort de celui
dont tous les rois et leurs cours devaient porter le deuil; qu'ils se
rappellent ces paroles du souverain qui fera plus par sa sagesse et
par le temps pour le bonheur de la France, que Napolon ne fit par sa
rapidit et par ses armes, qui eut rellement le plus  s'en plaindre,
et qui, parlant au fils adoptif de Bonaparte, lui dit: _J'ai souvent
admir celui que vous aimez_.




OEUVRES DE NAPOLON BONAPARTE




LETTRE DE M. BUONAPARTE

A M. MATTEO BUTTAFOCO,
DPUT DE LA CORSE A L'ASSEMBLE NATIONALE.

MONSIEUR,

Depuis Bonifacio au cap Corse, depuis Ajaccio  Bastia, ce n'est qu'un
chorus d'imprcations contre vous. Vos amis se cachent, vos parens vous
dsavouent, et le sage mme, qui ne se laisse jamais matriser par
l'opinion populaire, est entran cette fois par l'effervescence
gnrale.

Qu'avez-vous donc fait? Quels sont donc les dlits qui puissent
justifier une indignation si universelle, un abandon si complet? C'est,
monsieur, ce que je me plais  rechercher, en m'clairant avec vous.

L'histoire de votre vie, depuis au moins que vous vous tes lanc sur le
thtre des affaires, est connue. Ses principaux traits en sont tracs
ici en lettres de sang. Cependant, il est des dtails plus ignors: je
pourrais alors me tromper; mais je compte sur votre indulgence et espre
dans vos renseignemens.

Entr au service de France, vous revntes voir vos parens: vous
trouvtes les tyrans battus, le gouvernement national tabli, et les
Corses, matriss par les grands sentimens, concourir  l'envi, par des
sacrifices journaliers,  la prosprit de la chose publique. Vous ne
vous laisstes pas sduire par la fermentation gnrale: bien loin de
l, vous ne vtes qu'avec piti ce bavardage de patrie, de libert,
d'indpendance, de constitution, dont l'on avait boursoufl jusqu' nos
derniers paysans. Une profonde mditation vous avait ds lors appris 
apprcier ces sentimens factices, qui ne se soutiennent qu'au dtriment
commun. Dans le fait, le paysan doit travailler, et non pas faire le
hros, si l'on veut qu'il ne meure pas de faim, qu'il lve sa famille,
qu'il respecte l'autorit. Quant aux personnes appeles par leur rang
et leur fortune au commandement, il n'est pas possible qu'elles soient
long-temps dupes, pour sacrifier  une chimre leurs commodits, leur
considration; et qu'elles s'abaissent  courtoiser un savetier, pour
finale de faire les Brutus. Cependant, comme il entrait dans vos projets
de vous captiver M. Paoli, vous dtes dissimuler: M. Paoli tait le
centre de tous les mouvemens du corps politique. Nous ne lui refuserons
pas du talent, mme un certain gnie: il avait en peu de temps mis les
affaires de l'le dans un bon systme: il avait fond une universit o,
la premire fois peut-tre depuis la cration, l'on enseignait dans nos
montagnes les sciences utiles au dveloppement de notre raison. Il
avait tabli une fonderie, des moulins  poudre, des fortifications
qui augmentaient les moyens de dfense: il avait ouvert des ports qui,
encourageant le commerce, perfectionnaient l'agriculture: il avait cr
une marine qui protgeait nos communications, en nuisant extrmement aux
ennemis. Tous ces tablissemens, dans leur naissance, n'taient que
le prsage de ce qu'il et fait un jour. L'union, la paix, la libert
taient les avant-coureurs de la prosprit nationale, si toutefois un
gouvernement mal organis, fond sur de fausses bases, n'et t un
prjug encore plus certain des malheurs, de l'anantissement total o
tout serait tomb.

M. Paoli avait rv de faire le Solon; mais il avait mal copi son
original: il avait tout mis entre les mains du peuple ou de ses
reprsentans, de sorte qu'on ne pouvait exister qu'en lui plaisant.
trange erreur! qui soumet  un brutal,  un mercenaire, l'homme qui,
par son ducation, l'illustration de sa naissance, sa fortune, est
seul fait pour gouverner.  la longue, un bouleversement de raison si
palpable ne peut manquer d'entraner la ruine et la dissolution du corps
politique, aprs l'avoir tourment par tous les genres de maux.

Vous russtes  souhait. M. Paoli, sans cesse entour d'enthousiastes
ou de ttes exaltes, ne s'imagine pas que l'on pt avoir une autre
passion que le fanatisme de la libert et de l'indpendance.

Vous trouvant de certaines connaissances de la France, il ne daigna pas
observer de plus prs que vos paroles, les principes de votre morale:
il vous fit nommer pour traiter  Versailles de l'accommodement qui
s'entamait sous la mdiation de ce cabinet. M. de Choiseul vous vit et
vous connut: les mes d'une certaine trempe sont d'abord apprcies.
Bientt, au lieu du reprsentant d'un peuple libre, vous vous
transformtes en commis d'un satrape: vous lui communiqutes les
instructions, les projets, les secrets du cabinet de Corse.

Cette conduite, qu'ici l'on trouve basse et atroce, me parat  moi
toute simple; mais c'est qu'en toute espce d'affaire, il s'agit de
s'entendre et de raisonner avec flegme.

La prude juge la coquette et en est persifle; c'est en peu de mots
votre histoire.

L'homme  principes vous juge au pire; mais vous ne croyez pas  l'homme
 principes. Le vulgaire, toujours sduit par de vertueux dmagogues,
ne peut tre apprci par vous, qui ne croyez pas  la vertu. Il n'est
permis de vous condamner que par vos principes, comme un criminel par
les lois; mais ceux qui en connaissent le raffinement, ne trouvent dans
votre conduite rien que de trs-simple. Cela revient donc  ce que
nous avons dit, que, dans toute espce d'affaires, il faut d'abord
s'entendre, et puis raisonner avec flegme. Vous avez d'ailleurs par
devers vous une sous-dfense non moins victorieuse, cas vous n'aspirez
pas  la rputation de Caton ou de Catinat: il vous suffit d'tre comme
un certain monde; et, dans ce certain monde, il est convenu que celui
qui peut avoir de l'argent sans, en profiter est un nigaud; car l'argent
procure tous les plaisirs des sens, et les plaisirs des sens sont les
seuls. Or, M. de Choiseul, qui tait trs libral, ne vous permettait
pas de lui rsister, lorsque surtout votre ridicule patrie vous payait
de vos services, selon sa plaisante coutume, de l'honneur de la servir.

Le trait de Compigne conclu, M. de Chauvelin et vingt-quatre
bataillons dbarqurent sur nos bords. M. de Choiseul,  qui la clrit
de l'expdition importait majeurement, avait des inquitudes que, dans
ses panchemens, il ne pouvait vous dissimuler. Vous lui suggrtes de
vous y envoyer avec quelques millions. Comme Philippe prenait les villes
avec sa mule, vous lui promtes de tout soumettre sans obstacle...
Aussitt dit, aussitt fait, et vous voici repassant la mer, jetant le
masque, l'or et le brevet  la main, entamant des ngociations avec ceux
que vous jugetes les plus faciles.

N'imaginant pas qu'un Corse pt se prfrer  la patrie, le cabinet de
Corse vous avait charg de ses intrts. N'imaginant pas, de votre ct,
qu'un homme pt ne pas prfrer l'argent et soi  la patrie, vous vous
vendtes, et esprtes les acheter tous. Moraliste profond, vous saviez
ce que le fanatisme d'un chacun valait; quelques livres d'or de plus ou
de moins nuanant  vos yeux la disparit des caractres.

Vous vous tromptes cependant: le faible fut bien branl, mais fut
pouvant par l'horrible ide de dchirer le sein de la patrie. Il
s'imagina voir le pre, le frre, l'ami, qui prit en la dfendant,
lever la tte de la tombe spulcrale, pour l'accabler de maldictions.
Ces ridicules prjugs furent assez puissans pour vous arrter dans
votre course: vous gmtes d'avoir  faire  un peuple enfant. Mais,
monsieur, ce raffinement de sentiment n'est pas donn  la multitude;
aussi vit-elle dans la pauvret et la misre; au lieu que l'homme bien
appris, pour peu que les circonstances le favorisent, sait bien vite
s'lever. C'est  peu prs la morale de votre histoire.

En rendant compte des obstacles qui s'opposaient  la ralisation de vos
promesses, vous propostes de faire venir le rgiment Royal-Corse. Vous
espriez que son exemple dsabuserait nos trop simples et trop bons
paysans; les accoutumerait  une chose o ils trouvaient tant de
rpugnance: vous ftes encore tromp dans cette esprance. Les Rossi,
Marengo, et quelques autres fous, ne vont-ils pas enthousiasmer ce
rgiment, au point que les officiers unis protestent, par un acte
authentique, de renvoyer leurs brevets, plutt que de violer leurs
sermens, ou des devoirs plus sacrs encore?

Vous vous trouvtes rduit  votre seul exemple. Sans vous dconcerter,
 la tte de quelques amis et d'un dtachement franais, vous vous
jettes dans Vescovato; mais le terrible Clmente [2] vous en dnicha.
Vous vous replites sur Bastia avec vos compagnons d'aventure et leur
famille. Cette petite affaire vous fit peu d'honneur: votre maison et
celle de vos associs furent brles. En lieu de sret, vous vous
moqutes de ces efforts impuissans.

[Footnote 2: Clment Paoli, frre an du gnral Paoli, bon guerrier,
excellent citoyen, vrai philosophe. Au commencement d'une action, il ne
pouvait jamais se rsoudre  se battre personnellement: il donnait ses
ordres avec ce sang-froid qui caractrise le capitaine. Mais ds qu'il
avait vu tomber quelqu'un des siens, il saisissait ses armes, avec cette
convulsion d'un homme indign, en faisait usage, en s'criant: hommes
injustes! pourquoi franchissez-vous les barrires de la nature? pourquoi
faut-il que vous soyez les ennemis de la patrie?

Austre dans ses moeurs, simple dans sa vie prive, il a toujours vcu
retir. Ce n'tait que dans les grands besoins qu'il venait aussi donner
son avis, dont on s'cartait rarement.]

L'on veut ici vous imputer  dfi, d'avoir voulu armer Royal-Corse
contre ses frres. L'on veut galement entacher votre courage, du peu de
rsistance de Vescovato. Ces accusations sont trs-peu fondes; car la
premire est une consquence immdiate, c'est un moyen d'excution de
vos projets; et comme nous avons prouv que votre conduite tait toute
simple, il s'ensuit que cette inculpation incidente est dtruite. Quant
au dfaut de courage, je ne vois pas que l'action de Vescovato puisse
l'arrter: vous n'alltes pas l pour faire srieusement la guerre, mais
pour encourager, par votre exemple, ceux qui vacillaient dans le parti
oppos. Et puis, quel droit a-t-on d'exiger que vous eussiez risqu
le fruit de deux ans de bonne conduite, pour vous faire tuer comme un
soldat!

Mais vous deviez tre mu, de voir votre maison et celles de vos amis
en proie aux flammes... Bon Dieu! quand sera-ce que les gens borns
cesseront de vouloir tout apprcier? Laissant brler votre maison,
vous mettiez M. de Choiseul dans la ncessit de vous indemniser.
L'exprience a prouv la justesse de vos calculs: on vous remit bien
au-del de l'valu des pertes. Il est vrai que l'on se plaint que vous
gardtes tout pour vous, ne donnant qu'une bagatelle aux misrables que
vous aviez sduits. Pour justifier si vous l'avez d faire, il ne s'agit
que de savoir si vous l'avez pu faire avec sret. Or, de pauvres gens,
qui avaient si besoin de votre protection, n'taient ni dans le cas de
rclamer, ni mme dans celui de connatre bien clairement le tort qu'on
leur faisait. Ils ne pouvaient pas faire les mcontens, et se rvolter
contre votre autorit: en horreur  leurs compatriotes, leur retour
n'et pas t plus sincre. Il est donc bien naturel qu'ayant ainsi
trouv quelques milliers d'cus, vous ne les ayez pas laiss chapper:
c'et t une duperie.

Les Franais, battus malgr leur or, leurs brevets, la discipline de
leurs nombreux bataillons, la lgret de leurs escadrons, l'adresse de
leurs artilleurs; dfaits  la Penta,  Vescovato,  Loretto, 
San-Nicolao,  Borgo,  Barbaggio,  Oletta, se retranchrent
excessivement dcourags. L'hiver, le moment de leur repos, fut pour
vous, monsieur, celui du plus grand travail; et si vous ne ptes
triompher de l'obstination des prjugs profondment enracins dans
l'esprit du peuple, vous parvntes  en sduire quelques chefs, auxquels
vous russtes, quoique avec peine,  inculquer les bons sentimens; ce
qui, joint aux trente bataillons qu'au printemps suivant M. de Vaux
conduist avec lui, soumit la Corse au joug, obligea Paoli et les plus
fanatiques  la retraite.

Une partie des patriotes taient morts en dfendant leur indpendance;
l'autre avait fui une terre proscrite, dsormais hideux nid des tyrans.
Mais un grand nombre n'avaient d ni mourir ni fuir: ils furent l'objet
des perscutions. Des mes que l'on n'avait pu corrompre taient d'une
autre trempe: l'on ne pouvait asseoir l'empire franais que sur leur
anantissement absolu. Hlas! ce plan ne fut que trop ponctuellement
excut. Les uns prirent victimes des crimes qu'on leur supposa; les
autres, trahis par l'hospitalit, par la confiance, expirent sur
l'chafaud les soupirs, les larmes surprises  leur dissimulation; un
grand nombre, entasss par Narbonne-Fridzelar dans la tour de Toulon;
empoisonns par les alimens, tourments par leurs chanes; accabls par
les plus indignes traitemens; ils ne vcurent quelque temps dans leurs
soupirs, que pour voir la mort s'avancer  pas lents... Dieu, tmoin de
leur innocence, comment ne te rendis-tu pas leur vengeur!

Au milieu de ce dsastre gnral, au sein des cris et des gmissemens de
cet infortun peuple, vous, cependant, commentes  jouir du fruit de
vos peines: honneurs, dignits, pensions, tout vous fut prodigu. Vos
prosprits se seraient encore plus rapidement accrues, lorsque la
Dubarri culbuta M. de Choiseul, vous priva d'un protecteur, d'un
apprciateur de vos services. Ce coup ne vous dcouragea pas: vous vous
tourntes du ct des bureaux; vous senttes seulement la ncessit
d'tre plus assidu. Ils en furent flatts: vos services taient si
notoires! Tout vous fut accord. Non content de l'tang de Biguglia,
vous demandtes une partie des terres de plusieurs communauts. Pourquoi
les en vouliez-vous dpouiller, dit-on? Je demande,  mon tour, quels
gards deviez-vous avoir pour une nation que vous saviez vous dtester?

Votre projet favori tait de partager l'le entre dix barons. Comment!
non content d'avoir aid  forger les chanes o votre patrie tait
retenue, vous vouliez encore l'asujtir  l'absurde rgime fodal! Mais
je vous loue d'avoir fait aux Corses le plus de mal que vous pouviez:
vous tiez dans un tat de guerre avec eux; et, dans l'tat de guerre,
faire le mal pour son profit est un axime.

Mais passons sur toutes ces misres-l: arrivons au moment actuel, et
finissons une lettre qui, par son pouvantable longueur, ne peut manquer
de vous fatiguer.

L'tat des affaires de France prsageait des vnemens extraordinaires.
Vous en craigntes le contre-coup en Corse. Le mme dlire dont nous
tions possds avant la guerre,  votre grand scandale, commena 
_matir_ cet aimable peuple. Vous en comprtes les consquences; car, si
les grands sentimens matrisaient l'opinion, vous ne deveniez plus qu'un
tratre, au lieu d'un homme de bon sens. Pis encore; si les grands
sentimens revenaient  agiter le sang de nos chauds compatriotes; si
jamais un gouvernement national s'ensuivait; que deveniez-vous? Votre
conscience alors commena  vous pouvanter: inquiet, afflig, vous ne
vous y abandonntes pas; vous rsoltes de jouer le tout pour le tout,
mais vous le ftes en homme de tte. Vous vous marites, pour accrotre
vos appuis. Un honnte homme qui avait, sur votre parole, donn sa soeur
 votre neveu, se trouva abus. Votre neveu, dont vous aviez englouti
le patrimoine pour accrotre un hritage qui devait tre le sien, s'est
trouv rduit dans la misre avec une nombreuse famille.

Vos affaires domestiques arranges, vous jettes un coup d'oeil sur le
pays: vous le vtes fumant du sang de ses martyrs, jonch de victimes
multiplies, n'inspirer  tous pas, que des ides de vengeance. Mais
vous y vtes l'atroce militaire, l'impertinent robin, l'avide publicain,
y rgner sans contradictions, et le Corse accabl sous ses triples
chanes, n'oser ni penser  ce qu'il fut, ni rflchir sur ce qu'il
pouvait tre encore. Vous vous dtes, dans la joie de votre coeur: les
choses vont bien, il ne s'agit que de les maintenir; et aussitt vous
vous ligutes avec le militaire, le robin et le publicain. Il ne fut
plus question que de s'occuper  avoir des dputs qui fussent anims
par ces sentimens; car pour vous, vous ne pouviez pas souponner qu'une
nation, votre ennemie, vous choist pour la reprsenter. Mais vous dtes
changer d'opinion, lorsque les lettres de convocation, par une absurdit
peut-tre faite  dessein, dterminrent que le dput de la noblesse
serait nomm dans une assemble compose seulement de vingt-deux
personnes: il ne s'agissait que d'obtenir douze suffrages, Vos
co-associs du conseil suprieur travaillrent avec activit: menaces,
promesses, caresses, argent, tout fut mis en jeu: vous russtes. Les
vtres ne furent pas si heureux dans les communes: le premier prsident
choua; et deux hommes exalts dans leurs ides, l'un fils, frre,
neveu des plus zls dfenseurs de la cause commune; l'autre avait vu
Sionville et Narbonne; en gmissant sur son impuissance, son esprit
tait plein des horreurs qu'il avait vu commettre: ces deux hommes
furent proclams, et rencontrrent le voeu de la nation, dont ils
devinrent l'espoir. Le dpit secret, la rage que votre nomination fit
dvorer  tous, fait l'loge de vos manoeuvres et du crdit de votre
ligue.

Arriv Versailles, vous ftes zl royaliste: arriv  Paris, vous dtes
voir avec un sensible chagrin que le gouvernement que l'on voulait
organiser sur tant de dbris, tait le mme que celui que l'on avait
chez nous noy dans tant de sang.

Les efforts des mchans furent impuissans: la nouvelle constitution,
admire de l'Europe, et devenue la sollicitude de tout tre pensant; il
ne vous resta plus qu'une ressource; ce fut de faire croire que cette
constitution ne convenait pas  notre le, quand elle tait exactement
la mme que celle qui opra de si bons effets, et qu'il fallut tant de
sang pour nous l'arracher.

Tous les dlgus de l'ancienne administration, qui entraient
naturellement dans votre cabale, vous servirent avec toute la chaleur de
l'intrt personnel: l'on dressa des mmoires o l'on prtendit prouver
l'avantage dont tait pour nous le gouvernement actuel, et o l'on
tablissait que tout changement contrarierait le voeu de la nation. Dans
ce mme temps, la ville d'Ajaccio eut indice de ce qui se tramait:
elle leva le front, forma sa garde nationale, organisa son comit. Cet
incident inattendu vous alarma: la fermentation se communiquait partout.
Vous persuadtes aux ministres, sur qui vous aviez pris de l'ascendant
pour les affaires de Corse, qu'il tait minent d'y envoyer votre
beau-pre, M. Gaffory, avec un commandement; et voici M. Gaffory, digne
prcurseur de M. Narbonne, qui prtend,  la tte de ses troupes,
maintenir par la force, la tyrannie que feu son pre, de glorieuse
mmoire, avait combattue et confondue par son gnie. Des bvues sans
nombre ne permirent pas de dissimuler la mdiocrit des talens de
votre beau-pre: il n'avait que l'art de se faire des ennemis. L'on se
ralliait de tous cts contre lui. Dans ce pressant danger, vous levtes
vos regards, et vtes Narbonne! Narbonne, mettant  profit un moment de
faveur, avait projet de fixer dans une le qu'il avait dvaste par des
cruauts inouies, le despotisme qui le rongeait. Vous vous concerttes:
le projet est arrt; cinq mille hommes ont reu les ordres; les brevets
pour accrotre d'un bataillon le rgiment provincial, sont expdis;
Narbonne est parti. Cette pauvre nation, sans armes, sans courage, est
livre, sans espoir et sans ressource, aux mains de celui qui en fut le
bourreau.

O infortuns compatriotes! de quelle trame odieuse alliez-vous tre
victimes? Vous vous en seriez aperu, lorsqu'il n'et plus t temps.
Quel moyen de rsister, sans armes,  dix mille hommes? Vous eussiez
vous-mmes sign l'acte de votre avilissement: l'espoir se serait enfui,
l'esprance teinte; et des jours de malheur se seraient succds sans
interruption. La France libre vous et regarde avec mpris; l'Italie
afflige, avec indignation; et l'Europe tonne de ce degr sans exemple
d'avilissement, et effac de ses annales, les traits qui font honneur
 votre vertu. Mais vos dputs des communes pntrrent le projet, et
vous avertirent  temps. Un roi qui ne dsira jamais que le bonheur
de ses compatriotes, clair par M. Lafayette, ce constant ami de la
libert, sut dissiper les intrigues d'un ministre perfide, que la
vengeance inspira toujours  vous nuire. Ajaccio montra de la rsolution
dans son adresse, o tait peint, avec tant d'nergie, l'tat misrable
auquel vous avait rduit le plus oppressif des gouvernemens. Bastia,
engourdie jusqu'alors, se rveilla au bruit du danger, et prit les armes
avec cette rsolution qui l'a toujours distingue. Arena vint de Paris
en Balagne, plein de ces sentimens qui portent  tout entreprendre, 
n'estimer aucun danger. Les armes d'une main, les dcrets de l'assemble
nationale de l'autre, il fit plir les ennemis publics. Achille Meurati,
le conqurant de Caprara, qui porta la dsolation jusque dans Gnes,
 qui il ne manqua, pour tre un Turenne, que des circonstances et un
thtre plus vaste, fit ressouvenir aux compagnons de sa gloire, qu'il
tait temps d'en acqurir encore; que la patrie en danger avait besoin,
non d'intrigues o il ne s'entendit jamais, mais du fer et du feu. Au
bruit d'une secousse si gnrale, Gaffory rentra dans le nant, d'o,
mal  propos, l'intrigue l'avait fait sortir: il trembla dans la
forteresse de Corte. Narbonne, de Lyon, courut ensevelir dans Rome,
sa honte et ses projets infernaux. Peu de jours aprs, la Corse est
intgre  la France, Paoli rappel, et dans un instant la perspective
change, et vous offre une carrire que vous n'eussiez jamais os
esprer.

Pardonnez, monsieur, pardonnez: j'ai pris la plume pour vous dfendre;
mais mon coeur s'est violemment rvolt contre un systme si suivi
de trahison et d'horreur. Eh quoi! fils de cette mme patrie, ne
senttes-vous jamais rien pour elle? Eh quoi! votre coeur fut-il donc
sans mouvement  la vue des rochers, des arbres, des maisons, des sites,
thtres des jeux de votre enfance? Arriv au monde, elle vous porta sur
son sein, elle vous nourrit de ses fruits: arriv  l'ge de raison,
elle mit en vous son espoir; elle vous honora de sa confiance, elle vous
dit: Mon fils, vous voyez l'tat de misre o m'a rduite l'injustice
des hommes: concentre dans ma chaleur, je reprends des forces qui me
promettent un prompt et infaillible rtablissement: mais l'on me menace
encore? Volez, mon fils, volez  Versailles, clairez le grand roi,
dissipez ses soupons, demandez-lui son amiti.

H bien! un peu d'or vous fit trahir sa confiance; et bientt, pour un
peu d'or, l'on vous vit, le fer parricide  la main, entre-dchirer ses
entrailles. Ah! monsieur, je suis loin de vous dsirer du mal; mais
craignez...; il est des remords vengeurs! Vos compatriotes,  qui vous
tes en horreur, claireront la France. Les biens, les pensions, fruit
de vos trahisons, vous seront ts. Dans la dcrpitude de la vieillesse
et de la misre, dans l'affreuse solitude du crime, vous vivrez assez
longtemps pour tre tourment par votre conscience. Le pre vous
montrera  son fils, le prcepteur  son lve, en leur disant: Jeunes
gens, apprenez  respecter la patrie, la vertu, la foi, l'humanit.

Et vous, de qui l'on prostitua la jeunesse, les grces et l'innocence,
votre coeur pur et chaste palpite donc sous une main criminelle? femme
respectable et infortune! Dans ces momens que la nature commande 
l'amour, lorsqu'arrachs aux chimres de la vie, des plaisirs sans
mlange se succdent rapidement; lorsque l'me, agrandie par le feu du
sentiment, ne jouit que de faire jouir, ne sent que de faire sentir;
vous pressez contre votre coeur, vous vous identifiez  l'homme froid, 
l'goste qui ne se dmentit jamais, et qui, dans le cours de soixante
ans, ne connut que les calculs de son intrt, l'instinct de la
destruction, l'avidit la plus infme, les plaisirs, les vils plaisirs
des sens! Bientt la cohue des honneurs, les lambris de l'opulence, vont
disparatre; le mpris des hommes vous accablera. Chercherez-vous dans
le sein de celui qui en est l'auteur, une consolation indispensable 
votre me douce et aimante? Chercherez-vous sur ses yeux, des larmes
pour mlanger aux vtres? Votre main dfaillante, place sur son sein,
cherchera-t-elle  se retracer l'agitation du vtre? Hlas! si vous lui
surprenez des larmes, ce seront celles du remords: si son sein s'agite,
ce sera des convulsions du mchant qui meurt en abhorrant la nature, lui
et la main qui le guide.

0 Lameth!  Robespierre!  Peithyon!  Volney!  Mirabeau!  Barnave!
 Bailly!  Lafayette! voil l'homme qui ose s'asseoir  ct de vous!
tout dgouttant du sang de ses frres, souill par des crimes de toute
espce, il se prsente avec confiance sous une veste de gnral, inique
rcompense de ses forfaits! il ose se dire reprsentant de la nation,
lui qui la vendit, et vous le souffrez! il ose lever les yeux, prter
les oreilles  vos discours, et vous le souffrez! Si c'est la voix du
peuple, il n'eut jamais que celle de douze nobles; si c'est la voix
du peuple, Ajaccio, Bastia, et la plupart des cantons ont fait  son
effigie, ce qu'ils eussent voulu faire  sa personne.

Mais vous, que l'erreur du moment, peut-tre les abus de l'instant,
portent  vous opposer aux nouveaux changemens; pourrez-vous souffrir un
tratre? celui qui, sous l'extrieur froid d'un homme sens, renferme,
cache une avidit de valet? je ne saurais l'imaginer. Vous serez les
premiers  le chasser ignominieusement, ds que l'on vous aura instruits
du tissu d'horreurs dont il a t l'artisan.

J'ai l'honneur, etc.

BUONAPARTE.




De mon cabinet de Millelli, le 23 janvier, l'an II.

TRADUCTION

_De la lettre du Prsident du Club patriotique d'Ajaccio._

MONSIEUR,

Le club patriotique ayant pris connaissance de l'crit o vous dvoilez
avec autant de finesse que de force et de vrit, les menes obscures de
l'infme Buttafoco[3], en a vot l'impression. Il m'a charg, par une
dlibration dont je vous envoie copie, de vous prier d'y donner votre
assentiment: il juge l'impression de cet crit utile au bien public.
C'est une raison qui ne vous permet point d'excuse.

Je suis, etc. MASSRIA,

_Prsident du club patriotique._

[Footnote 3: Le club patriotique, profondment indign de la conduite
criminelle et scandaleuse, de l'impudence sans exemple, de la calomnie
la plus atroce, que ce dput de la dfunte noblesse a os afficher,
mme dans la tribune de l'Assemble nationale; considrant que
journellement, dans des brochures, il ne cesse de dchirer son pays et
tout ce qu'il a de plus prcieux; a arrt, que dsormais il ne serait
plus appel que _l'infme Buttafoco_.

(_Extrait des procs-verbaux des sances de la Socit patriotique._)]




LE SOUPER

DE BEAUCAIRE

Je me trouvais  Beaucaire le dernier jour de la foire; le hasard me fit
avoir pour convives  souper, deux ngocians marseillais, un Nimois et
un fabricant de Mont-Sellier. Aprs plusieurs momens employs  nous
reconnatre, l'on sut que je venais d'Avignon, et que j'tais militaire.
Les esprits de mes convives, qui avaient t toute la semaine fixs sur
le cours du ngoce qui accrot les fortunes, l'taient dans ce moment
sur l'issue des vnemens prsens, d'o en dpend la conservation; ils
cherchaient  connatre mon opinion, pour, en la comparant  la leur,
pouvoir se rectifier et acqurir des probabilits sur l'avenir, qui nous
affectait diffremment; les Marseillais surtout paraissaient tre moins
ptulans: l'vacuation d'Avignon leur avait appris  douter de tout; il
ne leur restait qu'une grande sollicitude sur leur sort: la confiance
nous eut bientt rendu babillards, et nous commenmes un entretien 
peu prs en ces termes.

LE NIMOIS.

L'arme de Cartaux est-elle forte? L'on dit qu'elle a perdu bien du
monde  l'attaque; mais s'il est vrai qu'elle ait t repousse,
pourquoi les Marseillais ont-ils vacu Avignon?

LE MILITAIRE.

L'arme tait forte de 4,000 hommes lorsqu'elle a attaqu Avignon, elle
est aujourd'hui  6,000 hommes, elle sera avant quatre jours  10,000
hommes; elle a perdu cinq hommes et quatre blesss; elle n'a point t
repousse, puisqu'elle n'a fait aucune attaque en forme: elle a voltig
autour de la place, a cherch  forcer les portes, en y attachant des
ptards; elle a tir quelques coups de canon pour essayer la contenance
de la garnison; elle a d ensuite se retirer dans son camp pour combiner
son attaque pour la nuit suivante. Les Marseillais taient 3,600 hommes;
ils avaient une artillerie plus nombreuse et de plus fort calibre, et
cependant ils ont t contraints  repasser la Durance; cela vous tonne
beaucoup: mais c'est qu'il n'appartient qu' de vieilles troupes de
rsister aux incertitudes d'un sige; nous tions matres du Rhne, de
Villeneuve et de la campagne, nous eussions intercept toutes leurs
communications. Ils ont d vacuer la ville; la cavalerie les a
poursuivis dans leur retraite; ils ont eu beaucoup de prisonniers et ont
perdu deux pices de canon.

LE MARSEILLAIS.

Ce n'est pas l la relation que l'on nous a donne; je ne veux pas vous
le contester, puisque vous tiez prsent; mais avouez que cela ne vous
conduira  rien: notre arme est  Aix, trois bons gnraux sont venus
remplacer les premiers; on lve  Marseille de nouveaux bataillons, nous
avons un nouveau train d'artillerie, plusieurs pices de 24; sous peu
de jours nous serons dans le cas de reprendre Avignon, ou du moins nous
resterons matres de la Durance.

LE MILITAIRE.

Voil ce que l'on vous dit pour vous entraner dans le prcipice qui
s'approfondit  chaque instant, et qui peut-tre engloutira la plus
belle ville de la France, celle qui a le plus mrit des patriotes;
mais l'on vous a dit aussi que vous traverseriez la France, que vous
donneriez le ton  la rpublique, et vos premiers pas ont t des
checs; l'on vous a dit qu'Avignon pouvait rsister long-temps  20,000
hommes, et une seule colonne de l'arme, sans artillerie de sige, dans
vingt-quatre heures, en a t matresse; l'on vous a dit que le Midi
tait lev, et vous vous tes trouvs seuls; l'on vous a dit que la
cavalerie nimoise allait craser les Allobroges, et ceux-ci taient dj
au Saint-Esprit et  Villeneuve; l'on vous a dit que 4,000 Lyonnais
taient en marche pour vous secourir, et les Lyonnais ngociaient
leur accommodement; reconnaissez donc que l'on vous trompe, concevez
l'impritie de vos meneurs, et mfiez-vous de leurs calculs; le plus
dangereux conseiller, c'est l'amour-propre: vous tes naturellement
vifs, l'on vous conduit  votre perte par le mme moyeu qui a ruin tant
de peuples, en exaltant votre vanit, vous avez des richesses et une
population considrables, l'on vous les exagre; vous avez rendu des
services clatans  la libert, l'on vous les rappelle, sans faire
attention que le gnie de la rpublique tait avec vous alors, au lieu
qu'il vous abandonne aujourd'hui; votre arme, dites-vous, est  Aix
avec un grand train d'artillerie et de bons gnraux; eh bien, quoi
qu'elle fasse, je vous assure qu'elle sera battue; vous aviez 3,600
hommes, une bonne moiti s'est disperse; Marseille et quelques rfugis
du dpartement peuvent vous offrir 4,000 hommes: cela est beaucoup;
vous aurez donc 5  6,000 hommes sans ensemble, sans unit, sans tre
aguerris; vous avez de bons gnraux; je ne les connais pas; je ne puis
donc leur contester leur habilet, mais ils seront absorbs par les
dtails, ne seront pas seconds par les subalternes, ils ne pourront
rien faire qui soutienne la rputation qu'ils pourraient s'tre acquise,
car il leur faudrait deux mois pour organiser passablement leur arme,
et dans quatre jours Carteaux sera au-del de la Durance, et avec quels
soldats! avec l'excellente troupe lgre des Allobroges, le vieux
rgiment de Bourgogne, un bon rgiment de cavalerie, le Brave bataillon
de la Cte-d'Or, qui a vu cent fois la victoire le prcder dans
les combats, et six ou sept autres corps, tous de vieilles milices,
encourags par leurs succs aux frontires, et sur votre arme; vous
avez des pices de 24, et de 18, et vous vous croyez inexpugnables, vous
suivez l'opinion vulgaire; mais, les gens du mtier vous diront, et une
fatale exprience va vous le dmontrer, que de bonnes pices de 4 et de
8 font autant d'effet, pour la guerre de campagne, et sont prfrables
sous bien des points de vue aux gros calibres; vous avez des canonniers
de nouvelle leve, et vos adversaires ont des artilleurs des rgimens de
ligne, qui sont, dans leur art, les matres de l'Europe. Que fera votre
arme si elle se concentre  Aix? Elle est perdue: c'est un axiome dans
l'art militaire, que celui qui reste dans ses retranchemens est battu:
l'exprience et la thorie sont d'accord sur ce point, et les murailles
d'Aix ne valent pas le plus mauvais retranchement de campagne, surtout
si l'on fait attention  leur tendue, aux maisons qui les environnent
extrieurement  la porte du pistolet. Soyez donc bien srs que ce
parti, qui vous semble le meilleur, est le plus mauvais; comment
pourrez-vous d'ailleurs approvisionner la ville en si peu de temps de
tout ce qu'elle aurait besoin? Votre arme ira-t-elle  la rencontre des
ennemis, mais elle est moins nombreuse, mais son artillerie est moins
propre pour la campagne, elle serait rompue, ds lors dfaite sans
ressource, car la cavalerie l'empchera de se rallier; attendez-vous
donc  avoir la guerre dans le territoire de Marseille: un parti assez
nombreux y tient pour la rpublique; ce sera le moment de l'effort;
la jonction se fera; et cette ville, le centre du commerce du Levant,
l'entrept du midi de l'Europe, est perdue. Souvenez-vous de l'exemple
rcent de Lisle[4], et des lois barbares de la guerre. Mais quel esprit
de vertige s'est tout--coup empar de votre peuple? quel aveuglement
fatal le conduit  sa perte? comment peut-il prtendre rsister  la
rpublique entire? Quand il obligerait cette arme  se replier sur
Avignon, peut-il douter que sous peu de jours de nouveaux combattans
ne viennent remplacer les premiers: la rpublique, qui donne la loi 
l'Europe, la recevra-t-elle de Marseille?


[Footnote 4: Lisle, petite ville du dpartement de Vaucluse,  4 lieues
 l'_est_ Avignon, avant rsist  l'arme de Cartaux, fut emporte de
force le 26 juillet 1793.]

Unis avec Bordeaux, Lyon, Montpellier, Nmes, Grenoble, le Jura,
l'Eure, le Calvados, vous avez entrepris une rvolution, vous aviez une
probabilit de succs, vos instigateurs pouvaient tre mal intentionns,
mais vous aviez une masse imposante de forces; au contraire, aujourd'hui
que Lyon, Nmes, Montpellier, Bordeaux, le Jura, l'Eure, Grenoble, Caen,
ont reu la constitution, aujourd'hui qu'Avignon, Tarascon, Arles ont
pli, avouez qu'il y a dans votre opinitret de la folie; c'est que
vous tes influencs par des personnes, qui n'ayant plus rien  mnager,
vous entranent dans leur ruine.

Votre arme sera compose de tout ce qu'il y aura de plus aiss, des
riches de votre ville, car les sans-culottes pourraient trop facilement
tourner contre vous. Vous allez donc compromettre l'lite de votre
jeunesse accoutume  tenir la balance commerciale de la Mditerrane,
et  vous enrichir par leur conomie et leurs spculations, contre de
vieux soldats, cent fois teints du sang du furibond aristocrate ou du
froce Prussien.

Laissez les pays pauvres se battre jusqu' la dernire extrmit:
l'habitant du Vivarais, des Cvnes, de la Corse, s'expose sans crainte
 l'issue d'un combat: s'il gagne, il a rempli son but; s'il perd, il
se trouve comme auparavant dans le cas de faire la paix et dans la mme
position... Mais vous!!... perdez une bataille, et le fruit de mille ans
de fatigues, de peines, d'conomies, de bonheur, devient la proie du
soldat.

Voil cependant les risques que l'on vous fait courir avec autant
d'inconsidration.

LE MARSEILLAIS.

Vous allez vite et vous m'effrayez; je conviens avec vous que la
circonstance est critique, peut-tre vraiment ne songe-t-on pas assez 
la position o nous nous trouvons; mais avouez que nous avons encore des
ressources immenses  vous opposer.

Vous m'avez persuad que nous ne pourrions pas rsister  Aix, votre
observation du dfaut de subsistance pour un sige de longue dure, est
peut-tre sans rplique; mais pensez vous que toute la Provence
peut voir long-temps de sang-froid, le blocus d'Aix; elle se lvera
spontanment, et votre arme, cerne de tout ct, se trouvera heureuse
de repasser la Durance.

LE MILITAIRE.

Que c'est mal connatre l'esprit des hommes et celui du moment; partout
il y a deux partis; ds le moment que vous serez assigs, le parti
sectionnaire aura le dessous dans toutes les campagnes; l'exemple de
Tarascon, d'Orgon, d'Arles, doit vous en convaincre: vingt dragons ont
suffi pour rtablir les anciens administrateurs et mettre les autres en
droute.

Dsormais, tout grand mouvement en votre faveur est impossible dans
votre dpartement, il pouvait avoir lieu lorsque l'arme tait au-del
de la Durance et que vous tiez entiers;  Toulon, les esprits sont
trs-diviss, et les sectionnaires n'y ont pas la mme supriorit qu'
Marseille, il faut donc qu'ils restent dans leur ville, pour contenir
leurs adversaires... Quant au dpartement des Basses-Alpes, vous savez
que presque la totalit a accept la constitution.

LE MARSEILLAIS.

Nous attaquerons Carteaux dans nos montagnes o sa cavalerie ne lui sera
d'aucun secours.

LE MILITAIRE.

Comme si une arme qui protge une ville tait matresse du point
d'attaque; d'ailleurs il est faux qu'il existe des montagnes assez
difficiles auprs de Marseille pour rendre nul l'effet de la cavalerie;
seulement, vos oliviers sont assez rapides pour rendre plus embarrassant
le service de l'artillerie et donner un grand avantage  vos ennemis.
Car, c'est dans les pays coups, que par la vivacit des mouvemens,
l'exactitude du service et la justesse de l'lvation des distances, que
le bon artilleur a de la supriorit.

LE MARSEILLAIS.

Vous nous croyez donc sans ressources: serait-il possible qu'il ft dans
la destine de cette ville qui rsista aux Romains, conserva une partie
de ses lois sous les despotes qui les ont suivis, qu'elle devnt la
proie de quelques brigands? Quoi! l'Allobroge charg des dpouilles de
Lisle, ferait la loi dans Marseille! quoi! Dubois de Cranc, Albitte,
seraient sans contradicteurs! ces hommes altrs de sang, que les
malheurs des circonstances ont placs au timon des affaires, seraient
les matres absolus! Quelle triste perspective vous m'offrez. Nos
proprits, sous diffrens prtextes, seraient envahies;  chaque
instant nous serions victimes d'une soldatesque que le pillage runit
sous les mmes drapeaux. Nos meilleurs citoyens seraient emprisonns et
priraient par le crime. Le club relverait sa tte monstrueuse pour
excuter ses projets infernaux! rien de pis que cette horrible ide;
mieux vaut-il s'exposer  vaincre que d'tre victime sans alternative.

LE MILITAIRE.

Voil ce que c'est que la guerre civile, l'on se dchire, l'on
s'abhorre, l'on se tue sans se connatre... Les Allobroges... Que
croyez-vous que ce soit? des Africains, des habitans de la Sibrie: eh!
point du tout, ce sont vos compatriotes, des Provenaux, des Dauphinois,
des Savoyards: on les croit barbares parce que leur nom est tranger.
Si l'on appelait votre phalange, la phalange phocenne, l'on pourrait
accrditer sur son compte toute espce de fable.

Il est vrai que vous m'avez rappel un fait, c'est celui de Lisle, je ne
le justifie pas, mais je l'explique.

Les Lislois ont tu le trompette qu'on leur avait envoy, ils ont
rsist sans esprance de succs, ils ont t pris d'assaut, le soldat
est entr au milieu du feu et des morts, il n'a plus t possible de le
contenir, l'indignation a fait le reste.

Ces soldats que vous appelez brigands, sont nos meilleures troupes et
nos bataillons les plus disciplins, leur rputation est au-dessus de la
calomnie.

Dubois-Cranc et Albitte, constans amis du peuple, ils n'ont jamais
dvi de la ligne droite.... Ils sont sclrats aux yeux des mauvais.
Mais Condorcet, Brissot, Barbaroux aussi taient sclrats lorsqu'ils
taient purs; l'apanage des bons, sera d'tre toujours mal fams chez le
mchant. Il vous semble qu'ils ne gardent aucune mesure avec vous; et au
contraire, ils vous traitent en enfans gars........ Pensez-vous que,
s'ils eussent voulu, Marseille et retir les marchandises qu'elle avait
 Beaucaire? ils pouvaient les squestrer jusqu' l'issue de la guerre?
ils ne l'ont pas voulu faire, et, grce  eux, vous pouvez retourner
tranquillement chez vous.

Vous appelez Carteaux un assassin: eh bien! sachez que ce gnral se
donne les plus grandes sollicitudes pour l'ordre et la discipline,
tmoin sa conduite au Saint-Esprit et  Avignon: l'on n'a pas pris une
pingle. Il a fait emprisonner un sergent qui s'tait permis d'arrter
un Marseillais de votre arme qui tait rest dans une maison, parce
qu'il avait viol l'asile du citoyen sans un ordre exprs. L'on a puni
des Avignonnais qui s'taient permis de dsigner une maison comme
aristocrate. L'on instruit le procs d'un soldat accus de vol.....
Votre arme, au contraire, a tu, assassin plus de trente personnes, a
viol l'asile des familles, a rempli les prisons de citoyens, sous le
prtexte vague qu'ils taient des brigands.

Ne vous effrayez point de l'arme, elle estime Marseille, parce qu'elle
sait qu'aucune ville n'a tant fait de sacrifices  la chose publique;
vous avez dix-huit mille hommes  la frontire et vous ne vous tes
point mnags dans toutes les circonstances. Secouez le joug du petit
nombre d'aristocrates qui vous conduisent, reprenez des principes plus
sains, et vous n'aurez pas de plus vrais amis que le soldat.

LE MARSEILLAIS.

Ah! vos soldats ont bien dgnr de l'arme de 1789; elle ne voulut
pas, cette arme, prendre les armes contre la nation, les vtres
devaient imiter un si bel exemple, et ne pas tourner leurs armes contre
leurs concitoyens.

LE MILITAIRE.

Avec ces principes, la Vende aurait aujourd'hui plant le drapeau blanc
sur les murs de la Bastille releve, et le camp de Jals dominerait 
Marseille.

LE MARSEILLAIS.

La Vende veut un roi, veut une contre-rvolution; la guerre de la
Vende, du camp de Jals est celle du fanatisme; la ntre, au contraire,
est celle des vrais rpublicains, amis des lois, de l'ordre, ennemis de
l'anarchie et des sclrats. N'avons-nous pas le drapeau tricolore? Et
quel intrt aurions-nous  vouloir l'esclavage?

LE MILITAIRE.

Je sais bien que le peuple de Marseille est bien loin de celui de la
Vende, en fait de contre-rvolution. Le peuple de la Vende est robuste
et sain, celui de Marseille est faible et malade, il a besoin de miel
pour avaler la pilule; pour y tablir la nouvelle doctrine, l'on a
besoin de le tromper; mais depuis quatre ans de rvolution, aprs tant
de trames, de complots, de conspiration, toute la perversit humaine
s'est dveloppe sous diffrens aspects, les hommes ont perfectionn
leur tact naturel; cela est si vrai, que, malgr la coalition
dpartementale, malgr l'habilet des chefs, le grand nombre des
ressorts de tous les ennemis de la rvolution, le peuple partout s'est
rveill au moment o on le croyait ensorcel.

Vous avez, dites-vous, le drapeau tricolore?

Paoli aussi l'arbora en Corse pour avoir le temps de tromper le peuple,
d'craser les vrais amis de la libert, pour pouvoir entraner ses
compatriotes dans ses projets ambitieux et criminels; il arbora le
drapeau tricolore, et il fit tirer contre les btimens de la rpublique,
et il fit chasser nos troupes des forteresses, et il dsarma celles qui
y taient, et il fit des rassemblemens pour chasser celles qui taient
dans l'le, et il pilla les magasins, en vendant  bas prix tout ce
qu'il y avait, afin d'avoir de l'argent pour soutenir sa rvolte, et
il ravagea et confisqua les biens des familles les plus aises, parce
qu'elles taient attaches  l'unit de la rpublique, et il se fit
nommer gnralissime, et il dclara ennemis de la patrie, tous ceux
qui resteraient dans nos armes: il avait fait prcdemment chouer
l'expdition de Sardaigne; et cependant, il avait l'impudeur de se
dire l'ami de la France et bon rpublicain, et cependant, il trompa la
convention qui rapporta son dcret de destitution; il fit si bien enfin,
que lorsqu'il a t dmasqu, par ses propres lettres, trouves  Calvi,
il n'tait plus temps, les flottes ennemies interceptaient toutes les
communications.

Ce n'est plus aux paroles qu'il faut s'en, tenir, il faut analyser les
actions; et avouez qu'en apprciant les vtres, il est facile de vous
dmontrer contre-rvolutionnaires.

Quel effet a produit dans la rpublique le mouvement que vous avez fait?
Vous l'avez conduite prs de sa ruine; vous avez retard les oprations
de nos armes; je ne sais pas si vous tes pays par l'Espagnol et
l'Autrichien; mais certes, ils ne pouvaient pas dsirer de plus fortes
diversions: que feriez,-vous de plus, si vous l'tiez? Vos succs sont
l'objet des sollicitudes de tous les aristocrates reconnus; vous avez
plac  la tte de vos sections et de vos armes, des aristocrates
avous, un Latcurette, ci-devant colonel, un Soumise, ci-devant
lieutenant-colonel du gnie., qui ont abandonn leurs corps, au moment
de la guerre, pour ne pas se battre pour la libert des peuples.

Vos bataillons sont pleins de pareilles gens, et votre cause ne serait
pas la leur, si elle tait celle de la rpublique.

LE MARSEILLAIS.

Mais, Brissot, Barbaroux, Condorcet, Buzot, Vergniaux, sont-ils aussi
aristocrates? Qui a fond la rpublique? qui a renvers le tyran? qui a
enfin soutenu la patrie  l'poque prilleuse de la dernire campagne?

LE MILITAIRE

Je ne cherche pas si vraiment ces hommes qui avaient bien mrit du
peuple dans tant d'occasions, ont conspir contre lui: ce qu'il me
suffit de savoir, c'est que la montagne, par esprit public ou par esprit
de parti, s'tant porte aux dernires extrmits contre eux, les ayant
dcrts, emprisonns, je veux mme vous le passer, les ayant calomnis,
les Brissotins taient perdus, sans une guerre civile qui les mt dans
le cas de faire la loi  leurs ennemis. C'est donc pour eux vraiment que
votre guerre tait utile: s'ils avaient mrit leur rputation premire,
ils auraient jet leurs armes  l'aspect de la constitution, ils
auraient sacrifi leurs intrts au bien public; mais il est plus
facile de citer Decius que de l'imiter; ils se sont aujourd'hui rendus
coupables du plus grand de tous les crimes, ils ont par leur conduite
justifi leur dcret... Le sang qu'ils ont fait rpandre a effac les
vrais services qu'ils avaient rendus.

LE FABRICANT DE MONTPELLIER.

Vous avez envisag la question sous le point de vue le plus favorable 
ces messieurs; car il parat prouv que les Brissotins taient vraiment
coupables; mais coupables ou non, nous ne sommes plus dans des sicles
o l'on se battait pour les personnes.

L'Angleterre a vers des torrens de sang pour les familles de Lancastre
et d'Yorck, la France pour les Lorrains et les Bourbons; serions-nous
encore  ces temps de barbarie!!!

LE NIMOIS.

Aussi, avons-nous abandonn les Marseillais, ds que nous nous sommes
aperus qu'ils voulaient la contre-rvolution, et qu'ils se battaient
pour des querelles particulires. Le masque est tomb ds qu'ils ont
refus de publier la constitution, nous avons alors pardonn quelques
irrgularits  la montagne. Nous avons oubli Rabaud et ses jrmiades,
pour ne voir que la rpublique naissante, environne de la plus
monstrueuse des coalitions qui menace de l'touffer  son berceau, pour
ne voir que la joie des aristocrates et l'Europe  vaincre.

LE MARSEILLAIS.

Vous nous avez lchement abandonns aprs nous avoir excits par des
dputations phmres.

LE NIMOIS.

Nous tions de bonne foi, et vous aviez le renard sous les aisselles;
nous voulions la rpublique, nous avons d accepter une constitution
rpublicaine. Vous tiez mcontens de la montagne et de la journe du 31
mai, vous deviez donc encore accepter la constitution pour la renvoyer,
et faire terminer sa mission.

LE MARSEILLAIS.

Nous voulons aussi la rpublique, mais nous voulons que notre
constitution soit forme par des reprsentans libres dans leurs
oprations; nous voulons la libert, mais nous voulons que ce soit des
reprsentans que nous estimons, qui nous la donnent; nous ne voulons pas
que notre constitution protge le pillage et l'anarchie. Notre
premire condition est: point de club, point d'assembles primaires si
frquentes, respect aux proprits.

LE FABRICANT DE MONTPELLIER.

Il est palpable, pour qui veut rflchir, qu'une partie de Marseille
veut la contre-rvolution, l'on avoue vouloir la rpublique, mais c'est
un rideau que l'on rendrait tous les jours plus transparent; l'on vous
accoutumerait  voir la contre-rvolution toute nue; dj le voile qui
la couvrait n'tait plus que de gaze, votre peuple tait bon, mais avec
le temps on aurait perverti la masse, sans le gnie de la rvolution qui
veille sur elle.

Nos troupes ont bien mrit de la patrie pour avoir pris les armes
contre vous avec autant d'nergie, elles n'ont pas d imiter l'arme
de 1789, puisque vous n'tes pas la nation. Le centre d'unit est la
convention, c'est le vrai souverain, surtout lorsque le peuple se trouve
partag.

Vous avez renvers toutes les lois, toutes les convenances. De quel
droit destituiez-vous votre dpartement? tait-ce  Marseille qu'on
l'avait form. De quel droit le bataillon de votre ville parcourt-il les
districts? De quel droit vos gardes nationales prtendaient-elles
entrer dans Avignon? Le district de cette ville tait le premier
corps constitu, puisque le dpartement tait dissous? De quel droit
prtendiez-vous entrer sur le territoire de la Drme? et pourquoi
croyez-vous que ce dpartement n'ait pas le droit de requrir la force
publique pour le dfendre? Vous avez donc confondu tous les droits,
vous avez tabli l'anarchie, et puisque vous prtendez justifier vos
oprations par le droit de la force, vous tes donc des brigands, des
anarchistes.

Vous aviez tabli un gouvernement populaire, Marseille seul l'a nomm;
il est contraire  toutes les lois, ce ne peut tre qu'un tribunal de
sang, puisque c'est le tribunal d'une faction; vous avez soumis par
la force,  ce tribunal, tout votre dpartement. De quel droit? Vous
usurpez donc cette autorit, que vous reprochez injustement  Paris?
Votre comit des sections a reconnu des affiliations. Voil donc une
coalition pareille  celle des clubs contre qui vous vous rcriez; votre
comit a exerc des actes d'administration sur des communes du Var;
voil donc la division territoriale mconnue.

Vous avez,  Avignon, emprisonn sans mandat, sans dcret, sans
rquisition des corps administratifs; vous avez viol l'asyle des
familles, mconnu la libert individuelle; vous avez, de sang-froid,
assassin sur les places publiques; vous avez renouvel les scnes
dont vous avez exagr l'horreur, et qui ont afflig l'origine de la
rvolution, sans informations, sans procs, sans connatre les victimes,
seulement sur la dsignation de leurs ennemis; vous les avez prises,
arraches  leurs enfans, tranes dans les rues, et les avez fait prir
sous les coups de sabre; l'on en compte jusqu' trente que vous avez
ainsi sacrifies; vous avez tran la statue de la libert dans la boue;
vous l'avez excute publiquement; elle a t l'objet des avanies de
toute espce d'une jeunesse effrne; vous l'avez lacre  coups de
sabre, vous ne sauriez le nier; il tait midi, plus de deux cents
personnes des vtres assistaient  cette profanation criminelle; le
cortge a travers plusieurs rues, est arriv  la place de l'horloge,
etc., etc. J'arrte mes rflexions et mon indignation. Est-ce donc
ainsi que vous voulez la rpublique? Vous avez retard la marche de nos
armes, en arrtant les convois; comment pouvoir se refuser  l'vidence
de tant de faits, et comment vous pargner le titre des ennemis de la
patrie?

LE MILITAIRE.

Il est de la dernire vidence que les Marseillais ont nui aux
oprations de nos armes, et voulaient dtruire la libert; mais ce
n'est pas ce dont il s'agit; la question est de savoir s'ils peuvent
esprer, et quel parti il leur reste  prendre?

LE MARSEILLAIS.

Nous avons moins de ressources que je ne pensais; mais l'on est bien
fort lorsqu'on est rsolu  mourir, et nous le sommes plutt que de
reprendre le joug des hommes qui gouvernent l'tat; vous savez qu'un
homme qui se noie s'accroche  toutes les branches, aussi plutt que de
nous laisser gorger, nous... Oui, nous avons tous pris part  cette
nouvelle rvolution; nous nous ferions sacrifier par la vengeance. Il y
a deux mois que l'on avait conspir pour gorger 4.000 de nos meilleurs
citoyens; jugez  quels excs on se porterait aujourd'hui... On se
ressouvient toujours de ce monstre qui tait cependant un des principaux
du club; il fit lanterner un citoyen, pilla sa maison, et viola sa
femme, aprs lui avoir fait boire un verre du sang de son poux.

LE MILITAIRE.

Quelle horreur! mais ce fait est-il vrai? Je m'en mfie, car vous savez
que l'on ne croit plus au viol aujourd'hui...

LE MARSEILLAIS.

Oui, plutt que de nous soumettre  de pareilles gens, nous nous
porterons  la dernire extrmit, nous nous donnerons aux ennemis, nous
appellerons les Espagnols; il n'y a point de peuple dont le caractre
soit moins compatible avec le ntre; il n'y en a point de plus
hassable. Jugez donc, par le sacrifice que nous ferons, de la
mchancet des hommes que nous craignons.

LE MILITAIRE.

Vous donner aux Espagnols!!... Nous ne vous en donnerons pas le temps.

LE MARSEILLAIS.

On les signale tous les jours devant nos ports.

LE NIMOIS.

Pour voir lequel des fdrs ou de la montagne tient pour la rpublique,
cette menace seule me suffit; la montagne a t un moment la plus
faible, la commotion paraissait gnrale. A-t-elle cependant jamais
parl d'appeler les ennemis? Ne savez-vous pas que c'est un combat 
mort que celui des patriotes et des despotes de l'Europe? Si donc vous
esprez des secours de leur part, c'est que vos meneurs ont de bonnes
raisons pour en tre accueillis, mais j'ai encore trop bonne opinion de
votre peuple, pour croire que vous soyez les plus forts  Marseille dans
l'excution d'un si lche projet.

LE MILITAIRE.

Pensez-vous que vous feriez un grand tort  la rpublique, et que votre
menace soit bien effrayante? valuons-la.

Les Espagnols n'ont point de troupes de dbarquement, leurs vaisseaux ne
peuvent pas entrer dans votre port: si vous appeliez les Espagnols, a
pourrait tre utile  vos meneurs pour se sauver avec une partie de leur
fortune; mais l'indignation serait gnrale dans toute la rpublique;
vous auriez 60,000 hommes sur les bras avant huit jours, les Espagnols
emporteraient de Marseille ce qu'ils pourraient, et il en resterait
encore assez pour enrichir les vainqueurs.

Si les Espagnols avaient 30 ou 40,000 hommes sur leur flotte, tout prts
 pouvoir dbarquer, votre menace serait effrayante; mais, aujourd'hui,
elle n'est que ridicule, elle ne ferait que hter votre ruine.

LE FABRICANT DE MONTPELLIER.

Si vous tiez capables d'une telle bassesse, il ne faudrait pas laisser
pierre sur pierre dans votre superbe cit, il faudrait que d'ici  un
mois le voyageur, passant sur vos ruines, vous crt dtruits depuis cent
ans.

LE MILITAIRE.

Croyez-moi, Marseillais, secouez le joug du petit nombre de sclrats
qui vous conduisent  la contre-rvolution; rtablissez vos autorits
constitues; acceptez la constitution; rendez la libert aux
reprsentans; qu'ils aillent  Paris intercder pour vous; vous avez t
gars, il n'est pas nouveau que le peuple le soit par un petit
nombre de conspirateurs et d'intrigans; de tout temps la facilit et
l'ignorance de la multitude ont t la cause de la plupart des guerres
civiles.

LE MARSEILLAIS.

Eh! monsieur, qui peut faire le bien  Marseille? Seront-ce les rfugis
qui nous arrivent de tous les cts du dpartement? Ils sont intresss
 agir en dsesprs. Seront-ce ceux qui nous gouvernent? Ne sont-ils
pas dans le mme cas? Sera-ce le peuple? Une partie ne connat pas sa
position, elle est aveugle et fanatise; l'autre partie est dsarme,
suspecte, humilie; je vois donc, avec une profonde affliction, des
malheurs sans remde.

LE MILITAIRE.

Vous voil enfin raisonnable; pourquoi une pareille rvolution ne
s'oprerait-elle pas sur un grand nombre de vos concitoyens qui sont
tromps et de bonne foi? Alors Albitte, qui ne peut que vouloir pargner
le sang franais, vous enverra quelque homme loyal et habile; l'on sera
d'accord; et, sans s'arrter un seul moment, l'arme ira sous les murs
de Perpignan faire danser la carmagnole  l'Espagnol enorgueilli de
quelques succs, et Marseille sera toujours le centre de gravit de la
libert, ce sera seulement quelques feuillets qu'il faudra arracher 
son histoire.

Cet heureux pronostic nous remit en humeur, le Marseillais nous paya
de bon coeur plusieurs bouteilles de vin de Champagne, qui dissiprent
entirement les soucis et les sollicitudes. Nous allmes nous coucher 
deux heures du matin, nous donnant rendez-vous au djeuner du lendemain,
o le Marseillais avait encore bien des doutes  proposer, et moi bien
des vrits intressantes  lui apprendre.

29 juillet 1793.




GNALOGIE DE NAPOLON BONAPARTE.

En 1752, le grand-duc de Toscane ayant voulu rformer les abus qui
se glissaient dans l'usurpation des titres de noblesse, tablit
une commission charge de la vrification de ces titres et de leur
enregistrement.

La famille des Buonaparte, ou Bonaparte[5] dchue de son ancienne
splendeur, exile de Florence  la suite des troubles qui agitrent
l'Italie dans le douzime sicle, prsenta une requte au chapitre de
l'ordre de Saint-tienne, pour obtenir son classement parmi les grands
de Florence.

[Footnote 5: Dans les pices gnalogiques que l'on nous a communiques,
et qui comprenaient quarante pages in-folio, ce nom tait crit tantt
Bonaparte, tantt Buonaparte, quoique tout le texte ft en italien.]

C'est cette requte, accompagne de pices authentiques  l'appui, qui
nous a fourni les renseignemens dont nous offrons aujourd'hui un extrait
succinct.

Le premier des membres de cette famille, dont le souvenir se soit
conserv, Nicolas Bonaparte, attach au parti des gibellins, fut compris
dans la proscription qui les frappa, et banni de Florence en 1268, aprs
avoir vu confisquer tous ses biens. Il se rfugia avec ses enfans 
San-Miniato.

En 1441, un descendant du mme Bonaparte, Leonardo Antonio Mocci,
galement gibellin, fut arrt a Florence, accus de haute trahison
et dcapit. Un registre dpos dans les archives de San-Miniato, et
contenant l'tat des biens confisqus aux rebelles, renferme le dtail
de ceux appartenant  Leonardo, et dont le tiers fut dclar appartenir
 son fils.

Depuis cette poque, plusieurs Bonaparte ont rempli avec distinction des
fonctions leves dans l'tat militaire, la magistrature, et l'glise, 
Pise,  Lucques,  Florence. L'enqute faite en aot 1752, et prsente
par le capitaine Nicolas Bonaparte, tant en son nom qu'en celui de ses
enfans et de ses autres parens, nous a paru devoir occuper une place
dans ce recueil; elle renferme une analyse historique des documens sur
lesquels cette famille tablissait ses prtentions. Nous en donnerons
une traduction littrale.

_Enqute pour le capitaine Bonaparte, fils et consorts._

Illustrissimes seigneurs,

Plusieurs raisons concluantes tendent  tablir que la famille des
exposans tait place dans un rang lev et distingu de la ville de
Florence; elle est regarde comme descendant de Buonaparte gibellin,
port, ainsi que ses fils, (_al libro del chiodo_), avec l'emploi de
capitaine. La mme famille tait regarde comme jouissant du rang de
grand de Florence, et fut reconnue judiciairement pour appartenir aux
ordres nobles.

Pour prouver qu'elle tire son origine du susdit Buonaparte, exil avec
ses fils en 1268, comme gibellin, du territoire de notre ville, nous
employerons les raisons dtailles ci-aprs:

1. Notre premier raisonnement est que, Buonaparte gibellin, exil en
1268 du territoire florentin, s'est rfugi avec quelques-uns de ses
fils  San-Miniato, o dominait le parti gibellin, et que de lui
sont descendus messire Jacopo, fils de messire Georgio di Jacopo de
Buonaparti, rsidant  San-Miniato, quartier de Poggighiti; qu'ils
furent faits nobles, ainsi qu'il appert de l'admission des preuves par
les seigneurs illustrissimes, et considrs comme descendans dudit
messire Jacopo, fils de Giorgio, et aussi comme provenant dudit
Buonaparte gibellin.

En admettant cette premire vrit, qu'ils descendent de messire
Jacopo, fils de Giorgio, il en rsulte deux consquences: l'une, que
ladite famille descendante de Buonaparte tait noble  San-Miniato;
l'autre, que cette ville tait devenue sa vritable patrie. Si donc l'on
reconnat ces deux titres dans la famille des exposans, on ne peut se
refuser  croire qu'elle tait noble ds ce temps-l. Judiciairement
considre comme la vraie famille Buonaparte, elle en tirera
l'invincible argument que les exposans proviennent de la mme souche que
messire Jacopo, lequel en provient lui-mme par les fils de Buonaparte
gibellin.

L'argument ci-dessus se consolide de plus en plus en applicant au cas
prsent les doctrines lgales: le sjour de la famille dans un mme
lieu, le mme grade de noblesse et au mme temps, forment un faisceau de
preuves qui servent  tablir la descendance d'une mme souche; vrit
qui devient plus vidente encore lorsque l'on voit Buonaparte, reconnu
comme chef, donner son nom aux descendans.

Ajoutons que l'article _de_ qui, dans d'autres familles, prcde
le nom, suivant l'opinion des antiquaires les plus rudits, ne peut
indiquer qu'une famille ordinaire devenue noble. Ainsi, devant les noms
de mdecins, de bourgeois et de riches, on joint l'article _de_  leurs
noms,  moins qu'ils ne soient de haute ligne.

On n'a jamais mis l'article _de_ devant le nom de Achin Salviati,
peintre excellent, et d'une si grande rputation; on n'en doit pas
mettre devant le nom de notre famille, pas plus sans doute que devant le
nom de nos anciens souverains _les Mdicis_.

Pour appuyer encore ce qui vient d'tre dit, nous offrons les preuves
suivantes, qui semblent sans rplique: non seulement Pierre di Gio di
Jacopo di Moccio, l'un des informans, lors de la premire description
des dcimes de l'anne 1427, est cit _comme citoyen de Florence_, mais
son pre et son aeul sont nomms comme allis aux trois gentilshommes
florentins Grandoni, Federighi et Ricci; de plus, ils rsidrent
constamment dans le quartier du Saint-Esprit, o ils avaient leur
habitation, et ils avaient tabli leur spulture dans l'glise
principale; nous citerons la mention de leur rsidence au _gonfalonier
scala_ (_gonfalone scala_) o avaient pass Buonaparte gibellin et ses
fils; ce qui prouve manifestement que Pierre, dont il vient d'tre
parl, a continu d'occuper cette mme habitation, comme descendant
lgitime du mme nom, et le rapport du magistrat atteste qu'il tait
de Florence, habitait le mme gonfalonier, et la mme maison que le
fondateur, M. Niccolo. Mais plus tard, au lieu d'y retourner, les
Buonaparte occuprent San-Miniato; ce qu'il est facile de reconnatre
par la rticence que fit Pierre de son surnom dans le premier tat de
division qui eut lieu de sa part, ainsi que de ses descendans aprs lui.
Cette omission,  laquelle on mit du mystre, donne  penser, ou
plutt  faire connatre, que ce mme rejeton descendait de Buonaparte
gibellin, dont la mmoire alors devait tre odieuse  Florence, et ce
moyen tait plus facile  employer que de changer d'habitation, dans
le dessein de laisser ignorer ces circonstances dans la ville. Il n'en
tait pas de mme  San-Miniato, o dominait le parti gibellin. L'on
voit mme les auteurs, descendans et collatraux du mme Pierre, ne pas
avoir recours au mme moyen, et, dans toutes les occasions, tirer leur
noblesse de Buonaparte. On voit aussi le sieur Nicolo lui-mme taire
tour  tour son surnom  San-Miniato, comme les autres l'avaient fait
dans la ville de Florence, et, sans doute suivant les circonstances, le
rpter ensuite deux fois dans la mme inscription. On ne peut, dans le
fait, imputer la rticence de ce nom qu'au dsir de se tenir  l'abri de
la haine que le peuple avait conue pour lui, et il n'tait certainement
odieux au peuple que comme l'taient les noms des autres grands et des
gibellins: c'est le jugement qu'en portent tous les hommes clairs.
Il est peu de familles illustres qui n'aient t exposes aux mmes
inconvniens  l'poque dont nous rappelons le triste souvenir.

En quatrime lieu, lorsque, d'aprs l'inspection seule de l'arbre
gnalogique, nous voyons un membre de la famille parvenir aux premires
dignits de l'glise de Florence, dignits qui n'ont jamais t
confres qu'avec beaucoup de circonspection, nous pouvons en tirer
l'induction de la haute considration qu'inspirait messire Jacopo, 
cause de messire Pierre, chanoine et doyen florentin, avant le prince
successeur de Francisco Bucella (c'est--dire en 1500.)

On voit en outre les auteurs des informans allis aux maisons Ricci,
Federighi, Grandoni, Albizzi, Visdmnini, Alberti, Masi, Tornabuoni,
parens des Tornaquiuci de Pauzano, parens de Ricasoli, Buonacorsi,
Gaetani, Pamialichi, Attavanti, Squarcialupi et Borronaci, dont est n
un des informans.

De l on peut, avec beaucoup de raison, conclure que l'origine de la
famille est noble, venant directement du mme Buonaparte.

Enfin, de ce que notre famille a t exclue des honneurs populaires
dont elle tait en possession, on doit en tirer la consquence qu'elle
tait dvoue au parti gibellin.

On la voit ensuite transfre  San-Miniato, et y possder un chteau,
et, fidle au parti qu'elle avait embrass, offrir une nouvelle victime
dans la personne de Leonardo Antonio _del nostro moccio_, dcapit pour
cette raison en 1441.

Toutes ces circonstances runies tablissent d'une manire premptoire
le dvouement de cette famille aux gibellins. Nous prouverons plus tard
qu'elle jouissait d'une grande fortune, et que, si les honneurs et les
dignits qui semblent devoir tre l'apanage de ce rang, lui ont t
refuss, il ne faut en accuser que les dissensions civiles qui la
rduisirent enfin  cacher son nom.

On ne peut tirer d'aucune archive des preuves plus fortes pour
constater l'origine des informans quant  leur auteur Buonaparte. Bien
qu'elles soient trs concluantes, nous esprons que vos grandeurs
voudront bien, dans leurs principes d'quit, prendre en considration
la force de ces mmes preuves, par l'impossibilit o se trouvent les
informans de les complter d'une manire plus satisfaisante.

Indpendamment de la runion des conjectures, qui vient d'tre tablie
par ce qui prcde, nous croyons tre encore  mme de prouver que
Touquin d'Oddo et ses descendans remontent sans nul doute  Buonaparte
gibellin, ainsi que nous l'avons dj avanc plusieurs fois. Nos
conjectures sont d'autant plus fondes, que nous trouvons dans un ancien
registre de la famille des exposans, du commencement de l'anne 1518,
avant l'rection de la principaut,  la page 20, une note dont copie
authentique se trouvera  la suite de la prsente instruction. La vrit
qui jaillit de cette note mane d'une personne respectable; elle a eu
lieu galement dans un temps non suspect; il faut donc en conclure
que ce document mrite la plus grande confiance, quoiqu'il ne soit an
surplus qu'un complment des preuves de noblesse que nous sommes en tat
de donner. Il faut en conclure galement que cette mme noblesse est
tablie et confirme par probabilits ou vraisemblances qui peuvent tre
ranges au nombre des choses lgales et authentiques. Ces probabilits,
outre les raisons prcdemment allgues, drivent incontestablement de
trouver runis,  la mme poque et dans le mme grade, d'une part, le
colonel messire Jacopo di Giorgio, jusqu' Buonaparte gibellin, et de
l'autre, notre colonel Giovanni di Jaccopo jusqu'au mme Buonaparte: En
suivant mme la proportion des temps, il ne paratrait pas impossible
que lesdits Jacopo et Gio soyent tous les deux descendans du mme
Buonaparte, et cette probabilit, disons plus, cette vrit, se fortifie
par l'apparition seule des personnes, qui, ayant lieu dans le mme
temps, leur fait assigner avec beaucoup de vraisemblance une origine
commune. Mais quand mme cette noble origine ne serait pas tablie,
comme elle l'est, n'y a-t-il pas lieu de reconnatre, en passant a
l'examen de la seconde proposition, que la famille Buonaparte se trouve
lie aux familles les plus considres de Florence, en ligne directe.
Son sjour ancien et habituel dans cette dernire ville, ses armoiries,
en un mot, c'est--dire le rteau rouge avec la fleur de lys d'or,
armoiries donnes aux familles nobles par le roi Charles Ier, ainsi
que la croix du peuple florentin, dont elle est depuis long-temps en
possession, sont des preuves de sa noblesse qui attestent mme qu'elle
remonte au temps des gibellins. A la vrit, les marques de noblesse
donnes par le peuple ne s'accordrent qu'aux familles d'un rang lev,
et le plus souvent, comme chacun le sait,  celles des mmes familles
qui s'empressrent d'abjurer le parti des gibellins pour acqurir de la
popularit. Quelques-uns des ntres ont fait cette abjuration au moment
mme o ils recevaient les armoiries,. d'autres, depuis la dcapitation
du susdit Leonardi. Prive des honneurs populaires, cette famille s'est
considre comme dchue de sa grandeur, et fut en butte  toutes sortes
de mauvais traitemens, jusqu' l'rection de la principaut. Alors
seulement, voulant ne pas laisser perdre une illustration justement
acquise, elle a relev pour elle-mme des faits qui avaient t tenus
secrets, non pas tant, peut-tre, pour en dissiper l'odieux que pour
prouver qu'elle ne renonait pas  ses droits, comme l'ont fait nombre
d'autres familles, en refusant les armoiries et les alliances qui les
auraient rendues agrables au peuple, en suivant l'impulsion du pays.

Venons  l'autre point de notre expos. Il est fond sur ce que nous
venons de dire, qu'en 1571, le chevalier Fausto Beltramini de Siena,
voulant prendre la croix de St.-tienne, non par grce, mais d'aprs
justice, tablit le quartier de noblesse de Buonaparte par Catherina sa
mre, fille de Gio, fils de notre Benedetto Buonaparte. Il prouva de
mme la noblesse d'Attavanti par la mre de Catherina, et en remontant
jusqu'au premier grade de noblesse de Buonaparte  Florence, dans le
temps mme de la rpublique, preuves qui manent des documens des
magistrats de San-Miniato depuis 1570 jusqu' 1571, o ils s'expriment
ainsi qu'il suit, au sujet des auteurs des exposans: _c'est bien
volontairement qu'ils s'en sont abstenus,  cause de leur droit de cit
 Florence_, et comme l'atteste plus clairement encore le tmoignage de
messire Antonio de Gucci de San-Miniato.

_Premier tmoin_. Il se rappelle avoir vu ledit Gio-Buonaparte, pre de
ladite Catherina, icelle mre dudit Fausto, en qualit de gentilhomme et
homme d'armes de M.Valerio Orsini, aux appointemens de la rpublique
de Florence. Sur ces documens gnraux, a t accord le quartier de
noblesse  Buonaparte par le conseil de Pise, avec une mention honorable
sur le rapport qui en a t fait au srnissime grand-matre.

Les motifs de ce rapport ont t, que la famille de Buonaparte a joui
du droit de cit  Florence et  Lucques; que plusieurs membres de cette
famille avaient rempli l'emploi de _vedut_ du collge, que d'autres ont
eu des emplois au dehors; mais comme dans le temps San-Miniato n'avait
pas de sige piscopal, et que par consquent ces familles ne pouvaient,
en vertu des statuts de l'ordre, tre admises aux preuves judiciaires, 
l'effet de prendre l'habit, d'aprs le chapitre 3 du mme statut,
_le candidat doit tre de la nation et n dans la ville_, malgr
l'application de ce principe aux autres quartiers de noblesse, la
justice ne put les tendre jusqu'au quartier de Buonaparte, c'est--dire
 l'ancienne et noble origine de Buonaparte gibellin et  ses auteurs,
quoiqu'ils fussent ds lors considrs comme grands.

On voit en second lieu que la jouissance des emplois des collges
mentionne au susdit rapport, avec l'approbation du saint ordre
militaire, qui l'admettait mme comme preuve judiciaire, concession
semblable  celle faite a la famille Jeppi, ne peut s'expliquer
autrement que par les preuves fournies par la famille Buonaparte et
par Beltramini, de la possession des prrogatives du grade noble de
Florence. Or, suivant les lois rglementaires de ce corps de noblesse,
elle doit tre place au rang des patriciens.

Mais pour claircir davantage ce qui vient d'tre expos, nous
donnerons l'assurance que les preuves des titres des Buonaparte, faites
par Beltramini dans la personne de Catherina di Gio di Benedetto
Buonaparte, l'auteur commun, furent faites comme de famille florentine,
sanctionnes par le saint ordre militaire. Ceci fit reconnatre
judiciairement le quartier de Buonaparte  Ridolfi, soixante-dix ans
aprs les preuves de Beltramini. Si tel a t l'effet des preuves de
Beltramini,  plus forte raison les Buonaparte ont le droit de demander
 tre, comme les Ridolphi, reconnus nobles et de famille florentine.

En rsumant aux yeux de leurs seigneuries illustrissimes ce qui vient
d'tre examin et discut, la famille Buonaparte a le droit d'tre
classe parmi les grands ou gibellins, d'aprs le 10 de l'instruction
de la loi sur la noblesse, ou d'tre reconnue judiciairement pour
famille florentine aux ordres nobles, suivant le 5 de la mme loi. Mais
dans l'un comme dans l'autre cas, leurs seigneuries illustrissimes
ne peuvent manquer de reconnatre le droit de cette mme famille au
patriciat florentin, ce qu'elle attend de leur bienveillance et de leur
justice, se faisant du reste un honneur de les avoir pour juges.


 la suite de cette pice, s'en trouvait une autre contenant le dessin
et la description des armoiries de Bonaparte.

Les armes de la famille de Bonaparte sont un champ rouge avec deux
raies blanches en bandes, et deux toiles galement blanches, l'une
dessous, l'autre au-dessus des bandes. Au chef de l'cu, dans un champ
d'azur, est un rateau rouge et deux fleurs de lys d'or. Au milieu du
rateau, un champ blanc avec croix rouge.

On voit de ces armes en beaucoup d'endroits  Florence, dans le clotre
du St.-Esprit, au lieu de leur spulture, et dans divers endroits de
la ville de San-Miniato. Elles se trouvent aussi parmi les procdures
faites au sujet de la profession de religion de St.-Etienne, par le
chancelier Fausto Beltraroini, chevalier judiciaire de cet ordre
militaire et sacr en l'anne 1671, lesquelles procdures prouvent le
quartier maternel de la famille Buonaparte.

Les armes de la branche des Franchini de San-Miniato sont un champ
d'or, et un pin au milieu. Au chef de l'ecu, est un rateau rouge dans un
champ d'azur, avec trois fleurs de lys d'or.

L'Arbre gnalogique de la famille Buonaparte, dress d'aprs les pices
produites, venait ensuite et tait suivi:

1. De renseignemens concernant la personne de Buonaparte gibellin et de
ses fils exils.

2. D'autres documens concernant Leonardo d'Antonio, dcapit comme
gibellin.

3. D'un Mmoire de Jules, fils de Jean Buonaparte, extrait d'un ancien
livre de la famille des exposans.

4. D'un document qui tablit que Moccio Buonaparte est fils d'Oddo.

5. D'un arbre des dcimes de la famille.

6. D'une attestation des gabelles et autres documens concernant les
mariages et lignes de l'une et l'autre branche des Buonaparte. 7.
D'une attestation de l'office des traites, comme dpendance du collge
et d'autres bureaux galement pour les deux susdites branches.

8. De preuves que leurs parens, depuis 1738, se sont surnomms
Buonaparte, avec la jouissance du priorat.

9. D'extraits de baptme des auteurs de la requte.

10. D'un document sur le patrimoine ancien et actuel de la famille;

Sur les personnes constitues en dignits dans ladite famille;

Sur les nobles et anciens tombeaux de cette mme famille dans
San-Miniato et a Florence.

11. D'un acte de notorit de San-Miniato pour la famille de Buonaparte
en 1571.

12. D'une enqute sur leur famille, pour prouver judiciairement leur
quartier,  l'ordre de Saint-Etienne, comme famille florentine.

13. Des motifs des chevaliers rapporteurs pour accorder ledit quartier.

14. Des motifs d'autres chevaliers rapporteurs auprs des
grands-matres dudit ordre, pour octroyer judiciairement ledit quartier
 d'autres Buonaparte.

15. De preuves de l'tablissement dans San-Miniato de l'anciennet de
la famille de messire Jacopo, fils de messire Giorgio Buonaparte.

Ces pices, d'un intrt secondaire, tablissent cependant d'une manire
authentique l'anciennet de l'origine de cet homme extraordinaire, dont
la naissance fut sans doute le moindre mrite. Il appartient tout entier
au domaine de l'histoire: l'quitable postrit tablira d'une manire
invariable le rang qu'il mrite, et que ne peuvent aujourd'hui lui
assigner ni l'enthousiasme ni la haine.

PRCIS CHRONOLOGIQUE ET HISTORIQUE DE LA VIE DE NAPOLON BONAPARTE.



1769

15 _aot_.--Naissance de Napolon Bonaparte  Ajaccio, dans l'le de
Corse: son pre, Charles Bonaparte; sa mre, Letitia Ramolini; son
parrain, le clbre Paoli, dont l'exemple contribua puissamment au
dveloppement des facults de Napolon.


1777.

_Septembre_.--Elev d'abord au collge d'Autun, le jeune Bonaparte est
reu par la protection de M. de Marboeuf, gouverneur de l'Ile de Corse,
 l'cole royale militaire de Brienne en Champagne.


1784.

Bonaparte est compris dans la promotion d'lves qui passent de Brienne
 l'cole de Paris.

1787.

Aprs des examens brillans, il est nomm sous-lieutenant d'artillerie au
rgiment de Lafre.


1788.

Il part de Paris avec Paoli pour se rendre en Corse.


1789.

Nomm lieutenant-colonel de la garde nationale d'Ajaccio, il seconde le
gnral Paoli et perfectionne sous lui ses tudes de l'art militaire.


1792.

Banni de l'le de Corse par les factieux qui se disputaient l'autorit,
Bonaparte revient en France, dbarque  Marseille, et reprend presque
aussitt un service actif dans les armes de la rpublique.


1793 (an 1er de la rpublique.)

26 _juillet_ (8 thermidor.)--Commandant en sa qualit de lieutenant
l'artillerie du corps d'arme du gnral Carteaux, qui faisait la guerre
aux Marseillais insurgs contre la convention, il reprend Avignon, dont
ceux-ci s'taient empars.

28 _juillet_ (10 thermidor.)--Il s'empare de Beaucaire, aussi occupe
par les Marseillais.

Employ ensuite au sige de Toulon, dans l'arme du brave gnral
Dugommier, Bonaparte est nomm chef de bataillon, commande l'artillerie
pendant l'absence du gnral Dommartin, il y est bless; se fait
distinguer par les reprsentans du peuple dans toutes les affaires
qui eurent lieu durant ce sige mmorable, contribue puissamment  la
reprise de cette ville livre aux Anglais, et jette d'une manire solide
les premiers fondemens de cette gloire militaire qui devait avoir tant
d'clat.

1794 (an II.)

29 _avril_. (10 floral.)--Bonaparte, envoy aprs le sige de Toulon
 l'arme d'Italie, commande par le gnral Dumerbion, se distingue
de nouveau  la prise de Saorgio, dans le comt de Nice. Il est nomm
gnral de brigade par les reprsentans du peuple. Devenu suspect peu
de temps aprs, il est le premier officier de l'arme d'Italie contre
lequel le comit de sret gnrale dcerna un mandat d'arrt. Arrt
aux avant-postes de l'arme, il est conduit au fort carr d'Antibes.

1795(an III.)

En butte  la haine du reprsentant Aubry, qui dirigeait la partie
militaire dans le comit de salut public, Bonaparte est destitu,
rintgr, destitu de nouveau, puis emprisonn; ayant enfin obtenu
sa libert et recouvr des protecteurs, il est nomm commandant de
l'artillerie en Hollande; mais retenu par Barras, il ne se rend point 
sa destination.

3 _octobre_ (11 vendmiaire an IV.)--Barras le fait nommer commandant
de l'artillerie  Paris.

5 _octobre_ (13 vendmiaire.)--Bonaparte rduit les sections insurges
contre la convention.

10 _octobre_ (18 vendmiaire.)--Il est rcompens du service qu'il a
rendu  la convention par sa nomination au commandement en second de
l'arme de l'intrieur et de Paris.

30 _octobre_ (8 brumaire.)--Commandant en chef de la mme arme en
remplacement de Barras, dmissionnaire, il reoit en outre la fonction
de veiller  la police de Paris.

1796 (an IV.)

23 _fvrier_ (4 ventose.)--Nomm par le directoire commandant en chef de
l'arme d'Italie, en remplacement du gnral Schrer.

8 _mars_ (18 ventose.)--Bonaparte pouse Josphine Tascher de la
Pagerie, veuve du vicomte de Beauharnais.

11 _mars_ (21 ventose.)--Il part de Paris pour se rendre en Italie, et
passe par Marseille pour y visiter sa famille.

20 _mars_ (30 ventose.)--Il prend  Nice le commandement de l'arme
d'Italie, qu'il trouve dans le dnuement le plus complet; en peu de
jours, elle fut par ses soins pourvue d'habillemens et de subsistances.
Bonaparte n'avait alors que 26 ans.

10 _avril_ (21 germinal.)--Il commence les hostilits contre l'arme
autrichienne, commande par le gnral Beaulieu.

11 _avril_ (22 germinal.)--Bataille et victoire de Montenotte.

14 _avril_ (25 germinal.)--Bataille et victoire de Millesimo. Dans
ces deux batailles, qui avaient pour but de sparer les deux armes
pimontaise et autrichienne, le jeune gnral franais bat compltement
deux vieux guerriers consomms, les gnraux Colli et Beaulieu.

16 _avril_. (27 germinal.)--Combat de Dego.

17 _avril_. (28 germinal.)--Prise du camp retranch de Ceva.

22 _avril_ (3 floral.)--Bataille de Mondovi. Le gnral Beaulieu est
dfait de nouveau.

25 _avril_ (6 floral.)--Prise de Cherasco.

28 _avril_ (9 floral.)--Bonaparte conclut un armistice avec le gnral
pimontais Colli, et se fait cder les forteresses de Coni, Tortone et
Ceva.

6 _mai_ (17 floral.) Le gnral Bonaparte demande au directoire des
artistes pour recueillir les monumens des arts que ses conqutes mettent
 la disposition du gouvernement franais.

7 _mai_ (18 floral.)--Passage du P par l'arme franaise, et combat de
Fombio.

9 _mai_ (20 floral.)--Armistice conclu entre Bonaparte et le duc de
Parme.

11 _mai_ (22 floral.)--Passage du pont de Lodi, et droute de l'arme
de Beaulieu.

12 _mai_ (23 floral.)--Prise de Pizzighitone.

15 _mai_ (25 floral.)--Entre triomphale du gnral Bonaparte  Milan,
capitale de la Lombardie.

22 _mai_ (3 prairial.)--Prise de Pavie.

29 _mai_ (10 prairial.)--Passage du Mincio et victoire de Borghetto.

3 _juin_ (15 prairial.)--Prise de Vrone, o Louis XVIII se trouvait
quinze jours auparavant.

4 _juin_ (16 prairial)--Arrive de Bonaparte devant Mantoue, et premier
investissement de cette place fameuse.

15 _juin_ (27 prairial.)--Armistice conclu par Bonaparte entre la France
et le roi de Naples.

19 _juin_ (1er messidor.)--Prise de Bologne et de Modne.

23 juin (5 messidor.)--Armistice accord au pape par Bonaparte.

29 _juin_ (11 messidor.)--Prise de Livourne.

7 _juillet_ (19 messidor.)--Combat de la Bocchetta di Campion.

18 _juillet_ (30 messidor.)--Combat de Migliaretto.

20 _juillet_ (2 thermidor.)--Premire sommation faite  Mantoue; sige
rgulier de cette place.

29 _juillet_ (11 thermidor.)--Combat de Salo; le gnral Bonaparte
apprenant qu'une arme autrichienne, commande par le marchal
Wurmser, est en marche pour lui faire lever le sige de Mantoue, se
porte lui-mme avec toutes ses forces  la rencontre de son nouvel
ennemi.

3 _aot_ (16 thermidor.)--Bataille de Castiglione et combat de Lonato;
l'arme du gnral Wurmser est mise en droute.

6 _aot_ (19 thermidor.)--Combat de Peschiera.

11 _aot_ (24 thermidor.)--Combat de la Corona, reprise de toutes les
lignes sur le Mincio, et continuation du sige de Mantoue.

24 _aot_ (7 fructidor.)--Combat de Borgoforte et de Goveruolo.

3 _septembre_ (17 fructidor.)--Combat de Serravalle.

4 _septembre_ (18 fructidor.)--Combat de Roveredo.

5 _septembre_ (19 fructidor.)--Prise de Trente.

7 _septembre_ (21 fructidor.)--Combat de Covolo.

8 _septembre_ (22 fructidor.)--Combat de Bassano.

12 _septembre_ (26 fructidor.)--Combat de Cerca.

13 _septembre_ (27 fructidor.)--Prise de Legnago; le mme jour, le
gnral Wurmser ne pouvant plus se maintenir en campagne, se jette dans
Mantoue pour y chercher un refuge.

14 _septembre_. (28 fructidor.)--Combat de Due-Castelli.

15 _septembre_ (29 fructidor.)--Combat de St.-Georges.

1796 (an V.)

8 _octobre_ (17 vendmiaire.)--Bonaparte se fait livrer la ville de
Modne.

19 _octobre_ (28 vendmiaire.)--Une division franaise commande par le
gnral Gentili, et envoye par Bonaparte, descend dans l'le de Corse,
alors occupe par les Anglais.

22 _octobre_ (1er brumaire.)--L'le de Corse, conquise par les soldats
de Bonaparte, redevient partie intgrante de la rpublique franaise.

27 _octobre_(6 brumaire.)--Prise de Bergame.

6 _novembre_ (16 brumaire)--Combat sur la Brenta.

11 _novembre_ (21 brumaire.)--Combat de Caldiero.

15, 16, 17 _novembre_ (25, 26, 27 brumaire.)--Bataille d'Arcole;
une troisime arme autrichienne, envoye par la cour de Vienne, et
commande par le gnral Alvinzi, est mise en fuite.

18 _novembre_ (28 brumaire.)--Bonaparte donne son approbation 
la constitution rdige par le snat de Bologne pour la rpublique
cisalpine.

1797 (an V.)

14 _janvier_ (20 nivose.)--Bataille de Rivoli; les Autrichiens sont mis
en pleine droute, et le gnral Alvinzi qui les commandait parvient 
peine  se sauver.

15 _janvier_ (26 nivose.)--Combat d'Anghiari.

16 _janvier_ (27 nivose.)--Combat de St.-Georges.

26 _janvier_ (6 pluviose.)--Bonaparte stipule avec le marquis de
Manfredini l'vacuation de la Toscane. Dcret qui accorde,  titre de
rcompense, aux gnraux Bonaparte et Augereau, les drapeaux pris par
eux  la bataille d'Arcole sur les bataillons ennemis.

26 _janvier_ (7 pluviose.)--Combat de Carpenedolo.

27 _janvier_ (8 pluviose.)--Combat de Derumbano.

30 _janvier_ (11 pluviose.)--Les gorges du Tyrol sont forces et les
Franais font leur entre dans Trente.

1er _fvrier_ (13 pluviose.)--Bonaparte rompt l'armistice accord au
pape, et fait envahir la Romagne par ses troupes.

3 _fvrier_ (15 pluviose.)--Capitulation du gnral Wurmser, et
reddition de Mantoue. Bonaparte, blm par ses gnraux d'avoir accord
 Wurmser des conditions trop avantageuses, leur fait cette rponse
mmorable: _J'ai voulu honorer en lui la vieillesse et la valeur
guerrire malheureuse_. Les rivaux de Napolon ont mal suivi cet exemple
donn par Bonaparte.

4 _fvrier_ (16 pluviose.)--Dfaite des troupes du pape sur le Sinio.

9 _fvrier_ (21 pluviose.)--Prise d'Ancne.

10 _fvrier_ (22 pluviose.)--Prise de Lorette; Bonaparte s'empare de la
fameuse statue de la vierge qui y tait adore depuis des sicles, et
l'envoie au directoire.

12 _fvrier_ (24 pluviose.)--Le pape Pie VI crit  Bonaparte, pour
lui demander la paix; le mme jour, les Franais parviennent jusqu'
Macerotte,  quarante lieues de Rome.

19 _fvrier_ (1er ventose.)--Trait de paix conclu par Bonaparte, entre
la rpublique franaise et le pape Pie VI; celui-ci renonce  toutes ses
prtentions sur Avignon et sur le comtat venaissin, cde  perptuit 
la rpublique franaise Bologne, Ferrare et la Romagne; il cde en outre
tous les objets d'art demands par Bonaparte, tels que l'Apollon du
Belvdre, la Transfiguration de Raphal, etc., etc., rtablit l'cole
franaise  Rome, et paye  titre de contribution militaire treize
millions en argent ou en effets prcieux.

22 _fvrier_ (4 ventose.)--Bref du pape Pie VI au gnral Bonaparte,
dans lequel, entr'autres titres, il lui donne celui de _son cher fils_.

26 _fvrier_ (2 ventose.)--Bonaparte envoie au corps lgislatif les
trophes de Mantoue.

2 _mars_ (12 ventose.)--Combat de Monte-di-Sover.

10 _mars_. (20 ventose.)--Combat de Bellune.

12 _mars_ (22 ventose.)--Combat de San-Salvador.

13 _mars_ (23 ventose.)--Combat de Sacile.

16 _mars_ (26 ventse.)--Bataille du Tagliamento, entre les Autrichiens
commands par le prince Charles, et les Franais aux ordres de
Bonaparte; l'arme autrichienne est mise en droute.

19 _mars_ (29 ventse.)--Combat de Gradisca.

22 _mars_ (2 germinal.)--Combat et prise de Bolzen.

23 _mars_ (3 germinal.)--Prise de Trieste.

31 _mars_ (11 germinal.)--Lettre de Bonaparte  l'archi duc Charles,
dans laquelle il invite le prince autrichien  s'unir  lui pour arrter
le flau de la guerre.

2 _avril_ (i3 germinal.)--Combat de Neumarck.

7 _avril_(18 germinal.)--Armistice conclu  Indinbourg, entre le
gnral Bonaparte et le prince Charles; l'arme franaise n'tait qu'
trente lieues de Vienne.

13 _avril_ (24 germinal.)--Jour o expirait l'armistice, Bonaparte
enveloppe l'arme autrichienne.

15 _avril_ (26 germinal.)--Le gnral en chef Bonaparte, au nom de la
rpublique franaise, et les gnraux Belgarda et Nubbewed, au nom de
l'empereur, signent  Loben les prliminaires de la paix.

24 _avril_ (5 floral.)--Prise de Vrone, qui,  l'instigation des
Vnitiens, s'tait rvolte contre les Franais. Bonaparte fait envahir
tous les tats de terre-ferme de la rpublique de Venise.

3 _mai_ (14 floral.)--Manifeste du gnral Bonaparte, dans lequel il
expose la conduite du gouvernement vnitien, et lui dclare la guerre.

11 _mai_ (22 floral.)--L'arme franaise tant campe sous les murs
de Venise, la noblesse prend la fuite, le doge abdique, une horrible
anarchie s'tablit dans la ville; les meilleurs citoyens appellent les
Franais pour la faire cesser.

16 _mai_ (27 floral.)--Les Franais prennent possession de la ville et
des forts de Venise.

3 _juin_ (15 prairial.)--Bonaparte envoie au directoire les drapeaux
pris sur les Vnitiens.

6 _juin_ (18 prairial.)--Convention de Montebello entre le gnral
Bonaparte et les dputs de Gnes.

9 _juillet_ (21 messidor.)--La rpublique cisalpine est institue sous
l'influence du gnral Bonaparte.

26 _juillet_ (7 thermidor,)--Bonaparte runit la Romagne  la
rpublique cisalpine.

22 _aot_ (5 fructidor.)--Bonaparte part de Milan pour se rendre au
congrs d'Udine.

1797 (an VI.)

17 _octobre_ (26 vendmiaire.)--Trait de paix conclu et sign
a Campo-Formio par le gnral Bonaparte, au nom de la rpublique
franaise, et les plnipotentiaires de l'empereur d'Allemagne. Par ce
trait, la rpublique franaise est formellement reconnue, l'empereur
renonce  toutes ses prtentions sur les Pays-Bas et sur le territoire
de la rpublique cisalpine, dont il reconnat l'indpendance, etc., etc.

26 _octobre_ (5 brumaire.)--Bonaparte est nomm gnral en chef de
l'arme dite d'Angleterre, forme par ordre du directoire sur les ctes
de l'Ocan.

31 _octobre_ (10 brumaire.)--Bonaparte envoie  Paris le gnral
Berthier et le savant Monge, pour prsenter au directoire le trait de
paix qu'il a fait avec l'empereur.

15 _novembre_ (25 brumaire.)--Bonaparte part de Milan pour se rendre au
congrs de Rastadt et y prsider la lgation franaise.

17 _novembre_ (27 brumaire.)--Bonaparte divise la rpublique cisalpine
eu vingt dpartemens.

26 _novembre_ (6 frimaire.)--Arrive de Bonaparte  Rastadt.

1er _dcembre_ (11 frimaire.)--Convention militaire signe  Rastadt
entre le gnral Bonaparte et le comte de Cobentzel.

5 _dcembre_ (15 frimaire.)--Arrive du gnral Bonaparte  Paris.
La reconnaissance et l'admiration clatent partout o se montre le
vainqueur de l'Italie.

9 _dcembre_ (19 frimaire.)--Bonaparte est de nouveau appel au
commandement en chef de l'arme d'Angleterre.

10 _dcembre_ (20 frimaire.)--Il prsente au directoire, dans une
audience solennelle, le trait de Campo-Formio, ratifi par l'empereur
d'Allemagne.  cette occasion, il prononce un discours o il rappelle en
peu de mots les exploits de l'arme d'Italie, et prsente un drapeau
sur lequel sont inscrites les victoires de cette mme arme. Bonaparte
devient l'idole des Parisiens; on frappe des mdailles en l'honneur de
ses victoires, etc., etc.

22 _dcembre_ (2 nivose.)--Fte solennelle et brillante donne 
Bonaparte par le corps-lgislatif.

23 _dcembre_ (5 nivose.)--Bonaparte est nomm membre de l'Institut.

1798 (an VI.)

3 _janvier_ (14 nivose.)--Fte donne  Bonaparte par le ministre des
relations extrieures, dans l'glise de Saint-Sulpice.

28 fvrier (4 ventose.)--Retour  Paris de Bonaparte d'une visite qu'il
venait de faire sur les ctes de l'Ocan  l'arme d'Angleterre.

5 _mars_ (15 ventose.)--Arrt du directoire qui charge Bonaparte
du soin de diriger le grand armement form sur les ctes de la
Mditerrane.

2 _avril_ (13 germinal.)--Le directoire arrte que Bonaparte se rendra
sur-le-champ  Brest, pour y prendre le commandement des forces navales
qui y sont rassembles.

12 _avril_ (23 germinal.)--Arrt du directoire qui nomme Bonaparte
gnral en chef de l'arme d'Orient.

3 _mai_ (i4 floral.)--Bonaparte se rend de Paris  Toulon.

8 _mai_ (19 floral.)--Arrive de Bonaparte  Toulon, et proclamation
adresse par lui  l'arme.

19 _mai_ (30 floral.)--Dpart de Bonaparte pour l'gypte avec l'arme
qui doit en assurer la conqute.

10 _juin_ (21 prairial.)--Apparition de la flotte franaise devant
Malte.

9 _juin_ (22 prairial.)--Dbarquement des Franais dans l'le.

12 _juin_ (24 prairial.)--Capitulation de l'le de Malte; Bonaparte
s'occupe avec activit d'tablir une bonne administration dans l'le.

19 _juin_ (1er messidor.)--Bonaparte quitte Malte pour se rendre  sa
destination; il emmne avec lui les btimens de guerre trouvs dans le
port.

1er juillet (13 messidor.)--Arrive de la flotte franaise en vue
d'Alexandrie, et dbarquement de l'arme.

2 juillet (14 messidor.)--Attaque et prise d'Alexandrie.

11 juillet (23 messidor.)--Combat de Damanhour.

12 juilet (24 messidor.)--Combat de Rhamanieh.

14 juillet (26 messidor.)--Combat de Chebreiss.

23 juillet (5 thermidor.)--Bataille des Pyramides. Soldats, dit
Bonaparte, vous allez combattre aujourd'hui les dominateurs de l'gypte
(les mameloucks); songez que du haut de ces monumens quarante sicles
vous contemplent. Le soir de cette mme journe, Bonaparte fait son
entre solennelle au Caire, abandonn par Ibrahim-Bey.

1er _aot_ (14 thermidor.)--Bataille navale d'Aboukir; Bonaparte, en
recevant la nouvelle de la destruction de sa flotte, rpond avec une
apparente impassibilit: Nous n'avons plus de flotte! h bien, il faut
rester en ces contres, ou en sortir grands comme les anciens.

_5 aot_ (18 thermidor.)--Combat d'El-Khanka.

_10 aot_ (23 thermidor.)--Combat de Salahieb.

_12 aot_ (25 thermidor.)--Combat de Remerieh.

_18 aot_ (1er fructidor.)--Bonaparte prside en grande pompe  la
crmonie de la rupture de la digue qui retient les eaux du Nil au
Caire.

_20 aot_ (3 fructidor.)--Le gnral Bonaparte voulant se rendre
favorables les habitans du pays, fait clbrer avec tout le faste
oriental la fte du lgislateur d'Orient, Mahomet.

_21 aot_ (4 fructidor.)--Il arrte la formation d'un institut destin 
s'occuper des progrs et de la propagation des lumires en gypte, de
la recherche, de l'tude et de la publication des faits naturels,
industriels, historiques de ce pays, etc., etc.

_15 septembre_ (29 fructidor.)--Combat de Caf'Schabbas-Amer.

1798 (an VII.)

_22 septembre_ (1er vendmiaire.)--Bonaparte fait clbrer au Caire
l'anniversaire de la fondation de la rpublique franaise.

_29 septembre_ (8 vendmiaire.)--Combat de Mit-El-Haroun.

_4 octobre_ (13 vendmiaire.)--Combat de Matarieh.

_8 octobre_ (17 vendmiaire.)--Bataille de Sdiman.

_21 et 22 octobre_ (30 vendmiaire et 1er frimaire.)--Violente
insurrection dans la ville du Caire; les dispositions rapides et
l'nergie du gnral en chef rtablissent promptement l'ordre et le
calme. Cette insurrection avait pour prtexte la religion, et pour motif
rel le refus de payer les contributions.

9 _novembre_ (19 brumaire.)--Combat de Faioum. Prise de Suez.

21 _dcembre_ (1er nivse.)--Bonaparte rtablit au Caire le divan, qu'il
avait destitu aprs la grande insurrection.

25 _dcembre_ (5 nivse.)--Il quitte la capitale de l'gypte pour faire
une reconnaissance  Suez, o il arrive le 27.

1799 (an VII.)

6 _fvrier_ (18 pluvise.)--Ouverture de la campagne de Syrie; arrive
de l'arme expditionnaire  Katieh.

9 _fvrier_ (21 pluvise.)--Prise d'El-Arich.

7 _mars_ (17 ventse.)--Prise de Jaffa.

15 _mars_ (25 ventse.)--Combat de Q'quoum.

18 _mars_ (28 ventse.)--Commencement du sige de Saint-Jean d'Acre.

28 _mars_ (8 germinal.)--Premier assaut livr  Saint-Jean d'Acre.

3 _avril_(14 germinal.)--Combat de Sour.

6 _avril_ (17 germinal.)--Combat de Nazareth.

8 _avril_ (19 germinal.)--Combat de Loubi.

9 _avril_ (20 germinal.)--Combat de Cana.

11 _avril_(22 germinal.)--Combat de Seid-Jarra.

16 _avril_ (27 germinal.)--Bataille du Mont-Thabor, gagne sur les
Musulmans par les gnraux Bonaparte et Klber.

4 _mai_ (15 floral.)--Second assaut livr  Saint-Jean d'Acre.

8 _mai_ (19 floral.)--Troisime assaut.

10 _mai_ (21 floral.)--Quatrime assaut.

17 _mai_ (28 floral.)--Leve du sige de Saint-Jean d'Acre.

29 _mai_ (10 prairial.)--Prise de Kosseir.

_14 juin_ (26 prairial.)--Retour de Bonaparte au Caire.

_14 juillet_ (26 messidor.)--Il quitte le Caire pour se porter  la
rencontre de l'arme turque, commande par le grand-vizir, et dbarque
 Aboukir.

_19 juillet_ (1er thermidor.)--Il arrive  Rhamanieh.

_25 juillet_ (7 thermidor.)--Bataille d'Aboukir; l'arme musulmane est
totalement dtruite.

_2 aot_ (15 thermidor.)--Le petit nombre de Turcs chapps  la
bataille, et qui s'taient rfugis dans le fort d'Aboukir, implorent la
clmence de Bonaparte, qui les reoit  quartier.

_18 aot_ (1er fructidor.)--Bonaparte quitte le Caire pour se rendre 
Alexandrie, o il arrive le 21.

_23 aot_ (5 fructidor.)--Le gnral en chef de l'arme d'Orient
s'embarque sur la frgate _la Muiron_, qui doit le porter en France.

1799 (an VIII.)

_1er octobre_ (10 vendmiaire.)--Il arrive  Ajaccio.

_9 octobre_ (18 vendmiaire.)--Bonaparte dbarque  Frjus; il est reu
comme un librateur par la population entire des dpartemens qu'il
traverse.

_16 octobre_ (25 vendmiaire.)--Il arrive  Paris.

_6 novembre_ (15 brumaire.)--Fte superbe donne par le gouvernement
dans l'glise Saint-Sulpice aux gnraux Bonaparte et Moreau.

_9 novembre_ (18 brumaire.)--Dcret du conseil des Anciens, qui met  la
disposition du gnral Bonaparte la garde ou corps lgislatif et toutes
les troupes de la dix-septime division militaire, dont Paris tait le
chef-lieu.

_10 novembre_ (19 brumaire.)--Dcret rendu par le conseil des Anciens,
portant l'abolition du directoire, l'expulsion de soixante membres
du conseil des Cinq-Cents, la cration provisoire d'une nouvelle
magistrature destine  exercer le pouvoir excutif jusqu' la
confection d'une nouvelle constitution, et la dsignation de Sieyes,
Roger-Ducos et Bonaparte, pour exercer provisoirement cette nouvelle
magistrature sous le nom de consuls de la rpublique.

_13 dcembre_ (22 frimaire.)--Promulgation de la constitution de l'an
8. Le pouvoir excutif est confi, pour dix ans,  trois consuls;
Bonaparte, premier consul; Cambacrs, deuxime, et Lebrun
troisime.--Quatre-vingts snateurs, trente conseillers-d'tat, trois
cents dputs au corps-lgislatif et cent dputs au tribunal, tels
sont les rouages de la constitution qui devait porter Bonaparte  la
puissance absolue.

_25 dcembre_--(4 nivose.)--Loi qui rgle le mode et la nature des
rcompenses  accorder aux militaires qui se sont distingus ou se
distingueront par des actions d'clat.

_26 dcembre_ (5 nivose.)--Lettre du premier consul Bonaparte au roi
d'Angleterre, dans laquelle il lui fait part de sa nomination  la
premire magistrature de la rpublique, et de son dsir de voir la
France et l'Angleterre s'unir pour amener une paix gnrale.

_29 dcembre_ (8 nivose.)--Le premier consul Bonaparte accorde une
amnistie gnrale aux habitans insurgs des dpartemens de l'Ouest.

1800 (an VIII.)

_1er janvier_ (11 nivose.)--Installation du corps lgislatif et du
tribunal.

_5 janvier_ (15 nivose.)--Cration d'un premier inspecteur gnral du
gnie.

_19 janvier_ (29 nivose.)--Installation du gouvernement consulaire aux
Tuileries.

13 _janvier_ (3 pluviose.)--tablissement de la banque de France.

12 _fvrier_ (23 pluviose,)--Soumission des chouans du dpartement du
Morbihan.

18 _fvrier_ (29 pluviose.)--tablissement d'un prfet pour chaque
dpartement.

3 _mars_ (12 ventose.)--Dcret ordonnant la clture de la liste des
migrs.

8 _mars_ (17 ventose.)--Le premier consul arrte qu'il sera form 
Dijon une arme de rserve de soixante mille hommes.

22 _mars_ (1er germinal.)--Cration de la rpublique des sept les
vnitiennes.

27 _mars_ (6 germinal.)--Dcret pour la cration d'un conseil des
prises.

2 _avril_ (12 germinal.)--Le 1er consul nomme le gnral Carnot pour
remplacer au ministre de la guerre le gnral Berthier, appel par lui
au commandement en chef de l'arme de rserve.

18 _avril_ (28 germinal.)--Il nomme Bernadotte gnral en chef de
l'arme de l'Ouest.

6 _mai_ (16 floral.)--Le premier consul quitte Paris pour aller prendre
en personne le commandement de l'arme de rserve, devenue l'arme
d'Italie.

15 _mai_ (25 floral.)--Il nomme premier grenadier des armes de la
rpublique le brave Latour-d'Auvergne, qui se refuse  tout avancement.

16, 17, 18 _mai_ (26, 27, 28 floral.)--Passage du mont Saint-Bernard
par l'arme d'Italie, ayant le premier consul  sa tte.

22 _mai_ (2 prairial.)--Prise de Suze et de Verceil.

25 _mai_ (5 prairial.)--Prise de la citadelle d'Ivre.

29 _mai_ (9 prairial.)--Reprise de Nice et passage du Tesin.

2 _juin_ (13 prairial.)--Prise de Milan. Le premier consul rtablit la
rpublique cisalpine.

7 _juin_ (18 prairial.)--Prise de Pavie.

8 _juin_ (19 prairial.)--Combat et prise de Plaisance.

9 _juin_ (20 prairial.)--Passage du P et bataille de Montebello.

14 _juin_ (25 prairial.)--Bataille de Marengo; elle cote aux
Autrichiens vingt mille hommes, quarante pices de canon, douze
drapeaux;  la France, le gnral Desaix, qui avait puissamment
contribu  cette glorieuse victoire.

15 _juin_ (26 prairial.)--Convention d'Alexandrie entre le premier
consul et Mlas, commandant en chef l'arme autrichienne. Cette
convention, ou plutt cette capitulation du gnral autrichien restitue
 la France toutes ses conqutes en Italie.

18 _juin_ (29 prairial.)--Le premier consul tablit  Milan _une
consulte_ charge de rorganiser la rpublique cisalpine.

23 _juin_. (4 messidor.)--Il rtablit l'universit de Pavie.

26 _juin_ (7 messidor.)--Le premier consul fait transporter le corps de
Desaix au mont Saint-Bernard, et ordonne qu'il sera rig en ce lieu un
monument  la mmoire de ce jeune hros.

30 _juin_ (11 messidor.)--Bonaparte ordonne la reconstruction de la
place de Bellecour  Lyon et en pose lui-mme la premire pierre.

3 juillet (14 messidor.)--Retour du premier consul  Paris.

28 juillet (9 thermidor.)--Il signe les prliminaires de la paix entre
la France et l'Autriche.

13 _aot_ (25 thermidor.)--Il nomme le gnral Brune commandant en chef
de l'arme d'Italie.

25 _aot_ (7 fructidor.)--Il organise le conseil-d'tat et nomme les
conseillers.

3 _septembre_ (16 fructidor.)--Convention d'amiti et de commerce entre
les tats-Unis et la rpublique franaise.

20 _septembre_ (troisime jour complmentaire.)--Nouvel armistice
entre l'Autriche et la France. L'empereur ayant refus de signer les
prliminaires de paix, un autre congrs est indiqu  Lunville, et le
premier consul nomme le gnral Clark commandant extraordinaire de cette
place.

_Mme jour_. Inauguration du prytane de Saint-Cyr, et translation
solennelle des cendres de Turenne au temple de Mars (l'glise des
Invalides).

30 _septembre_ (8 vendmiaire.)--Trait de paix entre la France et le
dey d'Alger.

6 _octobre_ (14 vendmiaire.)--Le premier consul ordonne au gnral
Brune de faire occuper le grand-duch de Toscane.

8 _octobre_ (16 vendmiaire.)--Il nomme le gnral Berthier ministre de
la guerre.

10 _octobre_ (18 vendmiaire.)--Arrestation dans les couloirs de
l'Opra, de Demerville, Caracchi et autres, prvenus d'avoir voulu
assassiner le premier consul.

11 _octobre_ (19 vendmiaire.)--Bonaparte nomme son frre Joseph
plnipotentiaire de la rpublique au congrs de Lunville.

24 _dcembre_ (3 nivose.)--Explosion d'une machine infernale dirige
contre la personne du premier consul au moment o, se rendant  l'Opra,
il passait dans la rue Saint-Nicaise; Bonaparte ne doit son salut qu'
l'adresse de son cocher, qui tourna la charrette sur laquelle tait la
machine, au lieu de faire dbarrasser le passage.

1801 (an IX.)

11 _janvier_ (21 nivose.)--Cration de tribunaux spciaux: le
gouvernement pourra en crer autant que bon lui semblera.

17 _janvier_ (27 nivose.)--Rtablissement de la compagnie d'Afrique. Le
premier consul charge le gnral Turreau de prsider au confectionnement
de la belle route d'Italie par le Simplon.

9 _fvrier_ (20 pluviose.)--Trait de paix entre la France et l'empereur
d'Allemagne, sign  Lunville par le comte de Cobentzel et Joseph
Bonaparte.

10 _fvrier_ (21 pluviose.)--Arrt des consuls qui ordonne la poursuite
judiciaire des auteurs de la machine infernale.

18 _fvrier_ (27 pluviose.)--Armistice entre la rpublique franaise et
le roi des Deux-Siciles.

4 _mars_ (13 ventose.)--Arrt des consuls qui ordonne qu'il sera
fait chaque anne, du 17 au 22 septembre, une exposition publique des
produits de l'industrie franaise. On peut regarder cet arrt comme
l'une des causes qui contriburent le plus puissamment aux dveloppemens
prodigieux de cette mme industrie pendant tout le rgne de Napolon.

9 _mars_ (18 ventose.)--Dcret portant runion des dpartemens de
la Ror, de la Sarre, de Rhin et Moselle et du Mont-Tonnerre  la
rpublique franaise.

19 _mars_ (28 ventose.)--Le gouvernement est autoris par une loi 
tablir des bourses de commerce.

_Mme jour_--Trait entre la rpublique franaise et le roi d'Espagne,
par lequel le duch de Parme est cd  la France et la Toscane au
prince de Parme, avec le titre de roi d'trurie.

25 _mars_ (4 germinal.)--Le premier consul ordonne la construction de
trois nouveaux ponts sur la Seine: un devant le jardin des Plantes,
l'autre dans la Cit, le troisime devant le Louvre.

28 _mars_ (7 germinal.)--Trait de paix entre la rpublique franaise
et le roi de Naples. Porto-Longone, l'le d'Elbe et la principaut de
Plombino sont cdes  la France. Ferdinand s'engage en outre  fermer
tous ses ports aux Anglais.

1er _avril_ (11 germinal.)--Le premier consul nomme le gnral Macdonald
ministre plnipotentiaire de la rpublique prs le roi de Danemarck.

6 _avril_ (16 germinal.)--Le Rgent et Carbon, convaincus d'avoir
contribu  la confection de la machine infernale, sont dcapits 
Paris.

1er _mai_ (11 floral,)--Occupation de l'le d'Elbe par les Franais.

8 _mai_ (18 floral,)--Organisation dfinitive da la socit de la
Charit maternelle.

21 _mai_ (1er prairial.)--L'Institut prsente au premier consul son
projet de travail pour la continuation de son Dictionaire de la langue
franaise.

4 _juin_ (14 messidor.)--Le premier consul nomme le ngre
Toussaint-Louverture gouverneur  vie de Saint-Domingue.

15 juillet (26 messidor.)--Concordat entre le premier consul et le
pape Pie VII. Les vques et archevques nomms par le premier consul
recevront du pape l'institution canonique. Par ce concordat, Bonaparte
devenait rellement le restaurateur de la religion en France. Les
prtres ne lui en ont pas gard plus de reconnaissance.

24 _juillet_ (6 thermidor.)--Trait de paix et d'alliance entre la
rpublique franaise et l'lecteur de Bavire.

31 _juillet_ (12 thermidor.)--Organisation de la gendarmerie en France.

27 _aot_ (9 fructidor.)--Cration d'un ministre du trsor public.
Bonaparte donne le portefeuille  Barb-Marbois.

29 _septembre_ (7 vendmiaire.)--Trait de paix sign  Madrid entre la
rpublique franaise et le roi de Portugal.

1er _octobre_ (9 vendmiaire.)--Prliminaires de paix signs  Londres
entre la France et l'Angleterre.

8 _octobre_ (16 vendmiaire.)--Trait de paix sign  Paris entre la
France et la Russie.

9 _octobre_ (17 vendmiaire.)--Prliminaires de paix signs  Paris
entre la France et la Sublime-Porte.

12 _novembre_ (21 brumaire.)--Consulte lgislative de la rpublique
cisalpine, indique  Lyon. Le premier consul est invit  assister 
ses sances.

16 _novembre_ (25 brumaire.)--Clbration  Paris de ftes solennelles 
l'occasion de la paix.

21 _novembre_ (30 brumaire.)--Dpart de Brest de l'expdition de
Saint-Domingue sous les ordres du gnral Leclerc, beau-frre de
Bonaparte.

1802 (an X.)

8 _janvier_ (18 nivose.)--Arrive du premier consul  Lyon.

25 _janvier_ (5 pluviose.)--Cdant au voeu de la consulte, le premier
consul accepte le titre de prsident de la rpublique italienne.

4 _mars_ (13 ventose,)--Arrt des consuls ordonnant qu'il leur soit
prsent un tableau gnral des progrs et de l'tat des sciences, des
lettres et des arts depuis 1789 jusqu'au 23 septembre 1802. Cet arrt a
pour objet d'encourager par toutes sortes de secours ces trois grandes
branches de la prosprit publique et de perfectionner les mthodes
employes pour l'enseignement en France.

8 _mars_ (17 ventose.)--Trait de paix entre la France et la rgence
d'Alger.

_Mme jour_.--Cration d'un directeur de l'administration de la guerre,
ayant rang et fonction de ministre.--Dejean est nomm directeur.

25 _mars_ (4 germinal.)--Trait de paix dfinitif entre la rpublique
franaise, le roi d'Espagne, la rpublique batave, d'une part, et la
Grande-Bretagne de l'autre, sign  Amiens.

3 _avril_ (13 germinal.)--Bonaparte, prsident de la rpublique
italienne, convoque  Milan le corps lgislatif pour le 24 juin 1804.

8 _avril_ (18 germinal.)--Adoption par le corps lgislatif du concordat
arrt entre le premier consul et Pie VII, pour l'organisation du culte
en France.--Le cardinal Caprara est autoris par Bonaparte  exercer les
fonctions de lgat _ latere_.--Suppression des dcades.

18 _avril_ (28 germinal.)--Bonaparte et toutes les autorits constitues
de la rpublique assistent en grande pompe au _Te Deum_ chant 
Notre-Dame,  l'occasion du trait de paix sign  Amiens et du
rtablissement du culte catholique en France.

26 _avril_ (6 floral.)--Loi d'amnistie en faveur de tout prvenu
d'migration non radi; permission accorde  tout migr de rentrer en
France, sous la condition de prter serment de fidlit au gouvernement
et  la constitution de l'an VIII.

1er _mai_ (11 floral.)--Cration des coles primaires, secondaires et
spciales, autrement dites lyces, aux frais du trsor public.

8 _mai_ (18 floral.)--Le snat conservateur nomme Bonaparte consul pour
les dix annes qui suivront celles pour lesquelles il a t nomm par la
constitution.

10 _mai_ (20 floral.)--Arrt des consuls portant que le peuple
franais sera consult sur cette question: Napolon Bonaparte sera-t-il
consul  vie?

19 _mai_ (29 floral.)--Loi portant cration d'une lgion-d'honneur
en France; elle a pour objet de rcompenser les services civils et
militaires, comme galement utiles  l'tat.

20 _mai_ (30 floral.)--Trait particulier entre la rpublique franaise
et le duc de Wurtemberg.

24 _mai_ (4 prairial.)--Trait par lequel le prince d'Orange renonce 
la dignit de stathouder des Provinces-Unies.

15 _juin_ (26 prairial.)--Le premier consul fonde un prix (une mdaille
d'or de 3,000 fr.) pour encourager les savans  des expriences sur
l'lectricit et le galvanisme; l'Institut sera juge des dcouvertes
faites dans ces deux parties essentielles de la physique.

25 _juin_ (6 messidor.)--Trait de paix entre la rpublique franaise et
la Porte-Ottomane, qui confirme tous les traits antrieurs.

2 _juillet_ (13 messidor.)--Lucien Bonaparte, Joseph Bonaparte et le
gnral Kellermann, snateurs, sont nomms membres du grand conseil de
la lgion-d'honneur.

2 _aot_ (14 thermidor.)--Un snatus-consulte interprtant le voeu du
peuple franais, proclame Napolon Bonaparte premier consul  vie, et
lui donne le droit de se nommer un successeur.

4 _aot_ (16 thermidor.)--Autre snatus-consulte organique qui accorde
aux autres consuls cette mme prorogation de pouvoir, et la prsidence
du snat, dont ils seront membres de droit.

_Mme jour_.--Cration d'un grand-juge, ministre de la justice.--Regnier
est nomm grand-juge.

21 _aot_ (3 fructidor.)--Le premier consul prside pour la premire
fois le snat conservateur.

26 _aot_ (8 fructidor.)--Runion de l'le d'Elbe  la France.

2 _septembre_ (15 fructidor,)--Le snat helvtique rclame la mdiation
du premier consul.

3 _septembre_ (16 fructidor.)--Installation de la rpublique valaisane.

11 _septembre_ (24 fructidor.)--Runion du Pimont  la France. Il est
divis en six dpartemens: le P, la Doire, la Sesia, la Stura, le
Tanaro et Marengo.

14 _septembre_ (27 fructidor,)--Dcret qui supprime le ministre de
la police de la rpublique, et runit ses attributions  celles de
grand-juge.

1802 (an XI.)

4 _octobre_ (12 vendmiaire.)--Dcret qui cre une garde municipale
solde pour le service de la ville de Paris; elle consiste en deux
mille cent cinquante-quatre hommes a pied et cent quatre-vingts 
cheval.

_Mme jour_.--Les diverses coles d'artillerie et de gnie sont runies
 Metz.

18 _octobre_ (26 vendmiaire.)--Un snatus-consulte invite les trangers
 former en France des tablissemens utiles; un an de domicile suffira
pour acqurir le titre de citoyen franais, mesure minemment librale
et bien faite pout accrotre la prosprit nationale.

12 _dcembre_ (21 frimaire.)--Bonaparte, premier consul, est proclam
restaurateur de l'indpendance du Valais.

24 _dcembre_ (3 nivose.)--Formation de chambres de commerce dans les
principales villes de la rpublique, en vertu d'un arrt des consuls.

1803 (an XI.)

3 _janvier_ (13 nivose.)--Le premier consul nomme le gnral Rochambeau
commandant en chef de l'arme de St.-Domingue, et capitaine-gnral de
cette colonie, en remplacement de son beau-frre, le gnral Leclerc,
mort dans cette le.

4 _janvier_ (14 nivose.)--Snatus-consulte qui cre trente snatoreries,
avec une dotation de 25,000 fr. en domaines nationaux.

17 _janvier_ (21 nivose.)--Promotion au cardinalat, sur la demande du
premier consul, de MM. de Belloy, archevque de Paris; Fesch, oncle de
Bonaparte, archevque de Lyon; Cambacrs, frre du consul du mme nom,
archevque de Rouen; et Boisgelin, archevque de Tours.

23 _janvier_ (3 pluviose,)--Nouvelle organisation de l'Institut de
France; il est divis en quatre classes: premire, des sciences;
deuxime, de la langue et de la littrature; troisime, d'histoire et de
littrature ancienne; quatrime, des beaux-arts.

28 _janvier_ (8 pluviose.)--Organisation d'une cole spciale militaire
tablie  Fontainebleau.

19 _fvrier_ (30 pluviose.)--Le premier consul, en sa qualit de
mdiateur de la confdration helvtique, termine les diffrens qui
se sont levs entre les cantons suisses. L'Helvtie est divise en
dix-neuf cantons ayant chacun leur propre constitution.

25 _fvrier_ (6 ventose.)--tablissement  Compigne d'une cole
spciale des arts et mtiers.

10 _mars_ (19 ventose.)--Loi sur l'exercice de la mdecine.
--Rtablissement du doctorat pour les mdecins et chirurgiens.

18 _avril_ (28 germinal.)--Arrt des consuls qui fixe le diamtre des
nouvelles pices d'or, d'argent et de cuivre.

30 _avril_ (10 floral.)--La rpublique franaise cde aux tats-Unis la
Louisiane.

14 _mai_ (24 floral.)--Communication au snat, au corps lgislatif et
au tribunal, de l'ultimatum du roi d'Angleterre. Par cet ultimatum,
entirement contraire au trait d'Amiens, le roi de la Grande-Bretagne
exigeait imprieusement la possession de l'le de Lampedosa et de Malte
pour dix ans, en outre, l'vacuation de la Hollande.

22 _mai_ (2 prairial.)--La rpublique franaise dclare la guerre 
l'Angleterre.--Ordre donn d'arrter tous les Anglais qui se trouvent en
France.

30 _mai_ (10 prairial.)--Dcret portant organisation de l'administration
des monnaies.

3 _juin_ (14 prairial.)--Occupation du Hanovre par les Franais; l'arme
anglaise est faite prisonnire de guerre; fuite honteuse du duc de
Cambridge, qui la commandait.

7 _juin_ (18 prairial.)--La ville de Rouen, et d'autres  son exemple,
votent la construction  ses frais d'un vaisseau de guerre, pour tre
employ dans la lutte contre les Anglais.

20 _juin_ (1er messidor.)--Arrt des consuls, portant qu'il ne sera
plus reu dans les ports de France aucune denre provenant des colonies
anglaises.

23 _juin_ (4 messidor.)--Le premier consul Bonaparte part de Paris pour
visiter des dpartemens de la ci-devant Belgique.

2 _juillet_ (13 messidor.)--Il visite Dunkerque, Anvers, etc.

22 _juillet_ (3 thermidor.)--Il arrive  Bruxelles, et y est reu en
triomphateur.

28 _juillet_ (9 thermidor.)--Il ordonne la runion du Rhin, de la Meuse
et de l'Escaut par un grand canal de communication.

_Mme jour_. Il nomme l'amiral Truguet commandant en chef des forces
navales rassembles  Brest.

11 _aot_ (25 thermidor.)--Retour du premier consul  Paris.

19 _aot_ (1er fructidor.)--L'Angleterre refuse la mdiation de la
Russie, propose par le premier consul.

21 _aot_ (5 fructidor.)--Bonaparte nomme le snateur Lacpde
grand-chancelier de la lgion-d'honneur.

27 _aot_(9 fructidor.)--Le vice-amiral Brueys est nomm commandant de
la flottille nationale, avec le titre d'amiral.

1803 (au XII.)

24 _septembre_ (1er vendmiaire.)--Le pont des arts, remarquable par
son lgante construction en fer, est ouvert pour la premire fois au
public.--Le prytanne de Paris est converti en lyce.

27 _septembre_ (4 vendmiaire.)--Trait d'alliance entre la France et la
Suisse.

9 _octobre_ (16 vendmiaire.)--Le premier consul donne une audience
extraordinaire  l'ambassadeur de la Porte-Ottomane.

27 _octobre_ (4 brumaire.)--Publication du trait par lequel la
rpublique franaise cde aux tats-Unis la Louisiane, moyennant la
somme de soixante millions de francs.

3 _novembre_ (11 brumaire.)--Le premier consul part de Paris pour faire
une tourne sur les ctes et visiter les immenses travaux qu'il a
ordonns pour une descente en Angleterre.

5 _novembre_ (13 brumaire.)--Il assiste  un combat qui a lieu 
Boulogne entre une division anglaise et la flottille franaise.

18 _novembre_ (26 brumaire.)--Retour de Bonaparte  Paris.

20 _dcembre_ (28 frimaire.)--Snatus-consulte qui donne une nouvelle
organisation au corps lgislatif. Le premier consul fera l'ouverture de
la session.

1804 (an XII.)

6 _janvier_ (15 nivose.)--Ouverture du corps lgislatif par Bonaparte
pour la session de l'an XII.

11 _janvier_ (20 nivose.)--Le premier consul nomme le littrateur
Fontanes prsident annuel du corps lgislatif, avec 100,000 fr.
d'molumens.

16 _janvier_ (25 nivose.)--Il nomme le gnral Murat gouverneur de
Paris.

31 _janvier_ (10 pluviose.)--Le gnral Jourdan commande en chef l'arme
d'Italie.

15 _fvrier_ (25 pluviose.)--Arrestation du gnral Moreau, accus
d'avoir conspir avec Pichegru et Georges Cadoudal, contre la vie du
premier consul, et pour le rtablissement des Bourbons sur le trne.

17 _fvrier_ (27 pluviose.)--Rapport du grand-juge relativement  cette
conspiration.

28 _fvrier_ (8 ventose.)--Arrestation de Pichegru dans la rue
Chabanais.

9 _mars_ (18 ventose.)--Arrestation de Georges Cadoudal au carrefour de
l'Odon.

10 _mars_ (19 ventose.)--Ouverture du jubil accord  la France par le
pape  l'occasion du concordat.

13 _mars_ (22 ventose.)--Dcret des consuls qui institue des coles de
droit dans toutes les grandes villes de la rpublique.

17 _mars_ (26 ventose.)--Arrestation du duc d'Enghien  Ettenheim, dans
le margraviat de Bade.

21 _mars_ (30 ventose.)--Ce jeune prince est jug, condamn  mort par
une commission militaire, et fusill dans les fosss du chteau de
Vincennes; il avait alors trente-deux ans.

_Mme jour_.--Le corps lgislatif adopte le projet de loi concernant la
runion des lois civiles en un seul corps de lois, sous le nom de _Code
Civil des Franais_, appel depuis _Code Napolon_.

26 _mars_ (5 germinal.)--Loi qui organise la rgie des droits-runis et
la place dans les attributions du ministre des finances. Franais de
Nantes est nomm directeur gnral.

4 _avril_ (14 germinal.)--Formation d'une socit pour la propagation de
la vaccine.

30 _avril_ (10 floral.)--Sance extraordinaire du tribunal, pour
entendre la motion d'un membre nomm Cure, tendant: 1  ce que le
premier consul Bonaparte soit dclar empereur; 2 que l'hrdit soit
dans sa famille; 3 que celles des institutions de la rpublique qui ne
sont que traces soient dfinitivement arrtes.

2 _mai_ (12 floral.)--Les membres du corps lgislatif runis dans la
salle de la questure, mettent le voeu que Napolon Bonaparte soit
dclar empereur, que la dignit impriale soit hrditaire dans sa
famille, que le systme reprsentatif soit affermi sur des bases
inbranlables. Carnot, membre du tribunal, se montre seul d'un avis
contraire; dans un discours plein de beaux traits d'loquence et brlant
de patriotisme, il dclare que cette dignit causera des guerres
continuelles avec toute l'Europe, amnera invitablement la ruine de la
libert, etc., etc.

18 _mai_ (28 floral.)--Snatus-consulte organique, qui dfre au
premier consul Bonaparte le titre d'empereur des Franais, et qui
tablit l'hrdit impriale dans sa descendance directe, naturelle et
lgitime, de mles en mles, par ordre de primogniture,  l'exclusion
des femmes. Les collges lectoraux, la haute-cour impriale, les
grandes dignits de l'empire, sont tablis par le mme acte. Le mme
jour, l'empereur nomme les grands officiers de la couronne: Joseph
Bonaparte, grand lecteur; Louis Bonaparte, conntable; le consul
Cambacrs, archi-chancelier de l'empire; le consul Lebrun,
archi-trsorier.

19 _mai_ (29 floral.)--L'empereur cre marchaux de l'empire les
gnraux, ses compagnons d'armes: Berthier, Murat, Moncey, Jourdan,
Massna, Augereau, Bernadotte, Soult, Brune, Lannes, Mortier, Ney,
Davoust, Bessires, Kellermann, Lefebvre, Prignon et Serrurier.

10 _juin_ (21 prairial.)--Arrt de la cour de justice criminelle
qui condamne  la peine de mort Georges Cadoudal, Bouvet de Lozier,
Russillon, Rochelle, Armand Polignac, Charles d'Hozier, de Rivire,
Louis du Corps, Picot, Lajolais, Roger dit Loiseau, Coster-St.-Victor,
Deville, Armand-Gaillard, Joyaux-Barban, Lemercier, P. J. Cadoudal et
Mirelle;  deux ans de rclusion le gnral Moreau, Jules de Polignac,
la fille Heza et Rollan: les autres prvenus sont acquitts. Napolon
accorde la grce  Armand de Polignac, de Rivire, Bouvet de Lozier,
Lajolais, Rochelle, Gaillard, Russillion et Charles d'Hozier; il commue
la peine du gnral Moreau en un exil perptuel.

12 _juin_ (23 prairial.)--Rglement sur les inhumations.

10 _juillet_ (21 messidor.)--Dcret imprial qui rtablit le ministre de
la police gnrale dans ses premires attributions.--Autre dcret qui
rgle la forme de la dcoration de la lgion-d'honneur.--Autre qui cre
un ministre des cultes, et nomme M. Portalis pour l'exercer.

15 _juillet_ (26 messidor.)--Napolon se rend en grande crmonie 
l'Htel militaire des Invalides, pour la premire distribution de croix
de la lgion-d'honneur.

16 _juillet_ (27 messidor.)--Organisation de l'cole impriale
polytechnique.

18 _juillet_ (29 messidor.)--Napolon part de Paris pour aller visiter
les ctes et inspecter les camps qu'il y a ordonns.

1er _aot_ (13 thermidor.)--Il visite celui d'Ambleteuse. Le 5 il arrive
 Calais, dont il visite le port et les fortifications. Le 9, il
visite la rade de Dunkerque, et part pour Ostende; le 15 il retourne 
Boulogne, aprs avoir visit Ostende, Furnes, Nieuport, etc., etc. Le
16, grande fte militaire au camp de la Tour-d'Ordre. Il reoit le
serment des troupes, et distribue les toiles de la lgion-d'honneur.

6 _aot_ (18 thermidor.)--Dcret imprial qui rtablit les missions
trangres.

25 _aot_ (7 fructidor.)--Autre dcret qui organise sur de nouvelles
bases le corps des ingnieurs des ponts et chausses.

10 _septembre_(23 fructidor.)--Institution de grands prix dcennaux qui
doivent tre distribus de la main de Napolon; toutes les sciences sont
admises  y concourir.

12 _octobre_ (20 vendmiaire.)--Retour de l'empereur  St.-Cloud.

17 _octobre_ (25 vendmiaire.)--Dcret imprial qui convoque le corps
lgislatif  l'occasion du couronnement de Napolon.

6 _novembre_ (15 brumaire.)--Snatus-consulte qui dclare qu'aprs
vrification des votes, le peuple franais veut l'hrdit de la dignit
impriale dans la famille de Napolon Ier.

25 _novembre_ (4 frimaire.)--Le pape Pie VII part le 2 de Rome, arrive
 Fontainebleau o l'empereur s'tait rendu au devant lui.

28 _novembre_ (7 frimaire.)--Il arrive  Paris avec Napolon dans la
mme voiture.

2 _dcembre_ (11 frimaire.)--L'empereur Napolon Ier et l'impratrice
Josphine sont sacrs et couronns dans l'glise mtropolitaine de Paris
par le pape Pie VII.

3 _dcembre_ (12 frimaire.)--Distribution des aigles impriales au
Champ-de-Mars; les troupes, en les recevant, prtent serment de fidlit
 l'empereur.

13 _dcembre_ (22 frimaire.)--Le snat conservateur donne une grande
fte,  l'occasion du couronnement.

16 _dcembre_ (25 frimaire.)--Autre fte brillante et banquet superbe
donn  l'empereur et  l'impratrice par la ville de Paris.

27 _dcembre_ (6 nivose.)--Napolon fait l'ouverture du corps lgislatif
pour la session de l'an XIII.

1805 (an XIII.)

1er _janvier_ (11 nivose.)--Lettre de l'empereur Napolon au roi
d'Angleterre, dans laquelle il invite ce monarque  se runir  lui pour
procurer au monde la paix gnrale.

14 _janvier_ (24 nivose.)--Inauguration de la statue de Napolon dans la
salle du corps lgislatif.

29 _janvier_ (9 pluviose.)--Dcret qui ordonne la construction d'une
ville dans la Vende, sous le nom de _Napolon-Ville_.

1er _fvrier_ (12 pluviose.)--Cration de la charge de grand-amiral et
d'archi-chancelier de l'tat et de l'empire; la premire est confre au
marchal Murat, la deuxime  Eugne Beauharnais, adopt par l'empereur.

13 _mars_ (22 ventose.)--Solennelle dputation des collges lectoraux
et corps constitus de la rpublique italienne. Ils portent aux pieds du
trne de Napolon le voeu de leur nation, et le proclament roi d'Italie.

18 _mars_ (27 ventose.)--L'empereur accepte la couronne de fer en
prsence du snat de France. Dans cette mme sance, il cde  sa soeur
Elisa, en toute proprit, le duch de Piombino, et confre au mari de
cette princesse le titre de prince de l'empire.

24 _mars_ (3 germinal.)--Le fils du prince Louis-Napolon, est baptis
par le pape Pie VII au chteau de Saint-Cloud.

31 _mars_ (10 germinal.)--L'empereur et l'impratrice partent de Paris
pour se rendre en Italie, et le pape pour se rendre  Rome.

24 _avril_ (4 floral.)--Visite faite  Turin,  Napolon et 
Josphine, par le pape Pie VII.

8 _mai_ (18 floral.)--L'empereur pose sur le champ de bataille de
Marengo la premire pierre du monument consacr aux braves qui y sont
morts.

_Mme jour_.--Il fait son entre  Milan.

26 _mai_ (6 prairial.)--Napolon et Josphine sont couronns roi et
reine d'Italie par le cardinal Caprara, archevque.

6 _juin_ (19 prairial.)--D'aprs le voeu mis par la rpublique
ligurienne (Gnes), elle est runie  l'empire franais.

7 _juin_ (18 prairial.)--Le prince Eugne Beauharnais est nomm par
Napolon vice-roi du royaume d'Italie.

10 _juin_ (21 prairial.)--Napolon part de Milan pour visiter quelques
dpartemens du royaume d'Italie.

17 _juin_ (28 prairial.)--Il fonde l'ordre de la couronne de fer, et
organise le mme jour l'Universit de Turin.

23 _juin_ (4 messidor.)--Runion de la rpublique de Lucques  la
principaut de Piombino. Bacciochi, beau-frre de Napolon, prend le
titre de prince de Lucques et de Piombino.

30 _juin_ (11 messidor.)--Arrive de Napolon et de Josphine  Gnes,
qui leur donne une fte superbe le 2 juillet.

11 _juillet_ (22 messidor.)--Retour de l'empereur et de l'impratrice 
Fontainebleau.

21 _juillet_ (2 thermidor.)--Runion de Parme, Plaisance et Guastalla 
la France.

2 _aot_ (14 thermidor.)--Napolon part de St.-Cloud pour Boulogne et
visite les camps qui bordent la cte.

16 _aot_ (28 thermidor.)--D'aprs l'ordre de l'empereur, quatre-vingt
mille hommes se runissent sur les frontires de l'Autriche.

31 _aot_ (13 fructidor.)--Le prytanne de St.-Cyr est rig en
prytanne militaire franais.

2 _septembre_ (15 fructidor.)--Retour de Napolon  Paris.

9 _septembre_ (22 fructidor.)--Snatus-consulte qui remet en usage le
calendrier grgorien pour le 1er _janvier_ 1806.

23 _septembre_ (1er vendmiaire.)--Sance extraordinaire du snat;
l'empereur y expose la conduite hostile de l'Autriche, et annonce qu'il
va commander ses armes en personne. Le snat dcrte une leve de
quatre-vingt mille conscrits. Un second dcret ordonne la rorganisation
de la garde nationale pour la dfense des ctes.

24 _septembre_ (2 vendmiaire.)--L'empereur et l'impratrice partent
pour Strasbourg.

1er _octobre_ (9 vendmiaire.)--Napolon passe le Rhin et harangue
l'arme.

3 _octobre_ (11 vendmiaire.)--La Sude s'engage  faire la guerre avec
la France.

7 _octobre_ (15 vendmiaire.)--Combat sur le Lech.

8 _octobre_ (16 vendmiaire.)--Combat de Wertbingen.

9 _octobre_ (17 vendmiaire.)--Combat de Guntzbourg.

10 _octobre_ (18 vendmiaire.)--L'empereur tablit son quartier-gnral
 Augsbourg.

14 _octobre_ (22 vendmiaire.)--Combat d'Elchingen.

17 _octobre_ (25 vendmiaire.)--Capitulation du gnral Mack dans la
ville d'Ulm. Toute l'arme autrichienne est faite prisonnire de guerre.

21 _octobre_ (29 vendmiaire.)--Prise de Munich. Dcret imprial qui
ordonne que le mois coul depuis le 23 septembre jusqu'au 22 octobre,
soit compt pour une campagne  toute l'arme.

24 _octobre_ (2 brumaire.)--L'empereur fait son entre dans Munich.

26 _octobre_ (4 brumaire.)--Passage de l'Inn sur plusieurs points.

29 _octobre_ (7 brumaire.)--Combat de Marienzel; l'empereur tablit son
quartier-gnral  Braunau.

30 _octobre_ (8 brumaire.)--Combat de Mehrenbach, Prise de Salzbourg; le
mme jour l'arme d'Italie bat les Autrichiens.

31 _octobre_ (8 brumaire.)--Combat de Lambach.

5 _novembre_ (13 brumaire.)--Passage de la Traun par l'arme franaise.

9 _novembre_ (18 brumaire.)--L'empereur tablit son quartier-gnral 
Molck,  seize lieues de Vienne.

11 _novembre_ (20 brumaire.)--Combat de Diernstein.

13 _novembre_ (22 brumaire.)--L'arme franaise fait son entre
dans Vienne; Napolon ne veut point y pntrer, il tablit son
quartier-gnral  Schoenbrun.

15 _novembre_ (24 brumaire.)--Le gnral Clarke est nomm gouverneur
de la Haute et Basse-Autriche; le conseiller-d'tat Daru intendant
gnral.--Combat d'Hollabrun entre les Franais et l'avant-garde de
l'arme russe.

16 _novembre_ (25 brumaire.)--Dfaite des Russes  Guntersdorf.

17 _novembre_ (26 brumaire.)--Invasion du Tyrol par le marchal Ney;
combats de Clauzen et de Bautzen.

18 _novembre_ (27 brumaire.)--Entre du prince Murat dans Brnn,
capitale de la Moravie; quartier-gnral de Napolon  Porlitz;
l'empereur d'Autriche se retire  Olmutz.

22 _novembre_ (1er frimaire.)--Combat naval de Trafalgar. Les flottes
franaise et espagnole y sont dtruites. L'amiral anglais est tu.

28 _novembre_ (7 frimaire.)--L'empereur Napolon envoie le gnral
Savary complimenter l'empereur Alexandre, dont le quartier-gnral est
 Vischau. En mme temps il donne l'ordre d'une retraite simule pour
tromper l'ennemi.

1er _dcembre_ (10 frimaire.)--Napolon,  la vue des Russes manoeuvrant
pour le tourner, s'crie: _demain toute cette belle arme sera  nous_.
Le soir il visite les bivouacs, et reoit de toutes parts les preuves de
l'attachement et de l'enthousiasme qu'il communique  ses soldats.

2 _dcembre_ (11 frimaire.)--Grande et mmorable bataille d'Austerlitz.
L'arme austro-russe est anantie. Cette belle victoire met deux
empereurs  la discrtion de Napolon, et plus gnreux qu'ils ne
devaient l'tre un jour  son gard, il s'abstient d'en abuser.

3 _dcembre_ (12 frimaire.)--Napolon accorde  l'empereur d'Autriche
une entrevue que celui-ci lui fait demander par le prince de
Liechtenstein.

4 _dcembre_ (13 frimaire.)--Cette entrevue a lieu au bivouac de
Napolon, auprs du village de Nasedlowitz. _Je vous reois dans le
seul palais que j'habite depuis deux mois_, dit l'empereur des Franais
 celui d'Allemagne.--_Vous tirez si bon parti de votre habitation
qu'elle doit vous plaire, rpond Franois avec un sourire qui devait
tre un peu forc.

5 _dcembre_ (14 frimaire.)--Napolon fait arrter la marche de ses
troupes, qui dj environnaient les dbris de l'arme russe, et taient
sur le point de prendre l'empereur Alexandre.

6 _dcembre_ (15 frimaire.)--Armistice conclu entre Napolon
et l'empereur d'Autriche. Alexandre retourne prcipitamment 
St.-Ptersbourg.

7 _dcembre_ (16 frimaire.)--Dcret imprial en faveur des veuves et
des enfans des militaires de tout grade morts  la bataille
d'Austerlitz.--Autre dcret qui ordonne que les canons russes et
autrichiens pris sur le champ de bataille d'Austerlitz seront fondus,
et serviront  l'rection sur la place Vendme  Paris, d'une grande
colonne consacre  la gloire de l'arme victorieuse.

13 _dcembre_ (22 frimaire.)--Napolon reoit  Schoenbrunn la
dputation des maires de Paris; il lui remet les drapeaux pris 
Austerlitz, pour tre dposs dans l'glise Notre-Dame.

26 _dcembre_ (5 nivose.)--Trait de paix sign  Presbourg entre la
France et l'Autriche; les lecteurs de Bavire et de Wurtemberg sont
levs  la dignit de rois.--Les tats vnitiens sont runis au royaume
d'Italie.

27 _dcembre_ (6 nivose.)--Entrevue  Schoenbrunn de Napolon et du
prince Charles, frre de l'empereur d'Autriche. _Mme jour_.--Napolon
publie  Schoenbrunn une proclamation dans laquelle il dclare 
l'Europe que la dynastie de Naples a cess de rgner.

1806.[6]

[Footnote 6: Par un snatus-consulte en date du 9 septembre, le
calendrier grgorien ayant t substitu au calendrier rpublicain pour
le 1er janvier 1806, nous cessons de faire mention de celui-ci.]

1er _janvier_.--Maximilien Joseph est proclam roi de Bavire, en
prsence de l'empereur et de l'impratrice.--Le tribunal, en
corps, porte au snat quarante-cinq drapeaux pris  la bataille
d'Austerlitz.--Le pont d'Austerlitz, construit en fer vis  vis le
jardin des Plantes, est ouvert pour la premire fois au public.

14 _janvier_.--Le roi de Bavire donne sa fille en mariage au prince
Eugne de Beauharnais; l'empereur et l'impratrice assistent  la
crmonie.

_Mme jour_.--La communication en est faite au snat par
l'archi-chancelier, qui l'informe en mme temps que l'empereur a adopt
pour son fils le prince Eugne, et l'appelle  lui succder comme roi
d'Italie,  dfaut de descendans naturels et lgitimes de Napolon.

19 _janvier_.--Les drapeaux pris  la bataille d'Austerlitz sont reus
par le clerg de Notre-Dame et appendus aux votes de la cathdrale.

26 _janvier_.--Retour de l'empereur et de l'impratrice  Paris; ils
reoivent les complimens des diffrens corps de l'tat.

6 _fvrier_.--Le sultan Slim III reconnat Napolon Ier empereur des
Franais.

_8 fvrier_.--Entre des troupes franaises dans le royaume de Naples.

_15 fvrier_.--Le prince Joseph, frre de l'empereur, prend possession
de Naples.

_Mme jour_.--Le roi de Prusse reoit de Napolon le Hanovre, en change
des proprits qu'il a cdes  la France.

_20 fvrier_.--L'glise de Sainte-Genevive (le Panthon) est rendue au
culte catholique; elle conservera nanmoins la destination qu'elle avait
reue de l'assemble constituante, d'tre le lieu de spulture des
grands hommes.

_Mme jour_.--Dcret de l'empereur qui ordonne la restauration de
l'glise de Saint-Denis, et la consacre  la spulture des princes de la
dynastie de Napolon.

_28 fvrier_.--Institution d'une chaire de belles-lettres  l'cole
polytechnique. M. Andrieux est nomm professeur.

_2 mars_.--Ouverture du corps lgislatif par Napolon pour la session de
1806.

_4 mars_.--Adoption par l'empereur de la princesse Stphanie, nice de
l'impratrice, et mariage de cette princesse avec le prince hrditaire
de Bade.

_12 mars_.--Dcrets pour le rtablissement et l'ouverture de canaux et
de grandes routes.

_15 mars_.--Napolon cde en toute proprit les duchs de Clves et de
Berg,  son beau-frre le prince Murat, qui en prend possession, sous le
titre de duc de Berg et de Clves.

_30 mars_.--Joseph Bonaparte est proclam par son frre Napolon, roi
des Deux-Siciles.--La principaut de Guastalla est transfre a la
princesse Pauline, soeur de Napolon, sous le litre de duchesse de
Guastalla; et celle de Neufchtel au marchal Berthier, sous le titre de
prince de Neufchtel.

_Mme jour_.--Dcret ou statut en forme de loi, qui fixe l'tat des
princes et princesses de la famille impriale.

_4 avril_.--Dcret de Napolon qui ordonne que le catchisme approuv
par le cardinal lgat, sera en usage dans toutes les glises franaises.

_7 avril_.--Crmonies du mariage de la princesse Stphanie Napolon
avec le prince hrditaire de Bade.

_22 avril_.--Loi qui donne  la banque de France une organisation
dfinitive, et proroge  vingt-cinq ans le privilge de quinze annes
qui lui avait t accord.

_27 avril_.--Le gnral Lauriston prend possession de la ville et du
territoire de Raguse au nom de l'empereur des Franais.

_2 mai_.--Dcret qui ordonne la construction de quinze nouvelles
fontaines  Paris.

_10 mai_.--Loi qui institue l'universit impriale.

_12 mai_.--Clture du corps lgislatif; il adopte dans cette session le
Code de procdure civile.

_28 mai_.--L'lecteur archi-chancelier d'Allemagne, le prince-primat,
nomme pour son coadjuteur et son successeur le cardinal Fesch, oncle de
Napolon.

_30 mai_.--Dcret qui invite tous les sujets de l'empire professant la
religion juive d'envoyer des dputs  Paris.

_5 juin_.--Une dputation solennelle des tats de Hollande demande 
l'empereur son frre Louis Napolon pour roi; l'empereur adhre au voeu
des tats.

_Mme jour_.--Dcret imprial qui transfre  M. Talleyrand`, grand
chambellan, la principaut de Bnvent, sous le titre de prince de
Bnvent; et au marchal d'empire Bernadotte, le titre de prince de
Ponte-Corvo.

_Mme jour_.--Napolon donne une premire audience  Moubed-Effendi,
ambassadeur extraordinaire de la Porte-Ottomane.

11 _juin_,--Dcret portant organisation du conseil-d'tat et fixant ses
attributions.

16 _juin_.--Institution  l'cole d'Alfort d'une chaire d'conomie
rurale.

24 _juin_.--Suppression des maisons de jeu dans tout l'empire.

4 _juillet_.--Loi qui organise les haras dans tous les dpartemens, et
nomme les chefs de ces tablissemens.

6 _juillet_.--Combats contre les Russes et les Montngrins par les
Franais commands par les gnraux Lauriston et Molitor.

17 _juillet_.--Un trait solennel tablit la confdration du Rhin: les
rois de Bavire, de Wurtemberg, les lecteurs archi-chancelier de Bade,
le duc de Berg et de Clves, et plusieurs autres princes d'Allemagne,
composent cette confdration et se sparent  perptuit de l'empire
germanique. L'empereur Napolon est proclam protecteur de cette
confdration, qui change entirement l'tat politique de l'Europe et
tend  une pacification plus durable.

20 _juillet_.--Trait de paix sign  Paris entre la France et la
Russie; mais l'empereur Alexandre, influenc par l'Angleterre, refuse de
le ratifier au terme convenu.

26 _juillet_.--Premire assemble des Juifs, convoqus  Paris par
Napolon, d'aprs son dcret du 30 mai, sous le nom de _Grand-Sanhdrin_
juif, et dont le but est de fixer le sort de cette nation errante et
malheureuse.

5 _aot_.--Lord Lauderdale arrive  Paris en qualit d'ambassadeur,
pour remplacer M. Fox dans les ngociations ouvertes entre la France et
l'Angleterre.

20 _septembre_.--L'empereur Napolon rclame contre la Prusse, des
princes lis par la confdration du Rhin, le contingent auquel chacun
d'eux s'est oblig, dans le cas de guerre.

25 _septembre_.--L'empereur part de Saint-Cloud pour se mettre  la tte
de ses armes, et combattre la quatrime coalition forme contre la
France par la Prusse, la Russie, la Sude et l'Angleterre.

28 _septembre_.--Arrive de Napolon  Mayence, avec l'impratrice son
pouse.

30 _septembre_.--L'lecteur de Wurtzbourg accde  la confdration du
Rhin, et prend le titre de grand-duc.

1er _octobre_.--Napolon passe le Rhin avec son tat-major.

7 _octobre_.--Message de l'empereur au snat, dans lequel il annonce la
ncessit de recommencer la guerre, et les dispositions qu'il vient de
faire pour lui donner une issue favorable.

8 _octobre_.--L'empereur quitte Bamberg pour se porter  la tte de son
arme.

9 _octobre_.--Combat de Saalbourg, et enlvement des magasins de
l'ennemi  Hoff.

10 _octobre_.--Combat de Saalfeldt; le prince Ferdinand de Prusse y est
tu.

14 _octobre_.--Bataille d'Ina. L'arme prussienne essuie une droute
complte, ou plutt elle est anantie, tant en hommes que sous le
rapport du matriel. Le duc de Brunswick et le prince Henri de Prusse
sont grivement blesss; la reine n'chappe qu'avec peine  la poursuite
des vainqueurs.

16 _octobre_.--Capitulation de la place d'Erfurt. Le prince d'Orange et
le feld-marchal Mollendorf sont faits prisonniers.

_Mme jour_.--Le roi de Prusse demande un armistice, qui est refus par
Napolon.

17 _octobre_.--Combat de Halle. Le prince Eugne de Wurtemberg,
gnral de l'arme de rserve prussienne, a son corps d'anne presque
entirement dtruit.

18 _octobre_.--Prise de Leipsick par le marchal Davoust.

21 _octobre_.--Aprs une srie de succs non interrompus, les Franais
interceptent la route de Magdebourg, o les Prussiens comptaient se
rallier. Le duc de Brunswick met ses tats sous la protection de
l'empereur.

24 _octobre_.--Prise de Potsdam; l'empereur y tablit son
quartier-gnral le lendemain, visite le tombeau du grand Frdric, et
envoie  l'Htel des Invalides de Paris l'pe de ce fondateur de la
monarchie prussienne.

25 _octobre_.--Capitulation de Spandau.

26 _octobre_.--Blocus de Magdebourg.

27 _octobre_.--Napolon fait son entre solennelle dans Berlin, Acte de
clmence de l'empereur envers la femme du prince d'Haztfeld, gouverneur
de cette capitale.

28 _octobre_.--Prise de Prentzlow. Le grand-duc de Berg fait capituler
le corps d'arme command par le prince de Hohenlohe.

29 _octobre_.--Prise de la forteresse de Stettin.

1er _novembre_.--Capitulation de la forteresse de Custrin.

Le marchal Mortier s'empare de la Hesse au nom de l'empereur des
Franais.

6 et 7 novembre,--Bataille de Lubeck. Aprs des faits d'armes inous,
onze gnraux prussiens,  la tte desquels se trouvaient Blcher,
devenu depuis si fameux, et le prince de Brunswick-Oels, cinq cents
dix-huit officiers, quatre mille chevaux, plus de vingt mille hommes et
soixante drapeaux, sont les trophes de cette victoire. Lubeck, pris
d'assaut, devient un horrible champ de carnage.

10 _novembre_.--Suspension d'arme entre l'empereur et le roi de Prusse,
elle reste sans effet. Prise de la ville de Posen.

11 _novembre_,--Prise de la ville et forteresse de Magdebourg.

19 _novembre_.--L'empereur reoit  Berlin une dputation du snat
d'Hambourg.--Obligation impose  toutes les villes occupes par les
Franais, de dclarer les marchandises et proprits anglaises.

20 _novembre_.--Capitulation de la place d'Hameln.

25 _novembre_.--Capitulation de celle de Niembourg.--L'empereur rend
 Berlin le fameux dcret qui dclare les les britanniques en tat de
blocus, et interdit avec elles tout commerce et toute communication.

27 _novembre_.--Napolon, rsolu de pousser avec vigueur la guerre
contre la Russie qui venait d'accourir, quoique tardivement, au secours
de la Prusse, tablit son quartier-gnral  Posen.

28 _novembre_,--Combat de Lowiez, o le gnral russe Benigsen est
battu.

29 _novembre_.--Occupation de Varsovie par les Franais.

2 _dcembre_.--Dcret imprial qui ordonne l'rection sur l'emplacement
de l'glise de la Magdelaine, d'un monument  la gloire de l'arme, sous
le nom de _Temple de la gloire_, et devant porter cette inscription:
_L'empereur Napolon aux soldats de la grande arme_.

3 _dcembre_.--Capitulation de la forteresse le Glogau.

4 _dcembre_.--Une leve de quatre-vingt mille conscrits est mise  la
disposition de l'empereur par le snat conservateur.

6 _dcembre_.--Passage de la Vistule par les Franais,  Thorn.

11 _dcembre_.--Passage du Bug  Ockecmin. Trait de paix et d'alliance
entre l'empereur Napolon et l'lecteur de Saxe, qui accde  la
confdration du Rhin, et prend le titre de roi de Saxe. Son contingent,
en cas de guerre, est de vingt mille hommes.

16 _dcembre_.--L'empereur part de Posen.

19 _dcembre_.--Il arrive  Varsovie, et visite les retranchemens levs
dans le faubourg de Praga pour protger cette ville.

23 _dcembre_.--Il passe le Bug, fait jeter  l'embouchure de l'Akra,
dans cette rivire, un pont qui est achev en deux heures, y fait passer
une division du corps d'arme du marchal Davoust, qui met en droute
quinze mille Russes  Czarnowo.

24 _dcembre_.--Combat de Nazietzk; le gnral russe Kamenskoi est
dfait.

25 et 26 _dcembre_.--Bataille de Pulstuck, retraite de l'arme russe
aprs avoir perdu quatre-vingt pices d'artillerie, tous ses caissons,
douze cents voitures, et dix  douze mille hommes.

1807.

5 _janvier_.--Capitulation de Breslau.

7 _fvrier_.--Bataille de Preusch-Eylau; l'arme russe est de nouveau
oblige de battre en retraite.

9 _fvrier_.--Premire sance de l'Institut au palais des sciences et
des arts (le Louvre).

15 _fvrier_.--Combat d'Ostrolenka. Le gnral Soworow, fils du clbre
marchal de ce nom, perd la vie dans cette affaire.

16 _fvrier_.--L'empereur envoie  Paris les drapeaux pris  Eylau;
il ordonne que les canons conquis  cette bataille seront fondus pour
dresser une statue au gnral d'Hautpoult, commandant des cuirassiers,
qui avait t tu dans cette journe.

24 _fvrier_.--Combat de Peterswalde.

25 _fvrier_.--Passage de la Passarge  Liebstadt.

5 _mars_.--Le pont d'Austerlitz est ouvert au passage des voitures.

6 _mars_.--Dcret imprial qui met en tat de sige les ports de Brest
et d'Anvers; le premier sous les ordres du gnral snateur Aboville, et
le deuxime sous ceux du gnral snateur Ferino.

7 _mars_.--Combat de Guttstadt et de Willemberg.

12 _mars_.--Combat de Lignau.

7 _avril_.--Snatus-consulte qui appelle la conscription de 1808.

18 _avril_.--Suspension d'armes signe  Schlatkow entre l'empereur et
le roi de Sude.

25 _avril_.--L'empereur tablit son quartier-gnral 
Finkenstein.--Dcret imprial concernant les thtres de Paris: ils sont
diviss en grands thtres et thtres secondaires.

1er _mai_.--Capitulation de la place de Neiss, assige par le gnral
Vandamme.

_15 mai_.--Combat livr devant les murs de Dantzick, assig par le
marchal Lefebvre, entre les troupes assigeantes et le corps d'arme
russe du gnral Kaminski, accouru pour secourir cette place. Les Russes
sont repousss avec perte.

_14 mai_.--Dantzick se rend au marchal Lefebvre aprs cinquante-un
jours de tranche ouverte.

_28 mai_.--Dcret imprial qui confre au marchal Lefebvre le titre de
duc de Dantzick pour le rcompenser de l'activit qu'il avait dploye
pendant le sige de cette ville.

_1er juin_.--L'empereur vient visiter Dantzick.

_4 juin_.--Les ngociations de paix qui avaient t entames entre la
Russie et la France pendant que les deux armes prenaient quelque repos
dans leurs quartiers, ayant t rompues, les hostilits recommencent, et
les Russes sont battus  Spandenn, au moment o ils voulaient traverser
la Passarge.

_5 juin_.--Nouveau combat de Spandenn; les Franais franchissent la
Passarge et se mettent  la poursuite des Russes.

_6 juin_.--Combat de Deppen, o les Russes sont culbuts de nouveau.

_8 juin_.--L'empereur tablit son quartier-gnral  Deppen.

_11 juin_.--Bataille d'Heilsberg; elle reste presque sans rsultat.
Seulement le lendemain l'arme russe quitte les forts tranchemens
qu'elle occupait en avant de cette ville.

_14 juin_.--Mmorable bataille de Friedland; cette fois, l'arme russe
est entirement anantie, et les rsultats obtenus par les Franais
placent cette journe a ct de celles de Marengo, d'Austerlitz et
d'Ina. Elle dcidait de la campagne, et la prcipitation des Russes 
se retirer tait telle, qu'ils rompaient derrire eux tous les ponts,
pour se soustraire  la vive poursuite de leurs vainqueurs.

16 _juin_.--Occupation de Koenigsberg par les Franais.

19 _juin_.--L'empereur Napolon tablit son quartier-gnral dans
Tilsit, o, quelques jours auparavant, l'empereur de Russie et le roi de
Prusse avaient tabli le leur.

21 _juin_.--Armistice conclu entre les deux empereurs et le roi de
Prusse.

25 _juin_.--Entrevue de ces trois monarques dans un bateau sur le
Nimen; Alexandre, Napolon et le roi de Prusse passent deux heures dans
cette confrence. La moiti de la ville est dclare neutre pour
la facilit des communications. Du 25 juin au 9 juillet, les trois
souverains se voient amicalement, et se donnent mutuellement des ftes,
pendant que leurs ministres s'occupaient des ngociations relatives  la
paix.

7 _juillet_.--Trait de paix entre les deux empereurs, dclar commun
aux rois de Naples et de Hollande, frres de Napolon, et par lequel
Alexandre reconnat la confdration du Rhin, et promet sa mdiation
pour engager l'Angleterre  ne plus mettre d'obstacles  une paix
gnrale.

9 _juillet_.--Trait de paix entre le roi de Prusse et l'empereur des
Franais, bas sur les clauses du prcdent. Le roi de Prusse recouvre,
de la gnrosit de Napolon, toutes ses provinces, except celles de
Pologne, spcifies dans le trait, et qui seront possdes en toute
souverainet par le roi de Saxe.

13 _juillet_.--Les hostilits recommencent entre la France et la Sude.

17 _juillet_.--Napolon rend une visite au roi de Saxe  Dresde.

24 _juillet_.--Son arrive a Francfort.

27 _juillet_.--Son retour  Saint-Cloud.

28 _juillet_.--Il reoit en audience solennelle et successivement les
flicitations du snat, du tribunal, du corps lgislatif, de la cour
de cassation, de la cour d'appel, du clerg, de la cour de justice
criminelle, du corps municipal, etc.

9 _aot_.--Berthier, prince de Neufchtel, est lev  la dignit de
vice-conntable, et Talleyrand, prince de Bnvent,  celle de vice
grand-lecteur.

15 _aot_.--Napolon se rend en grand cortge  Notre-Dame pour y
entendre le _Te Deum_ en action de grce, pour la paix de Tilsit.

16 _aot_.--Ouverture du corps lgislatif par Napolon; session de 1807.

19 _aot_,--Snatus-consulte qui supprime le tribunat, et donne au corps
lgislatif une nouvelle organisation plus conforme aux vues de Napolon.

_Mme jour_.--Les Franais s'emparent de la ville de Stralsund.

22 _aot_.--Clbration du mariage de Jrme-Napolon Bonaparte avec la
princesse Catherine, fille du roi de Wurtemberg.

3 _septembre_,--Dcret ordonnant que le _Code civil des Franais_
portera dsormais le titre de _Code Napolon_.

3 _septembre_.--Capitulation de l'le de Rugen; cette conqute complte
celle de toute la Pomranie sudoise.

8 _septembre_.--Dcret qui tablit la constitution du royaume de
Westphalie, et proclame Jrme Napolon roi de ce pays.

18 _septembre_.--Clture du corps lgislatif; il adopte dans cette
session le Code de commerce.

28 _septembre_.--Dcret qui institue et organise une cour des comptes.

1er _octobre_.--Dcret qui runit les diocses de Parme et de Plaisance
 l'glise gallicane.

12 _octobre_--Snatus-consulte portant que les provisions ne seront
expdies aux juges qu'aprs cinq ans d'exercice.

14 _octobre_.--Exposition au Muse des objets d'art conquis par les
armes.

27 _octobre_.--Trait sign  Fontainebleau entre la France et
l'Espagne, par lequel les deux parties contractantes rsolvent de se
partager le Portugal, et le roi d'Espagne s'engage  donner le passage,
 cet effet,  vingt-cinq mille hommes d'infanterie et  trois mille
hommes de cavalerie de Napolon.

29 _octobre_.--Dcret imprial qui admet gratuitement dans les lyces
deux cents nouveaux lves, fils de militaires et de fonctionnaires
publics.

6 _novembre_.--Le comte Tolsto, ambassadeur de Russie, prsente ses
lettres de crance  l'empereur.

8 _novembre_.--Arrive de l'ambassadeur de Perse  Paris; il est
porteur de magnifiques prsens pour l'empereur; les plus remarquables
sont les sabres de Tamerlan et de Thamas Konli-Kan.

10 _novembre_.--Dispositions relatives aux halles, marchs, et rues de
Paris.

11 _novembre_--Trait de la France et de la Hollande; la ville de
Flessingue est cde aux Franais.

16 _novembre_.--L'empereur part de Paris pour visiter ses tats
d'Italie.

21 _novembre_.--Il arrive  Milan.

25 _novembre_.--Entre triomphale  Paris des corps de la garde
impriale. Fte superbe donne par la ville  cette lite de l'arme.

28 _novembre_,--Seconde fte donne  la mme garde par le snat dans
son palais mme.

29 _novembre_.--Napolon arrive  Venise. Le _mme jour_, le gnral
Junot, aprs avoir travers toute l'Espagne, s'empare d'Abrants,
premire ville de Portugal.

30 _novembre_.--L'arme franaise prend possession de Lisbonne.

17 _dcembre_,--Dcret qui dclare _dnationalis_ tout btiment qui
se soumettra aux dispositions de l'ordonnance rendue le 11 novembre par
le roi d'Angleterre. (Cette ordonnance mettait tous les ports de France
et ceux de ses allis en tat de blocus, et ordonnait la visite sur
mer de tous les btimens europens qui y seraient rencontrs par les
croisires britanniques).

20 _dcembre_.--Napolon proclame le fils du prince Eugne, prince de
Venise, et sa fille Josphine princesse de Bologne.

26 _dcembre_.--Le ministre de l'intrieur pose la premire pierre
d'un grenier d'abondance  Paris, situ sur les terrains dpendans de
l'ancien arsenal.

1808.

1er _janvier_.--Retour de l'empereur dans sa capitale.

4 _janvier_.--Napolon et Josphine vont dans l'atelier du peintre David
voir le tableau de leur couronnement.

16 _janvier_.--Statuts dfinitifs de la banque de France.

27 _janvier_.--Le port de Flessingue et ses dpendances sont runis 
l'empire franais.

1er _fvrier_.--Organisation du gouvernement provisoire du Portugal. Le
gnral Junot est nomm gouverneur-gnral.

2 _fvrier_.--Snatus-consulte portant cration d'une nouvelle grande
dignit sous le titre de gouverneur-gnral des dpartemens au-del des
Alpes; le prince Camille Borghse, beau-frre de Napolon, est nomm
gouverneur-gnral.

6 _fvrier_.--Rapport fait  l'empereur par la classe des sciences
physiques et mathmatiques, sur les progrs de ces sciences depuis 1789.

17 _fvrier_.--Napolon ordonne que les Algriens soient arrts dans
ses tats tant que ses sujets gnois seront prisonniers  Alger.

19 _fvrier_.--Rapport de la classe d'histoire et de littrature
ancienne sur les progrs des sciences et des arts depuis 1789.

22 _fvrier_.--Rapport de la classe de la langue et de la littrature
franaise, prsent  l'empereur par Chnier, sur les progrs des
lettres depuis 1789.

11 _mars_.--Snatus-consulte qui institue des titres impriaux et
hrditaires, tels que ceux de _ducs_, _comtes_, _barons_, etc.

16 _mars_.--Cration des juges auditeurs auprs des cours d'appel.

17 _mars_.--Organisation dfinitive donne a l'Universit, et cration
d'une acadmie dans chaque ville o sige une cour d'appel. M. de
Fontanes est nomm grand-matre de l'Universit impriale.

26 _mars_.--Lettre du roi d'Espagne, Chartes IV,  Napolon, dans
laquelle il lui fait part de sa rsolution de commander lui-mme ses
forces de terre et de mer.

27 _mars_.--Bref du pape  Napolon, o Pie VII se plaint des vexations
que lui font prouver les agens franais.

2 _avril_.--L'empereur part de Paris pour se rendre  Baonne.

3 _avril_.--Note du ministre des relations extrieures au lgat du
pape, en rponse au bref de Pie VII, et dans laquelle il dclare au
cardinal Caprara que l'empereur ne saurait reconnatre le principe que
les prlats ne sont point sujets du souverain, etc.

4 _avril_.--Napolon fait son entre  Bordeaux.

10 _avril_.--Arrive de l'impratrice dans cette mme ville.

15 _avril_.--L'empereur arrive a Baonne.

18 _avril_.--Il crit au prince des Asturies (Ferdinand VII.)

20 _avril_;--Il reoit dans le chteau de Marrac le prince des Asturies
et Dom Carlos son frre.

22 _avril_.--Le gnral Miollis fait arrter le gouverneur de Rome et
l'envoie  Fenestrelle.

23 _avril_.--Le grand-duc de Berg entre dans Madrid  la tte d'une
division franaise.

28 _avril_.--L'empereur Napolon rend une visite au roi d'Espagne,  la
reine et au prince de la Paix, qui viennent d'arriver  Baonne.

2 _mai_.--Insurrection  Madrid; Murat, de concert avec la junte
suprme du gouvernement espagnol, parvient  la calmer.

7 _mai_.--Il est nomm par le roi Charles IV lieutenant-gnral du
royaume.

8 _mai_--Trait sign  Baonne par le roi Charles IV, dans lequel il
cde a son alli et ami, l'empereur Napolon, tous ses droits sur
les Espagnes; adhsion de tous les enfans du roi  cet acte, qui est
officiellement annonc au conseil suprme de Castille et  celui de
l'inquisition.

13 _mai_.--La junte du gouvernement espagnol, prside par Murat,
demande pour roi Joseph Napolon, frre de l'empereur.

22 _mai_.--Le roi et la reine d'Espagne se retirent en France;
Compigne est dsign pour leur sjour; les princes sont envoys
au chteau de Valenay, proprit du diplomate Talleyrand dans le
dpartement d'Indre-et-Loire.

24 _mai_.--Snatus-consulte qui runit  l'empire franais les duchs
de Parme et de Plaisance et le duch de Toscane.

25 _mai_.--Napolon convoque  Baonne une junte gnrale espagnole
pour le 15 juin.

6 _juin_.--L'empereur proclame son frre, Joseph Napolon, roi des
Espagnes et des Indes, et lui garantit l'intgrit de ses tats.

7 _juin_.--Le nouveau roi reoit les hommages des grands d'Espagne, des
conseils et des diverses autorits existantes.

15 _juin_.--La junte espagnole tient sa premire sance  Baonne.

23 _juin_.--Insurrection gnrale en Espagne. Le marchal Bessires
dfait une arme espagnole  San-Ander.

28 _juin_.--Combat et prise de Valence par le marchal Moncey.

3 _juillet_.--Dcrets impriaux relatifs  l'institution des majorats.

5 _juillet_.--Dcret de Napolon qui dfend la mendicit dans tout
l'empire franais.

7 _juillet_,--L'acte constitutionnel est rdig par la junte espagnole.
Le roi prte serment  la nation, reprsente par le prsident.

13 _juillet_,--L'empereur approuve et adopte la constitution espagnole.
(Elle tait, dans presque toutes ses dispositions, conforme  celle des
Franais, dite de l'an VIII: c'tait beaucoup pour les Espagnols, encore
sujets aux moines,  l'inquisition, etc.)

15 _juillet_.--Le grand-duc de Berg est proclam par Napolon, roi de
Naples et de Sicile.

19 _juillet_.--L'archi-chancelier de l'empire, Cambacrs, est nomm
duc de Parme, et l'archi-trsorier, Lebrun, duc de Plaisance.

_Mme jour_.--Bataille de Baylen. Le gnral Dupont donne tte baisse
dans une embuscade, voit dtruire une partie de son arme, et est oblig
de capituler pour sauver le Reste.

20 _juillet_.--Arrive  Paris de l'ambassadeur perse Asker-Kan, avec
une suite nombreuse.

21 _juillet_.--Honteuse capitulation de Baylen. L'arme franaise toute
entire est prisonnire de guerre des Espagnols.

22 _juillet_.--Napolon quitte le chteau de Marrac, pour retourner
dans sa capitale.

30 _juillet_.--Dcret qui adjoint un trs-grand nombre d'officiers
de tous grades et de soldats lgionnaires aux collges lectoraux de
dpartemens et d'arrondissemens.

31 _juillet_.--M. Beugnot, conseiller-d'tat, prend possession, au nom
de l'empereur Napolon, du grand-duch de Berg, rest vacant par la
nomination de Murat pour occuper le trne des Deux-Siciles  la place de
Joseph, nomm roi d'Espagne.

12 _aot_.--Combat de Rorissa en Portugal, entre les troupes franaises
d'occupation et l'arme anglaise, commande par le gnral Wellesley.
Les Anglais sont repousss avec perte.

13 _aot_.--Dcrets impriaux qui ordonnent l'ouverture d'une grande
route de Paris  Madrid, et de grands travaux publics dans plusieurs
dpartemens.

16 _aot_.--Retour de l'empereur  St.-Cloud.

21 _aot_.--Bataille de Vimeyra, entre l'arme de lord Wellesley et
celle des Franais, commands par le gnral Junot; les mauvaises
dispositions de celui-ci donnent la victoire aux Anglais.

20 _aot_.--L'empereur reoit en grande crmonie le comte Tolsto,
ambassadeur de Russie.--Exposition aux Tuileries des magnifiques
prsens envoys par l'empereur Alexandre  l'empereur Napolon.

30 _aot_.--Convention pour l'vacuation du Portugal par l'arme
franaise. Elle doit tre reconduite en France sur des vaisseaux
anglais; juste et honteux rsultat d'une entreprise injuste.

1er _septembre_.--Dcrets par lesquels l'empereur ordonne des
tablissemens publics en tous genres dans les dpartemens qui ont t le
thtre des guerres civiles.

6 et 7 _septembre_.--Communication au snat du rapport du ministre
des relations extrieures, Champagny,  l'empereur, et des traits qui
mettent  sa disposition la couronne d'Espagne.

8 _septembre_.--Trait sign a Paris par le prince Guillaume de Prusse
et le ministre des relations extrieures. Ce trait termine toutes
les difficults existantes entre le gouvernement franais et celui de
Prusse.

10 _septembre_.--Snatus-consulte qui ordonne la leve de 80,000
conscrits destins  complter les armes d'Espagne.

11 _septembre_.--Grande revue passe aux Tuileries par l'empereur en
personne; il annonce  ses soldats qu'il va marcher avec eux en Espagne,
_o_, dit-il, _nous avons aussi des outrages  venger_.

12 _septembre_.--Sance du snat, dans laquelle le ministre des
relations extrieures cherche  justifier les mesures prises par
l'empereur contre l'Espagne.--Compte rendu par la socit d'industrie
nationale sur ses progrs en inventions et perfectionnemens.

13 _septembre_.--Dcret qui convoque le corps lgislatif pour le 25
octobre suivant.

17 _septembre_.--Dcret d'organisation de l'universit impriale.

22 _septembre_.--Napolon part de Paris pour se rendre dans les tats
de la confdration du Rhin.

23 _septembre_.--Le corps municipal et le prfet de la Seine reoivent
 la barrire le premier corps de la grande arme, command par le
marchal Victor, et se rendant en Espagne.

24 _septembre_.--Dcret imprial relatif au culte grec profess dans la
Dalmatie.

28 _septembre_.--Passage du sixime corps de la grande anne  Paris.

1er _octobre_.--Dernier jour du passage des troupes par Paris pour se
rendre en Espagne.

6 _octobre_.--Les empereurs Napolon et Alexandre ont une entrevue 
Erfurt. Runion dans cette ville de presque tous les princes membres de
la confdration du Rhin. L'empereur Alexandre promet  Napolon de ne
point apporter d'obstacle  ses projets sur l'Espagne.

14 _octobre_.--Dpart d'Erfurt de LL. MM. l'empereur de Russie et
l'empereur des Franais pour se rendre dans leurs tats respectifs.

18 _octobre_.--Arrive  Saint-Cloud de l'empereur Napolon.

22 _octobre_.--L'empereur et l'impratrice visitent le muse Napolon;
ils s'entretiennent long-temps avec les artistes franais, tous prsens
 cette visite.

25 _octobre_.--Ouverture du corps lgislatif par l'empereur Napolon,
session de 1808.

27 _octobre_.--M. de Fontanes est nomm prsident du corps lgislatif.

29 _octobre_.--Dpart de l'empereur pour se rendre  Baonne.

2 _novembre_.--Dcret portant cration d'un nouveau dpartement portant
le nom de Tarn-et-Garonne.

3 _novembre_.--Arrive de Napolon au chteau de Marrac.

5 _novembre_.--Quartier-gnral de l'empereur  Vittoria.

9 _novembre_.--Combat de Gamonal. Le marchal Soult dissipe
l'avant-garde de l'arme d'Estramadure.

_Mme jour_.--Quartier-gnral de Napolon  Burgos.

11 _novembre_.--Bataille d'Espinosa-de-los-Monteros. L'arme du gnral
Blacke est entirement dtruite.

22 _novembre_.--Bataille de Tudela. L'arme du gnral Castanos, la
mme qui avait fait capituler le gnral Dupont  Baylen, est mise
en droute aprs avoir perdu tout son matriel et presque tous ses
drapeaux.

29 _novembre_,--L'empereur fait attaquer le dfil de Somo-Sierra,
dfendu par un corps de vingt mille Espagnols, et seul passage pour
pntrer  Madrid. L'ennemi est culbut avec une perte immense.

1er _dcembre_.--Quartier imprial de Napolon  San-Augustino, 
quelque distance de Madrid.

3 _dcembre_.--Prise de Sgovie par le marchal Lefebvre.

4 _dcembre_.--Capitulation de Madrid; l'empereur refuse d'y entrer, et
s'tablit avec sa garde sur les hauteurs de Chamartin,  une lieue de la
ville.

_Mme jour_.--Dcret imprial qui abolit l'inquisition en Espagne, et
rduit considrablement le nombre des couvens d'hommes de ce royaume.

5 _dcembre_.--Prise de la forteresse de Roses par le gnral
Gouvion-St.-Cyr.

7 _dcembre_.--Grande promotion dans la lgion-d'honneur.

15 _dcembre_,--Combat de Cardadeu; le marquis de Vivs, gnral en chef
de l'arme espagnole de Catalogne, perd toutes ses troupes dans cette
journe, et est destitu par la junte insurrectionnelle.

23 _dcembre_.--L'empereur quitte son quartier-gnral de Chamartin,
pour se porter  la poursuite de l'anne anglaise qui tait entre en
Espagne, sous la conduite du gnral Moore.

25 _dcembre_.--Dcret imprial qui abolit tout reste de servage dans
les duchs de Clves et de Berg.

26 _dcembre_,--Combat de Benavente entre l'avant-garde de l'arme
franaise et l'arrire-garde de l'arme anglaise; retraite prcipite du
gnral Moore.

31 _dcembre_.--Clture de la session du corps lgislatif.

1809.

1er _janvier_,--Quartier-gnral de Napolon  Astorga.

3 _janvier_.--Dfaite de l'arrire-garde anglaise au dfil de
Cacabellos.

6 _janvier_.--Napolon, instruit que l'Autriche arme contre la France,
quitte prcipitamment l'arme pour se rendre  Paris.

16 _janvier_.--Bataille de la Corogne; dfaite de l'arme anglaise; le
gnral en chef, sir John Moore, est tu.

18 _janvier_.--Prise de la Corogne par le marchal Soult; les dbris de
l'arme anglaise venaient de s'embarquer dans le port de cette ville.

23 _janvier_.--Retour de Napolon  Paris; il reoit successivement les
flicitations du snat et des autres corps de l'empire.

27 _janvier_.--Prise de la place et du port du Ferrol.

1er _fvrier_.--Dcret qui nomme le cardinal Fesch archevque de Paris.

7 _fvrier_.--L'empereur reoit l'Institut au chteau des Tuileries.

20 _fvrier_.--Prise de Sarragosse. Cette ville est oblige de se rendre
 discrtion, aprs avoir donn pendant deux mois l'exemple d'une
dfense hroque et dsespre.

2 _mars_.--Le gouvernement gnral des dpartemens de la Toscane est
rig en grand-duch par Napolon.

4 _mars_.--Combat de Monterey; le marchal Soult bat le gnral
espagnol, marquis de la Romana.

11 _mars_.--Dcret et snatus-consulte qui transfre le grand-duch
de Berg et de Clves au jeune prince Napolon Louis, fils du roi de
Hollande, et neveu de l'empereur. Autre dcret qui confre  la soeur de
l'empereur, Elisa, le gouvernement de la Toscane.

20 _mars_.--Bataill de Carvalko-Daeste; l'arme portugaise est mise en
droute par le marchal Soult.

27 _mars_.--Bataille de Ciudad-Ral; dfaite du gnral duc de
l'Infantado par le gnral Sbastiani.

28 _mars_.--Bataille de Medellin; dfaite du gnral espagnol Lacuesta.

29 _mars_.--Prise d'Oporto, seconde ville du Portugal.

2 _avril_.--Dcret imprial qui institue des maisons d'ducation pour
les filles des membres de la lgion-d'honneur.

8 _avril_.--Autre dcret, qui tablit une cole de cavalerie 
St.-Germain.

9 _avril_.--Commencement des hostilits entre l'Autriche et la France.

_Mme jour_.--Combat d'Amarante; dfaite du gnral portugais Silveyra.

12 _avril_.--Napolon part de Paris pour se rendre  son arme
d'Allemagne.

16 _avril_.--Bataille de Sacile, entre les troupes franaises commandes
par le prince Eugne, et l'arme autrichienne aux ordres de l'archiduc
Jean; celle-ci est mise en fuite.

17 _avril_.--Quartier-gnral de l'empereur  Donawerth.

19 _avril_.--Bataille de Tann; dfaite d'une partie de l'arme
autrichienne aux ordres du prince Charles.

20 _avril_.--Bataille d'Abensberg; les Autrichiens perdent sept mille
hommes, huit drapeaux et douze pices de canon. Dans cette bataille,
Napolon n'avait presque que des Bavarois  ses ordres.

21 _avril_.--Combat et prise de Landshut; les Autrichiens continuent
leur retraite.

22 _avril_.--Bataille d'Eckmhl; quinze mille prisonniers, douze
drapeaux, seize pices de canon, sont les fruits de cette victoire, qui
vaut au marchal Davoust le titre de prince d'Eckmhl.

23 _avril_,--Bataille et prise de Ratisbonne; l'archiduc Charles opre
prcipitamment sa retraite en Autriche. Napolon fut atteint d'une
halle morte pendant cette bataille. On en reconnut la cicatrice lors de
l'ouverture de son corps  l'le de Sainte-Hlne.

24 _avril_.--Combat de Neumarck.

25 _avril_.--Le roi de Bavire rentre dans sa capitale.

3 _mai_.--Combat d'Ebersberg.

6 _mai_.--Quartier-gnral de l'empereur a l'abbaye de Molck. Retraite
du prince Charles en Bohme.

8 _mai_.--Bataille de la Piave, entre le prince Eugne et l'archiduc
Jean; retraite prcipite de ce dernier.

10 _mai_.--vacuation d'Oporto par le marchal Soult,  l'approche
d'une nombreuse arme anglaise.

_Mme jour_.--La dite de Sude dpose le roi Gustave Adolphe.

11 et 12 _mai_,--Bombardement et capitulation de Vienne.

15 _mai_.--Retraite du marchal Soult sur la Galice.

17 _mai_.--Passage du Danube par l'arme franaise.

19 _mai_.--Occupation du Tyrol par le marchal Lefebvre.

20 _mai_.--Arrive du marchal Soult a Orenz, premire ville de
Galice.

_Mme jour_.--L'empereur fait tablir un pont dans l'le d'Inder-Lobau.

21 et 22 _mai_.--Bataille d'Esling; elle reste indcise, et cote 
l'arme la perte de l'un de ses plus braves guerriers, le marchal
Lannes, duc de Montebello.

25 _mai_.--Combat de San-Michel entre les troupes de l'arme d'Italie et
celles de l'archiduc Jean. Droute du gnral Jellachich.

31 _mai_.--Jonction de l'arme d'Italie avec la grande arme franaise
sur les hauteurs du Sommering.

12 _juin_.--Dcret ordonnant l'institution de plusieurs coles
d'quitation.

14 _juin_.--Bataille de Raab entre l'arme d'Italie et celle de
l'archiduc Jean; nouvelle dfaite de celui-ci.

17 _juin_.--Dcret dat du camp imprial de Schoenbrunn, sur
l'tablissement des octrois.

19 _juin_.--Prise de la forteresse de Grone, aprs onze jours de
tranche ouverte.

5 _juillet_.--Runion de l'arme d'Italie  la grande arme dans l'le
de Lobau.

6 _juillet_.--Grande Bataille de Wagram; la disparition de l'arme
ennemie, dix-huit mille prisonniers, neuf mille blesss, quatre mille
morts, quarante pices de canon et dix drapeaux, sont les fruits
de cette brillante victoire, qui met une troisime fois l'empereur
d'Autriche  la discrtion de l'empereur Napolon.

11 _juillet_.--Quartier-gnral de l'empereur  Znam; armistice accord
par Napolon  l'arme autrichienne.

21 _juillet_.--L'empereur nomme marchaux d'empire, les gnraux
Oudinot, Marmont et Macdonald, qui s'taient particulirement distingus
 la bataille de Wagram.

27 _juillet_.--Bataille de Talavera de la Reyna, en Espagne,
entre l'arme franaise, commande par le roi Joseph, et l'arme
anglo-espagnole aux ordres de sir Arthur Wellesley; elle reste indcise.

30 _juillet_.--Dbarquement de dix-huit mille Anglais dans l'le de
Walcheren.

3 _aot_.--Les Anglais investissent la ville de Flessingue.

7 _aot_.--Dcret concernant l'Universit impriale.

8 _aot_.--Combat d'Arzobispo; les Espagnols sont mis en fuite par le
marchal Mortier.

9 _aot_.--Bataille d'Almonacid; le gnral Sbastiani met en fuite
l'arme espagnole du gnral Vngas.

11 _aot_.--Combat de Dambroca en Espagne. L'ennemi perd trente-cinq
bouches  feu et cent caissons.

12 _aot_.--Combat du col de Banos. Le gnral Robert Wilson est battu
par le gnral franais Lorsay.

13 _aot_.--Les Anglais jettent dans Flessingue des bombes et des fuses
incendiaires dites  la Congrve.

16 _aot_.--Le gnral Monet, gouverneur de Flessingue, livre aux
Anglais, par capitulation, cette place importante. La garnison est
prisonnire de guerre et emmene comme telle en Angleterre.

_Mme jour_.--Le prince de Ponte-Corvo (Bernadotte) et le ministre de
l'administration de la guerre (Daru), sont chargs par l'empereur de la
dfense d'Anvers, et arrivent dans cette ville.

18 _aot_.--Suppression de tous les ordres rguliers, mendians,
monastiques, et mme ceux astreints  des voeux, qui existent en
Espagne.

21 _aot_.--Ouverture des ngociations pour la paix entre la France et
l'Autriche.

22 _septembre_.--Dcret qui nomme le marchal Serrurier commandant
gnral de la garde nationale de Paris.

14 _septembre_.--Lettre de l'empereur au ministre de la guerre,
ordonnant de poursuivre le commandant de la place de Flessingue, le
gnral Monet.

15 _septembre_.--Dcret pour l'tablissement des dpts de mendicit.

24 _septembre_.--Les Anglais, aprs avoir fait de vaines tentatives
contre Anvers, et avoir perdu les trois-quarts de leur monde par
les fivres dites des _Polders_, se rembarquent pour retourner en
Angleterre.

1er _octobre_.--Dcret qui cre un ordre des trois-loisons.

4 _octobre_.--Message de l'empereur au snat, ayant pour objet
d'riger, en faveur du prince de Neufchtel, le chteau de Chambord en
principaut, sous le titre de principaut de Wagram.

12 _octobre_.--Tentative d'assassinat, faite  Schoenbrunn, sur la
personne de Napolon, par un jeune fanatique d'Erfurt.

14 _octobre_.--Trait de paix entre la France et l'Autriche, sign 
Vienne par le prince Jean de Liechtenstein et le ministre des relations
extrieures Champagny.--Napolon quitte Schoenbrunn pour retourner en
France.

19 _octobre_.--Dcret imprial et snatus-consulte qui met  la
disposition du gouvernement trente-six mille conscrits pris sur les
classes antrieures.

24 _octobre_.--Arrive de l'empereur  Strasbourg.

26 _octobre_.--Son retour  Fontainebleau.

29 _octobre_.--Publication solennelle  Paris du trait de paix conclu
entre l'Autriche et la France.

1er _novembre_.--Dputation du snat de Milan, reue par l'empereur 
Fontainebleau.--Dcret qui fixe l'ouverture du corps lgislatif pour
l'anne 1809, au 1er dcembre prochain.

10 _novembre_.--Dcret qui confirme l'Institut et les rglemens des
soeurs hospitalires.--Autre dcret ordonnant la convocation des
collges lectoraux.

13 _novembre_.--Arrive du roi de Saxe  Paris.

17 _novembre_.--Le snat et toutes les autorits constitues sont admis
 complimenter l'empereur sur la paix glorieuse qu'il vient de conclure;
il reoit aussi une dputation de Rome et de Florence.

18 _novembre_.--Bataille d'Ocana entre le gnral espagnol Arizaga et le
gnral franais Sbastiani. Les Espagnols compltement dfaits.

20 _novembre_,--Prsentation  l'empereur d'une dputation du synode
grec de Dalmatie.

1er _dcembre_.--Arrive  Paris des rois de Naples, de Hollande et de
Wurtemberg.

2 _dcembre_.--Clbration de l'anniversaire du couronnement de
Napolon.--_Te Deum_ chant en action de grce de la paix, en prsence
de LL. MM. les rois de Naples, de Hollande, de Westphalie, de Saxe et
de Wurtemberg, du snat, et de tous les autres corps de l'tat, dans
l'glise Notre-Dame.

10 _dcembre_.--Arrive  Paris du prince vice-roi d'Italie.

13 _dcembre_.--Dcret prsent au corps lgislatif, et relatif  son
organisation.

16 _dcembre_.--Dcrets et snatus-consultes relatifs  la dissolution
du mariage de l'empereur avec l'impratrice Josphine; l'impratrice
conserve le titre _d'impratrice-reine_.

22 _dcembre_.--Le roi et la reine de Bavire arrivent  Paris.

29 _dcembre_.--Dcret imprial qui tablit les capacits et conditions
des aspirans aux collges des auditeurs.

31 _dcembre_.--Adresse du snat du royaume d'Italie 
l'empereur.--Dcret imprial qui proroge pour l'an 1810 l'exercice de
leurs fonctions aux dputs de la cinquime srie du corps lgislatif.

1810.

6 _janvier_.--Trait de paix entre la France et la Sude.

9 _janvier_.--L'officialit de Paris dclare par une sentence la nullit
quant aux liens spirituels du mariage de l'empereur Napolon et de
l'impratrice Josphine.

13 _janvier_.--Loi sur l'importation et l'exportation des marchandises.

20 _janvier_.--L'arme franaise, aux ordres du gnral Sbastiani,
franchit la Sierra-Morena, et envahit l'Andalousie.

30 _janvier_,--Fixation de la dotation de la couronne de France, du
domaine extraordinaire, du domaine priv de Napolon, du douaire des
impratrices et des apanages des princes franais.

3 _fvrier_.--Session du corps lgislatif pour 1810. M. de Montesquiou
est nomm prsident.

5 _fvrier_.--Dcret imprial sur la direction de la librairie et
de l'imprimerie. Le nombre des imprimeurs,  Paris, est rduit 
quatre-vingts.

_Mme jour_.--Occupation de Malaga en Espagne par le gnral Sbastiani.

17 _fvrier_.--Snatus-consulte qui runit Rome et l'tat romain 
l'empire franais, et divise ce pays en deux dpartemens.

20 _fvrier_.--Le projet du code pnal est adopt par le corps
lgislatif.

27 _fvrier_.--Le prince archi-chancelier de l'empire, dans une
assemble du snat, donne lecture d'un message de l'empereur, qui
annonce le dpart du prince de Neufchtel pour faire la demande de la
main de l'archiduchesse Marie-Louise, fille de l'empereur d'Autriche.

28 _fvrier_.--Dcret par lequel l'empereur dclare loi gnrale de
l'empire, la dclaration faite par le clerg de France, en 1682, sur la
puissance ecclsiastique.

29 _fvrier_.--Prise de Sville par le roi d'Espagne Joseph.

1er _mars_,--Le prince Eugne Beauharnais est nomm prince de Venise;
l'hritage du grand-duch de Francfort lui est assur.

4 _mars_.--Dcret imprial sur l'institution des majorats.

5 _mars_.--Le prince de Neufchtel, ambassadeur de l'empereur, fait son
entre solennelle  Vienne.

9 _mars_.--L'impratrice Josphine signe sa renonciation solennelle au
titre et  ses droits d'pouse de l'empereur.

10 _mars_.--Dcret sur les prisons et les prisonniers d'tat.

11 _mars_.--Le prince de Neufchtel pouse  Vienne, au nom de
l'empereur, l'archiduchesse Marie-Louise.

13 _mars_.--L'impratrice Marie-Louise part de Vienne pour venir en
France.

19 _mars_.--Dcret portant que les juges de la cour de cassation
prendront le titre de conseillers, et les substituts du procureur
imprial prs la cour prendront le titre d'avocats gnraux.

20 _mars_.--L'empereur part de Paris pour Compigne.

22 _mars_.--Arrive de l'impratrice Marie-Louise  Strasbourg.

25 _mars_.--Dcret imprial portant, qu' l'occasion du mariage de
Napolon, et pour clbrer cette poque mmorable, les prisonniers
pour dettes seront mis en libert; six mille filles seront dotes et
pouseront des militaires; qu'il sera accord une amnistie gnrale aux
dserteurs, etc.

28 _mars_.--L'impratrice Marie-Louise arrive  Compigne.

30 _mars_.--Napolon et Marie-Louise partent de Compigne pour se
rendre  St.-Cloud.

1er _avril_.--Clbration du mariage civil de l'empereur et de
l'impratrice,  St.-Cloud, par le prince archi-chancelier Cambacrs.

2 _avril_.--L'empereur et l'impratrice font leur entre dans
Paris.--Mariage religieux et solennel de LL. MM. dans une chapelle
pratique exprs dans le Louvre, et richement dcore; le cardinal
Fesch, grand-aumnier, donne la bndiction nuptiale en prsence de
toute la famille impriale, des cardinaux, archevques, vques, des
grands dignitaires de l'empire et d'une dputation de tous les corps de
l'tat.-- Grande fte dans Paris; emploi de tous les arts, de tous les
talens, pour clbrer ce grand jour.

3 _avril_.--Le snat de France, le snat d'Italie, le conseil-d'tat,
le corps lgislatif, les ministres, les cardinaux, la cour de cassation,
etc., etc., vont fliciter l'empereur et l'impratrice, qui les
reoivent assis sur leur trne, entours des princes et princesses de
la famille impriale, des princes grands dignitaires de l'empire et des
grands officiers des couronnes de France et d'Italie.

5 _avril_.--L'empereur et l'impratrice partent pour Compigne.

6 _avril_.--Le gouverneur du chteau de Valencay, M. Berthenay, annonce
 Foucher, ministre de la police gnrale, l'arrestation et l'envoi 
Paris du baron de Kolli, envoy d'Angleterre pour enlever le prince des
Asturies.

8 _avril_.--Le prince des Asturies informe le gouverneur de Valencay de
toutes les dmarches faites par le baron de Kolli, et crit  l'empereur
qu'elles ont t faites toutes contre son gr.

10 _avril_.--Sige et prise d'Astorga en Espagne, par le duc d'Abrants,
Junot.

21 _avril_.--Loi sur les mines.

24 _avril_.--Dcret imprial et snatus-consulte qui runissent  la
France tous les pays situs sur la rive gauche du Rhin; une partie forme
le dpartement des Bouches-du-Rhin, l'autre partie est runie  d'autres
dpartemens.

_Mme jour_.--Prise du fort de Matagordo, en Espagne.

27 _avril_.--Dpart de Napolon et de Marie-Louise du chteau de
Compigne.

30 _avril_.--L'empereur et l'impratrice arrivent au palais de Laaken,
en Belgique.--Dcrets impriaux pour la continuation des travaux
publics.

1er _mai_.--Napolon et l'impratrice arrivent  Anvers.

5 _mai_.--Formation d'une socit maternelle sous la protection de
Marie-Louise, pour le soulagement des mres indigentes.

6 _mai_.--L'empereur et l'impratrice partent d'Anvers.

8 _mai_.--Dcrets relatifs  la ville d'Anvers, et ordonnant des travaux
de navigation intrieure.

9 _mai_.--L'empereur et l'impratrice arrivent  Middelbourg.

10 _mai_.--Napolon va  Flessingue visiter le port et la ville.

12 _mai_.--Prise du fort d'Hostalrich en Espagne, par le marchal duc
de Castiglione.--Plusieurs dcrets impriaux relatifs  des mesures
d'administration extrieure.

13 _mai_.--Les les de Walcheren, Sud-Beveland, Nord-Beveland, Schouwen
et Tholen, forment un dpartement de France, sous le nom de dpartement
des Bouches-de-l'Escaut.

14 _mai_.--Prise de Lrida en Espagne, par le gnral Suchet.--Napolon
et Marie-Louise arrivent  Bruxelles.

19 _mai_.--Dcret relatif  la libert des cultes dans le dpartement du
Haut-Rhin.

23 _mai_.--Plusieurs dcrets pour les travaux des routes  terminer ou 
ouvrir.

25 _mai_.--Dcret qui autorise le libre exercice du culte catholique
dans le dpartement des Bouches-du-Rhin.

30 _mai_.--Napolon et Marie-Louise arrivent  Rouen, aprs avoir visit
Dunkerque, Lille et le Hvre.

1er _juin_.--Retour de l'empereur et de l'impratrice  Paris.

3 _juin_.--Napolon nomme gouverneur de Rome son ancien ministre de
la police gnrale, Foucher. Le duc de Rovigo, Savary, est nomm pour
remplacer le premier au ministre de la police.

7 _juin_.--Dcret et snatus-consulte qui dterminent le nombre des
dputs des dpartemens des Bouches-de-l'Escaut et des Deux-Nthes.

8 _juin_.--Prise de la ville et du fort de Mequinenza en Espagne, par le
gnral Suchet.

10 _juin_.--Le gnral Sarrazin, officier d'tat-major, dserte et
passe  l'ennemi.

_Mme jour_.--La ville de Paris donne une fte brillante pour clbrer
le mariage de Napolon et de Marie-Louise; ceux-ci honorent de leur
prsence le banquet et le bal donns  l'Htel-de-Ville.

14 _juin_.--La garde impriale donne au Champ-de-Mars, en son nom et
au nom de l'arme, une fte,  l'occasion du mariage de Napolon et de
Marie-Louise.

27 _juin_.--Dcret portant cration d'un conseil de commerce et des
manufactures prs le ministre de l'intrieur.

28 _juin_.--Dcret qui ordonne la construction d'un pont devant
Bordeaux.

1er _juillet_,--L'ambassadeur d'Autriche donne une fte  l'occasion du
mariage de Marie-Louise et de Napolon; le feu prend dans la salle de
bal; la femme de l'ambassadeur et plusieurs autres personnes prissent
dans cet incendie; l'empereur emporte lui-mme l'impratrice hors de la
salle o le feu venait de se manifester.

3 _juillet_.--Louis Napolon abdique la couronne de Hollande.

4 _juillet_.--Dcret qui accorde des rcompenses aux personnes qui
dcouvriront des plantes indignes propres  remplacer l'indigo.

6 _juillet_,--Service solennel, et obsques magnifiques aux Invalides,
du duc de Montebello, marchal de l'empire; les cendres du brave Lannes
sont portes en grand cortge au Panthon, o elles sont dposes.

9 _juillet_.--Dcret portant runion de la Hollande  l'empire
franais; Amsterdam est nomme la troisime ville de l'empire.

10 _juillet_,--Prise de Ciudad-Rodrigo par le marchal Ney.

11 _juillet_,--Dcret portant la formation et l'organisation des cours
impriales.

20 _juillet_.--Dcret imprial portant cration de six maisons
d'ducation, dites des Orphelines, pour des filles de militaires morts
au champ d'honneur.

21 _juillet_.--Destruction du fort de la Conception par le gnral
Loison.

3 _aot_.--Dcret qui rduit le nombre des journaux  un par chaque
dpartement autre que celui de la Seine.

5 _aot_.--tat des militaires mutils qui ont reu des dotations, en
vertu du dcret imprial du 15 aot 1809.

15 _aot_.--Fte de l'empereur clbre avec une grande pompe dans
Paris et dans tout l'empire.--Rception des dputations du royaume de
Hollande et autres tats runis  la France.

18 _aot_.--Dcret imprial qui interdit aux inventeurs la vente des
remdes secrets.--Autre dcret qui fixe la valeur des pices dites de
24, de 12 et de 6 sous, et celle des monnaies du Brabant, de Lige et de
Mastricht, du royaume de Prusse et de Hollande.

19 _aot_.--Dcrets impriaux qui crent un conseil de marine et
organisent les tribunaux de premire instance.

20 _aot_.--Dcret imprial qui rgle le service des ponts et chausses
au-del des Alpes.

21 _aot_.--Le marchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, est lu par
la dite prince royal et hritier de la couronne de Sude.

22 _aot_.--Dcret imprial accordant une somme de 200,000 fr. pour
tre rpartie entre les douze tablissemens qui auront fabriqu la plus
grande quantit de sucre de raisin; pour avoir droit  cette rcompense,
il faudra avoir fabriqu au moins dix mille kilogrammes de sucre.

28 _aot_.--Sige et prise d'Almeida par le marchal Massna, prince
d'Esling.

30 _aot_.--L'impratrice Marie-Louise, protectrice de la socit
maternelle, reoit les dames qui composent cette pieuse socit.

13 _septembre_,--Dcret relatif  la rduction en francs des monnaies
values prcdemment en livres tournois.

17 _septembre_.--Formation d'une compagnie d'assurance contre
l'incendie.

27 _septembre_.--Formation d'coles spciales de marine dans les ports
de Brest et de Toulon.

_Mme jour_.--Bataille de Busace en Portugal, entre l'arme
anglo-portugaise et l'arme franaise aux ordres du prince d'Esling.
Lord Wellington est forc d'abandonner toutes ses positions.

30 _septembre_.--Prise de Combre par l'arme franaise du Portugal.

10 _octobre_.--Retraite de l'arme anglo-portugaise; lord Wellington se
retranche dans ses lignes, en avant de Lisbonne.

14 _octobre_.--L'abb Maury, cardinal, est nomm par l'empereur
archevque de Paris.

15 _octobre_.--Dfaite des Anglais sur la cte du royaume de Grenade,
par le gnral Sbastiani.

18 _octobre_,--Dcret qui ordonne l'tablissement des cours prvtales
des douanes.--Autre dcret contenant un rglement gnral pour
l'organisation des dpartemens de la Hollande.

1er _novembre_.--Entre solennelle  Stockholm du prince royal
hrditaire de Sude, Bernadotte, prince de Ponte-Corvo.

2 _novembre_,--Dfaite des Espagnols dans le royaume de Murcie par le
gnral Sbastiani.

11 _novembre_.--Lettre du prince royal de Sude  Napolon.

12 _novembre_.--Runion de la rpublique du Valais  l'empire franais.

19 _novembre_.--Lettre du prince royal de Sude  Napolon.

8 _dcembre_.--Lettre du prince royal de Sude  Napolon, dans laquelle
il annonce que son pre adoptif, le roi Charles XIII, a dclar la
guerre  l'Angleterre.

10 _dcembre_.--Dcret relatif  la runion de la Hollande  l'empire
franais.--Autre dcret contenant la nomination de la cour impriale de
Paris.

11 _dcembre_.--Dcret qui tablit une maison centrale de dtention 
Limoges.--Autre pour l'tablissement d'un dpt de mendicit dans le
dpartement de la Charente.--Autre, relatif  la fabrication et  la
vente des draps de Carcassonne.

14 _dcembre_.--Message de l'empereur au snat, relatif au motif qui
ncessite la runion de la Hollande  l'empire franais.

16 _dcembre_.--Snatus-consulte ordonnant la leve de quarante mille
conscrits pour la marine, et de douze mille pour les armes de terre.

17 _dcembre_.--Lettre du prince royal de Sude  Napolon.

18 _dcembre_.--Adresse du snat  l'empereur, en rponse au message du
14.

_Mme jour_.--Dcret imprial qui tablit une commission de
gouvernement dans les dpartemens de l'Ems-Suprieur, des
Bouches-du-Weser et des Bouches-de-l'Elbe.

19 _dcembre_.--Dcret qui nomme des censeurs impriaux, et fixe leur
traitement.--Autre dcret qui tend dans tout l'empire le bienfaisant
tablissement de la socit maternelle.

25 _dcembre_,--Rvocation en faveur des tats-Unis des dcrets de
Berlin et de Milan, concernant les neutres.

26 _dcembre_.--Dcret imprial sur l'administration gnrale de
l'empire.

_Mme jour_.--Demande par le ministre de la marine au roi de Sude, de
deux mille marins pour complter les quipages de la flotte de Brest.

1811.

1er _janvier_.--Sige et prise de Tortose en Espagne par le gnral
Suchet.

_Mme jour_.--Dcret concernant les dbiteurs des rentes constitues en
argent, des rentes foncires et autres redevances, dans les dpartemens
de Rome et du Trasimne.--Autre dcret concernant les grades de
docteurs en droit et en mdecine, des ci-devant universits de Pise et
de Sine.-- Autre, concernant un rglement sur la comptence et le
mode de procder dans les affaires relatives aux contributions dans
les dpartemens de la Hollande.--Autre, concernant l'imprimerie et la
librairie dans les mmes dpartemens.

2 _janvier_.--Dcrets relatifs aux rentes viagres sur l'tat dont la
prjouissance est dvolue au trsor public, comme subrog aux droits
d'un migr.--Autre, qui cre un dpt de mendicit pour le dpartement
de la Haute-Loire.

3 _janvier_.--Dcret augmentant de 600,000 fr, les dotations du snat,
 raison de la nomination des snateurs pour les dpartemens de l'Escaut
et des Alpes.

4 _janvier_.--Dcret concernant la nomination des prsidens des
collges lectoraux de plusieurs dpartemens.

7 _janvier_.--Adresse d'adhsion du chapitre mtropolitain de Paris aux
quatre propositions de 1682.

_Mme jour_.--Dcret qui soumet  la rgie des droits runis
l'exploitation des tabacs dans l'empire franais.

8 _janvier_.--Prise du fort Saint Philippe-de-Balaguer, en Espagne, par
le gnral Suchet.

_Mme jour_.--Dcret portant organisation du tribunal de premire
instance du dpartement de la Seine,--Autre concernant les costumes des
cours et tribunaux, des dputations admises devant l'empereur, etc.

14 _janvier_.--Dcret relatif  l'administration spciale des Tabacs.

20 _janvier_.--Dcret concernant les enfans dont l'ducation est
confie  la charit publique.

22 _janvier_.--Prise d'Olivenca, en Portugal, par le gnral Grard.

23 _janvier_,--Dcret relatif  l'tablissement d'une taxe, pour
l'entretien de la route du Mont-Cenis.

28 _janvier_,--Dcret imprial qui ordonne que le bref du pape, donn 
Savonne le 30 novembre, soit rejet comme contraire aux lois de l'empire
et  la discipline ecclsiastique.

30 _janvier_.--Dcret concernant les impositions des travaux de ponts
et chausses.

4 _fvrier_.--Dcret qui met  la disposition du ministre de la guerre
les quatre-vingt mille conscrits dont l'appel est autoris par le
snatus-consulte du 13 dcembre 1810.

19 _fvrier_.--Bataille de la Gbora entre l'arme franaise commande
par le duc de Trvise, et l'arme espagnole aux ordres des gnraux
Mendizabal, La Carrerra, et dom Caulos d'Espanna. L'ennemi est mis en
pleine droute.

21 _fvrier_.--Snatus-consulte concernant les conscrits des
arrondissemens maritimes.

22 _fvrier_.--M. de Chateaubriand est lu membre de l'Institut  la
place vacante par la mort de Chnier.

_Mme jour_.--Dcret concernant l'tablissement des maisons des
orphelins.

4 _mars_.--Le prince d'Esling, aprs avoir tenu bloque l'arme du lord
Wellington pendant prs de deux mois, n'ayant pu l'engager  recevoir
bataille, est oblig de battre en retraite par la raret des
subsistances.

5 _mars_.--Bataille de Chiclana entre l'arme anglo-espagnole du
gnral anglais Graham, et l'arme franaise aux ordres du duc de
Bellune. Cette bataille, qui avait lieu sous les murs de Cadix, alors
assige par les Franais, dlivra ceux-ci pour un temps du dangereux
voisinage des Anglais, qui, ayant beaucoup souffert dans cette journe,
furent obligs de se retrancher dans l'le de Lon.

9 _mars_.--Dcret imprial concernant les emplois dans les
administrations civiles, auxquels peuvent tre appels les militaires
admis  la retraite, ou rforms par suite d'infirmits et de blessures.

11 _mars_.--Prise de Badajoz par le marchal Mortier.

15 _mars_.--Prise de la forteresse d'Albuquerque par le duc de Trvise,
Mortier.

_Mme jour_.--Dcret imprial ordonnant des mesures pour obtenir
l'amlioration des races de btes  laines.

20 _mars_.--Naissance aux Tuileries,  neuf heures vingt minutes du
matin, de Napolon-Franois-Charles-Joseph, prince imprial, roi de
Rome.

24 _mars_.--Dcret imprial crant deux nouvelles places d'officiers
de l'empire; l'une sous le titre d'inspecteur-gnral des ctes de la
Ligunie, et l'autre sous celui d'inspecteur-gnral des ctes de la mer
du Nord.

25 _mars_.--Dcret qui tablit trois coles pratiques de marine.

28 _mars_.--Autre dcret relatif  la dotation des invalides.

12 _avril_.--Le prince d'Haztfeld complimente l'empereur sur la
naissance du roi de Rome, de la part du roi de Prusse.

22 _avril_.--La naissance du roi de Rome est clbre  Naples et 
Milan.

25 _avril_.--Lettre de l'empereur aux vques de l'empire, qui les
appelle  Paris pour la tenue d'un concile national, dans le but
principal de pourvoir au remplacement des vques, notamment
d'Allemagne, et de maintenir les principes et les liberts de l'glise
gallicane.

28 _avril_.--Dcret concernant la formation du dpartement de la Lippe.

5 _mai_.--Bataille de Fuentes-de-Onoro, entre l'arme anglo-portugaise
de lord Wellington, et celle du marchal prince d'Esling. Le succs de
cette journe reste indcis.

10 _mai_.--Dcret concernant le commerce de la France avec le Levant par
les provinces illyriennes.

16 _mai_.--Bataille d'Albuhera entre les troupes
anglo-portugo-espagnoles, aux ordres du marchal Bresford, et l'arme
du duc de Dalmatie. Les deux partis font des pertes normes, et cette
bataille reste encore indcise.

19 _mai_.--Emprunt de douze millions de francs, par le roi de Saxe,
ouvert  Paris par MM. Prgaux, Lafitte et compagnie, avec autorisation
de l'empereur.

25 _mai_.--Dcret ordonnant l'ouverture d'un canal de communication
entre la ville de Caen et la mer.

9 _juin_.--Baptme  Notre-Dame du roi de Rome, fils de l'empereur.
Grande rjouissance dans Paris.

14 _juin_.--Dfaite du gnral espagnol Espoz-y-Mina,  Sanguesa, en
Navarre, par le gnral Reille.

17 _juin_.--Ouverture du corps lgislatif par l'empereur.

18 _juin_.--Fte donne par le prfet et les membres du conseil
municipal de Paris, aux maires des bonnes villes de l'empire et du
royaume d'Italie,  l'occasion du baptme du roi de Rome.

_Mme jour_.--L'empereur nomme son oncle, le cardinal Fesch, prsident
du concile national convoqu  Paris.

_Mme jour_.--Leve du sige de Badajoz par les Anglo-Portugais et les
Espagnols.

20 _juin_.--Premire assemble gnrale du concile national.--Banquet
donn le mme jour par les maires et dputs des bonnes villes de
l'empire, au ministre de l'intrieur, au prfet de Paris, etc.

23 _juin_.--Fte donne  Saint-Cloud par l'empereur aux principales
autorits constitues de l'empire.

_Mme jour_.--Dfaite d'une division anglaise par le gnral
Latour-Maubourg au combat d'Elvas.

28 _juin_.--Prise d'assaut de la ville de Tarragone, aprs un sige de
six semaines, par le corps d'arme aux ordres du gnral Suchet.

10 _juillet_.--L'empereur, pour rcompenser le gnral Suchet de sa
belle conduite en Espagne, lui confre la dignit de marchal d'empire.

14 _juillet_--Prise du Mont-Serrat par le marchal Suchet.

26 _juillet_.--Dcret concernant la socit de la charit maternelle.

29 _juillet_.--Dcret qui ordonne le prlvement d'un million, sous le
titre de fonds spcial des embellissemens de Rome.

23 _aot_.--L'empereur reoit  St.-Cloud les dames formant le comit
central de la charit maternelle.

25 _aot_.--Dfaite de l'arme espagnole de Galice, sur l'Esla, par le
gnral Dorsenne.

28 _aot_.--Dcret imprial portant rglement sur l'entreprise des
convois funbres.

3 _septembre_.--Dcret qui proroge l'amnistie en faveur des Franais
qui ont port les armes contre leur patrie.

7 _octobre_.--Arrive de l'empereur et de l'impratrice  Anvers.

13 _octobre_.--Dcret sur les feuilles priodiques, journaux, annonces
qui pourront circuler dans les dpartemens, et dsignation des villes o
ces papiers pourront tre imprims.

14 _octobre_.--Arrive de Napolon et de Marie-Louise  Amsterdam.

25 _octobre_.--Bataille de Sagonte entre les troupes espagnoles du
gnral Blake et l'arme franaise aux ordres du marchal Suchet, qui
tenait assige la ville de Sagonte. Le gnral espagnol est mis en
droute, et oblig de renoncer  l'espoir de secourir la place.

26 _octobre_.--Reddition de Sagonte au marchal Suchet.

2 _novembre_.--Dcret qui cre dans les dpartemens de la Hollande deux
acadmies impriales.--Autre qui lve la ville de La Haye au rang des
bonnes villes, dont les maires ont le droit d'assister au couronnement.

7 _novembre_.--Dcret concernant les mesures relatives aux Franais qui
se rfugient en France aprs avoir commis un crime sur le territoire
d'une puissance trangre.--Autre sur les attributions respectives du
conseil du sceau des titres et de l'intendance gnrale du domaine
extraordinaire, relativement aux majorats et dotations.

28 _novembre_.--Dfaite des Espagnols au camp de St.-Roch par le gnral
Rey.

30 _novembre_.--Dcret relatif aux bains et sources minrales
d'Aix-la-Chapelle.

17 _dcembre_.--Dcret portant abolition de la fodalit dans les
dpartemens des Bouches-de-l'Elbe, des Bouches-du-Weser et de
l'Ems-suprieur.

21 _dcembre_.--Snatus-consulte qui met  la disposition du ministre de
la guerre cent vingt mille hommes de la conscription de 1812, pour le
recrutement de l'arme.

29 _dcembre_.--Occupation de la ville de San-Philippe en Aragon, par le
gnral Delort.

1812.

2 _janvier_.--Dcret imprial portant organisation du service des
tats-majors des places.

4 _janvier_.--Prise de la place de Tarifa en Espagne, par le gnral
Leval.

10 _janvier_.--Prise de la ville de Valence, capitale du royaume du mme
nom, par le marchal Suchet.

17 _janvier_.--Dcret qui tablit des coles pour la fabrication du
sucre.

22 _janvier_.--Dfaite des Espagnols au combat d'Altafulla en Espagne,
par le gnral Decaen.

24 _janvier_.--Dcret qui tablit dans le royaume de Valence, conquis
par le marchal Suchet, un capital en biens fonds de la valeur de
deux cent millions destins  rcompenser les services rendus par les
officiers-gnraux, officiers et soldats de l'arme d'Aragon. Par le
mme dcret, Napolon nomme le marchal Suchet duc d'Albuhera, avec
abandon des titres et revenus attachs audit duch.

_Mme jour_.--Trait d'alliance offensive et dfensive, sign entre
l'empereur Napolon et le roi de Prusse.

1er _fvrier_.--Sige et prise du fort de Peniscola en Espagne, par le
marchal Suchet.

1er _mars_.--Une arme franaise, commande par le marchal Davoust,
entre dans la Pomranie prussienne.

11 _mars_.--Ordre du jour du marchal Davoust, dat du quartier-gnral
de Stettin, pour rappeler  tous les gnraux et soldats que les
Prussiens sont les amis des Franais, et que, pendant le sjour de
l'arme en Prusse, les troupes doivent observer la plus stricte
discipline, etc., etc.

13 _mars_.--Snatus-consulte relatif  l'organisation de la garde
nationale divise en trois bans.

14 _mars_.--Trait d'alliance entre Napolon et l'Autriche, sign
 Paris, avec des articles spars, par lesquels Napolon consent
ventuellement  l'change des provinces illyriennes contre une partie
de la Gallicie, destine  tre runie au futur royaume de Pologne.

17 _mars_.--Snatus-consulte qui met  la disposition du ministre de la
guerre 60.000 hommes du 1er ban de la garde nationale, et ordonne la
leve ordinaire de la conscription.

27 _mars_.--Dcret imprial portant qu'il sera lev sur la rive gauche
de la Seine, entre le pont d'Ina et celui de la Concorde, un difice
destin  recevoir les archives de l'empire.

28 _mars_.--Capitulation militaire entre la France et la confdration
helvtique.

_Mme jour_.--L'un des corps de l'arme franaise, command par le duc
de Regio, fait son entre  Berlin. Le roi de Prusse, le prince royal
et autres princes de la cour passent en revue cette troupe et en font
l'loge.

5 _mai_.--Dcret relatif  la circulation des grains et farines.

8 _mai_.--Le roi de Westphalie, Jrme, frre de Napolon, tablit son
quartier-gnral a Varsovie.

9 _mai_.--L'empereur, accompagn de l'impratrice, part de Paris pour
aller inspecter la grande arme runie sur la Vistule.

11 _mai_.--Arrive de Napolon et de Marie-Louise  Metz.

12 _mai_.-- Mayence.

13 _mai_.-- Francfort.

17 _mai_.-- Dresde. L'empereur et l'impratrice dnent chez le roi de
Saxe. Cour de l'empereur  Dresde. Grand spectacle donn  l'Europe.
Napolon, entour de princes, de souverains, de rois, semble le monarque
du monde.

24 _mai_.--Napolon nomme M. de Pradt, ancien archevque de Malines,
ministre en Pologne.

_Mme jour_.--Lettre du prince royal de Sude, Bernadotte,  Napolon.

25 _mai_.--L'empereur permet au vieux roi d'Espagne, Charles IV, de
quitter Marseille avec sa famille, et de partir pour l'Italie, o le
climat est plus convenable  sa sant.

2 _juin_.--Napolon fait son entre  Posen, dans le grand-duch de
Varsovie.

5 _juin_.--Arrive  Prague de Napolon et de Marie-Louise.

14 _juin_.--Napolon passe la revue du septime corps de la grande arme
 Koenigsberg.

17 _juin_.--Le roi de Westphalie tablit son quartier-gnral 
Pulstuck, dans le grand-duch de Varsovie.

19 _juin_.--Quartier-imprial de Napolon  Gumbinen.

22 _juin_.--Quartier-gnral a Wilkowiski. Proclamation de Napolon  la
grande arme.--Ouverture de la campagne contre la Russie.

23 _juin_.--Arrive de l'empereur  Kowno.--Passage du Nimen par
l'arme franaise.

28 _juin_.--Prise de Wilna; Napolon y tablit son quartier-imprial. Il
cre un gouvernement provisoire du royaume de Pologne.

30 _juin_.--Le roi de Westphalie fait son entre  Grodno.

1er _juillet_.--Napolon tablit un gouvernement provisoire dans la
Lithuanie.

12 _juillet_.--Le roi de Saxe, grand-duc de Varsovie, adhre  la
confdration gnrale du royaume de Pologne.

13 _juillet_.--Passage de la Dwina par le marchal Oudinot, prs de
Dunabourg.

16 _juillet_.--L'empereur Alexandre et le gnral Barclay de Tolly
vacuent le camp retranch de la Drissa, menac d'tre tourn par les
corps de l'arme franaise.

18 _juillet_.--Combat de Sibesch entre le marchal Oudinot et le gnral
russe comte de Witgenstein.--Quartier-gnral de l'empereur  Gluboko.

19 _juillet_.--Retour de l'impratrice  Paris.

21 _juillet_.--Bataille de Castalla. Le gnral Delort taille en pices
les troupes espagnoles du gnral O'Donnell.

22 _juillet_.--Bataille de Salamanque ou des Arapiles, entre l'arme
anglo-espagnole de lord Wellington et l'arme franaise du marchal duc
de Raguse.

_Mme jour_.--Le gnral de division Loison, nomm gouverneur-gnral de
la Prusse par l'empereur Napolon, s'tablit  Koenigsberg.

23 _juillet_.--Bataille de Mohilow, o le prince Bagration, commandant
la seconde arme russe, est battu par le marchal Davoust.

_Mme jour_.--Passage de la Dwina  Byszczykowice par le corps d'arme
aux ordres du prince vice-roi d'Italie, Eugne Beauharnais.

25 _juillet_.--Dfaite  Ostrowno du corps d'arme russe aux ordres du
gnral Ostermann, par le gnral Nansouty.

27 _juillet_.--Second combat d'Ostrowno, o les Russes sont battus par
le prince vice-roi.--Retraite prcipite du gnral russe Barclay de
Tolly.--Entre des Franais  Witepsk.

_Mme jour_.--Quartier-gnral du corps d'arme autrichien, alli de la
France, aux ordres du prince de Schwartzenberg,  Nieuzwiez.

30 _juillet_.--Combat de Jakubowo, o le gnral russe Koulniew est
battu par le gnral Legrand.

1er _aot_.--Bataille d'Oboiarzina, entre le duc de Reggio et le gnral
comte de Witgenstein; la victoire, vivement dispute, reste au premier.

12 _aot_.--Bataille de Gorodeczna, o le prince de Schwartzenberg,
commandant l'aile droite de la grande arme franaise, dfait
compltement l'arme aux ordres du gnral Tormasow.

_Mme jour_.--Prise de Madrid par l'arme anglo-portugaise.

_Mme jour_.--Dfaite d'un corps russe de l'arme du gnral Barclay de
Tolly par le marchal Ney,  Krasnoi.

_Mme jour_.--Dfaite du gnral Witgenstein  Polotsk, par le marchal
Oudinot.

14 _aot_.--Quartier-gnral de l'empereur  Basasna.

16 _aot_.--Dfaite de l'arme du gnral russe Tormasow au combat de
Kobryn, par les gnraux prince de Schwartzenberg et Rgnier.

17 _aot_.--Grande bataille de Smolensk, entre l'arme franaise
commande par Napolon en personne, et les deux armes russes aux ordres
des gnraux Barclay de Tolly et prince Bagration. L'ennemi, battu sur
tous les points, est oblig encore une fois de prcipiter sa retraite.

18 _aot_.--Bataille de Polotsk, o le gnral Gouvion St.-Cyr dfait
le gnral russe Witgenstein. La belle conduite du gnral Gouvion
St.-Cyr lui vaut peu de temps aprs le bton de marchal d'empire.

19 _aot_.--Bataille de Valontina-Gora, entre les troupes du marchal
Ney et le corps d'arrire-garde aux ordres du gnral russe Korfl, que
le gnral Barclay laissait en arrire pour protger sa retraite. Les
Russes sont encore battus.

22 _aot_.--Pose  Paris, par le ministre de l'intrieur, des premires
pierres du palais de l'universit, des beaux-arts et de celui des
archives.

30 _aot_.--Quartier-gnral de Napolon  Wiasma.

7 _septembre_.--Grande et mmorable bataille de la Moskowa, livre par
l'empereur en personne. Le gnral russe Kutusow, qui venait de prendre
le commandement de tous les dbris des armes prcdemment aux ordres
des gnraux Barclay de Tolly, Bagration, Witgenstein, est battu de mme
que ses prdcesseurs. Les Russes perdent soixante pices de canon,
trente mille hommes tus ou blesss, cinq mille prisonniers, un grand
nombre de drapeaux, trente-cinq gnraux mis hors de combat, deux tus,
etc., etc.

14 _septembre_.--Entre de l'arme franaise  Moscow. L'empereur
s'tablit au Kremlin, antique palais des czars de Russie.

16 _septembre_.--Incendie gnral de Moscow, attribu par les uns 
l'ambition de son gouverneur, le prince Rostopschin; par d'autres aux
conseils et  l'influence des Anglais.

5 _octobre_.--L'empereur Napolon envoie le gnral Lauriston proposer
la paix  l'empereur Alexandre; mais le gnral Kutusow, qui voulait
la continuation de la guerre, le retient  son quartier-gnral, et
l'empche de communiquer avec Alexandre.

17 _octobre_.--Combat de Wenkowo entre les troupes du roi de Naples,
Murat, et celles du gnral Orlow-Denisow; celles-ci sont obliges de se
retirer.

_Mme jour_.--Bataille de Polotsk, entre le marchal Gouvion-St.-Cyr et
le gnral Witgenstein; elle dure trois jours; les Franais prouvent de
grandes pertes.

18 _octobre_.--Dfaite du gnral russe Tbitchagow par le gnral
Reynier, au combat d'Esen.

19 _octobre_.--L'empereur Napolon voyant qu'il n'est plus d'espoir pour
la paix, se dtermine  la retraite et sort de Moscow avec sa garde.

21 _octobre_.--Arrive de Napolon  Fomenskoi.

22 _octobre_.--Jonction des trois armes franaises en Espagne, sous
le commandement du marchal Soult.--Leve du sige de Burgos par lord
Wellington.

23 _octobre_.--Conspiration du gnral Mallet pour renverser le
gouvernement imprial. Aprs avoir arrt et conduit en prison le
ministre de la police Savary et le prfet de police Pasquier, il est
lui-mme arrt avec ses complices.

_Mme jour_.--Le marchal Mortier, avant de quitter Moscow, fait sauter
le Kremlin.

24 _octobre_.--Bataille de Maloiaroslawetz, entre le corps aux ordres du
prince vice-roi et celui du gnral Doctorow. Dfaite des Russes.

3 _novembre_.--Le prince vice-roi repousse encore une fois les Russes au
combat de Wiasma. La retraite de l'arme devient trs-difficile.

14 _novembre_.--L'empereur Napolon vacue la ville de Smolensk.

16 _novembre_.--Le prince vice-roi passe sur le ventre  une partie de
l'arme de Kutusow  Korytnea, et rejoint l'empereur  Krasnoi.

17 _novembre_.--Prise par le gnral russe Tchitchagow de la ville de
Minsk, o se trouvaient en magasin des subsistances pour cent mille
hommes, pendant six mois.

18 _novembre_.--Combat de Krasnoi. Beau mouvement rtrograde du marchal
Ney.

_Mme jour_.--Reprise de Madrid par le marchal Soult. L'arme
anglo-portugaise de lord Wellington est poursuivie l'pe dans les reins
jusqu' Ciudad-Rodrigo, en Portugal.

21 _novembre_.--L'empereur arrive  Trocha.

22 _novembre_.-- Tolotchin.

24 _novembre_.--L'arme franaise se concentre sur les bords de la
Brzina.

26 et 28 _novembre_.--Passage et bataille de la Brzina. Une plume
franaise se refuse  retracer les dsastres de ces deux terribles
journes.

29 _novembre_.--Quartier-imprial de Napolon  Kamen.

5 _dcembre_.--Napolon arrive  Smorgori; il remet le commandement
de l'arme au roi de Naples. Jusque-l il avait partag toutes les
privations de ses malheureux soldats.

9 _dcembre_.--Arrive de l'arme franaise  Wilna.

10 _dcembre_.--Arrive de l'empereur Napolon  Varsovie.

_Mme jour_.--L'arme vacue Wilna, laissant dans cette ville les
malades, qui furent presque tous massacrs par la populace russe.

14 _dcembre_.--Le marchal Ney, qui commandait l'arrire-garde, bat les
troupes de l'hetmann Platow  Kowno.

_Mme jour_.--L'empereur Napolon arrive  Dresde.

18 _dcembre_.--Retour de l'empereur  Paris.

20 _dcembre_.--Napolon reoit les flicitations de tous les corps
constitus de l'empire.

_Mme jour_.--Les dbris de l'arme franaise prennent position sur le
Nimen.

21 _dcembre_.--Message de l'empereur au snat, pour demander une leve
extraordinaire de trois cent cinquante mille hommes.

30 _dcembre_.--Capitulation du gnral Yorcke, commandant les troupes
prussiennes auxiliaires en Russie, avec le gnral russe Diebitch.
Le roi de Prusse parat d'abord dsapprouver son lieutenant, mais sa
conduite subsquente prouve bientt que Yorcke avait agi de concert avec
lui.

1813.

1er _janvier_.--Le roi de Naples, lieutenant-gnral de l'empereur,
fait vacuer Koenigsberg.

3 _janvier_.--Quartier-gnral  Elbing.

7 _janvier_.-- Marienbourg.--Proclamation du gouvernement provisoire,
tabli en Pologne par Napolon, qui appelle aux armes tous les Polonais
en tat de les porter.

11 _janvier_.--Snatus-consulte qui met  la disposition du
gouvernement une leve de trois cent cinquante mille hommes.

13 _janvier_.--vacuation de Marienverder par les Franais.

18 _janvier_.--Le roi de Naples dserte le poste qui lui avait
t confi par l'empereur, force le prince Eugne  se charger du
commandement, et quitte l'arme pour se rendre dans ses tats.

_Mme jour_.--Adresses du corps municipal de Paris et des cohortes de
la garde nationale  l'empereur; expression d'un dvouement qui ne fut
que trop mis  l'preuve.

20 _janvier_.--Investissement de la place importante de Dantzick par
les armes allies contre la France.

21 _janvier_.--Arrive  Berlin des premires colonnes envoyes de
l'intrieur de la France pour reformer la grande arme.

23 _janvier_.--Le roi de Saxe abandonne sa capitale, en dclarant par
une proclamation, que, quels que soient les vnemens, il restera fidle
 l'alliance de l'empereur Napolon.

24 _janvier_:--Concordat sign  Fontainebleau entre le pape et
Napolon.

30 _janvier_.--Le roi de Saxe appelle aux armes tous les Polonais du
grand-duch de Varsovie.

2 _fvrier_.--Snatus-consulte rendu d'aprs la demande de Napolon sur
les cas prvus par la constitution, tels que la rgence de l'empire, le
couronnement de l'impratrice et celui du prince imprial, roi de Rome.

7 _fvrier_.--L'arme franaise vacue la ligne de la Vistule.

12 _fvrier_.--Le prince vice-roi fait vacuer Posen.

13 _fvrier_.--Combat de Kalisch entre le gnral Reynier et le gnral
Wintzingerode; celui-ci est repouss avec perte.

14 _fvrier_.--L'empereur Napolon fait l'ouverture du corps
lgislatif.

15 _fvrier_.--Napolon fait don  la ville d'Erfurt de son buste en
bronze.

16 _fvrier_.--Commencement du blocus de Stettin et des autres
forteresses prussiennes occupes par les garnisons franaises.

18 _fvrier_.--Quartier-gnral du prince vice-roi a Francfort; l'arme
franaise prend ses lignes sur l'Oder.

21 _fvrier_.--Message de l'empereur au snat pour lui annoncer qu'il
a rig en principaut, sous le titre de principaut de la Moskowa, le
chteau de Rivoli, dpartement du P, et les terres qui en dpendent, en
faveur du marchal Ney, duc d'Elchingen, et ses descendans.

22 _fvrier_.--Quartier-gnral du prince vice-roi  Koepenick.

24 _fvrier_,--Convention signe  Paris entre la Prusse et le
gouvernement imprial sur la restitution des gages prcdemment donns
par la premire puissance.

27 _fvrier_.--Quartier-gnral du prince vice-roi a Schoenenberg, prs
Berlin.

4 _mars_.--vacuation de Berlin par l'arme franaise.

6 _mars_.--L'empereur Napolon ordonne la leve de la conscription de
1814 en Italie.

9 _mars_,--Quartier-gnral du prince vice-roi  Leipzick.

10 _mars_,--vacuation de Stralsund.

12 _mars_.--Les autorits franaises quittent Hambourg.--Schwerin
donne aux autres princes allemands l'exemple de renoncer  la
confdration du Rhin.

19 _mars_.--Le marchal Davoust fait sauter le pont de Dresde, et se
retire sur Leipzick, laissant le gnral Durutte avec le septime corps
pour garder cette capitale de la Saxe.

21 _mars_,--Quartier-gnral du prince vice-roi  Magdebourg.
--Arrive  Vienne du comte de Narbonne, ambassadeur de Napolon.

22 _mars_.--Entre des Russes et du gnral Blucher  Dresde.

23 _mars_,--Lettre du prince royal de Sude  Napolon; il dclare
 celui-ci l'intention de la Sude, de faire cause commune contre la
France.

24 _mars_.--L'empereur reoit une dputation du corps lgislatif.

26 _mars_.--vacuation de la nouvelle ville de Dresde par le gnral
Durutte.

30 _mars_.--Lettre-patente de Napolon, qui confre la rgence 
l'impratrice Marie-Louise.

1er _avril_,--Dclaration de guerre de Napolon contre la Prusse.

_Mme jour_.--L'arme franaise du prince vice-roi se met en ligne
derrire la Saale.

2 _avril_,--Combat de Lunebourg; le gnral Morand est bless  mort,
et sa troupe, environne de toutes parts, oblige de capituler.

3 _avril_.--Snatus-consulte qui met  la disposition du ministre de la
guerre cent quatre-vingt mille hommes, dont dix mille gardes d'honneur,
quatre-vingt mille par un nouvel appel sur le premier ban de la garde
nationale, et quatre-vingt dix mille conscrits de 1814 destins d'abord
 la dfense des ctes.--Autre snatus-consulte qui suspend le rgime
constitutionnel dans la trente-deuxime division militaire (les villes
ansatiques).

_Mme jour_.--Grande reconnaissance ordonne par le prince vice-roi
en avant de Mockern; les troupes allies sont culbutes sur tous les
points, et l'pouvante se rpand jusqu' Berlin, o l'on crut que les
Franais ne tarderaient pas a entrer.

4 _avril_.--Nouvel engagement entre les Franais et les troupes des
gnraux russe et prussien Witgenstein et Bulow; les premiers sont
repousss  leur tour.

6 _avril_.--Reprise de Lunebourg par le marchal Davoust.

8 _avril_.--Dcret imprial qui ordonne la runion en socit des
donataires auxquels ont t affects des portions du revenu des
provinces illyriennes, et la cration de cent vingt actions de deux
mille francs.

10 _avril_.--Quartier-gnral du prince vice-roi  Aschersleben, au
confluent de la Saale et de l'Elbe.

12 _avril_.--Prise de Villena en Espagne, par le marchal Suchet.

13 _avril_.--Combat de Castella, o le marchal Suchet bat les Anglais.

15 _avril_.--Napolon quitte Saint-Cloud pour se mettre  la tte de
ses armes.

16 _avril_.--Arrive de l'empereur  Mayence.

17 _avril_,--Dfaite  Sprakensbel du gnral russe Doernberg par le
gnral Sbastiani.

_Mme jour_.--Capitulation de la forteresse de Thorn.

19 _avril_.--Arrive de la grande arme russe  Dresde.

24 _avril_.--Capitulation de la forteresse de Spandau.

26 _avril_.--Capitulation de la forteresse de Czentoschau.

25 _avril_.--Arrive de l'empereur Napolon  Erfurt. Quartier-gnral
du prince vice-roi  Naumbourg.

_Mme jour_.--Combat de Weissenfels entre le marchal Ney et le gnral
Lanskoi; les Franais s'emparent de Weissenfels.

27 _avril_.--Jonction des armes franaises de l'Elbe et du Mein prs
de Naumbourg.

29 _avril_.--Quartier-gnral du prince vice-roi  Mersebourg, aprs
avoir chass les troupes qui dfendaient cette ville.

1er _mai_.--Quartier imprial de Napolon  Lutzen.-- Deuxime combat
de Weissenfels entre le marchal Ney et le gnral Wintzingerode; les
Russes sont taills en pices et obligs de se retirer derrire le
Flossgraben, pour couvrir les dfils de Pagau et de Zwenkau; les
Franais eurent  regretter le marchal Bessires, duc d'Istrie, tu par
un boulet.

2 _mai_.--Bataille de Lutzen, livre par Napolon en personne; l'arme
allie est mise an droute et oblige de battre en retraite. Les Russes
et les Prussiens avaient perdu plus de vingt mille hommes, et les
vainqueurs douze mille.

3 _mai_.--L'arme victorieuse poursuit l'ennemi sur la route de Dresde.

4 _mai_.--Elle passe la Pleiss.

5 _mai_.--La Mulda.

8 _mai_.--Elle arrive devant Dresde.

9 _mai_.--L'empereur fait jeter un pont de bateaux  Priesnitz.

11 _mai_.--Reprise de Dresde par l'arme franaise. L'empereur crit 
la marchale Bessires, duchesse d'Istrie, pour l'informer de la mort
glorieuse de son mari.

12 _mai_.--Le roi de Saxe fait sa rentre solennelle dans la capitale
de ses tats; l'empereur, qui avait t  sa rencontre, se tint  cheval
 ses cts, et le conduisit jusqu'au palais au bruit du canon, au son
des cloches et aux acclamations du peuple et des troupes.

14 _mai_.--Dcret de l'empereur dat de Dresde. Voulant donner une
preuve clatante et signale de notre satisfaction  notre bien-aim
fils le prince Eugne-Napolon, vice-roi de notre royaume d'Italie,
pour les constantes preuves d'attachement qu'il nous a donnes, et les
services qu'il nous a rendus, notre palais de Bologne et la terre de
Galliera, appartenant  notre domaine priv, sont rigs en duch, et
ledit duch de Galliera est donn en toute proprit  la princesse de
Bologne Josphine-Maximilienne-Eugne-Napolonne, fille ane du prince
vice-roi, etc.

16 _mai_.--L'empereur Napolon, vainqueur  Lutzen, offre la runion
d'un congrs  Prague pour la paix gnrale; son offre est refuse par
les souverains allis.

17 _mai_.--_Te Deum_ chant  Paris par ordre de l'impratrice rgente,
en actions de grce, pour la victoire remporte  Lutzen.

18 _mai_.--Napolon part de Dresde pour se mettre  la tte de son
arme en Lusace.

_Mme jour_.--Retour du prince vice-roi en Italie. L'empereur, qui
prvoyait la prochaine dfection de l'empereur d'Autriche, avait charg
son fils adoptif d'organiser une arme dfensive en Italie.

20 _mai_.--Bataille de Bautzen, perdue par les allis.

21 _mai_.--Bataille de Wurtchen, perdue par les allis; l'empereur
Napolon et l'empereur Alexandre commandaient en personne dans ces deux
journes.

_Mme jour_.--Par un dcret dat du champ de bataille de Wurtchen,
Napolon ordonne l'rection d'un monument sur le Mont-Cenis, destin 
transmettre  la postrit la plus recule le gnreux dvouement du
peuple franais, dont douze cent mille enfans s'taient levs en 1813
pour dfendre les frontires de la patrie menaces par l'ennemi.
Vingt-cinq millions de francs taient consacrs a l'rection de ce
monument.

22 _mai_.--Combat de Reichenbach, entre l'arrire-garde de l'arme
russe commande par le gnral Miloradowitch, et le septime corps
de l'arme franaise, aux ordres du gnral Reynier. Les Russes sont
culbuts; mais les Franais perdent le grand-marchal du palais, Duroc,
ami fidle et sujet dvou de l'empereur.

23 _mai_.--Le gnral Reynier culbute de nouveau les Russes au combat
de Gorlitz.

26 _mai_.--Le gnral Maison est repouss avec perte dans une attaque
contre la ville d'Hanau.

28 _mai_.--Combat de Sprottau, o le gnral Sbastiani s'empare d'un
nombreux convoi ennemi.

_Mme jour_.--Le marchal Oudinot fait fuir devant lui les allis, au
combat de Heyerswerda.

29 _mai_.--Le comte de Schouvalow, aide-de-camp de l'empereur de
Russie, et le gnral prussien Kleist se rendent auprs de l'empereur
pour lui demander un armistice au nom de leurs souverains.

4 _juin_.--L'armistice demand par l'empereur Alexandre et le roi de
Prusse est accord jusqu'au 20 juillet par Napolon, Il ritre son
offre d'un congrs  Prague pour une pacification gnrale, et
propose de s'en rapporter a la mdiation de son beau-pre, l'empereur
d'Autriche.

7 _juin_.--Le marchal Davoust impose une contribution extraordinaire
de quarante-huit millions  la ville de Hambourg.

10 _juin_.--Retour de Napolon  Dresde.

12 _juin_.--Le marchal Suchet bat les Anglais sous les murs de
Tarragone, et les force de lever le sige de cette place.

13 _juin_.--L'impratrice-rgente assiste au _Te Deum_ chant dans
l'glise Notre-Dame,  l'occasion de la victoire remporte par l'arme
franaise  Wurtchen.

_Mme jour_.--Dfaite de l'arme anglo-espagnole commande par le
gnral Elio, par le marchal Suchet, au combat de Xucar.

14 _juin_.--L'arme franaise en Espagne, dont le roi Joseph venait de
prendre le commandement, se retire sur l'Ebre.

18 _juin_. Dcret de Napolon qui ordonne de former une liste des
absents dans la trente-deuxime division militaire.

21 _juin_.--Bataille de Vittoria entre l'arme anglo-espagnole de
lord Wellington et celle des Franais du roi Joseph, commande par le
marchal Jourdan; elle est perdue par la faute des gnraux franais,
et bientt, par ses rsultats, va ouvrir le chemin de la France aux
Anglais.

23 _juin_.--Retraite de l'arme franaise d'Espagne sur la France.

26 _juin_.--L'empereur ordonne au marchal Davoust d'imposer a la ville
de Lubeck une contribution extraordinaire de six millions.

27 _juin_.--L'arme franaise d'Espagne, aprs avoir pass sans tre
inquite les gorges de Roncevaux et la valle de Bastan, rentre sur le
territoire franais.

_Mme jour_.--Prise du fort de Requena en Espagne, par le gnral
Harispe, sur le gnral Elio.

30 _juin_.--Convention signe entre l'empereur Napolon et l'empereur
d'Autriche, par laquelle celui-ci s'engage  faire prolonger l'armistice
accord a l'empereur de Russie et au roi de Prusse jusqu'au 10 aot.

1er _juillet_.--Snatus-consulte qui ordonne que celui du 3 avril 1813,
portant suspension pendant trois mois du rgime constitutionnel dans
les dpartemens de l'Ems-Suprieur, des Bouches du Weser et des
Bouches-de-l'Elbe, composant la trente-deuxime division militaire, est
prorog pendant trois mois,  compter du 15 juillet courant.

12 _juillet_.--Arrive  Baonne du marchal Soult, duc de Dalmatie,
avec le titre de lieutenant-gnral de l'empereur en Espagne.

20 _juillet_.--L'arme franaise d'Espagne reprend l'offensive.

25 _juillet_. Combat trs-vif sous les murs de St.-Sbastien, entre les
Anglais qui assigeaient cette ville sous les ordres du gnral Graham,
et la garnison commande par le gnral Ney. Les Anglais sont repousss
avec une grande perte.

26 _juillet_.--Napolon part de Dresde pour se rendre  Mayence.

27 _juillet_,--Bataille de Cubry, entre le duc de Dalmatie et
Wellington; le premier est oblig de battre en retraite.

28 _juillet_.--Arrive de Napolon  Mayence et du gnral Caulincourt,
duc de Vicence, ministre plnipotentiaire  Prague.

29 _juillet_.--Note prsente par les plnipotentiaires de France, le
duc de Vicence et le comte de Narbonne, tendante  ce que le congrs
pour la paix ft immdiatement ouvert  Prague pour la runion effective
des ministres et la vrification rciproque des pouvoirs.

31 _juillet_.--Combat d'Irun entre Wellington et le duc de Dalmatie; il
reste sans rsultat.

6 _aot_.--Retour de Napolon  Dresde.

10 _aot_.--Le comte de Metternich, aprs avoir gagn du temps en
trompant par de fausses promesses les plnipotentiaires franais,
dclare enfin au duc de Bassano que l'armistice tant expir, on ne peut
plus ouvrir de congrs.

12 _aot_.--Le duc de Bassano reoit du comte de Metternich la
dclaration de guerre de l'empereur d'Autriche contre son gendre.

13 _aot_.--Le prince Eugne, vice-roi d'Italie, prend le commandement
de l'arme franaise en Italie.

14 _aot_.--Arrive du roi de Naples, Joachim Murat.

15 _aot_.--Napolon part de Dresde pour se mettre  la tte de son
arme, en Silsie.

17 _aot_.--Reprise des hostilits en Allemagne et en Italie.

18 _aot_.--Quartier-gnral de l'empereur  Gorlitz..

_Mme jour_.--Le marchal Suchet fait sauter les fortifications de
Tarragone en Espagne.

19 _aot_.--L'arme franaise pntre dans la Bohme.

21 _aot_.--Quartier-gnral de l'empereur  Lowender.--Combat de
Trbine, o le duc de Reggio culbute tous les avant-postes de l'arme du
prince royal de Sude (Bernadotte).

22 _aot_.--Plusieurs combats livrs par les divers corps de l'arme
de Silsie, presque tous au dsavantage des Franais.--L'empereur
retourne avec sa garde  Dresde, menac par la grande arme allie.

23 _aot_.--Combat de Golberg, o le gnral Lauriston repousse avec
une grande perte les troupes du gnral Blucher.

_Mme jour_.--Combat de Gross-Beeren, entre le corps d'arme du duc de
Reggio et les troupes de Bernadotte; celui-ci reste vainqueur, et met
par cette victoire Berlin  l'abri de toute attaque.

24 _aot_.--Snatus-consulte qui met  la disposition du ministre de la
guerre trente mille hommes pris dans les classes de 1814, 1813, 1812 et
antrieures, dans vingt-quatre dpartemens du Midi.

25 _aot_,--Quartier-gnral de l'empereur  Stolpen. Napolon laisse
le commandement de son arme de Lusace au marchal Macdonald et se rend
 Dresde.

26 _aot_.--Combat livr sous les murs de Dresde, et sous les jeux de
Napolon, entre les troupes allies aux ordres du prince autrichien
Schwartzenberg, et celles commandes par le marchal Gouvion St.-Cyr;
l'ennemi est repouss avec une grande perte.

_Mme jour_.--Bataille de la Katzbach, entre le marchal Blucher,
commandant les troupes prussiennes, et l'arme de Silsie, que Napolon
avait laisse aux ordres du marchal Macdonald; celui-ci est complment
battu par le premier.

27 _aot_.--Bataille de Dresde, livre par l'empereur  la grande
arme allie, commande par l'empereur Alexandre et le prince de
Schwartzenberg. L'ennemi est battu sur tous les points; il perd quarante
mille hommes, dont dix-huit mille prisonniers, presque tous Autrichiens,
vingt-six pices de canons, cent trente caissons et dix-huit drapeaux.
C'est dans cette journe que le gnral Moreau, honteusement arriv
d'Amrique au secours des ennemis de sa patrie, fut frapp d'un boulet
qui le fit mourir quelques jours aprs.

30 _aot_.--Bataille de Kulm; l'arme du prince de Schwartzenberg,
dans sa retraite aprs la bataille de Dresde, rencontre  Kulm le corps
d'arme du gnral Vandamme, l'environne avec des forces quadruples et
lui fait abandonner toute son artillerie, le gnral Vandamme ayant t
oblig de se faire jour les armes  la main, aprs une perte de plus de
dix mille hommes.

31 _aot_.--vacuation de la ville de St.-Sbastien en Espagne par les
Franais. Les Anglais, aprs tre entrs dans cette malheureuse cit,
y commettent des horreurs dont les annales de la guerre offrent peu
d'exemples, et dont cette nation barbare tait seule capable dans un
sicle de civilisation.

1er _septembre_,--Retraite de l'arme franaise du marchal Soult sur
la Bidassoa.

3 _septembre_.--L'empereur part de Dresde pour se rendre en Lusace.

6 _septembre_.--Bataille de Jutterbogk entre le prince royal de Sude
et le marchal Ney, qui venait de remplacer le duc de Reggio. Encore
moins heureux que celui-ci, Ney se laisse battre compltement, perd dix
mille hommes, vingt-cinq pices de canon, et est oblig de rorganiser
entirement son corps d'arme.

9 _septembre_.--Napolon retourne  Dresde.

14 _septembre_.--L'empereur bat les allis au combat de Geyersberg.

15 _septembre_.--Napolon force le gnral Wittgenstein  se replier
sur Kulm.

21 _septembre_.--Retour de l'empereur  Dresde.

4 _octobre_.--Message de l'empereur Napolon au snat, annonant qu'il
est en guerre avec l'Autriche.

7 _octobre_.--Sance solennelle du snat, prside par
l'impratrice-rgente; elle y prononce un discours, dont le but est
d'encourager la nation  dfendre son territoire contre les ennemis
dont, dit-elle, elle connat mieux que personne toutes les mauvaises
intentions, et finit par demander une leve de deux cent quatre-vingt
mille conscrits.

7 _octobre_.--Napolon se porte de Dresde  la rencontre des deux
armes commandes par Blucher et le prince de Sude.

8 _octobre_.--L'arme franaise du marchal Soult passe la Bidassoa.

9 _octobre_.--Capitulation de la citadelle de Saint-Sbastien.

12 _octobre_.--L'ennemi, qui s'tait repli a l'approche de Napolon,
est battu  Dessau par le prince de la Moskowa.

14 _octobre_.--Combat de Wachau, o l'empereur fait replier tous les
postes du prince de Schwartzenberg.

_Mme jour_.--Snatus-consulte qui dclare que la France ne conclura
aucun trait de paix avec la Sude, sans qu'au pralable celle-ci n'ait
renonc  la possession de l'le franaise de la Guadeloupe.

16 _octobre_.--Bataille de Wachau, gagne par Napolon sur les troupes
allies, commandes par le prince de Schwartzenberg, gnral en chef de
toutes les troupes armes contre la France.

17 et 18 _octobre_.--Bataille de Leipsick. Napolon, environn par des
forces plus que doubles, puise en vain toutes les ressources de son
gnie pour retenir la victoire; pour la premire fois, depuis qu'il
commandait les armes, elle lui chappe dans une bataille range. Il
faut dire cependant,  la gloire de Napolon, et surtout des soldats
franais, que, sans l'infme trahison des troupes saxonnes, il est plus
que probable que la bataille de Leipsick et t le complment de la
renomme militaire de l'empereur, au lieu d'tre le commencement de tous
les dsastres qui ont amen sa chute.

19 _octobre_.--Retraite de l'arme franaise.

20 _octobre_.--L'arme franaise arrive  Weissenfels.

21 _octobre_.-- Freybourg.

22 _octobre_.--A Ollendorff, o elle culbute les cosaques de Platow.

23 _octobre_.--Quartier-gnral de l'empereur  Erfurt.

25 _octobre_.--Dcret de Napolon au quartier-imprial de Goeta, qui
convoque le corps lgislatif pour le 2 dcembre prochain.

30 _octobre_.--Bataille de Hanau. L'arme franaise, poursuivie par les
allis, et arrte dans sa marche par l'arme de Bavire, qui venait
aussi de se dclarer contre la France, est encore oblige de livrer
bataille. Elle passe sur le ventre du gnral de Wrede, qui commandait
les Bavarois, lui tue six mille hommes, lui fait quatre mille
prisonniers, et continue sa retraite en bon ordre.

31 _octobre_.--Le duc de Raguse, qui formait l'arrire-garde, attaque
lui-mme le gnral de Wrede  Hanau, le culbute encore, et l'oblige 
rtrograder.

1er _novembre_.--Le prince vice-roi, aprs s'tre dfendu avec honneur
contre les forces suprieures qui l'attaquaient en Italie, est oblig de
repasser la Brenta et l'Adige.

2 _novembre_.--L'empereur et l'arme franaise passent le Rhin 
Francfort.

9 _novembre_.--Arrive de l'empereur  Paris.

11 _novembre_.--Le marchal Gouvion Saint-Cyr capitule dans Dresde. Les
allis ont l'infamie de rompre la capitulation, et rendent ainsi inutile
pour la France une arme de prs de trente mille hommes.

15 _novembre_.--L'arme d'Italie met en fuite la gauche des Autrichiens
an combat de Caldiero.

_Mme jour_.--Snatus-consulte qui proroge les pouvoirs de la srie des
dputs au corps lgislatif qui devaient en sortir.--Autre qui donne 
Napolon le droit de nommer le prsident du corps lgislatif.

16 _novembre_.--Snatus-consulte qui met  la disposition du
gouvernement les trois cent mille conscrits demands par l'impratrice,
et qui devront tre pris sur les classes de 1802, 1803 et annes
suivantes jusques et compris 1814.

18 _novembre_,--Les Autrichiens sont de nouveau battus au combat de
San-Michele en Italie.

_Mme jour_.--Le marchal Soult est repouss dans ses lignes au camp de
Sarre.

27 _novembre_.--Reprise de Ferrare par le prince vice-roi sur les
Autrichiens.

5 _dcembre_.--Capitulation de Stettin.

8 _dcembre_.--Combat de Rovigo en Italie, o les Autrichiens sont
battus par le gnral Marcognet.

11 _dcembre_.--Trait sign  Valenay entre Napolon et Ferdinand
VII, par lequel celui-ci s'engage  faire vacuer l'Espagne par l'arme
britannique, et  ne perscuter aucun des Espagnols qui ont pris parti
pour le roi Joseph.

13 _dcembre_.--Bataille de Saint-Pierre d'Irube perdue par le marchal
Soult.

16 _dcembre_.--Dcret de Napolon ordonnant la formation de trente
cohortes de la garde nationale pour la garde des places fortes.

19 _dcembre_.--Ouverture du corps lgislatif par l'empereur.

21 _dcembre_.--Dcret communiqu au snat et au corps lgislatif,
par lequel une commission extraordinaire est nomme pour prendre
communication de la ngociation qui a eu lieu avec les puissances
allies.

25 _dcembre_.--Commencement du sige d'Huningue par les allis.

26 _dcembre_.--Capitulation de Torgau.

27 _dcembre_.--Dcret imprial qui nomme vingt snateurs commissaires
extraordinaires dans les dpartemens.

29 _dcembre_.--Capitulation de la ville de Dantzick aprs deux mois de
sige.

30 _dcembre_.--L'empereur reoit dans la salle du trne une dputation
du snat, qui lui prsente une adresse de remerciement pour la
communication faite le 22.

31 _dcembre_.--Napolon, irrit du rapport fait par la commission du
corps lgislatif, apostrophe vivement les membres de celte commission,
et dissout le corps lgislatif lui-mme.

1814.

1er _janvier_.--Dcret imprial qui ajourne la session lgislative.

2 _janvier_.--Rception solennelle, dans la salle du trne, du snat,
du corps lgislatif, et de toutes les autorits suprieures de l'tat.

3 _janvier_.--Dcret imprial en faveur des juifs de Paris.

6 _janvier_.--Les allis, aprs avoir viol la neutralit de la Suisse,
commencent  pntrer en France.

9 _janvier_.--Dcret de Napolon, qui appelle  un service actif la
garde nationale de Paris, et s'en dclare le commandant en chef.

11 _janvier_.--Joachim Murat, mu par la plus lche ingratitude, signe
 Naples un traite d'alliance avec l'Autriche contre son bienfaiteur
Napolon.

14 _janvier_,--Quartier-gnral  Lyon du marchal Augereau, commandant
du corps d'arme franaise sur le Rhne.

21 _janvier_.---Dcret imprial pour la formation de douze rgimens de
voltigeurs et de tirailleurs de la jeune garde.

22 _janvier_.--Arrive  Chtillon du duc de Vicence en qualit de
ministre plnipotentiaire de Napolon.

24 _janvier_.--Lettre-patente de Napolon, et snatus-consulte qui
confrent  l'impratrice Marie-Louise la rgence de l'empire pendant
l'absence de son mari.

_Mme jour_.--Napolon fait ses adieux a la garde nationale de Paris
dans la personne de ses officiers, convoqus  cet effet au chteau des
Tuileries, et recommande avec chaleur et dignit son pouse et son fils
au courage et au dvouement des dfenseurs de la capitale.

_Mme jour_.--Le gnral Carnot crit  l'empereur pour lui demander du
service.

25 _janvier_,--Napolon part de Paris pour se mettre  la tte de ses
armes.

26 _janvier_.--Quartier-gnral de l'empereur  Vitry.

29 _janvier_.--Combat de Brienne entre l'arme franaise et celle
des allis aux ordres du prince de Schwartzenberg; Napolon remporte
l'avantage.

1er _fvrier_.--Bataille de la Rothire entre Napolon et les deux
armes allies du prince de Schwartzenberg et du gnral Blucher; elle
est perdue par Napolon.

3 _fvrier_.--Retraite de l'arme franaise sur Troyes.

7 _fvrier_.--Retraite de l'arme franaise sur Nogent.

8 _fvrier_.--Bataille du Mincio en Italie, gagne par le prince
vice-roi sur le gnral autrichien Bellegarde.

9 _fvrier_.--Organisation de la garde nationale sdentaire de Paris.

_Mme jour_.--Napolon concentre ses forces  Szanne.

10 _fvrier_:--Combat de Champ-Aubert entre deux divisions de l'arme
franaise et le corps d'arme allie aux ordres du gnral russe
Alsusiew; celui-ci est battu et fait prisonnier.

11 _fvrier_,--Bataille de Montmirail; le gnral Blochet est battu 
son tour.

12 _fvrier_.--Combat de Chteau-Thierry a l'avantage des Franais.

_Mme jour_.--Autre combat de Vaux-Champ; le gnral Blucher est
encore battu et oblig d'abandonner une partie de ses quipages pour
s'chapper. L'arme de Silsie, qu'il commandait, est oblig de repasser
la Marne.

14 _fvrier_.--Combat de Soissons. Le gnral russe Wintzingerode
s'empare de cette ville.

15 _fvrier_.--Les marchaux Macdonald, Victor et Oudinot concentrent
leurs corps d'arme sur l'Hires,  cinq lieues de Paris.

16 _fvrier_.--Napolon, instruit des dangers que court la capitale,
arrive  marche force sur Guignes; au secours des marchaux menacs par
le prince de Schwartzenberg.

_Mme jour_.--Combats de Mormant et de Valzouan, perdus, le premier par
les allis, le second par le duc de Bellune.

18 _fvrier_.--Bataille de Montereau, gagne par l'empereur sur la
grande arme allie.

22 _fvrier_.--Combat de Mry-sur-Seine, gagn par le duc de Reggio.

23 _fvrier_.--Reprise de Troyes par l'arme franaise.

24 _fvrier_.--Les souverains allis font  Napolon la demande d'un
armistice, et consentent enfin  nommer des plnipotentiaires pour
ngocier de la paix au congrs de Chtillon.

26 _fvrier_,--L'arme de Silsie du marchal Blucher s'avance vers
Paris par la valle de la Marne.

27 _fvrier_.--Combat de Meaux, gagn par le marchal duc de Raguse.

_Mme jour_.--Combats de Bar et de la Fert, perdus par le marchal
Macdonald contre le prince de Schwartzenberg.

_Mme jour_.--Bataille d'Orthez, perdue par le marchal Soult.

28 _fvrier_.--Combat de Gu--Trme, gagn contre le gnral Blucher
par les marchaux duc de Trvise et de Raguse. Blucher est oblig de
suspendre sa marche sur Paris.

1er _mars_.--Combat de Lizy, gagn par les marchaux Mortier et
Marmont. Blucher est oblig de battre en retraite.

2 _mars_.--Napolon marche sur les derrires de l'arme du gnral
Blucher.

_Mme jour_.--Combat de Bar-sur-Seine, perdu par le marchal Macdonald.

3 _mars_.--Combat de Neuilly-Saint-Front; le marchal Blucher, vaincu
de nouveau, prcipite sa retraite.

4 _mars_.--Combat de Saint-Parre, perdu par le marchal Macdonald.

5 _mars_.--Reprise de Reims sur les allis par le gnral Corbineau.

_Mme jour_.--Secret qui appelle  l'arme six mille gardes nationaux
de l'Aisne, et trois mille de la Marne.

6 et 7 _mars_.--Bataille de Craone, gagne par l'empereur sur le
marchal Blucher.

9 et 10 _mars_.--Bataille de Laon livre par Napolon avec trente mille
hommes contre cent mille; elle est perdue par lui.

11 _mars_.--Retraite de l'arme franaise sur Soissons.

_Mme jour_.--Rupture des confrences tenues  Lusigny pour traiter
d'un armistice.

12 _mars_.--Combat de Reims; le gnral comte de Saint-Priest, franais
qui servait dans les rangs ennemis contre sa patrie, y est tu.

_Mme jour_.--Occupation de Bordeaux par les Anglo-Espagnols.

14 _mars_.--Poursuite des allis sur Bry-au-Bac.

16 _mars_.--Retraite du marchal Soult sur Tarbes.

17 _mars_.--L'empereur part de Reims, et fait avancer son arme sur
l'Aube.

_Mme jour_.--Retraite du marchal Macdonald sur Provins.

19 _mars_.--Combat de Fre-Champenoise, gagn par l'empereur.

_Mme jour_.--Rupture du congrs de Chtillon.

20 _mars_.--Bataille d'Arcis-sur-Aube, gagne par Napolon.

_Mme jour_.--Bataille de Limonest entre le marchal Augereau et le
prince de Hesse-Hombourg; elle reste indcise.

21 _mars_.--Le marchal Augereau vacue Lyon et se retire sur l'Isre.

23 _mars_.--L'empereur, avec ses principales forces, marche sur
Saint-Dizier.

25 _mars_.--Double combat de Fre-Champenoise; les marchaux ducs de
Trvise et de Raguse sont battus.

26 _mars_.--Combat de Saint-Dizier; le gnral Wintzingerode est battu
par Napolon.

_Mme jour_.--Combats de Szanne et de Chailly, perdus par les
marchaux Mortier et Marmont.

28 _mars_.--L'impratrice Marie-Louise et le roi de Rome, suivis des
ministres, etc., quittent Paris et se retirent  Blois.

29 _mars_.--Passage de la Marne par les deux armes runies du marchal
Blucher et du prince de Schwartzenberg.

_Mme jour_.--L'empereur part de Troyes et court en poste sur Paris.

30 _mars_.--Bataille de Paris, perdue par le duc de Raguse.

31 _mars_.--Capitulation signe par le duc de Raguse; par ce seul fait
il livre Paris et dtruit le gouvernement imprial.

_Mme jour_.--L'empereur apprend  la Cour-de-France la capitulation
qui livrait sa capitale  l'ennemi.

1er _avril_.--Occupation de Paris par les allis.

3 _avril_.--Le snat dcrte la dchance de Napolon Bonaparte.

_Mme jour_.--L'empereur fait  Fontainebleau une premire abdication
en faveur de son fils sous la rgence de l'impratrice Marie-Louise.

4 _avril_.--Snatus-consulte qui dlie le peuple franais de son
serment de fidlit envers Napolon.

7 _avril_.--Ridicule constitution improvise par le snat.

10 _avril_.--Bataille de Toulouse entre le marchal Soult et lord
Wellington; elle reste indcise.

11 _avril_.--Trait conclu  Paris entre les puissances allies et
l'empereur Napolon. Celui-ci obtient la souverainet de l'le d'Elbe et
deux millions de revenus payables par la France.

19 _avril_.--Entrevue de l'impratrice Marie-Louise et de l'empereur
d'Autriche, son pre, au chteau du Petit-Trianon,  Versailles.

20 _avril_.--Napolon part de Fontainebleau pour se rendre  l'le
d'Elbe.

23 _avril_.--Il arrive  Beaune.

24 _avril_.--Il rencontre prs de Valence le marchal Augereau;
celui-ci insulte grossirement son ancien bienfaiteur.

25 _avril_.--Napolon arrive  Orange.

26 _avril_.--Il couche prs de Luc dans la campagne de sa soeur Pauline
Borghse.

27 _avril_.--Il arrive  Frjus.

28 _avril_.--Il s'embarque sur la frgate anglaise l'_Indompte_.

3 _mai_.--Napolon dbarque  Porto-Ferrajo, prend possession de l'le
d'Elbe, dernier dbris de sa vaste domination.

1815.

26 _fvrier_.--Napolon donne  sa garde l'ordre de se tenir prte 
quitter l'le d'Elbe.  huit heures du soir il s'embarque lui-mme sur
le brick l'_Inconstant_, et s'crie: _le sort en est jet_! L'ordre est
donn de voguer vers la France.

27 _fvrier_.--Napolon communique  sa garde le secret de
l'expdition: _grenadiers_, leur dit-il, _nous allons en France, nous
allons  Paris_.

1er _mars_.--Napolon et sa petite troupe dbarquent au golfe Juan 
cinq heures du soir. C'est de l qu'il adresse  l'arme et au peuple
franais ces deux fameuses adresses qui firent voler le drapeau
tricolore de clochers en clochers jusqu' Notre-Dame; Napolon y prenait
le titre d'empereur, qui lui avait t conserv par le trait de Paris.

3 _mars_.--L'empereur couche au village de Cerenon, aprs avoir
travers sans obstacle Cannes et Grasse. Il avait fait, ainsi que sa
garde, vingt lieues dans cette premire journe.

3 _mars_.--Il arrive  Barme.

4 _mars_.-- Digne.

5 _mars_.-- Gap. Le gnral Cambronne, commandant l'avant-garde,
s'empare de la forteresse de Sisteron.

_Mme jour_.--La nouvelle du dbarquement de Napolon, transmise par le
tlgraphe, arrive  Paris et rpand la terreur et l'effroi.

6 _mars_.--L'empereur couche  Gap.

_Mme jour_.--Ordonnance du roi, qui met  prix la tte de Napolon, et
ordonne  tout Franais de lui courir sus. Autre ordonnance qui
convoque extraordinairement la Chambre des pairs et celle des
dputs.--Monsieur, comte d'Artois et le duc d'Orlans partent pour
Lyon.

8 _mars_.--Napolon est reu dans la ville de Grenoble. Un dtachement
de soldats, qui gardait les approches de cette ville, avait refus de
laisser passer son avant-garde; Napolon marche droit au dtachement,
suivi de sa garde, arme baisse: _Eh! quoi mes amis_, leur dit-il, _vous
ne me reconnaissez pas. Je suis votre empereur; s'il est parmi vous un
soldat qui veuille tuer son gnral, son empereur, il le peut; me voil_
(en effaant sa poitrine).

9 _mars_.--Napolon couche  Bourgoin.

_Mme jour_.--Ordonnance du roi qui remet en activit tous les
militaires en semestre, etc.

10 _mars_.--L'empereur est reu  Lyon comme il l'avait t  Grenoble.

11 et 12 _mars_.--Napolon sjourne  Lyon, et y rend plusieurs dcrets
par lesquels il dissolvait les chambres du roi et sa maison militaire,
ordonnait aux migrs rentrs  la suite du roi, de sortir de France
dans un dlai donn, abolissait la noblesse et les titres fodaux,
convoquait les collges lectoraux en assemble extraordinaire du
Champ-de-Mai, etc., etc.

13 _mars_.--Napolon couche  Mcon.

_Mme jour_.--Le prince de la Moscowa, marchal Ney, prend le parti de
l'empereur  Lons-le-Saulnier.

_Mme jour_.--Dclaration des souverains allis sur le retour de
Napolon en France.

14 _mars_.--Napolon couche  Chlons.

15 _mars_.-- Autun.

_Mme jour_.--Le roi et toute la famille royale prtent serment
de fidlit  la Charte au milieu des deux chambres convoques
extraordinairement.

16 _mars_.--L'empereur couche  Avalon.

17 _mars_.--Il arrive  Auxerre.

19 _mars_.--Il quitte Auxerre pour se rendre a Fontainebleau.

_Mme jour_,--Le roi et toute la famille royale quittent Paris au
milieu de la nuit.

20 _mars_.--L'empereur arrive le matin  Fontainebleau; le soir,  neuf
heures, il fait son entre dans la capitale.

21 _mars_.--Napolon passe en revue les troupes prsentes  Paris, et
dans la harangue qu'il prononce dans cette circonstance, il s'attache 
flatter galement le peuple et le soldat.

_Mme jour_.--Il nomme les diffrens ministres.

21 _mars_.--L'empereur reoit les diverses autorits: par l'effet de
cette versatilit de l'esprit, qui ne justifie que trop le mpris de
Napolon pour les hommes, la plupart de ceux qui l'avant-veille avaient
encore jur de rester fidles au roi, venaient fliciter l'empereur sur
son heureux retour.

24 _mars_.--Dcret qui supprime la censure, les censeurs et la
direction de la librairie.

_Mme jour_.--Arrive  Paris de Joseph Bonaparte, frre de l'empereur.

25 _mars_.--Trait de Vienne, par lequel les puissances allies
s'engagent  ne point dposer les armes tant que Napolon serait sur le
trne de France.

_Mme jour_.--Dcret de Napolon, qui ordonne aux ministres et
officiers civils et militaires de la maison du roi et de celles des
princes, ainsi qu'aux chefs des Chouans, des Vendens et des volontaires
royaux, de s'loigner  trente lieues de Paris.

26 _mars_.--Grande rception aux Tuileries. L'empereur prononce un
discours o l'on remarque ce passage. _Tout a la nation, et tout pour la
France; voil ma devise_.

_Mme jour_.--Dclaration du conseil-d'tat, tendant  prouver la
nullit de l'abdication de Fontainebleau.

27 _mars_.--Grande revue aux Tuileries. L'empereur annonce lui-mme aux
troupes que le roi et toute la famille royale ont quitt le territoire
franais.

_Mme jour_.--Adresse des ministres  l'empereur.

29 _mars_.--Dclaration du conseil d'tat en rponse  celle des
puissances allies du 13.

30 _mars_,--Circulaire du ministre des relations extrieures,
Caulaincourt, duc de Vicence, aux ambassadeurs, ministres, et autres
agens de France  l'extrieur.

31 _mars_.--Joachim Murat, roi de Naples, se dclare pour son
beau-frre Napolon, et appelle les Italiens  l'indpendance.

1er _avril_.--Dcrets qui annulent les ordonnances du roi, relatives
aux thtres, au Conservatoire,  l'Htel des Invalides, etc.

2 _avril_.--Dcret portant abolition de la traite des Ngres,
--Napolon reoit l'Institut aux Tuileries.

_Mme jour_.--La duchesse d'Angoulme est contrainte de quitter
Bordeaux.

3 _avril_.--Le gnral Clausel prend possession de Bordeaux au nom de
l'empereur, et fait arborer la cocarde tricolore dans cette ville.

_Mme jour_.--Lettre de l'empereur aux divers souverains d'Europe.

4 _avril_.--Lettre du ministre de la police gnrale  tous les prfets
de l'Empire.

7 _avril_.--Dcret imprial concernant la garde nationale,--Autre,
sur une nouvelle organisation de la police gnrale.

8 _avril_.--Convention signe au Pont St.-Esprit, entre le duc
d'Angoulme et le gnral Grouchy. Le prince consent  tre conduit 
Cette, pour s'y embarquer.

_Mme jour_.--Dcret imprial relatif  la famille des Bourbons.

10 _avril_.--Dcret imprial qui lve  la dignit de marchal
d'empire les gnraux Grouchy, Bertrand, Drouot, d'Erlon, Belliard et
Grard.

11 _avril_.--Dcret qui ordonne que tout fonctionnaire civil et
militaire renouvellera le serment de fidlit  l'empereur.

15 _avril_.--Rapport du ministre des relations extrieures  l'empereur
sur les dispositions hostiles des puissances, sur la rupture des
communications entre elles et l'empire franais.

16 _avril_.--Autre rapport du ministre de la police gnrale 
l'empereur, sur la situation intrieure de la France, et circulaire du
mme aux prfets.

_Mme jour_.--Dcret portant que l'assemble du Champ-de-Mai, convoque
pour le 26 du mois suivant, sera compose des membres de tous tes
collges lectoraux des dpartemens et d'arrondissemens de l'empire, et
des dputations nommes par tous les corps d'arme de terre et de mer.
Autre dcret pour l'organisation d'un ou plusieurs corps francs par
dpartement.--Autre, qui augmente de douze membres la classe des
beaux-arts (4 de l'Institut.)

22 _avril_.--Promulgation de l'acte additionnel aux constitutions de
l'empire.

30 _avril_.--Dcret sur le renouvellement des autorits municipales.

6 _mai_,--Lettre du ministre de la guerre aux prfets.

7 _mai_.--Nouveau rapport du ministre de la polic gnrale sur la
situation de l'empire.

9 _mai_.--Dcret de Napolon sur le rapport ci-dessus.

10 _mai_.--Arrive a Paris du prince Lucien Bonaparte, frre de
l'empereur.

24 _mai_.--Prsentation des confdrs de Paris  l'empereur.

28 _mai_.--Pacte fdratif des Parisiens.

1er _juin_.--Solennit du Champ-de-Mai au Champ-de-Mars. L'empereur y
fait un discours et distribue les aigles impriales  l'arme et  la
garde nationale. D'aprs le recensement des votes mis a Paris et
dans les dpartemens, l'acte additionnel du 22 avril est proclam
_constitution de l'tat_.

3 _juin_.--Ouverture des deux chambres (des pairs et des reprsentans).
M. Lanjuinais est nomm par l'empereur prsident de la chambre des
reprsentans.

4 _juin_.--Grandes ftes et rjouissances publiques  Paris pour
clbrer l'acceptation de l'acte additionnel aux constitutions de
l'empire.

5 _juin_.--Le prsident de la chambre des pairs, Cambacrs, donne
communication  la chambre des reprsentans du dcret de l'empereur
contenant la nomination des pairs de France.

7 _juin_.--Ouverture solennelle de la session lgislative par
l'empereur.

10 _juin_.--Dclaration par laquelle la Suisse annonce qu'elle accde
au systme de confdration des puissances contre Napolon.

11 _juin_.--L'empereur reoit les adresses des deux chambres des pairs
et des reprsentans. Dans sa rponse, il annonce son dpart pour l'arme
dans la nuit suivante.

12 _juin_.--Napolon quitte Paris  trois heures du matin.

13 _juin_.--Il arrive  Avesnes.

14 _juin_.--Proclamation de l'empereur  l'arme.

_Mme jour_.--Rapport des deux chambres sur la situation de l'empire,
prsent par le ministre de l'intrieur Carnot.

15 _juin_.--Combat de Fleurus, gagn par l'arme franaise.

16 _juin_.--Bataille de Ligny ou des Quatre-Bras, gagne par l'arme
franaise. Les Prussiens perdent 20,000 hommes.

17 _juin_.--Quartier-gnral de l'empereur  la ferme du Caillou, prs
Planchenois.

18 _juin_.--Bataille de Mont-Saint-Jean ou de Waterloo, perdue par
l'arme franaise.

21 _juin_.--Retour de l'empereur  Paris. La chambre des reprsentans
se dclare en permanence, et exprime des sentimens hostiles contre
l'empereur.

22 _juin_.--Seconde abdication de l'empereur en faveur de son fils,
Napolon II.

23 _juin_.--Les deux chambres nomment une commission de gouvernement,
compose de Fouch, duc d'Otrante, prsident; Carnot, Caulaincourt,
Quinette et le gnral Grenier.

25 _juin_.--Napolon se retire a la Malmaison, ancienne rsidence de sa
premire pouse, Josphine. Il adresse de l une proclamation  l'arme
devant Paris.

26 _juin_.--Fouch, prsident de la commission de gouvernement, sous
prtexte de protger la sret de Napolon, mais rellement pour rester
matre de sa personne, envoie  la Malmaison une garde commande par le
gnral Becker.

27 _juin_.--Napolon, apprenant l'approche des armes prussienne et
anglaise, crit  la commission de gouvernement, et demande  servir en
sa qualit de gnral contre les ennemis de la patrie.

29 _juin_.--Napolon quitte la Malmaison pour se rendre  Rochefort.

3 _juillet_.--Capitulation de Paris.

8 _juillet_.--Arrive de Napolon  Rochefort.

_Mme jour_.--Rentre de S. M, Louis XVIII  Paris.

13 _juillet_.--Napolon crit de Rochefort au prince-rgent
d'Angleterre, pour le prvenir que: _comme Thmistocle, il vient
s'asseoir aux foyers du peuple britannique_.

15 _juillet_.--Napolon s'embarque sur le brick l'_pervier_, dans le
dessein de se rendre sur le vaisseau anglais le _Bellerophon_. Au
moment d'aborder, il s'aperoit que le gnral Becker le suivait:
_Retirez-vous, gnral_, lui dit-il, _je ne veux pas qu'on puisse
croire qu'un Franais est venu me livrer  mes ennemis_.

_16 juillet_.--Il fait voile vers l'Angleterre.

_4 aot_.--Protestation de Napolon contre la conduite de l'Angleterre 
son gard.

_8 aot_.--Lord Keith apporte  Napolon l'ordre du gouvernement anglais
de le transfrer  Sainte-Hlne.

_10 aot_. Napolon est embarqu sur _le Northumberland_.

_11 aot_.--Il quitte le canal de la Manche. En passant  la hauteur du
cap de la Hogue, Napolon reconnut les ctes de France; il les salua
aussitt, et tendant ses mains vers le rivage, il s'cria d'une voix
profondment mue: _Adieu, terre des braves! Adieu, chre France!
Quelques tratres de moins, et tu serais encore la grande nation et
la matresse du monde!_ Ces adieux de Napolon  la terre qu'il avait
illustre devaient tre les derniers.

_18 octobre_.--Napolon dbarque  l'le Sainte-Hlne[7].

[Footnote 7: Avec le comte Bertrand, le gnral Gourgaud, les comtes
Montholon et Las-Cases, la comtesse Montholon, la comtesse Bertrand et
les enfans de ces deux dernires.]

1816.

_11 dcembre_.--Lettre de Napolon au comte de Las-Cases, au moment o
celui-ci tait forc de quitter l'le Sainte-Hlne.

1818.

_25 juillet_.--On le prive de M. Barry E. O'Mara, mdecin anglais qui
avait mrit son affection.

1821.

_15 mars_.--Napolon tombe dangereusement malade.

_31 mars_.--Il est oblig, par sa maladie, de rester au lit.

15 _avril_.--Il fait mettre au pied de son lit le buste de son fils.

5 _mai_.-- sept heures du matin l'homme du sicle expire....... Ses
derniers mots furent: _Mon fils! Dieu protge la France!_

6 _mai_.--Les mdecins anglais font l'ouverture du corps de Napolon,
et dclarent que Napolon est mort d'un cancer  l'estomac. On remarque
que le procs-verbal d'ouverture n'est pas sign du docteur Antommarchi,
mdecin particulier de Napolon.

8 _mai_.--Funrailles de Napolon. Ses restes sont dposs dans une
petite valle de Sainte-Hlne, au pied d'un saule et auprs d'une
source o cet illustre proscrit venait souvent se dsaltrer, et sans
doute mditer sur ses grandes destines.

26 _juillet_.--Les habitans du village de Kostheim,  une demi-lieue de
Mayence, que Napolon avait exempts d'impositions pendant quinze ans,
dans le temps de ses prosprits, font clbrer par leur cur un service
funbre en l'honneur de leur bienfaiteur.





OEUVRES

DE NAPOLON

BONAPARTE.





PREMIRE CAMPAGNE D'ITALIE.


Au quartier-gnral  Nice, le 8 germinal an 4 (28 mars 1796).

_Bonaparte, gnral en chef, au directoire excutif._

Je suis, depuis plusieurs jours, dans l'enceinte de l'arme dont j'ai
pris depuis hier le commandement.

Je dois vous rendre compte de trois choses essentielles: 1. des
dpartemens de Vaucluse, des Bouches du-Rhne, du Var et des
Basses-Alpes; 2. de la situation de l'arme, de ce que j'ai fait et de
ce que j'espre; 3. de notre position politique avec Gnes.

Les quatre dpartemens de l'arrondissement de l'arme n'ont pay ni
emprunt forc, ni contributions en grains, ni effectu le versement des
fourrages exig par la loi du 7 vendmiaire, ni commenc  fournir le
troisime cheval. Il y a beaucoup de lenteur dans la marche de ces
administrations; je leur ai crit, je les ai vues, et l'on m'a fait
esprer quelque activit sur des objets aussi essentiels  l'arme.

La situation administrative de l'arme est fcheuse, mais elle n'est
pas dsesprante. L'anne mangera dornavant du bon pain et aura de la
viande, et dj elle a touch quelques avances sur son prt arrir.

Les tapes pour la route du Rhne et du Var sont approvisionnes, et,
depuis cinq jours, ma cavalerie, mes charrois et mon artillerie sont en
mouvement. Je marcherai sous peu de temps. Un bataillon s'est mutin; il
n'a pas voulu partir de Nice, sous prtexte qu'il n'avait ni souliers,
ni argent; j'ai fait arrter tous les grenadiers, j'ai fait partir
le bataillon, et, quand il a t au milieu de Nice, je lui ai envoy
contre-ordre et je l'ai fait passer sur les derrires. Mon intention
est de congdier ce corps, et d'incorporer les soldats dans les autres
bataillons, les officiers n'ayant pas montr assez de zle. Ce bataillon
n'est que de deux cents hommes; il est connu par son esprit de
mutinerie.

J'ai t reu  cette arme avec confiance; j'ai particulirement t
satisfait de l'accueil du gnral Schrer; il a acquis, par sa conduite
loyale et son empressement  me donner tous les renseignemens qui
peuvent m'tre utiles, des droits  ma reconnaissance. Sa sant parat
effectivement un peu dlabre. Il joint  une grande facilit de parler
des connaissances morales et militaires, qui peut-tre le rendront utile
dans quelque emploi essentiel.

Notre position avec Gnes est trs-critique; on se conduit trs-mal,
on a trop fait ou pas assez, mais heureusement cela n'aura pas d'autre
suite.

Le gouvernement de Gnes a plus de gnie et plus de force que l'on ne
croit; il n'y a que deux partis avec lui: prendre Gnes par un coup de
main prompt, mais cela est contraire  vos intentions et au droit des
gens; ou bien vivre en bonne amiti, et ne pas chercher  leur tirer
leur argent, qui est la seule chose qu'ils estiment.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Nice; le 9 germinal an 4 (29 mars 1796).

_Au gnral chef de l'tat-major._

Le troisime bataillon de la vingt-neuvime demi-brigade s'est rendu
coupable de dsobissance; il s'est dshonor par son esprit de
mutinerie en refusant de marcher aux divisions actives; les officiers
se sont mal conduits; le commandant, capitaine Duverney, a montr
de mauvaises intentions. Vous voudrez bien faire arrter le citoyen
Duverney, et le faire traduire devant un conseil militaire  Toulon,
o vous adresserez la plainte qui sera porte par le commandant de la
place.

Vous ferez traduire devant un conseil militaire,  Nice, les grenadiers
accuss d'tre les auteurs de la mutinerie. Vous ferez sortir les autres
grenadiers, que vous distribuerez, cinq hommes par cinq hommes, dans les
bataillons de l'arme.

Les officiers et sous-officiers n'ayant pas donn l'exemple de partir,
et tant rests dans les rangs sans parler, sont tous coupables; ils
seront sur-le-champ licencis et renvoys chez eux.

Les soldats du bataillon seront incorpors  Marseille, avec la
quatre-vingt-troisime demi-brigade. La prsente lettre sera mise 
l'ordre de l'arme.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Nice, le 9 germinal an 4 (29 mars 1796).

_Au gnral chef de l'tat-major._

Je vous ai crit ce matin relativement aux officiers du troisime
bataillon de la vingt-neuvime demi-brigade. Les officiers des
grenadiers de ce corps se sont bien conduits; je vous prie d'en faire
mention  l'ordre, de prendre, de votre ct, des renseignemens sur la
conduite gnrale de tous les officiers et sous-officiers de ce corps,
de vouloir me faire part du rsultat de vos recherches, et de me
proposer un mode pour pouvoir placer ceux qui n'ont pris aucune part 
la mutinerie.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Nice, le 9 germinal an 4 (29 mars 1796).

_Au gnral chef de l'tat-major._

Le gnral Mouret commandera depuis la rivire d'Argent  Bandole,
ensuite les limites des dpartemens des Basses-Alpes et du Var. Les
cantons de Colmar et d'Entrevaux, seuls, ne seront pas de sa division.
Le gnral Barbantane commandera depuis Bandole jusqu'au Rhne; son
commandement s'tendra dans les dpartemens des Bouches-du-Rhne et de
Vaucluse.

Le gnral Mouret aura sous ses ordres le gnral de brigade Gardanne.

Le gnral Barbantane aura sous ses ordres les gnraux Serviez et
Verne.

Le gnral Despinois se rendra au quartier-gnral.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Nice, le 9 germinal an 4 (29 mars 1796).

_Au gnral chef de l'tat-major._

La cavalerie sera partage en deux divisions.

La premire sera compose du premier rgiment d'hussards, du dixime
de chasseurs, du vingt-deuxime de chasseurs, du vingt-cinquime de
chasseurs, du cinquime de dragons, du vingtime de dragons.

Le premier rgiment d'hussards ira par Menton, Saint-Remo, Oneille,
Albenga, et se rendra  Toirano. Le dixime de chasseurs ira  Allenga;
le vingt-deuxime de chasseurs suivra les mmes tapes; deux escadrons
se rendront  la Pietra et les deux autres iront  Loano.

Le vingt-cinquime de chasseurs prendra aussi la mme route; deux
escadrons iront  Borghe et deux autres  Cariale; le cinquime de
dragons restera  Albenga; le vingtime de dragons ira  Alesio. La
seconde division sera compose du septime rgiment d'hussards, qui se
rendra  la Pietra; il partira de Nice le 10 germinal; du treizime de
hussards, qui se rendra  Loano; du vingt-quatrime de chasseurs, qui
ira  Oneille; du huitime de dragons, qui ira au port Maurice; du
quinzime de dragons, qui se rendra  Ormea.

Vous ordonnerez au gnral de brigade Saint-Hilaire de parcourir les
villes destines  la premire division de la cavalerie, et de vous
rendre compte s'il y a des curies en assez grand nombre pour loger les
chevaux.

Vous ordonnerez au gnral Serrurier d'envoyer un gnral de brigade
faire la visite des villages o doit loger la seconde division. Vous
recommanderez  ces gnraux de mettre de la discrtion dans cette
visite, et de ne rien faire qui puisse dclarer notre projet.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Nice, le 10 germinal an 4 (30 mars 1796).

_Au gnral chef de l'tat-major._

On donnera de la viande frache cinq fois par dcade; les bataillons
qui ont pris aujourd'hui de la viande sale auront demain de la viande
frache, et ceux qui ont eu de la viande frache auront du sal.

Les administrations de l'arme et les ateliers d'ouvriers prendront la
viande tous ensemble.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Nice, le 21 germinal an 4 (31 mars 1796).

_Au gnral chef de l'tat-major_

Le gnral en chef est instruit que plusieurs commissaires des guerres
et officiers ont, dans des caisses, des sommes provenant de diffrentes
ventes, des contributions et des revenus des pays conquis. Cela tant
contraire au bien du service,  l'ordre et  la constitution, il ordonne
que ces diffrentes sommes soient remises, sans dlai, dans la caisse du
payeur de l'arme ou de ses prposs, afin qu'il en soit dispos, sur
des ordonnances de l'ordonnateur en chef, pour le bien du service et
pour procurer au soldat ce qui lui est d.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Nice, le 12 germinal an 4 (1er avril 1796).

_Au gnral chef de l'tat-major._

Il y aura trois divisions de la cte: la premire division, comprendra
depuis le Rhne  Bandole, et les dpartemens de Vaucluse et des
Bouches-du-Rhne; elle sera commande par le gnral Barbantane.

La deuxime division sera commande par le gnral Mouret, et comprendra
depuis Bandole  la rivire d'Argent.

La troisime division comprendra depuis la rivire d'Argent jusqu'
Vintimiglia, et sera commande par le gnral Casabianca.

Le gnral Stengel commandera la cavalerie de l'arme.

Le gnral Kilmaine commandera une des divisions de l'arme.

Le gnral Dujar commandera l'artillerie.

Le citoyen Sugny, chef de brigade d'artillerie, sera chef de
l'tat-major de cette arme.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Albenga, le 16 germinal an 4 (5 avril 1796).

_Au gnral chef de l'tat-major._

Vous voudrez bien faire runir une commission militaire pour y juger
l'migr Moulin, pris  Ormea, et transfr  Nice par ordre du gnral
Serrurier.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Albenga, le 17 germinal an 4 (6 avril 1796).

_Au directoire excutif._

J'ai transport le quartier-gnral  Albenga. Le mouvement que j'ai
trouv commenc contre Gnes a tir l'ennemi de ses quartiers d'hiver;
il a pass le P, et a avanc des avant-postes  Dey, en suivant la
Bormida et la Bocchetta, laissant Gavi derrire lui. Beaulieu a publi
un manifeste, que je vous envoie, et auquel je rpondrai le lendemain
de la bataille. J'ai t trs-fch et extrmement mcontent de ce
mouvement sur Gnes, d'autant plus dplac, qu'il a oblig cette
rpublique  prendre une attitude hostile, et a rveill l'ennemi que
j'aurais pris tranquille: ce sont des hommes de plus qu'il nous en
cotera.

Le roi de Sardaigne se donne de son ct le plus grand mouvement; il a
fait une rquisition de jeunes gens depuis quinze ans.

J'ai trouv  Oneille des marbres, qui sont valus quelque argent; j'ai
ordonn qu'on en fit l'estimation, et qu'on les mt  l'enchre dans la
rivire de Gnes: cela pourra nous donner une somme de trente  quarante
mille livres.

La maison Flachat qui a l'entreprise des grains, et la maison Collot,
qui a la viande, se conduisent bien: ils nous donnent de trs-bons
grains, et le soldat commence  avoir de la viande frache.

L'arme est dans un dnuement  faire peur; j'ai encore de grands
obstacles  surmonter, mais ils sont surmontables: la misre y a
autoris l'indiscipline, et sans discipline point de victoire. J'espre
que cela s'arrangera promptement, dj tout change de face; sous peu de
jours nous en serons aux mains.

J'ai fait faire avant-hier une reconnaissance vers Cairo; les
avant-postes des ennemis ont t culbuts, nous avons fait quelques
prisonniers.

L'arme pimontaise est forte de cinquante mille hommes d'infanterie
et de cinq mille de cavalerie; je n'ai de disponible que quarante-cinq
mille hommes, tout compris. On m'a retenu beaucoup de troupes sur les
derrires, et au-del du Rhne.

Chauvet, ordonnateur en chef, est mort  Gnes: c'est une perte relle
pour l'arme; il tait actif, entreprenant. L'arme a donn une larme 
sa mmoire.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Albenga, le 19 germinal an 4 (8 avril 1796).

_Au directoire excutif._

J'ai reu une lettre que m'a crite le gnral Colli, qui commande
l'arme du roi de Sardaigne, j'espre que la rponse que je lui ai faite
(_Voy_. pag. 13) sera conforme  vos intentions. La trsorerie nous
envoie souvent des lettres de change, qui sont protestes: une de
162,800 liv., qui tait sur Cadix, vient de l'tre; ce qui augmente nos
embarras.

J'ai trouv cette arme, non-seulement dnue de tout, mais sans
discipline, dans une insubordination perptuelle. Le mcontentement
tait tel, que les malveillans s'en taient empars: l'on avait
form une compagnie du _Dauphin_, et l'on chantait des chansons
contre-rvolutionnaires. J'ai fait traduire  un conseil militaire deux
officiers prvenus d'avoir cri _Vive le roi_. Je suppose que la mission
du citoyen Moulin, comme parlementaire, tait relative  des trames de
cette nature, dont je cherche le fil avec opinitret. Soyez sr que la
paix et l'ordre s'y rtabliront; tout se prpare ici. Je viens de faire
occuper la position importante de....

Lorsque vous lirez cette lettre, nous nous serons dj battus. La
trsorerie n'a pas tenu parole: au lieu de 500,000 liv., elle n'en a
envoy que 300,000, et nous n'avons pas entendu parler d'une somme de
600,000, qui nous tait annonce; mais, malgr tout cela, nous irons.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Lascar, le 26 germinal an 4 (15 avril 1796).

_Au directoire excutif_.

Je vous ai rendu compte que la campagne avait t ouverte le 20 mars, et
de la victoire signale que l'arme d'Italie a remporte aux champs de
Montenotte:[8] j'ai aujourd'hui  vous rendre compte de la bataille de
Millesime.

[Footnote 8: Cette lettre, o Bonaparte rendait compte de la bataille de
Montennote, ne s'est pas retrouve.]

Aprs la bataille de Montenotte, je transportai mon quartier-gnral
 Lascar; j'ordonnai au gnral divisionnaire de se porter sur
Santa-Zello, pour menacer d'enlever les huit bataillons que l'ennemi
avait dans cette ville, et de se porter le lendemain, par une marche
cache et rapide, dans la ville de Cairo. Le gnral Massna se porta,
avec sa division, sur les hauteurs de Dego; le gnral divisionnaire
Augereau, qui tait en marche depuis deux jours, attaqua, avec les
soixante-neuvime et trente-neuvime demi-brigades, dans la plaine de
Lascar; le gnral de brigade Mnard occupa les hauteurs de Biestros;
le gnral de brigade Joubert, avec la premire brigade d'infanterie
lgre, occupa la position intressante de Sainte-Marguerite.

Le 21,  la pointe du jour, le gnral Augereau, avec sa division, force
les gorges de Millsimo, tandis que les gnraux Mnard et Joubert
chassent l'ennemi de toutes les positions environnantes, enveloppent,
par une manoeuvre prompte et hardie, un corps de quinze cents grenadiers
autrichiens,  la tte desquels se trouvait le gnral Provera,
chevalier de l'ordre de Marie-Thrse, qui, loin de poser les armes
et de se rendre prisonnier de guerre, se retira sur le sommet de la
montagne de Cossaria, et se retrancha dans les ruines d'un vieux
chteau, extrmement fort par sa position.

Le gnral Augereau fit avancer son artillerie, on, se canonna pendant
plusieurs heures, A onze heures du matin, ennuy de voir ma marche
arrte par une poigne d'hommes, je fis sommer le gnral Provera de se
rendre: le gnral Provera demanda  me parler; mais une canonnade
vive qui s'engageait vers ma droite m'engagea  m'y transporter, Il
parlementa avec le gnral Augereau pendant plusieurs heures; mais les
conditions qu'il voulait n'tant pas raisonnables, le gnral Augereau
fit former quatre colonnes, et marcha sur le chteau de Cossaria, Dj
l'intrpide gnral Joubert, grenadier pour le courage, et bon gnral
par ses connaissances et ses talens militaires, avait pass avec sept
hommes dans les retranchemens ennemis; mais, bless  la tte, il fut
renvers par terre; ses soldats le crurent mort, et le mouvement de sa
colonne se ralentit. Sa blessure n'est pas dangereuse.

La seconde colonne, commande par le gnral Bonel, marchait avec un
silence morne et l'arme au bras, lorsque ce brave gnral fut tu au
pied des retranchemens ennemis.

La troisime colonne, commande par l'adjudant-gnral Gurin, fut
galement dconcerte dans sa marche, une balle ayant tu cet officier
gnral. Toute l'arme a vivement regrett la perte de ces deux braves
officiers.

La nuit, qui arriva sur ces entrefaites, me fit craindre que l'ennemi
ne chercht  se faire jour l'pe  la main. Je fis runir tous les
bataillons, et je fis faire des paulemens en tonneaux, et des barrures
d'obusiers,  demi-porte de fusil.

Le 25,  la pointe du jour, l'arme sarde et autrichienne et l'arme
franaise se trouvrent en prsence; ma gauche, commande par le gnral
Augereau, tenait bloqu le gnral Provera. Plusieurs rgimens ennemis,
o se trouvait entre autres le rgiment Beljioso, essayrent de percer
mon centre. Le gnral de brigade Mnard les repoussa vivement, je lui
ordonnai aussitt de se replier sur ma droite; et, avant une heure aprs
midi, le gnral Massna dborda la gauche de l'ennemi, qui occupait,
avec de forts retranchemens et de vigoureuses batteries, le village
de Dego. Nous poussmes nos troupes lgres jusqu'au chemin de Dego a
Spino. Le gnral Laharpe marcha avec sa division sur trois colonnes
serres en masse; celle de gauche, commande par le gnral Causse,
passa la Bormida sous le feu de l'ennemi, ayant de l'eau jusqu'au milieu
du corps, et attaqua l'aile gauche de l'ennemi, par la droite. Le
gnral Servoni,  la tte de la deuxime colonne, traversa aussi la
Bormida sous la protection d'une de nos batteries, et marcha droit 
l'ennemi. La troisime colonne, commande par l'adjudant-gnral Boyer,
tourna un ravin, et coupa la retraite  l'ennemi.

Tous ces travaux, seconds par l'intrpidit des troupes et les talens
des diffrens gnraux, remplirent le but qu'on en attendait. Le
sang-froid est le rsultat du courage, et le courage est l'apanage des
Franais.

L'ennemi, envelopp de tous les cts, n'eut pas le temps de capituler;
nos colonnes y semrent la mort, l'pouvante et la fuite.

Pendant que, sur notre droite, nous faisions les dispositions pour
l'attaque de la gauche de l'ennemi, le gnral Provera, avec le corps de
troupes qu'il commandait  Cossaria, se rendit prisonnier de guerre.

Nos troupes s'acharnrent de tous les cts a la poursuite de l'ennemi.
Le gnral Laharpe se mit  la tte de quatre escadrons de cavalerie, et
le poursuivit vivement.

Nous avons, dans cette journe, fait de sept  neuf mille prisonniers,
parmi lesquels un lieutenant-gnral, vingt ou trente colonels ou
lieutenans-colonels, et, presque entiers, les rgimens suivans:

Corps francs: trois compagnies de Croates; les bataillons de Peregrine,
Stein, Vilhelm, Schroeder, Teutesch;

Quatre compagnies d'artillerie; plusieurs officiers suprieurs du gnie,
au service de l'empereur; les rgimens de Montferrat, de la Marine, de
Suze, et quatre compagnies de grenadiers au service du roi de Sardaigne;

Vingt-deux pices de canon, avec les caissons et tous les attelages, et
quinze drapeaux.

L'ennemi a eu de deux mille  deux mille cinq cents hommes tus, parmi
lesquels un colonel, aide-de-camp du roi de Sardaigne.

Le citoyen Riez, aide-de-camp du gnral Massna, a eu son cheval tu
sous lui, et le fils du gnral Laharpe a eu son cheval bless.

Je vous ferai part, le plus tt qu'il me sera possible, et lorsque
j'aurai reu les rapports, des dtails de cette affaire glorieuse, et
des hommes qui s'y sont particulirement distingus.

Je vous demande le grade de gnral de brigade pour le citoyen Rampon,
chef de la vingt-unime demi-brigade.

Le chef de la vingt-neuvime ayant t tu, j'ai nomm pour le remplacer
le citoyen Lannes, chef de brigade  la suite.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Carru, le 5 floral an 4 (24 avril 1796).

_Le gnral en chef de l'arme d'Italie au gnral Colli, commandant en
chef l'arme du roi de Sardaigne._

Le directoire excutif, monsieur, s'est rserv le droit de traiter de
la paix: il faut donc que les plnipotentiaires du roi votre matre
se rendent  Paris, ou attendent  Gnes les plnipotentiaires que le
gouvernement franais pourrait y envoyer.

La position militaire et morale des deux armes rend toute suspension
pure et simple impossible. Quoique je sois en particulier convaincu que
le gouvernement accordera des conditions de paix honorables  votre
roi, je ne puis, sur des prsomptions vagues, arrter ma marche; il est
cependant un moyen de parvenir  votre but, conforme aux vrais intrts
de votre cour, et qui pargnerait une effusion de sang inutile et ds
lors contraire  la raison et aux lois de la guerre, c'est de mettre
en mon pouvoir deux des trois forteresses de Coni, d'Alexandrie, de
Tortone,  votre choix: nous pourrons alors attendre, sans hostilits,
la fin des ngociations qui pourraient s'entamer. Cette proposition est
trs-modre; les intrts mutuels qui doivent exister entre le Pimont
et la rpublique franaise me portent  dsirer vivement de voir
s'loigner de votre pays les malheurs de toute espce qui le menacent.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Cherasco, le 7 floral an 4 (26 avril 1796).

_Au gnral Latour._

J'ai reu, monsieur, l'ordre du roi, adress au commandant de Coni, que
vous vous tes donn la peine de me faire passer. A l'heure qu'il est,
il sera dj parvenu. Je serai demain ici pour attendre l'ordre pour une
des forteresses de Tortone ou d'Alexandrie. Vous savez, monsieur, que
la distance qu'il y a d'ici  une de ces deux places, fait qu'il est
ncessaire que l'ordre du roi soit expdi demain, afin, qu'il puisse
parvenir le 16 floral (30 avril).

Une division de mon arme est dj de ce ct-l. L'on m'assure
aujourd'hui que Beaulieu vacue votre territoire: je suis charm, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Cherasco, le 8 floral an 4 (27 avril 1796).

_Au gnral Latour._

Je reois  l'instant, monsieur, avec votre lettre, les deux ordres du
roi pour Ceva et Tortone.

Il n'y a, dans ce moment-ci, qu'un petit dtachement  Fossano, qui se
retirera incessamment. Aprs demain, il n'y aura plus personne  Bra, et
j'aurai l'honneur de vous en prvenir.

Je ne garderai au-del de la Stura qu'un corps-de-garde pour le pont de
Cherasco.

Je me fais rendre compte par le gnral qui commande  Coni, de la
situation du magasin de Notre-Dame de Loculo. J'aurai l'honneur de vous
crire ds que j'aurai la rponse.

Mon aide-de-camp part pour Paris. Vous avez bien voulu vous charger de
lui livrer un passe-port, et de lui faire fournir des chevaux de poste.

J'aurai besoin de mille chevaux de trait. Je dsirerais en acheter
dans le Pimont; je vous serai oblig d'accepter ce que vous proposera
l-dessus le citoyen Thvenin, agent en chef des transports militaires.

Votre aide-de camp vous remettra une note des officiers prisonniers de
guerre; ds l'instant que vous m'aurez fait connatre ceux que vous
dsirez avoir, j'ordonnerai qu'on les envoie, soit  Coni, soit 
Cherasco: vous me rendrez service de faire passer les ntres  Tortone
ou  Cherasco.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Cherasco, le 9 floral an 4 (28 avril 1796).

_Bonaparte, gnral en chef, au directoire excutif._

Citoyens directeurs, Ceva, Coni et Alexandrie sont au pouvoir de votre
arme, ainsi que tous les postes du Pimont au-del de la Stura et du
Tanaro.

Si vous ne vous accordez pas avec le roi de Sardaigne, je garderai ces
places, et je marcherai sur Turin; mon quipage de sige va filer sur
Coni, pour se rendre  Cherasco.

En attendant, je marche demain sur Beaulieu, je l'oblige  repasser le
P, je le passe immdiatement aprs; je m'empare de toute la Lombardie,
et, avant un mois, j'espre tre sur les montagnes du Tyrol, trouver
l'arme du Rhin, et porter de concert la guerre dans la Bavire. Ce
projet est digne de vous, de l'arme et des destines de la France.

Si vous n'accordez pas la paix au roi de Sardaigne, alors vous m'en
prviendrez d'avance, afin que, si je suis dans la Lombardie, je puisse
me replier et prendre des mesures.

Quant aux conditions de la paix avec la Sardaigne, vous pouvez dicter ce
qui vous convient, puisque j'ai en mon pouvoir les principales places.

Ordonnez que quinze mille hommes de l'arme des Alpes soient  mes
ordres et viennent me joindre, cela me fera alors une arme de
quarante-cinq mille hommes, dont il sera possible que j'envoie une
partie  Rome. Si vous me continuez votre confiance, et que vous
approuviez ces projets, je suis sr de la russite: l'Italie est  vous.

Vous ne devez pas compter sur une rvolution en Pimont, cela viendra;
mais il s'en faut que l'esprit de ces peuples soit mr  cet effet.

J'ai justifi votre confiance et l'opinion avantageuse que vous avez
conue de moi; je chercherai constamment  vous donner des preuves du
zle et de la bonne volont o je suis de mriter votre estime et celle
de la patrie.

Envoyez-moi, 1. douze compagnies d'artillerie lgre, je n'en ai pas
une; 2. de la cavalerie et un commissaire ordonnateur en chef, habile
et distingu et de gnie. Je n'ai que des pygmes, qui me font mourir
de faim dans l'abondance, car je suis dans le pays le plus riche de
l'univers.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Cherasco, le 10 floral an 4 (29 avril 1796).

_Au directoire excutif_.

La ville de Coni vient d'tre occupe par nos troupes: il y avait dedans
cinq mille hommes de garnison.

Je ne puis pas mettre en doute que vous n'approuviez ma conduite,
puisque c'est une aile d'une arme qui accorde une suspension d'armes,
pour me donner le temps de battre l'autre; c'est un roi qui se met
absolument  ma discrtion, en me donnant trois de ses plus fortes
places et la moiti la plus riche de ses tats.

Vous pouvez dicter en matre la paix au roi de Sardaigne; je vous prie
de ne pas oublier la petite le de Saint-Pierre, qui nous sera plus
utile, par la suite, que la Corse et la Sardaigne runies.

Si vous lui accordez la portion du Milanais que je vais conqurir, il
faut que ce soit  condition qu'il enverra quinze mille hommes pour nous
seconder et garder ce pays aprs que nous nous en serons rendus
matres. Pendant ce temps-l, avec votre arme, je passerai l'Adige, et
j'entrerai en Allemagne par le Tyrol. Dans cette hypothse, il faut que
nous gardions en dpt, jusqu' la paix gnrale, les places et les
pays que nous occupons; il faut y joindre que, le jour que quinze mille
hommes pimontais passeront le P, il nous remettra la ville de Valence.

Mes colonnes sont en marche; Beaulieu fuit, j'espre l'attraper;
j'imposerai quelques millions de contributions au duc de Parme: il vous
fera faire des propositions de paix; ne vous pressez pas, afin que j'aie
le temps de lui faire payer les frais de la campagne, approvisionner nos
magasins, et remonter nos chariots  ses dpens.

Si vous n'acceptez pas la paix avec le roi de Sardaigne, si votre projet
est de le dtrner, il faut que vous l'amusiez quelques dcades, et que
vous me prveniez de suite; je m'empare de Valence et je marche sur
Turin.

J'enverrai douze mille hommes sur Rome lorsque j'aurai battu Beaulieu,
et l'aurai oblig de repasser l'Adige, lorsque je serai sr que vous
accorderez la paix au roi de Sardaigne, et que vous m'enverrez une
partie de l'arme des Alpes.

Quant  Gnes, je crois que vous devez lui demander quinze millions en
indemnits des frgates et btimens pris dans ses ports; 2. demander
que ceux qui ont fait brler _la Modeste_ et appel les Autrichiens,
soient jugs comme tratres  la patrie.

Si vous me chargez de ces objets, que vous gardiez surtout le plus grand
secret, je parviendrai  faire tout ce que vous voudrez.

Si j'ai quelques chances  courir en Lombardie, c'est  cause de la
cavalerie ennemie. Il m'arrive quarante artilleurs  cheval, qui n'ont
pas fait la guerre, et qui sont dmonts. Envoyez-m'en donc douze
compagnies, et ne confiez pas l'excution de cette mesure aux hommes
des bureaux, car il leur faut dix jours pour expdier un ordre, et ils
auront l'ineptie d'en tirer peut-tre de la Hollande, afin que cela
arrive au mois d'octobre.

Nos troupes viennent  l'instant d'entrer dans la citadelle de Ceva, et
je viens de recevoir du roi de Sardaigne l'ordre de nous livrer la ville
et la citadelle de Tortone.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Cherasco, le 10 floral an 4 (29 avril 1796).

_Au citoyen Carnot_.

La suspension d'armes conclue entre le roi de Sardaigne et nous me
permet de communiquer par Turin, c'est--dire d'pargner la moiti de la
route: je pourrais donc recevoir vos ordres et connatre vos intentions
pour la direction  donner  l'arme.

Je suis matre de Coni, de Ceva, de Tortone; je vais passer le P et
entrer dans le Milanais: en passant, je compte ranonner le duc de
Parme, et lui faire payer cher son enttement.

Mon projet serait d'atteindre les Autrichiens, et de les battre avant
votre rponse, afin de me trouver  mme de marcher sur Turin, sur
Naples, ou sur l'Autriche en passant par le Tyrol.

Si le roi de Sardaigne se doutait, avant que je ne le sache, que vous ne
voulussiez pas faire la paix, il me jouerait un mauvais tour. Si vous ne
voulez pas la paix avec la Sardaigne, faites en sorte que ce soit moi
qui le lui apprenne, afin que je sois matre de prendre mon temps, et
que ses plnipotentiaires  Paris ne s'en doutent pas.

Si vous faites la paix avec le roi de Sardaigne, ordonnez ce que l'on
doit faire vis--vis de Gnes, de Parme et de Rome.

Beaulieu a encore avec lui vingt-six mille hommes bien quips; il avait
trente-huit mille hommes au commencement de la campagne. Je marche avec
vingt-huit mille hommes; il a quatre mille hommes de cavalerie, je n'en
ai que trois mille six cents, et en mauvais tat.

La cour de Turin et celle de Vienne s'attendaient  des succs srs,
cette campagne: les armes combines taient de soixante-quinze mille
hommes, je les ai battues avec trente-cinq mille hommes; j'ai besoin de
secours, l'arme des Alpes peut me fournir quinze mille hommes.

Le gnral Chteauneuf-Randon devait me rendre les trois mille hommes
qu'il a retenus  Nmes, destins pour ici; avec ce renfort l'Italie est
 vous, et je puis en mme temps marcher sur Naples et Mantoue, surtout
si je parviens  battre les ennemis avant peu.

Il vient d'arriver un officier du gnie, je vous prie de m'envoyer de
l'artillerie lgre.

Je dsirerais avoir le gnral Baraguay-d'Hilliers, pour servir dans son
grade dans l'arme; il me l'a demand lui-mme.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral d'Acqui, le 12 floral an 4 (1er mai 1796).

_Au citoyen Faypoult._

Mon cher ministre, en vertu de la suspension d'armes que j'ai faite avec
le roi de Sardaigne, nos troupes sont entres dans Coni et dans Ceva,
elles entrent demain dans Tortone. Nous avons trouv  Coni, outre les
munitions de ville, tous les magasins de l'arme sarde.

Beaulieu passe le P, et va chercher au fond de la Lombardie refuge
contre l'arme franaise; il disait au roi de Sardaigne qu'il voulait ne
se dbotter qu' Lyon, il n'en prend pas le chemin.

Il n'y a pas en Pimont la premire ide d'une rvolution, et la France
ne voudrait pas, je pense, en faire une  ses Frais.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral d'Acqui, le 12 floral an 4 (1er mai 1796).

_Au citoyen Faypoult_.

Nous sommes arrivs  Acqui depuis hier; Beaulieu fuit si vite que nous
ne pouvons l'attraper.

Demain Laharpe sera dans Tortone, o je dsire beaucoup avoir une
confrence avec vous sur des objets essentiels.

Envoyez-moi une note gographique, historique, politique et
topographique sur les fiefs impriaux qui avoisinent Gnes, afin que
j'en tire tout le parti possible.

Envoyez-moi une note sur les ducs de Parme, de Plaisance et de Modne,
les forces qu'ils ont sur pied, les places fortes qu'ils ont, et en quoi
consiste la richesse de ces pays-l; surtout envoyez-moi une note des
tableaux, statues, cabinets et curiosits qui se trouvent  Milan,
Parme, Plaisance, Modne et Bologne. Lorsque nous fmes la paix avec
l'Espagne, le duc de Parme devait y concourir: pourquoi ne le fit-il
pas?

Faites partir de suite six mille souliers pour Tortone.

Quant au citoyen Giacomoni, laissons-le, couvert d'opprobre et
d'ignominie, voguer o il voudra. J'ai instruit le gouvernement de sa
conduite, afin qu'il ne soit plus admis  servir avec les Franais.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Bosco, le 13 floral an 4 (2 mai 1796).

_Au gnral en chef de l'arme pimontaise_.

J'apprends, monsieur, que les Napolitains se sont empars de Valence:
l'intrt du roi, celui de la rpublique, sont galement d'accord et
exigent que vous chassiez promptement ces troupes de Valence.

Le courage qui anime votre anne, que j'ai t  mme d'apprcier, ne
me laisse pas de doute que vous ne roccupiez promptement Valence; vous
savez d'ailleurs que c'est une des clauses de la suspension que nous
avons conclue.

Si vous tes dans le cas d'en avoir besoin, je vous offre le secours
d'une division de l'arme que je commande.

Le gnral-chef de l'tat-major aura l'honneur de vous faire passer
demain l'tat des prisonniers pimontais que nous avons faits depuis que
nous sommes en campagne.

Je m'empresserai de vous faire passer le plus tt possible ceux que vous
dsirez avoir de prfrence.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Bosco, le 14 floral an 4 (3 mai 1796).

_Au chevalier Solar, gouverneur d'Alexandrie_.

J'ai reu, monsieur, la lettre que vous vous tes donn la peine de
m'crire; je vous suis trs-oblig des renseignemens que vous avez eu la
complaisance de me donner. Je vous fais mon compliment sur l'vacuation
de votre territoire par l'arme autrichienne. Je dsire sincrement
pouvoir bientt vous apprendre qu'ils ont galement vacu les tats de
Sa Majest au-del du P. Incessamment une division de l'arme va se
prsenter a Valence pour y passer le P; je vous prie de me faire
procurer les bateaux qui sont ncessaires; vous sentez qu'il est de
l'intrt du roi que les Autrichiens fassent un court sjour sur votre
territoire.

J'aurai besoin aussi de quelques entrepreneurs pour nous procurer des
moyens de charrois. Je vous prie d'autoriser les diffrens sujets du roi
 passer des marchs avec l'arme.

Je suis, monsieur, avec estime, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Tortone, le l5 floral an 4 (4 mai 1796).

_Au gnral en chef de l'arme du Pimont_.

Sous peu de jours, monsieur, je serai matre des tats du roi au-del
du P, si le sort des armes continue d'tre favorable  l'arme que je
commande. J'obligerai M. Beaulieu  vacuer ces pays, qui seront conquis
sur l'arme autrichienne et qui appartiendront de droit  la rpublique.
Cependant, je sens combien il est dur pour le roi de voir presque tous
ses tats envahis par nos troupes. Je vous propose en consquence de
runir une division de six mille hommes d'infanterie et quinze
cents chevaux  l'arme que je commande, pour m'aider  chasser les
Autrichiens; je les mettrai en garnison dans les tats du roi au-del du
P.

Cela est si urgent, monsieur, qu'il serait ncessaire que j'eusse la
rponse le plus tt possible. L'envie que j'ai de concilier les intrts
du roi avec ceux de la rpublique et de l'arme me porte, monsieur,
 vous faire ces ouvertures, que vous jugerez sans doute
trs-raisonnables.

Je suis avec considration, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Tortone, le 15 floral an 4 (4 mai 1796).

_Au gnral en chef de l'arme du roi de Sardaigne_.

Les troupes de la rpublique ont occup ce matin le fort de Tortone: en
consquence,  dater d'aujourd'hui, il y a suspension d'armes entre les
deux armes; je le mets  l'ordre, et j'espre que vous trouverez les
officiers franais disposs  vous donner les preuves de l'estime qu'ils
ont pour votre arme.

Je donne des ordres pour que vous occupiez les villes de Fossano et de
Bra.

J'adapterai  la ligne de dmarcation tous les changemens que vous
croirez ncessaires, en suivant cependant l'esprit de la suspension que
nous avons conclue.

J'ai ordonn que l'on fasse venir quatre cents prisonniers pour change
des quatre cents que vous avez eu la bont de faire passer  Cherasco.

Le chef de l'tat-major vous fait passer l'tat des officiers de votre
arme que le sort des armes a rendus prisonniers. Je m'empresse de vous
faire passer ceux  qui vous vous intressez.

Je suis avec la considration la plus distingue.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Tortone, le 15 floral an 4 (4 mai 1796).

_Au, gnral en chef de l'arme pimontaise_.

Le marquis de Saint-Marsan, que j'ai eu l'honneur de voir ce matin,
m'a fait part, monsieur, des inquitudes et des plaintes que vous avez
contre diffrens habitans d'Albe: je vais m'en faire rendre compte, et
je vous instruirai de ce que j'aurai fait.

Je dois,  cette occasion, vous remercier de m'avoir fait connatre M.
de Saint-Marsan; il joint  des talens distingus un air prvenant qui
lui captive l'estime de ceux qui ont affaire  lui.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Tortone, le 16 floral an 4 (5 mai 1796).

_Au gnral en chef de l'arme du Pimont_.

Monsieur le marquis de Saint-Marsan, que j'ai eu l'honneur de voir hier,
monsieur, vous aura remis plusieurs lettres par lesquelles vous aurez vu
que tout ce que vous dsirez relativement  plusieurs objets concernant
la suspension d'armes a t excut. J'ai ordonn que l'on donne des
sauvegardes  tous ceux qui pourraient en avoir besoin. J'autorise les
diffrens gnraux  donner des passe-ports aux officiers de votre
arme qui dsireraient se rendre dans le pays occup par l'arme. Je me
trouverai trop heureux, dans toutes les circonstances, de pouvoir vous
donner des marques de l'estime et de la considration distingues avec
lesquelles je suis, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Tortone, le 17 floral an 4 (6 mai 1796).

_Au gnral en chef de l'arme du roi de Sardaigne._

En consquence de la suspension d'armes que le roi  conclue avec les
deux armes des Alpes et d'Italie, et des probabilits de paix dont j'ai
de nouvelles assurances, je fais filer de l'arme des Alpes dix-sept
mille hommes  l'arme d'Italie, Neuf mille passeront par le col
d'Argentires et se rendront  Coni, o ils passeront derrire la Stura
pour venir me rejoindre. Huit mille passeront le Saint-Bernard par la
valle d'Aoste, et viendront passer le Tanaro  Alexandrie, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Tortone, le 17 floral an 4 (6 mai 1796).

_Bonaparte, gnral en chef, au directoire excutif._

L'arme d'Italie a pris hier possession de Tortone, o nous avons trouv
une trs-belle forteresse, qui a cot plus de quinze millions au roi
de Sardaigne. Je vous ai annonc, par mon aide-de-camp Murat, que nous
avions occup Coni et Ceva, que nous avons trouves dans un tat de
dfense respectable et approvisionnes de tout. Le lendemain de la
signature de la suspension d'armes, le gnral Laharpe marcha avec sa
division par la route de Bossogno  Acqui, le gnral Augereau par
Stefano, et le gnral Massna par Nizza de la Paglia. Beaulieu vacua
ce pays et se rfugia dans Valence, o il passa le P avec toute
son arme. Le gnral Massna est arriv, avec toute sa division,
 Alexandrie, assez  temps pour s'emparer des magasins, que les
Autrichiens, ne pouvant les emporter, avaient vendus  la ville. Le 13,
l'arme allemande a repass le P, a coup les bateaux, et a brl ceux
qu'elle a trouvs sur le rivage.

Les Napolitains, qui ordinairement ne sont pas entreprenans, se sont
empars de Valence.

_N.B._ Cette lettre n'a point t acheve.

Au grand quartier-gnral  San-Giovani, le 17 floral an 4 (6 mai
1796).

_Du mme au gouverneur du duch de Parme,  Plaisance._

Ayant  confrer avec vous, monsieur, sur des objets de la plus grande
importance, vous voudrez bien vous rendre de suite  Castel-San-Giovani.
Il serait ncessaire que vous fussiez rendu ici avant deux heures aprs
minuit, devant monter  cheval a cette heure-l.

BONAPARTE.



Au grand quartier-gnral  Plaisance, le 17 floral an 4 (6 mai 1796).

_Du mme au ministre d'Espagne  Parme._

J'ai reu, monsieur, votre lettre. Comme il n'est pas dans mon coeur, ni
dans l'intention du peuple franais, de faire mal sans but et de nuire
en rien aux peuples, je consens  suspendre toute hostilit contre le
duc de Parme et la marche de mes troupes sur Parme; mais il faut que,
dans la nuit, le duc envoie des plnipotentiaires pour conclure la
suspension.

Je fais marcher quelques rgimens de cavalerie, avec une brigade, 
trois lieues de Plaisance: cela ne doit donner aucune inquitude au duc
de Parme, ds l'instant qu'il accepte les conditions dont nous sommes
convenus. Je suis charm que cette occasion me mette  mme de vous
prouver les sentimens d'estime et de considration avec lesquels, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Plaisance, le 20 floral an 4 (9 mai 1796).

_Du mme au citoyen Carnot._

Nous avons enfin pass le P. La seconde campagne est commence,
Beaulieu est dconcert; il calcule assez mal, et il donne constamment
dans les piges qu'on lui tend: peut-tre voudra-t-il donner une
bataille, car cet homme-l a l'audace de la fureur et non celle du
gnie; mais les six mille hommes que l'on a obligs hier de passer
l'Adda, et qui ont t dfaits, l'affaiblissent beaucoup; encore
une victoire, et nous sommes matres de l'Italie. J'ai accord une
suspension d'armes au duc de Parme; le duc de Modne m'envoie des
plnipotentiaires. Si nous avions un ordonnateur habile, nous serions
aussi bien qu'il est possible de l'imaginer. Nous allons faire tablir
des magasins considrables de bl, des parcs de six cents boeufs sur le
derrire. Ds l'instant que nous arrterons nos mouvemens, nous ferons
habiller l'arme a neuf; elle est toujours  faire peur, mais tout
engraisse; le soldat ne mange que du pain de Gonesse, bonne viande et en
quantit, bon vin, etc. La discipline se rtablit tous les jours; mais
il faut souvent fusiller, car il est des hommes intraitables qui ne
peuvent se commander.

Ce que nous avons pris a l'ennemi est incalculable. Nous avons des
effets d'hpitaux pour quinze mille malades, plusieurs magasins de
bl, farine, etc. Plus vous m'enverrez d'hommes, plus je les nourrirai
facilement.

Je vous fais passer vingt tableaux des premiers matres, du Corrge et
de Michel-Ange.

Je vous dois des remercmens particuliers pour les attentions que
vous voulez bien avoir pour ma femme, je vous la recommande; elle est
patriote sincre, et je l'aime  la folie.

J'espre que les choses vont bien, pouvant vous envoyer une douzaine de
millions  Paris; cela ne vous fera pas de mal pour l'arme du Rhin.

Envoyez-moi quatre mille cavaliers dmonts, je chercherai ici  les
remonter.

Je ne vous cache pas que, depuis la mort de Stengel, je n'ai plus un
officier suprieur de cavalerie qui se batte. Je dsirerais que vous me
pussiez envoyer deux ou trois adjudans-gnraux sortant de la cavalerie,
qui aient du feu, et une ferme rsolution de ne jamais faire de savantes
retraites.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Plaisance, le 20 floral an 4 (9 mai 1796).

_Au directoire excutif._

Citoyen prsident, le brave Stengel est mort de la suite de ses
blessures. J'ai envoy  sa famille la lettre que vous lui aviez
adresse. Vous recevrez incessamment les articles de la suspension
d'armes que j'ai accorde au duc de Parme. Je vous enverrai le plus
tt possible les plus beaux tableaux du Corrge, entre autres un Saint
Jrme, que l'on dit tre son chef-d'oeuvre, J'avoue que ce saint prend
un mauvais temps pour arriver  Paris: j'espre que vous lui accorderez
les honneurs du Musum. Je vous ritre la demande de quelques artistes
connus, qui se chargeront du choix et des dtails de transport des
choses rares que nous jugerons devoir envoyer  Paris.

Tous les arrangemens sont pris pour les renforts qui doivent venir de
l'arme des Alpes; il n'y aura aucune difficult pour les passages.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Lodi, le 22 floral an 4 (11 mai 1796).

_Au citoyen Carnot._ La bataille de Lodi, mon cher directeur, donne  la
rpublique toute la Lombardie. Les ennemis ont laiss deux mille hommes
dans le chteau de Milan, que je vais ncessairement investir. Vous
pouvez compter dans vos calculs comme si j'tais  Milan; je n'y vais
pas demain, parce que je veux poursuivre Beaulieu et chercher  profiter
de son dlire pour le battre encore une fois.

Bientt il est possible que j'attaque Mantoue. Si j'enlve cette place,
rien ne m'arrte plus pour pntrer dans la Bavire: dans deux dcades
je puis tre dans le coeur de l'Allemagne. Ne pourriez-vous pas combiner
mes mouvemens avec l'opration de ces deux armes? Je m'imagine qu'
l'heure qu'il est, on se bat sur le Rhin; si l'armistice continuait,
l'arme d'Italie serait crase. Si les deux armes du Rhin entrent en
campagne, je vous prie de me faire part de leur position et ce que vous
esprez qu'elles puissent faire, afin que cela puisse me servir de rgle
pour entrer dans le Tyrol, ou me borner a l'Adige. Il serait digne de la
rpublique d'aller signer le trait de paix, les trois armes runies,
dans le coeur de la Bavire, ou de l'Autriche tonne. Quant  moi, s'il
entre dans vos projets que les deux armes du Rhin fassent des mouvemens
en avant, je franchirai le Tyrol avant que l'empereur ne s'en soit
srieusement dout. S'il tait possible d'avoir un bon commissaire
ordonnateur? celui qui est ici serait bon en second, mais il n'a pas
assez de feu et de tte pour tre en chef.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Lodi, le 24 floral an 4 (13 mai 1796).

_A M. Ferdinandi, ministre des affaires trangres du duc de Parme._

J'ai reu, monsieur, la ratification de la suspension d'armes que vous
avez accepte de la part du duc de Parme. Je vous envoie le gnral
Cervoni, afin que vous puissiez rgler avec lui tous les dtails de
l'excution de ladite suspension. Vous lui ferez remettre, dans la
journe de demain, les 500.000 fr. qui, aux termes de la suspension,
doivent tre pays dans les cinq jours; il recevra galement les
chevaux, et il prendra les mesures ncessaires pour l'excution de
ladite suspension. Je suis charm, monsieur, que cette circonstance me
mette  mme de vous exprimer la considration, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Lodi, le 24 floral an 4 (13 mai 1796).

_Au citoyen Faypoult, ministre de la rpublique,  Gnes._

Je vous suis trs oblig des gravures que vous m'avez envoyes, et qui
feront le plus grand plaisir  l'arme. Je vous prie d'envoyer, de ma
part, vingt-cinq louis au jeune homme qui les a faites; engagez-le 
faire graver le passage tonnant du pont de Lodi. Puisque le fief de
Montogio n'est point fief imprial, il n'est pas compris dans l'ordre
que j'ai donn pour l'imposition desdits fiefs.

Nous avons pris hier la ville de Pizzigithone, nous avons fait trois
cents prisonniers et pris trois pices de canon. Beaulieu se sauve 
toutes jambes; Crmone est  la rpublique.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Lodi, le 25 floral an 4 (14 mai 1796).

_Au directoire excutif._

Aprs le combat de Fiombio, nous poursuivmes l'ennemi jusqu'
Pizzigithone, mais nous ne pmes passer l'Adda. Aprs la bataille de
Lodi, Beaulieu se retira par Pizzigithone; nous nous y rendmes le 22;
mais il s'tait dj retir au-del de Crmone. Nous avons aussitt
investi et attaqu la ville de Pizzigithone, qui, aprs une vive
canonnade, a t oblige de nous ouvrir ses portes; nous y avons fait
trois cents prisonniers et pris cinq pices de canon de bronze.

Notre cavalerie s'est mise  la poursuite de l'ennemi. La ville de
Crmone a ouvert ses portes; toute la Lombardie appartient  la
rpublique.

On dit que la suspension d'armes, au Rhin, continue toujours. J'imagine
qu' l'heure qu'il est, vous avez port vos regards sur un objet aussi
essentiel; il parat mme que les ennemis ont publi avec emphase,
dans leur camp, que cette suspension tait pour trois mois, et qu'ils
allaient en consquence recevoir de grands renforts.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Lodi, le 25 floral an 4 (14 mai 1796).

_Au citoyen Carnot._

A la rception de la lettre du directoire, du 18, vos intentions taient
remplies, et le Milanais est  nous. Je marcherai bientt, pour excuter
vos vues, sur Livourne et sur Rome; tout cela se fera dans peu de temps.

J'cris au directoire relativement  l'ide de diviser l'arme; je vous
jure que je n'ai vu en cela que la patrie. Au reste, vous me trouverez
toujours dans la ligne droite. Je dois  la rpublique le sacrifice de
toutes mes ides. Si l'on cherche  me mettre mal dans votre esprit, ma
rponse est dans mon coeur et dans ma conscience.

Comme il serait possible que cette lettre, au directoire, ne ft pas
bien interprte, et que vous m'avez tmoign de l'amiti, je prends le
parti de vous l'adresser, en vous priant d'en faire l'usage que vous
suggreront votre prudence et votre attachement pour moi.

Kellermann commandera l'arme aussi bien que moi; car personne n'est
plus convaincu, que je ne le suis, que les victoires sont dues au
courage et  l'audace de l'arme; mais je crois que, runir Kellermann
et moi en Italie, c'est vouloir tout perdre. Je ne puis pas servir
volontiers avec un homme qui se croit le premier gnral de l'Europe;
et, d'ailleurs, je crois qu'il faut plutt un mauvais gnral que deux
bons. La guerre est comme le gouvernement, c'est une affaire de tact.

Je ne puis vous tre utile qu'investi de la mme estime que vous me
tmoigniez  Paris. Que je fasse la guerre ici ou ailleurs, cela m'est
indiffrent: servir la patrie, mriter de la postrit une feuille de
notre histoire, donner au gouvernement des preuves de mon attachement et
de mon dvouement, voil toute mon ambition. Mais j'ai fort  coeur de
ne pas perdre, dans huit jours, deux mois de fatigues, de peines et de
dangers, et de ne pas me trouver entrav. J'ai commenc avec quelque
gloire, je dsire continuer d'tre digne de vous. Croyez, d'ailleurs,
que rien n'altrera l'estime que vous inspirez  ceux qui vous
connaissent.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Lodi, le 25 floral an 4 (14 mai 1796).

_Au directoire excutif._

Je reois  l'instant le courrier parti, le 18, de Paris. Vos esprances
sont ralises, puisqu' l'heure qu'il est, toute la Lombardie est  la
rpublique. Hier, j'ai fait partir une division pour cerner le chteau
de Milan. Beaulieu est  Mantoue avec son arme; il a inond tout le
pays environnant; il y trouvera la mort, car c'est le plus malsain de
l'Italie.

Beaulieu a encore une arme nombreuse: il a commenc la campagne avec
des forces suprieures; l'empereur lui envoie dix mille hommes de
renfort, qui sont en marche. Je crois trs-impolitique de diviser en
deux l'arme d'Italie; il est galement contraire aux intrts de la
rpublique d'y mettre deux gnraux diffrens.

L'expdition sur Livourne, Rome et Naples est trs-peu de chose: elle
doit tre faite par des divisions en chelons, de sorte que l'on puisse,
par une marche rtrograde, se trouver en force contre les Autrichiens,
et menacer de les envelopper au moindre mouvement qu'ils feraient. Il
faudra pour cela non-seulement un seul gnral, mais encore que rien ne
le gne dans sa marche et dans ses oprations. J'ai fait la campagne
sans consulter personne, je n'eusse rien fait de bon s'il et fallu me
concilier avec la manire de voir d'un autre. J'ai remport quelques
avantages sur des forces suprieures, et dans un dnuement absolu de
tout, parce que, persuad que votre confiance se reposait sur moi, ma
marche a t aussi prompte que ma pense.

Si vous m'imposez des entraves de toutes espces; s'il faut que je
rfre de tous mes pas aux commissaires du gouvernement; s'ils ont
droit de changer mes mouvemens, de m'ter ou de m'envoyer des troupes,
n'attendez plus rien de bon.

Si vous affaiblissez vos moyens en partageant vos forces; si vous rompez
en Italie l'unit de la pense militaire, je vous le dis avec douleur,
vous aurez perdu la plus belle occasion d'imposer des lois  l'Italie.

Dans la position des affaires de la rpublique en Italie, il est
indispensable que vous ayez un gnral qui ait entirement votre
confiance: si ce n'tait pas moi, je ne m'en plaindrais pas; mais je
m'emploierais  redoubler de zle pour mriter votre estime dans le
poste que vous me confieriez. Chacun a sa manire de faire la guerre. Le
gnral Kellermann a plus d'exprience et la fera mieux que moi; mais
tous les deux ensemble nous la ferons fort mal.

Je ne puis rendre  la patrie des services essentiels qu'investi
entirement et absolument de votre confiance. Je sens qu'il faut
beaucoup de courage pour vous crire cette lettre, il serait si facile
de m'accuser d'ambition et d'orgueil! mais je vous dois l'expression
de tous mes sentimens,  vous qui m'avez donn dans tous les temps des
tmoignages d'estime que je ne dois pas oublier.

Les diffrentes divisions d'Italie prennent possession de la Lombardie.
Lorsque vous recevrez cette lettre, nous serons dj en route, et votre
rponse nous trouvera probablement prs de Livourne. Le parti que vous
prendrez dans cette circonstance est plus dcisif pour les oprations de
la campagne, que quinze mille hommes de renfort que l'empereur enverrait
 Beaulieu.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 28 floral an 4 (17 mai 1796).

_Au citoyen Lallement, ministre  Venise._

Je vous remercie infiniment, citoyen ministre, des dtails intressans
que vous me donnez sur la position des ennemis. Je vous envoie 6,000
liv. pour servir aux dpenses des espions  Trente,  Mantoue, et sur la
route du Tyrol, et faites-moi savoir le jour o les btimens de Trieste
sont partis pour Mantoue.

N'pargnez ni l'argent ni les peines, l'intrt de la patrie le veut. Je
vous ferai exactement toucher tout ce que vous dpenserez.

Envoyez-moi une carte exacte des tats de Venise, et trs-dtaille.

Il y a  Milan beaucoup de dispositions pour y crer une rvolution.

Si les citoyens Jacob et Alliod ne sont pas indispensables 
Venise, envoyez-les ici, je les emploierai dans le Milanais pour
l'administration de ce pays.

Vous avez d recevoir une lettre, de Lodi, du commissaire du
gouvernement. Faites en sorte que vos lettres soient frquentes et
instructives: c'est sur vous que je compte pour avoir des nouvelles;
tablissez un prix pour les courriers, de sorte que, lorsqu'ils
arriveront avant telle heure, ils aient une gratification.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 29 floral an 4 (18 mai 1796).

_Au gnral en chef de l'arme du roi de Sardaigne._

Je viens d'ordonner, monsieur, que les deux bateaux de sel arrts 
Plaisance continuent leur route sur Valence.

Peut-tre jugerez-vous  propos d'envoyer  Plaisance un officier ou
un prpos, qui veillera  ce que tous les bateaux et autres convois
appartenant au roi ne soient pas intercepts par l'arme. Du moment que
vous m'aurez fait connatre l-dessus vos intentions, je m'empresserai
de donner  cet officier les facilits ncessaires pour pouvoir
remplir sa mission; il pourrait galement tre charg de parcourir
les diffrentes rives du P, pour vous faire restituer les effets
appartenans au roi, que nous aurions pu arrter.

Le chef de l'tat-major expdie les ordres aux troupes qui arriveront 
Casale, de partir sur-le-champ pour Milan.

Je me suis occup des diffrentes rclamations relatives  la province
d'Alba. Je dsire, monsieur, que vous soyez convaincu de l'empressement
que j'aurai  faire quelque chose qui vous soit agrable.

Je vous prie de m'envoyer l'tat des officiers que vous dsirez que je
vous renvoie en change de ceux que vous avez eu la complaisance de
relcher sur parole.

J'envoie  Valence un officier du gnie pour choisir un emplacement
pour la construction du pont de Valence; mais comme je laisse au roi la
jouissance de ses tats en de du P, que M. Beaulieu n'a vacus que
par mon passage du P  Plaisance, je crois qu'il serait convenable que
vous donnassiez vous-mme des ordres pour la construction dudit pont,
qu'il me serait utile d'avoir avant huit jours.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 29 floral an 4 (18 mai 1796).

_Au directoire excutif._

Le duc de Parme paye sa contribution; il a dj vers 500.000 liv., et
il s'excute pour le reste. Faypoult aurait voulu que l'on ne ft rien
payer  ce prince; mais l'ambassadeur d'Espagne  Turin, qui est venu
me voir, est convenu que nous avions t modrs. Je ne doute pas,
cependant, que le duc de Parme ne porte plainte; mais pourquoi n'a-t-il
pas accept la mdiation de l'Espagne?

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 29 floral an 4 (18 mai 1796).

_Au gnral en chef de l'arme du roi de Sardaigne._

Je viens d'tre inform, monsieur, que les diffrens agens militaires,
dans le pays conquis, avaient squestr les biens des seigneurs attachs
 la cour.

Je viens de donner des ordres pour que les squestres soient
sur-le-champ levs, et qu'il n'y ait aucune espce de diffrence
entre les sujets du roi, soit qu'ils demeurent  Turin, ou dans les
diffrentes villes soumises  la rpublique.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 1er prairial an 4 (20 mai 1796).

_Au citoyen Barthelemi, ambassadeur de la rpublique,  Ble._

Nous sommes matres de la Lombardie, Les troupes de la rpublique,
quoiqu'en petit nombre et dnues de tout, ont surmont tous les
obstacles; les ennemis se sont retirs  Mantoue; demain notre corps de
troupes sera ici. Je me presse de courir, et vous prie de me faire part
des mouvemens de l'arme impriale dans la Bavire et dans la Souabe.

L'empereur peut-il affaiblir son arme du Rhin pour renforcer celle
d'Italie? Quelles troupes pourrait-il encore envoyer dans le Tyrol?
Je vous prie, citoyen ministre, de me faire part, l-dessus, des
renseignemens que vous avez, et d'envoyer de tous cts des agens, afin
que vous puissiez m'instruire, avec prcision, des forces que l'on
ferait filer en Italie.

Je suis trs-flatt, citoyen ministre, que cette circonstance m'ait
procur le plaisir de vous assurer, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 9 prairial an 4 (21 mai 1796).

_Au ministre des finances._

L'arme d'Italie prouve les plus grands besoins; elle est dans la plus
grande pnurie et le dnuement le plus affligeant des objets les plus
essentiels; elle se renforce tous les jours en hommes, et ses besoins
s'accroissent en proportion. Le directoire excutif, qui m'a nomm au
commandement de cette arme, a arrt un plan de guerre offensif qui
exige des mesures promptes et des ressources extraordinaires.

Le prt de 2 sous en argent pour le soldat, et de 8 liv. pour les
officiers, a manqu; ce qui a mcontent et dcourag l'arme. Je vous
prie de vous faire rendre compte, et d'avoir la bont de m'instruire si
je dois compter que la trsorerie seule subviendra  ce que le prt
ne manque pas. De toutes les dpenses, c'est la plus sacre: l'arme
d'Italie est la seule o le prt ait manqu. Le ministre de la guerre
a ordonnanc, pour le service de pluvise et d'une partie de celui de
ventse,  diffrentes fois, selon le bordereau ci-joint, la somme
de....., et pour le service de l'artillerie, le 23 du mois, de 10,000
liv. en numraire, et 500,000 liv. en assignats, et le 19 ventse,
30,000 liv. en numraire, et 1,500,000 liv. en assignats. On se plaint
 l'arme de n'avoir reu qu'une trs-faible portion de cette somme. Je
vous prie de vous faire rendre compte de celle qu'il reste  envoyer
d'aprs les ordres ci-dessus, et de m'instruire de ce que vous esprez
faire pour effectuer l'entier paiement.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 2 prairial an 4 (21 mai 1796).

_Au citoyen Bonelli, chef de bataillon._

Vous vous rendrez en Corse avec dix-huit hommes de votre choix. Le
citoyen Sapey est charg de vous faire passer en Corse et de vous faire
porter des secours en poudre et en armes.

Il vous sera remis,  votre dpart, 24,000 liv. en argent, dont vous
vous servirez pour encourager les patriotes. Le citoyen Brassini restera
 Gnes, et vous fera passer les secours dont vous pourrez avoir besoin,
et vous remettra cent fusils, trois cents paires de pistolets, six cents
livres de poudre et dix mille livres de plomb.

Ds l'instant que l'on aura des nouvelles plus sres, on enverra
davantage, et des brevets d'officiers, pour lever des bataillons au
compte de la rpublique franaise.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 2 prairial an 4 (21 mai 1796).

_Aux citoyens Braccini et Paraviccini._

Vous resterez  Gnes pour correspondre avec les patriotes corses, et
me tenir inform de tout ce qui se passe dans ce dpartement, et lui
envoyer des secours.

Le citoyen Balbi, banquier de la rpublique, vous remettra 15,000 liv.
Vous achterez, avec cette somme, cent fusils, trois cents paires de
pistolets, trois mille pierres  fusil, cinq  six mille livres de
poudre, et huit  dix mille livres de plomb, que vous remettrez au
citoyen Bonelli. Je donne des ordres pour qu'on vous fasse passer de
Nice six cents fusils de chasse, que vous ferez passer successivement.

Le ministre de la rpublique  Gnes est instruit de votre mission. Vous
vous prsenterez  lui, afin qu'il vous donne tout ce dont vous pourriez
avoir besoin.

Vous jouirez de 300 fr. d'appointemens par mois tant que durera votre
mission.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 2 prairial an 4 (21 mai 1796).

_Au citoyen Sapey._

Je fais partir le citoyen Bonelli avec trente hommes et cent fusils,
trois cents paires de pistolets, six mille livres de poudre et dix mille
livres de plomb, pour secourir les patriotes de Corse.

Je charge les citoyens Braccini et Paraviccini de rester  Gnes, et de
se mnager une correspondance avec les patriotes corses.

Votre zle m'tant connu, je vous charge de procurer au citoyen Bonelli
tous les moyens ncessaires pour passer en Corse; je vous ferai
rembourser les frais que vous ferez a ce sujet.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 2 prairial an 4 (21 mai 1796).

_Au citoyen Faypoult._

Je vous envoie ci-joint une lettre intercepte, vous y verrez que vous
avez des espions autour de vous.

La paix avec le roi de Sardaigne est faite  des conditions
trs-avantageuses; elle a t signe le 26 de ce mois.

Tout est tranquille  Paris, et les rvolutionnaires de 93 sont encore
mis  l'ordre et djous.

Vous trouverez ci-joint une proclamation  l'arme. Je prfre cette
tournure  celle d'crire aux peuples. L'armistice avec le duc de Parme
a t approuv; le directoire ne l'a pas trouv assez honteux pour ce
duc.

Nous avons impos le Milanais  20,000,000 fr. Je vous choisirai deux
beaux chevaux parmi ceux que nous requerrons  Milan; ils serviront 
vous dissiper des ennuis et des tiquettes du pays o vous tes. Je veux
aussi vous faite prsent d'une pe.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 3 prairial an 4 (22 mai 1796).

_Au directoire excutif._

Je viens de recevoir, citoyens directeurs, le courrier qui est parti le
26 de Paris. Il nous a apport les articles de la paix glorieuse que
vous avez conclue avec le roi de Sardaigne. Je vous prie d'en recevoir
mes complimens.

Le commissaire Salicetti vous fera passer l'tat des contributions
que nous avons imposes. Vous pouvez,  cette heure, compter sur 6 
8,000,000 argent en or ou argent, lingots ou bijoux, qui sont  votre
disposition  Gnes, chez un des premiers banquiers. Vous pouvez
disposer de cette somme, tant superflue aux besoins de l'arme. Si vous
le dsirez, je ferai passer 1,000,000  Ble pour l'arme du Rhin.

J'ai fait passer au gnral Kellermann 10,000 liv. en argent, je lui
ferai passer demain 200,000 liv.

Les troupes sont satisfaites; elles touchent la moiti de leurs
appointemens en argent; le pillage est rprim, et la discipline avec
l'abondance renaissent dans cette glorieuse arme.

Neuf mille hommes de l'arme des Alpes arriveront dans dix jours; je ne
les attendrai pas, et dj les troupes sont en mouvement pour marcher
sur les gorges du Tyrol.

L'arme autrichienne reoit tous les jours des renforts; mais j'imagine
que notre arme du Rhin ne permettra pas  l'empereur de trop
s'affaiblir de ce ct-l.

Vous trouverez ci-joint des lettres de la plus grande importance, entre
autres celle o il est question de l'entretien de Louis XVIII avec
plusieurs de nos postes  l'arme du Rhin.

La nouvelle de ces pourparlers se rpte dans toutes les lettres
d'migrs; je crois qu'il est urgent d'y mettre ordre.

Vous trouverez ci-joint l'tat de ce que nous avons pris  Pavie: cela
est trs-considrable. Nous avons des magasins  Tortone,  Coni,  Ceva
et  Mondovi.

Le duc de Parme n'ayant ni fusils, ni canons, ni places fortes, on n'a
rien pu lui demander en ce genre.

Vous trouverez ci-joint une adresse  l'arme.

Vous trouverez aussi ci-joint la suspension que j'ai accorde au duc de
Modne; vous y verrez que c'est 10,000,000 de plus pour la rpublique.
Comme il n'a ni forteresses, ni fusils, il n'a pas t possible de lui
en demander.

BONAPARTE.

_P.S._ Parmi les lettres d'migrs ci-jointes, vous en trouverez une
d'un prtre qui crit de Paris au cardinal de Zelada: quoiqu'il ne signe
pas, il sera facile de le connatre, puisqu'il dit avoir soup avec le
gnral Dumuy la veille du dpart de celui-ci. Une fois que le ministre
de la police connatra ce correspondant de monseigneur le cardinal,
il lui sera facile, en le faisant suivre pendant plusieurs jours, de
parvenir  en connatre d'autres. Vous y trouverez aussi le nom d'un
ngociant de Lyon, qui fait passer des fonds aux migrs.



Au quartier-gnral  Milan, le 5 prairial an 4 (24 mai 1796).

_Au citoyen Oriani._

Les sciences qui honorent l'esprit humain, les arts qui embellissent la
vie et transmettent les grandes actions  la postrit, doivent tre
spcialement honors dans les gouvernemens libres. Tous les hommes
de gnie, et tous ceux qui ont obtenu un rang dans la rpublique des
lettres, sont frres, quel que soit le pays qui les ait vus natre.

Les savans dans Milan n'y jouissaient pas de la considration qu'ils
devaient avoir. Retirs dans le fond de leurs laboratoires, ils
s'estimaient heureux que les rois et les prtres voulussent bien ne pas
leur faire de mal. Il n'en est pas ainsi aujourd'hui, la pense
est devenue libre dans l'Italie: il n'y a plus ni inquisition, ni
intolrance, ni despotes. J'invite les savans  se runir et a me
proposer leurs vues sur les moyens qu'il y aurait  prendre, ou les
besoins qu'ils auraient pour donner aux sciences et aux beaux-arts une
nouvelle vie et une nouvelle existence. Tous ceux qui voudront aller en
France seront accueillis avec distinction par le gouvernement. Le peuple
franais ajoute plus de prix  l'acquisition d'un savant mathmaticien,
d'un peintre en rputation, d'un homme distingu, quel que soit l'tat
qu'il professe, que de la ville la plus riche et la plus abondante.

Soyez donc, citoyen, l'organe de ces sentimens auprs des savans
distingus qui se trouvent dans le Milanais.

BONAPARTE.



Brescia, le 10 prairial an 4 (29 mai 1796)

_A la rpublique de Venise._

C'est pour dlivrer la plus belle contre de l'Europe du joug de fer
de l'orgueilleuse maison d'Autriche, que l'arme franaise a brav les
obstacles les plus difficiles  surmonter.

La victoire, d'accord avec la justice, a couronn ses efforts; les
dbris de l'arme ennemie se sont retirs au-del du Mincio. L'arme
franaise passe, pour les poursuivre, sur le territoire de la rpublique
de Venise; mais elle n'oubliera pas qu'une longue amiti unit les deux
rpubliques.

La religion, le gouvernement, les usages seront respects; la plus
svre discipline sera maintenue; tout ce qui sera fourni  l'arme sera
exactement pay en argent.

Le gnral en chef engage les officiers de la rpublique de Venise, les
magistrats et les prtres  faire connatre ses sentimens au peuple,
afin que la confiance cimente l'amiti qui depuis long-temps unit les
deux nations.

Fidle dans le chemin de l'honneur comme dans celui de la victoire, le
soldat franais n'est terrible que pour les ennemis de la libert et de
son gouvernement.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Peschiera, le 13 prairial an 4 (1er juin 1796).

Au directoire excutif.

Citoyens directeurs, Aprs la bataille de Lodi, Beaulieu passa l'Adige
et le Mincio. Il appuya sa droite au lac Garda, sa gauche sur la ville
de Mantoue, et plaa des batteries sur tous les points de cette ligne,
afin de dfendre le passage du Mincio.

Le quartier-gnral arriva, le 9,  Brescia; j'ordonnai au gnral de
division Kilmaine de se rendre, avec quinze cents hommes de cavalerie et
huit bataillons de grenadiers,  Dezinzano. J'ordonnai au gnral Rosca
de se rendre, avec une demi-brigade d'infanterie lgre,  Salo. Il
s'agissait de faire croire au gnral Beaulieu que je voulais le tourner
par le haut du lac, pour lui couper le chemin du Tyrol, en passant par
Riva. Je tins toutes les divisions de l'arme en arrire, en sorte que
la droite, par laquelle je voulais effectivement attaquer, se trouvait
 une journe et demie de marche de l'ennemi. Je la plaai derrire la
rivire de Chenisa, o elle avait l'air d'tre sur la dfensive, tandis
que le gnral Kilmaine allait aux portes de Peschiera, et avait tous
les jours des escarmouches avec les avant-postes ennemis, dans une
desquelles fut tu le gnral autrichien Liptay.

Le 10, la division du gnral Augereau remplaa  Dezinzano celle
du gnral Kilmaine, qui rtrograda  Lonado, et arriva, la nuit, 
Castiglione. Le gnral Massna se trouvait  Monte-Chiaro, et le
gnral Serrurier  Montze. A deux heures aprs minuit, toutes les
divisions se mirent en mouvement, toutes dirigeant leur marche sur
Borgetto, o j'avais rsolu de passer le Mincio.

L'avant-garde ennemie, forte de trois  quatre mille hommes et de
dix-huit cents chevaux, dfendait l'approche de Borgetto. Notre
cavalerie, flanque par nos carabiniers et nos grenadiers, qui, rangs
en bataille, la suivaient au petit trot, chargea avec beaucoup de
bravoure, mit en droute la cavalerie ennemie, et lui enleva une pice
de canon. L'ennemi s'empressa de passer le pont et d'en couper une
arche: l'artillerie lgre engagea aussitt la canonnade. L'on
raccommodait avec peine le pont sous le feu de l'ennemi, lorsqu'une
cinquantaine de grenadiers, impatiens, se jettent  l'eau, tenant
leurs fusils sur leur tte, ayant de l'eau jusqu'au menton: le gnral
Gardanne, grenadier pour la taille et le courage, tait  la tte. Les
soldats ennemis croient revoir la fameuse colonne du pont de Lodi: les
plus avancs lchent pied; on raccommode alors le pont avec facilit,
et nos grenadiers, en un instant, passent le Mincio, et s'emparent
de Valeggio, quartier-gnral de Beaulieu, qui venait seulement d'en
sortir.

Cependant les ennemis, en partie en droute, taient rangs en bataille
entre Valeggio et Villa-Franca. Nous nous gardons bien de les suivre;
ils paraissent se rallier et prendre confiance, et dj leurs batteries
se multiplient et se rapprochent de nous: c'tait justement ce que je
voulais; j'avais peine  contenir l'impatience ou, pour mieux dire, la
fureur des grenadiers.

Le gnral Augereau passa, sur ces entrefaites, avec sa division; il
avait ordre de se porter, en suivant le Mincio, droit sur Peschiera,
d'envelopper cette place, et de couper les gorges du Tyrol: Beaulieu et
les dbris de son arme se seraient trouvs sans retraite.

Pour empcher les ennemis de s'apercevoir du mouvement du gnral
Augereau, je les fis vivement-canonner du village de Valeggio; mais
l'ennemi, instruit par ses patrouilles de cavalerie du mouvement du
gnral Augereau, se mit aussitt en route pour gagner le chemin de
Castel-Nuovo: un renfort de cavalerie qui leur arriva les mit  mme de
protger leur retraite. Notre cavalerie, commande par le gnral Murat,
fit des prodiges de valeur; ce gnral dgagea lui-mme plusieurs
chasseurs que l'ennemi tait sur le point de faire prisonniers. Le chef
de brigade du dixime rgiment de chasseurs, Leclerc, s'est galement
distingu. Le gnral Augereau, arriv  Peschiera, trouva la place
vacue par l'ennemi.

Le 12,  la pointe du jour, nous nous portmes  Rivoli; mais dj
l'ennemi avait pass l'Adige et enlev presque tous les ponts, dont nous
ne pmes prendre qu'une partie. On value la perte de l'ennemi, dans
cette journe,  quinze cents hommes et cinq cents chevaux, tant tus
que prisonniers. Parmi les prisonniers se trouve le prince de Couffla,
lieutenant-gnral des armes du roi de Naples, commandant en chef la
cavalerie napolitaine. Nous avons pris galement cinq pices de canon,
dont deux de 12, et trois de 6, avec sept ou huit caissons chargs de
munitions de guerre. Nous avons trouv  Castel-Nuovo des magasins, dont
une partie tait dj consume par les flammes. Le gnral de division
Kilmaine a eu son cheval bless sous lui.

Voil donc les Autrichiens entirement expulss de l'Italie. Nos
avant-postes sont sur les montagnes de l'Allemagne. Je ne vous citerai
pas tous les hommes qui se sont signals par des traits de bravoure, il
faudrait nommer tous les grenadiers et carabiniers de l'avant-garde;
ils jouent et rient avec la mort. Ils sont aujourd'hui parfaitement
accoutums avec la cavalerie, dont ils se moquent. Rien n'gale leur
intrpidit, si ce n'est la gaiet avec laquelle ils font les marches
les plus forces. Ils servent tour  tour la patrie et l'amour.

Vous croiriez qu'arrivs au bivouac ils doivent au moins dormir? Point
du tout: chacun fait son conte ou son plan d'oprations du lendemain, et
souvent on en voit qui rencontrent trs-juste. L'autre jour, je voyais
dfiler une demi-brigade, un chasseur s'approcha de mon cheval:
Gnral, me dit-il, il faut faire cela! Malheureux! lui dis-je, veux-tu
bien te taire. Il disparat  l'instant. Je l'ai fait en vain chercher;
c'tait justement ce que j'avais ordonn que l'on ft.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Peschiera, le 13 prairial an 4 (1er juin 1796).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

La rpublique de Venise a laiss occuper par les Impriaux Peschiera,
qui est une place forte; mais, grce  la victoire de Borgetto, nous
nous en sommes empars, et je vous cris aujourd'hui de cette ville.

Le gnral Massna occupe, avec sa division, Vrone, belle et grande
ville qui a deux ponts sur l'Adige.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Roverbello, le 15 prairial an 4 (3 juin 1796).

_A monsieur le duc d'Aoste._

J'ai reu, monsieur, votre courrier; la conduite du roi  l'occasion de
M. Bounnafier est digne de lui.

Je vais prendre des mesures pour que, pendant le peu de temps que la
police de la ville d'Alba appartiendra  l'arme, il ne se commette
aucun trouble; mais j'espre que nous hterons, le plus que possible,
le moment de l'excution du trait, afin de voir consolide la paix qui
doit dsormais unir les deux puissances.

J'ai ordonn au commandant de la place d'Alba de faire relcher
diffrens particuliers, sujets du roi, qui avaient t arrts, pour je
ne sais pas trop quelle espce de reprsailles.

Je me flatte que vous tes persuad que je n'oublierai rien de ce qui
pourra vous tre agrable, me mriter votre estime, et vous convaincre
des sentimens de considration, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Roverbello, le 16 prairial an 4 (4 juin 1796).

_Au ministre de la rpublique  Venise._

Le snat m'a envoy deux sages du conseil; il est ncessaire que vous
lui tmoigniez le mcontentement de la rpublique de ce que Peschiera a
t livre aux Autrichiens. Le sang franais a coul pour la reprendre.
Il ne faut pas cependant nous brouiller avec une rpublique dont
l'alliance nous est utile.

J'ai parl aux sages de la cocarde nationale; je crois que vous devez
fortement tenir pour que les Franais la portent, et que l'injure qui a
t faite soit rpare.

Tenez-moi instruit de tout en dtail. Je pars  l'instant pour Milan,
adressez-moi l vos nouvelles; ne me laissez pas ignorer ce que fait
Beaulieu et le mouvement des troupes en Bavire.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 19 prairial an 4 (7 juin 1796).

_Au directoire excutif._

Par l'armistice conclu entre les deux armes franaise et napolitaine,
nous obtenons les rsultats suivans: 1. Nous tons deux mille quatre
cents hommes de cavalerie  l'arme autrichienne, et nous les plaons
dans un lieu o ils sont  notre disposition. 2. Nous tons aux Anglais
cinq vaisseaux de guerre et plusieurs frgates. 3. Nous continuons 
mettre les coalitions en droute.

Si vous faites la paix avec Naples, la suspension aura t utile, en ce
qu'elle aura affaibli de suite l'arme allemande. Si, au contraire, vous
ne faites pas la paix avec Naples, la suspension aura encore t utile,
en ce qu'elle me mettra  mme de prendre prisonniers les deux mille
quatre cents hommes de cavalerie napolitaine, et que le roi de Naples
aura fait une dmarche qui n'aura pas plu  la coalition. Cela me porte
 traiter la question militaire: pouvons-nous et devons-nous aller 
Naples?

Le sige du chteau de Milan, la garde du Milanais et la garnison des
places conquises, demandent quinze mille hommes.

La garde de l'Adige et des positions du Tyrol, vingt mille hommes.

Il ne reste, compris les secours qui arrivent de l'arme des Alpes, que
six mille hommes.

Mais, eussions-nous vingt mille hommes, il ne nous conviendrait pas de
faire vingt-cinq jours de marche, dans les mois de juillet et d'aot,
pour chercher la maladie et la mort. Pendant ce temps-l, Beaulieu
repose son arme dans le Tyrol, la recrute, la renforce de secours qui
lui arrivent tous les jours, et nous reprendra dans l'automne ce que
nous lui avons pris dans le printemps. Moyennant cet armistice avec
Naples, nous sommes  mme de dicter  Rome toutes les conditions qu'il
nous plaira; dj, dans ce moment-ci, la cour de Rome est occupe 
faire une bulle contre ceux qui prchent en France la guerre civile,
sous prtexte de religion.

Par la conversation que j'ai eue ce matin avec M. Azara, ministre
d'Espagne, envoy par le pape, il m'a paru qu'il avait ordre de nous
offrir des contributions. Je serai bientt  Bologne. Voulez-vous que
j'accepte alors, pour accorder un armistice au pape, vingt-cinq millions
de contributions en argent, cinq millions en denres, trois cents
cadres, des statues et des manuscrits en proportion, et que je
fasse mettre en libert tous les patriotes arrts pour faits de la
rvolution? J'aurai au reste le temps de recevoir vos ordres l-dessus,
puisque je ne crois pas tre  Bologne avant dix ou quinze jours. Alors,
si les six mille hommes que commande le gnral Chteauneuf-Randon
arrivent, il n'y aura pas d'inconvnient de se porter de Bologne jusqu'
Rome. Au reste, je vous prie de rester persuad que lorsqu'une fois vous
m'avez fait connatre positivement vos intentions, il faudrait qu'elles
fussent bien difficiles, pour que je ne puisse pas les excuter.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 19 prairial an 4 (7 juin 1796).

_Au directoire excutif._

Lorsque M. Beaulieu sut que nous marchions pour passer le Mincio, il
s'empara de la forteresse de Peschiera, qui appartient aux Vnitiens.
Cette forteresse, situe sur le lac de Garda,  la naissance du Mincio,
a une enceinte bastionne en trs-bon tat, et quatre-vingt pices de
canon, qui,  la vrit, n'taient pas montes.

M. le provditeur gnral, qui tait  Vrone avec deux mille hommes,
aurait donc bien pu faire en sorte que cette place ne ft pas occupe
par les Autrichiens, qui y sont entrs sans aucune espce de rsistance,
lorsque j'tais arriv  Brescia, c'est--dire  une journe de-l.

Ds que j'appris que les Autrichiens taient  Peschiera, je sentis
qu'il ne fallait pas perdre un instant  investir cette place, afin
d'ter  l'ennemi les moyens de l'approvisionner. Quelques jours de
retard m'auraient oblig  un sige de trois mois.

Le combat de Borghetto et le passage du Mincio nous rendirent cette
place deux jours aprs. Le provditeur vint  grande hte se justifier,
je le reus fort mal. Je lui dclarai que je marchais sur Venise porter
moi-mme plainte au snat d'une trahison aussi manifeste. Pendant le
temps que nous nous entretenions, Massna avait ordre d'entrer  Vrone,
 quelque prix que ce ft. L'alarme  Venise a t extrme. L'archiduc
de Milan, qui y tait, s'est sauv sur-le-champ en Allemagne.

Le snat de Venise vient de m'envoyer deux sages du conseil, pour
s'assurer dfinitivement o en taient les choses. Je leur ai renouvel
mes griefs, je leur ai parl aussi de l'accueil fait  Monsieur; je
leur ai dit que, du reste, je vous avais rendu compte de tout, et que
j'ignorais la manire dont vous prendriez cela: que, lorsque je suis
parti de Paris, vous croyiez trouver dans la rpublique de Venise une
allie fidle aux principes; que ce n'tait qu'avec regret que leur
conduite  l'gard de Peschiera m'avait oblig de penser autrement; que,
du reste, je croyais que ce serait un orage qu'il serait possible 
l'envoy du snat de conjurer. En attendant, ils se prtent de la
meilleure faon  nous fournir ce qui peut tre ncessaire  l'arme.

Si votre projet est de tirer cinq ou six millions de Venise, je vous ai
mnag exprs cette espce de rupture. Vous pourriez les demander en
indemnit du combat de Borghetto, que j'ai t oblig de livrer pour
prendre cette place. Si vous avez des intentions plus prononces, je
crois qu'il faudrait continuer ce sujet de brouillerie, m'instruire
de ce que vous voulez faire, et attendre le moment favorable, que je
saisirai suivant les circonstances: car il ne faut pas avoir affaire 
tout le monde  la fois.

La vrit de l'affaire de Peschiera est que Beaulieu les a lchement
tromps; il leur a demand le passage pour cinquante hommes, et il s'est
empar de la ville. Je fais dans ce moment-ci mettre Peschiera en tat
de dfense, et, avant quinze jours, il faudra de l'artillerie de sige
et un sige en rgle pour la prendre.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 19 prairial an 4 (7 juin 1796).

_A M. le prince de Belmonte-Pignatelli._

L'armistice que nous avons conclu hier sera, je l'espre, le prambule
de la paix. Les ngociations doivent commencer le plus tt possible, et
ds-lors, quoique les troupes tardent  arriver  leurs cantonnemens, je
ne crois pas que ce puisse tre une raison de guerre, ds l'instant que
l'ordre de S. M. le roi de Naples serait parvenu, et que le corps de
troupes serait en marche pour se rendre  sa destination.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 19 prairial an 4 (7 juin 1796).

_Au citoyen Faypoult,  Gnes._

Je ne vous cris pas aussi souvent que je le voudrais.

Je vous ai envoy la relation de l'affaire de Borghetto; aujourd'hui
je vous annonce la prise du faubourg Saint-Georges de Mantoue et le
cernement de cette ville.

Je suis venu  Milan pour mettre  excution le trait de paix avec le
roi de Sardaigne.

Je vous prie de m'instruire des affaires de Corse; je compte faire
passer  Gnes quinze cents fusils de chasse pour les y envoyer pour
soutenir l'insurrection des patriotes.

Je suis instruit que le ministre de l'empereur  Gnes excite les
paysans  la rvolte, et leur fait passer de la poudre et de l'argent.
Si cela est, mon intention est de le faire arrter dans Gnes mme.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 19 prairial an 4 (7 juin 1796).

_Au citoyen Lallement,  Venise._

Je vois avec plaisir que vos discussions avec le snat se sont termines
comme elles le devaient.

Tenez-moi instruit du mouvement de Beaulieu; ne ngligez rien et envoyez
de tous cts des espions pour connatre ses oprations et les renforts
qu'il reoit.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 20 prairial an 4 (8 juin 1796).

_Au citoyen Carnot.._

Je vous dois des remercmens pour les choses honntes que vous me dites.
La rcompense la plus douce des fatigues, des dangers, des chances de
ce mtier-ci se trouve dans l'estime du petit nombre d'hommes qu'on
apprcie.

Par ma lettre au directoire, vous verrez notre position. Si les
bataillons annoncs nous joignent  temps, il nous sera facile d'aller
jusqu' Rome. Cependant, comme les oprations d'Allemagne peuvent
changer notre position d'un moment  l'autre, je crois qu'il serait bon
qu'on me laisst la facult de conclure l'armistice avec Rome, ou d'y
aller: dans le premier cas, me prescrire les conditions de l'armistice;
dans le second, me dire ce que je dois y faire, car nos troupes ne
pourraient pas s'y maintenir long-temps. L'espace est immense, le
fanatisme trs-grand, et la grande disproportion des distances rend les
hommes hardis.

Je serai, ds l'instant que les inondations seront finies,  Livourne et
 Bologne. Je recevrai l vos ordres, et si vous acceptez l'armistice
avec Rome, je le conclurai l.

Nous sommes bientt en juillet, o toutes les marches nous vaudront deux
cents malades.

Il est arriv un commissaire du directoire pour les contributions. Un
million est parti pour Ble pour l'arme du Rhin.

Vous avez  Gnes huit millions, vous pouvez compter l-dessus.

Deux millions encore partaient pour Paris; mais le commissaire m'a
assur que votre intention est que tout aille  Gnes.

Je mriterai votre estime; je vous prie de me continuer votre amiti, et
de me croire pour la vie, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 20 prairial an 4 (8 juin 1796).

_Au gnral Clarke._

Votre jeune cousin m'est arriv hier: il m'a l'air actif, quoique
encore un peu jeune. Je le tiendrai avec moi: il sera bientt  mme
d'affronter le pril et de se distinguer. J'espre qu'il sera digne de
vous, et que j'aurai un bon compte  vous en rendre.

Je suis bien aise de faire quelque chose qui vous soit agrable.

Ici, tout va assez bien; mais la canicule arrive au galop, et il
n'existe aucun remde contre son influence dangereuse. Misrables
humains que nous sommes, nous ne pouvons qu'observer la nature, mais non
la surmonter.

La campagne d'Italie a commenc deux mois trop tard; nous nous trouvons
obligs de rester dans le pays le plus malsain de l'Italie. Je ne vois
qu'un moyen pour ne pas tre battus  l'automne, c'est de s'arranger de
manire  ne pas tre obligs de s'avancer dans le sud de l'Italie.

Selon tous les renseignemens que l'on nous donne, l'empereur envoie
beaucoup de troupes  son arme d'Italie. Nous attendons ici avec
impatience des nouvelles du Rhin. Si notre arme a des succs, comme je
l'espre, il faut que l'on fasse payer  l'empereur son enttement: en
attendant, je vous prie de croire aux sentimens de fraternit.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 21 prairial an 4 (9 juin 1796).

_Au gnral Kellermann._

J'ai vu, avec le plus grand plaisir, les demi-brigades que vous nous
envoyez: elles sont en bon tat et bien disciplines. Je ne crains pas
d'abuser de votre bont; je vous envoie un officier d'artillerie pour
pourvoir, avec les fonds ncessaires, au transport de cinq mille fusils,
que je vous prie instamment de nous faire passer, ainsi que douze
obusiers de 6 pouces, et douze de 8.

J'attends avec empressement votre rponse pour les dix-huit cents hommes
que je vous ai pri de faire mettre  Coni, afin d'en pouvoir retirer la
garnison.

Vous devez avoir reu cent mille francs; je donnerai des ordres pour que
l'on vous en envoie cent mille autres.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 23 prairial an 4 (11 juin 1796).

_Au citoyen Comeiras._

Je ferai fournir trois mille quintaux de bl aux Grisons,  condition
qu'ils nous donneront des chevaux en paiement. J'ai,  votre demande,
fait dtruire le fort de........ Je vous enverrai tout ce que vous
demandez. Il est ncessaire que vous ayez la plus grande surveillance du
ct de la Valteline, pour connatre les mouvemens que Beaulieu pourrait
faire, et m'en prvenir  temps.

Il me serait facile de vous faire passer quelques milliers de fusils de
chasse; mais cela serait-il bien employ dans les mains de nos amis,
et s'il est vrai que les chefs des ligues sont vendus  la maison
d'Autriche, ne serait-il pas dangereux d'accrotre leurs moyens de
nuire?

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 23 prairial an 4 (11 juin 1796).

_Au directoire excutif._

Le gnral Laharpe tait du canton de Berne: les autorits de ce canton
lui ont confisqu ses biens au commencement de la rvolution. Je vous
prie de vous intresser pour les faire rendre  ses enfans.

Les Suisses nous ont fait demander la circulation de quelques milliers
de riz, nous ne leur avons accord qu' condition que le canton de Berne
restituerait au jeune Laharpe les biens de son pre. J'espre que vous
approuverez cette mesure.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 23 prairial an 4 (11 juin 1796).

_Au citoyen Barthlmy, ambassadeur  Ble._

Le canton de Berne a confisqu, au commencement de la rvolution, les
biens de feu le gnral Laharpe; je vous prie de vous intresser pour
les faire rendre  son fils.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 23 prairial an 4 (11 juin 1796).

_Au gnral Moreau._

Je vous fais passer un million que vous tirerez sur Ble, des mains du
citoyen Barthlmy, ambassadeur de la rpublique  Gnes,  qui je donne
ordre de l'adresser.

L'arme d'Italie a demand au directoire la permission de vous faire
passer cet argent, provenant des contributions de guerre, afin de
soulager nos frres d'armes de l'arme du Rhin. Je suis flatt que cette
occasion, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Pavie, le 24 prairial an 4 (12 juin 1796).

_Au chef de l'tat-major._

Vous donnerez les ordres pour que l'on tablisse dans le chteau de
Pavie deux mille lits, avec des fournitures compltes. Le commissaire
des guerres requerra,  cet effet, de la ville, les matelas, couvertures
et draps ncessaires.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Tortone, le 25 prairial an 4 (13 juin 1796).

Le gnral en chef porte plainte  la commission militaire, contre le
seigneur d'Arcquata, M. Augustin Spinola, comme tant le chef de la
rbellion qui a eu lieu  Arcquata, o il a t assassin plusieurs
soldats, dchir la cocarde tricolore, pill les effets de la
rpublique, et arbor l'tendard imprial.

Le seigneur d'Arcquata et sa femme se sont toujours livrs  leurs
instigations perfides.

Je demande que la commission militaire le juge conformment aux lois
militaires.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Tortone, le 25 prairial an 4 (13 juin 1796).

_Au gouverneur d'Alexandrie._

Les officiers et soldats de la garnison de Serravalle ont pris part  la
dernire rbellion des fiefs impriaux; ils ont encourag les paysans,
en leur fournissant des munitions de guerre.

Cette conduite est trs-loigne d'tre conforme aux intentions du roi
et de M. le duc d'Aoste.

Je vous demande de faire punir svrement la conduite indigne de ces
militaires.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Tortone, le 26 prairial an 4 (14 Juin 1796).

_Au chef de l'tat-major._

Vous donnerez l'ordre au vingt-deuxime rgiment de chasseurs  cheval
de se rendre  Vrone, au quartier-gnral du gnral Massna, o il
sera  sa disposition.

Vous donnerez l'ordre  toutes les compagnies de grenadiers ou
dtachemens de demi-brigades qui composent la division du gnral
Massna, de les rejoindre de suite.

Vous donnerez l'ordre au troisime bataillon de la deuxime demi-brigade
de rejoindre sa demi-brigade.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Tortone, le 26 prairial an 4 (14 juin 1796).

_Au snat de la rpublique de Gnes._

La ville de Gnes est le foyer d'o partent les sclrats qui infestent
les grandes routes, assassinant les Franais et interceptant nos
convois, autant qu'il est en eux.

C'est de Gnes que l'on a souffl l'esprit de rbellion dans les fiefs
impriaux. M. Girola, qui demeure dans cette ville, leur a publiquement
envoy des munitions de guerre; il accueille tous les jours les chefs
des assassins, encore dgottans du sang franais.

C'est sur le territoire de la rpublique de Gnes que se commettent une
partie de ces horreurs, sans que le gouvernement prenne aucune mesure;
il parat au contraire, par son silence et l'asile qu'il accorde,
sourire aux assassins.

Malheur aux communes qui voient avec joie et mme avec indiffrence
ces crimes qui se commettent sur leur territoire, et le sang franais
rpandu par des assassins!

Il est indispensable que ce mal ait un terme, et que les hommes qui, par
leur conduite, protgent les brigands, soient trs-svrement punis.

Le gouverneur de Novi les protge, je demande que le gouvernement en
fasse un exemple svre.

M. Girola, qui a fait de Gnes une place d'armes contre les Franais,
doit tre arrt, ou au moins chass de la ville de Gnes.

Ces satisfactions pralables sont dues aux mnes de mes frres d'armes,
gorgs sur votre territoire.

Pour l'avenir, je vous demande une explication catgorique. Pouvez-vous
ou non purger le territoire de la rpublique des assassins qui le
remplissent? Si vous ne prenez pas des mesures, j'en prendrai: je
ferai brler les villes et les villages sur lesquels il sera commis
l'assassinat d'un seul Franais.

Je ferai brler les maisons qui donneront refuge aux assassins. Je
punirai les magistrats ngligens qui auraient transgress le premier
principe de la neutralit, en accordant asile aux brigands.

L'assassinat d'un Franais doit porter malheur aux communes entires qui
ne l'auraient pas protg.

La rpublique franaise sera inviolablement attache aux principes de
la neutralit; mais que la rpublique de Gnes ne soit pas le refuge de
tous les brigands.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Tortone, le 27 prairial an 4 (15 juin 1796).

_Au citoyen Faypoult, ministre  Gnes._

Je vous envoie le gnral Murat, mon aide-de-camp. Je dsire que vous le
prsentiez de suite au snat pour lui remettre lui-mme la note qu'il
vous communiquera. Si vous la prsentiez, il faudrait quinze jours pour
avoir la rponse, et il est ncessaire d'tablir une communication plus
prompte, qui lectrise ces messieurs.

L'arme du Rhin a battu les ennemis. Le gnral Berthier doit vous avoir
envoy le bulletin de Ble.

Tout va bien; je vous embrasse. Les nouvelles de Paris sont du 19: rien
de nouveau.

J'ai fait arrter une quinzaine de chefs de brigands qui assassinaient
nos soldats: ils seront impitoyablement fusills. Dans ce moment-ci, une
division fait justice d'Arcquata et des fiefs impriaux.

Faites placer  Novi un gouverneur meilleur que celui qui y est. Je
n'entends pas que le snat laisse assassiner nos soldats en dtail. Je
lui tiendrai parole.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Tortone, le 27 prairial an 4 (15 juin 1796).

_Au mme._

Nous avons tabli beaucoup de batteries sur la rivire de Gnes; il
faudrait en vendre aujourd'hui les canons et les munitions aux Gnois,
afin de ne pas avoir  les garder, et de pouvoir cependant les trouver
en cas de besoin.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Tortone, le 28 prairial on 4 (16 juin 1796).

_Au gouverneur de Novi._

Vous donnez refuge aux brigands, les assassins sont protgs dans votre
territoire; il y en a aujourd'hui dans tous les villages. Je vous
requiers de faire arrter tous les habitans des fiefs impriaux qui
se trouvent aujourd'hui sur votre territoire; vous me rpondrez de
l'excution de la prsente rquisition; je ferai brler les villes et
les maisons qui donneront refuge aux assassins ou qui ne les arrteront
pas.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Tortone, le 28 prairial an 4 (16 juin 1796).

_Au chef de l'tat-major._

Tous les dtachemens de troupes qui sont dans les villes diffrentes des
tats du roi de Sardaigne rejoindront leurs corps, except les garnisons
de Coni, Ceva, Cherasco, Tortone, Alexandrie, Oneille et Loano.

Il est dfendu aux troupes et convois de l'arme de prendre d'autre
route que par Nice, Coni, Fossano, Asti, Alexandrie, Tortone, Pavie,
Milan, Cassano, Brescia, Peschiera, ou bien Pavie, Pizzigithone,
Crmone, Casal-Major, Borgoforte, ou bien par Gnes, Novi, Tortone; ou
bien par la valle d'Aoste.

Les troupes du roi de Sardaigne s'tant charges d'escorter les convois,
on n'enverra qu'un ou deux hommes d'escorte.

Il ne sera plus fait de rquisitions dans les pays du roi de Sardaigne;
on vacuera tous les magasins que l'on pourrait avoir dans ces pays, sur
les places qui nous restent.

Il est expressment dfendu aux commissaires des guerres d'accorder
aucune route aux soldats isols de leurs bataillons, jusqu' ce qu'ils
soient au nombre de vingt-cinq. A cet effet, les soldats qui se
prsenteront pour rejoindre leurs corps, resteront en subsistance dans
la place jusqu' ce qu'ils soient  ce nombre. Alors, le commissaire des
guerres fera une feuille de route jusqu' l'endroit o ils devront se
sparer pour rejoindre chacun leurs corps.

Les commandans de place auront soin de faire armer les soldats, et
de donner le commandement de ces dtachemens  un sous-officier de
garnison, s'il ne s'en trouve pas parmi ceux qui rejoignent; ce
sous-officier accompagnera le dtachement jusqu' la garnison la plus
prochaine.

Le gnral de division qui commande  Nice aura sous ses ordres tout le
dpartement des Alpes maritimes; il nommera des commandans dans toutes
les tapes, afin de surveiller les soldats passagers et les tapiers.

Le gnral de division qui commande  Coni, aura sous sa surveillance
tout le pays compris entre le dpartement des Alpes maritimes, la Stura,
le Tanaro, jusqu'aux tats de Gnes: ds lors il commandera  Ceva et 
Cherasco; il mettra,  chaque tape, un officier, auquel s'adresseront
tous les militaires qui auront des feuilles de route, et sur le visa
duquel les commandans pimontais feront dlivrer l'tape  nos soldats.

Le gnral de division qui commandera  Tortone, aura sous sa
surveillance tous les pays compris entre le Tanaro, la mer de Gnes, le
P et les tats du duc de Parme; il commandera ds-lors  Alexandrie: il
nommera des officiers pour surveiller les soldats de passage dans chaque
tape. Ce ne sera que sur son visa que les agens du roi de Sardaigne
dlivreront l'tape  nos soldats.

Le gnral commandant la Lombardie commandera; on nommera des officiers
dans chaque tape pour surveiller les tapiers, et maintenir une bonne
discipline chez les soldats de passage.

Le chef de l'tat-major enverra  ces diffrens gnraux la liste des
officiers blesss, surnumraires ou sans emploi, qui pourraient tre
employs  cet effet.

Le chef de l'tat-major nommera deux officiers suprieurs pour
surveiller les routes de Cassano  Peschiera, et de Pizzigithone 
Goito: ces deux officiers se tiendront, le premier,  Chiaro, et le
deuxime,  Casale-Major; ils nommeront des officiers  chaque tape
pour surveiller les soldats et tenir la main  ce que les employs de
Venise dlivrent exactement, et en bonne fourniture, les tapes aux
soldats et aux chevaux.

Chacun des officiers suprieurs aura avec lui quinze hommes de
gendarmerie  cheval et un dtachement de cent cinquante hommes, qui lui
serviront  escorter les prisonniers et  se porter partout o il serait
ncessaire pour la sret de la route.

Le gnral commandant le Mantouan tablira des officiers dans toutes les
tapes de son arrondissement, les gnraux de division en feront autant,
chacun dans son arrondissement, et jusqu' l'tape qui joint la grande
route.

La route de Plaisance joindra la grande communication de l'arme 
Saint-Colombar.

L'officier suprieur qui commande la place de Plaisance aura la
surveillance sur toute la route, depuis Saint-Colombar  Parme.

On mettra neuf jours pour aller de Coni  Pavie, sept de Pavie 
Peschiera, et six de Pavie  Goito.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Bologne, le 3 messidor an 4 (21 juin 1796).


_Au directoire excutif._

La division du gnral Augereau, citoyens directeurs, a pass le P 
Borgoforte, le 28 prairial; il est arriv  Bologne le 1er messidor; il
y a trouv quatre cents soldats qui y ont t faits prisonniers.

Je suis parti de Tortone le 29 prairial; je suis arriv le 1er messidor
 Modne, d'o j'ai envoy l'ordre, par l'adjudant-gnral Vegnat,  la
garnison du chteau d'Urbin d'ouvrir ses portes, de poser les armes, et
de se rendre prisonnire de guerre. J'ai continu ma route pour Bologne;
je suis arriv  minuit. Nous avons trouv, dans le fort Urbin,
cinquante pices de canon bien approvisionnes, cinq cents fusils de
calibre, de trs-beau modle, et des munitions de bouche pour nourrir
six mille hommes pendant deux mois. Le fort Urbin est dans un bon tat
de dfense; il a une enceinte bastionne, revtue et entoure de fosss
pleins d'eau, avec un chemin couvert nouvellement rpar. Il tait
command par un chevalier de Malte, et trois cents hommes que nous avons
faits prisonniers.

Nous avons fait prisonniers,  Bologne, le cardinal lgat, avec tous les
officiers de l'tat-major, et pris quatre drapeaux. Nous avons galement
fait prisonnier le cardinal lgat de Ferrare avec le commandant de ce
fort, qui est un chevalier de Malte. Il y a dans le chteau de Ferrare
cent quatorze pices de canon.

L'artillerie que nous avons trouve  Modne, au fort Urbin et au
chteau de Ferrare, forme un quipage de sige qui nous mettra  mme
d'assiger Mantoue.

Les vingt tableaux que doit nous fournir Parme sont partis. Le clbre
tableau de saint Jrme est tellement estim dans ce pays, qu'on offrait
1,000,000 pour le racheter.

Les tableaux de Modne sont galement partis: le citoyen Barthelemy
s'occupe, dans ce moment-ci,  choisir les tableaux de Bologne; il
compte en prendre une cinquantaine, parmi lesquels se trouve la sainte
Ccile, qu'on dit tre le chef-d'oeuvre de Michel-Ange.

Monge, Berthollet, Thouin, naturaliste, sont  Pavie, o ils s'occupent
 enrichir notre Jardin des Plantes et notre Cabinet d'histoire
naturelle. J'imagine qu'ils n'oublieront pas une collection complte de
serpens, qui m'a paru bien mriter la peine de faire le voyage. Je pense
qu'ils seront aprs-demain  Bologne, o ils auront aussi une abondante
rcolte  faire.

J'ai vu,  Milan, le clbre Oriani: la premire fois qu'il vnt me
voir, il se trouva interdit, et ne pouvait pas rpondre aux questions
que je lui faisais. Il revint enfin de son tonnement: Pardonnez,
me dit-il, mais c'est la premire fois que j'entre dans ces superbes
appartemens; mes yeux ne sont pas accoutums.... Il ne se doutait
pas qu'il faisait, par ce peu de paroles, une critique bien amre du
gouvernement de l'archiduc. Je me suis empress de lui faire payer ses
appointemens et de lui donner tous les encouragemens ncessaires.

Au premier courrier, je vous enverrai une copie des lettres que je lui
ai crites, ds l'instant que j'ai reu la recommandation que vous
m'avez envoye pour lui.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Bologne, le 3 messidor an 4 (21 juin 1796).

_Bonaparte, gnral en chef, aux commissaires du gouvernement prs
l'arme d'Italie._

Les mouvemens actuels d'une partie de l'arme de Wurmser sur la
frontire des Grisons, et les renforts que Beaulieu reoit tous les
jours, ceux plus considrables encore qui sont en marche; l'opration
sur Livourne, que le gouvernement m'a ordonn d'entreprendre, et 
laquelle je n'ai vu aucun inconvnient militaire, comptant sur l'arrive
de six mille hommes, que devait conduire le gnral Chteauneuf-Randon,
lesquels ont reu contre-ordre et sont toujours  Nmes; la garnison que
je serai oblig de laisser dans la place de Livourne; tout nous fait
une ncessit de faire venir, le plus promptement possible, deux
demi-brigades de l'arme des Alpes. Il serait possible d'en tirer une
des deux qui sont  Lyon, et une existante dans le dpartement de la
Drme. Il sera facile au gnral de l'arme des Alpes de remplacer
les deux demi-brigades par des colonnes mobiles, composes de garde
nationale sdentaire mise en rquisition, et je lui fais passer,  cet
effet, 150,000 liv. en numraire, pour subvenir  leur solde.

Je vous requiers donc de prendre les mesures les plus efficaces et les
plus promptes pour que ces deux demi-brigades se rendent de suite 
Milan: le besoin que nous en avons est tellement pressant, que je crois
que l'on doit faire venir les plus prs, et user de tous les moyens pour
activer leur marche et leur arrive  Milan.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Bologne, le 4 messidor an 4 (22 juin 1796).

_Au citoyen Faypoult._

Je viens de recevoir votre courrier; je connais trop bien l'esprit du
perfide gouvernement gnois, pour ne pas avoir prvu la rponse qu'il
aurait faite.

Je viens de recevoir, par un courrier extraordinaire du directoire,
la copie de la note que vous avez prsente lors de la prise de cinq
btimens.

Voil donc deux sujets de plainte; tenez querelle ouverte sur l'un et
l'autre objet. Je vous charge spcialement de prendre les moyens les
plus efficaces pour que l'argent, les bijoux et autres objets prcieux
appartenans  la rpublique, et qui se trouvent  Gnes, soient bientt
vacus de cette place.

Faites appeler chez vous le citoyen Suci, et envoyez-moi, par un
courrier extraordinaire, l'inventaire des effets, quels qu'ils soient,
qui se trouvent  Gnes.

Je vous prie de me tenir instruit, dans le plus grand dtail, de ce qui
concerne notre position avec le snat de Gnes.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Bologne, le 4 messidor au 4 (22 juin 1796).

_A l'adjudant-gnral Leclerc._

Vous vous rendrez  Coire, capitale du pays des Grisons; vous y verrez
le citoyen Comeyras, ministre de la rpublique; vous parcourrez le pays
jusqu'au dbouch de Souabe; vous enverrez des espions prendre des
renseignemens sur la position et les mouvemens de l'ennemi, de l'autre
ct des montagnes. Vous m'instruirez de ce qui pourrait en mriter la
peine, par un courrier extraordinaire, que vous adresserez au gnral
Despinois  Milan.

Vous choisirez les positions que l'ennemi pourrait prendre pour
descendre des montagnes dans le Milanais, en supposant qu'il voult le
tenter.

Vous resterez le temps ncessaire dans ce pays pour le parcourir, le
connatre et acqurir les connaissances sur l'esprit qui anime les
habitans.

BONAPARTE.



Bologne, le 4 messidor an 4 (22 juin 1796).

_Au gnral-chef des ligues grises._

Je vous adresse le citoyen Leclerc, adjudant-gnral, pour vous donner
une marque de l'amiti de la rpublique franaise et du dsir que j'ai
de vous tre utile, comptant sur une parfaite rciprocit de votre part.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Bologne, le 5 messidor an 4 (23 juin 1796).

_Au ministre de la rpublique  Venise._

Je vous prie, citoyen ministre, de mettre plus d'activit dans votre
correspondance secrte, et de pouvoir me faire passer tous les jours un
bulletin des forces et des mouvemens de l'ennemi. Vous devriez avoir des
espions  Trente,  Roveredo,  Inspruck, et avoir tous les jours des
bulletins de ces endroits: c'est ainsi que fait le citoyen Barthlmy 
Ble, et qui, par l, rend des services majeurs  la rpublique. Je
suis instruit, par une voie indirecte, que Venise arme, et vous ne
m'instruisez pas de quelle nature et de quelle force sont ces armemens.
Vous sentez combien il importe que je sois instruit  temps sur des
objets pareils.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Bologne, le 5 messidor an 4 (23 juin 1796).

_Au citoyen Miot, ministre  Florence._

Je vous envoie le citoyen Marmont, mon aide-de-camp, chef de bataillon,
pour remettre une lettre au grand-duc de Toscane; elle est sous cachet
volant, afin que vous puissiez en voir le contenu. Je dsirerais que
vous le prsentassiez  son Altesse Royale. Si vous voulez me parler,
crivez ici avant demain matin.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Bologne, le 8 messidor an 4 (26 juin 1796).

_Au citoyen Miot._

J'apprends  l'instant qu'en consquence d'un ordre gnral qui a t
donn de ne rien laisser passer de ce qui se rendrait  Bologne, 
Florence, il pourrait se faire que M. Manfredini n'et pas pu passer,
et qu'il ft encore  Bologne. Si cela tait, je serais dsespr de
ce contre-temps. Je vous prie de faire mes excuses au grand-duc, et de
faire partir de suite un courrier pour Bologne avec l'ordre ci-joint.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Livourne, le 9 messidor an 4 (27 juin 1796).

Le gnral chef de l'tat-major donnera sur-le-champ les ordres les plus
prcis au chef de bataillon Hulin, commandant la place de Livourne, de
faire arrter le gouverneur de la ville aussitt qu'il sera inform que
la soixante-quinzime demi-brigade arrivera; que ce gouverneur soit mis
sous bonne garde dans une maison prs du camp, pour le faire partir de
l pour Florence, dans une voiture qui sera escorte, lorsque le gnral
en chef aura dtermin l'heure du dpart de cet officier, pour lequel on
aura d'ailleurs tous les gards convenables.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Livourne, le 11 messidor an 4 (29 juin 1796).

Le gnral Vaubois tiendra garnison  Livourne avec la
soixante-quinzime demi-brigade, une compagnie d'artillerie et un
escadron du premier rgiment de hussards; il fera mettre les batteries
qui dfendent l'entre du port dans un bon tat de dfense, les fera
arranger de manire qu'il n'y ait que des pices d'un ou de plus deux
calibres  chaque batterie; il fera monter des grils  boulets rouges,
et aura soin que les pices soient approvisionnes  cent coups; il
choisira un fort de la ville, celui le plus dans le cas de se dfendre,
et qui a des communications avec l'intrieur; il fera mettre ce fort en
tat de dfense; fera,  cet effet, les dplacemens d'artillerie qu'il
jugera ncessaires; tablira un magasin o il y ait de quoi nourrir
deux mille hommes pendant quarante jours avec tous les accessoires pour
soutenir le sige.

Il n'pargnera aucun moyen pour maintenir Livourne dans une parfaite
tranquillit; il fera en sorte de s'attacher les troupes du grand-duc de
Toscane, sur lesquelles il aura toujours l'oeil; il se maintiendra en
bonne harmonie avec le gouverneur; il lui renverra toutes les affaires
de dtail; lui montrera de grands gards, surtout en particulier; mais
conservera sur lui, surtout en public, une grande supriorit. S'il
y avait  Livourne des complots ou toute autre chose qui intresst
l'existence des troupes franaises, il prendra alors toutes les mesures
ncessaires pour rtablir le calme et punir les malintentionns. Il
n'pargnera ni les personnes, ni les proprits, ni les maisons.

Dans toutes les affaires difficiles qui pourraient lui survenir, il
consultera le citoyen Miot, ministre de la rpublique franaise 
Florence, qui sera  mme de lui donner de bons renseignemens.

Il protgera le consul dans l'opration intressante dont il est charg:
se trouvant le premier agent de la rpublique  Livourne, il surveillera
tous les intrts de la rpublique, et me rendra compte de tous les abus
qu'il ne dpendrait pas de lui de rprimer.

Il vivra d'une manire convenable; il aura souvent  sa table les
officiers du grand-duc et les consuls des puissances trangres: il lui
sera accord  cet effet des dpenses extra-ordinaires. Il nommera un
officier pour surveiller le port; il nommera un commandant de chaque
fort; il maintiendra les corsaires dans une svre discipline, et
veillera  ce qu'ils respectent le pavillon neutre, et spcialement
le pavillon espagnol. Il se fera, tous les jours, rendre compte des
rapports des vigies; il me tiendra inform de tout ce qui se passe dans
le pays o il se trouve, et m'enverra le rapport de toutes les nouvelles
de Corse qui lui arriveront. Il crira aux fiefs impriaux qui
environnent la ville, afin qu'ils reconnaissent la rpublique, et il
me fera part du nombre de ces fiefs, et de leur population, de leur
richesse, et de l'esprit qui les anime. Il maintiendra une svre
discipline vis--vis ses troupes; il tiendra la main  ce que tous les
soldats soient caserns, et que personne, depuis le gnral, jusqu'au
dernier employ, ne soit log chez l'habitant. Il aura avec lui un
adjudant-gnral, un commissaire des guerres, un employ de chaque
partie de l'administration.

BONAPARTE.



Livourne, le 12 messidor an 4 (30 juin 1796). _Au consul de la
rpublique  Livourne._


Le consul de la rpublique  Livourne fera lever les scells et dresser
les inventaires de tous les magasins appartenans  l'Angleterre et aux
ngocians anglais,  l'empereur,  la czarine de Russie, et enfin aux
princes ou particuliers des tats avec lesquels nous sommes en guerre.
Il fera faire toutes les dmarches, et prendra toutes les mesures
ncessaires pour dcouvrir, faire restituer et saisir toutes les
marchandises qui auraient t mises en dpt par les diffrens
particuliers chez des ngocians livournais; il fera mme solder  cet
effet tout ce qu'il croira ncessaire.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Bologne, le 14 messidor an 4 (2 juillet 1796).

_Au directoire excutif._

Ds l'instant, citoyens directeurs, que l'arme impriale fut battue
sur le Mincio, l'on vit avancer l'artillerie de sige, et, du 39 au
30 prairial, on ouvrit la tranche devant le chteau de Milan. Le
9 messidor, nos batteries se dgagrent  la fois, et, pendant
quarante-huit heures, obtinrent une telle supriorit de feu, que le
gouverneur battit la chamade, et capitula le 11  trois heures du matin.

Nous avons trouv dans ce fort cinq mille fusils, deux cent milliers de
poudre, cent cinquante bouches  feu, et des approvisionnemens assez
considrables. Le gnral Despinois a command ce sige. Il a reu, le
jour de l'ouverture de la tranche, le brevet de gnral de division
que vous lui avez envoy [9]. Le citoyen Lekain, chef de bataillon, a
command le gnie, et le citoyen Verrire, l'artillerie. Je suis bien
aise de saisir cette occasion pour tmoigner la satisfaction que j'ai de
l'activit et du zle du citoyen Chasseloup, chef de brigade, commandant
le gnie de l'arme.

BONAPARTE.

[Footnote 9: Ce gnral Despinois est le mme qui commandait Paris en
1816.]





Au quartier-gnral de Roveredo, le 17 messidor an 4 (5 juillet 1796).

Au directoire excutif. Aprs le combat de Borghetto, citoyens
directeurs, les ennemis se sont retirs sur les hautes montagnes pour
nous dfendre les issues du Tyrol; ils ont tir des lignes, qu'ils ont
fortifies avec beaucoup de soins, entre la tte du lac de Garda et
l'Adige. Massna ordonna au gnral Joubert d'attaquer les ennemis par
la Bochetta de Campion. Le chef de bataillon Marchand se mit en marche,
tourna l'ennemi par la droite: ce fut le signal de l'attaque. Les armes
sur le bras et sans tirer un coup de fusil, nos soldats gravirent les
rochers escarps, turent cent hommes, firent deux cents prisonniers,
avec quatre cents tentes et tous les bagages. Pendant ce temps-l, le
chef de bataillon Recco, officier de la plus grande bravoure, tourna
l'ennemi par la gauche, s'empara de l'excellente position de Belone,
tua trois cents hommes, et fit soixante-dix prisonniers. L'ennemi a
abandonn des retranchemens que nous n'aurions pas construits en six
mois, tout a t culbut; et un mois de fatigues, de peines, est perdu
en un instant.

Voil le premier combat qui a eu lieu entre les deux armes, depuis que
le nouveau gnral la commande.

J'irai bientt attaquer l'escadre autrichienne qui tient le lac de
Garda.

Voici les traits de bravoure qui ont honor les rpublicains dans cette
affaire:

Claude Roche, carabinier de la deuxime compagnie de la onzime
demi-brigade d'infanterie lgre, sauta le premier dans les
retranchemens ennemis, tua l'officier; et, sans s'arrter  sa montre
qui paraissait, ni  ses dpouilles, il se saisit de son sabre nu, en
tua un Autrichien, et en fit trois prisonniers.

Jean Gerrin, de la mme compagnie, tombe sur douze Autrichiens, les met
en joue: son fusil ratte, il se jette sur eux le sabre  la main, coupe
le bras au premier; les autres tombent  ses genoux et se rendent.

Ardionne, sous-lieutenant de la mme compagnie, le mme qui, avec une
vingtaine d'hommes, s'empara de la pice de 13  Borghetto, s'est
toujours prsent dans les retranchemens,  la tte des carabiniers,
auxquels son exemple fait affronter tous les dangers.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Roveredo, le 17 messidor an 4 (5 juillet 1796).

_Au citoyen Faypoult, ministre de la rpublique  Gnes._

Je prfre que les dserteurs allemands prennent plutt du service dans
l'arme espagnole que dans l'arme vnitienne, c'est pourquoi je vous
prie de prvenir le recruteur espagnol que je l'autorise  se rendre 
Brescia, o je lui ferai passer tous les dserteurs allemands.

Je suis ici depuis hier. Le gnral Massna a t chercher l'ennemi,
lui a tu quatre cents hommes, et lui a fait trois cent cinquante
prisonniers.

Je m'approcherai  mesure de vos murs.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Roveredo, le 17 messidor an 4 (5 juillet 1796).

_A l'ordonnateur de la marine  Toulon,_

Il va partir de Bologne quatre-vingt voitures charges de chanvre pour
Nice, o elles seront  votre disposition.

J'ai crit au ministre de la marine, pour le prvenir qu'il pourrait
envoyer des commissaires  Rome pour toucher jusqu' concurrence de
4,000,000 liv. numraire.

Je serai toujours empress de faire quelque chose qui puisse contribuer
 la restauration de notre marine, quoiqu'au fond il faille un ordre du
gouvernement.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Roveredo, le 18 messidor an 4 (6 juillet 1796).

_Au citoyen Carnot, membre du directoire excutif._

Le gnral Berthier est furieux de la victoire imaginaire que les
gazetiers allemands font remporter  Beaulieu sur nous. Quant  moi, je
trouve que ces messieurs ont raison de chercher  se consoler par le
seul moyen qui leur reste: les rves ont toujours t la consolation des
malheureux!

Toutes nos affaires diplomatiques en Italie, hormis Gnes et Venise,
sont termines.

Venise, le moment n'est pas favorable; il faut auparavant prendre
Mantoue et bien battre Wurmser.

Quant  Gnes, le juste moment est arriv. J'cris l-dessus longuement
au directoire: je suis de l'avis du citoyen Faypoult, qui est de chasser
du gouvernement une vingtaine de familles qui nous ont trahis dans tous
les temps, et de faire rappeler au contraire celles exiles qui ont
montr de l'amiti pour nous. Ds l'instant que je connatrai vos
intentions l-dessus, je me mettrai en devoir de les excuter: en
attendant, je vais commencer les ngociations pour les dix millions.

Tout va assez bien; l'ennemi se renforce; nous ne le chercherons pas,
 moins qu'il ne s'approche trop de l'Adige, et nous allons concentrer
tous nos moyens pour enlever Mantoue.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Roveredo, le 18 messidor an 4 (6 juillet 1796).

_Le gnral en chef Bonaparte au directoire excutif._

J'apprends  l'instant, citoyens directeurs, que la garnison de Mantoue
a fait une sortie; elle est rentre plus vite qu'elle n'tait sortie, en
laissant une cinquantaine de morts.

Je ferai ce soir une dernire reconnaissance pour fixer les dernires
oprations du sige; dans quatre ou cinq jours, la tranche sera
ouverte.

Les divisions de l'arme qui sont sur les montagnes du Tyrol se portent
parfaitement bien. La division du gnral Serrurier, qui assige
Mantoue, et qui est forte de sept mille hommes, commence  avoir
cinquante malades tous les jours. Il m'est impossible de tenir moins de
monde autour de Mantoue, o il y a au moins huit ou dix mille hommes
de garnison. Il y a un mois que je tiens cette place bloque de cette
manire. L'ennemi, instruit probablement de la faiblesse des assigeans,
a voulu souvent faire des sorties, et a t toujours battu.

Mais actuellement je suis oblig de renforcer cette division, puisque
l'ouverture de la tranche va commencer. J'espre que nous aurons
bientt la ville, sans quoi nous aurions bien des malades.

Wurmser commence  faire des mouvemens pour chercher  dbloquer
Mantoue. J'attends avec quelque impatience les dix bataillons de l'arme
de l'Ocan, que vous m'avez annoncs depuis long-temps, et dont je n'ai
pas encore eu de nouvelles.

Je ne m'occuperai des demandes  faire  Venise que lorsque l'affaire
de Gnes sera finie, Mantoue pris, et les affaires qui vont s'entamer
termines.

On porte les renforts arrivs  l'ennemi  trente-un mille hommes, dont
dix mille Tyroliens; dix-huit mille, reste de l'arme de Beaulieu; huit
mille, garnison de Mantoue: en tout, soixante-sept mille hommes.

Voici la force de notre arme: Division de Massna, treize mille hommes;
de Sauret, huit mille; d'Augereau, huit mille; Serrurier, sept mille;
Despinois, cinq mille; cavalerie, trois mille: en tout, quarante mille
hommes.

Vous voyez la grande supriorit qu'a sur nous l'ennemi.

Dans les quarante mille hommes dont il est question, les garnisons de
Livourne, de Milan, de Pavie, de Tortone, etc., ne sont pas comprises.

Je vous ai annonc, dans ma dernire lettre, que j'avais demand six
mille fusils  la rpublique de Lucques: ils taient dj en chemin;
mais, n'tant pas de calibre, je les ai renvoys.

J'ai fait squestrer  Livourne tous les biens appartenans aux
Napolitains, vu que, par l'armistice, la suspension d'armes n'est cense
devoir commencer qu'au moment o la cavalerie napolitaine sera rendue
dans les positions qui lui sont indiques. Je crois cependant que vous
pourrez ordonner la restitution des biens appartenans aux Napolitains,
par un article du trait de paix. J'ai ordonn que tous les inventaires
des effets appartenans aux Napolitains fussent faits devant leur consul.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Roveredo, le 18 messidor an 4 (6 juillet 1796).

_Au directoire excutif._

Je vous ai fait passer, citoyens directeurs, par mon dernier courrier,
la demande que j'avais faite au snat de Gnes, pour qu'il chasst le
ministre de l'empereur, qui ne cessait de fomenter la rbellion dans les
fiefs impriaux, et de faire commettre des assassinats. Vous recevrez
la note que le secrtaire d'tat a communique au citoyen Faypoult,
et qu'il m'a envoye. Vous recevrez galement une lettre du ministre
Faypoult, relativement aux affaires de Gnes; je vous prie de la prendre
en considration, et de me donner vos ordres l-dessus. Quant  moi,
je pense, comme le ministre Faypoult, qu'il faudrait chasser du
gouvernement de Gnes une vingtaine de familles qui, par la constitution
mme du pays, n'ont pas le droit d'y tre, vu qu'elles sont feudataires
de l'empereur ou du roi de Naples; obliger le snat  rapporter le
dcret qui bannit de Gnes huit ou dix familles nobles: ce sont celles
qui sont attaches  la France, et qui ont, il y a trois ans, empch la
rpublique de Gnes de se coaliser. Par ce moyen-l, le gouvernement de
Gnes se trouverait compos de nos amis, et nous pourrions d'autant plus
y compter, que les nouvelles familles bannies se retireraient chez les
coaliss, et ds-lors les nouveaux gouvernans de Gnes les craindraient,
comme nous craignons le retour des migrs. Si vous approuvez ce
projet-l, vous n'avez qu' m'en donner l'ordre, et je me charge des
moyens pour en assurer l'excution.

J'attends la rponse  cette lettre dans la premire dcade de
thermidor.

BONAPARTE.



_Au quartier-gnral  Roveredo, le 18 messidor an 4 (6 juillet 1796)._

Le gnral en chef est instruit qu'il s'est commis des abus de toute
espce, et que les bons habitans du duch de Mantoue sont fouls par des
rquisitions abusives: il ordonne en consquence:

1. Qu'il y aura trois assembles dans le duch de Mantoue, composes
d'un dput par commune, qui s'assembleront le 24 du mois.

La premire assemble se tiendra  Roverbello, et comprendra les dputs
de tous les pays entre le Mincio, le P et les tats de Venise.

La seconde assemble se tiendra  Couraque, et comprendra les dputs de
tous les pays compris au-del du P.

La troisime se tiendra  Castiglione de Scrivia, et comprendra les
dputs de tous les pays compris entre le Mincio, le P, le Bressan et
la Lombardie.

2. Chaque dput portera avec lui: 1 son acte de dputation par sa
municipalit; 2 un cahier des plaintes que les habitans ont  porter
contre les diffrens individus de l'arme; 3 un tat des contributions
en argent que le pays a fournies, et entre les mains de qui; 4 un tat
des contributions en nature qui ont t fournies, et  qui donnes; 5
un tat de ce qui a t trouv dans les caisses publiques; 6 un tat
des impositions directes et indirectes, et ce qui est d.

3. Chaque assemble sera prside par le plus ancien d'ge; elle
s'assemblera dans un local qui sera dsign par les municipalits o
elles se runiront.

4. Chaque assemble nommera trois dputs pour se rendre avec tous les
cahiers de plaintes et les tats ci-dessus annoncs, auprs du gnral
en chef. Immdiatement aprs, l'assemble sera dissoute; elle ne pourra
durer plus de douze Heures.

5. Le gnral en chef dfend, sous les peines les plus svres, aux
agens de services, aux commissaires des guerres, aux officiers, de faire
aucune rquisition,  moins qu'elle ne soit signe de l'ordonnateur en
chef.

BONAPARTE.



_Au quartier-gnral  Roveredo, le 19 messidor an 4 (7 juillet 1796)._

_ M. le provditeur-gnral._

Je reois plusieurs rapports des assassinats qui ont t commis par les
habitans du Pont de Saint-Marc contre les Franais.

Je ne doute pas que vous n'y mettiez ordre le plus tt possible, sans
quoi les villages se trouveront exposs au juste ressentiment de
l'arme, et je ferai sur eux un exemple terrible.

Je me flatte que vous ferez arrter les coupables, et que vous
placerez de nouveaux dtachemens dans cette ville pour assurer les
communications.

BONAPARTE.



_Au quartier-gnral  Vrone, le 20 messidor an 4 (8 juillet 1796)._

_ M. le provditeur-gnral._

Il y a entre les troupes franaises et les Esclavons une animosit que
des malveillans se plaisent sans doute  cimenter. Il est indispensable,
monsieur, pour viter de plus grands malheurs, aussi fcheux que
contraires aux intrts des deux rpubliques, que vous fassiez sortir,
demain, de Vrone, sous les prtextes les plus spcieux, les bataillons
d'Esclavons que vous avez dans cette ville.

BONAPARTE.



_Au quartier-gnral  Vrone, le 21 messidor an 4 (9 juillet 1796)._

_Au mme._

Les circonstances actuelles de la guerre et la ncessit de dfendre
Vrone, m'obligent, monsieur,  placer de l'artillerie sur les remparts
de cette ville. J'ai l'honneur de vous prvenir que j'ai donn,  cet
effet, des instructions au gnral d'artillerie.

BONAPARTE.



_Au quartier-gnral  Vrone, le 34 messidor an 4 (12 juillet 1796)._

_Au directoire excutif._

Le gnral Sauret, avec trois mille hommes, dfend depuis Salo, situ
sur le lac de Garda, jusqu'au lac d'Iseo.

Le gnral Massna, avec douze mille hommes, dfend depuis Torre jusqu'
Rivalta sur l'Adige, et de l il dfend le passage de l'Adige jusqu'
San-Giovanni, trois milles plus bas que Vrone. La ville de Vrone a
t mise en tat de dfense, en se servant de l'artillerie trouve dans
cette place.

Le gnral Despinois dfend, avec cinq mille hommes, depuis San-Giovanni
jusqu' Runco.

Le gnral Augereau, avec huit mille hommes, dfend depuis Runco jusqu'
Gastaniara; il y a des cluses par le moyen desquelles on peut inonder
tout le pays infrieur.

Le gnral Kilmaine, avec deux mille hommes de cavalerie et douze pices
d'artillerie lgre, est  Valeze, pour se porter partout o l'ennemi
voudrait tenter un passage.

Porto-Legnago, o il y a un pont sur l'Adige, est mis en tat de
dfense, en se servant de l'artillerie vnitienne trouve dans cette
place.

Indpendamment des ponts que nous avons  Porto-Legnago et  Vrone, je
fais tablir, vis--vis la Chiusa, un pont de bateaux, dfendu par de
bonnes batteries de position.

Par le moyen de ces trois passages, l'arme passera rapidement, au
premier mouvement de l'ennemi, de la dfensive  l'offensive.

L'ennemi a ses avant-postes  Alta,  Malsesena, et il pousse maintenant
des colonnes assez considrables derrire la Brenta; il a  peu prs
huit mille hommes  Bassano.

Nous sommes, depuis plusieurs jours, en observation dans cette position.

Malheur  celui qui calculera mal!...

Quant  nous, nous sommes uniquement occups au sige de Mantoue. Je
mdite un coup hardi: les bateaux, les habits autrichiens, les batteries
incendiaires, tout sera prt le 28. Les oprations ultrieures
dpendront entirement de la russite de ce coup de main, qui, comme
ceux de cette nature, dpend absolument du bonheur, d'un chien ou d'une
oie.

Cette position de choses m'a fait penser qu'il fallait diffrer de dix 
douze jours l'opration de Gnes, d'autant plus que j'aurai reu rponse
d'une lettre que je vous ai crite.

Vous trouverez, ci-joint, copie d'une lettre que j'ai en consquence
crite au ministre de la rpublique, Faypoult. M. Cattaneo, que le snat
de Gnes a envoy prs de moi, m'a joint ce matin, il a t, comme vous
pensez, extrmement satisfait de ce que je lui ai dit. Les dmarches que
fera Faypoult, et d'autres oprations accessoires, achveront de nous
faire parvenir  notre but, qui est de gagner une quinzaine de jours, au
bout duquel temps notre situation en Italie sera tellement dcide, que
je suivrai, sans obstacle, de point en point, les ordres que vous me
donnerez sur Gnes et sur Venise.

Cette dernire rpublique arme  force. Le citoyen Lallement ne
m'a point prvenu, comme il aurait d le faire, de la nature et de
l'activit des armemens. Je vous fais passer copie de la note qu'il a
crite au snat, et de la rponse du snat. Au reste, je suis matre
de toutes les places fortes de la rpublique de Venise sur l'Adige.
Peut-tre jugerez-vous  propos de commencer ds  prsent une petite
querelle au ministre de Venise  Paris, pour que, aprs la prise de
Mantoue et que j'aurai chass les Autrichiens de la Brenta, je puisse
trouver plus de facilit pour la demande que vous avez intention que je
leur fasse de quelques millions.

Nous commenons  avoir beaucoup de malades devant Mantoue; mais pas un
n'est encore mort. Les chaleurs sont excessives, et l'air de Mantoue
extrmement pestilentiel.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 25 messidor an 4 (13 juillet 1796).

_Au citoyen Faypoult, ministre  Gnes._

Je n'ai pas encore vu M. Cattaneo, citoyen ministre: lorsque je le
verrai, il sera content de moi, et je n'oublierai rien de tout ce qui
peut l'endormir, et donner au snat un peu plus de confiance.

Le temps de Gnes n'est pas encore venu, pour deux raisons:

1. Parce que les Autrichiens se renforcent, et que bientt j'aurai une
bataille. Vainqueur, j'aurai Mantoue, et alors une simple estafette 
Gnes vaudra la prsence d'une arme;

2. Les ides du directoire excutif sur Gnes ne me paraissent pas
encore fixes.

Il m'a bien ordonn d'exiger la contribution; mais il ne m'a permis
aucune opration politique. Je lui ai expdi un courrier extraordinaire
avec votre lettre, et je lui ai demand des ordres, que j'aurai  la
premire dcade du mois prochain. D'ici  ce temps-l, oubliez tous les
sujets de plainte que nous avons contre Gnes.

Faites-leur entendre que vous et moi nous ne nous en mlons plus,
puisqu'ils ont envoy M. Spinola  Paris. Faites-leur entendre que nous
sommes trs-contens du choix, et que cela nous est garant de leurs
bonnes intentions. Dites-leur positivement que j'ai t trs-satisfait
des mesures qu'ils ont prises relativement a M. Girola; enfin, n'oubliez
aucune circonstance pour faire renatre l'esprance dans le coeur du
snat de Gnes, et l'endormir jusqu'au moment du rveil.

J'ai reu toutes vos notes. Votre correspondance me devient extrmement
intressante.

Vous trouverez, ci-joint, une lettre que m'crit M. Vincent Spinola.
Il me semble qu'il y a un territoire qui se trouve en discussion entre
Gnes et le Pimont. Donnez-moi, l-dessus, des explications. Faites-moi
savoir quel intrt ils y mettent, et, sur la demande du snat,
dites-leur qu'il serait possible qu'on les mt de suite en possession;
enfin, citoyen ministre, faites en sorte que nous gagnions quinze jours,
et que l'espoir renaisse, ainsi que la confiance entre vous et le
gouvernement gnois, afin que, si nous tions battus, nous le trouvions
ami.

Faites passer promptement  Tortone tout ce qui se trouve chez M. Balbi.
L'intention du directoire est de runir tout  Paris, pour faire une
grande opration de finance. J'y ferai passer trente millions.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 26 messidor an 4 (14 juillet 1796).

_Au directoire excutif._

Toutes les troupes des divisions qui ont t employes  l'expdition de
Livourne et de Bologne ont repass le P, j'ai seulement ordonn qu'on
laisst dans la citadelle de Ferrare quatre cents hommes.

La lgation de Ferrare, par le trait, doit rester unie  la rpublique
franaise.

Un moine, arriv de Trente, a apport la nouvelle dans la Romagne que
les Autrichiens avaient pass l'Adige, dbloqu Mantoue, et marchaient
 grandes journes dans la Romagne. Des imprims sditieux, des
prdicateurs fanatiques prchrent partout l'insurrection; ils
organisrent en peu de jours ce qu'ils appelrent l'arme catholique et
papale; ils tablirent leur quartier-gnral  Lugo, gros bourg de la
lgation de Ferrare, quoique enclav dans la Romagne.

Le gnral Augereau donna ordre au chef de brigade Pouraillier d'aller
soumettre Lugo. Cet officier,  la tte d'un bataillon, arriva devant
cette bourgade, o le tocsin sonnait depuis plusieurs heures; il y
trouva quelques milliers de paysans. Un officier de grenadiers se porta
en avant en parlementaire: on lui fit signe d'avancer, et, un instant
aprs, il fut assailli d'une grle de coups de fusil. Ces misrables,
aussi lches que tratres, se sauvrent: quelques centaines sont restes
sur la place.

Depuis cet vnement, qui a eu lieu le 18, tout est rentr dans l'ordre
et est parfaitement tranquille.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Castiglione, le 2 thermidor an 4 (31 juillet
1796).

_Au directoire excutif._

J'ai  vous parler, citoyens directeurs, de notre position militaire,
administrative et politique  Livourne.

Les batteries contre la mer sont en bon tat; nous avons rpar
une citadelle o la garnison peut se mettre  l'abri contre une
insurrection. Nous y avons deux mille huit cents hommes de garnison de
trs-bonnes troupes, deux compagnies d'artillerie, et un bon officier de
gnie. Si l'arme tait oblige d'abandonner le nord de l'Italie, cette
garnison se retirerait par Massa et la rivire de Gnes. Le gnral
Vaubois, qui y commande, est un homme sage, ferme, et bon militaire.

Lors de notre entre  Livourne, j'ai charg le citoyen Belleville,
consul de la rpublique dans cette place, de mettre les scells sur tous
les magasins appartenans aux Anglais, Portugais, Russes, et  toutes les
autres puissances avec qui nous sommes en guerre, ainsi qu'aux ngocians
de ces diffrentes nations. Je prviens le citoyen Belleville qu'il
serait personnellement responsable des dilapidations qui pourraient
avoir lieu. Cet homme est gnralement estim par sa probit. Aprs mon
dpart, une nue d'agioteurs gnois sont venus pour s'emparer de toutes
ces richesses. Toutes les mesures que j'avais prises ont t dranges,
et l'on a substitu  un seul responsable, des commissions, o tout le
monde dilapide en amusant son voisin. Vous trouverez ci-joint l'extrait
de deux lettres du gnral Vaubois: on se conduit d'une manire dure
envers les ngocians livournais, on les traite avec plus de rigueur que
vous n'avez intention que l'on se conduise envers les ngocians anglais
mmes: cela alarme le commerce de toute l'Italie, et nous fait passer
 ses yeux pour des Vandales, et cela a entirement indispos les
ngocians de la ville de Gnes; la masse du peuple de cette ville, qui
nous a toujours t favorable, est actuellement trs-prononce contre
nous.

Si notre conduite administrative  Livourne est dtestable, notre
conduite politique envers la Toscane n'est pas meilleure. Je me
suis toujours gard de faire aucune espce de proclamation, et
j'ai expressment ordonn qu'on ne ft en apparence aucun acte de
gouvernement. La proclamation qui a t publie vous prouvera combien
l'on fait peu de cas de ma manire de voir et des ordres que j'ai
donns. La mesure de chasser les migrs de Livourne et de vingt lieues
 la ronde, par une proclamation, est aussi inutile qu'impolitique. Il y
a trs-peu d'migrs dans Livourne, le grand-duc mme a donn des ordres
pour les chasser. Il tait bien plus simple d'en faire arrter trois ou
quatre par les autorits mme du pays: alors le peu qui reste se serait
bientt sauv. Cette proclamation, o l'on s'attribue une juridiction
sur vingt lieues de pays, est d'un trs-mauvais effet,  moins que (ce
qui est extrmement contraire  vos instructions), nous ne voulions
prendre le ton et la politique de l'ancienne Rome.

Les Anglais se sont empars de Porto-Ferrajo. Matres de la mer comme
ils le sont, il tait difficile de s'opposer  cette entreprise. Quand
nous serons matres de la Corse, ce qui ne doit pas tarder, il nous
deviendra possible de les chasser de cette le. Je vous envoie copie
de la lettre que m'a crite le grand-duc de Toscane, de celle de notre
ministre  Florence, et la copie de la rponse.

Dans la position actuelle de l'Italie, il ne faut nous faire aucun
nouvel ennemi, et attendre la dcision de la campagne pour prendre un
parti conforme aux vrais intrts de la rpublique. Vous sentirez sans
doute alors qu'il ne nous convient pas de laisser le duch de Toscane
au frre de l'empereur. Je dsirerais que jusqu'alors l'on ne se permt
aucune menace, ni aucun propos  Livourne, contre la cour de Toscane.
Les moindres de mes paroles et de celles de vos commissaires sont pies
et rapproches avec une grande importance; mais l'on croit toujours tre
ici dans les couloirs de la convention.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Castiglione, le 2 thermidor an 4 (20 juillet
1796).

_Au directoire excutif._

Le citoyen Comeyras, ministre de la rpublique prs les Grisons, s'est
rendu ces jours derniers au quartier-gnral: il aurait dsir qu'en
consquence des capitulats qui existaient entre l'archiduc de Milan et
les ligues grises, j'eusse fait fournir du bl  ces dernires. Nous
avons mme eu une petite discussion, parce qu'il prtendait que vous
aviez ordonn cette fourniture; mais, par la lecture de la lettre que le
ministre Lacroix m'a crite, il a t convaincu que ce n'tait qu'une
simple autorisation pour le faire si je le jugeais convenable. Je lui ai
ds-lors fait observer qu'il m'tait impossible de fournir la quantit
de bl qu'il dsirait,  moins que les ligues ne demandassent
l'excution de cet article des capitulats; ce qui nous mettrait en
droit d'exiger le passage qui est accord  l'archiduc de Milan, en
indemnisation de ladite fourniture.

Nous avons arrt en consquence qu'arriv  Coire, il crirait aux
chefs des ligues qu'il avait prouv quelques obstacles  obtenir
l'excution de l'ordre du directoire pour la fourniture des bls, qui
ne pouvait avoir lieu qu'en me faisant connatre officiellement les
capitulats. Le commissaire Comeyras m'a demand de l'argent pour payer
les pensions des Grisons; il croit qu'avec 60,000 francs notre parti
dans ce pays serait considrablement accru.

Si les circonstances de la guerre nous conduisaient dans le pays des
Grisons, ou si nous avions besoin d'y avoir une force pour s'opposer aux
incursions des ennemis, y aurait-il de l'inconvnient  faire un corps
de tous les Suisses qui ont t au service de France et qui sont
pensionns: ce qui formerait un corps d'lite de 800 hommes, connaissant
parfaitement les chemins, et qui nous seraient d'un grand secours?

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Castiglione, le 2 thermidor an 4 (20 juillet
1796).

_Au directoire excutif._

Messieurs du snat de Venise voulaient nous faire comme ils firent 
Charles VIII. Ils calculaient que comme lui nous nous enfoncerions dans
le fond de l'Italie, et nous attendaient probablement au retour.

Je me suis sur-le-champ empar de la citadelle de Vrone, que j'ai arme
avec leurs canons, et en mme temps j'ai envoy un courrier au citoyen
Lallement, notre ministre  Venise, pour lui dire d'enjoindre au snat
de cesser ses armemens. Vous avez vu les notes que je vous ai envoyes
l-dessus par mon dernier courrier, dj l'armement a discontinu.

La rpublique de Venise nous a dj fourni 3,000,000 pour la nourriture
de l'arme; ce n'est pas elle qui fournit, mais un entrepreneur qu'elle
paye secrtement. J'en tais ainsi convenu avec le provditeur-gnral,
en convenant cependant qu'un jour la rpublique franaise paierait.

Cet entrepreneur est venu plusieurs fois me trouver pour avoir de
l'argent: je l'ai renvoy avec des promesses, et ordre positif de
continuer  fournir: il a t trouver les commissaires du gouvernement,
qui lui ont donn une lettre de change de 300,000 liv.  prendre sur les
contributions du pape. De toutes les mesures, c'tait la plus mauvaise;
aussi aujourd'hui ne veut-on plus fournir. Par cette lettre de change
de 300,000 liv., payables dans un temps o l'on sait qu'il nous revient
21,000,000, on a t tout espoir d'tre pay, et en mme temps l'on a
laiss sentir que, par l'importunit et en laissant manquer le service,
l'on tirerait de nous de l'argent; de sorte qu'aujourd'hui je suis
oblig de me fcher contre le provditeur, d'exagrer les assassinats
qui se commettent contre nos troupes, de me plaindre amrement de
l'armement qu'on n'a pas fait du temps que les Impriaux taient les
plus forts, et, par l, je les obligerai  nous fournir, pour m'apaiser,
tout ce qu'on voudra. Voil comme il faut traiter avec ces gens-ci; ils
continueront  me fournir, moiti gr, moiti force, jusqu' la prise de
Mantoue, et alors je leur dclarerai ouvertement qu'il faut qu'ils
me payent la contribution porte dans votre instruction, ce qui sera
facilement excut. Je crois qu'il serait utile que vous tmoignassiez 
M. Quirini votre tonnement de l'armement des Vnitiens, qui tait,
sans aucun doute, dirig contre nous. Il n'y a pas de gouvernement plus
tratre et plus lche que celui-ci.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Castiglione, le 2 thermidor an 4 (20 juillet
1796).

_Au citoyen Miot, ministre de la rpublique  Florence._

J'ai reu, citoyen ministre, vos diffrentes lettres relatives 
l'occupation de Porto-Ferrajo par les Anglais. Tant qu'il y avait
espoir de pouvoir rsoudre le grand-duc  mettre cette place en tat de
rsister, vous avez bien fait de lui parler ferme; aujourd'hui je crois
comme vous que les menaces seraient impuissantes et inutiles. Je crois
qu'il faut qu'il n'en soit plus question, ne laisser transpirer aucune
marque de ressentiment, et attendre que les circonstances et les ordres
du gouvernement nous mettent  mme d'agir, non pas de parler.

Je vous prie de surveiller ce qui se fait  Livourne, et de m'en donner
souvent des nouvelles. Si les circonstances s'opposent  ce que vous
vous rendiez de suite  Rome, faites-le moi savoir, afin que je prenne
d'autres mesures.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Castiglione, le 2 thermidor an 4 (20 juillet
1796).

_Au citoyen Sapey._

Tous les Corses ont ordre de se rendre  Livourne, pour de l passer
dans l'le. Le gnral Gentili va s'y rendre lui-mme. Prparez tous
les moyens possibles d'embarquement et de passage. J'ordonne au gnral
Vaubois de tenir huit milliers de poudre, quatre mille fusils de chasse,
mille paires de souliers et une certaine quantit de balles  votre
disposition, pour pouvoir en fournir aux insurgs de ce dpartement.

Je vous autorise  prendre les mesures que vous me proposez par votre
lettre du 19 messidor. N'pargnez aucun moyen pour faire passer des
secours et avoir des nouvelles des dpartemens de Corse.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Castiglione, le 2 thermidor an 4 (20 juillet
1796).

_Au citoyen Bonelli._

J'ai reu votre lettre de Bocognano, en date du 23 juin. Je vous
flicite de votre arrive en Corse. J'ai donn l'ordre  tous les
rfugis de se prparer  partir pour se mettre  la tte des braves
patriotes de Corse, secouer le joug anglais, et reconqurir la libert,
objet perptuel des sollicitudes de nos compatriotes.

Quelle gloire pour eux, s'ils peuvent seuls chasser de la patrie ces
orgueilleux Anglais! Gloire et bonheur pour ceux qui se prononceront les
premiers! Je vous recommande de ne vous livrer  aucun esprit de parti;
que tout le pass soit oubli, hormis pour le petit nombre d'hommes
perfides qui ont gar ce brave peuple.

Les armes de Sambre-et-Meuse et du Rhin sont dans le coeur de
l'Allemagne; tout sourit  la rpublique. Faites en sorte de faire
parler bientt de vous; embrassez nos bons amis, et assurez-les qu'avant
peu ils seront dlivrs de la tyrannie qui les opprime.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Castiglione, le 2 thermidor an 4 (20 juillet
1796).

_ l'ordonnateur en chef._

Vous mettrez 100,000 francs  la disposition du citoyen Sucy,
commissaire des guerres  Gnes, pour subvenir aux besoins des hpitaux,
des transports d'artillerie et de l'quipage de sige qui est  Savone,
et  toutes les autres dpenses relatives aux troupes qui restent encore
dans la rivire de Gnes.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Castiglione, le 2 thermidor an 4 (20 juillet
1796).

_Au citoyen Garrau, commissaire du gouvernement._

La rquisition que vous avez faite, citoyen commissaire, au gnral
Vaubois, est contraire  l'instruction que m'a donne le gouvernement.
Je vous prie de vous restreindre dsormais dans les bornes des fonctions
qui vous sont prescrites par le gouvernement du directoire excutif;
sans quoi, je me trouverais oblig de dfendre,  l'ordre de l'arme,
d'obtemprer  vos rquisitions. Nous ne sommes tous que par la loi:
celui qui veut commander et usurper des fonctions qu'elle ne lui accorde
pas, n'est pas rpublicain.

Quand vous tiez reprsentant du peuple, vous aviez des pouvoirs
illimits, tout le monde se faisait un devoir de vous obir: aujourd'hui
vous tes commissaire du gouvernement, investi d'un trs-grand
caractre; une instruction positive a rgl vos fonctions, tenez-vous y.
Je sais bien que vous rpterez le propos que je ferai comme Dumouriez:
il est clair qu'un gnral qui a la prsomption de commander l'arme que
le gouvernement lui a confie, et de donner des ordres sans un arrt
des commissaires, ne peut tre qu'un conspirateur.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Castiglione, le 2 thermidor an 4 (20 juillet
1796).

_Au gnral Vaubois._

Je suis trs-peu satisfait, gnral, de votre proclamation. Le
commissaire du gouvernement n'a pas le droit de vous requrir, et dans
la place importante que vous commandez, l'on est aussi coupable d'obir
 ceux qui n'ont pas le droit de commander, que de dsobir  ses chefs
lgitimes. Par l'esprit de l'instruction que je vous avais donne, et
par tout ce que je vous avais dit de vive voix pendant mon sjour 
Livourne, il devait vous tre facile de sentir que cette proclamation
n'aurait pas mon approbation.

Le citoyen Belleville a t uniquement charg des oprations relatives
au squestre des biens appartenans dans Livourne  nos ennemis. J'ai
appris avec tonnement le gaspillage et le dsordre qui y existent.

Vous devez accorder au citoyen Belleville toute la force dont il peut
avoir besoin, et vous devez le revtir et lui donner toute la confiance
ncessaire pour qu'il dnonce les abus, et fasse tourner au profit de la
rpublique les marchandises que nous avons squestres  nos ennemis.

Pressez l'armement et l'quipement de la soixante-quinzime
demi-brigade, parce que, ds l'instant que ces braves gens seront
reposs, mon intention est de les rappeler a l'arme.

L'intention du gouvernement n'est pas qu'on fasse aucun tort aux
ngocians livournais, ni aux sujets du grand-duc de Toscane. Tout en
cherchant les intrts de la nation, on doit tre gnreux et juste.
J'ai t aussi afflig qu'tonn des vexations que l'on commet contre le
commerce de Livourne.

Vous voudrez bien me rendre un compte dtaill de tout ce qui a t fait
 ce sujet; vous aurez soin surtout de m'instruire par quelle autorit
le citoyen Lachaise a quitt son consulat de Gnes pour s'ingrer dans
les affaires de Livourne. Une grande quantit de rfugis corses se
rendent  Livourne, pour de l passer dans cette le. Tenez quatre mille
fusils de chasse, un millier de paires de pistolets, six milliers de
poudre et des balles en proportion  la disposition du citoyen Sapey,
qui sera charg de les faire passer aux patriotes insurgs de ce
dpartement.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Castiglione, le 3 thermidor an 4 (21 juillet
1796).

_ son minence le cardinal secrtaire d'tat  Rome._

J'ai l'honneur, monseigneur, d'envoyer auprs de Sa Saintet le citoyen
Cacault, agent de la rpublique franaise en Italie, pour qu'il puisse
s'occuper de l'excution de l'armistice qui a t conclu entre la
rpublique franaise et Sa Saintet, sous la mdiation de la cour
d'Espagne. Je vous prie de vouloir bien le reconnatre en cette qualit.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Castiglione, le 3 thermidor an 4 (21 juillet
1796).

_Au citoyen Cacault._

Vous voudrez bien, en consquence d'une lettre adresse au cardinal
secrtaire d'tat des affaires trangres de Sa Saintet, exiger un
ordre du pape pour le commandant d'Ancne, afin qu'il reoive la
garnison que j'y enverrai.

Vous ferez partir les 5,000,000 qui doivent former le premier paiement;
savoir, 2,000,000 au quartier-gnral, dont reu sera donn par le
payeur de l'arme, et le reste  Tortone. Il faudra que le premier
convoi se mette en marche de Rome vingt-quatre heures aprs votre
arrive.

Les 500,000 qui doivent former le second paiement devront partir de Rome
peu de jours aprs les premiers, puisque, selon l'armistice, ils doivent
partir le 5 thermidor.

Les 5,500,000 liv. qui forment le dernier paiement, doivent partir de
Rome le 5 vendmiaire.

Les savans et artistes qui doivent faire le choix des tableaux,
manuscrits et statues, s'adresseront  vous, et vous leur donnerez la
protection ncessaire en faisant les dmarches qu'il conviendra. S'il
tait utile, pour les frais de transport, de donner des fonds aux
artistes, vous les feriez prendre sur les fonds provenant des
contributions du pape.

Sur 5,500,000 liv. que le pape doit nous fournir en dernier paiement,
4,000,000 sont destins pour la marine. Le ministre de la marine doit
envoyer,  cet effet, des commissaires.

Vous prviendrez, en attendant, pour que l'on prpare des chanvres, des
bois et autres objets de construction de cette nature.

Les 1,500,000 liv. restant seront fournis en chevaux et draps pour
habiller les troupes. Vous demanderez en consquence quatre cents
chevaux, taille de hussards; quatre cents, taille de dragons, et six
cents de charrois, qui seront transfrs  Milan, o l'estimation en
sera faite entre le gnral Baurevoir, charg des dpts de l'arme,
et les experts envoys par le pape; pour le reste, des draps bleus et
blancs pour habiller nos troupes.

Vous demanderez la libert de tous les hommes qui sont arrts  Rome
pour leurs opinions, et notamment pour les personnes dnommes dans la
liste ci-jointe, ainsi que pour le citoyen Labrousse de Bordeaux.

En consquence de la dcision du directoire et de la commission,
arrte  Florence par M. d'Azara, le pape se trouve tenu de payer les
contributions qui avaient t imposes sur la lgation de Ravenne,
montant  1,200,000 francs en denres et 1,200,000 francs en argent.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Castiglione, le 4 thermidor an 4 (22 juillet
1796).

_Au directoire excutif_.

Je vous ai instruit, citoyens directeurs, que j'ai fait passer en Corse
une vingtaine de rfugis.

J'ai ordonn au gnral de division Gentili et aux gnraux de Casalta
et Cervoni de se rendre  Livourne, d'o ils partiront pour se mettre
 la tte des insurgs. Le gnral Gentili qui se trouve avoir ce
commandement, est un homme sage, prudent, ayant l'estime des personnes
du pays et la confiance des montagnards.

J'ordonne  la gendarmerie du dpartement de Corse, de cent
quatre-vingts hommes, tous du pays, de se rendre  Livourne, d'o je les
ferai galement passer: cela joint  quatre mille fusils de chasse,
 six milliers de poudre, nous donnera tout l'intrieur du pays; ds
l'instant que tout cela sera organis, j'y ferai passer une compagnie de
canonniers avec cinq  six pices de montagnes, avec quoi il est facile
que l'on puisse s'emparer de Saint-Florent qui n'a aucune fortification
permanente. Ce port pris, les Anglais n'ont plus d'intrt  tenir
les autres; d'ailleurs, les habitans d'Ajaccio et de Bastia sont
trs-impatiens du joug anglais.

Je vous prie de vouloir bien me faire connatre si vous trouverez
de l'inconvnient  accorder une amnistie gnrale au peuple de ce
dpartement, hormis aux principaux chefs.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Castiglione, le 4 thermidor an 4 (22 juillet
1796).

_Au directoire excutif._

La ville de Reggio se soulve contre le duc de Modne; des dputs de
cette ville sont venus me demander protection et assistance: comme nous
avons conclu un armistice avec le duc de Modne, j'ai cru devoir les
exhorter  la tranquillit. Je ne vous rends compte de ceci que pour que
vous sachiez que les sujets du duc de Parme et de Modne sont trs-peu
attachs  leur prince.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Brescia, le 4 thermidor an 4 (22 juillet 1796).

_Au citoyen Salicetti._

La fortune a paru nous tre contraire un moment: il s'est pass tant
d'vnemens depuis cinq ou six jours, et j'ai encore tant d'occupations,
qu'il m'est impossible de vous en faire une relation exacte; mais enfin,
grce  la victoire de Lonado et aux mesures rigoureuses que j'ai
prises, les choses prendront une tournure satisfaisante. J'ai lev le
sige de Mantoue; je suis ici presque avec toute mon arme.

Je saisirai la premire occasion de prsenter bataille  l'ennemi: elle
dcidera du sort de l'Italie; battu, je me retirerai de l'Adda; battant,
je ne m'arrterai pas aux marais de Mantoue. Louis[10] vous dira de
bouche les dtails de nos deux victoires de Lonado et de Salo.

Louis vous parlera de ma force actuelle et de celle des ennemis. crivez
au gnral Kellermann de me faire passer  doubles journes toutes les
troupes disponibles; assurez-vous que les chteaux de Milan, Tortone,
Alexandrie et Pavie sont approvisionns. Nous sommes ici extrmement
fatigus; cinq de mes chevaux sont crevs de fatigue. Je ne puis crire
au directoire, je vous charge de lui annoncer en peu de mots ce que je
vous marque et ce que Louis vous dira de bouche.

BONAPARTE.

[Footnote 10: Louis Bonaparte, son frre.]



Au quartier-gnral de Brescia, le 15 thermidor an 4 (2 aot 1796).

_Au directoire excutif._

Nous avons essuy des revers, citoyens directeurs, mais dj la victoire
commence  revenir sous nos drapeaux. Si l'ennemi nous a surpris le
poste de Salo et a eu le bonheur de nous enlever celui de la Corona,
nous venons de le battre  Lonado, et de lui reprendre Salo. Je vous
envoie un de mes aides-de-camp, qui pourra vous donner de bouche des
renseignemens plus dtaills. Je vous enverrai demain une relation de
tout ce qui s'est pass pendant ces six jours.

Vous pouvez compter sur le courage et la confiance de la brave arme
d'Italie, et sur notre ferme rsolution de vaincre. C'est dans cette
circonstance difficile et critique que j'ai eu lieu d'admirer le courage
et l'entier dvouement de l'arme  la gloire nationale.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Castiglione, le 16 thermidor an 4 (3 aot 1796).

_Au gnral Guillaume._

Vous devez avoir t tmoin des batailles donnes  l'ennemi aujourd'hui
et ces jours derniers: nous lui avons pris 20,000 hommes, et tu un
grand nombre. L'arme ennemie est en pleine droute, et demain ou
aprs nous serons dans vos murs. En attendant, quelles que soient les
circonstances, ne vous rendez qu' la dernire extrmit. La brche
faite, montrez la plus grande fermet.

Salut, estime et gloire.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Castiglione, le 19 thermidor an 4 (6 aot 1796).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Les vnemens militaires se sont succds avec une telle rapidit depuis
le 11, qu'il m'a t impossible de vous en rendre compte plus tt.

Depuis plusieurs jours, les vingt mille hommes de renfort que l'arme
autrichienne du Rhin avait envoys  l'arme d'Italie taient arrivs;
ce qui, joint  un nombre considrable de recrues et  un grand nombre
de bataillons venus de l'intrieur de l'Autriche, rendait cette arme
extrmement redoutable: l'opinion gnrale tait que bientt les
Autrichiens seraient dans Milan.

Le 11,  trois heures du matin, la division du gnral Massna
est attaque par des forces nombreuses; elle est oblige de cder
l'intressant poste de la Corona, au mme instant une division de quinze
mille Autrichiens surprend la division du gnral Soret  Salo, et
s'empare de ce poste important.

Le gnral de brigade Guieux, avec six cents hommes de la quinzime
demi-brigade d'infanterie lgre, se renferme dans une grande maison de
Salo, et l brave tous les efforts de l'ennemi qui le cernait de tous
cts. Le gnral de brigade Rusca a t bless.

Tandis qu'une partie de cette division cernait le gnral Guieux  Salo,
une autre partie descendit sur Brescia, surprit les factionnaires
qui s'y trouvaient, fit prisonnires quatre compagnies que j'y avais
laisses, quatre-vingts hommes du vingt-cinquime rgiment de chasseurs,
deux gnraux et quelques officiers suprieurs qui taient rests
malades.

La division du gnral Soret, qui aurait d couvrir Brescia, fit sa
retraite sur Dezenzano. Dans cette circonstance difficile, perc par une
arme nombreuse que ces avantages devaient ncessairement enhardir, je
sentis qu'il fallait adopter un plan vaste.

L'ennemi, en descendant du Tyrol par Brescia et l'Adige, me mettait au
milieu. Si l'arme rpublicaine tait trop faible pour faire face aux
divisions de l'ennemi, elle pouvait battre chacune d'elles sparment,
et par ma position je me trouvais entre elles. Il m'tait donc possible,
en rtrogradant rapidement, d'envelopper la division ennemie descendue
de Brescia, la prendre prisonnire et la battre compltement, et de l
revenir sur le Mincio attaquer Wurmser et l'obliger  repasser dans le
Tyrol; mais pour excuter ce projet, il fallait dans vingt-quatre heures
lever le sige de Mantoue, qui tait sur le point d'tre pris, car il
n'y avait pas moyen de retarder six heures. Il fallait, pour l'excution
de ce projet, repasser sur-le-champ le Mincio, et ne pas donner le temps
aux divisions ennemies de m'envelopper. La fortune a souri  ce projet,
et le combat de Dezenzano, les deux combats de Salo, la bataille de
Lonado, celle de Castiglione en sont les rsultats.

Le 12 au soir, toutes les divisions se mirent en marche sur Brescia;
cependant la division autrichienne qui s'tait empare de Brescia tait
dj arrive  Lonado.

Le 13, j'ordonnai au gnral Soret de se rendre  Salo pour dlivrer le
gnral Guieux, et au gnral Dallemagne, d'attaquer et de reprendre
Lonado,  quelque prix que ce ft. Soret russit compltement  dlivrer
le gnral Guieux,  Salo, aprs avoir battu l'ennemi, lui avoir pris
deux drapeaux, deux pices de canon et deux cents prisonniers.

Le gnral Guieux et les troupes sous ses ordres sont rests
quarante-huit heures sans pain et se battant toujours contre les
ennemis.

Le gnral Dallemagne n'eut pas le temps d'attaquer les ennemis, il fut
attaqu lui-mme. Un combat opinitre, longtemps indcis, s'engagea;
mais j'tais tranquille, la brave trente-deuxime demi-brigade tait l.
En effet, l'ennemi fut compltement battu; il laissa six cents morts sur
le champ de bataille et six cents prisonniers.

Le 14  midi, Augereau entra dans Brescia: nous y trouvmes tous nos
magasins, que l'ennemi n'avait pas encore eu le temps de prendre, et
les malades qu'il n'avait pas eu le temps d'vacuer.

Le 15, la division du gnral Augereau retourna  Monte-Chiaro,
Massna prit position  Lonado et  Ponte-San-Marco. J'avais laiss 
Castiglione le gnral Valette avec dix-huit cents hommes; il devait
dfendre cette position importante, et par l tenir toujours la division
du gnral Wurmser loin de moi. Cependant le 15 au soir, le gnral
Valette abandonna ce village avec la moiti de ses troupes, et vint 
Monte-Chiaro porter l'alarme, en annonant que le reste de sa troupe
tait prisonnire; mais abandonns de leur gnral, ces braves gens
trouvrent des ressources dans leur courage, et oprrent leur retraite
sur Ponte-San-Marco. J'ai sur-le-champ, et devant sa troupe, suspendu de
ses fonctions ce gnral, qui dj avait montr trs-peu de courage 
l'attaque de la Corona.

Le gnral Soret avait abandonn Salo; j'ordonnai au brave gnral
Guieux d'aller reprendre ce poste essentiel.

Le 16,  la pointe du jour, nous nous trouvmes en prsence: le gnral
Guieux, qui tait  notre gauche, devait attaquer Salo; le gnral
Massna tait au centre et devait attaquer Lonado; le gnral Augereau,
qui tait  la droite, devait attaquer par Castiglione. L'ennemi, au
lieu d'tre attaqu, attaqua l'avant-garde de Massna, qui tait 
Lonado; dj elle tait enveloppe, et le gnral Pigeon prisonnier:
l'ennemi nous avait enlev trois pices d'artillerie  cheval. Je fis
aussitt former la dix-huitime demi-brigade et la trente-deuxime en
colonne serre, par bataillon; et pendant le temps qu'au pas de charge,
nous cherchions  percer l'ennemi, celui-ci s'tendait davantage pour
chercher  nous envelopper: sa manoeuvre me parut un sr garant de la
victoire. Massna envoya seulement quelques tirailleurs sur les ailes
des ennemis, pour retarder leur marche; la premire colonne arrive 
Lonado fora les ennemis. Le quinzime rgiment de dragons chargea les
houlans et reprit nos pices.

Dans un instant l'ennemi se trouva parpill et dissmin. Il voulait
oprer sa retraite sur le Mincio; j'ordonnai  mon aide-de-camp, chef de
brigade, Junot, de se mettre  la tte de ma compagnie des guides,
de poursuivre l'ennemi, de le gagner de vitesse  Dezenzano, et de
l'obliger par l de se retirer sur Salo. Arriv  Dezenzano, il
rencontra le colonel Bender avec une partie de son rgiment de houlans,
qu'il chargea; mais Junot ne voulant pas s'amuser  charger la queue,
fit un dtour par la droite, prit en front le rgiment, blessa le
colonel qu'il voulait prendre prisonnier, lorsqu'il fut lui-mme
entour; et aprs en avoir tu six de sa propre main, il fut culbut,
renvers dans un foss, et bless de six coups de sabre, dont on me fait
esprer qu'aucun ne sera mortel.

L'ennemi oprait sa retraite sur Salo: Salo se trouvant  nous, cette
division errante dans les montagnes a t presque toute prisonnire.
Pendant ce temps Augereau marchait sur Castiglione, s'emparait de ce
village; toute la journe il livra et soutint des combats opinitres
contre des forces doubles des siennes: artillerie, infanterie,
cavalerie, tout a fait parfaitement son devoir; et l'ennemi, dans cette
journe mmorable, a t compltement battu de tous les cts.

Il a perdu dans cette journe vingt pices de canon, deux  trois mille
hommes tus ou blesss et quatre mille prisonniers, parmi lesquels trois
gnraux.

Nous avons perdu le gnral Beyrand. Cette perte, trs-sensible 
l'arme, l'a t plus particulirement pour moi: je faisais le plus
grand cas des qualits guerrires et morales de ce brave homme.

Le chef de la quatrime demi-brigade, Pouraillier; le chef de brigade
du premier rgiment d'hussards, Bourgon; le chef de brigade du
vingt-deuxime rgiment de chasseurs, Marmet, ont galement t tus.

La quatrime demi-brigade,  la tte de laquelle a charg
l'adjudant-gnral Verdier, s'est comble de gloire.

Le gnral Dommartin, commandant l'artillerie, a montr autant de
courage que de talent.

Le 17, j'avais ordonn au gnral Despinois de pntrer dans le Tyrol
par le chemin de Chieso, il devait auparavant culbuter cinq  six mille
ennemis qui se trouvaient  Gavardo. L'adjudant-gnral Herbin eut de
grands succs, culbuta les ennemis, en fit un grand nombre prisonniers;
mais n'ayant pas t soutenu par le reste de la division, il fut
entour, et ne put oprer sa retraite qu'en se faisant jour au des
ennemis.

J'envoyai le gnral Saint-Hilaire  Salo pour se concerter avec le
gnral Guieux, et attaquer la colonne ennemie qui tait  Gavardo, pour
avoir le chemin du Tyrol libre. Aprs une fusillade assez vive, nous
dfmes les ennemis, et nous leur fmes dix-huit cents prisonniers.

Pendant toute la journe du 17, Wurmser s'occupa  rassembler les dbris
de son arme,  faire arriver sa rserve,  tirer de Mantoue tout ce
qui tait possible,  les ranger en bataille dans la plaine, entre le
village de Scanello, o il appuya sa droite, et la Chiesa, o il appuya
sa gauche.

Le sort de l'Italie n'tait pas encore dcid. Il runit un corps de
vingt-cinq mille hommes, une cavalerie nombreuse, et sentit pouvoir
encore balancer le destin. De mon ct, je donnai des ordres pour runir
toutes les colonnes de l'arme.

Je me rendis moi-mme  Lonado, pour voir les troupes que je pouvais en
tirer; mais quelle fut ma surprise, en entrant dans cette place, d'y
recevoir un parlementaire, qui sommait le commandant de Lonado de
se rendre, parce que, disait-il, il tait cern de tous cts.
Effectivement, les diffrentes vedettes de cavalerie m'annonaient que
plusieurs colonnes touchaient nos grand'gardes; et que dj la route de
Brescia  Lonado tait intercepte au pont San-Marco. Je sentis alors
que ce ne pouvait tre que les dbris de la division coupe qui, aprs
avoir err et s'tre runis, cherchaient  se faire passage.

La circonstance tait assez embarrassante: je n'avais  Lonado qu'
peu prs douze cents hommes; je fis venir le parlementaire, je lui fis
dbander les yeux; je lui dis que si son gnral avait la prsomption de
prendre le gnral en chef de l'arme d'Italie, il n'avait qu' avancer;
qu'il devait savoir que j'tais  Lonado, puisque tout le monde savait
que l'arme rpublicaine y tait; que tous les officiers-gnraux et
officiers suprieurs de la division seraient responsables de l'insulte
personnelle qu'il m'avait faite: je lui dclarai que si sous huit
minutes, toute sa division n'avait pas pos les armes, je ne ferais
grce  aucun.

Le parlementaire parut fort tonn de me voir l, et un instant aprs
toute cette colonne posa les armes. Elle tait forte de quatre mille
hommes, deux pices de canon, et cinquante hommes de cavalerie; elle
venait de Gavardo, et cherchait une issue pour se sauver: n'ayant pas pu
se faire jour le matin par Salo, elle cherchait  le faire par Lonado.

Le 18,  la pointe du jour, nous nous trouvmes en prsence; cependant
il tait six heures du matin et rien ne bougeait encore. Je fis faire un
mouvement rtrograde  toute l'arme pour attirer l'ennemi  nous, du
temps que le gnral Serrurier, que j'attendais  chaque instant,
venait de Marcario, et ds-lors tournait toute la gauche de Wurmser.
Ce mouvement eut en partie l'effet qu'on en attendait. Wurmser se
prolongeait sur sa droite pour observer nos derrires.

Ds l'instant que nous apermes la division du gnral Serrurier,
commande par le gnral Fiorella, qui attaquait la gauche, j'ordonnai 
l'adjudant-gnral Verdire d'attaquer une redoute qu'avaient faite
les ennemis dans le milieu de la plaine pour soutenir leur gauche. Je
chargeai mon aide-de-camp, chef de bataillon, Marmont, de diriger vingt
pices d'artillerie lgre, et d'obliger par ce seul feu l'ennemi  nous
abandonner ce poste intressant. Aprs une vive canonnade, la gauche de
l'ennemi se mit en pleine retraite.

Augereau attaqua le centre de l'ennemi, appuy  la tour de Solfrino;
Massna attaqua la droite, l'adjudant-gnral Leclerc,  la tte de la
cinquime demi-brigade, marcha au secours de la quatrime demi-brigade.

Toute la cavalerie aux ordres du gnral Beaumont marcha sur la droite,
pour soutenir l'artillerie lgre et l'infanterie. Nous fmes partout
victorieux, partout nous obtnmes les succs les plus complets.

Nous avons pris  l'ennemi dix-huit pices de canon, cent vingt
caissons de munitions. Sa perte va  deux mille hommes, tant tus que
prisonniers. Il a t dans une droute complte; mais nos troupes,
harasses de fatigue, n'ont pu les poursuivre que l'espace de trois
lieues. L'adjudant-gnral Frontin a t tu: ce brave homme est mort en
face de l'ennemi.

Voil donc en cinq jours une autre campagne finie. Wurmser a perdu
dans ces cinq jours soixante-dix pices de canon de campagne, tous ses
caissons d'infanterie, douze  quinze mille prisonniers, six mille
hommes tus ou blesss, et presque toutes les troupes venant du Rhin.
Indpendamment de cela, une grande partie est encore parpille, et nous
les ramassons en poursuivant l'ennemi. Tous les officiers, soldats
et gnraux ont dploy dans cette circonstance difficile un grand
caractre de bravoure. Je vous demande le grade de gnral de brigade
pour les adjudans Verdier et Vignolles: le premier a contribu aux
succs d'une manire distingue; le second, qui est le plus ancien
adjudant-gnral de toute l'arme, joint  un courage sr des talens et
une activit rares. Je vous demande le grade de chef de bataillon pour
l'adjoint Ballet, celui de gnral de division pour le gnral de
brigade Dallemagne; celui de chef de brigade d'artillerie pour le
citoyen Songis, chef de bataillon.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Vrone, le 21 thermidor an 4 (8 aot 1796).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs, le 19 au matin l'ennemi tenait la ligne du Mincio,
sa droite appuye  son camp retranch  Peschiera, sa gauche  Mantoue,
et son centre  Valeggio. Augereau se posta  Borghetto, et engagea une
vive canonnade avec l'ennemi. Pendant ce temps-l, Massna se porta 
Peschiera, attaqua l'ennemi dans le camp retranch qu'il avait fait
devant cette place, le mit en droute, lui prit douze pices de canon,
et lui fit sept cents prisonniers.

Le rsultat de ce combat a t d'obliger l'ennemi  lever le sige de
Peschiera, et  quitter la ligne du Mincio.

Dans la journe du 20, Augereau passa le Mincio  Peschiera. La division
du gnral Serrurier se porta sur Vrone, o elle arriva  dix heures du
soir, dans le temps que la division du gnral Massna avait repris ses
anciennes positions, fait quatre cents prisonniers, pris sept pices
de canon. L'arrire-garde ennemie tait encore dans Verone; les portes
taient fermes et les ponts-levis levs. Le provditeur de Venise,
somm de les ouvrir, dclara qu'il ne le pouvait pas de deux heures.
J'ordonnai aussitt qu'on les ouvrt  coups de canon, ce que le gnral
Dommartin fit excuter sur-le-champ, et en moins d'un quart d'heure.
Nous y avons trouv diffrens bagages et fait quelques centaines de
prisonniers.

Nous voil donc retourns dans nos anciennes positions: l'ennemi fuit
au loin dans le Tyrol; les secours que vous m'avez annoncs venant des
ctes de l'Ocan commencent  arriver, et tout est ici dans la situation
la plus satisfaisante.

L'arme autrichienne, qui depuis six semaines menaait d'invasion en
Italie, a disparu comme un songe, et l'Italie qu'elle menaait est
aujourd'hui tranquille.

Les peuples de Bologne, de Ferrare, mais surtout celui de Milan, ont,
pendant notre retraite, montr le plus grand courage et le plus grand
attachement  la libert.  Milan, tandis que l'on disait que les
ennemis taient  Cassano, et que nous tions en droute, le peuple
demandait des armes, et l'on entendait dans les rues, sur les places,
dans les spectacles, l'air martial: Allons, enfans de la patrie.

Le gnral Victor,  la tte de la dix-huitime demi-brigade, a montr
la plus grande bravoure au combat de Peschiera.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 22 thermidor an 4 (9 aot 1796).

_ la municipalit de Milan._

Lorsque l'arme battait en retraite, que les partisans de l'Autriche et
les ennemis de la libert la croyaient perdue sans ressource; lorsqu'il
tait impossible  vous-mmes de souponner que cette retraite n'tait
qu'une ruse, vous avez montr de l'attachement pour la France, de
l'amour pour la libert; vous avez dploy un zle et un caractre qui
vous ont mrit l'estime de l'arme, et vous mriteront celle de la
rpublique franaise.

Chaque jour votre peuple se rend davantage digne de la libert; il
acquiert chaque jour de l'nergie: il paratra sans doute un jour avec
gloire sur la scne du monde. Recevez le tmoignage de ma satisfaction,
et du voeu sincre que fait le peuple franais pour vous voir libres et
heureux.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Brescia, le 24 thermidor an 4 (11 aot 1796).

_Au citoyen Miot._

J'ai reu vos diffrentes lettres, mon cher ministre; vous recevrez
plusieurs exemplaires de la relation que vous dsirez. On dit l'empereur
sur le point de mourir: cherchez  voir quelqu'un qui puisse vous
instruire du moment o cela pourrait arriver.

Vous sentez combien cela est important, et combien il est essentiel que
je sois instruit du moment o le grand-duc se mettra en chemin pour
Vienne.

Faites passer par un courrier les pices que j'adresse au gnral
Vaubois et au citoyen Cacault. Instruisez-moi avec votre exactitude
ordinaire. L'intrt du gouvernement est que l'on ne fasse rien dans
la Toscane qui puisse indisposer le grand-duc, maintenez donc la
neutralit.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Brescia, le 25 thermidor an 4 (12 aot 1796).

_ M. le chevalier d'Azara,  Rome._

J'ai reu, monsieur, plusieurs lettres de vous, auxquelles les
circonstances et mes occupations ne m'ont pas permis de rpondre aussi
promptement que j'aurais voulu.

Cacault vous remettra les deux pices authentiques que vous m'avez
envoyes, avec une lettre de la municipalit de Ferrare: vous y verrez
que c'est une affaire arrange.

On m'assure que la cour de Rome vous a demand de lui prouver que la
France tait rige en rpublique. On m'assure qu' Rome on ne veut plus
accorder de bndictions aux Ferrarais et aux Bolonais, mais bien 
ceux de Lugo. Joignez  cela le lgat envoy  Ferrare et le retard de
l'excution de l'armistice, et le roi votre matre se convaincra de la
mauvaise foi d'un gouvernement dont l'imbcillit gale la faiblesse.

M. Capelletti se conduit fort mal  Bologne: c'est  vous, monsieur, 
y mettre ordre; je serais fch de le chasser de la ville. Aussi bien,
j'ignore ce qu'il est, ce qu'il fait, et ce qu'il prtend.

S.A.R. l'archiduc de Parme s'est conduit envers l'arme franaise avec
la plus grande franchise et les sentimens d'amiti les plus sincres.

Je vous prie, monsieur, de croire aux sentimens, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Brescia, le 25 thermidor an 4 (12 aot 1796).

_Au citoyen Cacault,  Rome._

Le pape a envoy un cardinal lgat  Ferrare, dans le temps qu'il
croyait sans doute les Franais perdus. Cela est-il conforme au trait
d'armistice que nous avons sign? Les bourgeois de Ferrare ont refus
de le recevoir. Je viens de donner l'ordre  ce cardinal de se rendre
sur-le-champ au quartier-gnral.

Vous recevrez une lettre de la municipalit de Ferrare qui parat tre
d'accord avec M. d'Azara; c'est donc une affaire finie. Je vous envoie
en consquence les deux pices authentiques que le ministre m'avait
envoyes.

Le premier convoi d'argent n'est pas encore arriv: tout va bien
lentement. Il parat qu'il y a beaucoup de mauvaise foi. Surveillez, et
instruisez-moi; envoyez des hommes affids pour savoir ce qui se fait 
Naples et ce qui s'y est fait pendant nos oprations militaires. Je vous
enverrai des relations et des adresses qui vous feront plaisir, et vous
mettront au fait de ce qui s'est pass.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Brescia, le 25 thermidor an 4 (12 aot 1796).

_ S.A.R. le grand-duc de Toscane._

J'ai reu la lettre dont V.A.R. m'a honor, en date du 13 juillet. Elle
ne m'est arrive que fort tard, ce qui, joint aux nombreux vnemens qui
viennent de se passer, a mis quelque retard dans ma rponse.

Le gouvernement a appris, avec la plus grande douleur, l'occupation de
Porto-Ferrajo par les Anglais. Il aurait t si facile  votre altesse
de dfendre cette place; il lui aurait t si avantageux de se conserver
la possession de cette partie essentielle de ses tats, qu'on est oblig
de penser que la trahison de votre gouverneur, pareille  celle de
Spannochi, est la cause de cet vnement aussi dsagrable pour la
France que pour vos sujets.

Le directoire excutif serait autoris, sans doute,  s'emparer,
par reprsailles, des tats de votre altesse royale qui sont sur le
continent; mais, fidle aux sentimens de modration, le gouvernement
franais ne changera en rien et n'altrera d'aucune manire la
neutralit et la bonne harmonie qui rgnent entre lui et votre altesse
royale.

Je suis avec les sentimens d'estime, etc., de votre altesse royale le
trs, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Brescia, le 26 thermidor an 4 (12 aot 1796).

_Au snat de Bologne_.

J'apprends, messieurs, que les ex-jsuites, les prtres et les religieux
troublent la tranquillit publique.

Faites-leur connatre que dans le mme temps que la rpublique franaise
protge la religion et ses ministres, elle est inexorable envers ceux
qui, oubliant leur tat, se mlent des affaires publiques ou civiles.
Prvenez les chefs des diffrentes religions que la premire plainte
qui me sera porte contre les religieux, j'en rendrai tout le couvent
responsable, je les chasserai de la ville, et je confisquerai leurs
biens au profit des pauvres.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Brescia, le 26 thermidor an 4 (13 aot 1796).

_Bonaparte, gnral en chef, au directoire excutif_.

L'ennemi, aprs sa retraite, occupait en force la Corona et Monte-Baldo;
il paraissait vouloir s'y soutenir. Massna y a march le 24 thermidor,
s'est empar de Monte-Baldo, de la Corona, de Preaboco, a pris sept
pices de canon et fait quatre cents prisonniers. Il se loue beaucoup de
la trente-huitime demi-brigade d'infanterie lgre, de son aide-de-camp
Rey, et de son adjudant-gnral Chabran.

Le 25, j'ai ordonn au gnral Sauret et au gnral de brigade
Saint-Hilaire de se rendre  la Rocca d'Anfo, o l'ennemi paraissait
vouloir tenir. Cette opration a russi; nous avons forc la Rocca
d'Anfo, rencontr l'ennemi  Lodrone: aprs un lger combat, nous avons
pris ses bagages, six pices de canon et onze cents prisonniers.

Augereau a pass l'Adige, a pouss l'ennemi sur Roveredo, et a fait
quelques centaines de prisonniers. L'ennemi a dans Mantoue quatre mille
malades; dans ce mois, les environs de cette place sont pestilentiels,
et je me borne  y placer des camps d'observation qui tiennent la
garnison dans les limites.

Si une division de l'arme du Rhin peut venir prendre position 
Inspruck et jeter l'ennemi sur la droite, je me porterai  Trieste, je
ferai sauter son port et saccager la ville.

Si l'arme de Sambre-et-Meuse arrive au Danube, que celle du Rhin puisse
tre en forces  Inspruck, je marcherai sur Vienne par le chemin
de Trieste, et alors nous aurons le temps de retirer les immenses
ressources que contient cette place.

Le premier projet peut s'excuter de suite; pour le second, il faudrait
une bonne bataille qui parpillt le prince Charles, comme j'ai
parpill Wurmser, et de suite marcher tous sur Vienne.

La chaleur est excessive. J'ai quinze mille malades, peu, trs-peu de
mortalits.

J'attends les secours que vous m'annoncez; il n'est encore arriv que
trs-peu de choses.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Brescia, le 26 thermidor an 4 (13 aot 1796).

_Du mme au directoire excutif._

J'ai reu avec reconnaissance, citoyens directeurs, le nouveau
tmoignage d'estime que vous m'avez donn par votre lettre du 13
thermidor. Je ne sais pas ce que MM. les journalistes veulent de moi:
ils m'ont attaqu dans le mme temps que les Autrichiens. Vous les avez
crass par la publication de votre lettre; j'ai compltement battu les
Autrichiens: ainsi, jusqu' cette heure, ces doubles tentatives de nos
ennemis ne sont pas heureuses.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Brescia, le 26 thermidor an 4 (13 aot 1796).

_Du mme au directoire excutif._

Les bijoux et diamans que l'arme a envoys  Gnes, et qui, depuis,
taient en route pour Paris, et que l'on a fait rtrograder  Gnes,
doivent valoir au moins deux ou trois millions; cependant on n'en a
offert  Gnes que 400,000 fr. Je crois qu'il est de l'intrt de la
rpublique que ces objets prcieux soient transports  Paris. Le grand
nombre d'trangers qui sont dans cette capitale rendront la vente de ces
objets plus fructueuse; d'ailleurs, j'apprends que la compagnie Flachat
doit les prendre pour 400,000 fr. Ce serait une affaire ruineuse pour le
gouvernement.

J'avais fait mettre en squestre les biens des Napolitains  Livourne.
Le commissaire du gouvernement,  ce que m'crit le consul, a fait lever
ce squestre; cependant cela aurait t un bon article du trait de
paix. Cette cour de Naples se conduit mal: les Napolitains qui sont ici
se sont trs-mal conduits pendant nos vnemens militaires, et je pense
qu'il serait dangereux qu'ils continuassent  y rester. M. Pignatelli
est-il  Paris? Les ngociations de paix sont-elles commences? Si
cela n'est pas, je crois que nous avons le droit de squestrer cette
cavalerie. Il y a deux mille chevaux.

On dit que le roi de Naples s'avance sur le territoire du pape. Je lui
ai fait signifier que s'il s'avanait sur le terrain de Sa Saintet,
l'armistice serait nul, et que je marcherais pour couvrir Rome.

La cour de Rome a cru l'arme perdue, et dj elle avait envoy un lgat
 Ferrare. La municipalit et la garde de cette ville se sont bien
conduites et ont refus de le recevoir. Je viens d'ordonner au cardinal
de se rendre  mon quartier-gnral.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Brescia, le 26 thermidor an 4 (13 aot 1796).

_Du mme au directoire excutif._

Je crois utile, citoyens directeurs, de vous donner mon opinion sur les
gnraux employs  cette arme. Vous verrez qu'il en est fort peu qui
peuvent me servir.

BERTHIER: talens, activit, courage, caractre, tout pour lui.

AUGEREAU: beaucoup de caractre, de courage, de fermet, d'activit;
a l'habitude de la guerre, est aim du soldat, heureux dans ses
oprations.

MASSNA: actif, infatigable, a de l'audace, du coup d'oeil et de la
promptitude  se dcider.

SERRURIER: se bat en soldat, ne prend rien sur lui, ferme, n'a pas assez
bonne opinion de ses troupes; est malade.

DESPINOIS: mou, sans activit, sans audace, n'a pas l'tat de la guerre,
n'est pas aim du soldat, ne se bat pas  sa tte; a d'ailleurs de la
hauteur, de l'esprit et des principes politiques sains: bon  commander
dans l'intrieur.

SAURET: bon, trs-bon soldat, pas assez clair pour tre gnral, peu
heureux.

ABATTUCCI[11]: pas bon  commander cinquante hommes.

[Footnote 11: Vieux gnral de division, oncle du brave gnral
Abattucci, mort au sige d'Huningue, en 1797.]

GARNIER, MEUNIER, CASABIANCA: incapables, pas bons  commander un
bataillon dans une guerre aussi active et aussi srieuse que celle-ci.

MACQUART: brave homme, pas de talens, vif.

GAUTHIER: bon pour un bureau, n'a jamais fait la guerre.

Vaubois et Sahuguet taient employs dans les places, je viens de
les faire venir  l'anne: j'apprendrai  les apprcier; ils se sont
trs-bien acquitts de ce que je leur ai confi jusqu'ici; mais
l'exemple du gnral Despinois, qui tait trs-bien  Milan et trs-mal
 la tte de sa division, m'ordonne de juger les hommes d'aprs leurs
actions.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Brescia, le 1er fructidor an 4 (18 aot 1796).

_Au gnral chef de l'tat-major._

Vous ordonnerez au gnral de brigade Murat de partir pour
Casal-Maggior, o il commandera une colonne mobile destine 
faire excuter les diffrens articles de la rquisition relative 
Casal-Maggior.

Vous lui nommerez une commission militaire qui l'accompagnera pour
faire juger ceux qui auraient assassin les Franais, ceux qui seraient
auteurs ou qui auraient excit  la rvolte.

Il aura avec lui un commissaire des guerres et l'agent militaire pour
percevoir la contribution d'un million.

Il effectuera en entier le dsarmement; il aura soin d'effectuer en
trois ou quatre jours les diffrentes dispositions de la proclamation.

Sa colonne mobile sera compose de cent hommes du vingt-unime
rgiment de chasseurs, de deux pices d'artillerie lgre et de la
cinquante-unime demi-brigade.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Brescia, le 1er fructidor an 4 (18 aot 1796).

_Au chef de l'tat-major._

Les chefs de corps remettront aux gnraux de division sous qui ils se
trouvent, la note des officiers absens, et spcialement de ceux qui se
trouveraient  Milan, Brescia et Plaisance.

2. Ceux qui seraient  Brescia,  Milan et  Plaisance sans permission
et qui se trouvent absens depuis plus de quarante-huit heures, seront
sur-le-champ destitus par le gnral de division, qui en enverra  cet
effet la note au chef de l'tat-major.

3. Le gnral de division se fera rendre compte de ceux qui sont
absens par permission, rvoquera les permissions qui ne seraient pas
indispensables au service. Il fixera dans cette rvocation le jour o
l'officier doit rejoindre son corps, sous peine de destitution.

4. Les commandans de Milan, de Brescia et de Plaisance feront publier
dans la ville et consigner aux portes, que tout militaire, quel qu'il
soit, mme bless, ait  se faire inscrire  l'tat-major de la place.

5. La municipalit n'accordera aucun billet de logement que sur le visa
du commandant de la place.

6. La municipalit remettra, tous les cinq jours, la liste des
officiers logs dans la ville, avec le jour de leur arrive. Les
commandans des places enverront un double de cet tat  l'tat-major
gnral.

7. Ils feront arrter tous les officiers qui se trouveraient dans leur
ville sans une permission des chefs de corps, vise par le gnral de
division.

8. Ceux qui auraient des raisons relles de service qui autorisassent
leur sjour dans une de ces places, auront de l'tat-major de la place
un billet qui les autorisera  rester tant de jours.

9. Tout officier qui sera surpris dans une de ces places six heures
aprs l'expiration de sa permission sera arrt, et il en sera rendu
compte au gnral de division sous lequel se trouve son corps.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Brescia, le 1er fructidor an 4 (18 aot 1796).

_Au gnral Kellermann._

Nous sommes dans des circonstances, mon cher gnral, o nous avons le
besoin le plus urgent de troupes.

Les maladies nous mettent tous les jours beaucoup de monde aux hpitaux,
je vous prie donc de ne pas perdre un seul moment, et d'activer la
marche des troupes le plus qu'il vous sera possible. Le moindre retard
peut tre dangereux et produire le plus mauvais effet.

Wurmser reoit  chaque instant de nouveaux renforts. Je compte, mon
cher gnral, sur votre zle ordinaire, et je vous prie de recevoir mes
complimens pour les peines que vous n'avez cess de vous donner.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Brescia, le 1er fructidor an 4 (18 aot 1796).

_Au directoire excutif._

Le 28,  deux heures du matin, quinze cents hommes de la garnison de
Mantoue sortaient par la porte de Cerese, dans le mme moment que trois
mille hommes sortaient par la porte de Pradella: tous nos avant-postes
se retirrent. L'ennemi tait  une porte de fusil de nos batteries,
qu'il esprait dj enlever; mais le brave cinquime bataillon de
grenadiers tait l. Les gnraux Fevrilla et Dallemagne placent leurs
troupes, saisissent le moment favorable, attaquent l'ennemi, le mettent
en dsordre aprs deux heures de combat, et le conduisent jusqu'aux
palissades de la ville. La perte de l'ennemi est de cinq  six cents
hommes.

Le 29, je comptais faire embarquer cent grenadiers, et j'esprais
pouvoir m'emparer d'une des portes de la ville; mais les eaux ayant
diminu de plus de trois pieds, il n'a pas t possible de tenter ce
coup de main.

Le 30,  onze heures du soir, le gnral Serrurier ordonna au gnral
Murat et  l'adjudant-gnral Vignolles, avec deux cents hommes,
d'attaquer la droite du camp retranch des ennemis, dans le temps que le
gnral Dallemagne,  la tte d'une bonne colonne, attaquait la gauche.
Le chef de bataillon d'artillerie Androssy, officier du plus grand
mrite, avec cinq chaloupes canonnires qu'il avait armes, alla donner
 l'ennemi une fausse alerte; et dans le temps qu'il attirait sur
lui tous les feux de la place, les gnraux Dallemagne et Murat
remplissaient leur mission, et portaient dans les rangs ennemis le
dsordre et l'pouvante. Le chef de brigade du gnie traa pendant ce
temps  quatre-vingts toises l'ouverture de la tranche sous le feu
et la mitraille de l'ennemi. Au mme instant les batteries de
Saint-Georges, de Pradella et de la Favorite, les deux premires
composes de six pices de gros calibre, et  boulets rouges, de six
gros mortiers; la dernire, de huit pices, destine  rompre la
communication de la citadelle avec la ville, commencrent  jouer contre
la place. Dix minutes aprs, le feu se communiqua de tous cts dans la
ville. La douane, le Collorado et plusieurs couvens ont t consums. 
la pointe du jour, la tranche n'tait que faiblement trace; l'ennemi
runissait une partie de ses forces et cherchait  sortir sous le feu
terrible des remparts; mais nos intrpides soldats, cachs dans des
ravins, derrire des digues, posts dans toutes les sinuosits qui
pouvaient un peu les abriter de la mitraille, les attendaient de pied
ferme sans tirer. Cette morne constance seule dconcerta l'ennemi, qui
rentra dans ses murs.

La nuit suivante, on a perfectionn la tranche, et dans la nuit de
demain, j'espre que nos batteries seront armes et prtes  tirer.

Je ne vous parlerai pas de la conduite de l'intrpide gnral Serrurier,
dont la rputation militaire est tablie, et  qui nous devons, entre
autres choses, le gain de la bataille de Mondovi. Le chef de brigade
Chasseloup, le chef de bataillon Samson, et le chef de bataillon Meuron
donnent tous les jours des preuves de talens, d'activit, de courage,
qui leur acquirent des titres  la reconnaissance de l'arme et de la
patrie.

Toutes les troupes montrent une patience, une constance et un courage
qui donnent l'audace de concevoir les entreprises les plus hardies.

Le chef de bataillon Dussot, qui commande le brave cinquime bataillon
de grenadiers, est le mme qui a pass, le premier, le pont de Lodi.

Je vous enverrai incessamment la sommation que j'ai faite au gouverneur,
et la rponse qu'il m'a faite.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 8 fructidor an 4 (25 aot 1796).

_Du mme au directoire excutif._

1. La division du gnral Sahuguet bloque Mantoue.

Le 7,  trois heures du matin, nous avons  la fois attaqu le pont de
Governolo et Borgo-Forte, pour faire rentrer la garnison dans ses murs.
Aprs une vive canonnade, le gnral Sahuguet, en personne, s'est empar
du pont de Governolo, dans le temps que le gnral Dallemagne s'emparait
de Borgo-Forte. L'ennemi a perdu cinq cents hommes tus, blesss ou
prisonniers. La douzime demi-brigade et le citoyen Lahoz se sont
distingus.

2. La division du gnral Augereau est  Verone.

3. Celle du gnral Massna est  Rivoli. Celle du gnral Sauret, dont
je viens de donner le commandement au gnral Vaubois, est  Storo, le
gnral Sauret tant malade.

Il a t indispensable de donner quelques jours de repos aux troupes, de
rallier les corps dissmins aprs un choc si violent, et de rorganiser
le service des administrations absolument en droute: il y a de ces
messieurs qui ont fait leur retraite tout d'une traite sur le golfe de
la Spezzia.

Le commissaire des guerres Salva abandonne l'arme; l'esprit frapp, il
voit partout des ennemis; il passe le P et communique  tout ce qu'il
rencontre la frayeur qui l'gare, il croit les houlans  ses trousses:
c'est en vain qu'il court en poste deux jours et deux nuits, rien ne le
rassure; criant de tous cts: _sauve qui peut_, il arrive  deux lieues
de Gnes: il meurt aprs vingt-quatre heures d'une fivre violente, dans
les transports de laquelle il se croit bless de cent coups de sabre, et
toujours par les terribles houlans. Rien n'gale cette lchet que la
bravoure des soldats. Beaucoup de commissaires des guerres n'ont pas t
plus braves. Tel est, citoyens directeurs, l'inconvnient de la loi qui
veut que les commissaires des guerres ne soient que des agens civils,
tandis qu'il leur faut plus de courage et d'habitudes militaires qu'aux
officiers mmes: le courage qui leur est ncessaire doit tre tout
moral; il n'est jamais le fruit que de l'habitude des dangers, J'ai donc
senti dans cette circonstance combien il est essentiel de n'admettre 
remplir les fonctions de commissaire des guerres, que des hommes qui
auraient servi dans la ligne plusieurs campagnes, et qui auraient donn
des preuves de courage. Tout homme qui estime la vie plus que la gloire
nationale et l'estime de ses camarades, ne doit pas faire partie de
l'arme franaise. L'on est rvolt lorsqu'on entend journellement les
individus des diffrentes administrations avouer et se faire presque
gloire d'avoir eu peur.

Nous avons  l'arme quinze mille malades, il n'en meurt par jour que
quinze ou vingt; mais on dit que le mois de septembre est le moment o
les maladies sont plus dangereuses. Jusqu' cette heure ce ne sont que
des fivres lgres. Je viens de visiter les hpitaux de Milan: j'ai
t trs-satisfait, ce qui est d en partie au zle et  l'activit du
citoyen Burisse, agent principal de cette partie.

Je n'ai encore reu aucune troupe venant de l'Ocan; l'on nous a annonc
seulement trois mille hommes composant la sixime demi-brigade, qui
arrivent  Milan le 15.

On ne m'a annonc aucune troupe de la division du gnral
Chateauneuf-Randon, seulement la dixime demi-brigade de ligne, forte de
six cents hommes, est arrive  Nice.

Si les six mille hommes que vous m'avez annoncs du gnral
Chateauneuf-Randon et les treize mille hommes que l'on m'a annoncs
depuis longtemps de l'arme de l'Ocan taient arrivs, mon arme se
trouverait presque double, et j'aurais balay devant moi l'arme
autrichienne. Si ces renforts arrivent dans le courant du mois, nous
continuerons  nous trouver dans une position respectable, et dans le
cas mme de mettre fin  l'extravagance de Naples; mais je crains que
vos ordres sur le mouvement de ces troupes ne soient mal excuts.

Nos demi-galres sont sorties de Peschiera, o elles ont pris dix
grosses barques et deux pices de canon appartenants aux ennemis.

Tout est ici dans une position satisfaisante. Nous attendons la premire
nouvelle du gnral Moreau pour nous avancer dans le Tyrol; cependant,
si cela tarde encore quelques jours, nous nous avancerons provisoirement
jusqu' Trente. On m'assure que le gnral Wurmser est rappel et
remplac par le gnral Dewins.

Le roi de Sardaigne ayant licenci ses rgimens provinciaux, les barbets
se sont accrus. Un chariot portant de l'argent a t pill. Le gnral
Dugard allant  Nice a t tu. J'ai organis une colonne mobile avec un
tribunal contre les barbets, pour en faire justice.

Je ne puis influer d'aucune manire sur les dpartemens du Var et du
Rhne; mon loignement est tel, que je reois les lettres beaucoup plus
tard que le ministre de la guerre.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 8 fructidor an 4 (18 aot 1796).

_Au chef de l'tat-major._

Vous voudrez bien envoyer les ordres pour qu'il soit runi, au village
de Tende, une colonne mobile compose de cinquante gendarmes du
dpartement des Alpes-Maritimes; cinquante gendarmes du dpartement du
Var; trois mille deux cents hommes pris dans la division du gnral
Casabianca; deux cents hommes pris  Antibes et aux les Marguerite;
cent cinquante hommes de la garde nationale des Alpes-Maritimes; deux
cents hommes de la garde nationale du district de Grasse; deux pices de
canon.

Cette colonne mobile sera commande par le gnral Casabianca. La
commission militaire que j'ai ordonne pour juger les barbets, tiendra
ses sances au village de Tende. Le dpartement des Alpes-Maritimes
enverra une commission, qui restera  Tende; elle sera charge
de recueillir tous les renseignemens que pourront lui donner les
municipalits et les habitans pour dtruire ces rassemblemens et purger
le dpartement des brigands qui l'infestent.

Les gnraux, officiers suprieurs, soldats et commission, runis 
Tende, seront pays moiti en argent et moiti en mandats, comme l'arme
active.

Le payeur de l'arme fera payer cette colonne mobile par le payeur de
Coni; elle sera nourrie de vivres de la ville de Coni, et aura une
ration de viande comme le reste de l'arme.

Les villages seront responsables des secours qu'ils donneraient aux
sclrats.

Le gnral Macquart et le gnral pimontais seront prvenus de la
formation de cette colonne mobile.

Le gnral Macquart aura ordre de se concerter avec le gnral
Casabianca, pour envoyer de son ct de gros piquets, afin de dtruire
rapidement les brigands.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 8 fructidor an 4 (25 aot 1796).

_Au gnral chef de l'tat-major._

Vous voudrez bien, citoyen gnral, ordonner au gnral Gentili
d'organiser en compagnies tous les Corses rfugis qui se trouvent 
Livourne, officiers, sous-officiers et soldats. Les gnraux corses, les
chefs de brigade ou de bataillon rfugis commanderont chacun une de ces
compagnies. Il leur sera distribu des fusils de ceux existans dans la
place.

Ces compagnies ne feront aucun service autre que celui relatif 
l'embarquement pour la Corse. En cas de gnrale ou d'alerte, le gnral
Gentili prendra les ordres du gnral de division commandant la place,
pour les postes que devront occuper lesdites compagnies. Les capitaines,
lieutenans ou sous-lieutenans faisant partie de ces compagnies devront
tre arms d'un fusil.

Je vous laisse le matre de faire un rglement pour dterminer tout ce
que je n'aurais pas prvu, afin que tous les Corses rfugis, faisant
partie desdites compagnies, puissent toucher sans confusion les rations
dues  leur grade, et qu'ils puissent, en cas d'vnement, remplacer 
Livourne le bataillon de la soixante-quinzime demi-brigade que j'en ai
retir.

Vous prviendrez le gnral Gentili que je lui enverrai incessamment des
instructions sur l'expdition de la Corse.

La gendarmerie de la vingt-huitime division, tant organise, devra
concourir au service de la place. Vous autoriserez ses chefs  se
recruter parmi les rfugis corses existans  Livourne.

BONAPARTE.



Donnez l'ordre  deux cents hommes du bataillon de la douzime
demi-brigade, qui est  Milan, de partir demain matin pour se rendre,
par le chemin le plus court,  Casal-Maggior, pour tre aux ordres du
gnral Murat, et remplacer la cinquante-unime demi-brigade.

Donnez ordre  la cinquante-unime demi-brigade de partir aussitt que
ces deux cents hommes seront arrivs, pour se rendre  Livourne par le
chemin le plus court.

Donnez l'ordre d'tablir, sous trois fois vingt-quatre heures, dans le
chteau de Pavie, un hpital de vnriens. On tiendra, dans le magasin
du chteau, cinq cents fusils avec pierres, cartouches, etc., afin de
pouvoir armer, en cas d'vnement, les vnriens.

Donnez l'ordre au bataillon de la sixime demi-brigade, le premier
arriv, de laisser deux cents hommes dans le chteau de Pavie. Aussitt
que ces deux cents hommes seront arrivs  Pavie, donnez ordre  la
quatorzime demi-brigade de partir pour Livourne par le chemin le plus
court. Faites passer en revue la cinquante-unime demi-brigade et la
quatorzime, au moment de leur dpart.

Ordonnez l'tablissement d'un hpital de cinq cents malades dans le
chteau de Milan. Mon intention est que l'on choisisse les hommes les
moins malades. Ordonnez qu'il y ait toujours dans le chteau de Milan
cinq cents fusils, avec ce qui est ncessaire, pour, en cas d'vnement,
armer lesdits malades.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 8 fructidor an 4 (25 aot 1796).

_Au gnral de division Sauret._

La considration de votre sant m'a seule engag  vous donner le
commandement de la rserve, et  vous remplacer dans celui de la
division actuellement sous vos ordres: cette division est encore
destine  des mouvemens dont la vivacit est incompatible avec votre
tat actuel; mais vous saurez encore vous rendre utile dans le poste o
je vous place, et qui n'est pas moins essentiel; le service qu'il doit
faire est moins rude et plus adapt  votre situation.

La rserve doit voir l'ennemi; mais elle est destine  le joindre par
des chemins moins difficiles. Les services que vous avez rendus doivent
vous assurer que ce changement n'a rien qui doive vous affecter; il est
absolument tranger  aucune diminution dans la confiance que je dois 
votre bravoure et  votre patriotisme.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 9 fructidor an 4 (26 aot 1796).

_Au directoire excutif._

Je vous enverrai incessamment, citoyens directeurs, deux lettres que je
reois de Corse. Les Anglais embarquent toutes les munitions de guerre
sur des barques pour les transporter  l'le d'Elbe. O donc est le
projet qu'ils avaient pu avoir dans le temps qu'ils nous croyaient
battus, de se porter sur Livourne, comme le pourrait faire croire une
proclamation qu'ils ont publie.

Tous les rfugis corses sont dj rendus  Livourne: le commissaire
Salicetti compte partir demain.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 9 fructidor an 4 (26 aot 1796).

_Au directoire excutif._

J'ai commenc  entamer les ngociations  Venise, je leur ai demand
les vivres pour le besoin de l'arme. Je vous envoie la copie de la
lettre au citoyen Lallement. Ds l'instant que j'aurai balay le Tyrol,
on entamera des ngociations conformes  vos instructions; dans ce
moment-ci, cela ne russirait pas: ces gens-ci ont une marine puissante,
et sont  l'abri de toute insulte dans leur capitale; il sera peut-tre
bien difficile de leur faire mettre les squestres sur les biens des
Anglais et sur ceux de l'empereur.

J'ai fait appeler  Milan le citoyen Faypoult. Nous sommes convenus des
mesures prparatoires  prendre pour l'excution de vos instructions sur
Gnes.

Ds l'instant que nous serons  Trente, que l'arme du Rhin sera 
Inspruck, et qu'une partie du corps de troupes qui m'arrive de la Vende
sera  Tortone, je me porterai  Gnes de ma personne, et votre arrt
sera excut dans toute sa teneur.

Quant au grand-duc de Toscane, il faut encore dissimuler. J'ai fait un
changement de troupes dans la place de Livourne, pour dtourner les
calculateurs sur le nombre, et faire un mouvement dans l'intrieur de
l'Italie, pour accrotre les bruits que je fais courir pour contenir la
populace de Rome et les Napolitains.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 9 fructidor an 4 (26 aot 1796).

_Au directoire excutif._

Le roi de Naples,  la tte de vingt-quatre mille hommes (ce qui
pourrait bien n'aller qu' quinze mille), s'est avanc sur les terres
du pape, menaant de se porter sur Rome, et de l venir se joindre 
Wurmser, ou se porter sur Livourne pour, de concert avec les Anglais,
nous chasser de cette place. L'alarme tait dans Rome, et le cabinet de
Sa Saintet tait dans la plus grande consternation.

J'ai crit au citoyen Cacault de rassurer la cour de Rome, et de
signifier  celle de Naples que si le roi des Deux-Siciles s'avanait
sur les terres de Rome, je regarderais l'armistice comme nul, et que je
ferais marcher une division de mon arme pour couvrir Rome. Le citoyen
Cacault m'assure, sans en tre certain, que le roi de Naples s'est
dsist de son entreprise, et qu'il est retourn de sa personne 
Naples. Cette cour est perfide et bte. Je crois que si M. Pignatelli
n'est pas encore arriv  Paris, il convient de squestrer les deux
mille hommes de cavalerie que nous avons en dpt, arrter toutes les
marchandises qui sont  Livourne, faire un manifeste bien frapp, pour
faire sentir la mauvaise foi de la cour de Naples, principalement
d'Acton; ds l'instant qu'elle sera menace, elle deviendra humble
et soumise. Les Anglais ont fait croire au roi de Naples qu'il tait
quelque chose. J'ai crit  M. d'Azarria,  Rome; je lui ai dit que si
la cour de Naples, au mpris de l'armistice, cherche encore  se mettre
sur les rangs, je prends l'engagement,  la face de l'Europe, de
marcher contre les prtendus soixante-dix mille hommes avec six mille
grenadiers, quatre mille hommes de cavalerie et cinquante pices de
canon. La bonne saison s'avance: d'ici  six semaines, j'espre que la
plus grande partie de nos malades seront guris. Les secours que vous
m'annoncez arrivs, je pourrai  la fois faire le sige de Mantoue, et
tenir en respect Naples et les Autrichiens.

La cour de Rome, pendant le temps de nos dsastres, ne s'est pas mieux
conduite que les autres; elle avait envoy un lgat  Ferrare, je l'ai
fait arrter, et je le tiens en otage  Brescia: c'est le cardinal
Mattei. Le vice-lgat, nomm Grena, s'tait sauv, et n'tait plus qu'
deux heures de Rome; je lui ai envoy l'ordre de venir  Milan; il est
venu. Comme il est moins coupable, je le renverrai aprs l'avoir retenu
quelques jours ici.

On fait courir beaucoup de bruits sur le roi de Sardaigne; mais je
crois que tout cela est dnu de fondement. Il a vendu son quipage
d'artillerie, licenci ses rgimens provinciaux; et s'il cherche 
recruter, c'est qu'il aime mieux avoir des troupes trangres que
des rgimens nationaux, dont il est peu sr. Il serait bon que les
journalistes voulussent bien ne pas publier sur son compte des
absurdits comme celles qu'on publie tous les jours. Il est des coups de
plume crits sur des ou-dire, et sans mauvaise intention, qui nous font
plus de mal, plus d'ennemis, qu'une contribution dont nous tirerions
avantage. Peut-tre serait-il utile qu'un journal officiel insrt un
article qui dmentt ces bruits absurdes et ridicules.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 9 fructidor an 4 (26 aot 1796).

_Au citoyen Miot, ministre de la rpublique  Florence._

J'ai reu toutes vos lettres. Il y a  Livourne deux mille deux cents
hommes de la soixante-quinzime demi-brigade, et six cents Corses
rfugis que j'organise en compagnies. J'y envoie les quinzime et
quatorzime demi-brigades, soyez tranquille.

Dissimulez avec le grand-duc; s'il se conduit mal, il paiera tout  la
fois: ces gens-ci sont peu  craindre.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Brescia, le 13 fructidor an 4 (30 aot 1796).

_Au chef de l'tat-major._

Il arrive quelquefois que le dfaut de transport empche le soldat de
toucher sa ration de pain de vingt-quatre onces et qu'il n'en touche que
douze: il est juste, lorsque cela arrive, de l'indemniser en lui donnant
l'quivalent en argent. En consquence, le gnral en chef ordonne qu'il
sera, dans ce cas, donn un sou et demi par douze onces. L'inspecteur
des vivres de la division devra donner un certificat, qui sera vis par
le commissaire des guerres, par le chef d'tat-major de la division, et
par le gnral commandant le camp. Le quartier-matre,  la fin de la
dcade, prsentera le certificat  l'ordonnateur en chef, qui le fera
solder.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Brescia, le 13 fructidor an 4 (30 aot 1796).

_Aux habitans du Tyrol._

Vous sollicitez la protection de l'arme franaise, il faut vous en
rendre dignes: puisque la majorit d'entre vous est bien intentionne,
contraignez ce petit nombre d'hommes opinitres  se soumettre, leur
conduite insense tend  attirer sur leur patrie les fureurs de la
guerre.

La supriorit des armes franaises est aujourd'hui constate: les
ministres de l'empereur, achets par l'or des Anglais, le trahissent; ce
malheureux prince ne fait pas un pas qui ne soit une faute.

Vous voulez la paix, les Franais combattent pour elle: nous ne passons
sur votre territoire que pour obliger la cour de Vienne de se rendre au
voeu de l'Europe dsole, et d'entendre les cris de ses peuples. Nous ne
venons pas ici pour nous agrandir, la nature a trac nos limites au Rhin
et aux Alpes, dans le mme temps qu'elle a pos au Tyrol les limites de
la maison d'Autriche.

Tyroliens, quelle qu'ait t votre conduite, rentrez dans vos foyers;
quittez des drapeaux tant de fois battus, et impuissans pour se
dfendre. Ce n'est pas quelques ennemis de plus que peuvent redouter les
vainqueurs des Alpes et d'Italie, mais c'est quelques victimes de moins
que la gnrosit de ma nation m'ordonne de chercher  pargner.

Nous nous sommes montrs redoutables dans les combats, mais nous sommes
les amis de ceux qui nous reoivent avec hospitalit.

La religion, les habitudes, les proprits des communes qui se
soumettront seront respectes.

Les communes dont les compagnies de Tyroliens ne seraient pas rentres 
notre arrive seront incendies, les habitans seront pris en otages et
envoys en France.

Lorsqu'une commune sera soumise, les syndics seront tenus de donner 
l'heure mme la note des habitans qui seraient  la solde de l'empereur,
et s'ils font partie des compagnies tyroliennes, on incendiera
sur-le-champ leurs maisons et on arrtera leurs parens jusqu'au dernier
degr, lesquels seront envoys en tage en France.

Tout Tyrolien faisant partie des compagnies franches, pris les armes 
la main, sera sur-le-champ fusill.

Les gnraux de division seront chargs de la stricte excution du
prsent arrt.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Due-Castelli, le 13 fructidor an 4 (30 aot
1796).

_Au directoire excutif._

Je vous ai rendu compte, citoyens directeurs, dans ma dernire dpche,
que le gnral Wurmser, oblig d'abandonner Bassano, s'tait port de sa
personne avec les dbris de deux bataillons de grenadiers  Montebello,
entre Vicence et Verone, o il avait rejoint la division qu'il avait
fait marcher sur Verone, forte de quatre mille cinq cents hommes de
cavalerie et cinq mille d'infanterie, au premier instant qu'il avait su
que je me portais sur Trente.

Le 23, la division du gnral Augereau se porta sur Padoue; elle ramassa
les dbris de l'arme autrichienne et quatre cents hommes qui les
escortaient: celle de Massna se rendit  Vicence. Wurmser se trouvait
entre l'Adige et la Brenta: il lui tait impossible de franchir la
Brenta, puisque deux divisions de l'arme lui en fermaient le passage;
il ne lui restait d'autre ressource que de se jeter dans Mantoue; mais
ayant prvu,  mon dpart pour Trente, le mouvement que ferait le
gnral Wurmser, j'avais laiss dans Verone le gnral de division
Kilmaine, et fait garnir d'artillerie les remparts de cette place. Le
gnral Kilmaine, avec sa sagacit ordinaire, a su imposer  l'ennemi et
le tenir pendant quarante-huit heures en respect, le repoussant par le
feu de son artillerie toutes les fois qu'il a essay de pntrer. Je
n'avais pu lui laisser que des forces trop peu considrables pour
contenir une ville trs-populeuse, et pour repousser un corps d'arme
qui avait autant de raisons de ne rien pargner pour se rendre matre
de cette place importante. Il se loue beaucoup du chef de bataillon
Muirond, qui y commandait l'artillerie.

Le 28 au soir, le gnral Wurmser apprit l'arrive du gnral Massna 
Vicence, il sentit qu'il n'avait plus un moment  perdre; il fila toute
la nuit le long de l'Adige, qu'il passa  Porto-Legnago.

Le 24 au soir, la division du gnral Massna passa l'Adige  Ronco,
dans le temps que la division du gnral Augereau marchait de Padoue sur
Porto-Legnago, ayant bien soin d'clairer sa gauche pour que l'ennemi ne
chercht pas  se sauver par Castel-Basilo.

Le 25,  la pointe du jour, je donnai ordre  la division du gnral
Massna de se porter  Sanguinetto, afin de barrer le passage  Wurmser;
le gnral Sahuguet, avec une brigade, se porta  Castellaro, et eut
ordre de couper tous les ponts sur la Molinella.



_Combat de Cerea._


Pour se rendre de Ronco  Sanguinetto, il y a deux chemins: l'un, qui
part de Ronco, passe par la gauche, en suivant l'Adige, et rencontre
le chemin de Porto-Legnago  Mantoue; le second conduit directement de
Ronco  Sanguinetto: c'tait celui qu'il fallait prendre, au contraire
on prit le premier. Le gnral Murat,  la tte de quelques centaines de
chasseurs, arriv  Cerea, rencontra la tte de la division de Wurmser;
il culbuta plusieurs escadrons de cavalerie. Le gnral Pigeon,
commandant l'avant-garde du gnral Massna, sentant la cavalerie
engage, se prcipite avec son infanterie lgre pour la soutenir; il
passe le village et s'empare du pont sur lequel l'ennemi devait passer:
la division du gnral Massna tait encore loigne. Aprs un moment
d'tonnement et d'alarme donne  la division du gnral Wurmser, ce
gnral fit ses dispositions, culbuta notre avant-garde, reprit le pont
et le village de Cerea. Je m'y tais port au premier coup de canon que
j'avais entendu, il n'tait plus temps. Il faut faire  l'ennemi un
pont d'or ou lui opposer une barrire d'acier. Il fallut se rsoudre 
laisser chapper l'ennemi, qui, selon tous les calculs et toutes les
probabilits, devait tre, ce jour-l, oblig de poser les armes et de
se rendre prisonnier. Nous nous contentmes de rallier notre avant-garde
et de retourner  demi-chemin de Ronco  Cerea. Nous avons trouv le
lendemain sur le champ de bataille plus de cent hommes tus de l'ennemi,
et nous lui avons fait deux cent cinquante prisonniers. Nous sommes
redevables au courage du huitime bataillon de grenadiers et au
sang-froid du gnral de brigade Victor, d'tre sortis  si bon march
d'une lutte aussi ingale.



_Combat de Castellaro_.


Wurmser fila toute la nuit du 25 au 26 sur Mantoue avec une telle
rapidit, qu'il arriva le lendemain de bonne heure  Nogara. Il apprit
que les ponts de la Molinella taient coups, et qu'une division
franaise l'attendait  Castellaro. Il sentit qu'il ne fallait pas
essayer de forcer Castellaro, puisque, ds la pointe du jour, nous nous
tions mis  sa poursuite: j'esprais encore le trouver se battant avec
le gnral Sahuguet; mais malheureusement celui-ci n'avait pas coup
le pont de Villa-Impenta sur la Molinella,  une lieue de sa droite:
Wurmser avait fil par l. Ds l'instant que le gnral Sahuguet avait
su son passage, il avait envoy quelques chasseurs pour le harceler
et retarder sa marche; mais il avait trop peu de monde pour pouvoir y
russir. Le gnral Charton, avec trois cents hommes, fut envelopp par
un rgiment de cuirassiers. Au lieu de se poster dans les fosss, ces
braves soldats voulurent payer d'audace et charger les cuirassiers;
mais aprs une vigoureuse rsistance ils furent envelopps. Le gnral
Charton a t tu dans ce combat, et les trois cents hommes ont t
faits prisonniers, parmi lesquels le chef de brigade Dugoulot, chef de
la douzime demi-brigade d'infanterie lgre.



_Prise de Porto-Legnago_.


Le gnral Augereau, arriv le 21 devant Porto-Legnago, investit la
place; le gnral Massna y envoya la brigade du gnral Victor pour
l'investir du ct de l'Adige: aprs quelques pourparlers, la garnison,
forte de seize cent soixante-treize hommes, se rendit prisonnire de
guerre le 27. Nous y trouvmes vingt-deux pices de canon de campagne,
tout atteles, ainsi que leurs caissons et les cinq cents hommes que
Wurmser nous avait fait prisonniers au combat de Cerea, et qui, par ce
moyen, furent dlivrs.



_Combat de Due-Castelli_.


Le 28, la division du gnral Massna partit  la pointe du jour de
Castellero, se porta sur Mantoue par la route de Due-Castelli, afin
d'engager l'ennemi  rentrer dans la place, en s'emparant du faubourg
Saint-George; le combat s'engagea  midi, il fut encore engag trop
promptement: la cinquime demi-brigade se trompa de chemin et n'arriva
pas  temps. La nombreuse cavalerie ennemie tonna notre infanterie
lgre; mais la brave trente-deuxime soutint le combat jusqu'au soir,
et nous restmes matres du champ de bataille, loigns de deux milles
du faubourg Saint-George. Le gnral Sahuguet, aprs avoir investi la
citadelle, s'est port sur la Favorite: dj il avait obtenu les plus
grands succs, il avait pris  l'ennemi trois pices de canon; mais
il fut oblig de prendre une position en arrire, et d'abandonner
l'artillerie qu'il venait de prendre  l'ennemi.



_Bataille de Saint-George_.


Cependant les hulans, les hussards et les cuirassiers ennemis, fiers de
ces petits succs, inondaient la campagne; le gnral Massna leur fit
tendre des embuscades, qui obtinrent un succs d'autant plus heureux,
qu'elles mirent aux prises notre infanterie lgre avec eux. Nous en
tumes ou prmes environ cent cinquante. Les cuirassiers ne sont pas
 l'abri de nos coups de fusil. L'ennemi a eu au moins trois cents
blesss.

C'est dans ces petits chocs que le gnral Massna a montr beaucoup
de fermet  rallier sa troupe et  la conduire au combat. Le gnral
Kilmaine,  la tte du vingtime de dragons, a contenu l'ennemi, et
a par l rendu un grand service. Ces combats, qui n'taient dans la
ralit que des chauffoures, donneront beaucoup de confiance  nos
ennemis. Il fallait l'accrotre par tous les moyens possibles, car nous
ne pouvions pas avoir de plus grand bonheur que de porter l'ennemi 
engager une affaire srieuse hors de ses remparts.

Le gnral Massna prit, la nuit du 28 au 29, une position en arrire.
Le lendemain,  la pointe du jour, nous apprmes que les ennemis avaient
fait sortir presque toute leur garnison pour dfendre la Favorite et
Saint-George, et par l se conserver les moyens d'avoir des fourrages
pour nourrir leur nombreuse cavalerie.

 deux heures aprs midi, le gnral Bon, commandant provisoirement
la division du gnral Augereau, qui est malade, arriva de Governolo,
longeant le Mincio, et attaqua l'ennemi plac en avant de Saint-George,
sur notre gauche; le gnral la Salcette se porta pour couper les
communications de la Favorite  la citadelle; le gnral Pigeon, passant
par Villa-Nova, alla pour tourner une plaine o la cavalerie ennemie
pouvait manoeuvrer, et pour couper les communications de la Favorite 
Saint-George.

Lorsque ces diffrentes attaques furent commences, le gnral Victor,
avec la dix-huitime demi-brigade de bataille, en colonne serre par
bataillon, et  la hauteur de division, marcha droit  l'ennemi; la
trente-deuxime demi-brigade, soutenue par le gnral Kilmaine  la tte
de deux rgimens de cavalerie, marcha par la droite pour acculer les
ennemis, et les pousser du ct o tait le gnral Pigeon. Le combat
s'engagea de tous cts avec beaucoup de vivacit; le huitime bataillon
de grenadiers, plac  l'avant-garde, et conduit par l'adjudant-gnral
Leclerc et mon aide-de-camp Marmont, fit des prodiges de valeur.

La quatrime demi-brigade de bataille, qui avait sur la gauche commenc
le combat, avait attir la principale attention de l'ennemi, qui se
trouvait perc par le centre: nous enlevmes Saint-George. Un escadron
de cuirassiers chargea un bataillon de la dix-huitime, qui le reut
baonnette en avant, et fit prisonniers tous ceux qui survcurent 
cette charge.

Nous avons fait dans cette bataille deux mille prisonniers, parmi
lesquels un rgiment entier de cuirassiers et une division de hulans.
L'ennemi doit avoir au moins deux mille cinq cents hommes tus ou
blesss; nous avons pris vingt-cinq pices de canon avec leurs caissons
tout attels.

Parmi nos blesss dans les journes du 28 et du 29, sont: le gnral
Victor, le gnral Berlin, le gnral Saint-Hilaire, le gnral Mayer,
bless en allant au secours d'un soldat charg par un cuirassier ennemi;
le gnral Murat, bless lgrement; le chef de brigade Lannes; le
chef de bataillon Rolland; le chef de brigade du dixime rgiment de
chasseurs  cheval, Leclerc, a t bless en chargeant  la tte de son
rgiment.  l'affaire du 28, le chef de brigade de la dix-huitime,
qui a eu son cheval tu sous lui  l'affaire de Bassano, s'est
particulirement distingu. Suchet, chef de bataillon de la
dix-huitime, a t bless  la journe du 25, en combattant
courageusement  la tte de son bataillon. Aucun des officiers gnraux
n'est bless grivement, et j'espre que nous ne serons pas longtemps
privs de leurs services.

L'adjudant-gnral Belliard, officier de distinction, qui a eu un cheval
tu sous lui dans l'une des prcdentes affaires, s'est parfaitement
bien conduit. Les adjoints aux adjudans-gnraux Charles et Salkoski se
sont parfaitement conduits.

Je vous demande le grade de gnral de brigade pour le citoyen Leclerc,
chef de brigade du dixime rgiment de chasseurs  cheval, et de
l'avancement pour les adjoints d'Amour et Ducos qui ont t blesss.

Je demande le grade de chef d'escadron d'artillerie lgre pour les
citoyens Rozet et Coindet, tous deux capitaines d'artillerie lgre.

J'ai nomm adjudant-gnral l'ex-adjudant provisoire Roche, officier
trs-distingu, qui s'est conduit parfaitement dans diffrentes
affaires. J'ai nomm chef de brigade au premier rgiment de hussards
l'adjudant-gnral Picard, officier de la plus grande distinction. Le
chef de brigade du septime rgiment de hussards, le citoyen Paym, a t
bless  la tte de son rgiment. Le quinzime de dragons s'est conduit,
dans toutes ces circonstances, avec le plus grand courage.

Ainsi, si la garnison de Mantoue a t renforce  peu prs par cinq
mille hommes d'infanterie, je calcule que la bataille de Saint-George
doit  peu prs les lui avoir fait perdre. Quant  la cavalerie, c'est
un surcrot d'embarras et de consommation. Je ne doute plus que Wurmser
ne tente toute espce de moyens pour sortir de Mantoue avec elle.

Depuis le 16 de ce mois nous sommes toujours nous battant, et toujours
les mmes hommes contre des troupes nouvelles. L'arme que nous venons
presque de dtruire tait encore formidable; aussi il parat qu'elle
avait des projets hostiles, nous l'avons surprise et prvenue dans le
temps qu'elle faisait son mouvement.

Je vous envoie mon aide-de-camp Marmont, porteur de vingt-deux drapeaux
pris sur les Autrichiens.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Trente, le 20 fructidor an 4 (6 septembre 1796).

_Au directoire excutif._

Nous n'avons pas d'autre chose  faire, citoyens directeurs, si nous
voulons profiter de notre position actuelle, que de marcher sur Trieste.
Nous serons  Botzen ds l'instant que l'arme du Rhin se sera avance
sur Inspruck; mais ce plan, que nous adoptons, et qui tait bon au
mois de juin, ne vaut plus rien  la fin de septembre. Les neiges vont
bientt rtablir les barrires de la nature, le froid commence dj 
tre vif; l'ennemi, qui l'a senti, s'est jet sur la Brenta pour couvrir
Trieste. Je marche aujourd'hui le long de la Brenta, pour attaquer
l'ennemi  Bassano, ou pour couper ses derrires s'il fait un mouvement
sur Verone. Vous sentez qu'il est impossible que je m'engage dans les
montagnes du Tyrol, lorsque toute l'arme ennemie est  Bassano et
menace mon flanc et mes derrires. Arriv  Bassano, je bats l'ennemi:
comment voulez-vous qu'alors je le pousse par devant et que je cherche 
lui enlever Trieste? Le jour o j'aurais battu l'ennemi  Bassano, et o
l'arme du Rhin serait  Inspruck, les quatre mille hommes, dbris de la
division qui gardait Trente, se retireraient, par Brixen et Lientz, sur
le Frioul: alors la communication sera vraiment tablie avec l'arme du
Rhin, et j'aurai accul l'ennemi au-del de Trieste, point essentiel o
se nourrit l'arme ennemie. Ensuite, selon la nature des circonstances,
je me tiendrai  Trieste ou je retournerai sur l'Adige. Aprs avoir
dtruit ce port, et selon la nature des vnemens, je dicterai aux
Vnitiens les lois que vous m'avez envoyes par vos ultrieures
instructions. De l encore il sera facile, si les renforts du gnral
Chteauneuf-Randon arrivent, et si vous me faites fournir dix mille
hommes de l'arme des Alpes, d'envoyer une bonne arme jusqu' Naples.
Enfin, citoyens directeurs, voulez-vous cet hiver ne pas avoir la guerre
au coeur de l'Italie? Portons-la dans le Frioul.

L'arme du Rhin, occupant Inspruck, garde mon flanc gauche; d'ici 
un mois, les neiges et les glaces le feront pour elle, et elle pourra
retourner sur le Danube. Vous sentez mieux que moi, sans doute, l'effet
que fera la prise de Trieste sur Constantinople, sur la Hongrie et sur
toute l'Italie. Au reste, citoyens directeurs, le 22 je serai  Bassano.
Si l'ennemi m'y attend, il y aura une bataille qui dcidera du sort de
tout ce pays-ci; si l'ennemi se recule encore sur Trieste, je ferai ce
que les circonstances militaires me feront paratre le plus convenable;
mais j'attendrai vos ordres pour savoir si je dois, ou non, me
transporter sur Trieste.

Je crois qu'il serait ncessaire de former  Milan trois bataillons de
Milanais, qui serviraient  renforcer l'arme qui bloque Mantoue. Si
vous adoptez le projet de se porter sur Trieste, je vous prie de me
faire connatre de quelle manire vous entendez que je me conduise avec
cette ville, dans le cas o l'on jugerait  propos de l'vacuer quelque
temps aprs.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Trente, le 20 fructidor an 4 (6 septembre 1796).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

La division du gnral Massna passa l'Adige, le 26, au pont de Golo,
suivant le grand chemin du Tyrol: elle est arrive  Ala, le 17; le mme
jour,  deux heures aprs midi, notre cavalerie a sabr les avant-postes
ennemis, et leur a pris six chevaux.

La division du gnral Augereau est partie de Verone dans le mme temps,
et s'est poste sur les hauteurs qui sparent les tats de Venise du
Tyrol.

La division du gnral Vaubois est partie en mme temps de Storo,  la
gauche du lac de Garda; son avant-garde est arrive  Torbole, o elle
a t jointe par la brigade du gnral Guieux, qui s'tait embarque 
Salo sur le lac de Garda; son avant-garde, commande par le gnral de
brigade Saint-Hilaire, a culbut l'ennemi, qu'il a rencontr au pont de
la Sarca, et lui a fait cinquante prisonniers.

Le 17, au soir, le gnral Pigeon, commandant l'infanterie lgre de la
division du gnral Massna, me donne avis que l'ennemi tient en force
le village de Serravalle: il reoit et excute l'ordre d'attaquer, il
force l'ennemi, et lui fait trois cents prisonniers.

Le 18,  la pointe du jour, nous nous trouvons en prsence. Une division
de l'ennemi gardait les dfils inexpugnables de Marco, une autre
division au-del de l'Adige gardait le camp retranch de Mori. Le
gnral Pigeon, avec une partie de l'infanterie lgre, gagne les
hauteurs  la gauche de Marco; l'adjudant Sornet,  la tte de la
dix-huitime demi-brigade d'infanterie lgre, attaque l'ennemi en
tirailleurs; le gnral de brigade Victor,  la tte de la dix-huitime
demi-brigade d'infanterie de bataille en colonne serre par bataillon,
perce par le grand chemin; la rsistance de l'ennemi est long-temps
opinitre: au mme instant, le gnral Vaubois attaque le camp retranch
de Mori; aprs deux heures de combat trs-vif, l'ennemi plie partout. Le
citoyen Marois, mon aide-de-camp, capitaine, porte l'ordre au gnral
Dubois de faire avancer le premier rgiment de hussards, et de
poursuivre vivement l'ennemi. Ce mme gnral se met lui-mme  la tte,
et dcide de l'affaire; mais il reoit trois balles, qui le blessent
mortellement. Un de ses aides-de-camp venait d'tre tu  ses cts.
Je trouve un instant aprs ce gnral expirant. Je meurs pour la
rpublique, faites que j'aie le temps de savoir si la victoire est
complette. Il est mort.

L'ennemi se retire  Roveredo: j'ordonne au gnral de brigade Rampon de
passer avec la trente-deuxime entre cette ville et l'Adige; le gnral
Victor, pendant ce temps-l, entre au pas de charge dans la grande rue;
l'ennemi se replie encore en laissant une grande quantit de morts et
de prisonniers. Pendant ce temps-l, le gnral Vaubois a forc le camp
retranch de Mori, et poursuivi l'ennemi sur l'autre rive de l'Adige;
il tait une heure aprs-midi; l'ennemi, battu partout, profitait des
difficults du pays, nous tenait tte  tous les dfils, et excutait
sa retraite sur Trente. Nous n'avions encore pris que trois pices de
canon et fait mille prisonniers.

Le gnral Massna fait rallier toutes les demi-brigades, et donne un
moment de repos  sa division: pendant ce temps, nous allons, avec
deux escadrons de cavalerie, reconnatre les mouvemens de retraite de
l'ennemi; il s'est ralli en avant de Caliano, pour couvrir Trente, et
donner le temps  son quartier-gnral d'vacuer cette ville. S'il a
t battu pendant toute la journe devant Caliano, nulle position n'est
inexpugnable. L'Adige touche presque  des montagnes  pic, et forme une
gorge qui n'a pas quarante toises de largeur, ferme par un village, un
chteau lev, une bonne muraille qui joint l'Adige  la montagne, et o
il a plac toute son artillerie. Il faut de nouvelles dispositions: le
gnral Dommartin fait avancer huit pices d'artillerie lgre pour
commencer la canonnade. Il trouve une bonne position, d'o il prend la
gorge en charpe.

Le gnral Pigeon passe avec l'infanterie lgre sur la droite; trois
cents tirailleurs se jettent sur les bords de l'Adige pour commencer la
fusillade, et trois demi-brigades en colonne serre et par bataillon,
l'arme au bras, passent le dfil. L'ennemi, branl par le feu de
l'artillerie, par la hardiesse des tirailleurs, ne rsiste pas  la
masse de nos colonnes; il abandonne l'entre de la gorge; la terreur se
communique dans toute sa ligne, notre cavalerie le poursuit.

Le citoyen Marois, mon aide-de-camp, capitaine, suivi de cinquante
hussards, veut gagner la tte et arrter toute la colonne ennemie: il la
traverse, et est lui-mme jet par terre et bless de plusieurs coups;
une partie de l'arme ennemie lui a march sur le corps; il a plusieurs
blessures dont aucune n'est mortelle. Le chef de brigade du premier
rgiment de hussards est tu. Le citoyen Bessires, capitaine de
ma compagnie des guides, voit deux pices de canon sur le point de
s'chapper; il s'lance avec cinq ou six guides, et, malgr les efforts
des ennemis, arrte les pices.

Six ou sept mille prisonniers, vingt-cinq pices de canon, cinquante
caissons, sept drapeaux, tel est le fruit de la bataille de Roveredo,
une des plus heureuses de la campagne. La perte de l'ennemi doit avoir
t considrable.

Le 19,  huit heures du matin, le gnral Massna est entr dans Trente.
Wurmser a quitt cette ville la veille, pour se rfugier du ct de
Bassano.

Le gnral Vaubois, avec sa division, marcha aussitt  la poursuite
des ennemis. Son arrire-garde s'tait retranche  Lavis, derrire
la rivire de Laviso, et gardait le dbouch du pont, qu'il fallait
cependant passer. Le gnral Dallemagne,  la tte de la vingt-cinquime
demi-brigade, passe, non sans beaucoup de peine, sous le feu de
l'ennemi, retranch dans le village, et le gnral Murat passe au gu 
la tte d'un dtachement du dixime de chasseurs, portant un nombre gal
de fantassins pour poursuivre l'ennemi. L'adjudant-gnral Leclerc, avec
trois chasseurs et le citoyen Desaix, chef de brigade des Allobroges,
accompagn de douze carabiniers ou grenadiers, taient parvenus 
tourner l'ennemi, et s'taient embusqus  une demi-lieue en avant;
la cavalerie, se sauvant au galop, se trouve tout d'un coup arrte;
l'adjudant-gnral Leclerc est lgrement bless de quelques coups de
sabre. Ses ennemis cherchent  s'ouvrir un passage; mais les douze
carabiniers, seconds des trois chasseurs, croisent leurs baonnettes et
forment un rempart inexpugnable.

La nuit tait dj obscure: cent hussards ennemis sont pris, ainsi qu'un
tendard du rgiment de Wurmser.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Cismone, le 22 fructidor an 4 (8 septembre 1796).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Je vous ai rendu compte du combat de Serravalle, de la bataille de
Roveredo: j'ai  vous rendre compte du passage des gorges de la Brenta.

La division du gnral Augereau s'est rendue le 20  Borgo du val de
Lugana par Martillo et Val-Laiva; la division du gnral Massna s'y est
galement rendue par Trente et Levico.

Le 21 au matin, l'infanterie lgre faisant l'avant-garde du gnral
Augereau, commande par le gnral Lannes, rencontra l'ennemi, qui s'est
retranch dans le village de Primolo, la gauche appuye  la Brenta, et
la droite  des gorges  pic. Le gnral Augereau fait sur-le-champ
ses dispositions; la brave cinquime demi-brigade d'infanterie lgre
attaque l'ennemi en tirailleurs; la quatrime demi-brigade d'infanterie
de bataille, en colonne serre et par bataillon, marche droit 
l'ennemi, protge par le feu de l'artillerie lgre: le village est
emport.

Mais l'ennemi se rallie dans le petit fort de Cavivo, qui barrait le
chemin, et au milieu duquel il fallait passer; la cinquime demi-brigade
lgre gagne la gauche du fort et tablit une vive fusillade dans le
temps o deux ou trois cents hommes passent la Brenta, gagnent les
hauteurs de droite, et menacent de tomber sur les derrires de la
colonne. Aprs une rsistance assez vive, l'ennemi vacue ce poste; le
cinquime rgiment de dragons, auquel j'ai fait restituer ses fusils,
soutenu par un dtachement du dixime rgiment de chasseurs, se met  sa
poursuite, atteint la tte de la colonne, qui, par ce moyen, se trouve
toute prisonnire.

Nous avons pris dix pices de canon, quinze caissons, huit drapeaux
et fait quatre mille prisonniers. La nuit et les fatigues des marches
forces et des combats continuels que nos troupes ont soutenus, m'ont
dcid  passer la nuit  Cismone; demain matin, nous traverserons le
reste des gorges de la Brenta.

Les citoyens Stock, capitaine au premier bataillon de la cinquime
demi-brigade d'infanterie lgre; Milhaud, chef de brigade du cinquime
rgiment de dragons; Lauvin, adjudant, sous-lieutenant du mme rgiment;
Duroc, capitaine d'artillerie, qui a eu son cheval tu sous lui; Julien,
aide-de-camp du gnral Saint-Hilaire; le frre du gnral Augereau
et son aide-de-camp, se sont particulirement distingus. L'ardeur du
soldat est gale  celle des gnraux et des officiers; il est cependant
des traits de courage qui mritent d'tre recueillis par l'historien, et
que je vous ferai connatre.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Bassano, le 22 fructidor an 4 (8 septembre 1796).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Je vous ai rendu compte de la marche de l'arme d'Italie sur Trente et
du passage des gorges de la Brenta. Cette marche rapide et inattendue
de vingt lieues en deux jours, a dconcert entirement l'ennemi,
qui croyait que nous nous rendrions droit sur Inspruck; et avait en
consquence envoy une colonne sur Verone pour menacer cette place, et
nous faire craindre pour nos derrires. Wurmser voulait nous couper, et
il l'tait lui-mme.

Je vous ai rendu compte de notre marche et des vnemens qui l'ont
accompagne jusqu'au 21 au soir, o nous avons couch au village de
Cismone, prs du dbouch des gorges de la Brenta. Il ne me reste plus
qu' vous rendre compte de la bataille de Bassano.

Le 22,  deux heures du matin, nous nous mmes en marche: arrivs aux
dbouchs des gorges, prs du village de Salaqua, nous rencontrmes
l'ennemi. Le gnral Augereau se porta avec sa division sur la gauche,
et envoya  sa droite la quatrime demi-brigade; j'y fis passer
galement toute la division du gnral Massna. Il tait  peine sept
heures du matin, et le combat avait commenc. Forts de leur bonne
position, et encourags par la prsence de leurs gnraux, les ennemis
tinrent quelque temps; mais grce  l'imptuosit de nos soldats, 
la bravoure de la cinquime demi-brigade lgre, de la quatrime
demi-brigade de ligne, l'ennemi fut partout mis en droute. Le gnral
Murat envoya des dtachemens de cavalerie  la poursuite de l'ennemi.
Nous marchmes aussitt sur Bassano: Wurmser et son quartier-gnral y
taient encore. Le gnral Augereau y entrait par sa gauche, dans le
mme temps que le gnral Massna y entrait par sa droite,  la tte de
la quatrime demi-brigade, dont une partie  la course, une partie en
colonnes serres, fonce sur les pices qui dfendent le pont de la
Brenta, enlve ces pices, passe le pont et pntre dans la ville malgr
les efforts des grenadiers, lite de l'arme autrichienne, chargs de
protger la retraite du quartier-gnral.

Nous avons, dans cette journe, fait cinq mille prisonniers, pris
trente-cinq pices de canon tout atteles, avec leurs caissons; deux
quipages de pont de trente-deux bateaux, tout attels; plus de deux
cents fourgons galement tout attels, portant une partie des bagages de
l'arme. Nous avons pris cinq drapeaux; le chef de brigade Lannes en a
pris deux de sa main. Le gnral Wurmser et le trsor de l'arme n'ont
t manqus que d'un instant. Une escouade de ma compagnie des guides,
qui tait  ses trousses, l'ayant poursuivi vivement, a eu deux hommes
tus; et le citoyen Gurin, lieutenant de la compagnie, bless.

Le gnral Verdier, le gnral Saint-Hilaire; le chef de bataillon de la
quatrime demi-brigade, Frre, qui a t bless; les citoyens Cassau et
Gros, capitaines des grenadiers de la mme brigade; le citoyen Stock,
capitaine de la cinquime demi-brigade d'infanterie lgre; le citoyen
Pelard, carabinier de la cinquime demi-brigade (ce brave homme traversa
trois pelotons ennemis, et arrta l'officier gnral qui les commandait;
il lui a seul tu treize hommes), se sont couverts de gloire.

Nous sommes dans ce moment  la poursuite d'une division de huit mille
hommes que Wurmser avait fait marcher sur Vicence, et qui est le seul
reste de cette arme formidable qui menaait, il y a un mois, de nous
enlever l'Italie.

En six jours, nous avons livr deux batailles et quatre combats; nous
avons pris  l'ennemi vingt-un drapeaux; nous lui avons fait seize mille
prisonniers, parmi lesquels plusieurs gnraux; le reste a t tu,
bless ou parpill. Nous avons, dans les six jours, toujours nous
battant dans des gorges inexpugnables, fait quarante-cinq lieues, pris
soixante-dix pices de canon avec leurs caissons, leurs attelages, une
grande partie du grand parc de l'arme, et des magasins considrables
rpandus sur toute la ligne que nous avons parcourue.

Je vous prie d'accorder le grade de gnral de brigade au chef de
brigade Lannes: il est le premier qui ait mis l'ennemi en droute 
Dego, qui ait pass le P, le pont de Lodi, et qui soit entr dans
Bassano;  l'adjudant-gnral Chabran, qui s'est particulirement
distingu  la bataille de Roveredo, comme il l'avait prcdemment fait
 celle de Lonado et  la retraite de Rivoli.

Je vous demande de nommer  la place de chef de brigade de la quatrime
demi-brigade le chef de bataillon Frre, et de l'avancement pour les
officiers qui se sont distingus dans les affaires diffrentes dont je
vous ai rendu compte.

BONAPARTE.



De Montebello, le 24 fructidor an 4 (10 septembre 1796).

_Au directoire excutif._

Wurmser, avec quinze cents hommes de cavalerie, trois mille
d'infanterie, et tout le quartier-gnral, est serr entre la division
de Massna, qui est partie ce matin de Vicence et file sur Villa-Nova,
et la division du gnral Augereau, qui est partie de Padoue et va sur
Porte-Legnago.

Wurmser, chapp de Bassano, s'est rendu  Citadella, de l  Vicence et
 Montebello rejoindre ses troupes, et a essay de forcer Verone; mais
Kilmaine que j'y avais laiss, prvoyant son projet, l'a repouss.
J'apprends  cette heure qu'il longe l'Adige et tche de gagner Mantoue.
Il est possible que ce projet lui russisse: alors, moyennant deux
demi-brigades de plus que je donnerai  Sahuguet, je suis matre de
l'Italie, du Tyrol et du Frioul.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 5e jour complmentaire an 4 (21
septembre 1796).

_ sa majest le roi de Sardaigne._

Les officiers prposs par votre majest pour commander en la partie de
ses tats qui lui a t restitue par le trait de paix, voient, sinon
avec plaisir, au moins avec indiffrence, les assassinats et les
brigandages qui se commettent contre les Franais.

Par le trait de paix conclu entre votre majest et la rpublique
franaise, la rpublique devait continuer  occuper la partie de ces
tats qui avait t laisse  l'arme par le trait d'armistice:
croyant faire quelque chose d'agrable  votre majest, je lui ai
rendu non-seulement le gouvernement civil, mais encore le gouvernement
militaire, avec la clause spciale que les routes seraient gardes, et
que mme nos convois seraient escorts par ses troupes.

Je prie donc votre majest de vouloir bien ordonner que l'on tienne
un corps de troupes respectable aux villages de Limon et de Limonais,
lequel ferait des patrouilles jusqu' Lacas, escortant les convois, et
prenant toutes les mesures ncessaires pour maintenir cette route sre,
ainsi que Vadier, et gnralement dans tous les pays voisins de Demont,
formant la communication de Coni  Barcelonnette.

Je demande galement  votre majest que les cinq individus qui ont t
arrts  Borgo-San-Dalmazzo par les Franais, soient remis entre les
mains du commandant militaire  Coni.

Je la prie galement de donner les ordres  ses diffrens gouverneurs,
pour qu'ils s'emploient avec loyaut  faire arrter les brigands, dans
quelques endroits qu'ils soient trouvs.

Indpendamment de l'intrt de l'humanit et de la justice, votre
majest donnera, par cette conduite, une preuve de sa loyaut, et
contribuera  teindre ces germes de discorde, qui finiraient par se
propager dans l'intrieur de ses tats.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 5e jour complmentaire an 4 (21
septembre 1796).

_Au ministre des affaires trangres du roi de Sardaigne._

Je ne suis point diplomate, Monsieur, je suis militaire: vous
pardonnerez ma franchise. Sur diffrens points des tats de sa majest,
les Franais sont assassins, vols. Par le trait de paix, le roi qui
est tenu de nous accorder le passage sur ses tats, doit nous le donner
sr, et ce n'est mme que pour cet effet que, contre la teneur du trait
de paix, j'ai pris sur moi de restituer  sa majest non-seulement le
gouvernement civil, mais mme le gouvernement militaire dans la partie
de ses tats qui lui a t restitue par la rpublique.  Vin,  Limon,
sous les yeux de la garnison de Demont, sous ceux des corps de troupes
que M. Franchar commande  Borgo-San-Dalmazzo, l'on se porte tous les
jours  des excs qui paraissent non-seulement tolrs, mais mme
encourags par le gouvernement.

Je vous demanderai donc une explication simple:

1. Le roi ne doit-il pas tre tenu d'indemniser et de rparer les
pertes faites en consquence des dlits qui se commettent sur son
territoire contre les Franais, lorsque ces dlits se commettent en
plein jour et par des corps solds de deux ou trois cents personnes?

2. Le roi a-t-il, avec vingt-cinq mille hommes qu'il a sous les armes,
assez de forces pour contenir dans ses tats des brigands, et faire
respecter les lois de la justice, de l'humanit et des traits?

On ne juge les hommes, monsieur, que par leurs actions: la loyaut du
roi est gnralement connue; cependant on se trouve bien forc de penser
qu'il est des raisons de politique qui portent  encourager, ou du moins
 tolrer des atrocits aussi rvoltantes.

J'ai crit  sa majest elle-mme, je vous prie de lui prsenter
ma lettre. Le gouvernement franais ne fera rien ouvertement ni
secrtement, qui tendrait  dtruire ou  affaiblir l'effet du
gouvernement du roi sur ses peuples; vous n'ignorez pas, cependant,
combien cela serait facile. Le jour o vous voudrez sincrement dtruire
les brigands qui infestent notre communication de Coni  Barcelonnette,
ils n'existeront plus.

Je vous prie de me croire, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 10 vendmiaire an 5 (1er octobre 1796).

_Au chef de l'tat-major._

Vous donnerez des ordres au gnrai Kilmaine pour le dsarmement du
Mantouan, et pour qu'on restitue tous les chevaux qui ont t achets
aux soldats. Vous ferez payer chaque cheval le prix qu'il aura cot,
sans que cela puisse excder cent vingt francs par cheval. Vous formerez
trois colonnes mobiles, commandes par des hommes sages et probes, qui
parcourront, la premire, la partie du Mantouan comprise entre le P, le
Mincio et l'Oglio; la seconde, la partie comprise entre le Mincio, le P
et l'Adige; la troisime, tout ce qui se trouve en de du P. Je crois
que cent cinquante hommes d'infanterie et la moiti en cavalerie seront
plus que suffisans pour chacune de ces colonnes.

Chacune des colonnes se rendra aux trois chefs-lieux, Castiglione,
Roverbello et Conzague, pour procder au dsarmement,  la recherche de
tout ce qui appartiendrait aux Autrichiens,  l'arrestation des hommes
turbulens qui auraient excit les peuples  prendre les armes contre
l'arme,  la restitution des chevaux vendus par les soldats.

Je vous recommande surtout de vous faire rendre compte de la conduite
des moines de San-Benedetto; dans ce village il s'est commis des
horreurs: j'y avais ordonn une imposition extraordinaire, qu'il faudra
payer sur-le-champ. Vous demanderez au commissaire ordonnateur copie de
mon ordre.

Je vous recommande aussi de mettre un terme  ces perptuelles
rquisitions qui dsolent les pays conquis, sans presque aucun profit
pour la rpublique.

Concertez-vous avec le commissaire ordonnateur Aubernon, pour qu'un
tas de fripons, sous prtexte de l'approvisionnement de l'arme, ne
dpouillent pas les villages  leur profit. Vous tes dans le Mantouan
le premier agent de la rpublique, vous devez donc porter votre
surveillance sur tout ce qui peut intresser l'ordre public. Il y a
 Castiglione une commission administrative charge de la leve des
impositions, prtez-lui main-forte et tous les secours qui dpendront de
vous.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 10 vendmiaire an 5 (1er octobre 1796).

_Au directoire excutif._

Aprs la bataille de Saint-George, nous cherchmes  attirer Wurmser 
une seconde action, afin d'affaiblir la garnison dans une affaire _extra
muros_: nous nous gardmes donc bien d'occuper le Sarraglio, j'esprais
qu'il s'y rendrait; nous continumes seulement  occuper le pont de
Governolo, afin de nous faciliter le passage du Mincio.

Le quatrime jour complmentaire, l'ennemi se porta avec quinze cents
hommes de cavalerie  Castellucio; nos grand'gardes se replirent, comme
elles en avaient l'ordre; l'ennemi ne passa pas outre. Le 3 vendmiaire,
il se porta sur Governolo, en suivant la ligne droite du Mincio: aprs
une canonnade trs-vive et plusieurs charges de notre infanterie, il fut
mis en droute; il eut cent hommes faits prisonniers et cinq caissons
pris, tout attels.

Le gnral Kilmaine, auquel j'ai donn le commandement des deux
divisions qui assigent Mantoue, resta dans ses mmes positions jusqu'au
8, esprant toujours que l'ennemi, port par l'envie de faire entrer
des fourrages, chercherait  sortir; mais l'ennemi s'tait camp  la
Chartreuse, devant la porte Pradella et la chapelle, et devant la porte
Cerese. Le gnral Kilmaine fit ses dispositions d'attaque, se porta par
plusieurs points sur ces deux camps, que l'ennemi vacua  son approche,
aprs une lgre fusillade d'arrire-garde.

Nous occupons la porte Pradella et celle de Cerese, et nous bloquons la
citadelle.

Il est impossible, dans ce moment-ci, de penser au sige de Mantoue, 
cause des pluies; il ne sera faisable qu'en janvier.  cette poque,
l'empereur aura une puissante arme dans le Tyrol et dans le Frioul:
dj il a runi un corps de six mille hommes dans ce dernier pays, et il
a fait venir huit mille hommes  Botzen.

Rien n'gale l'activit qu'il y a dans l'Empire pour recruter l'arme
d'Italie.

Voici la force de notre arme:

J'ai dix-huit mille neuf cents hommes  l'arme d'observation, neuf
mille hommes  l'arme de sige.

Je vous laisse  penser, si je ne reois point de secours, s'il est
possible que je rsiste cet hiver  l'empereur, qui aura cinquante mille
hommes dans six semaines.

J'ai demand au commissaire du gouvernement de me faire passer la
quarantime demi-brigade qui est  Lyon; j'ai ordonn que l'on me fasse
passer la quatre-vingt-troisime, qui est  Marseille, et le dixime
bataillon de l'Ain, qui est  Toulon, et qui doit tre incorpor dans
nos cadres. Ces deux demi-brigades, si elles arrivent, forment quatre
mille cinq cents hommes.

Le gnral Willot a mal  propos retenu la onzime demi-brigade, forte
de quatre cents hommes, et que le gnral Chteauneuf-Randon envoyait
ici. Ajoutez  ce nombre le dixime bataillon de l'Ain, fort de cinq
cents hommes, qui est  Nice, cela fait neuf cents hommes des six mille
que ce gnral devait envoyer.

Renouvelez les ordres au gnral Chteauneuf-Randon; ordonnez le dpart
de la quarantime, qui est  Lyon, et de la quatre-vingt-septime, qui
est  Marseille; faites-nous passer quinze mille hommes de ceux qui sont
 porte; mais calculez que, sur quatre mille hommes que vous envoyez,
il n'en arrivera que la moiti.

Songez qu'il faut que vous ayez en Italie, pour pouvoir vous soutenir
pendant l'hiver, trente-cinq mille hommes d'infanterie  l'arme
d'observation et dix-huit mille hommes d'infanterie  l'arme de
sige, pour faire face  l'empereur. Ces deux forces runies font
cinquante-trois mille hommes, il en existe dans ce moment vingt-sept.
Supposez que la saison tant meilleure, il nous rentre trois mille
malades, quoique les pluies d'automne nous en donnent beaucoup, il
resterait vingt-trois mille hommes  nous envoyer.

J'espre avoir, avant un mois, si par des courriers extraordinaires vous
confirmez mes ordres et mes rquisitions, huit mille hommes, tirs des
garnisons du midi.

Il faut donc encore quinze mille hommes. Si vous les faites partir de
Paris ou des environs, ils pourront arriver dans le courant de dcembre;
mais il faut qu'ils aient les ordres de suite. Si vous avez des dpts,
envoyez-nous-en de mme pour encadrer dans nos corps.

Il nous faudrait encore quinze cents hommes de cavalerie lgre ou des
dragons: par exemple, le quatorzime rgiment de chasseurs. Il faudrait
huit cents canonniers pour le sige de Mantoue, dix officiers du gnie,
et quelques officiers suprieurs d'artillerie pour le mme sige.

Il nous faudrait de plus quinze cents charretiers, organiss en
brigades, ayant leurs chefs; je n'ai que des Italiens qui nous volent:
deux bataillons de sapeurs et sept compagnies de mineurs.

Si la conservation de l'Italie vous est chre, citoyens directeurs,
envoyez-moi tous ces secours. Il me faudrait galement vingt mille
fusils; mais il faudrait que ces envois arrivassent, et qu'il n'en soit
pas comme de tout ce que l'on annonce  cette arme, o rien n'arrive.
Nous avons une grande quantit de fusils, mais ils sont autrichiens; ils
psent trop, et nos soldats ne peuvent s'en servir.

Nous avons ici des fabriques de poudre, dont nous nous servons, et qui
nous rendent trente milliers par mois: cela pourra nous suffire.

Je vous recommande de donner des ordres pour que les huit mille hommes
que j'attends  la fin d'octobre arrivent: cela seul peut me mettre 
mme de porter encore de grands coups aux Impriaux. Pour que les trois
mille hommes du gnral Chteauneuf-Randon arrivent, il faut qu'ils
partent six  sept mille.

J'essaye de faire lever ici une lgion arme de fusils autrichiens, et
habille avec l'uniforme de la garde nationale du pays: cette lgion
sera compose de trois mille cinq cents hommes au complet; il est
possible que cela russisse.

Les avant-postes du gnral Vaubois ont rencontr la division
autrichienne qui dfend le Tyrol; il a fait  l'ennemi cent dix
prisonniers.

Quelles que soient les circonstances qui se prsenteront, je vous prie
de ne pas douter un seul instant du zle et du dvouement de l'arme
d'Italie  soutenir l'honneur des armes de la rpublique.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 11 vendmiaire an 5 (2 octobre 1796).

_Au directoire excutif._

Le peuple de la Lombardie se prononce chaque jour davantage; mais il est
une classe trs-considrable qui dsirerait, avant de jeter le gant 
l'empereur, d'y tre invite par une proclamation du gouvernement, qui
ft une espce de garant de l'intrt que la France prendra  ce pays-ci
 la paix gnrale.

Cette rsolution du gouvernement, et l'arrt qui tablirait un
gouvernement rgulateur, et qui reconnatrait ds aujourd'hui
l'indpendance de la Lombardie, avec quelques modifications pour la
dure de la guerre, vaudrait  l'arme autant qu'un secours de trois 
quatre mille hommes.

Les friponneries qui se commettent sont innombrables: au milieu de la
guerre, il ne m'a pas t possible d'y porter un coup d'oeil svre;
mais aujourd'hui, pendant le sjour  Milan que les circonstances me
permettent, je vous promets de leur faire une guerre vive: je vous
annoncerai bientt que le conseil en aura fait justice d'une douzaine.

Dsormais le peuple de la Lombardie, plus heureux, sentira moins le
poids de l'arme, et sera moins sujet aux vexations. Il n'en est pas de
mme du malheureux Mantouan: la nature frmit en pensant  la nue de
coquins qui dsolent ce pays. J'ai fait quelques dispositions pour
attnuer le mal.

Bologne et Ferrare, n'ayant pas de troupes, sont les plus heureux de
tous: on vient d'y tablir des surveillans; s'ils font comme les anciens
agens militaires de la Lombardie, qui se sont pour la plupart sauvs
avec une caisse, ils porteront la dsolation dans ce beau pays. Je vais
avoir soin de m'en faire rendre compte.

Reggio a fait sa rvolution et a secou le joug du duc de Modne. C'est
peut-tre le pays d'Italie qui est le plus prononc pour la libert.

Modne avait essay d'en faire autant; mais les quinze cents hommes de
troupes que le duc y tient en garnison ont fait feu sur le peuple et
dissip l'attroupement. Je crois que le plus court de tout ceci serait
de dclarer l'armistice rompu, vu qu'il est encore d cinq  six cent
mille liv., et de mettre cette place  l'instar de Bologne et de Reggio.
Ce seraient des ennemis de moins que nous aurions, car la rgence ne
dissimule pas la crainte que nous lui inspirons, et la joie qu'elle
ressent des succs des ennemis. Je vous prie de vouloir bien me
prescrire vos ordres l-dessus.

Je crois qu'il ne faut pas laisser cet tat dans la situation de
dchirement o il se trouve, mais dclarer au plnipotentiaire que vous
avez  Paris les ngociations rompues. Au lieu d'avoir un nouvel ennemi,
nous aurions au contraire des secours et des allis, les peuples de
Modne et de Reggio runis. Cependant, comme la face des affaires change
tous les quinze jours dans ce pays, puisque cela suit les oprations
militaires, et qu'il ne faudrait pas que votre rupture avec Modne
arrivt dans un instant o je ne pourrais pas disposer de quinze cents
hommes pendant quelques jours, pour tablir un nouvel ordre de chose
dans ce pays, vous pourriez dclarer  l'envoy de Modne que vous
m'avez fait connatre vos intentions, et que vous me chargez de
la conclusion de la paix avec son prince. Il viendrait alors au
quartier-gnral, ayant soin de lui signifier qu'il y soit rendu avant
douze jours. Je lui dclarerais alors que toutes ngociations sont
rompues, dans le mme instant que nos troupes entreront dans Modne,
feront poser les armes  la garnison, prendront pour otages les plus
enrags aristocrates, et mettront en place les amis de la libert de
Modne.

Vous aurez alors Modne, Reggio, Bologne et Ferrare, o la masse du
peuple se forme tous les jours pour la libert, et o la majorit nous
regarde comme librateurs, et notre cause comme la leur.

Les tats de Modne arrivent jusqu'au Mantouan: vous sentez combien il
nous est intressant d'y avoir, au lieu d'un gouvernement ennemi,
un gouvernement dans le genre de celui de Bologne, qui nous serait
entirement dvou. Nous pourrions,  la paix gnrale, donner le
Mantouan au duc de Parme, ce qui serait politique sous tous les
rapports; mais il serait utile que vous fissiez connatre cela 
l'ambassadeur d'Espagne, pour que cela revienne au duc de Parme; ce qui
l'engagerait  nous rendre beaucoup de services. Puisque nous sommes
allis avec l'Espagne, il ne serait point indiffrent que le duc de
Parme runt  notre arme un de ses rgimens de sept  huit cents
hommes: cela me rendrait disponible un pareil nombre de nos troupes, et
ferait que tous les habitans du duch de Parme regarderaient notre cause
comme la leur; ce qui est toujours beaucoup. J'emploierai ce corps
devant Mantoue, ou pour l'escorte des prisonniers et des convois, ce
que nos gens font trs-mal: sur quatre mille prisonniers, il s'en sauve
ordinairement mille; ce qui est produit par le petit nombre d'escortes
que je peux y mettre. J'ai essay, pour les escortes, de quatre cents
hommes Milanais, ce qui m'a parfaitement russi; il faudrait aussi que
le duc ft oblig de nous fournir un bataillon de pionniers fort de huit
cents hommes, avec les outils.

loigns, comme nous sommes de la France, ce sera pour nous un bon
secours que l'alliance de ce prince, puisque ses tats sont sur le
thtre de la guerre.

Les barbets dsolent nos communications: ce ne sont plus des voleurs
isols, ce sont des corps organiss de quatre  cinq cents hommes. Le
gnral Garnier,  la tte d'une colonne mobile que j'ai organise,
occupe dans ce moment-ci Tende; il en a arrt et fait fusiller une
douzaine.

L'administration du dpartement du Var s'est refuse  fournir deux
cents hommes que j'ai mis en rquisition pour la formation de cette
colonne mobile. Le gnral Willot non-seulement a refus d'obir  un
ordre que j'ai donn pour le dpart du dixime bataillon de l'Ain,
mais encore il a retenu la onzime demi-brigade, que le gnral
Chteauneuf-Randon envoyait  l'arme, et un escadron du dix-huitime
rgiment de dragons. Ce gnral a cependant huit mille hommes dans sa
division, troupes suffisantes pour conqurir le midi de la France, s'il
tait en rvolte.

Je tiens en respect et je fais la police dans un pays ennemi plus tendu
que toute sa division, avec huit ou neuf cents hommes. Ce gnral a des
ides trop exagres, et embrasse trop les diffrentes opinions des
partis qui dchirent la France, pour pouvoir maintenir l'ordre dans le
Midi sans une arme puissante.

Le gnral Willot a servi, au commencement de la rvolution,  l'arme
d'Italie; il jouit de la rputation d'un brave homme et d'un bon
militaire, mais d'un royaliste enrag. Ne le connaissant pas, et n'ayant
pas eu le temps de peser ses oprations, je suis bien loin de confirmer
ce jugement; mais, ce qui me parat bien avr, c'est qu'il agit dans le
Midi comme dans la Vende, ce qui est un bon moyen pour la faire natre.

Quand on n'a gard  aucune autorit constitue, que l'on dclare en
masse tous les habitans de plusieurs dpartemens indignes du nom de
citoyen, on veut ou se former une arme considrable, ou faire natre
la guerre civile: je ne vois pas de parti mitoyen. Si vous laissez le
gnral Willot  Marseille, il faut lui donner une arme de vingt mille
hommes, ou vous attendre aux scnes les plus affligeantes.

Quand une ville est en tat de sige, il me semble qu'un militaire
devient une espce de magistrat, et doit se conduire avec la modration
et la dcence qu'exigent les circonstances, et il ne doit pas tre un
instrument de factions, un officier d'avant-garde. Je vous soumets
toutes ces rflexions, spcialement par la ncessit que j'ai d'avoir
des troupes.

Je vous prie aussi d'ter de dessous mes ordres la huitime division,
parce que les principes et la conduite du gnral Willot ne sont pas
ceux qu'il doit avoir dans sa place, et que je me croirais dshonor de
voir, dans un endroit o je commande, se former un ferment de trouble,
et de souffrir qu'un gnral sous mes ordres ne soit qu'un instrument de
factions.

Par sa dsobissance et par son insubordination, il est la cause des
horreurs qui se commettent dans ce moment dans le dpartement des
Alpes-Maritimes. Le convoi des tableaux chefs-d'oeuvre d'Italie a t
oblig de rentrer  Coni; il et t pris par les barbets. Si le gnral
Willot n'obit pas sur-le-champ  l'ordre que je lui ai donn de faire
partir la quatre-vingt-troisime demi-brigade, mon projet est de le
suspendre de ses fonctions. Nice mme, dans ce moment-ci, n'est pas en
sret.

Les barbets tirent leurs forces du rgiment provincial de Nice, que le
roi de Sardaigne a licenci; peut-tre serait-il utile de faire un corps
particulier de tous les habitans des Alpes maritimes qui se sont trouvs
engags dans le rgiment provincial et le corps franc au moment de la
guerre. On pourrait, dans ce cas, dclarer qu'ils ne reprendront leurs
droits de citoyens qu'aprs avoir servi deux ans sous les drapeaux de la
rpublique.

J'ai crit au ministre des affaires trangres et au roi de Sardaigne
lui-mme des lettres trs-fortes. J'espre que tous les jours le nombre
de ces brigands sera moins redoutable.

J'ai envoy  Turin le citoyen Poussielgue, secrtaire de la lgation 
Gnes, sonder les dispositions de ce cabinet pour un trait d'alliance;
il nous faut ce prince ou la rpublique de Gnes. J'avais mme dsir
une entrevue avec le ministre des affaires trangres du roi de
Sardaigne, mais cela n'a pu s'arranger.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 11 vendmiaire an 5 (2 octobre 1796).

_Au directoire excutif._

La rpublique de Venise a peur: elle trame avec le roi de Naples et le
pape; elle se fortifie et se retranche dans Venise. De tous les peuples
de l'Italie, le Vnitien est celui qui nous hait le plus: ils sont
tous arms, et il est des cantons dont les habitans sont braves. Leur
ministre  Paris leur crit que l'on s'arme, sans quoi tout est perdu:
on ne fera rien de tous ces gens-l si Mantoue n'est pas pris.

Le roi de Naples a soixante mille hommes sur pied, il ne peut tre
attaqu et dtrn que par dix-huit mille hommes d'infanterie et trois
mille de cavalerie. Il serait possible que, de concert avec l'Autriche
et Rome, il portt un corps sur Rome et ensuite sur Bologne et Livourne:
ce corps pourrait tre de quinze mille hommes, et inquiterait beaucoup
l'arme franaise.

Le grand-duc de Toscane est absolument nul sous tous les rapports.

Le duc de Parme se conduit assez bien; il est nul aussi sous tous les
rapports.

Rome est forte par son fanatisme: si elle se montre contre nous, elle
peut accrotre de beaucoup la force du roi de Naples, m'obliger  tenir
trois mille hommes de plus sur mes derrires, par l'inquitude qu'elle
mettrait dans l'esprit de ces peuples: seule, sans Naples, il faudrait
deux mille hommes d'infanterie et quinze cents de cavalerie pour la
soumettre. Si elle arme, le fanatisme lui donne quelque force; il y
aurait du sang de rpandu: runie avec Naples, l'on ne peut marcher 
Rome avec moins de vingt mille hommes d'infanterie et deux mille hommes
de cavalerie; et si l'on voulait aller  Naples aprs avoir t  Rome,
il faudrait une arme de vingt-quatre mille hommes d'infanterie et de
trois mille cinq cents de cavalerie. Je pense que six mille hommes
d'infanterie et cinq cents de cavalerie suffiraient pour tenir les tats
du pape en respect, en s'y conduisant avec adresse et caractre, une
fois que l'on s'en serait rendu matre.

Le roi de Sardaigne fomente la rbellion des barbets. Si Naples et Rome
agissent contre nous, il faudra trois mille hommes de plus dans les
places du Pimont.

Gnes. Le 16 de ce mois, le ministre Faypoult prsentera une note au
snat, et nous ferons notre opration, conformment  vos ordres; si
elle russit, nous pourrons compter sur le gouvernement.

Si vous persistez  faire la guerre  Rome et  Naples, il faut
vingt-cinq mille hommes de renfort, qui, joints aux vingt mille,
ncessaires pour tenir tte  l'empereur, font un renfort de
quarante-cinq mille hommes qu'il faudrait. Si vous faites la paix avec
Naples, et qu'il n'y ait que Rome, il serait possible, avec les seules
forces destines  tenir tte  l'empereur, de profiter d'un moment
favorable pour l'craser; il faudrait compter cependant sur un surcrot
de trois mille hommes.

Je crois que vous ne pouvez faire  la fois, dans la position actuelle
de la rpublique, la guerre  Naples et  l'empereur. La paix avec
Naples est de toute ncessit: restez avec Rome en tat de ngociations
ou d'armistice jusqu'au moment de marcher sur cette ville superbe.

Rome deviendrait trs-forte de sa runion avec Naples. Si nous sommes
battus sur le Rhin, il nous convient de faire la paix avec Rome et avec
Naples.

Il est une autre ngociation qui devient indispensable, c'est un trait
d'alliance avec le Pimont et Gnes. Je voudrais donner Massa et
Carrara, les fiefs impriaux  Gnes, et la faire dclarer contre la
coalition.

Si vous continuez la guerre avec Naples, il me parat ncessaire de
prendre Lucques et d'y mettre garnison: cette place est forte et bien
arme; elle couvre les tats de Gnes et offre une retraite  la
garnison de Livourne.

Par cette lettre et celles que je vous enverrai incessamment, vous
connatrez parfaitement notre position. Je n'avais jamais compt
qu'aprs avoir dtruit en une campagne deux armes  l'empereur, il
en aurait une plus puissante, et que les deux armes de la rpublique
hiverneraient bien loin du Danube: le projet de Trieste et de Naples
tait fond sur des suppositions.

J'ai crit  Vienne, et ce soir le courrier part dans le mme temps que
l'arme se porte sur la Brenta.

Je fais fortifier l'Adda; mais c'est une faible barrire. Je vous le
rpte, des secours prompts, car l'empereur fait dj filer ses troupes.

La ngociation avec Rome a t mal conduite: il fallait, avant de
l'entamer, qu'elle et rempli les conditions de l'armistice; l'on
pouvait au moins attendre quelques jours, et l'on aurait facilement eu
les cinq millions du second paiement, dont une partie tait dj arrive
 Rimini. On a montr au pape tout le trait  la fois, il fallait au
contraire pralablement l'obliger  se prononcer sur le premier article;
mais surtout on ne devait pas choisir l'instant o l'arme tait dans le
Tyrol, et l'on devait avoir  l'appui un corps de troupes  Bologne, qui
se serait accru par la renomme. Cela nous cote dix millions, cinq de
denres, et tous les chefs-d'oeuvre d'Italie, qu'un retard de quelques
jours nous aurait donns.

Tous ces pays-ci sont si peupls, la situation de nos forces est
si connue, tout cela est tellement travaill par l'empereur et par
l'Angleterre, que la scne change tous les quinze jours.

Si nous ne russissons pas dans tout ce que nous entreprendrons, je vous
prie de croire que ce ne sera pas faute de zle et d'assiduit.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 11 vendmiaire an 5 (2 octobre 1796).

_ Sa Majest l'empereur d'Allemagne, roi de Hongrie et de Bohme,
archiduc d'Autriche, etc._

Sire, l'Europe veut la paix. Cette guerre dsastreuse dure depuis trop
long-temps.

J'ai l'honneur de prvenir votre majest que si elle n'envoie pas des
plnipotentiaires  Paris pour entamer les ngociations de paix, le
directoire excutif m'ordonne de combler le port de Trieste et de ruiner
tous les tablissemens de votre majest sur l'Adriatique. Jusqu'ici
j'ai t retenu dans l'excution de ce plan, par l'esprance de ne pas
accrotre le nombre des victimes innocentes de cette guerre.

Je dsire que votre majest soit sensible aux malheurs qui menacent ses
sujets, et rende le repos et la tranquillit au monde.

Je suis avec respect, de votre majest,

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 11 vendmiaire an 5 (2 octobre 1796).

_Au chef de l'tat-major._

J'apprends, citoyen gnral, que plusieurs ngocians gnois, en
consquence d'une intrigue, sont sortis avec grand fracas de Gnes, et
se sont rfugis  Milan, laissant entrevoir qu'ils sont instruits que
les Franais doivent bombarder Gnes. Vous voudrez bien leur donner
ordre de sortir sur-le-champ de la Lombardie, et de retourner  Gnes,
ayant  coeur d'ter aux malveillans les moyens d'inquiter le brave
peuple de Gnes, auquel l'arme d'Italie a des obligations essentielles,
tant pour les bls qu'il nous a procurs dans les momens de dtresse,
que par l'amiti que, de tout temps, il a tmoigne pour la rpublique.

Dans ce moment, o ils viennent de fermer leur port aux Anglais et de
chasser le ministre de l'empereur qui avait foment la rbellion des
fiefs impriaux, ils ont des droits plus particuliers  la protection de
la rpublique franaise.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 13 vendmiaire an 5 (4 octobre 1796).

_Au citoyen Garreau, commissaire du gouvernement._

Nous avons le plus grand besoin d'argent, soit  l'arme, soit en
France: je crois donc qu'il faudrait que vous prissiez ce soir des
mesures pour faire ramasser le plus qu'il sera possible des sommes sur
les crances de la chambre, les capitaux de l'archiduc et les crances
connues sous le nom de Rivellet: ces trois objets pourront nous tre
d'une grande ressource, et vous savez que nous avons besoin de ne rien
pargner.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 14 vendmiaire an 5 (5 octobre 1796).

_Au cardinal Mattei._

Les circonstances dans lesquelles vous vous tes trouv, Monsieur,
taient difficiles et nouvelles pour vous; c'est  cela que je veux bien
attribuer les fautes essentielles que vous avez commises. Les vertus
morales et chrtiennes que tout le monde s'accorde  vous donner, me
font dsirer vivement que vous vous rendiez dans votre diocse.
Assurez tous les ministres du culte et les religieux des diffrentes
congrgations, de la protection spciale que je leur accorderai, toutes
les fois cependant qu'ils ne se mleront pas des affaires politiques des
nations.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 15 vendmiaire an 5 (6 octobre 1796).

_Au souverain pontife._

J'ai l'honneur de communiquer  votre saintet un manifeste qui circule
dans la Romagne, afin de connatre s'il est officiel, ou s'il est publi
par les ennemis de la religion et de votre saintet.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 15 vendmiaire an 5 (6 octobre 1796).

_Au citoyen Faypoult, ministre de la rpublique franaise  Gnes._

J'apprends, citoyen ministre, que le citoyen Gosselin, commissaire
ordonnateur de l'arme, se trouve  Gnes: je vous prie de le faire
arrter et conduire  Milan.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 15 vendmiaire an 5 (6 octobre 1796).

_Au chef de l'tat-major._

Vous ferez arrter et conduire  Milan le commissaire des guerres
Flague, partout o il se trouvera. Il est accus d'avoir vendu un
tonneau de quinquina. On prsume qu'il est  Livourne.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 17 vendmiaire an 5 (8 octobre 1796).

_Au directoire excutif._

Mantoue ne pourra pas tre pris avant le mois de fvrier, je dois dj
vous l'avoir annonc: vous verrez par l que notre position en Italie
est incertaine, et notre systme politique trs-mauvais.

Nous avons entam des ngociations avec Rome lorsque l'armistice n'tait
pas rempli, lorsque dix millions en tableaux et cinq millions en denres
taient sur le point de nous tre livrs. Rome arme, fanatise les
peuples; l'on se coalise de tous cts contre nous, l'on attend le
moment pour agir, l'on agira avec succs si l'arme de l'empereur est un
peu renforce.

Trieste est aussi prs de Vienne que Lyon l'est de Paris: en quinze
jours les troupes y arrivent. L'empereur a dj, de ce ct-l, une
arme.

Je vous ferai passer toutes les pices qui vous mettront  mme de juger
de notre position et de la situation des esprits.

Je crois la paix avec Naples trs-essentielle, et l'alliance avec Gnes,
ou la cour de Turin, ncessaire.

Faites la paix avec Parme et une dclaration qui prenne sous la
protection de la France les peuples de la Lombardie, Modne, Reggio,
Bologne et Ferrare, et par-dessus tout, envoyez des troupes. Il est de
ncessit,  la fin d'une campagne comme celle-ci, d'envoyer quinze
mille hommes de recrues. L'empereur en a envoy trois fois pendant la
campagne.

On gte tout en Italie, le prestige de nos forces se dissipe: l'on
nous compte. Je crois imminent, et trs-imminent, que vous preniez en
considration la situation de votre arme en Italie, que vous adoptiez
un systme qui puisse vous donner des amis, tant du ct des princes
que du ct des peuples. Diminuez vos ennemis. L'influence de Rome est
incalculable. On a trs-mal fait de rompre avec cette puissance; tout
cela sert  son avantage. Si j'eusse t consult sur tout cela, j'eusse
retard la ngociation de Rome comme celle de Gnes et de Venise. Toutes
les fois que votre gnral en Italie ne sera pas le centre de tout, vous
courrez de grands risques. On n'attribuera pas ce langage  l'ambition;
je n'ai que trop d'honneur, et ma sant est tellement dlabre, que je
crois tre oblig de vous demander un successeur. Je ne peux plus monter
 cheval, il ne me reste que du courage, ce qui est insuffisant dans un
poste comme celui-ci.

Tout tait prt pour l'affaire de Gnes; mais le citoyen Faypoult a
pens qu'il fallait retarder. Environn de peuples qui fermentent, la
prudence veut que l'on se concilie celui de Gnes jusqu' nouvel ordre.
J'ai fait sonder par le citoyen Poussielgue la cour de Turin, elle est
dcide  une alliance. Je continue cette ngociation. Des troupes, des
troupes, si vous voulez conserver l'Italie.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 17 vendmiaire an 5 (8 octobre 1796).

_Au directoire excutif_.

Cent cinquante hommes de la garnison de Mantoue taient sortis le 8, 
dix heures du matin, de la place, avaient pass le P  Borgoforte
pour chercher des fourrages; cependant,  cinq heures aprs midi, nous
achevmes le blocus de Mantoue en nous emparant de la porte Pradella et
de celle de Cerese, comme j'ai eu l'honneur de vous en instruire par mon
dernier courrier.

Ce dtachement, se trouvant par l spar de Mantoue, chercha  se
retirer  Florence. Arriv  Reggio, les habitans en furent instruits,
coururent aux armes et les empchrent de passer, ce qui les obligea 
se retirer dans le chteau de Monte-Chiragolo, sur les tats du duc de
Parme. Les braves habitans de Reggio les poursuivirent, les investirent
et les firent prisonniers par capitulation. Dans la fusillade qui a eu
lieu, les gardes nationales de Reggio ont eu deux hommes tus. Ce sont
les premiers qui aient vers leur sang pour la libert de leur pays.

Les braves habitans de Reggio ont secou le joug de la tyrannie de leur
propre mouvement, et sans mme tre assurs qu'ils seraient soutenus par
nous.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 17 vendmiaire an 5 (8 octobre 1796).

_Au directoire excutif_.

Je vous ferai passer, citoyens directeurs, une proclamation sur Modne.
Ces petits rgentaux s'avisent de conspirer, je les ai prvenus.
Pourquoi faut-il que je n'aie pas deux brigades pour en faire autant 
Rome? Mais je n'ai pas de troupes disponibles, et Naples est l qui nous
obligerait  rtrograder. L'affaire de Modne amliore un peu notre
position.

Je suis ici environn de voleurs; j'ai dj trois commissaires des
guerres, deux administrateurs et des officiers au conseil militaire.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 18 vendmiaire an 5 (9 octobre 1796).

_Au commissaire du gouvernement._

Il faudrait, je crois, runir un congrs  Modne et  Bologne, et le
composer des dputs des tats de Ferrare, Bologne, Modne et Reggio;
les dputs seront nomms par les diffrens gouvernemens, de manire que
l'assemble soit compose d'une centaine de personnes. Vous pourriez
faire la distribution proportionne  la population en favorisant un peu
Reggio. Il faudra avoir soin qu'il y ait parmi ces dputs des nobles,
des prtres, des cardinaux, des ngocians et de tous les tats,
gnralement estims patriotes. On y arrterait, 1. l'organisation de
la lgion italienne; 2. l'on ferait une espce de fdration pour la
dfense des communes; 3. ils pourraient envoyer des dputs  Paris
pour demander leur libert et leur indpendance. Ce congrs ne
devrait pas tre convoqu par nous, mais seulement par des lettres
particulires: cela produirait un grand effet, et serait une base
de mfiance et d'alarme pour les potentats de l'Europe, et il est
indispensable que nous ne ngligions aucun moyen pour rpondre au
fanatisme de Rome, pour nous faire des amis et pour assurer nos
derrires et nos flancs. Je dsirerais que ce congrs ft tenu le 23 de
ce mois. Je vous prie de prendre en grande considration cet objet, je
ferai en sorte de m'y trouver pour cette poque. Nous sommes ici sans un
sou, et tout cote. Procurez-nous de l'argent.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 19 vendmiaire an 5 (10 octobre 1796).

_Au chef de l'tat-major_.

Vous voudrez bien, gnral, donner l'ordre de faire arrter l'officier
qui commandait le poste de la Chiuza lors de l'affaire du 11 thermidor,
et le faire traduire au conseil militaire comme tratre ou lche, ayant
rendu ce poste sans raison et sans y tre forc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 20 vendmiaire an 5 (11 octobre 1796).

_Au directoire excutif_.

L'affaire de Modne, citoyens directeurs, a parfaitement russi: ce pays
est content et heureux de se voir dlivr du joug qui pesait sur lui.
Les patriotes sont nombreux et en place. Je vous enverrai diffrens
imprims qui vous mettront au fait de la tournure que je donne 
l'esprit pour opposer fanatisme  fanatisme, et nous faire des amis
des peuples qui, autrement, deviendraient nos ennemis acharns. Vous y
trouverez l'organisation de la lgion lombarde. Les couleurs nationales
qu'ils ont adoptes sont le vert, le blanc et le rouge.

Parmi les officiers, il y a beaucoup de Franais; les autres sont des
officiers italiens, qui, depuis plusieurs annes, se battent avec nous
 l'arme d'Italie. Le chef de brigade est un nomm Lahoz, milanais: il
tait aide-de-camp du gnral Laharpe. Je l'avais pris avec moi; il est
connu des reprsentans qui ont t  l'arme d'Italie, et spcialement
du citoyen Ritter.

Je vous enverrai un manuscrit de l'organisation que je compte donner 
la premire lgion italienne.  cet effet, j'ai crit aux commissaires
du gouvernement pour que les gouvernans de Bologne, de Modne, de Reggio
et de Ferrare aient  se runir en congrs: cela se fera le 23. Je
n'oublie rien de ce qui peut donner de l'nergie  cette immense
population, et tourner les esprits en notre faveur. La lgion lombarde
sera solde, habille, quipe par les Milanais. Pour subvenir  cette
dpense, il faudra les autoriser  prendre l'argenterie des glises, ce
qui vient  peu prs  1,000,000.

Je vous enverrai diffrentes lettres avec diffrentes notes du citoyen
Cacault. Tout annonce que, d'ici  un mois, de grands coups se porteront
en Italie. D'ici  ce temps, il faudra avoir conclu une alliance avec
Gnes ou avec le roi de Sardaigne. Vous ferez peut-tre aussi trs-bien
de faire la paix avec le roi de Naples.

J'ai renvoy le citoyen Poussielgue  Turin pour continuer sa
ngociation; je lui ai dit de vous instruire directement de Turin, de
l'issue de cette seconde entrevue.

Faites surtout que je sois instruit de notre position actuelle avec
Naples; vous savez que j'ai deux mille quatre cents hommes de cavalerie
napolitaine, que je fais surveiller, et qu'il faudrait prvenir, si nous
avions de plus fortes raisons de nous mfier de Naples: s'ils agissent
de leur ct en mme temps que les Autrichiens et les autres puissances,
cela ne laisserait pas d'tre un surcrot d'embarras. Au mois de
thermidor, lorsque je me repliais sur Brescia, je pensais  les faire
arrter, et je ne l'osai pas.

Le gnral Serrurier m'crit de Livourne que le grand-duc arme aussi.

Pour peu que ma sant me le permette, croyez que je n'pargnerai rien de
ce qui sera en mon pouvoir pour conserver l'Italie.

Je vous ferai tenir une lettre du citoyen Faypoult: il me parat,
d'aprs cela, qu'on ngocie l'affaire de Gnes  Paris, et que nous
avons bien fait de ne pas nous en mler. Cette conduite inspire au
gouvernement gnois de la mfiance. Je reviens  mon principe, en vous
engageant  traiter avant un mois avec Gnes et Turin.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 20 vendmiaire an 5 (11 octobre 1796).

_Au directoire excutif_.

Des corps nombreux de l'empereur filent dans le Tyrol. Les pluies
d'automne continuent toujours  nous donner beaucoup de malades. Il
n'y a pas grand'chose  esprer du renfort des hommes aux hpitaux,
puisqu'il y a  prsumer que c'est dans un mois que l'on frappera ici
les grands coups.

Je vous enverrai incessamment la rponse que le gnral Chteauneuf
m'a faite par un courrier extraordinaire que je lui avais expdi: il
s'ensuit donc que je ne puis rien esprer au-del de deux mille hommes,
et votre ordre en portait six mille. Vous m'avez prvenu, par le dernier
courrier, qu'il allait m'arriver dix mille hommes, indpendamment de ces
deux mille hommes. Vous devez me faire connatre le jour et le lieu de
leur dpart, avec leur tat de situation: s'il part dix mille hommes,
vous devez calculer qu'il n'en arrivera que cinq mille.

Je ne sais pas encore si le gnral Kellermann fait venir la quarantime
de Lyon, et si le gnral Willot obit  l'ordre que je lui ai donn de
faire partir la quatre-vingt-troisime. De ces deux demi-brigades, si
elles arrivent  temps, dpend peut-tre le destin de l'Italie.

Je fais fortifier Pizzighitone, Reggio, et tous les bords de l'Adda.
J'ai fait fortifier galement les bords de l'Adige; enfin, dans
l'incertitude du genre de guerre que je ferai et des ennemis qui
pourront m'attaquer, je n'oublie aucune hypothse, et je fais ds
aujourd'hui tout ce qui peut me favoriser. Je fais mettre en mme temps
les chteaux de Ferrare et d'Urbin prs Bologne en tat de dfense.

Nous avons beaucoup d'officiers d'artillerie et du gnie malades.
Faites-nous partir une dizaine d'officiers de chacune de ces armes, des
hommes actifs et braves: Mantoue nous a ruin ces deux armes. Je vous
prie de laisser le commandement de ces armes au citoyen Chasseloup et
au gnral Lespinasse: ce sont deux trs-bons officiers. J'ai tant de
gnraux de brigade blesss et malades que, malgr ceux que vous faites
tous les jours, il m'en manque encore: il est vrai qu'on m'en a envoy
de si ineptes, que je ne puis les employer  l'arme active.

Je vous prie de nous envoyer le gnral Duvigneau et quelques autres
de cette trempe. Envoyez-nous plutt des gnraux de brigade que des
gnraux de division. Tout ce qui nous vient de la Vende n'est pas
accoutum  la grande guerre; nous faisons le mme reproche aux troupes,
mais elles s'aguerrissent.

Mantoue est hermtiquement bloqu, et cela avec sept mille hommes
d'infanterie, et mille cinq cents hommes de cavalerie.

Envoyez-nous des hommes qui aient servi dans la cavalerie, pour recruter
nos rgimens; nous leur procurerons des chevaux: qu'ils viennent avec
leur uniforme de dragons, chasseurs ou hussards, leurs sabres et
carabines, hormis les dragons qui doivent avoir des fusils comme
l'infanterie. Il y a tant de ces anciens gendarmes qui infestent les
rues de Paris: moyennant quelques recruteurs qui courraient les rues,
en faisant ressouvenir qu'ici on paye en argent, je crois qu'il serait
possible de vous en procurer un bon nombre. Nous avons plus de mille
deux cents hommes de cavalerie malades ou blesss, et leurs chevaux sont
 ne rien faire aux dpts. Envoyez-nous des officiers de cavalerie,
chefs de brigade, capitaines, nous trouverons ici  les placer: que ce
soit des hommes qui se battent.

Je vous prie de donner la retraite aux chefs de brigade Goudran du
vingtime de dragons, et au citoyen Srilhac du vingt-cinquime de
chasseurs: ce sont des hommes qui sont malades la veille d'une affaire;
ces gens-l n'aiment pas le sabre. Je vous prie aussi de faire donner la
retraite au citoyen Gourgonier, chef d'escadron au premier de hussards.

Le chef du septime rgiment de hussards, qui a t bless, est un brave
homme, mais il est trop vieux, et il faut lui accorder sa retraite.
Moyennant que ces officiers suprieurs manquent, les affaires crasent
un petit nombre de braves qui finissent par tre blesss, prisonniers ou
tus; et les corps se trouvent sans chef.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 21 vendmiaire an 5 (12 octobre 1796).

_Au directoire excutif._

Je vous enverrai l'tat de ce que l'arme a dpens. Vous y verrez
que les calomnies que l'on s'est plu mal  propos  accumuler sur
l'ordonnateur Dennie ne peuvent pas l'atteindre. C'est un bon
travailleur et un homme d'ordre, sans avoir cependant des talens
transcendans.

Vous remarquerez qu'il y a une grande diffrence entre le compte du
payeur de l'arme et celui des commissaires du gouvernement: cela roule
sur quatre ou cinq millions. Les commissaires du gouvernement prtendent
avoir donn cinq millions de plus au payeur, qui, de son ct, est en
rgle, puisqu'il dit: prsentez-moi mes bons; d'ailleurs il connat sa
dpense. Je crois que cette diffrence vient de ce que les commissaires
du gouvernement ont eux-mmes ordonnanc des fonds et fait payer des
dpenses arrires, sans que cet argent ait t vers dans la caisse du
payeur et que l'ordonnateur l'ait ordonnanc; ce qui est subversif de
toute comptabilit et de tout ordre. Il est  ma connaissance que trois
ou quatre adjudans-gnraux, ayant t faits prisonniers, ont eu,  leur
retour, 3,000 liv. de gratification accordes par les commissaires:
vous sentez bien que l'ordonnateur n'aurait pas fait solder ces
gratifications. Elles ont t accordes  de braves officiers qui les
mritaient; mais cela a produit le mauvais effet de faire natre des
prtentions chez tous les officiers suprieurs qui ont t faits
prisonniers, et malheureusement il n'y a que trop d'argent de dpens
en indemnits pour pertes. Au moindre petit chec, chacun a perdu son
porte-manteau; les conseils d'administration signent tout ce que l'on
veut, cela m'a fait prendre le parti de ne plus faire accorder, mme
gratification de campagne, sans signature du ministre; ce qui nous
conomisera beaucoup.

Vous voyez donc que, depuis six mois que nous sommes en campagne, on n'a
dpens que onze millions: il reste donc  vous expliquer pourquoi on a
dpens si peu, c'est que, 1. on a long-temps vcu de rquisitions;
2, nous avons eu des denres en nature de Modne, Parme, Ferrare et
Bologne; 3. la rpublique nous a fourni et nous fournit encore beaucoup
de denres; enfin nous vivons souvent avec les magasins de l'ennemi.

Je vous prie de nous envoyer le commissaire ordonnateur Naudin; il est
un peu vieux, mais je le connais pour un homme probe et svre, il
pourra tre charg utilement pour la rpublique d'un des services de
cette arme; je crois mme que vous feriez bien de le faire ordonnateur
des contributions, charg de correspondre avec le ministre des finances
et la trsorerie: vos commissaires pourraient alors en avoir simplement
la surveillance comme des autres parties, ce qui les rendrait au rle
passif qu'ils doivent avoir par vos instructions, et remdierait aux
abus sans nombre qui existent.

Je ne puis pas d'ailleurs vous dissimuler qu'il n'y a presque aucun
ordre dans les contributions. Vos commissaires ne sont pas assez
habitus aux dtails de la comptabilit; il faut de plus un esprit de
suite, que leurs occupations ou le grand caractre dont ils sont revtus
ne leur permet pas d'avoir.

Je crois donc qu'un commissaire ordonnateur, charg en chef des
contributions, indpendant du commissaire ordonnateur en chef, qui
aurait un payeur nomm par la trsorerie, surveillerait d'une manire
efficace la compagnie Flachat, en ce qu'il aurait un dtail exact, une
comptabilit sre de tout ce qu'il aurait remis et des lettres de change
qui sont tires.

Enfin, vos commissaires font de beaux tableaux, qui ne s'accordent ni
avec ceux du payeur, ni avec ceux de la compagnie Flachat: pourquoi?
C'est que la comptabilit est une science  part; elle exige un travail
 part et une attention rflchie: d'ailleurs, peut-tre penserez-vous
qu'il convient de ne pas donner une comptabilit de dtails  des hommes
qui ont une responsabilit morale et politique. Si, suivant l'esprit de
vos instructions, vos commissaires ne doivent que surveiller, il faut
que jamais ils n'agissent; et il y a, en gnral, une prsomption
dfavorable contre ceux qui manient de l'argent.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 21 vendmiaire an 5 (12 octobre 1796).

_Au directoire excutif._

Depuis que je suis  Milan, citoyens directeurs, je m'occupe  faire la
guerre aux fripons; j'en ai fait juger et punir plusieurs: je dois vous
en dnoncer d'autres. En leur faisant une guerre ouverte, il est clair
que j'intresse contre moi mille voix, qui vont chercher  pervertir
l'opinion. Je comprends que, s'il y a deux mois, je voulais tre duc
de Milan, aujourd'hui je voudrai tre roi d'Italie; mais, tant que mes
forces et votre confiance dureront, je ferai une guerre impitoyable aux
fripons et aux Autrichiens.

La compagnie Flachat n'est qu'un ramassis de fripons sans crdit rel,
sans argent et sans moralit: je ne serai pas suspect pour eux, car
je les croyais actifs, honntes et bien intentionns; mais il faut se
rendre  l'vidence.

1. Ils ont reu quatorze millions, ils n'en ont pay que six, et ils
refusent d'acquitter les mandats donns par la trsorerie,  moins
de quinze ou vingt pour cent. Ces honteuses ngociations se font
publiquement  Gnes. La compagnie prtend qu'elle n'a pas de fonds;
mais, moyennant cet honnte profit, elle consent  solder le mandat.

2. Ils ne fournissent aucune bonne marchandise  l'arme; les plaintes
me viennent de tous cts; ils sont mme fortement souponns d'avoir
fait pour plus de quatre-vingt mille quintaux de bl en versemens
factices, en corrompant les garde-magasins.

3. Leur march est onreux  la rpublique, puisqu'un million, qui
pse, en argent, dix mille livres, serait transport par cinq ou six
voitures, et en poste, pour cinq  six mille francs, tandis qu'il en
cote prs de cinquante mille, la trsorerie leur ayant accord dans son
march cinq pour cent. Flachat et Laporte ont peu de fortune et aucun
crdit; Peregaldo et Payen sont des maisons ruines et sans crdit;
cependant, c'est  la runion de ces quatre noms que l'on a confi tous
les intrts de la rpublique en Italie. Ce ne sont pas des ngocians,
mais des agioteurs, comme ceux du Palais-Royal.

4. Peregaldo, n  Marseille, s'est dsavou d'tre Franais; il a
reni sa patrie et s'est fait Gnois: il ne porte pas la cocarde, il est
sorti de Gnes avec sa famille, rpandant l'alarme en disant que
nous allions bombarder Gnes. Je l'ai fait arrter et chasser de
la Lombardie. Devons-nous souffrir que de pareilles gens, plus mal
intentionnes et plus aristocrates que les migrs mmes, viennent nous
servir d'espions, soient toujours avec le ministre de Russie  Gnes, et
s'enrichissent encore avec nous?

Le citoyen Lacheze, consul  Gnes, est un fripon: sa conduite 
Livourne, en faisant vendre des bls  Gnes  vil prix, en est la
preuve.

Les marchandises ne se vendent pas  Livourne. Je viens de donner des
ordres  Flachat de les faire vendre; mais je parie que, grce  tous
ces fripons runis, cela ne rendra pas deux millions: ce qui devrait en
rendre sept au moins.

Quant aux commissaires des guerres, hormis Dennie, ordonnateur en chef,
Boinod, Mazad et deux ou trois autres, le reste n'est que des fripons:
il y en a trois en jugement; ils doivent surveiller, et ils donnent les
moyens de voler, en signant tout. Il faut nous en purger, et nous en
renvoyer de probes, s'il y en a; il faudrait en trouver qui eussent dj
de quoi vivre.

Le commissaire ordonnateur Gosselin est un fripon: il a fait des marchs
de bottes  trente-six livres, qui ont t renouvels depuis  dix-huit
livres.

Enfin, vous dirai-je qu'un commissaire des guerres, Flack, est accus
d'avoir vendu une caisse de quinquina que le roi d'Espagne nous
envoyait? D'autres ont vendu des matelas; mais je m'arrte, tant
d'horreurs font rougir d'tre Franais. La ville de Crmone a fourni
plus de cinquante mille aunes de toile fine pour les hpitaux, que ces
fripons ont vendue: ils vendent tout.

Vous avez calcul sans doute que vos administrateurs voleraient, mais
qu'ils feraient le service et auraient un peu de pudeur: ils volent
d'une manire si ridicule et si impudente, que, si j'avais un mois de
temps, il n'y en a pas un qui ne pt tre fusill. Je ne cesse d'en
faire arrter et d'en faire mettre au conseil de guerre; mais on achte
les juges: c'est ici une foire, tout se vend. Un employ accus d'avoir
mis une contribution de 18,000 fr. sur Salo, n'a t condamn qu' deux
mois de fers. Et puis comment voulez-vous prouver? ils s'tayent tous.

Destituez ou faites arrter le commissaire ordonnateur Gosselin;
destituez les commissaires dont je vous envoie la note. Il est vrai
qu'ils ne demandent peut-tre pas mieux.

Venons aux agens de l'administration.

Thevenin est un voleur, il affecte un luxe insultant: il m'a fait
prsent de plusieurs trs-beaux chevaux dont j'ai besoin, que j'ai pris,
et dont il n'y a pas eu moyen de lui faire accepter le prix. Faites-le
arrter et retenir six mois en prison; il peut payer 500,000 fr. de taxe
de guerre en argent: cet homme ne fait pas son service. Les charrois
sont pleins d'migrs, ils s'appellent _royal charrois_, et portent
le collet vert sous mes yeux; vous pensez bien que j'en fais arrter
souvent, mais ils ne sont pas ordinairement o je me trouve.

Sonolet, agent des vivres jusqu'aujourd'hui, est un fripon: l'agence des
vivres avait raison.

Ozou est un fripon et ne fait jamais son service.

Collot fait son service avec exactitude, il a du zle et plus d'honneur
que ces coquins-l.

Le nouvel agent qui a t envoy par Cerf-Beer parat meilleur que
Thevenin. Je ne vous parle ici que des grands voleurs. Diriez-vous que
l'on cherche  sduire mes secrtaires jusque dans mon antichambre? Les
agens militaires sont tous des fripons. Un nomm Valeri est en jugement
 Milan, les autres se sont sauvs.

Le citoyen Faypoult, votre ministre; Poussielgue, secrtaire; et Sucy,
commissaire ordonnateur, honntes hommes, sont tmoins des friponneries
que commet la compagnie Flachat  Gnes; mais je suis oblig de partir
demain pour l'arme; grande joie pour tous les fripons qu'un coup d'oeil
sur l'administration m'a fait connatre.

Le payeur de l'arme est un honnte homme, un peu born; le contrleur
est un fripon, tmoin sa conduite  Bologne.

Les dnonciations que je fais, sont des dnonciations en me et
conscience comme jury. Vous sentez que ce n'est pas dans ma place et
avec mon caractre que je vous les dnoncerais, si j'avais le temps de
ramasser des preuves matrielles contre chacun d'eux: ils se couvrent
tous.

Desgranges, agent des vivres, est intelligent; mais il nous faudrait ici
Saint-Maime, homme de mrite et de considration: le service se ferait,
et vous pargneriez plusieurs millions: je vous prie de nous l'envoyer.
Enfin il faudrait pour agens non pas des tripoteurs d'agiotage, mais des
hommes qui eussent une grande fortune et un certain caractre. Je n'ai
que des espions. Il n'y a pas un agent de l'arme qui ne dsire notre
dfaite, pas un qui ne corresponde avec nos ennemis; presque tous ont
migr sous des prtextes quelconques; ce sont eux qui disent notre
nombre et qui dtruisent le prestige: aussi je me garde plus d'eux
que de Wurmser; je n'en ai jamais avec moi; je nourris pendant les
expditions mon arme sans eux, mais cela ne les empche pas de faire
des comptes  leur manire.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Modne, le 26 vendmiaire an 5 (17 octobre 1796).

_Au directoire excutif._

Je vous ai rendu compte, citoyens directeurs, que j'avais form une
colonne mobile  Tende contre les barbets; elle remplit parfaitement sa
tche. Les barbets sont mis de tous cts en droute, plusieurs de leurs
chefs ont t fusills. Le gnral Garnier, qui commande cette colonne
mobile, montre beaucoup de zle et se donne beaucoup de mouvement.

Les maladies continuent toujours, mais jusqu' cette heure elles n'ont
pas fait de grands ravages.

Je vous avais demand dans ma dernire lettre vingt-cinq mille fusils;
mais en ayant trouv soixante-quatre mille  Livourne, appartenant au
roi d'Espagne, j'en ai fait prendre vingt mille que j'ai fait conduire
 l'arme. M. Azara,  qui j'en ai demand la permission, m'a crit
que cela ne le regardait pas, mais qu'il n'y voyait pas un grand
inconvnient, ds l'instant qu'on les ferait remplacer.

Je vous prie de prendre avec la cour d'Espagne les arrangemens que vous
croirez bons. Si vous lui faites rendre ces fusils aux Pyrnes, elle y
gagnera, puisqu'ils auraient pu tre pris par les Anglais.

Les Autrichiens ont dans ce moment-ci quatorze mille hommes dans le
Tyrol et quinze mille sur la Piave: ils attendent de nouveaux renforts.
L'attaque tardera encore probablement quelques dcades. Si la
quatre-vingt-troisime est partie de Marseille comme je l'ai ordonn, et
la quarantime de Lyon, comme le gnral Kellermann me l'a promis,
il n'y a rien  craindre, et nous battrons encore cette fois-ci les
Autrichiens. Si la circonstance de l'vacuation de la Mditerrane par
les Anglais vous portait  ne pas vouloir faire la paix avec Naples, il
faudrait chercher  l'amuser encore quelque temps. Je ne pense pas, si
nous sommes matres de la mer, qu'il ose faire avancer des troupes par
ici.

Si nous devenons matres de la Mditerrane, je crois qu'on doit exiger
du commerce de Livourne 5 ou 6,000,000 fr. au lieu de 2 qu'il offre pour
indemniser des marchandises qu'il a aux Anglais.

Enfin, citoyens directeurs, plus vous nous enverrez d'hommes, plus
non-seulement nous les nourrirons facilement, mais encore plus nous
lverons de contributions au profit de la rpublique. L'arme d'Italie
a produit dans la campagne d't 20,000,000 fr.  la rpublique,
indpendamment de sa solde et de sa nourriture: elle peut en produire le
double pendant la campagne d'hiver, si vous nous envoyez en recrues et
en nouveaux corps une trentaine de mille hommes.

Rome et toutes ses provinces, Trieste et le Frioul, mme une partie du
royaume de Naples deviendront notre proie; mais, pour se soutenir, il
faut des hommes.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Modne, le 26 vendmiaire an 5 (17 octobre 1796).

_Au directoire excutif._

Je vous ferai passer, citoyens directeurs, la lettre que je viens
de recevoir du gnral Gentili: il parat, d'aprs cela, que la
Mditerrane va devenir libre. La Corse, restitue  la rpublique,
offrira des ressources  notre marine, et mme un moyen de recrutement 
notre infanterie lgre.

Le commissaire du gouvernement, Salicetti, part ce soir pour Livourne
pour se rendre en Corse. Je vais ordonner  la huitime division de
tenir un bataillon prt  embarquer  Toulon; je ferai galement partir
un bataillon de Livourne, lesquels, joints  deux corps de gendarmerie,
suffiront pour y tablir le bon ordre.

Le gnral Gentili va commander provisoirement cette division: je lui
donne les instructions ncessaires pour l'organisation de deux corps
de gendarmerie. Je l'autorise provisoirement  mettre en rquisition
plusieurs colonnes mobiles, pour pouvoir donner force au commissaire du
gouvernement de pouvoir occuper les forteresses jusqu' l'arrive des
troupes franaises. Lorsque ces troupes seront arrives dans l'le, mon
projet est d'y envoyer le gnral Berruyer pour y commander: j'y envoie
un officier d'artillerie et un du gnie pour y organiser la direction;
mais comme cette le contient cinq  six forteresses aussi faibles
qu'inutiles, je leur prescris de ne faire aucune dpense, mais seulement
de faire des projets pour la dfense du golfe Saint-Florent: il n'y a
que ce point qui soit bien essentiel  la rpublique, et o ds-lors il
conviendrait de concentrer toute la dfense de l'le, en y tablissant
une place, une fortification permanente, et en y employant pour la
construire les sommes que coteraient la rparation et l'entretien des
forteresses inutiles de Bastia, Corte, Calvi, Ajaccio et Bonifaccio,
o il suffit d'entretenir simplement des batteries de ctes. Si nous
eussions eu une place  Saint-Florent et que nous y eussions concentr
toutes nos forces, les Anglais ne se seraient pas empars de cette le.

Comme l'tablissement de Saint-Florent est encore en l'air, je crois que
vous devriez concentrer toute l'administration militaire  Ajaccio, qui,
jusqu' ce que Saint-Florent soit devenu quelque chose, est le point le
plus intressant de l'le. Ce serait une grande faute que de placer 
Bastia, comme l'avait fait l'ancienne administration, le point central
de l'administration, vu que Bastia tant situ du ct de l'Italie,
communique trs-difficilement avec la France. L'expulsion des Anglais de
la Mditerrane a une grande influence sur le succs de nos oprations
militaires en Italie. L'on doit exiger de Naples des conditions plus
svres, cela fait le plus grand effet moral sur l'esprit des Italiens,
assure nos communications, et fera trembler Naples jusque dans la
Sicile.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Modne, le 26 vendmiaire an 5 (17 octobre 1796).

_Au directoire excutif._

Bologne, Modne, Reggio et Ferrare se sont runis en congrs, en
envoyant  Modne une centaine de dputs: l'enthousiasme le plus vif
et le patriotisme le plus pur les animent; dj ils voient revivre
l'ancienne Italie: leur imagination s'enflamme, leur patriotisme se
remue, et les citoyens de toutes les classes se serrent. Je ne serais
pas tonn que ce pays-ci et la Lombardie, qui forment une population
de deux  trois millions d'hommes, ne produisissent vraiment une
grande secousse dans toute l'Italie. La rvolution n'a pas ici le mme
caractre qu'elle a eu chez nous: d'abord, parce qu'elle n'a pas les
mmes obstacles  vaincre et que l'exprience a clair les habitans;
nous sommes bien srs au moins que le fanatisme ne nous fera pas de mal
dans ce pays-ci, et que Rome aura beau dclarer une guerre de religion,
elle ne fera aucun effet dans ce pays conquis.

Une lgion de deux mille cinq cents hommes s'organise, habille, solde
et quipe aux frais de ce pays-ci et sans que nous nous en mlions.
Voil un commencement de force militaire, qui, runie aux trois mille
cinq cents que fournit la Lombardie, fait  peu prs six mille hommes.
Il est bien vident que si ces troupes, composes de jeunes gens qui
ont le dsir de la libert, commencent  se distinguer, cela aura
pour l'empereur et pour l'Italie des suites trs-importantes. Je vous
enverrai par le prochain courrier les actes et les manifestes publis 
cette occasion par le congrs.

J'attends avec quelque impatience les troupes que vous m'annoncez. J'ai
fait sommer Wurmser dans Mantoue, je vous ferai passer la sommation;
je n'ai pas jug  propos de me servir de l'arrt que vous m'envoyez,
puisque vous m'en laissez le matre: par la rponse qu'il me fera, je
verrai le ton qu'il prend. Le courrier que vous m'avez ordonn d'envoyer
 Vienne est parti il y a long-temps: il doit tre arriv  cette heure,
et j'en attends la rponse.

Ds l'instant que je saurai bien positivement que les Anglais ont pass
le dtroit, et que je saurai quelles sont vos intentions sur Naples
et o en sont vos ngociations, je prendrai avec Rome le ton qu'il
convient: j'espre que j'obligerai ces gaillards-l  restituer l'argent
qu'ils envoyaient pour la contribution et qu'ils ont fait retourner de
Ravenne  Rome.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Modne, le 26 vendmiaire an 5 (17 octobre 1796).

_Au gnral Gentili._

Vous passerez en Corse, citoyen gnral, pour y commander cette
division. Arriv dans cette le, vous donnerez le commandement
temporaire de Bastia au citoyen Ristori, chef de brigade; celui
d'Ajaccio au citoyen Regi, chef de brigade; celui de Saint-Florent au
citoyen Jean-Charles Cotoni, capitaine; celui de Corte au citoyen Coll,
chef de brigade; celui de Bonifaccio au citoyen Sabrini, capitaine, et
celui de Calvi au citoyen Mamobli, capitaine.

Vous lverez trois compagnies dans la garde nationale de Bastia, qui
feront le service de la forteresse; vous choisirez trois capitaines
patriotes, entre autres, le citoyen Girasco.

Vous lverez deux compagnies dans la garde nationale d'Ajaccio, qui
feront le service de la garde de la forteresse; vous nommerez capitaines
les citoyens Tornano et Levio.

Vous lverez de mme une compagnie, prise dans la garde de Bonifaccio,
de Calvi, de Saint-Florent et de Corte, pour la garde des forteresses et
des magasins de la place.

Vous ferez extraire des compagnies de gendarmerie de la vingt-huitime
division tous les officiers et soldats qui sont des dpartemens du
Liamone et du Golo. Vous laisserez le commandement de la gendarmerie
du dpartement du Liamone au citoyen Gentili, avec le grade de chef de
bataillon.

Vous vous concerterez avec le commissaire du gouvernement Salicetti pour
le choix des autres emplois; vous prendrez des hommes attachs  la
rpublique et  la libert.

Vous organiserez trois colonnes mobiles dans le dpartement du Golo,
fortes chacune de trois cents hommes. Vous en organiserez deux dans
le dpartement du Liamone. Vous donnerez le commandement de l'une au
citoyen Grimaldi; vous choisirez pour les deux autres des patriotes
braves et rpublicains: en Balagne et dans les terres des communes, vous
choisirez, pour commander l'une des colonnes mobiles du dpartement du
Liamone, le citoyen Bouchi, et un patriote reconnu pour le ct de la
Rogue.

Vous accorderez un pardon gnral  tous ceux qui n'ont t qu'gars;
vous ferez arrter et juger par une commission militaire les quatre
dputs qui ont port la couronne au roi d'Angleterre, les membres du
gouvernement et les meneurs de cette infme trahison, entre autres les
citoyens Pozzo di Borgo; Bertholani, Piraldi, Stefanopoli, Tartarolo,
Filipi et l'un des chefs de bataillon qui seront convaincus d'avoir
port les armes contre les troupes de la rpublique.

Ainsi, la vengeance nationale n'aura  peser que sur une trentaine
d'individus, qui se seront peut-tre sauvs avec les Anglais.

Vous ferez galement arrter tous les migrs, s'il y en avait qui
eussent l'audace de continuer leur sjour dans les terres occupes par
les troupes rpublicaines.

Mais je vous recommande surtout de faire une prompte justice de
quiconque, par un ressentiment contraire  la loi, se serait port 
assassiner son ennemi; enfin, citoyen gnral, faites ce qui dpend
de vous pour rtablir la tranquillit dans l'le, touffer toutes les
haines, et runir  la rpublique ce pays si longtemps agit.

Le payeur de l'arme aura soin de fournir aux dpenses de la solde des
diffrens corps de troupes franaises, qui partiront de Toulon au moment
o la libert des passages sera constate, et qui se rendront en Corse
pour occuper les forteresses.

Vous donnerez l'ordre au gnral Lavoni et  l'adjudant-gnral
Galliazzini de se rendre  Modne, ainsi qu' tous les officiers
suprieurs qui seraient en activit dans les demi-brigades de cette
arme, hormis ceux qui auraient t dsigns comme devant remplir des
commandemens temporaires, et qui ds-lors seront remplacs  leurs
corps.

L'ordre est donn pour qu'il ne soit pay aucun traitement  un officier
hors de sa demi-brigade; engagez tous ceux qui sont avec vous 
rejoindre leurs corps, o leur prsence est ncessaire, tandis qu'elle
devient inutile en Corse. Cependant, si vous croyez qu'il y en ait
quelques-uns que vous dussiez garder, vous m'en enverrez la note, afin
qu'il leur soit accord de deux  trois dcades, pour ensuite rejoindre
leurs corps; vous aurez soin aussi de n'oublier aucun moyen pour faire
passer  Livourne et de l  l'arme le plus de Corses qu'il sera
possible.  cet effet, il sera ncessaire d'tablir  Livourne un dpt
pour les habiller, les armer et leur donner leur route,  mesure qu'ils
arriveront. Le seul moyen de faire sortir de Corse tous les hommes
inquiets, ceux mmes qui ont combattu pour les Anglais, c'est de les
envoyer  l'arme. Si vous pouvez vous emparer de l'le d'Elbe avec le
gnral Serrurier, auquel je donne l'ordre de vous aider dans le cas
o cette expdition serait possible, je vous autorise  en prendre
possession.

Tenez-moi souvent instruit de tout ce que vous ferez. Donnez l'ordre 
deux des dputs les plus intelligens de se rendre au quartier-gnral,
qui sera  Bologne ou  Ferrare.

BONAPARTE.



Modne, le 26 vendmiaire an 5 (17 octobre 1796).

_Au citoyen Cacault, agent de la rpublique  Rome._

Je reois  l'instant la nouvelle que les Anglais vacuent la
Mditerrane: ils ont dj vacu la Corse, qui a arbor l'tendard
tricolor, et m'a envoy des dputs pour prter serment d'obissance.

Un courrier arriv de Toulon m'apporte la nouvelle que notre escadre,
compose de dix-huit vaisseaux de guerre et de dix frgates, est sur le
point de mettre  la voile; qu'elle est dj dans la grande rade, et
qu'elle a  sa suite un convoi de soixante voiles charg de troupes de
dbarquement.

Le dlire trange du pays o vous tes ne sera pas long, il y sera
bientt port un prompt remde. Cette folie passera comme un rve; ce
qui restera, ce sera la libert de Rome et le bonheur de l'Italie.

Cent dputs de Bologne, Modne, Reggio et Ferrare ont t runis ici:
il rgne dans tous ces pays un enthousiasme auquel on n'avait pas
le droit de s'attendre. La premire lgion de la Lombardie est dj
organise, la premire lgion italienne s'organise: c'est le gnral
Rusca qui commande cette lgion. Vous sentez bien que j'ai mis un bon
nombre de vieux officiers accoutums  vaincre et  commander.

Restez, toutefois, encore  Rome. L'intention du gouvernement est qu'on
mette ces gens dans leur tort.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Bologne, le 28 vendmiaire an 5 (19 octobre 1796).

_Au peuple de Modne._

J'ai vu avec plaisir en entrant dans votre ville l'enthousiasme qui
anime les citoyens, et la ferme rsolution o ils sont de conserver leur
libert. La constitution et votre garde nationale seront promptement
organises; mais j'ai t afflig de voir les excs auxquels se sont
ports quelques mauvais sujets indignes d'tre Bolonais.

Un peuple qui se livre  des excs est indigne de la libert; un peuple
libre est celui qui respecte les personnes et les proprits. L'anarchie
produit la guerre intestine et les calamits publiques. Je suis l'ennemi
des tyrans; mais avant tout je suis l'ennemi des sclrats, des brigands
qui les commandent lorsqu'ils pillent; je ferai fusiller ceux qui,
renversant l'ordre social, sont ns pour l'opprobre et le malheur du
monde.

Peuple de Bologne, voulez-vous que la rpublique franaise vous protge?
voulez-vous que l'arme franaise vous estime et s'honore de faire votre
bonheur? voulez-vous que je me vante quelquefois de l'amiti que vous me
tmoignez? Rprimez ce petit nombre de sclrats, faites que personne ne
soit opprim: quelles que soient ses opinions, nul ne peut tre opprim
qu'en vertu de la loi...; faites surtout que les proprits soient
respectes.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Ferrare, le 50 vendmiaire an 5 (21 octobre 1796).

_ Monsieur le cardinal Mattei._

La cour de Rome a refus d'adopter les conditions de paix que lui a
offertes le directoire; elle a rompu l'armistice; et en suspendant
l'excution des conditions, elle arme: elle veut la guerre, elle l'aura;
mais, avant de pouvoir de sang-froid prvoir la ruine et la mort des
insenss qui voudront faire obstacle aux phalanges rpublicaines, je
dois  ma nation,  l'humanit,  moi-mme, de tenter un dernier effort
pour ramener le pape  des sentimens plus modrs, conformes  ses vrais
intrts,  son caractre et  la raison. Vous connaissez, monsieur le
cardinal, les forces et la puissance de l'arme que je commande: pour
dtruire la puissance temporelle du pape, il ne me faudrait que le
vouloir. Allez  Rome; voyez le Saint-Pre, clairez-le sur ses vrais
intrts; arrachez-le aux intrigans qui l'environnent, qui veulent sa
perte et celle de la cour de Rome. Le gouvernement franais permet
encore que j'coute des ngociations de paix; tout pourrait s'arranger.
La guerre, si cruelle pour les peuples, a des rsultats terribles pour
les vaincus; vitez de grands malheurs au pape: vous savez combien je
dsire finir par la paix une lutte que la guerre terminerait pour moi
sans gloire comme sans prils.

Je vous souhaite, monsieur le cardinal, dans votre mission, le succs
que la puret de vos intentions mrite.

BONAPARTE.



Vrone, le 3 brumaire an 5 (24 octobre 1796).

_Au citoyen Cacault._

Je vous ferai passer une lettre du ministre Delacroix. Le directoire me
prvient que vous tes charg de continuer les ngociations avec Rome.
Vous me tiendrez exactement instruit de ce que vous ferez, afin que je
saisisse le moment favorable pour excuter les intentions du directoire
excutif. Vous sentez bien qu'aprs la paix avec Naples et avec Gnes,
la bonne harmonie qui rgne avec le roi de Sardaigne, la reprise de la
Corse et notre supriorit dcide dans la Mditerrane, je n'attendrai
que le moment pour m'lancer sur Rome et y venger l'honneur national: la
grande affaire actuellement est de gagner du temps. Mon intention est,
lorsque j'entrerai sur les terres du pape, ce qui encore est loign,
de le faire, en consquence de l'armistice, pour prendre possession
d'Ancne; de l, je serai plus  mme d'aller plus loin, aprs avoir mis
en ordre mes derrires.

Enfin, le grand art actuellement est de jeter rciproquement la balle
pour tromper le vieux renard. Si vous pouviez obtenir un commencement
d'excution de l'armistice, je crois que cela serait bon, mais
difficile,  ce que je crois.

Nos affaires reprennent aujourd'hui, et la victoire parat revenir sous
nos drapeaux.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Vrone, le 5 brumaire an 5 (24 octobre 1796).

_Au directoire excutif._

Je suis fch, citoyens directeurs, que votre lettre du 20 vendmiaire
me soit arrive trop tard. Je vous prie de vous reporter aux
circonstances o je me trouvais: Rome imprimant des manifestes
fanatiques; Naples faisant marcher des forces; la rgence de Modne
manifestant ses mauvaises intentions et rompant l'armistice en faisant
passer des convois  Mantoue. La rpublique franaise se trouvait
avilie, menace: ce coup de vigueur, de rompre l'armistice de Modne, a
rtabli l'opinion et a runi Bologne, Ferrare, Modne et Reggio sous
un mme bonnet. Le fanatisme s'est trouv djou, et les peuples,
accoutums  trembler, ont senti que nous tions encore l: la
rpublique avait le droit de casser un armistice qui n'tait pas
excut. La rgence mme ne dsavoue pas d'avoir envoy des secours dans
Mantoue.

Modne, Reggio, Ferrare et Bologne, runis en congrs, ont arrt une
leve de deux mille huit cents hommes, sous le titre de _Premire lgion
italienne_: l'enthousiasme est trs-grand; les paysans qui portaient
des vivres dans Mantoue sont venus eux-mmes nous apprendre les routes
caches qu'ils tenaient. La plus parfaite harmonie rgne entre nous et
les peuples.

A Bologne, ville de soixante-quinze mille mes, l'enthousiasme est
extrme: dj mme la dernire classe du peuple s'est porte  des
excs; ils ne voulaient pas reconnatre le snat: il a fallu les laisser
organiser leur constitution et me prononcer fortement pour le snat,
afin de rtablir l'ordre.

A Ferrare, un vque cardinal, prince romain qui jouit de 150,000 liv.,
donne tout au peuple et est toujours dans l'glise. Je l'ai envoy
 Rome sous le prtexte de ngocier, mais dans la ralit pour m'en
dbarrasser: il a t content de sa mission.

La folie du pape est sans gale; mais la nouvelle de Naples et de la
Mditerrane le fera changer. Mon projet, lorsque je le pourrai, est de
me rendre  Ancne au moyen de l'armistice, et de n'tre ennemi que l.

Je vous ferai passer une proclamation que j'ai faite  Bologne, et la
lettre que j'ai crite au cardinal archevque de Ferrare.

Je vous fais mon compliment du trait souscrit avec Gnes: il est utile
sous tous les rapports.

La vente de Livourne se fait actuellement. J'occupe, avec une petite
garnison, Ferrare. Les barbets sont battus, dfaits et fusills. Vos
ordres pour mettre les licencis  la solde du congrs de la Lombardie
sont excuts.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Vrone, le 4 brumaire an 5

(25 octobre 1796).

_Au directoire excutif._

Nous sommes en mouvement: l'ennemi parat vouloir passer la Piave pour
s'tablir sur la Brenta; je le laisse s'engager: les pluies, les mauvais
chemins, les torrens m'en rendront bon compte.

Nous verrons comme cela s'engagera. Je vous prie de me dire la conduite
que je dois tenir  Trieste, si jamais, aprs la saison des pluies et
une bonne victoire, j'tais oblig de porter la guerre dans le Frioul.
Si vous pouviez envoyer trois frgates dans l'Adriatique, elles seraient
utiles dans toutes les hypothses.

La paix avec Naples et Gnes, notre situation avec les peuples, et les
troupes que vous annoncez, vous assurent l'Italie, si elles arrivent. La
vingt-neuvime demi-brigade, partie de Paris, forte de 4,000 hommes,
est arrive ici  1100. Si Willot ne retient que 2,000 hommes, la
quatre-vingt-troisime devrait dj tre en marche. Cette trs-bonne
demi-brigade est forte de 2,500 hommes: elle se repose depuis un an;
elle devrait, selon mes ordres, tre dj  Nice. Si je l'ai avant les
grands coups, comme il parat que j'aurai la quarantime, j'espre
non-seulement battre les Autrichiens, prendre Mantoue, mais encore
prendre Trieste, obliger Venise  faire ce que l'on voudra, et planter
nos drapeaux au Capitole.

Il sera ncessaire d'envoyer en Corse au moins 1200 hommes; il serait
bon que quelques frgates se rendissent  Ajaccio et  Saint-Florent,
pour se faire voir.

Si vous envoyez quelques frgates dans l'Adriatique, il serait bon qu'un
officier de l'quipage vnt se concerter avec moi pour choisir un point
pour les protger et de correspondance. Il serait bon qu'une grosse
gabarre vnt  l'embouchure du P, je la chargerais de chanvre et de
bois de construction: elle pourrait en place nous apporter trois mille
fusils, dix mille baonnettes, deux mille sabres de chasseurs et de
hussards, quatre mille obus de six pouces, mille boulets de 12, et six
mille boulets de 18: ce sont des choses dont nous avons toujours
besoin. Je ne vois que ce moyen pour que la marine ait bientt des
approvisionnemens, qui sont abondans dans le Ferrarais et la Romagne.
Si l'on craint de manquer de bl au printemps, l'on peut envoyer des
bateaux  l'embouchure du P, je ferai filer tout le bl que l'on
voudra.

Les neiges tombent, cela n'empche pas de se battre dans le Tyrol. Il ne
sera pas impossible que j'vacue Trente: j'en serais fch, les habitans
nous sont trs-affectionns; je ne le ferai qu'au moment o cela sera
utile: je n'y pense pas encore.

Wurmser est  la dernire extrmit; il manque de vin, de viande et de
fourrage; il mange ses chevaux et a quinze mille malades. Il a trouv le
moyen de faire passer  Vienne la proposition que je lui ai faite. Je
crois que nous serons bientt aux mains ici: dans cinq dcades, Mantoue
sera pris ou dlivr. S'il m'arrive seulement la quatre-vingt-troisime
et la quarantime, c'est--dire, cinq mille hommes, je rponds de tout;
mais, une heure trop tard, ces forces ne seront plus  temps. Si j'tais
forc de me replier, Mantoue serait secouru.

Je fais travailler  force  fortifier Pizzighitone et le chteau de
Tresso, sur l'Adda, ainsi que nos deux ponts sur le P.

Six cents matelots ou soldats faits prisonniers par les Anglais sont
arrivs de Bastia  Livourne. Lorsque vous enverrez des troupes en
Corse, je crois que vous ferez bien de ne choisir, pour y commander,
aucun gnral ni commandant de place, de ce pays.

On a le projet,  ce que j'apprends, de donner une amnistie gnrale en
Corse: il faut,  ce que je crois, en excepter: 1. les quatre dputs
qui ont port la couronne  Londres; 2. les membres du conseil d'tat
du vice-roi, compos de six personnes; enfin les migrs, qui taient
ports comme tels sur les registres du dpartement. Je crois que c'est
la seule mesure de rendre l'amnistie sre, cela n'en exceptera que douze
ou quinze; sur tant de coupables, c'est tre indulgent.

J'ai fait arrter  Livourne le citoyen Panalieri, secrtaire de Paoli,
arrivant de Londres, et venant de nouveau intriguer.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Vrone, le 4 brumaire an 5

(25 octobre 1796).

_Au directoire excutif._

Il parat, citoyens directeurs, par votre lettre de vendmiaire, que les
savans et artistes se sont plaints d'avoir manqu de quelque chose: il
serait trs-ingrat de notre part de ne pas leur donner tout ce qui leur
est ncessaire, car ils servent la rpublique avec autant de zle que de
succs, et je vous prie de croire que, de mon ct, j'apprcie plus
que personne les secours rels que rendent  l'tat les arts et les
sciences, et que je serai toujours empress de seconder de tout mon zle
vos intentions sur cet objet.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Vrone, le 4 brumaire an 5

(25 octobre 1796).

_Au citoyen Poussielgue._

J'ai reu votre lettre du 30. Les propositions ne sont pas acceptables.
Donner toute la Lombardie pour un secours de huit mille hommes,
c'est--dire pour 5,000, car il n'y en aura jamais davantage, c'est trop
demander aujourd'hui, que la paix avec Naples et Gnes est faite. Le
Pimont gagne beaucoup  faire une alliance avec nous; il est sr par l
d'effacer de l'esprit de ses sujets le mpris que leur donne le dernier
trait. Ajoutez  cela: 1. des esprances vagues d'tre favoris dans
le trait de paix; 2. les fiefs impriaux, ou un quivalent de masse du
ct de la rivire de Gnes: cela devrait tre bien suffisant.

L'article II est inadmissible; jamais la France ne garantirait rien
qu'autant que le succs permettrait de l'obtenir. Continuez toujours vos
ngociations.

Tout ici va bien.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Vrone, le 4 brumaire an 5

(25 octobre 1796).

_Aux membres du congrs d'tat._

Je vous autorise, messieurs,  prendre toutes les mesures que vous
croyez utiles, en les communiquant au gnral commandant la Lombardie,
et obtenant son approbation.

Vous pouvez, en consquence, accorder aux trangers la facult d'acheter
des biens stables dans la Lombardie, rappeler tous les absens et surtout
ceux demeurant en pays ennemi, sous peine de squestrer leurs biens;
saisir les rentes de ceux qui servent chez des puissances ennemies;
chasser tous les prtres et les moines qui ne sont pas natifs de la
Lombardie; accrotre l'imposition directe au point de pouvoir suffire 
la solde journalire de la lgion lombarde; changer les municipalits,
les prteurs et les professeurs des coles; et pour chacune de ces
mesures il vous faudra,  chaque acte, le conseil du gnral commandant
la Lombardie.

Quant  la saisie de toute l'argenterie des glises, je la crois
ncessaire; mais je pense que la moiti vous suffit pour la lgion
lombarde; l'autre moiti sera verse dans la caisse de l'arme, qui
prouve des besoins rels.

J'ai renvoy l'excution de cette mesure essentielle aux commissaires du
gouvernement, qui nommeront un agent pour se concerter avec vous.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Vrone, le 7 brumaire an 5

(28 octobre 1796).

_Au citoyen Cacault._

Je vous fais passer un paragraphe que je reois en ce moment du
directoire. Je vous prie, en consquence, de commencer des ouvertures
avec le cardinal secrtaire d'tat, ou de vous servir du cardinal
Mattei, qui pourra parler directement au pape. Ds l'instant que la cour
de Rome sera dcide  ouvrir une nouvelle ngociation avec nous, vous
m'en ferez part, et vous pourriez venir avec le ministre qu'elle aura
nomm, dans une ville que je vous indiquerai, comme par exemple,
Crmone.

Vous pouvez donc signifier au pape que la rponse de Paris m'est
arrive, que, par une suite des sentimens de modration qu'a adopts le
gouvernement franais, il m'a charg de terminer avec Rome toute espce
de diffrent, soit par les armes, soit par une nouvelle ngociation.
Dsirant donner au pape une marque du dsir que j'ai de voir cette
guerre si longue se terminer, et les malheurs qui affligent la nature
humaine avoir un terme, je lui offre une manire honorable de sauver
encore son honneur et le chef de la religion. Vous pouvez l'assurer de
vive voix que j'ai toujours t contraire au trait qu'on lui a propos,
et surtout  la manire de ngocier; que c'est en consquence de mes
instances particulires et ritres, que le directoire m'a charg
d'ouvrir la route d'une nouvelle ngociation. J'ambitionne bien plus
d'tre le sauveur du Saint-Sige, que d'en tre le destructeur. Vous
savez vous-mme que nous avons toujours eu des principes conformes, et
moyennant la facult illimite que m'a donne le directoire, si l'on
veut tre sage  Rome, nous en profiterons pour donner la paix  cette
belle partie du monde, et tranquilliser les consciences timores de
beaucoup de peuples.

J'attends votre rponse par le retour du courrier.

Rien de nouveau des armes. L'arme de Sambre-et-Meuse s'avance sur le
Mein, et l'arme du Rhin a dlivr Kelh et est absolument hors de tout
danger.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Vrone, le 11 brumaire an 5

(1er novembre 1796).

_A son altesse royale le duc de Parme et de Plaisance._

J'ai reu la lettre de votre altesse royale, le 24 octobre; je me suis
empress de satisfaire  ce qu'elle dsire. L'intention du gouvernement
franais est de faire tout ce qui pourra tre agrable  votre altesse
royale: elle me trouvera, dans toutes les circonstances, prt  lui
donner les secours et les forces dont elle pourrait avoir besoin.

Si des employs de l'arme se conduisaient mal, j'invite votre altesse
royale  les faire arrter: lorsqu'ils sont dans ses tats, ils doivent
s'y comporter avec la dcence et le respect qui est d  l'autorit du
prince. Lorsque votre altesse royale voudra m'en tenir instruit, je les
ferai svrement punir.

La bonne intelligence qui rgne entre les deux tats, la bonne conduite
que votre altesse royale a tenue dans toutes les circonstances, doivent
l'assurer de l'amiti et de la protection de la rpublique franaise
contre ceux qui voudraient mconnatre son autorit et transgresser les
lois tablies dans ses tats. Je serai toujours charm de trouver les
occasions de tmoigner  votre altesse royale les sentimens d'estime et
de considration, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Vrone, le 11 brumaire an 5

(1er novembre 1796).

_Au commandant de Plaisance._

L'intention du gouvernement franais, citoyen, est que non-seulement
la neutralit qui existe entre la rpublique franaise et les tats de
Parme soit respecte, mais encore que le prince soit protg par l'arme
franaise toutes les fois qu'il en aurait besoin.

Vous voudrez bien vous conduire en consquence, et punir svrement tout
Franais qui s'carterait de cette conduite.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Vrone, le 11 brumaire an 5

(1er novembre 1796).

_Au gnral Serrurier._

Je ne reconnais pas au commissaire du gouvernement le droit de faire
des arrts pour requrir des gnraux de division. Je vous renvoie, en
consquence, l'arrt des commissaires.

Quand le gnral Gentili, charg de l'expdition, vous demandera quelque
chose, vous serez matre de le lui accorder lorsque vous penserez qu'il
ne pourra en rsulter aucun inconvnient; mais ne m'allguez jamais un
arrt des commissaires, qui pour moi est absolument insignifiant: et
cette mthode est sujette  trop d'abus pour que vous ne sentiez pas
vous-mme la consquence de ne pas y donner lieu. Quand les commissaires
vous envoient un arrt, renvoyez-le, en disant que vous ne connaissez
d'ordres que ceux de l'tat-major.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Vrone, le 11 brumaire an 5

(1er novembre 1796).

_Au gnral Gentili._

J'ai reu, citoyen gnral, la lettre que vous m'avez crite. J'ai vu
avec plaisir que vous ne perdiez pas de vue l'occasion de vous emparer
de l'le d'Elbe. Je n'ai pas encore sur la Corse des nouvelles assez
prcises; mais du moment que nous serons matres de la mer, des frgates
franaises se rendront  Ajaccio, et ce ne sera qu' leur retour que
je ferai passer des troupes en Corse. Vous devez vivre en bonne
intelligence avec le commissaire du gouvernement, sans vous croire
oblig pourtant d'obir  tous les arrts qu'il pourrait prendre pour
le service militaire, qui vous regarde seul. Vous devez surtout ne
permettre aucun acte lgislatif, ni qu'on s'loigne en rien des lois
constitutionnelles de la rpublique. Il faut que la Corse soit une bonne
fois franaise, et il ne faut plus y entretenir ce petit tripotage de
connivences particulires, qui tendent  loigner les amis de la France.
Je ne crois pas que l'intention du gouvernement soit d'accorder une
amnistie aux quatre citoyens qui ont eu assez de bassesse pour porter la
couronne au roi d'Angleterre, et  ceux qui taient membres du conseil
d'tat.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Vrone, le 11 brumaire an 5

(1er novembre 1796).

_Au commissaire ordonnateur en chef._

Le snat de Bologne a fourni au citoyen Arena plus de soixante mille
aunes de toiles, estimes trois  quatre cent mille liv. Comme cet
entrepreneur n'avait point d'ordre pour fournir des chemises, que le peu
qu'il en a prsent au magasin tait dfectueux, impropre au service, et
de toile grossire, vous voudrez bien ordonner  cet entrepreneur de ne
faire aucune fourniture, mais le prvenir que la valeur de ladite toile
sera porte en compte de la valeur de ses fournitures de souliers: on
m'assure qu'il lui est d  peu prs le montant de ladite toile, surtout
en faisant prendre les quarante mille paires de souliers qu'il a dans ce
moment  Milan.

Je vous prie de ne pas perdre un instant pour vous rendre  Vrone avec
le payeur, parce qu'il est instant que nous prenions des mesures pour
le service de l'arme et des oprations qui doivent avoir lieu. Quoique
vous puissiez tre incommod, votre seule prsence  Vrone vous mettra
 mme de diriger le commissaire qui vous remplace, et de donner de
l'unit au service. Je vous prie, avant de partir, de voir le citoyen
Flachat, pour savoir si toutes les soies et marchandises qui existaient
 Milan sont vendues, et quels sont les fonds qu'il peut fournir 
l'arme.

Voyez aussi le congrs d'tat et la municipalit de Milan, pour savoir
o en sont les contributions; voyez galement sur cet objet les bureaux
des commissaires du gouvernement, et qu'ils vous disent enfin clairement
les ressources qu'ils ont pour l'arme: tous ces gens-l ne pensent qu'
voler. S'il arrivait que vous ne pussiez pas absolument venir, voyez
 charger quelqu'un de votre opration; envoyez-lui,  cet effet, les
instructions dont il aura besoin.

J'apprends avec indignation que le citoyen Auzon se retire avec les
quinze ou seize cent mille liv. qu'il a  l'arme; cette conduite est
celle d'un escroc.

Le service des charrois de l'artillerie, celui des fourrages, celui de
la viande, enfin tous les services exigent que l'on prenne un parti.

Rendez-vous donc sur-le-champ ici.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Vrone, le 13 brumaire an 5

(3 novembre 1796).

_Au commissaire du gouvernement._

Nous manquons entirement d'argent; toutes nos caisses sont vides et
tous nos services entravs: le service mme du prt du soldat n'est pas
assur. Vos bureaux, citoyen commissaire, font de trs-beaux tats qui
ne sont jamais d'accord avec le payeur, et, depuis trois mois que l'on
cherche  concilier vos comptes, il n'y a jamais moyen de trouver
l'emploi de trois ou quatre millions qui existent de diffrence.

L'ordonnateur, depuis deux mois, n'a reu que deux millions: tout
souffre, et nous sommes en prsence de l'ennemi. Vous m'aviez dit que
vous faisiez passer les vingt-mille livres de Modne  Milan, et on n'en
a fait passer que la moiti. Des trois cent mille livres qui devaient
tre soldes  Ferrare, il n'a t sold que la moiti. Quant 
Livourne, bien loin de nous prsenter de l'argent, on nous offre de cinq
 six cent mille liv., portes sans aucune forme lgale. La compagnie
Flachat, qui a toutes les ressources de l'arme, qui a tous les fonds,
qui fait tous ses services en promesses, est la seule qui ait les moyens
de pourvoir aux besoins urgens du moment. Faites qu'elle verse dans la
caisse du payeur gnral de l'arme quinze cent mille liv. Vous devez
fournir  nos besoins, et depuis deux mois, l'ordonnateur crie que tous
les services manquent.

Je vous prie donc, citoyen commissaire, de songer que toute l'arme est
en mouvement, que nous sommes en prsence de l'ennemi, que le moindre
retard peut nous tre funeste; occupez-vous donc  faire fournir 
l'ordonnateur l'argent qui est ncessaire: nous sommes ici  la veille
des plus grands vnemens. Si la quatre-vingt-troisime demi-brigade,
aujourd'hui soixante-quinzime, tait partie de Marseille, conformment
 l'ordre que j'ai donn, nous n'aurions rien  craindre, mais trois
mille hommes de bonne troupe de moins, dans des circonstances comme
celles-ci, sont pour nous un terrible malheur. La quarantime mme
arrive bien tard: il parat que tout au plus le premier bataillon
arrivera  temps; cependant, comme nous avons quelques bataillons en
route, je vous prie d'expdier un courrier au gnral Kellermann, pour
le requrir et le prier de faire filer ce qu'il y a de disponible.
Toutes les troupes de l'Empire sont arrives en poste avec une clrit
surprenante; ils paraissent vraiment dcids  faire de grands
sacrifices, et nous, on nous a livrs  nous-mmes: de belles promesses
et quelques petits corps de troupe sont tout ce qu'on nous a donn.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Vrone, le 15 brumaire an 5

(5 novembre 1796).

_Au gnral Baraguay d'Hilliers._

Nous sommes en prsence de l'ennemi, qui a pass la Piave. Vous sentez
combien nous avons besoin de troupes; activez donc la marche de tous les
dpts et de tous les bataillons qui nous arrivent, bien entendu que
vous prendrez des mesures pour que les fusils qui sont  Crmone soient
rpartis aux dpts de Lodi et de Cassano, et que tous les soldats qui
nous viendront soient arms. Vous dirigerez les dpts des divisions
d'Augereau et de Massna sur Verone, o ils prendront de nouveaux ordres
 l'tat-major; les dpts de Mantoue  l'ordinaire, et les dpts de la
division du gnral Vaubois,  Peschiera, o ils recevront de nouveaux
ordres. Envoyez-nous promptement les quatre-vingts hommes du cinquime
rgiment de dragons que vous avez gards  Milan; faites partir le
premier bataillon de la lgion lombarde pour Verone. Vous ne nous
crivez plus assez. Nous ne savons plus exactement ce qui arrive 
Milan: il faut que vous ayez une correspondance suivie avec le gnral
qui commande  Tortone, pour tre instruit du jour o partent les
diffrens bataillons de Tortone, des jours o ils arrivent  Milan, et
l'annoncer aussitt.

L'ennemi parat en force: il est ncessaire d'avoir  la fois de
l'activit, de la vigilance, et de seconder de votre mieux les
oprations de l'arme, spcialement les approvisionnemens de
l'artillerie. Ayez l'oeil sur ce qui pourrait se passer du ct de
Bergame et dans les valles de Trompir et Dider: quoique ce soit loin de
vous, cela vous intresse trop, pour que vous ne soyez pas prvenu avant
tous les autres de ce qui pourrait arriver de ce ct-l, qui mritt
votre attention.

L'arme manque totalement de fonds, le service mme du prt est
expos. Je vous prie de remettre la lettre que je vous fais passer au
commissaire du gouvernement, s'il y est, ou au citoyen Flachat. Voyez
galement le congrs d'tat et la municipalit de Milan, pour que tout
ce qui est d soit promptement pay.

Si nous faisons des prisonniers, peut-tre les ferai-je passer de
l'autre ct du P, pour les dpayser. J'espre que la deuxime cohorte
de la lgion lombarde sera promptement organise, ce qui vous fournira
les moyens d'escorte.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 14 brumaire an 5

(4 novembre 1796).

_Au chef de l'tat-major._

Le gnral Massna a vacu aujourd'hui Bassano,  cinq heures du matin,
l'ennemi se trouvant en force  Castel Franco. La soixante-quinzime
doit tre arrive,  cette heure,  Vicence. Le gnral Augereau est
dj  Montebello: indpendamment des hussards du premier rgiment,
ce gnral aura encore le vingtime de dragons, fort de trois cent
cinquante hommes. J'ai donn au gnral Meynier le commandement de
Verone, au gnral Kilmaine le commandement depuis le fort de la Chiuza
jusqu' Rovigo, ainsi que celui de Mantoue; il se tiendra  Verone.
Picot, qui est parti  minuit de Padoue, et qui a t jusque dans les
postes ennemis, m'assure qu'ils ne sont pas plus de 8  9,000 hommes.
Aucune de leurs patrouilles n'a encore paru  Padoue. Arrangez-vous
bien avec le gnral Vaubois pour qu'il excute comme il faut les
dispositions du plan. J'espre que cette fois nous pourrons, d'un seul
coup, donner du fil  retordre. Si cette lettre vous rencontre en
chemin, faites-en part au gnral Vaubois, et par Dieu recommandez-lui
de ne pas mnager les courriers. Cet adjoint peut continuer jusque chez
le gnral Vaubois et me renvoyer Louis. Je ne serai pas fch que le
citoyen Junot reste jusqu' l'attaque de demain. S'il est convenu qu'on
doive attaquer demain, qu'il fasse en sorte que j'aie des nouvelles
trois fois dans la journe.

En passant la Chiuza, donnez un petit coup d'oeil, et assurez-vous
qu'il n'y manque pas de munitions de bouche; assurez-vous aussi de la
situation du pont et de l'espce de garde qu'on y fait, cela toutefois
autant que la nuit vous le permettra.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Vicence, le 15 brumaire an 5

(5 novembre 1796).

_Au chef de l'tat-major._

Nous sommes arrivs avec la division Augereau  Vicence: celle de
Massna tait  huit milles d'ici, o elle s'est arrte lorsqu'elle a
su notre arrive. L'ennemi est entr hier au soir  Bassano, o l'on dit
qu'il n'a que deux ou trois mille hommes. Le reste de ses troupes, que
l'on porte  sept ou huit mille hommes, est  Citadella, un corps lger
a mme pass la Brenta  Ospidaletta da Brenta. Massna va aller les
chasser.

Pressez par tous les moyens possibles l'arrive des cinq pontons; il
faudrait les faire venir en poste, vous avez d les rencontrer entre
Villa-Nova et Montebello. Si ces pontons m'arrivent, je passerai la
Brenta cette nuit; j'ai fait prparer ici trente-six chevaux pour les
conduire o j'en aurai besoin. J'avais ordonn qu'on en prpart un gal
nombre  Montebello; jusqu' cette heure, tout se dispose trs-bien ici:
si nous avons nos pontons ce soir, la journe de demain sera dcisive.
Massna n'a perdu autre chose qu'un seul homme qui avait eu la cuisse
casse, qu'il a dpos  l'hpital de Bassano. J'imagine que le
bataillon des grenadiers arrivera aujourd'hui  Vicence. Je vous attends
avec impatience. Je n'ai pas de nouvelles du gnral Lespinasse, du
gnral Dommartin, ni d'aucun officier du gnie.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 18 brumaire an 5

(8 novembre 1796).

_Au gnral Rusca._

J'apprends par la lettre qui m'est apporte par le citoyen....., que les
affaires de la Grafagniana sont un peu arranges.

Trois compagnies de grenadiers et cent cinquante hommes de piquet de la
dix-neuvime sont partis pour se rendre  Modne. Le citoyen Lahoz, chef
de brigade, est parti avec deux cohortes de sa lgion et deux pices de
canon pour se rendre galement  Modne. J'ai envoy l'ordre que vous
avez d faire passer au gnral commandant  Livourne, pour qu'il envoie
trois cents hommes par Massa et Carrara. Je dsire qu'avec ces forces,
et les deux cohortes de Modne et de Reggio, vous vous rendiez 
Castel-Novo, que vous fassiez arrter et fusiller six chefs, que vous
fassiez brler la maison d'une famille de ce pays, trs-connue pour tre
 la tte de la rbellion, et que vous fassiez arrter douze otages et
dsarmer tous ceux qui auront pris part  cette rbellion, aprs quoi
vous publierez un pardon gnral pour le pass. Vous mettrez dans le
chteau de Monte-Alfonso une garnison de cinquante hommes de la cohorte
de Modne; aprs quoi, vous donnerez l'ordre au citoyen Lahoz de se
rendre, avec ses deux cohortes et celles de Modne et de Reggio, six
pices de canon et quatre-vingts hommes de cavalerie,  Livourne, pour y
tenir garnison sous les ordres du gnral commandant.

Vous donnerez l'ordre sur-le-champ  la cohorte de Bologne et  celle de
Ferrare de se rendre  Crmone. Je donne ordre au gnral Mnard, qui y
commande, de complter leur armement.

Quant aux grenadiers et au piquet de la dix-neuvime, si vous croyez ne
pas en avoir besoin pour la Grafagniana, vous les retiendrez  Modne
jusqu' ce que vos oprations soient finies, et immdiatement aprs vous
les renverrez  Milan.

J'oubliais de vous dire qu'il faudra faire prter au gouvernement de
Modne,  la petite ville de Castel-Novo, et  tous les villages qui ont
pris part  la rvolte, un nouveau serment d'obissance  la rpublique
franaise.

Mettez de l'clat, dpchez-vous, et punissez svrement les coupables,
afin que l'envie ne leur prenne pas de se rvolter lorsque nous
pourrions tre occups.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 24 brumaire an 5

(14 novembre 1796).

_Au directoire excutif._

Je vous dois compte des oprations qui se sont passes depuis le 21 de
ce mois: s'il n'est pas satisfaisant, vous n'en attribuerez pas la faute
 l'arme: son infriorit, et l'puisement o elle est des hommes les
plus braves me font tout craindre pour elle. Peut-tre sommes-nous  la
veille de perdre l'Italie. Aucun des secours attendus n'est arriv; la
quatre-vingt-troisime demi-brigade ne part pas; tous les secours venant
des dpartemens sont arrts  Lyon et surtout  Marseille. On croit
qu'il est indiffrent de les arrter huit ou dix jours, on ne songe pas
que les destines de l'Italie et de l'Europe se dcident ici pendant ce
temps-l. Tout l'empire a t en mouvement et y est encore. L'activit
de notre gouvernement, au commencement de la guerre, peut seule donner
une ide de la manire dont on se conduit  Vienne. Il n'est pas de jour
o il n'arrive cinq mille hommes; et, depuis deux mois qu'il est vident
qu'il faut des secours ici, il n'est encore arriv qu'un bataillon de la
quarantime, mauvaise troupe et non accoutume au feu, tandis que toutes
nos vieilles milices de l'arme d'Italie languissent en repos dans la
huitime division. Je fais mon devoir, l'arme fait le sien: mon me est
dchire, mais ma conscience est en repos. Des secours, envoyez-moi
des secours; mais il ne faut plus s'en faire un jeu: il faut, non de
l'effectif, mais du prsent sous les armes. Annoncez-vous six mille
hommes, le ministre de la guerre annonce six mille hommes effectifs et
trois mille hommes prsens sous les armes; arrivs  Milan, ils sont
rduits  quinze cents hommes: ce n'est donc que quinze cents hommes que
reoit l'arme.

Je fus inform, le 10, qu'un corps de deux mille cinq cents Autrichiens
s'avanait de la Goricie, et dj tait camp sur la Piave; j'envoyai
aussitt le gnral Massna, avec un corps d'observation,  Bassano sur
la Brenta, avec ordre de se retirer  Vicence du moment que l'ennemi
aurait pass la Piave. J'ordonnai au gnral Vaubois d'attaquer les
postes ennemis dans le Trentin, et surtout de le chasser de ses
positions entre le Lawis et la Brenta. L'attaque eut lieu le 12, la
rsistance fut vive. Le gnral Guieux emporta Saint-Michel et brla
les ponts des ennemis; mais ceux-ci rendirent notre attaque nulle sur
Segonzano, et la quatre-vingt-cinquime demi-brigade y fut maltraite
malgr sa valeur. Nous avons eu trois cents blesss, cent hommes tus et
deux cent cinquante prisonniers; nous avons fait cinq cents prisonniers,
et tu beaucoup de monde  l'ennemi.

Le 13, j'ordonnai que l'on recomment l'attaque sur Segonzano, qu'il
fallait avoir; et en mme temps instruit que l'ennemi a pass la Piave,
je pars avec la division du gnral Augereau. Nous nous joignons 
Vicence avec la division Massna, et nous marchons, le 15, au-devant de
l'ennemi, qui avait pass la Brenta. Il fallait tonner comme la foudre,
et balayer, ds son premier pas, l'ennemi. La journe fut vive, chaude
et sanglante: l'avantage fut  nous, l'ennemi repassa la Brenta, et le
champ de bataille nous resta. Nous fmes cinq cent dix-huit prisonniers,
et tumes considrablement de monde; nous enlevmes une pice de canon.
Le gnral Lanusse a t bless d'un coup de sabre. Toutes les troupes
se sont couvertes de gloire.

Cependant le 13, l'ennemi avait attaqu le gnral Vaubois sur plusieurs
points et menaait de le tourner, ce qui obligea ce gnral  faire sa
retraite sur la Pietra, sa droite adosse  des montagnes, sa gauche 
Mori. Le 16, l'ennemi ne se prsenta point; mais, le 17, le combat fut
des plus opinitres. Dj nous avions enlev deux pices de canon et
fait treize cents prisonniers, lorsque,  l'entre de la nuit, une
terreur panique s'empara de nos troupes; la droute devint complte:
nous abandonnmes six pices de canon.

La division prit, le 18, sa position  Rivoli et  la Corona par un pont
que j'avais fait jeter exprs. Nous avons perdu, dans cette retraite,
outre six pices de canon, trois mille hommes tus, blesss ou
prisonniers. La perte de l'ennemi doit avoir t considrable.

Ayant appris une partie de ce qui se passait dans le Tyrol, je
m'empressai de partir le 17,  la pointe du jour, et nous arrivmes le
18,  la pointe du jour,  Verone.

Le 21,  trois heures aprs midi, ayant appris que l'ennemi tait parti
de Montebello et avait camp  Villa-Nova, nous partmes de Verone. Nous
rencontrmes son avant-garde  Saint-Martin. Augereau l'attaqua, la mit
en droute, et la poursuivit trois milles: la nuit la sauva.

Le 22,  la pointe du jour, nous nous trouvmes en prsence. Il fallait
battre l'ennemi de suite; nous l'attaqumes avec intelligence et
bravoure. La division Massna attaqua la gauche, le gnral Augereau la
droite. Le succs tait complet; le gnral Augereau s'tait empar
du village de Caldero, et avait fait deux cents prisonniers; Massna
s'tait empar de la hauteur qui tournait l'ennemi, et avait pris
cinq pices de canon; mais la pluie, qui tombait  seaux, se change
brusquement en une petite grelasse froide, qu'un vent violent portait au
visage de nos soldats, et favorise l'ennemi; ce qui, joint  un corps de
rserve qui ne s'tait pas encore battu, lui fait reprendre la hauteur.
J'envoie la soixante-quinzime demi-brigade, qui tait reste en
rserve, et tout se maintint jusqu' la nuit; mais l'ennemi reste matre
de la position. Nous avons eu six cents blesss, deux cents morts et
cent cinquante prisonniers, parmi lesquels le gnral de brigade Launai,
le chef de brigade Dupuis, qui a t bless pour la seconde fois.
L'ennemi doit avoir perdu davantage.

Le temps continue  tre mauvais. Toute l'arme est excde de fatigue
et sans souliers: je l'ai reconduite  Verone, o elle vient d'arriver.

Une colonne ennemie, commande par Laudon, s'avance sur Brescia, une
autre sur Chiuza, pour faire sa jonction avec le corps d'arme. Pour
rsister  tout cela, je n'ai que dix-huit mille hommes.

L'ennemi a au moins cinquante mille hommes, composs: 1. d'un corps
autrichien venant du Rhin; 2. de toutes les garnisons de la Pologne
et des frontires de la Turquie; 3. du reste de son arme d'Italie,
recrute de dix mille hommes.

Aujourd'hui, 24 brumaire, repos aux troupes; demain, selon les mouvemens
de l'ennemi, nous agirons. Je dsespre d'empcher la leve du blocus de
Mantoue, qui dans huit jours tait  nous. Si ce malheur arrive, nous
serons bientt derrire l'Adda, et plus loin s'il n'arrive pas de
troupes.

Les blesss sont l'lite de l'arme: tous nos officiers sapeurs, tous
nos gnraux d'lite sont hors de combat; tout ce qui m'arrive est si
inepte! et ils n'ont pas la confiance du soldat. L'arme d'Italie,
rduite  une poigne de monde, est puise. Les hros de Lodi, de
Millesimo, de Castiglione et de Bassano sont morts pour leur patrie ou
sont  l'hpital; il ne reste plus aux corps que leur rputation et
leur orgueil. Joubert, Lannes, Lanusse, Victor, Murat, Charlot, Dupuis,
Rampon, Pigeon, Menard, Chabran, sont blesss; nous sommes abandonns
au fond de l'Italie. La prsomption de mes forces nous tait utile; on
publie  Paris, dans des discours officiels, que nous ne sommes que
trente mille hommes.

J'ai perdu dans cette guerre peu de monde, mais tous des hommes d'lite
qu'il est impossible de remplacer. Ce qui me reste de braves voit la
mort infaillible, au milieu de chances si continuelles et avec des
forces si infrieures. Peut-tre l'heure du brave Augereau, de
l'intrpide Massna, de Berthier, de..... est prs de sonner: alors!
alors! que deviendront ces braves gens? Cette ide me rend rserv; je
n'ose plus affronter la mort, qui serait un sujet de dcouragement et de
malheur pour qui est l'objet de mes sollicitudes.

Sous peu de jours, nous essaierons un dernier effort: si la fortune nous
sourit, Mantoue sera pris, et avec lui l'Italie. Renforc par mon arme
de sige, il n'est rien que je ne puisse tenter. Si j'avais reu la
quatre-vingt-troisime, forte de trois mille cinq cents hommes connus
 l'arme, j'eusse rpondu de tout! Peut-tre, sous peu de jours, ne
sera-ce pas assez de quarante mille hommes.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Modne, le 25 brumaire an 5 (15 novembre 1796).

_Au commissaire du gouvernement._

La compagnie Flachat n'a fait encore aucune vente; cependant elle a des
soies et autres marchandises assez importantes dans la Lombardie et 
Tortone. Les rentes qu'elle fait  Livourne se font par devant elle, il
est indispensable d'y faire intervenir le consul de la rpublique.
Cette compagnie, qui a reu quatorze  quinze millions, ne paye pas les
mandats, sous le prtexte qu'elle n'a pas d'argent, mais effectivement
pour les faire ngocier par main tierce,  quinze ou vingt pour cent de
perte. Faites-vous remettre l'tat des mandats qu'elle a aujourd'hui
acquitts; ordonnez-lui: 1. d'afficher, sous vingt-quatre heures, la
vente de toutes les marchandises qu'elle a, pour tre faite ensuite
conformment  votre arrt; 2. que tout l'argent provenant des
marchandises soit, vingt-quatre heures aprs, vers dans la caisse
centrale, sans que, sous quelque prtexte que ce soit, cette compagnie
puisse retenir cet argent; 3. qu'elle vous remette l'tat des versemens
en grains qu'elle a faits  l'arme depuis le commencement de la
campagne; car elle est fortement prvenue d'avoir fait des versemens
factices pour quatre-vingt mille quintaux.

Je vous engage  porter sur cette compagnie un oeil svre. De tous
cts, on rclame contre elle; tous ses agens sont d'un incivisme si
marqu, que je suis fond  croire qu'une grande partie sert d'espions 
l'ennemi. Je vous prie de prvenir cette compagnie que, si M. Paragallo,
Franais assez indigne pour avoir dsavou le caractre national, vient
en Lombardie, je le ferai mettre en prison. J'ai de fortes raisons pour
croire que cet homme a des liaisons avec le ministre de Russie  Gnes,
et je suis instruit d'ailleurs que je suis environn d'espions; les
employs qu'elle a  Livourne sont en grande partie des migrs.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 29 brumaire an 5 (19 novembre 1796).

_Au commissaire du gouvernement_.

L'arme est sans souliers, sans prt, sans habits; les hpitaux manquent
de tout; nos blesss sont sur le carreau et dans le dnment le plus
horrible; tout cela provient du dfaut d'argent, et c'est au moment o
nous venons d'acqurir 4,000,000  Livourne, et o les marchandises
que nous avons  Tortone et  Milan nous offrent encore une ressource
relle. Modne devait aussi nous donner 1,800,000 fr., et Ferrare des
contributions assez fortes; mais il n'y a ni ordre ni ensemble dans la
partie des contributions dont vous tes spcialement charg. Le mal est
si grand, qu'il faut un remde. Je vous prie de me rpondre dans la
journe si vous pouvez pourvoir aux besoins de l'arme; dans le cas
contraire, je vous prie d'ordonner au citoyen Haller, fripon qui n'est
venu dans ce pays-ci que pour voler, et qui s'est rig intendant des
finances des pays conquis, qu'il rende ses comptes  l'ordonnateur en
chef qui est  Milan, et en mme temps de leur laisser prendre les
mesures pour procurer  l'arme ce qui lui manque. L'intention du
gouvernement est que ses commissaires s'occupent spcialement des
besoins de l'arme, et je vois avec peine que vous ne vous en occupez
pas, et que vous laissez ce soin  un tranger dont le caractre et les
intentions sont trs-suspectes.

Le citoyen Salicetti fait des arrts d'un ct, vous de l'autre; et le
rsultat de tout cela est que l'on ne s'entend pas et que l'on n'a
pas d'argent. Les quinze cents hommes que nous tenons  Livourne
nous cotent plus qu'une arme; enfin nous sommes, grce  tous ces
inconvniens-l, sur le point de manquer des choses indispensables. Nos
soldats manquent dj de ce qu'ils ne devraient pas manquer dans un pays
aussi riche, et aprs les succs qu'ils obtiennent.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 29 brumaire an 5 (19 novembre 1796).

_Au directoire excutif._

Je suis si harass de fatigue, citoyens directeurs, qu'il ne m'est pas
possible de vous faire connatre tous les mouvemens militaires qui ont
prcd la bataille d'Arcole, qui vient de dcider du sort de l'Italie.

Inform que le feld-marchal Alvinzi, commandant l'arme de l'empereur,
s'approchait de Verone, afin d'oprer sa jonction avec les divisions de
son arme qui sont dans le Tyrol, je filai le long de l'Adige avec les
divisions Augereau et Massna; je fis jeter, dans la nuit du 24 au 25,
un pont de bateaux  Ronco, o nous passmes cette rivire: j'esprais
arriver dans la matine  Villa-Nova, et par l enlever les parcs
d'artillerie de l'ennemi, ses bagages, et attaquer l'arme ennemie par
le flanc et ses derrires. Le quartier-gnral du gnral Alvinzi tait
 Caldero; cependant, l'ennemi, qui avait eu avis de quelques mouvemens,
avait envoy un rgiment de Croates et quelques rgimens hongrois dans
le village d'Arcole, extrmement fort par sa position, au milieu de
marais et de canaux.

Ce village arrta l'avant-garde de l'arme pendant toute la journe. Ce
fut en vain que les gnraux, sentant toute l'importance du temps, se
jetrent  la tte pour obliger nos colonnes de passer le petit pont
d'Arcole: trop de courage nuisit; ils furent presque tous blesss:
les gnraux Verdier, Bon, Verne, Lannes furent mis hors de combat,
Augereau, saisissant un drapeau, le porta au-del du pont; il resta
l plusieurs minutes sans produire aucun effet. Cependant, il fallait
passer ce pont, ou faire un dtour de plusieurs lieues, qui nous aurait
fait manquer toute notre opration: je m'y portai moi-mme, je demandai
aux soldats s'ils taient encore les vainqueurs de Lodi; ma prsence
produisit sur les troupes un mouvement qui me dcida encore  tenter le
passage. Le gnral Lannes, bless dj de deux coups de feu, retourna
et reut une troisime blessure plus dangereuse; le gnral Vignolle fut
galement bless. Il fallut renoncer  forcer de front ce village, et
attendre qu'une colonne commande par le gnral Guieux, que j'avais
envoye par Albaretto, ft arrive. Elle n'arriva qu' la nuit, s'empara
du village, prit quatre pices de canon et fit quelques centaines de
prisonniers. Pendant ce temps-l, le gnral Massna attaquait une
division que l'ennemi faisait filer sur notre gauche; il la culbuta et
la mit dans une droute complte.

On avait jug  propos d'vacuer le village d'Arcole, et nous nous
attendions,  la pointe du jour,  tre attaqus par toute l'arme
ennemie, qui se trouvait avoir eu le temps de faire filer ses bagages et
ses parcs d'artillerie, et de se porter en arrire pour nous recevoir.

 la petite pointe du jour, le combat s'engagea partout avec la plus
grande vivacit. Massna, qui tait sur la gauche, mit en droute
l'ennemi et le poursuivit jusqu'aux postes de Caldero. Le gnral
Robert, qui tait sur la chausse du centre, avec la soixante-cinquime,
culbuta l'ennemi  la baonnette et couvrit le champ de bataille de
cadavres. J'ordonnai  l'adjudant Vial de longer l'Adige avec une
demi-brigade, pour tourner toute la gauche de l'ennemi; mais ce
pays offre des obstacles invincibles; c'est en vain que ce brave
adjudant-gnral se prcipite dans l'eau jusqu'au cou, il ne peut pas
faire une diversion suffisante. Je fis, pendant la nuit du 26 au 27,
jeter des ponts sur les canaux et les marais, le gnral Augereau y
passa avec sa division.  dix heures du matin, nous fmes en prsence:
le gnral Massna  la gauche, le gnral Robert au centre, le gnral
Augereau  la droite. L'ennemi attaqua vigoureusement le centre, qu'il
fit plier. Je retirai alors la trente-deuxime de la gauche, je la
plaai en embuscade dans les bois, et au moment o l'ennemi, poussant
vigoureusement le centre, tait sur le point de tourner notre droite, le
gnral Gardanne sortit de son embuscade, prit l'ennemi en flanc et en
fit un carnage horrible. La gauche de l'ennemi, tant appuye  des
marais et par la supriorit du nombre, imposait  notre droite:
j'ordonnai au citoyen Hercule, officier de mes guides, de choisir 25
hommes dans sa compagnie, de longer l'Adige d'une demi-lieue, de tourner
tous les marais qui appuyaient la gauche des ennemis, et de tomber
ensuite au grand galop sur le dos de l'ennemi en faisant sonner
plusieurs trompettes. Cette manoeuvre russit parfaitement; l'infanterie
ennemie se trouva branle, le gnral Augereau sut profiter du moment.
Cependant, elle rsiste encore quoiqu'en battant en retraite, lorsqu'une
petite colonne de huit  neuf cents hommes, avec quatre pices de canon
que j'avais fait filer par Porto-Legnago pour prendre une position en
arrire de l'ennemi et lui tomber sur le dos, acheva de la mettre en
droute. Le gnral Massna, qui s'est report au centre, marcha droit
au village d'Arcole, dont il s'empara, et poursuivit l'ennemi jusqu'au
village de San-Bonifacio; mais la nuit nous empcha d'aller plus avant.

Le fruit de la bataille d'Arcole est: quatre  cinq mille prisonniers,
quatre drapeaux, dix-huit pices de canon. L'ennemi a perdu au moins
quatre mille morts et autant de blesss.

Outre les gnraux que j'ai nomms, les gnraux Robert et Gardanne ont
t blesss. L'adjudant-gnral Vaudelin a t tu. J'ai eu deux de mes
aides-de-camp tus, les citoyens Elliot et Muiron, officiers de la plus
grande distinction; jeunes encore, ils promettaient d'arriver un jour
avec gloire aux premiers postes militaires. Notre perte, quoique trs
peu considrable, a t trs-sensible, en ce que ce sont presque tous
nos officiers de distinction.

Cependant le gnral Vaubois a t attaqu et forc  Rivoli, position
importante gui mettait  dcouvert le blocus de Mantoue. Nous partmes,
 la pointe du jour, d'Arcole. J'envoyai la cavalerie sur Vicence  la
poursuite des ennemis, et je me rendis  Verone, o j'avais laiss le
gnral Kilmaine avec trois mille hommes.

Dans ce moment-ci, j'ai ralli la division Vaubois, je l'ai renforce,
et elle est  Castel-Novo. Augereau est  Verone, Massna sur
Villa-Nova.

Demain, j'attaque la division qui a battu Vaubois, je la poursuis jusque
dans le Tyrol, et j'attendrai alors la reddition de Mantoue, qui ne doit
pas tarder quinze jours. L'artillerie s'est comble de gloire.

Les gnraux et officiers de l'tat-major ont montr une activit et
une bravoure sans exemple, douze ou quinze ont t tus; c'tait
vritablement un combat  mort: pas un d'eux qui n'ait ses habits
cribls de balles.

Je vous enverrai les drapeaux pris sur l'ennemi.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 29 brumaire an 5 (19 novembre 1796).

_Au citoyen Carnot, membre du directoire._

Les destines de l'Italie commencent  s'claircir; encore une victoire
demain, qui ne me semble pas douteuse, et j'espre, avant dix jours,
vous crire du quartier-gnral de Mantoue. Jamais champ de bataille n'a
t aussi disput que celui d'Arcole; je n'ai presque plus de gnraux,
leur dvouement et leur courage sont sans exemple. Le gnral de brigade
Lannes est venu au champ de bataille, n'tant pas encore guri de la
blessure qu'il a reue  Governolo. Il fut bless deux fois pendant
la premire journe de la bataille; il tait,  trois heures
aprs-midi, tendu sur son lit, souffrant, lorsqu'il apprend que je me
porte moi-mme  la tte de la colonne; il se jette  bas de son lit,
monte  cheval et revient me trouver. Comme il ne pouvait pas tre 
pied, il fut oblig de rester; il reut;  la tte du pont d'Arcole, un
coup qui l'tendit sans connaissance. Je vous assure qu'il fallait
tout cela pour vaincre; les ennemis taient nombreux et acharns, les
gnraux  leur tte: nous en avons tu plusieurs.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 29 brumaire an 5 (19 novembre 1796).

_Au gnral Clarke._

Votre neveu Elliot a t tu sur le champ de bataille d'Arcole. Ce jeune
homme s'tait familiaris avec les armes, il a plusieurs fois march 
la tte des colonnes; il aurait t un officier estimable; il est mort
avec gloire et en face de l'ennemi, il n'a pas souffert un instant. Quel
est l'homme raisonnable qui n'envierait pas une telle mort? Quel est
celui qui, dans les vicissitudes de la vie, ne s'estimerait point
heureux de sortir de cette manire d'un monde si souvent mprisable?
Quel est celui d'entre nous qui n'a pas regrett cent fois de ne pas
tre ainsi soustrait aux effets puissans de la calomnie, de l'envie,
et de toutes les passions haineuses qui semblent presque exclusivement
diriger la conduite des hommes?

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 5 frimaire an 5

(23 novembre 1796).

_Au citoyen Miot._

Je reois, citoyen ministre, la lettre que vous m'avez crite avant de
partir pour la Corse. La mission que vous avez  remplir est extrmement
difficile; ce ne sera que lorsque toutes les affaires seront arranges,
qu'il sera permis de faire passer des troupes en Corse. Vous y trouverez
le gnral Gentili, qui commande cette division. C'est un honnte homme,
gnralement estim dans ce pays.

Le Corse est un peuple extrmement difficile  connatre; ayant
l'imagination trs-vive, il a les passions extrmement actives.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 3 brumaire an 5

(24 novembre 1796).

_A monsieur Paul Greppi._

J'ai reu, monsieur, la lettre que vous vous tes donn la peine de
m'crire de Milan, en date du 6 brumaire dernier.

J'y ai vu avec indignation le dtail de la scne anarchique et
licencieuse dont vous avez failli tre la victime. Tant que les armes
franaises seront  Milan, je ne souffrirai jamais que les proprits
soient insultes, non plus que les personnes. Je dsire qu'aprs avoir
fait votre tourne en Toscane, vous retourniez dans votre patrie 
Milan; et soyez sr qu'on rprimera cette poigne de brigands, presque
tous trangers  Milan, qui croient que la libert est le droit
d'assassiner, qui ne pensent pas  imiter le peuple franais dans ses
momens de courage et dans les lans de vertus qui ont tonn l'Europe,
mais qui chercheraient  renouveler ces scnes horribles produites par
le crime, et dont les auteurs seront l'objet ternel de la haine et du
mpris du peuple franais, mme de l'Europe et de la postrit. Soyez
donc sans inquitude; et persuadez-vous que le peuple franais et
l'arme que je commande, ne laisseront jamais asseoir sur les ruines de
la libert la hideuse et dgotante anarchie: nous avons des baonnettes
pour exterminer les tyrans, mais avant tout le crime.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 4 frimaire an 5

(24 novembre 1796).

_Au directoire excutif._

Je vous ai instruit, citoyens directeurs, par ma dernire lettre, que le
gnral Vaubois avait t oblig d'abandonner la position de Rivoli, et
que l'ennemi tait dj arriv  Castel-Novo: je profitai de la droute
de l'ennemi  Arcole pour faire repasser sur-le-champ l'Adige  la
division du gnral Massna, qui opra sa jonction  Villa-Franca avec
celle du gnral Vaubois, et, runies, elles marchrent  Castel-Novo,
le 1er frimaire, tandis que la division du gnral Augereau se portait
sur les hauteurs de Sainte-Anne, afin de couper la valle de l'Adige 
Dolce, et par ce moyen couper la retraite de l'ennemi.

Le gnral Joubert, commandant l'avant-garde des divisions Massna et
Vaubois runies, atteignit l'ennemi sur les hauteurs de Campora;
aprs un combat assez lger, nous parvnmes  entourer un corps de
l'arrire-garde ennemie, lui faire douze cents prisonniers, parmi
lesquels le colonel du rgiment de Berberek. Un corps de trois  quatre
cents hommes ennemi, voulant se sauver, se noya dans l'Adige.

Nous ne nous contentmes pas d'avoir repris la position de Rivoli et de
la Corona, nous poursuivmes l'ennemi  Preabano. Augereau, pendant
ce temps-l, avait rencontr un corps ennemi sur les hauteurs
de Sainte-Anne, et l'avait dispers, lui avait fait trois cents
prisonniers, tait arriv  Dolce, avait brl deux quipages de
pontons, leurs haquets, et enlev quelques bagages.

Le gnral Wurmser a fait une sortie sur Mantoue hier, 3,  sept heures
du matin; la canonnade a dur toute la journe. Le gnral Kilmaine l'a
fait rentrer comme  l'ordinaire, plus vite qu'il n'tait sorti, et lui
a fait deux cents prisonniers, pris un obusier et deux pices de canon.
Wurmser tait en personne  cette sortie. Voil la troisime fois,
m'crit le gnral Kilmaine, que Wurmser tente de faire des sorties,
toutes les fois avec aussi peu de succs. Wurmser n'est heureux que dans
les journaux que les ennemis de la rpublique soldent  Paris.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 14 frimaire an 5

(4 dcembre 1796).

_Au gnral Rusca._

Il est essentiel, citoyen gnral, d'occuper le fort de Grafagniana
et de faire terminer les troubles qui altrent la tranquillit de ce
pays-l; je n'ai pas de renseignemens assez positifs pour dterminer le
parti qu'il convient de prendre, je vous prie de me faire un dtail de
ce que je dois penser  ce sujet.

Je vous autorise  ordonner aux otages qui ont t la cause du trouble,
de se rendre  Milan, si vous le jugez ncessaire.

Faites arrter et conduire  Milan le gnral du pape, qui est  Modne.

Ayez la plus grande surveillance, et instruisez-moi de ce qui se trame;
faites courir le bruit que je fais passer six mille hommes  Modne,
cela imposera.

Ordonnez sur-le-champ qu'il y ait deux dputs de la Grafagniana au
congrs de Modne, je vous autorise  les nommer.

J'attends, par le retour de l'ordonnance, des renseignemens prcis, qui
me mettent  mme de prendre un parti.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 14 frimaire an 5

(4 dcembre 1796).

_Au citoyen Faypoult._

La compagnie Flachat tait  la fois receveur de l'argent provenant des
contributions et fournisseur de l'arme. La compagnie Flachat devait
naturellement entrer dans les dpenses de l'arme, et ds lors soldes
par le payeur; cependant la maison Flachat  Gnes, dans les comptes
qu'elle vous a prsents, porte cinq millions en compensation. Il est
indispensable d'exiger, par tous les moyens possibles, la prompte
rentre des cinq millions, dont une partie pourra servir  solder le
reste des mandats, spcialement celui de la marine et de l'arme des
Alpes. Les besoins de l'arme sont si urgens, que nous avons besoin de
compter sur la ressource de l'autre partie, pour pouvoir fournir au
service. Je vous engage donc  prendre les moyens que vous croirez les
plus expditifs pour faire rentrer promptement lesdits cinq millions
dans la caisse de la rpublique.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 16 frimaire an 5

(6 dcembre 1796).

_Au directoire excutif._

Le citoyen Dennie est un brave homme, bon comme ordonnateur ordinaire,
mais n'ayant point assez de caractre ni de talens pour tre en chef. Je
dsirerais que vous m'envoyassiez le commissaire ordonnateur Wilmanzi,
dont tout le monde dit beaucoup de bien.

J'ai fait arrter le citoyen Auzou, agent en chef des fourrages de
l'arme; il a reu 1,700,000 fr. depuis la campagne, et il laisse
manquer son service partout: je vais le faire juger par un conseil
militaire. Il faudrait quelque grand exemple; malheureusement il y a
beaucoup de tripotage dans ces conseils, qui ne sont pas assez svres.

Un nomm Lemosse, que l'opinion publique dnonce et qui me l'a t plus
spcialement par les moines d'un couvent, o il a propos de recevoir
deux cents sequins pour ne pas y tablir un hpital, a t largi par le
conseil militaire pendant mon absence: je viens d'ordonner qu'il serait
destitu et chass de l'arme, mais cette punition est bien faible.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 16 frimaire an 5

(6 dcembre 1796).

_Au directoire excutif._

Le gnral Clarke est arriv depuis quelques jours; j'ai crit le mme
soir  M. le marchal Alvinzi. Le gnral Clarke a pens, avec raison,
devoir crire une lettre  l'empereur mme, laquelle est partie avec une
lettre pour M. Alvinzi.

Le gnral Clarke m'a communiqu l'objet de sa mission.

Si l'on n'et considr que la situation de cette arme, il et t 
dsirer que l'on et attendu la prise de Mantoue, car je crains qu'un
armistice sans Mantoue ne soit pas un acheminement  la paix, et soit
tout  l'avantage de Vienne et de Rome.

Je vous ferai passer trois notes relatives  l'objet important dont est
charg le gnral Clarke. J'espre qu'avant peu de jours nous recevrons
la rponse de Vienne, et que ce gnral se rendra  sa destination pour
y remplir vos intentions.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 16 frimaire an 5

(6 dcembre 1796).

_Au directoire excutif._

Le gouvernement de Venise a trs-bien trait l'arme autrichienne; il y
avait auprs de M. d'Alvinzi des provditeurs et des approvisionnemens.

Les Allemands, en s'en allant, ont commis toutes espces d'horreurs,
coup les arbres fruitiers, brl les maisons et pill les villages.
Dans ce moment-ci, les ennemis sont  Trente et sur la Brenta. Nous
sommes sur l'Adige, et nous occupons la ligne de Montebaldo; il parat
qu'ils se renforcent considrablement dans le Tyrol, o est dans ce
moment-ci M. Alvinzi.

Il ne nous est encore rien arriv, et il ne nous est rien annonc des
dix mille hommes du Rhin, ni des dix mille hommes de l'Ocan: ces deux
renforts nous sont bien ncessaires.

Si la campagne prochaine a lieu, il faut tourner tous nos efforts du
ct du Frioul, et pour cela avoir deux armes en Italie: une dans le
Tyrol, qui occupera Trente et qui attaquerait les ennemis; l'autre,
dans le Frioul, se porterait  Trieste, et s'emparerait de tous les
tablissemens des ennemis dans cette mer-l.

Si vous pouviez faire passer trente mille hommes ici, l'on pourrait
les nourrir et les payer, et envahir tout le Frioul; l'empereur serait
oblig: 1. de retirer trente mille hommes du ct du Rhin; 2, de
retenir au moins vingt mille hommes pour seconde ligne, puisque, sans
cela, une bataille heureuse compromettrait Vienne: alors on ne ferait
presque pas de guerre sur le Rhin, et le thtre se trouverait trs
loign de chez nous.

Il n'y a  ce projet qu'une objection, ce sont les maladies que nos
troupes gagnent en t en Italie; mais cette assertion est fausse: nous
avons eu  cette arme vingt mille malades, sur lesquels quatre mille
blesss; des seize mille autres, quatorze mille sont de Mantoue, et deux
mille sont du reste de l'arme: ce n'est pas la proportion ordinaire.

Envoyez-nous donc dix mille hommes du Rhin et dix mille de l'Ocan,
joignez-y quinze cents hommes de cavalerie, quelques compagnies
d'artillerie, et je vous promets, avant le mois de mai, de dgager le
Rhin, de forcer l'empereur  une guerre d'autant plus dsastreuse,
qu'elle sera  ses dpens sur son territoire.

Mon arme actuelle, renforce par les dix mille hommes du Rhin et les
dix mille de l'Ocan que vous m'avez annoncs, est suffisante pour le
Tyrol et l'Italie.

Les dix mille hommes qui assigent Mantoue, qui seront bientt douze
mille, avec les vingt mille hommes que je vous demande, formeront
l'arme du Frioul: avec ces deux armes j'irai  Vienne, ou du moins
je me maintiendrai toute la campagne prochaine dans les tats de
l'empereur, vivant  ses dpens, ruinant ses sujets, en portant la
guerre de l'insurrection en Hongrie.

Enfin, citoyens directeurs, je crois que du prompt dpart des dix mille
hommes du Rhin peut dpendre le sort de l'Italie; mais que si vous en
tirez dix mille autres, et que vous y joigniez dix  quinze mille hommes
de l'Ocan, vous aurez le droit d'attendre des millions, des succs
et une bonne paix. De Trieste  Vienne il y a cent lieues sans places
fortes, sans plan de dfense arrt: ce pays-l n'a jamais t le
thtre de la guerre.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 18 frimaire an 5

(8 dcembre 1796).

_Au citoyen Auzou._

J'ai reu, citoyen, les deux lettres que vous m'avez crites. Si je ne
vous ai pas encore fait dire la raison pour laquelle je vous ai fait
arrter, c'est que j'attendais les installations des nouveaux conseils
militaires, qui, tant composs d'officiers, vous donneront des juges
plus clairs et plus dans le cas de vous entendre.

Je me plains de vous, parce que votre service n'a jamais t organis
dans l'arme et ne s'y est jamais fait; parce que Peschiera n'a jamais
t approvisionn; parce que vous n'avez jamais fourni les moyens
ncessaires  vos sous-traitans; parce qu'enfin vous avez laiss tomber
le service  plat dans un moment critique pour l'arme; enfin parce que
vous ne vous tes jamais trouv au quartier-gnral, toutes les fois que
votre prsence y tait ncessaire, c'est--dire lorsque l'ennemi tait
sur le point de nous attaquer.

C'est par votre coupable ngligence que nous avons perdu plusieurs
centaines de chevaux, que le service de l'artillerie a considrablement
souffert, et que la cavalerie, oblige de courir les champs et de
fouiller les fermes pour assurer sa subsistance, s'est souvent porte
 des excs propres  nous aliner l'esprit des habitans; tout cela
cependant lorsque votre service a reu depuis le commencement de
la campagne dix-sept  dix-huit cent mille liv., dont vous n'avez
certainement pas dpens le tiers.

Je vous prie de m'envoyer: 1. un tat des consommations journalires
des fourrages dans l'arme, ou un relev des bons pour un des mois
passs; 2. un tat de l'emploi que vous avez fait de l'argent qui vous
a t remis; 3. un tat exact de ce que vous avez remis  chacun de vos
sous-traitans; 4. enfin s'il arrivait qu'il y en et parmi eux qui,
par leur conduite ou leur incapacit, et quoique ayant reu des fonds,
eussent fait manquer le service, de me les dnoncer.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 18 frimaire an 5

(8 dcembre 1796).

_Au provditeur-gnral de la rpublique de Venise._

Je n'ai pas reconnu, monsieur, dans la note que vous m'ayez fait passer,
la conduite des troupes franaises sur le territoire de la rpublique
de Venise, mais bien celle des troupes de sa majest l'empereur, qui
partout o elles ont pass, se sont portes  des horreurs qui font
frmir.

Le style de cinq pages, sur les six que contient la note qu'on vous a
envoye de Verone, est d'un mauvais colier de rhtorique, auquel on a
donn pour thse de faire une amplification. Eh! bon Dieu, monsieur le
provditeur, les maux insparables d'un pays qui est le thtre de la
guerre, produits par le choc des passions et des intrts, sont dj
si grands et si affligeans pour l'humanit, que ce n'est pas, je vous
assure, la peine de les augmenter au centuple, et d'y broder des contes
de fes, sinon rdigs avec motifs, au moins extrmement ridicules.

Je donne un dmenti formel  celui qui oserait dire qu'il y a eu dans
les tats de Venise une seule femme viole par les troupes franaises.
Ne dirait-on pas,  la lecture de la note ridicule qui m'a t envoye,
que toutes les proprits sont perdues, qu'il n'existe plus une glise
et une femme respectes dans le Vronais et le Brescian? La ville de
Verone, celle de Brescia, celle de Vicence, de Bassano, en un mot toute
la terre ferme de l'tat de Venise, souffrent beaucoup de cette longue
lutte; mais  qui la faute? C'est celle d'un gouvernement goste, qui
concentre dans les les de Venise toute sa sollicitude et ses soins,
sacrifie ses intrts  ses prjugs et  sa passion, et le bien de la
nation vnitienne entire  quelques caquetages de coteries. Certes, si
le snat et t mu par l'intrt du bien public, il et senti que
le moment tait venu de fermer  jamais son territoire aux armes
indisciplines de l'Autriche, et par l de protger ses sujets et de les
garantir  jamais du thtre de la guerre.

On me menace de faire natre des troubles et de faire soulever les
villes contre l'arme franaise: les peuples de Vicenzia et de Bassano
savent  qui ils doivent s'en prendre des malheurs de la guerre, et
savent distinguer notre conduite de celle des armes autrichiennes.

Il me parat qu'on nous jette le gant. tes-vous, dans cette dmarche,
autoris par votre gouvernement? La rpublique de Venise veut-elle aussi
se dclarer contre nous? Dj je sais que la plus tendre sollicitude l'a
anime pour l'arme du gnral Alvinzi: vivres, secours, argent, tout
lui a t prodigu; mais, grce au courage de mes soldats et  la
prvoyance du gouvernement franais, je suis en mesure, et contre la
perfidie, et contre les ennemis dclars de la rpublique franaise.

L'arme franaise respectera les proprits, les moeurs et la religion;
mais malheur aux hommes perfides qui voudraient lui susciter de nouveaux
ennemis! C'est sans doute par leur influence qu'on assassine tous les
jours sur le territoire de Bergame et de Brescia. Mais puisqu'il est
des hommes que les malheurs que leur inconduite pourrait attirer sur
la terre-ferme ne touchent pas, qu'ils apprennent que nous avons des
escadres: certes, ce ne sera pas au moment o le gouvernement franais a
gnreusement accord la paix au roi de Naples, o il vient de resserrer
les liens qui l'unissaient  la rpublique de Gnes et au roi sarde,
qu'on pourra l'accuser de chercher de nouveaux ennemis; mais ceux qui
voudraient mconnatre sa puissance, assassiner ses citoyens et menacer
ses armes, seront dupes de leurs perfidies et confondus par la mme
arme qui, jusqu' cette heure, et non encore renforce, a triomph de
ses plus grands ennemis.

Je vous prie du reste, monsieur le provditeur, de croire, pour ce qui
vous concerne personnellement, aux sentimens d'estime, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 18 frimaire an 5 (8 dcembre 1796).

_Au citoyen Lallemant,  Venise_.

Des mouvemens insurrectionnels qui sont entirement apaiss ont eu lieu
dans la partie du ci-devant duch de Modne appel la Grafagniana; ils
sont attribus en grande partie au nomm Frater-Zoccolente Magesi,
cordelier du couvent de Castel-Nuovo,  la Grafagniana. On m'assure que
ce sclrat s'est retir  Venise: il pourrait se trouver, soit auprs
du duc, soit dans le couvent des cordeliers de cette ville.

Je vous prie d'adresser au gouvernement de Venise une note pour demander
son arrestation, et de me faire part du fruit de vos dmarches.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 20 frimaire an 5 (10 dcembre 1796).

_ monsieur le provditeur-gnral de la rpublique de Venise, 
Brescia_.

Si j'ai t surpris, monsieur, du ton de la dernire note que l'on m'a
envoye  Verone, c'est que, comme son extrme exagration est
vidente  tous les yeux, j'ai pens qu'elle pouvait tre le fait d'un
commencement de systme: la conduite tenue envers l'arme de M. Alvinzi
m'en fournissait une preuve assez naturelle. Quoi qu'il en soit,
monsieur, l'arme franaise suivra la ligne qu'elle a tenue depuis
le principe de la campagne, et l'on n'oubliera jamais de punir
exemplairement les soldats qui pourraient s'loigner des rgles d'une
svre discipline.

Je vous demande seulement, monsieur, que vous vouliez bien engager les
gouverneurs qui sont sous vos ordres, lorsqu'ils auront des plaintes 
me faire,  m'indiquer simplement ce qu'ils voudraient que l'on ft,
sans les noyer dans un tas de fables. Vous me trouverez au reste
toujours dispos  vous donner des preuves des sentimens, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 20 frimaire an 5 (10 dcembre 1796).

_Au congrs d'tat_.

Je ne vois aucun inconvnient, citoyens,  ce que vous envoyiez des
dputs  la fdration de Reggio: l'union des patriotes fait leur
force. Je suis bien aise de saisir ces circonstances pour dtruire des
bruits rpandus par la malveillance. Si l'Italie veut tre libre, qui
pourrait dsormais l'en empcher? Ce n'est pas assez que les diffrens
tats se runissent, il faut, avant tout, resserrer les liens de
fraternit entre les diffrentes classes de l'tat; rprimer surtout le
petit nombre d'hommes qui n'aiment la libert que pour arriver  une
rvolution: ils sont ses plus grands ennemis, et ils prennent toute
espce de figures pour remplir leurs desseins perfides.

L'arme franaise ne souffrira jamais que la libert en Italie soit
couverte de crimes. Vous pouvez, vous devez tre libres sans rvolution,
sans courir les chances et sans prouver les malheurs qu'a prouvs le
peuple franais. Protgez les proprits et les personnes, et inspirez
 vos compatriotes l'amour et le respect des lois et des vertus
guerrires, qui dfendent et protgent les rpubliques et la libert.
La scne que plusieurs mauvais sujets se sont permise envers le citoyen
Greppi, a jet des craintes et inspir une terreur que vous devez vous
efforcer de dissiper. Comprimez les malveillans, mais n'accoutumez pas
un petit nombre de personnes  s'intituler le peuple et  commettre des
crimes en son nom.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 21 frimaire an 5

(11 dcembre 1796).

_Au citoyen Lavalette, aide-de-camp du gnral en chef._

Vous vous rendrez  Plaisance, vous y passerez toute la journe de
demain; vous me rendrez compte de la situation des deux ttes de
pont, de celle de l'artillerie qui les dfend, et vous m'en enverrez
l'inventaire, ainsi que l'tat de situation de la garnison de Plaisance.
Vous m'enverrez l'tat nominatif de tous les Franais qui sont 
Plaisance, avec des notes sur ce qu'ils font, et depuis quel temps ils
y sont; vous visiterez les hpitaux, vous m'en enverrez l'tat de
situation avec des observations sur la tenue, et un rsum de quelles
demi brigades sont les malades, avec l'tat nominatif des officiers qui
y seraient; vous visiterez tous les magasins et vous m'enverrez les
inventaires; vous partirez demain, dans la nuit, de Plaisance, vous
arriverez le 3 au matin  Parme; vous vous rendrez chez son Altesse
Royale, vous la complimenterez de ma part sur le trait de paix qui
vient d'unir les deux tats.

Vous vous ferez remettre l'tat de tous les Franais qui sont  Parme,
vous ferez arrter ceux qui y sont sans raison, surtout, si vous pouvez
le rencontrer, un aventurier qui s'est dit long-temps mon aide-de-camp,
s'appelant Lemarais, et de me l'envoyer sous bonne escorte  Milan,
ainsi qu'un commissaire nomm Fleuri.

Je vous ferai passer une lettre pour le premier ministre du duc. Je le
prie de faire confectionner deux mille paires de bottes, dont il faudra
que vous emportiez un chantillon, que vous demanderez au gnral
Beaurevoir, et, au dfaut d'chantillon, un modle, et vingt-cinq mille
paires de souliers.

Vous m'crirez de Parme sur tous ces objets; vous partirez dans la nuit
du 3 au 4, pour vous rendre  Reggio et a Modne. Vous m'enverrez de
chacune de ces deux villes la liste des Franais qui s'y trouvent, soit
officiers, ou soldats, ou employs; vous me ferez connatre tout ce qui
pourrait vous frapper, qui pourrait caractriser l'esprit des habitans
de ces deux villes, surtout pour ce qui regarde leur lgion.

De Modne vous irez joindre le gnral Rusca; vous m'crirez sur la
situation actuelle de la Grafagniana, sur la manire dont se sont
comportes les lgions italiennes, sur les exemples que l'on a faits,
ainsi qu' Carrara; de l vous vous rendrez  Livourne.

Vous m'enverrez l'tat nominatif de tous les Franais qui sont dans
cette place, ne faisant pas partie de la garnison.

Vous m'crirez le plus souvent possible pour m'instruire de l'tat
des choses, et vous ne reviendrez que lorsque je vous en aurai donn
l'ordre,  moins qu'il n'y ait quelque chose de fort intressant qui
ncessitt votre retour.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 21 frimaire an 5

(11 dcembre 1796).

_Au gnral Rusca._

Le gnral Vaubois me rend compte, citoyen gnral, que, le 16 de ce
mois, il y a eu une rvolte dans la ville de Carrara: mon intention est
qu'aprs avoir excut mes ordres  la lettre  Castel-Novo, vous vous
transportiez  Carrara, et que vous fassiez fusiller trois des chefs,
brler la maison du plus apparent de ceux qui ont pris part  la
rbellion, et que vous preniez six otages, que vous enverrez au chteau
de Milan; ils ont fait couper le bois de Levinzo: mon intention est que
mon ordre, tant pour Castel-Novo que pour Carrara, soit promptement
excut. Il faut ter au peuple l'envie de se rvolter et de se laisser
garer par les malveillans.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 21 frimaire an 5 (11 dcembre 1796).

_Au gnral Vaubois._

Vous voudrez bien, citoyen gnral, me faire rendre compte de l'ordre
qui portait de couper le bois de Levinzo. C'est toujours par des
exactions faites par le commissaire du gouvernement, qu'on excite le
peuple  se rvolter; il faut que la punition des chefs principaux de
la rvolte soit clatante. Je donne l'ordre au gnral Rusca de s'y
transporter de Castel-Novo, d'en faire fusiller trois et d'en arrter
six en otage, et de brler dans la ville de Carrara la maison la plus
apparente d'un de ceux qui ont pris part  la rbellion. Vous voudrez
bien organiser les trois demi-brigades que vous avez  Livourne, et
en former deux bataillons de la soixante-neuvime, et le troisime
bataillon sera form par les troupes qui arrivent de l'Ocan. Les
quatre-vingts hommes de cavalerie, les sept cents hommes de la lgion
italienne et les neuf cents de la lgion lombarde, avec six pices de
canon qui doivent vous arriver, vous mettront  mme de chasser les
Anglais de la cte et d'imposer aux malveillans.

Rendez-moi compte de la conduite qu'ont tenue les agens militaires du
ct de Massa et de Carrara.

Sous quelque prtexte que ce soit et sur quelque ordre que ce puisse
tre, ne laissez rien sortir de Livourne. Toutes les ressources qui
peuvent y tre, sont absolument ncessaires pour l'arme, qui manque
de tout, et dont les finances sont dans le plus mauvais tat. Le
commissaire ordonnateur a d donner les ordres pour la vente de tous les
objets que vous demandez. Quant aux habillemens pour les demi-brigades
que vous avez sous vos ordres  Livourne, l'essai qu'on en a fait sur
la soixante-quinzime a si mal russi, qu'il est impossible de penser 
leur en faire fournir dans cette ville; mais on en fera faire  Milan.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral 4 Milan, le 21 frimaire an 5

(11 dcembre 1796).

_Au snat de Bologne._

L'imposition appele _imposta_ pse sur le peuple des campagnes de
Bologne.

L'impt appel _casuel_, que retirent les curs des paroisses a un but
d'utilit relle, puisqu'il doit suppler  l'entretien des ministres du
culte; mais il n'est pas moins onreux pour le peuple, qui est oblig de
payer pour recevoir les sacremens: vous avez bien des moyens pour abolir
ces deux impositions et amliorer le sort de vos concitoyens.

Moyennant l'ordre que vous avez donn pour expulser les moines qui ne
sont pas Bolonais, vous avez conomis l'entretien de trois ou quatre
cents personnes; il faut que ce soit le peuple qui jouisse de l'avantage
que la sagesse de vos mesures a procur  votre rpublique.

Ordonnez qu'il n'y ait dans l'tat de Bologne qu'un seul couvent du
mme ordre, supprimez tous ceux qui auraient moins de quinze religieux;
resserrez les couvens de religieux, et servez-vous des ressources
considrables que cela vous donnera, pour remplacer dans votre trsor
public le dficit qu'y produirait la suppression de la taxe dite
_imposta_, et indemniser les curs et vicaires du dficit que leur
procurera la suppression du _casuel_.

Je vous prie de faire excuter l'ordre que je vous envoie sur les
commandeurs de Malte. Je n'ai pas voulu l'tendre aux moines, parce que
j'ai pens que vous en profiteriez pour soulager le peuple.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 21 frimaire an 5

(11 dcembre 1796).

_Au snat de Bologne et au gouvernement provisoire de Modne et de
Ferrare._

Vous voudrez bien commander  tous les commandeurs et autres bnficiers
ou fermiers de l'ordre de Malte de verser dans la caisse du snat, dans
le courant de nivose, une anne de leurs revenus, sous peine d'tre
dchus de leurs bnfices ou fermes. Les receveurs du snat et des
gouvernemens de Ferrare et de Modne en tiendront compte  la caisse du
payeur de l'arme, et, pour cet effet, correspondront avec l'ordonnateur
en chef.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 21 frimaire an 5

(11 dcembre 1796).

_Au citoyen Frville, secrtaire d'ambassade  Florence._

J'avais dj reu, citoyen, par le gnral commandant  Livourne le
procs-verbal fait par l'officier commandant le dtachement franais
qui a pass  Sienne. J'y ai vu avec la plus vive satisfaction que la
conduite du gouverneur, commandant pour son altesse royale le grand-duc
de Toscane, avait t conforme aux principes de neutralit de ce prince
avec la rpublique franaise. De mauvais sujets de la ville de Sienne se
sont ports  quelques excs injurieux pour l'arme franaise, le temps
n'est pas loign o nous verrons si les habitans de Sienne soutiendront
ce caractre de mpris qu'ils paraissent manifester chez eux contre
l'arme franaise; ils ont insult un dtachement de deux cents hommes;
ils sont les seuls du brave peuple toscan qui se soient loigns des
sentimens d'estime qu'on professe assez gnralement pour la rpublique
franaise.

N'entretenez pas la cour de Toscane de ces vtilles, ds l'instant
qu'il est prouv que le gouverneur a fait ce qui dpendait de lui pour
rprimer ces malintentionns.

Lorsque le moment sera venu, j'ordonnerai  un gnral franais
d'apprendre aux habitans de Sienne qu'on n'insulte pas en vain l'arme
franaise, et que tt ou tard on la trouve dans son sein, en bon nombre
et lorsque l'on s'y attend le moins. Il ne sera plus temps alors de se
repentir.


BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 21 frimaire an 5

(11 dcembre 1796).

_Au citoyen Rusca._

Je vous prie, gnral, de tmoigner ma satisfaction aux municipalits de
la Mirandole et de Saint-Felsa sur la conduite qu'elles ont tenue. Vous
voudrez bien sur-le-champ faire constater que les cinq rebelles arrts
 Concordia ont continu  frapper ceux qui avaient la cocarde nationale
et  dtruire l'arbre de la libert: aprs quoi, vous les ferez fusiller
tous les cinq, au milieu de la place publique de Modne, par la lgion
modnaise. Vous ferez partir les deux otages pour le chteau de Milan,
o ils seront svrement gards. J'approuve fort la conduite que vous
avez tenue dans cette affaire dlicate: c'est  votre promptitude qu'est
due la bonne issue de votre opration.

J'attends avec quelque intrt les nouvelles que vous allez me donner
de votre expdition sur Castel-Novo et Carrara; j'espre que vous aurez
ponctuellement excut les ordres que je vous ai donns.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 21 frimaire an 5

(11 dcembre 1796).

_Au gnral Rusca._

Je vous ferai tenir, citoyen gnral, le procs-verbal de ce qui s'est
pass  Carrara. Mon intention est que vous fassiez arrter tous ceux
qui sont dnoncs comme ayant particip  la rvolte; s'ils taient
sauvs, vous feriez brler leurs maisons, sans cependant qu'il y en ait
plus d'une de brle par village qui s'est mal comport: tous les otages
que vous croirez pouvoir assurer la tranquillit seront arrts et
envoys  Milan. Ce n'est pas qu'il y ait quelque chose  craindre
tant que nous serons vainqueurs; mais,  la moindre vicissitude, ils
pourraient remuer, ce qui serait un mauvais exemple pour les fiefs
impriaux et pour les habitans des montagnes de l'Apennin.

Faites transporter  Livourne les pices de canon qui se trouvent du
ct de Carrara, lorsque la tranquillit y sera parfaitement rtablie;
lorsque vous aurez mis les patriotes en place, faites tout ce qui
pourrait tre ncessaire pour effrayer les malveillans et contenter les
peuples; jetez un coup d'oeil sur les fiefs impriaux, et faites-moi
connatre ce que l'on pourrait faire pour nous attacher les habitans.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 23 frimaire an 5

(13 dcembre 1796).

_Aux citoyens Peregallo, Flachat et compagnie._

Vous avez, messieurs, reu l'argent destin  l'entretien de l'arme, et
elle prouve les besoins les plus pressans: le prt manque depuis
deux dcades; ce service doit tre fait sous la responsabilit de la
trsorerie, avec laquelle vous avez un march qui y affecte spcialement
le produit de toutes les contributions et des marchandises provenant
des conqutes de l'arme d'Italie. Il est notoire que vous avez reu
5,000,000 dont vous n'avez rendu aucun compte. J'aime  croire que vous
solderez sur-le-champ 600,000 liv. ncessaires au payeur de l'arme, et
je vous prviens qu'il a en consquence tir sur vous des lettres de
change pour 600,000 fr.

Si, par une mauvaise foi inconcevable, vous aviez l'imprudence d'luder
l'escompte de ladite lettre de change, vous seriez responsable des
vnemens qui pourraient survenir, du tort que cela ferait  l'arme,
et je requiers le citoyen Faypoult de vous considrer comme des
banqueroutiers et de vous traiter comme tels.

BONAPARTE.



Au quartier gnral  Milan, le 24 frimaire an 5

(14 dcembre 1796).

_Au citoyen Faypoult._

Le citoyen Regnier vous communiquera un arrt des commissaires du
gouvernement, qui tire 600,000 liv. sur la maison Flachat et Peregallo,
sur les 5,000,000 qu'ils ont, provenant des contributions de l'arme,
et qu'ils auraient d verser dans la caisse du payeur. Cette somme est
destine  solder le prt, qui manque  l'arme depuis deux dcades.
S'ils n'acceptent pas les lettres de change, je vous requiers de
faire mettre le scell sur la maison Flachat, Castelli, Peregallo et
compagnie, et de chercher  procurer cet argent au payeur de l'arme.
Des oprations de la plus grande consquence peuvent tenir  l'excution
de cette mesure.

J'ai ordonn au gnral Baraguay d'Hilliers de faire mettre les scells
sur les papiers du correspondant de cette maison  Milan.

L'arme manque de tout, le prt est arrir de deux dcades; nous
n'avons plus de ressources que dans les 5,000,000 et les 2,000,000 qui
doivent nous rentrer d'aprs la convention, les ratifications ayant t
changes  Paris. Le payeur va tirer pour 2,000,000 pour ce dernier
objet.

Vous devez avoir, outre les sept caisses venant de Bologne, quatre
ou cinq caisses venant de Milan, qui ont t estimes, je crois, 8 
9,000,000 fr. Gardez-les bien prcieusement, car il viendra un temps o
nous pourrons avoir besoin de nous en servir pour nourrir l'arme, en
empruntant dessus.

BONAPARTE.



Au quartier gnral  Milan, le 24 frimaire an 5

(14 dcembre 1796).

_Au gnral Baraguay d'Hilliers._

Vous voudrez bien, citoyen gnral, faire venir chez vous le citoyen
Rouillet, agent en chef de la compagnie Flachat, le sommer de verser
dans la caisse du payeur les 4 ou 5,000,000 qu'il a, provenant des
contributions, et, sur son refus, le faire mettre en tat d'arrestation
et les scells sur ses papiers.

BONAPARTE.



Au quartier gnral  Verone, le 1er nivose an 5

(20 dcembre 1796).

_Au directoire excutif._

Je vous envoie onze drapeaux pris sur l'ennemi aux batailles de Rivoli
et de la Favorite. Le citoyen Bessires, commandant des guides, qui les
porte, est un officier distingu par sa valeur et sa bravoure, et par
l'honneur mrit qu'il a de commander une compagnie de braves gens qui
ont toujours vu fuir l'ennemi devant eux, et qui, par leur intrpidit,
nous ont rendu, dans la campagne, des services trs essentiels.

BONAPARTE.



Au quartier gnral  Milan, le 6 nivose an 5

(28 dcembre 1796).

_Au directoire excutif._

Il y a dans ce moment-ci en Lombardie trois partis: 1. celui qui se
laisse conduire par les Franais; 2. celui qui voudrait la libert,
et montre mme son dsir avec quelque impatience; 3. le parti ami des
Autrichiens, et ennemi des Franais. Je soutiens et j'encourage le
premier, je contiens le second, et je rprime le troisime.

Il est faux que j'aie augment la contribution de la Lombardie de huit
millions, et le parti qui vous a remis un mmoire bas sur ce fait,
ferait beaucoup mieux de payer les cinq millions que lui et ses associs
doivent  la rpublique, et ont vol  l'arme, que de parler d'un pays
o sa compagnie s'est fait universellement mpriser par les coquineries
de toutes espces qu'elle a commises.

Les rpubliques cispadanes sont divises en trois partis: 1. les amis
de leur ancien gouvernement; 2. les partisans d'une constitution
indpendante, mais un peu aristocratique; 3. les partisans de la
constitution franaise ou de la pure dmocratie. Je comprime le premier,
je soutiens le second et je modre le troisime.

Je soutiens le second et je modre le troisime, parce que le parti
des seconds est celui des riches propritaires et des prtres, qui en
dernire analyse finiraient par gagner la masse du peuple, qu'il est
essentiel de rallier autour du parti franais.

Le dernier parti est compos de jeunes gens, d'crivains, et d'hommes
qui, comme en France et dans tous les pays, ne changent de gouvernement,
n'aiment la libert que pour faire une rvolution.

Les Allemands et le pape runissent leur crdit pour insurger les
Apennins; leurs efforts sont inutiles: une partie de la Grafagniana
s'tait cependant rvolte, ainsi que la petite ville de Carrara. J'ai
envoy une petite colonne mobile pour mettre ces gens-l  la raison, et
faire des exemples terribles, qui apprennent  ces montagnards  ne pas
jouer avec nous. La rvolte des Apennins, si elle se faisait au moment
o nous aurions affaire  l'ennemi, nous donnerait beaucoup d'embarras.
Ces montagnes arrivant jusqu' Tortone, leurs habitans pourraient gner
les communications: aussi j'y ai perptuellement les yeux.

Dans ce moment-ci, les rpubliques cispadanes sont runies dans un
congrs qu'elles tiennent  Reggio.

BONAPARTE.



Au quartier gnral  Milan, le 8 nivose an 5

(28 dcembre 1796).

_Au directoire excutif._

Je vous enverrai la lettre crite par le gnral Alvinzi et la rponse
du gnral Berthier: en consquence le baron Vincent et le gnral
Clarke se runissent  Vicence, le 13 de ce mois. Mon opinion est que,
quelque chose que l'on puisse stipuler pour le _statu quo_ de Mantoue,
l'excution en sera toujours impossible. Si l'empereur consent 
conclure l'armistice sans le pape, l'avantage de pouvoir retirer trente
millions, cet hiver, d'Italie, et de pouvoir en donner quinze aux armes
de Sambre-et-Meuse et du Rhin, est une considration telle, qu'elle nous
permet d'ouvrir la campagne prochaine avec avantage.

Mais si l'empereur veut y comprendre le pape, l'armistice nous fera
perdre Mantoue, l'argent de Rome, et donnera le le temps au pape
d'organiser une force militaire avec des officiers autrichiens: cela
mettrait toutes les chances contre nous pour la campagne prochaine.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 8 nivose an 5

(28 dcembre 1796).

_Au directoire excutif._

Les Vnitiens ayant accabl de soins l'arme du gnral Alvinzi, j'ai
cru devoir prendre une nouvelle prcaution, en m'emparant du chteau
de Bergame, qui domine la ville de ce nom et empcherait les partisans
ennemis de venir gner notre communication entre l'Adda et l'Adige.

De toutes les provinces de l'tat de Venise, celle de Bergame est la
plus mal intentionne  notre gard. Il y avait dans la ville de ce nom
un comit charg de rpandre les nouvelles les plus ridicules sur le
compte de l'arme; c'est sur le territoire de cette province que l'on a
le plus assassin de nos soldats, et c'est de l que l'on favorisait la
dsertion des prisonniers autrichiens. Quoique la prise de la citadelle
de Bergame ne soit pas une opration militaire, il n'en a pas moins
fallu de la dextrit et de la fermet: le gnral Baraguay d'Hilliers,
que j'en avais charg, s'est dans cette occasion parfaitement conduit;
je vais lui donner le commandement d'une brigade, et j'espre qu'aux
premires affaires il mritera sur le champ de bataille le grade de
gnral de division.

Je vous ferai passer plusieurs pices de ma correspondance avec le duc
de Parme, bonnes  communiquer  notre ambassadeur en Espagne, pour s'en
faire un mrite prs la cour de Madrid.

J'ai eu une entrevue avec M. Manfredini, qui, comme vous le savez, a t
gouverneur de l'empereur, du prince Charles et du grand duc de Toscane;
je suis convenu avec lui, aprs deux heures de pourparlers et de
finesses diplomatiques, que, moyennant deux millions, j'vacuerais
Livourne: il a beaucoup pleur misre. J'attends la rponse du grand duc
sous quelques jours.

Les Napolitains m'ont fait signifier la paix et m'ont demand la
permission de s'en retourner  Naples, je leur ai rpondu que le
gouvernement ne m'avait pas encore signifi la paix, que j'allais vous
expdier un courrier, que j'attendrais des ordres. Je vous prie de me
faire connatre vos intentions  ce sujet. Je dsirerais cependant,
auparavant de les laisser s'en aller, avoir termin quelque chose avec
Rome: car cette cavalerie m'est un gage que le roi de Naples s'en
tiendra  la paix et se conduira comme il faut.

Quant  Rome, le pape a dans ce moment runi toutes ses forces  Faenza
et dans les autres villes de la Romagne, o il a prs de six mille
hommes. Comme cela fait trs peur aux Bolonais et pourrait servir 
favoriser l'vasion de Wurmser de la place de Mantoue, conformment  un
article de l'armistice, je ferai arrter des otages dans les diffrens
pays, conformment  l'usage de toutes les nations, et ces otages seront
les citoyens les plus attachs au pape et les plus grands ennemis du
parti franais: par ce moyen, le pays s'organisera de lui-mme comme
Bologne. Je squestrerai tous les revenus de la Romagne et de la Marche,
pour me tenir lieu de paiement des quinze millions, conformment 
l'armistice. Je mettrai  Ancne les quinze cents hommes que je tiens 
Livourne, et par ce moyen j'loignerai ce corps d'ennemis qui parat se
combiner avec la position d'Alvinzi  Padoue et l'ordre que l'empereur
vient de donner  Wurmser; et je trouverai de l'argent pour l'anne.

Si je tarde quelques jours dans l'excution de ce projet, c'est 1.
qu'il faut laisser passer quelques jours pour que l'impression faite sur
les Vnitiens par l'occupation de Bergame soit entirement dtruite; 2.
qu'il faut que je m'assure que les secours que vous m'annoncez sont en
route et arrivent vritablement. Vous sentez bien qu'il me faut au moins
trois mille hommes pour aller jusqu' Ancne, qui est  quarante lieues
de Bologne. Si les dix mille hommes de secours de l'Ocan et les dix
mille du Rhin que vous m'annoncez depuis longtemps arrivent enfin, je
prendrai six mille hommes pour aller  Rome. Vous sentez combien, dans
toutes ces hypothses, il est essentiel d'avoir toujours en otages les
trois mille Napolitains, qui tiendront en respect la cour de Naples, qui
d'ailleurs,  ce qu'on m'assure, commence dj  dsarmer. Cela aussi
est une raison pour laquelle je retarde de quelques jours mon opration.

Le citoyen Poussielgue vous a rendu compte en dtail de l'issue de
la ngociation avec Turin. Il parat que ces gens-l ne peuvent pas
s'accoutumer au nouvel tat de choses. Le nouveau roi met de l'ordre
dans ses finances, se captive ses sujets, et je ne doute pas qu'il
n'espre, par la continuation de la guerre, pouvoir jouer de nouveau un
rle. Je crois que notre politique  l'gard de ce prince doit consister
 maintenir toujours chez lui un ferment de mcontentement, et surtout 
bien s'assurer de la destruction des places du ct des Alpes.

BONAPARTE.



Au quartier gnral  Milan, le 8 nivose an 5 (28 dcembre 1796).

_Au directoire excutif._

Le citoyen Muiron a servi, depuis les premiers jours de la rvolution,
dans le corps de l'artillerie; il s'est spcialement distingu au sige
de Toulon, o il fut bless en entrant par une embrasure dans la clbre
redoute anglaise.

Son pre tait alors arrt comme fermier-gnral: le jeune Muiron se
prsente  la convention nationale, au comit rvolutionnaire de sa
section, couvert du sang qu'il venait de rpandre pour la patrie; il
obtint la libration de son pre.

Au 13 vendmiaire, il commandait une des divisions d'artillerie qui
dfendaient la convention; il fut sourd aux sductions d'un grand nombre
de ses connaissances et des personnes de sa socit. Je lui demandai
si le gouvernement pouvait compter sur lui: Oui, me dit il, j'ai fait
serment de soutenir la rpublique, je fais partie de la force arme,
j'obirai en obissant  mes chefs; je suis d'ailleurs, par ma manire
de voir, ennemi de tous les rvolutionnaires, et tout autant de ceux qui
n'en adoptent les maximes et la marche que pour rtablir un trne, que
de ceux qui voudraient rtablir ce rgime cruel o mon pre et mes
parens ont si longtemps souffert. Il s'y comporta effectivement en
brave homme, et fut trs utile dans cette journe, qui a sauv la
libert.

Depuis le commencement de la campagne d'Italie, j'avais pris le citoyen
Muiron pour mon aide de-camp: il a rendu dans presque toutes les
affaires des services essentiels; enfin il est mort glorieusement sur le
champ de bataille d'Arcole, laissant une jeune veuve enceinte de huit
mois.

Je vous demande, en considration des services rendus dans les
diffrentes campagnes de cette guerre par le citoyen Muiron, que la
citoyenne veuve Berault Courville, sa belle-mre, soit raye de la liste
des migrs, sur laquelle elle a t inscrite, quoiqu'elle n'ait jamais
migr, ainsi que le citoyen Charles Marie Berault Courville, son beau
frre. Ce jeune homme avait quatorze ans lorsqu'il a t mis sur la
liste des migrs, tant en pays tranger pour son ducation.

BONAPARTE.



Au quartier gnral  Milan, le 8 nivose an 5 (28 dcembre 1796).

_Au directoire excutif._

L'arme du gnral Alvinzi est sur la Brenta et dans le Tyrol; l'arme
de la rpublique est le long de l'Adige, et occupe la ligne de
Montebaldo, Corona, Rivoli. Nous avons une avant-garde en avant de
Porto-Legnago.

Mantoue est cern avec le plus grand soin, Le 2 de ce mois, le gnral
Dumas surprit un espion qui entrait dans la ville; c'est un cadet
autrichien qui avait t expdi de Trente par Alvinzi. Aprs de grandes
faons, il avoua qu'il tait porteur de dpches, et, effectivement, il
rendit, vingt-quatre heures aprs (allant  la garde-robe), un petit
cylindre o tait renferme la lettre de l'empereur que je vous ferai
passer. Si cette mthode de faire avaler les dpches n'tait pas
parfaitement connue, je vous enverrais les dtails, afin que cela soit
envoy  nos gnraux, parce que les Autrichiens se servent souvent de
cette mthode. Ordinairement les espions gardent cela dans le corps
pendant plusieurs jours; s'ils ont l'estomac drang, ils ont soin de
reprendre le petit cylindre, de le tremper dans de l'lixir et de le
ravaler. Ce cylindre est tremp dans de la cire d'Espagne, dlie dans
du vinaigre.

Vous verrez, par la lettre de l'empereur, que Wurmser doit effectivement
tre  toute extrmit; la garnison ne se nourrit que de _poulenta_ et
de viande de cheval; cependant il est possible que sa rduction tarde
encore: les Autrichiens mettent tant d'esprance dans cette place, qu'il
n'est pas tonnant qu'ils souffrent toutes les extrmits avant de la
rendre.

Le parti qu'ordonne l'empereur n'est pas bien dangereux.

Le corps franc des volontaires de Vienne, fort de quatre mille hommes,
est arriv  Trente; il y a un caporal qui est chambellan: c'est une
garde nationale. Trois mille hommes sont dj arrivs  Trente, venant
du Rhin, et quatre mille recrues de Hongrie. Les chemins sont chargs
de troupes. Nous, au contraire, nous en sommes toujours au premier des
renforts annoncs au commencement de la campagne, qui n'arrivent pas
encore.

L'tat de situation que vous m'avez envoy est plein de doubles emplois
et de fautes. Je suis entr en campagne avec un corps d'arme de
vingt-quatre mille hommes d'infanterie, une division du col de Tende et
de Fenestre, et les garnisons des Alpes-Maritimes de huit mille hommes,
dont six mille m'ont rejoint aprs la bataille de Mondovi, en descendant
le col de Tende. J'ai donc eu trente mille hommes de la ci-devant arme
d'Italie dans les plaines du Pimont.

L'arme des Alpes m'a fourni huit mille cinq cents hommes, qui ne
doivent pas tre considrs comme renfort, puisque l'arme des Alpes
dfendait les frontires d'Italie.

On peut donc considrer l'arme d'Italie proprement dite comme ayant t
primitivement de trente-huit mille cinq cents hommes d'infanterie.

Le gouvernement l'a renforce de deux mille six cents hommes venant
du gnral Chteauneuf-Randon, et des trente-troisime, sixime,
quarantime et cinquante-huitime demi-brigades, venant de la Vende, et
de la quatorzime, venant de Paris, faisant en tout dix mille hommes.

Si donc l'arme n'avait perdu personne, elle aurait cinquante-un mille
cent hommes d'infanterie, mais sur lesquels quatre mille hommes ont t
tus sur le champ de bataille, comme vous le verrez par l'tat que je
vous ferai passer; mille blesss hors de service; deux mille morts aux
hpitaux: en tout sept mille.

On a donc perdu sept mille hommes, dont mille cavaliers, pionniers ou
artilleurs: reste ainsi quarante-cinq mille cent hommes d'infanterie,
dont elle est compose.

Vous voyez donc, citoyens directeurs, que votre arme a reu, non pas
cinquante-sept mille hommes de renfort, mais seulement douze mille six
cents hommes, dans une campagne o il y a eu tant de batailles, et o
les mmes hommes ont dtruit l'arme sarde et l'arme de Beaulieu,
fortes de soixante-treize mille hommes: l'arme de Beaulieu, renforce
de vingt mille hommes du Rhin, commands par Wurmser; l'arme de
Wurmser, renforce de dix-huit mille hommes tirs de la Pologne, six
mille du Rhin et douze mille recrues, commands par Alvinzi; et nous
sommes  la veille d'avoir affaire aux dbris de toutes ces armes,
renforcs par quatre mille volontaires de Vienne, trois mille hommes du
Rhin, trois mille recrues dj arrives, quinze cents que l'on m'assure
que les ennemis attendent dans le courant de janvier, plus, les recrues
qui arrivent de tous les cts.

Il a fallu du bonheur et du bien jou pour vaincre Alvinzi. Comment
esprer vaincre, avec les mmes troupes, Alvinzi, renforc de trente 
trente-cinq mille hommes, tandis que nous n'avons encore reu que trois
mille hommes?

La gurison de nos malades est srement un avantage; mais les malades de
Wurmser se gurissent aussi dans Mantoue.

Vous m'annoncez dix mille hommes de l'Ocan et dix mille du Rhin, mais
rien de cela n'arrive; il y a cependant six dcades de votre annonce. On
dit mme que la tte de cette colonne de l'Ocan a rtrograd.

Il parat, d'aprs la lettre de l'empereur, qu'une lutte se prpare pour
janvier; faites au moins que les secours qui devaient arriver contre
Alvinzi, et dont la victoire d'Arcole nous a mis  mme de nous passer,
arrivent actuellement: sans quoi, vous sacrifiez l'arme la plus
attache  la constitution, et qui, quels que soient les mouvemens que
se donnent les ennemis de la patrie, sera attache au gouvernement et
 la libert avec le mme zle et la mme intrpidit qu'elle a mis 
conserver l'Italie  la rpublique.

Je le dis avec une vraie satisfaction, il n'est point d'arme qui dsire
davantage la conservation de la constitution sacre, seul refuge de
la libert et du peuple franais. L'on hait ici et l'on est prt 
combattre les nouveaux rvolutionnaires, quel que soit leur but. Plus de
rvolution, c'est l'espoir le plus cher du soldat: il ne demande pas la
paix, qu'il dsire intrieurement, parce qu'il sait que c'est le
seul moyen de ne la pas obtenir, et que ceux qui ne la dsirent pas
l'appellent bien haut pour qu'elle n'arrive pas. Le soldat se prpare
 de nouvelles batailles, et s'il jette quelquefois un coup d'oeil sur
l'esprit qui anime plusieurs villes dans l'intrieur, son regret est de
voir les dserteurs accueillis, protgs, et les lois sans force dans un
moment o il s'agit de dcider du sort du peuple franais.

Enfin, citoyens directeurs, l'ennemi retire ses troupes du Rhin pour les
envoyer en Italie; faites de mme, secourez-nous: il n'y aura jamais que
la disproportion trop marque des ennemis, qui pourra nous vaincre. Nous
ne vous demandons que des hommes, nous nous procurerons le reste avec
d'autant plus de facilit, que nous serons plus nombreux.

Je vous envoie une ptition des officiers de la cinquante-septime, qui
rclament le citoyen Maon, leur chef de brigade, arrt par ordre du
gnral Willot.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 8 nivose an 5 (28 dcembre 1796).

_Au commissaire ordonnateur en chef._

Il se fait un trs-grand abus, citoyen ordonnateur: il n'y a aucune
espce d'ordre dans la dpense du payeur, il n'y en a pas non plus dans
la livraison de vos ordonnances. Mes intentions sont que vous donniez
les instructions ncessaires au payeur, pour qu'il y ait un mode de
comptabilit qui nous mette  mme de connatre, chaque jour, la
situation o nous nous trouvons.

Le payeur de l'arme ne paiera, sur les fonds qui sont mis dans sa
caisse pour la solde des troupes, que le prt des demi-brigades, de
l'artillerie, des sapeurs, des mineurs et de la cavalerie, ainsi que les
appointemens des officiers de l'arme et des commissaires des guerres.

Il y aura chaque mois 150,000 fr.  votre disposition, sur lesquels,
conformment  l'ordre du ministre, du 11 nivose an 4, vous sera
rembours ce qui est ncessaire au pansement, aux mdicamens et ferrage
des chevaux, c'est--dire, trois francs par mois par cheval: il faudra
donc que vous envoyiez une ordonnance  chaque conseil d'administration
en prvenant le payeur que vous y affecterez une somme sur les 150,000
liv.

Vous ferez galement solder, sur cette somme, la gratification d'entre
en campagne, les indemnits de pertes d'quipages; les frais de bureaux
pour toute l'arme seront compris dans un tat gnral que vous
prsentera le chef de l'tat-major.

Les frais de poste pour toute l'arme et les dpenses extraordinaires
seront solds par le chef de l'tat-major. Vous lui remettrez,  cet
effet, au commencement de chaque mois, 50,000 liv. sur les 160,000 qui
sont  votre disposition, et il devra,  la fin de chaque mois, vous
prsenter l'tat des frais de bureaux de toute l'arme et des frais de
poste.

Sous quelque prtexte que ce soit, vous ne pourrez jamais dpenser plus
de 100,000 fr. par mois pour les objets dont il est ci-dessus
question, et 50,000 pour les deux articles dont est charg le chef de
l'tat-major.

Lorsque des circonstances extraordinaires ncessiteront une augmentation
de fonds, il faudra, auparavant, que vous donniez une ordonnance au
payeur, afin que les fonds mis  votre disposition soient approuvs.

Les appointemens des mdecins et autres administrateurs des hpitaux
seront pays sur les fonds mis  votre disposition, et vous vous
arrangerez avec le payeur; mais il faut que, sous quelque prtexte que
ce soit, l'on ne dtourne point pour une autre destination les fonds
destins  la solde des troupes.

Pour le mois de nivose, l'on a fait des fonds pour le prt, et l'on a
mis 100,000 liv.  votre disposition; je vais ordonner qu'on en remette
50,000 en excution du prsent ordre. Je vous prie de me faire connatre
les sommes qui vous sont ncessaires pour la solde des officiers de
sant.

Je vous prie d'envoyer copie de la prsente lettre au payeur de l'arme.

BONAPARTE.



_Note donne par le gnral Bonaparte au gnral divisionnaire
Clarke[12]._

[Footnote 12: Cette note, sans date, nous a paru appartenir  la mme
poque que la lettre prcdente.]

Mantoue est bloqu depuis plusieurs mois: il y a au moins dix mille
malades qui sont sans viande et sans mdicamens; il y a six  sept mille
hommes de garnison qui sont  la demi-ration de pain,  la viande de
cheval et sans vin; le bois mme est rare. Il y avait dans Mantoue six
mille chevaux de cavalerie et trois mille d'artillerie: ils en tuent
cinquante par jour, ils en ont sal six cents; beaucoup sont morts faute
de fourrage; il en reste encore dix-huit cents de cavalerie, qui se
dtruisent tous les jours: il est probable que dans un mois Mantoue sera
 nous. Pour acclrer cette reddition, je fais prparer de quoi servir
trois batteries incendiaires, qui commenceront  jouer le 25 de ce mois.

L'arme, qui tait venue avec tant de forces au secours de Mantoue,
est battue: elle pourra tre renforce dans quinze jours, mais il nous
arrive des secours; d'ailleurs le gnral Clarke ne peut pas entamer ses
ngociations avant douze jours, et  cette poque, si la cour de Vienne
conclut l'armistice, c'est que l'on ne serait pas dans le cas de se
prsenter avec quelque espoir de succs. Dans le cas contraire, la cour
de Vienne attendrait l'issue de ses derniers efforts avant de rien
conclure.

Matres de Mantoue, l'on sera trop heureux de nous accorder les limites
du Rhin.

Rome n'est point en armistice avec la rpublique franaise, elle est
en guerre; elle ne veut payer aucune contribution, la prise de Mantoue
seule peut lui faire changer de conduite.

Nous perdrions donc par l'armistice:

1. Mantoue jusqu'en mai, et,  cette poque, nous le trouverions
parfaitement approvisionn, quelque arrangement que l'on fasse; et les
chaleurs le rendraient imprenable  la fin de l'armistice.

2. Nous perdrions l'argent de Rome, que nous ne pouvons avoir sans
Mantoue: l'tat de l'glise est inabordable en t.

3. L'empereur, tant plus prs, ayant plus de moyens de recruter, aura
en mai une arme plus nombreuse que la ntre; car, quelque chose que
l'on fasse, ds que l'on ne se battra plus, tout le monde s'en ira. Dix
 quinze jours de repos feront du bien  l'arme d'Italie, trois mois la
perdront.

4. La Lombardie est puise: nous ne pouvons nourrir l'arme d'Italie
qu'avec l'argent du pape ou de Trieste. Nous nous trouverions
trs-embarrasss  l'ouverture de la campagne qui suivrait l'armistice.

5. Matres de Mantoue, l'on sera dans le cas de ne pas comprendre le
pape dans l'armistice; l'arme d'Italie aura une telle prpondrance,
que l'on se trouvera heureux  Vienne de pouvoir la paralyser pendant
quelques mois.

6. Si, aprs l'armistice, on doit recommencer une nouvelle campagne,
l'armistice nous sera trs-prjudiciable; si l'armistice doit tre
le prliminaire de la paix, il ne faut le faire qu'aprs la prise
de Mantoue: il y aura le double de chances pour qu'il soit bon et
profitable.

7. Conclure l'armistice actuellement, c'est s'ter les moyens et les
probabilits de faire une bonne paix dans un mois.

Tout se rsume  attendre la prise de Mantoue,  renforcer cette arme
de tous les moyens possibles, afin d'avoir de l'argent pour la campagne
prochaine, non-seulement pour l'Italie, mais mme pour le Rhin, et afin
de pouvoir prendre une offensive si dtermine et si alarmante pour
l'empereur, que la paix se conclue sans difficult et avec gloire,
honneur et profit.

Si l'on veut renforcer l'arme d'Italie de vingt mille hommes, y compris
les dix mille que l'on nous annonce du Rhin, et de quinze cents hommes
de cavalerie, l'on peut promettre, avant le mois d'avril, 30,000,000
fr. aux armes du Rhin et de Sambre et Meuse, et obliger l'empereur 
tourner tous ses efforts du ct du Frioul.

BONAPARTE.



_Note remise au gnral Clarke par le gnral Bonaparte[13]._

[Footnote 13: Cette deuxime note, aussi sans date, appartient encore 
l'poque prcite.]

Aprs y avoir song long-temps, je ne vois pas de condition raisonnable
que l'on puisse tablir pour le _statu quo_ de Mantoue.

Il y a trois choses:

1. Les fourrages pour la cavalerie;

2. Les vivres pour la garnison et les habitans;

3. Les remdes pour les malades.

Quelque chose que l'on fasse et que l'on tablisse, nous verrons nous
chapper Mantoue, si l'on conclut l'armistice avant la prise de cette
place, et, sans cette place, nous n'obtiendrons pas de paix raisonnable.

Je le rpte, l'armistice, soit qu'on le considre comme les
prliminaires de la paix, soit comme devant nous servir pour les
prparatifs de la campagne prochaine, sera utile et conforme aux
intrts de la rpublique lorsque nous aurons Mantoue. Je crois qu'il
n'y a qu'un moyen de retarder la paix de l'Europe, c'est de conclure un
armistice sans avoir Mantoue; c'est un sr moyen de faire une nouvelle
campagne, pour le succs de laquelle on aura rendu nuls tous les succs
obtenus dans celle-ci. Que l'on n'oublie pas qu'une dmarche prmature
en ce genre peut tout perdre.

Les limites que l'on devrait dsigner sont:

Les troupes impriales ne pourraient pas passer la Brenta;

Les troupes franaises, l'Adige.

Du ct du nord, les troupes impriales ne pourront passer Alla, Mori,
Torbole, Thion jusqu' Lodrone, sans pouvoir de ce ct entrer dans les
tats vnitiens;

Les troupes franaises, la Chiuza, Rivoli, Torri, Salo, Brescia,
Bergame.

Le reste de l'Italie, soit qu'il ait appartenu  l'empereur, soit au duc
de Modne ou  l'archiduchesse de Milan, demeurerait _in statu quo_.

Bologne, Ferrare, Ancne _in statu quo_, conformment  l'excution de
l'armistice avec le pape; mais comme l'armistice doit tre excut en
thermidor et en brumaire, et que cette poque est passe, on pourra lui
accorder un mois, au plus,  compter du jour o se signera le trait.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 12 nivose an 5 (1er janvier 1797)

_Au chef de l'tat-major._

Vous voudrez bien faire traduire devant le conseil militaire de la
Lombardie les citoyens Bockty, Chevilly et Descriveur, employs 
diffrentes administrations de l'arme, pour avoir vol et compromis
l'arme et les oprations les plus importantes de la guerre. C'est par
cette dilapidation infme, le rachat des bons et les versemens factices,
qu'ils ont compromis mon opration et ont t la cause de la perte d'un
grand nombre de nos camarades; enfin ce sont de pareilles friponneries
qu'il faut rprimer par des exemples svres, pour empcher qu'au milieu
de l'Italie, c'est--dire la contre la plus fertile de l'Europe, le
soldat ne manque du ncessaire, comme cela est arriv plusieurs fois.

J'accuse M. Bockty d'avoir port la corruption parmi nos agens, et de
n'tre venu  l'arme que pour faire manquer mon opration en faisant
des versemens factices.

J'accuse le citoyen Chevilly d'tre un des points d'appui de tout ce
mange, et d'avoir gagn des sommes considrables au dtriment du
soldat.

Le citoyen Descriveur, garde-magasin  Crmone, a offert  M. Bockty dix
mille pintes de vin de versement factice: il est connu depuis longtemps
pour faire cet infme commerce.

Je demande en consquence que ces trois employs soient condamns  la
peine de mort, ne devant pas tre considrs comme de simples voleurs,
mais comme des hommes qui tous les jours attnuent les moyens de l'arme
et font manquer les oprations les mieux concertes, ou du moins n'en
permettent la russite qu'aprs une expansion de sang franais, qui
est trop prcieux pour qu'on ne prenne pas toutes les mesures capables
d'pouvanter leurs complices, trop nombreux dans l'arme d'Italie.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 12 nivose an 5 (1er janvier 1797)

_Au citoyen prsident du congrs cispadan._

J'ai appris avec le plus vif intrt, par votre lettre du 30 dcembre,
que les rpubliques cispadanes s'taient runies en une seule, et que,
prenant pour symbole un carquois, elles taient convaincues que leur
force est dans l'unit et l'indivisibilit. La misrable Italie est
depuis longtemps efface du tableau des puissances de l'Europe. Si les
Italiens d'aujourd'hui sont dignes de recouvrer leurs droits et de se
donner un gouvernement libre, l'on verra un jour leur patrie figurer
glorieusement parmi les puissances du globe; mais n'oubliez pas que les
lois ne sont rien sans la force. Votre premier regard doit se porter sur
votre organisation militaire. La nature vous a tout donn, et,
aprs l'unit et la sagesse que l'on remarque dans vos diffrentes
dlibrations, il ne vous manque plus, pour atteindre au but, que
d'avoir des bataillons aguerris et anims du feu sacr de la patrie.

Vous tes dans une position plus heureuse que le peuple franais, vous
pouvez arriver  la libert sans la rvolution et ses crimes. Les
malheurs qui ont afflig la France avant l'tablissement de la
constitution ne se verront jamais au milieu de vous. L'unit qui lie les
diverses parties de la rpublique cispadane, sera le modle constamment
suivi de l'union qui rgnera entre toutes les classes de ses citoyens;
et le fruit de la correspondance de vos principes et de vos sentimens
soutenus par le courage, sera la libert, la rpublique et la
prosprit.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 12 nivose an 5 (1er janvier 1797).

_ M. Bataglia, provditeur de la rpublique de Venise  Brescia._

Je reois  l'instant, monsieur, la lettre que vous vous tes donn
la peine de m'crire. Les troupes franaises ont occup Bergame pour
prvenir l'ennemi, qui avait l'intention d'occuper ce poste essentiel.
Je vous avouerai franchement que j'ai t bien aise de saisir cette
circonstance pour chasser de cette ville la grande quantit d'migrs
qui s'y taient rfugis, et chtier un peu les libellistes, qui y sont
en grand nombre, et qui, depuis le commencement de la campagne, ne
cessent de prcher l'assassinat contre les troupes franaises, et qui
ont, jusqu' un certain point, produit cet effet, puisqu'il est constant
que les Bergamasques ont plus assassin de Franais, que le reste de
l'Italie ensemble.

La conduite de M. le provditeur de Bergame a toujours t trs partiale
en faveur des Autrichiens, et il ne s'est jamais donn la peine de
dissimuler, tant par sa correspondance que par ses propos et par ses
actions, la haine qui l'anime contre l'arme franaise. Je ne suis point
son juge, ni celui d'aucun sujet de la srnissime rpublique de
Venise; cependant, lorsque, contre les intentions bien connues de leur
gouvernement, il est des personnes qui transgressent les principes de la
neutralit et se conduisent en ennemis, le droit naturel m'autoriserait
aussi  me servir de reprsailles.

Engagez, je vous prie, M. le provditeur de Bergame, qui est votre
subordonn,  tre un peu plus modeste, plus rserv et un peu moins
fanfaron lorsque les troupes franaises sont loignes de lui.
Engagez-le  tre un peu moins pusillanime,  se laisser moins dominer
par la peur  la vue des premiers pelotons franais. Si ce sentiment,
qui est celui peut-tre d'un chtiment qu'il savait avoir mrit par sa
conduite passe  l'gard des Franais, ne l'avait prdomin, le chteau
de Bergame n'aurait point t vacu par les troupes vnitiennes, mais
on s'y serait conduit comme  Brescia et  Verone.

Immdiatement aprs le reu de votre lettre, j'ai pris en considration
la position de la ville de Bergame, que j'ai fait vacuer par une partie
des troupes qui y taient. J'ai donn l'ordre au gnral Baraguay
d'Hilliers de restituer le chteau  la garnison vnitienne et de faire
le service ensemble. Quant  la tranquillit de Bergame, vos intentions,
celle du gouvernement de Venise et la bont de ce peuple m'en sont un
sr garant. Je connais le petit nombre d'hommes mal intentionns, qui,
depuis six mois, ne cessent de prcher la croisade contre les Franais.
Malheur  eux, s'ils s'cartent des sentimens de modration et d'amiti
qui unissent les deux gouvernemens!

C'est avec plaisir que je saisis cette occasion, monsieur, pour rendre
justice au dsir de la tranquillit publique que montrent M. l'vque de
Bergame et son respectable clerg. Je me convaincs tous les jours d'une
vrit bien dmontre  mes yeux, c'est que si le clerg de France et
t aussi sage, aussi modr, aussi attach aux principes de l'vangile,
la religion romaine n'aurait subi aucun changement en France; mais la
corruption de la monarchie avait infect jusqu' la classe des ministres
de la religion: l'on n'y voyait plus des hommes d'une vie exemplaire et
d'une morale pure, tels que le cardinal Mattei, le cardinal archevque
de Bologne, l'vque de Modne, l'vque de Pavie, l'archevque de Pise;
il m'a paru quelquefois, discourant avec ces personnages respectables,
me retrouver aux premiers sicles de l'glise.

Je vous prie de croire, monsieur, aux sentimens d'estime, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 17 nivose an 5 (6 janvier 1797).

_Au directoire excutif._

Plus j'approfondis, dans mes momens de loisir, les plaies incurables
des administrations de l'arme d'Italie, plus je me convaincs de la
ncessit d'y porter un remde prompt et infaillible.

La comptabilit de l'arme est, chez le payeur, dans un dsordre
frappant; on ne peut avoir compte de rien, et  la rputation de
friponner bien constate du contrleur se joint l'ineptie des autres
employs. Tout se vend. L'arme consomme cinq fois ce qui lui est
ncessaire, parce que les gardes-magasins font de faux bons, et sont de
moiti avec les commissaires des guerres.

Les principales actrices de l'Italie sont entretenues par les employs
de l'arme franaise; le luxe, la dpravation et la malversation sont 
leur comble. Les lois sont insuffisantes: il n'y a qu'un seul remde; il
est  la fois analogue  l'exprience,  l'histoire et  la nature du
gouvernement rpublicain: c'est une syndicature, magistrature qui serait
compose d'une ou de trois personnes, dont l'autorit durerait seulement
trois ou cinq jours, et qui, pendant ce court espace, aurait le droit
de faire fusiller un administrateur quelconque de l'arme. Cette
magistrature, envoye tous les ans aux armes, ferait que tout le monde
mnagerait l'opinion publique, et garderait une certaine dcence,
non-seulement dans les moeurs et dans la dpense, mais encore dans le
service journalier.

Le marchal de Herwick fit pendre l'intendant de l'arme, parce qu'il
manqua de vivres; et nous, au milieu de l'Italie, ayant tout en
abondance, dpensant dans un mois cinq fois ce qu'il nous faudrait, nous
manquons souvent. Ne croyez pas cependant que je sois mou, et que je
trahisse la patrie dans cette portion essentielle de mes fonctions.
Je fais arrter tous les jours des employs, je fais examiner leurs
papiers, visiter les caisses; mais je ne suis second par personne,
et les lois n'accordent pas une assez grande autorit au gnral
pour pouvoir imprimer une terreur salutaire  cette nue de fripons.
Cependant le mal diminue, et,  force de gronder, de punir et de me
fcher, les choses, je l'espre, se feront avec un peu plus de dcence;
mais songez, je vous le rpte,  l'ide que je vous donne d'une
syndicature.

Je vous ferai passer incessamment le procs-verbal qu'on m'apporte
de l'interrogatoire d'un fournisseur arrt par mes ordres: par ce
procs-verbal, vous verrez combien le mal est port  son comble et a
besoin d'un remde puissant.

La compagnie Flachat a donn  l'Italie l'exemple des rachats. Le
commissaire ordonnateur Sucy, qui avait connaissance de tous ces
tripotages, m'en a parl avec quelques dtails lors de son dernier
voyage  Milan.

Ces gens-l ont peut-tre gagn trois millions par des versemens
factices. Cette compagnie doit cinq millions  l'arme, provenant des
contributions; le payeur de l'arme a tir, sur sa maison  Gnes, pour
six cent mille livres de traites pour le prt, elle a eu l'impudeur de
les laisser protester. J'ai regard la compagnie comme banqueroutire,
et j'ai fait mettre les scells sur ses maisons de Livourne et de Gnes.
Je vous prie de donner des ordres pour faire arrter  Paris les agens
de cette compagnie: ce sont les plus grands escrocs de l'Europe; ils
nous ont mis ici dans une situation bien embarrassante. J'ai voulu
faire arrter Flachat et son beau-frre, agent de la compagnie  Milan,
jusqu' ce qu'ils eussent pay; mais ces fripons s'taient sauvs.

En vous parlant des friponneries qui se commettent, je ne dois pas
manquer de rendre justice aux employs qui se conduisent bien et avec
dcence.

Je suis trs-content du citoyen Pesillicot, agent de la compagnie
Cerfbeer. Si cette compagnie nous avait envoy un homme comme celui-l
au commencement de la campagne, elle et gagn plusieurs millions, et
l'arme encore davantage.

Je suis galement content de l'agent des vivres-viandes, Collot: c'est
un administrateur, il soutient son service.

Parmi les commissaires des guerres, la probit du citoyen Boinot est
particulirement distingue et reconnue par toute l'arme. S'il y avait
 l'arme une quinzaine de commissaires des guerres comme celui-l, vous
pourriez leur faire prsent de cent mille cus  chaque, et nous aurions
encore gagn une quinzaine de millions. Je vous prie de donner  ces
diffrens administrateurs des marques de votre satisfaction.

Je vous enverrai une dnonciation du commissaire des guerres Boinot
contre l'ancien agent de la compagnie Cerfbeer, Thvenin.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Ancne, le 24 nivose an 5 (12 fvrier 1797)

_ M. le prince Belmonte Pignatelli, ministre de S-M. le roi des
Deux-Siciles._

Le directoire excutif m'a envoy dans le temps, monsieur, les notes que
vous lui avez remises, exprimant le dsir que le roi votre matre
avait que l'armistice conclu entre la rpublique franaise et le pape
continut  avoir lieu et pt servir  un accommodement dfinitif.

J'ai en consquence ritr ds-lors auprs de la cour de Rome mes
instances pour l'excution des conditions de l'armistice, et pour y
ouvrir des ngociations de paix, comme vous le verrez par les pices
que je vous ferai passer. Mais la cour de Rome, livre  l'esprit de
vertige, a prfr le hasard des armes: la guerre est devenue
ds-lors invitable; mais, fidle au systme de modration qui dirige
exclusivement les oprations du directoire excutif, et envieux
de donner  sa majest le roi des Deux-Siciles une preuve de la
considration qu'a pour lui la rpublique franaise, aprs la premire
confrence que j'ai eu l'honneur d'avoir avec vous, j'ai crit la lettre
que je vous ai communique  M. le cardinal Mattei. Je ne doute point
que le directoire excutif de la rpublique franaise ne soit charm,
dans toutes les circonstances, de saisir les occasions d'affermir la
paix qui l'unit  sa majest le roi des Deux-Siciles, et de montrer sa
modration au milieu des succs clatans que vient d'obtenir l'arme
d'Italie, par les dfaites de l'arme autrichienne et la prise de
Mantoue, comme elle a montr  l'Europe sa fermet dans tout ce qui
tendait  soutenir la dignit de la rpublique et la gloire des armes
franaises.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 24 nivose an 5 (13 janvier 1797)

_Au gnral Joubert._

Je vous prie de me faire connatre le plus tt possible si vous
croyez que l'ennemi a devant vous plus de neuf mille hommes. Il est
trs-ncessaire que je sache si l'attaque que l'on vous fait est une
attaque relle, gale ou suprieure  vos forces, ou si c'est une
attaque secondaire et pour donner le change.

L'ennemi nous prsente sur Verone  peu prs six mille hommes, que je
donne ordre d'attaquer dans le moment. Si vous avez neuf ou dix mille
hommes devant vous, ce qui doit rellement tre pour oser faire une
attaque vritable, il s'ensuivrait qu'il n'aurait pas du ct de Legnago
plus de neuf  dix mille hommes; si cela tait, et que votre attaque et
celle que je fais faire ici russissent ce soir comme il faut, je serai
bien loin d'avoir  craindre qu'ils ne passent l'Adige.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Villa-Franca, le 26 nivose an 5 (15 janvier 1797).

_Au gnral Joubert._

Je vous apprends avec plaisir, mon cher gnral, que le gnral Augereau
a attaqu hier l'ennemi, lui a pris quelques hommes, douze pices de
canon, lui a brl ses ponts, etc.

Vous avez bien fait de garder la soixante-quinzime; la victoire ne sera
pas douteuse, et le succs de ce matin est d'un bon augure. Mantoue fait
dans ce moment-ci une sortie qui ne parat pas lui russir.

J'envoie la dix-huitime demi-brigade, qui arrive  son secours.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Roverbello, le 26 nivose an 5 (15 janvier 1797).

_Au gnral Joubert._

La dix-huitime et la cinquante-septime sont ici. L'ennemi, aprs avoir
pass l'Adige, s'est divis en deux corps: le premier s'est mis en
marche vers Mantoue, le second est rest  Anghuiara pour dfendre le
pont de l'Adige. Les gnraux de division Guieux et Augereau ont attaqu
ce corps, auquel ils ont fait deux mille prisonniers, pris plusieurs
pices de canon, et brl tous ses ponts sur l'Adige.

Le premier corps s'est prsent  midi  Saint-George: le gnral
Miollis, qu'il a somm de se rendre, lui a rpondu  coups de canon.
Aprs une fusillade trs-opinitre, l'ennemi n'a point pu forcer ce
poste essentiel; il est dans ce moment-ci entre Saint-George et le
Mincio, au village de Valdagno, o il cherche  communiquer par le lac
avec la garnison de Mantoue. Je fais reconnatre dans ce moment sa
position; j'attends quelques rapports sur les reconnaissances que j'ai
fait faire de la Molinella, aprs quoi je chercherai  le battre. Si le
gnral Augereau, comme je pense, se porte sur Castellara  la suite
de cette colonne qui lui a chapp, vous sentez que nous vaincrons
facilement. La trente-deuxime vient d'arriver  Franca, cela nous
mettra  mme de finir bientt cette lutte sanglante et vive, qui est,
je crois, une des plus actives de la campagne. J'attends avant minuit un
petit billet de votre part, de la Corona.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 28 nivose an 5 (17 janvier 1797).

_Au gnral Joubert._

Nous voil donc aux mmes positions o nous tions, M. Alvinzi ne peut
pas en dire autant: il s'agit actuellement de savoir en profiter. Je
vous prie de me faire passer votre tat de situation, et de veiller 
ce qu'il soit exact. Je viens d'ordonner qu'on vous envoie le
vingt-quatrime rgiment de chasseurs en place du vingt-deuxime: si
cet arrangement ne vous convenait pas, il faut que vous m'en prveniez
sur-le-champ.

Je viens d'ordonner au gnral d'artillerie de fournir  votre division
douze pices d'artillerie prtes  marcher, et trois pices d'artillerie
de montagne. Il ne peut vous manquer pour marcher que des souliers et
des vivres. Faites vrifier dans vos magasins, et faites transporter 
Rivoli trente mille rations de biscuit, et assurez-vous qu'il existe
dans vos magasins tout ce qui est ncessaire pour avoir, le 30 au soir,
trente mille rations de pain: cela fait des vivres pour votre division
pendant quatre jours.

Il parat encore vous manquer de souliers: faites-moi connatre dans
la nuit, au juste et sans exagration, combien il vous en faut.
Renvoyez-moi la carte que j'ai laisse chez vous, de la ligne entre
Rivoli et l'Adige.

Je vous prviens que vous vous mettrez en mouvement dans la nuit du 30
nivose au 1er pluviose.

Faites-moi passer le plus tt possible une relation des deux journes de
la Corona, du combat de Rivoli, le nom des hommes qui se sont distingus
et l'avancement qu'on pourrait leur donner.

Vous voil avec deux seuls gnraux de brigade, Baraguay d'Hilliers et
Vial; je viens de donner les ordres pour que le gnral Dugoulot se
rende sous vos ordres; je ferai demain donner des ordres  un quatrime.

Je n'ai point vu le chef de brigade de la quatorzime de ligne 
la bataille de Rivoli: mon intention est que les chefs de brigade
commandant restent toujours  leurs corps, et que les membres du conseil
militaire, quel que soit leur grade, se trouvent  leurs drapeaux 
toutes les affaires gnrales.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Roverbello, le 28 nivose an 5 (17 janvier 1797).

_Au directoire excutif._

Il s'est pass depuis le 23 des oprations d'une importance telle,
et qui ont si fort multipli les actions militaires, qu'il m'est
impossible, avant demain, de vous en faire un dtail circonstanci. Je
me contente aujourd'hui de vous les annoncer.

Le 23 nivose, l'ennemi est venu attaquer la division du gnral Massna
devant Verone, ce qui a donn lieu au combat de Saint-Michel, o nous
l'avons battu compltement. Nous lui avons fait six cents prisonniers et
pris trois pices de canon. Le mme jour, il attaqua la tte de notre
ligne de Montebello, et donna lieu au combat de la Corona, o il a t
repouss. Nous lui avons fait cent dix prisonniers.

Le 24,  minuit, la division de l'arme ennemie, qui depuis le 19 tait
tablie  Bevilaqua, o elle avait fait replier l'avant-garde du
gnral Augereau, jeta rapidement un pont sur l'Adige,  une lieue de
Porto-Legnago, vis--vis Anghiari.

Le 24, au matin, l'ennemi fit filer une colonne trs-forte par Montagna
et Caprino, et par l obligea la division du gnral Joubert  vacuer
la Corona et  se concentrer  Rivoli. J'avais prvu le mouvement, je
m'y portai dans la nuit, et cela donna lieu  la bataille de Rivoli, que
nous avons gagne le 25 et le 26, aprs une rsistance opinitre, et
o nous avons fait  l'ennemi treize mille prisonniers, pris plusieurs
drapeaux et plusieurs pices de canon. Le gnral Alvinzi, presque seul,
a eu beaucoup de peine  se sauver.

Le 25, le gnral Guieux attaqua l'ennemi  Anghiari, pour chercher  le
culbuter avant qu'il et entirement effectu son passage. Il ne russit
pas dans son objet, mais il fit trois cents prisonniers.

Le 26, le gnral Augereau attaqua l'ennemi  Anghiari, ce qui donna
lieu au second combat d'Anghiari. Il lui fit deux mille prisonniers,
s'empara de seize pices de canon, et brla tous les ponts sur l'Adige;
mais l'ennemi, profitant de la nuit, dfila sur Mantoue. Il tait dj
arriv  une porte de canon de cette place; il attaqua Saint-George,
faubourg que nous avions retranch avec soin, et ne put l'emporter.
J'arrivai dans la nuit avec des renforts, ce qui donna lieu  la
bataille de la Favorite, sur le champ de bataille de laquelle je vous
cris. Le fruit de cette bataille est sept mille prisonniers, des
drapeaux, des canons, tous les bagages de l'arme, un rgiment de
hussards, et un convoi considrable de grains et de boeufs que l'ennemi
prtendait faire entrer dans Mantoue. Wurmser a voulu faire une sortie
pour attaquer l'aile gauche de notre arme; mais il a t reu comme
d'ordinaire et oblig de rentrer. Voil donc, en trois ou quatre jours,
la cinquime arme de l'empereur entirement dtruite.

Nous avons fait vingt-trois mille prisonniers, parmi lesquels un
lieutenant-gnral, deux gnraux, six mille hommes tus ou blesss,
soixante pices de canon, et environ vingt-quatre drapeaux. Tous les
bataillons de volontaires de Vienne ont t faits prisonniers: leurs
drapeaux sont brods des mains de l'impratrice.

L'arme du gnral Alvinzi tait de prs de cinquante mille hommes, dont
une partie tait arrive en poste de l'intrieur de l'Autriche.

Du moment que je serai de retour au quartier-gnral, je vous ferai
passer une relation dtaille, pour vous faire connatre les mouvemens
militaires qui ont eu lieu, ainsi que les corps et les individus qui se
sont distingus. Nous n'avons eu dans toutes ces affaires que sept
cents hommes tus et environ douze cents blesss. L'arme est anime du
meilleur esprit et dans les meilleures dispositions.

Vous m'avez annonc, depuis plus de trois mois, dix mille hommes
venant de l'Ocan; il n'est encore arriv que la soixante-quatrime
demi-brigade, forte de dix-huit cents hommes.

L'empereur aura rorganis une nouvelle arme en Italie, avant que je
n'aie reu ces dix mille hommes.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 29 nivose an 5 (18 janvier 1797).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Je m'tais rendu  Bologne avec deux mille hommes, afin de chercher, par
ma proximit,  en imposer  la cour de Rome, et lui faire adopter un
systme pacifique, dont cette cour parait s'loigner de plus en plus
depuis quelque temps.

J'avais aussi une ngociation entame avec le grand-duc de Toscane,
relativement  la garnison de Livourne, que ma prsence  Bologne
terminerait infailliblement.

Mais, le 18 nivose, la division ennemie qui tait  Padoue se mit en
mouvement; le 19, elle attaqua l'avant-garde du gnral Augereau qui
tait  Bevilaqua, en avant de Porto-Legnago; aprs une escarmouche
assez vive, l'adjudant-gnral Dufour qui commandait cette avant-garde,
se retira  San-Zeno, et le lendemain  Porto-Legnago, aprs avoir eu
le temps, par sa rsistance, de prvenir toute la ligne de la marche de
l'ennemi.

Je fis passer aussitt sur l'Adige les deux mille hommes que j'avais
avec moi  Bologne, et je partis immdiatement aprs pour Verone.

Le 23,  six heures du matin, les ennemis se prsentrent devant Verone,
et attaqurent l'avant-garde du gnral Massna, place au village
de Saint-Michel: ce gnral sortit de Verone, rangea sa division en
bataille, et marcha droit  l'ennemi, qu'il mit en droute, lui enleva
trois pices de canon, et lui fit six cents prisonniers. Les grenadiers
de la soixante-quinzime enlevrent les pices  la baonnette; ils
avaient  leur tte le gnral Brune, qui a eu ses habits percs de sept
balles.

Le mme jour et  la mme heure, l'ennemi attaquait la tte de notre
ligne de Montebaldo, dfendue par l'infanterie lgre du gnral
Joubert: le combat fut vif et opinitre, l'ennemi s'tait empar de
la premire redoute; mais Joubert se prcipita  la tte de ses
carabiniers, chassa l'ennemi, qu'il mit en droute complte, et lui fit
cent dix prisonniers.

Le 24, l'ennemi jeta brusquement un pont  Anghiari, et y fit passer
son avant-garde,  une lieue de Porto-Legnago; en mme temps le gnral
Joubert m'instruisit qu'une colonne assez considrable filait par
Montagna, et menaait de tourner son avant-garde  la Corona. Diffrens
indices me firent connatre le vritable projet de l'ennemi, et je ne
doutai plus qu'il n'et envie d'attaquer, avec ses principales forces,
ma ligne de Rivoli, et par l arriver  Mantoue: je fis partir dans la
nuit la plus grande partie de la division du gnral Massna, et je me
rendis moi-mme  Rivoli, o j'arrivai  deux heures aprs minuit.

Je fis aussitt reprendre au gnral Joubert la position intressante
de San-Marco; je fis garnir le plateau de Rivoli d'artillerie, et je
disposai le tout, afin de prendre,  la pointe du jour, une offensive
redoutable, et de marcher moi-mme  l'ennemi.

 la pointe du jour, notre aile droite et l'aile gauche de l'ennemi se
rencontrrent sur les hauteurs de San-Marco: le combat fut terrible et
opinitre.

Le gnral Joubert,  la tte de la trente-troisime, soutenait son
infanterie lgre que commandait le gnral Vial.

Cependant, M. Alvinzi, qui avait fait ses dispositions, le 24, pour
enfermer toute la division du gnral Joubert, continuait d'excuter son
mme projet; il ne se doutait pas que pendant la nuit j'y tais arriv
avec des renforts assez considrables pour rendre son opration
non-seulement impossible, mais encore dsastreuse pour lui. Notre gauche
fut vivement attaque; elle plia, et l'ennemi se porta sur le centre.

La quatorzime demi-brigade soutint le choc avec la plus grande
bravoure. Le gnral Berthier, chef de l'tat-major, que j'y avais
laiss, dploya dans cette occasion la bravoure dont il a fait si
souvent preuve dans cette campagne.

Les Autrichiens, encourags par leur nombre, redoublaient d'efforts
pour enlever les canons placs devant cette demi-brigade: un capitaine
s'lance au devant de l'ennemi, en criant: quatorzime, laisserez-vous
prendre vos pices? En mme temps la trente-unime, que j'avais envoye
pour rallier la gauche, parat, reprend toutes les positions perdues,
et, conduite par son gnral de division Massna, rtablit entirement
les affaires.

Cependant, il y avait dj trois heures que l'on se battait, et l'ennemi
ne nous avait pas encore prsent toutes ses forces; une colonne ennemie
qui avait long l'Adige, sous la protection d'un grand nombre de pices,
marche droit au plateau de Rivoli pour l'enlever, et par l menace de
tourner la droite et le centre. J'ordonnai au gnral de cavalerie
Leclerc de se porter pour charger l'ennemi, s'il parvenait  s'emparer
du plateau de Rivoli, et j'envoyai le chef d'escadron Lasalle, avec
cinquante dragons, prendre en flanc l'infanterie ennemie qui attaquait
le centre, et la charger vigoureusement. Au mme instant, le gnral
Joubert avait fait descendre des hauteurs de San-Marco quelques
bataillons qui plongeaient le plateau de Rivoli. L'ennemi, qui avait
dj pntr sur le plateau, attaqu vivement et de tous cts, laisse
un grand nombre de morts, une partie de son artillerie, et rentre dans
la valle de l'Adige.  peu prs au mme moment, la colonne ennemie qui
tait dj depuis long-temps en marche pour nous tourner et nous couper
toute retraite, se rangea en bataille sur des pitons derrire nous.
J'avais laiss la soixante-quinzime en rserve, qui non-seulement tint
cette colonne en respect, mais encore en attaqua la gauche qui, s'tait
avance, et la mit sur-le-champ en droute. La dix-huitime demi-brigade
arriva sur ces entrefaites, dans le temps que le gnral Rey avait pris
position derrire la colonne qui nous tournait; je fis aussitt canonner
l'ennemi avec quelques pices de 12; j'ordonnai l'attaque, et, en moins
d'un quart d'heure, toute cette colonne, compose de plus de quatre
mille hommes, fut faite prisonnire.

L'ennemi, partout en droute, fut partout poursuivi, et pendant toute la
nuit on nous amena des prisonniers. Quinze cents hommes qui se sauvaient
par Guarda furent arrts par cinquante hommes de la dix-huitime, qui,
du moment qu'ils les eurent reconnus, marchrent sur eux avec confiance
et leur ordonnrent de poser les armes.

L'ennemi tait encore matre de la Corona, mais ne pouvait plus tre
dangereux. Il fallait s'empresser de marcher contre la division de M.
le gnral Provera, qui avait pass l'Adige, le 24,  Anghiari; je fis
filer le gnral Victor avec la brave cinquante-septime, et rtrograder
le gnral Massna, qui, avec une partie de sa division, arriva 
Roverbello, le 25.

Je laissai l'ordre, en partant, au gnral Joubert d'attaquer,  la
pointe du jour, l'ennemi s'il tait assez tmraire pour rester encore 
la Corona.

Le gnral Murat avait march toute la nuit avec une demi-brigade
d'infanterie lgre et devait paratre, dans la matine, sur les
hauteurs de Montebaldo, qui dominent la Corona: effectivement, aprs
une rsistance assez vive, l'ennemi fut mis en droute, et ce qui tait
chapp  la journe de la veille fut fait prisonnier: la cavalerie
ne put se sauver qu'en traversant l'Adige  la nage et il s'en noya
beaucoup.

Nous avons fait, dans les deux journes de Rivoli, treize mille
prisonniers, et pris neuf pices de canon: les gnraux Sandos et Meyer
ont t blesss en combattant vaillamment  la tte des troupes.


_Combat de Saint-George._


M. le gnral Provera,  la tte de six mille hommes, arriva le 26,
 midi, au faubourg de Saint-George; il l'attaqua pendant toute la
journe, mais inutilement: le gnral de brigade Miollis dfendait ce
faubourg; le chef de bataillon du gnie Samson, l'avait fait retrancher
avec soin; le gnral Miollis, aussi actif qu'intrpide, loin d'tre
intimid des menaces de l'ennemi, lui rpondit avec du canon, et gagna
ainsi la nuit du 26 au 27, pendant laquelle j'ordonnai au gnral
Serrurier d'occuper la Favorite avec la cinquante-septime et la
dix-huitime demi-brigade de ligne et toutes les forces disponibles
que l'on put tirer des divisions du blocus; mais, avant de vous rendre
compte de la bataille de la Favorite, qui a eu lieu le 27, je dois vous
parler des deux combats d'Anghiari.


_Premier combat d'Anghiari._


La division du gnral Provera, forte de dix mille hommes, avait forc
le passage d'Anghiari; le gnral de division Guieux avait aussitt
runi toutes les forces qu'il avait trouves, et avait march 
l'ennemi: n'ayant que quinze cents hommes, il ne put parvenir  faire
repasser la rivire  l'ennemi; mais il l'arrta une partie de la
journe et lui fit trois cents prisonniers.


_Deuxime combat d'Anghiari._


Le gnral Provera ne perdit pas un instant et fila sur-le-champ
sur Castellara. Le gnral Augereau tomba sur l'arrire-garde de sa
division, et aprs un combat assez vif, enleva toute l'arrire-garde
de l'ennemi, lui prit seize pices de canon, et lui fit deux mille
prisonniers. L'adjudant-gnral Duphot s'y est particulirement
distingu par son courage. Les neuvime et dix-huitime rgimens
de dragons et le vingt-cinquime rgiment de chasseurs s'y sont
parfaitement conduits. Le commandant des hulans se prsente devant
un escadron du neuvime rgiment de dragons, et, par une de ces
fanfaronnades communes aux Autrichiens: Rendez-vous! crie-t-il au
rgiment. Le citoyen Duvivier fait arrter son escadron: Si tu es
brave, viens me prendre, crie-t-il au commandant ennemi. Les deux corps
s'arrtent, et les deux chefs donnrent un exemple de ces combats que
nous dcrit avec tant d'agrment Le Tasse. Le commandant des hulans fut
bless de deux coups de sabre: ces troupes alors se chargrent, et les
hulans furent faits prisonniers.

Le gnral Provera fila toute la nuit, arriva, comme j'ai eu l'honneur
de vous le dire,  Saint-George, et l'attaqua le 26; n'ayant pas pu
y entrer, il projeta de forcer la Favorite, de percer les lignes du
blocus, et, second par une sortie que devait faire Wurmser, de se jeter
dans Mantoue.


_Bataille de la Favorite._


Le 27,  une heure avant le jour, les ennemis attaqurent la Favorite,
dans le temps que Wurmser fit une sortie, et attaqua les lignes
du blocus par Saint-Antoine; le gnral Victor,  la tte de la
cinquante-septime demi-brigade, culbuta tout ce qui se trouva devant
lui. Wurmser fut oblig de rentrer dans Mantoue presque aussitt qu'il
en tait sorti, et laissa le champ de bataille couvert de morts et de
prisonniers de guerre. Serrurier fit avancer alors le gnral Victor
avec la cinquante-septime demi-brigade, afin d'acculer Provera au
faubourg de Saint-George, et par l le tenir bloqu. Effectivement la
confusion et le dsordre taient dans les rangs ennemis; cavalerie,
infanterie, artillerie, tout tait ple-mle; la terrible
cinquante-septime demi-brigade n'tait arrte par rien; d'un ct
elle prenait trois pices de canon, d'un autre elle mettait  pied le
rgiment des hussards de Herdendy. Dans ce moment le respectable gnral
Provera demanda  capituler; il compta sur notre gnrosit, et ne se
trompa pas. Nous lui accordmes le capitulation dont je vous enverrai
les articles: six mille prisonniers, parmi lesquels tous les volontaires
de Vienne, vingt pices de canon, furent le fruit de cette journe
mmorable.

L'arme de la rpublique a donc, en quatre jours, gagn deux batailles
ranges et six combats, fait prs de vingt-cinq mille prisonniers,
parmi lesquels un lieutenant-gnral et deux gnraux, douze  quinze
colonels, etc.; pris vingt drapeaux, soixante pices de canon, et tu ou
bless au moins six mille hommes.

Je vous demande le grade de gnral de division pour le gnral Victor,
celui de gnral de brigade pour l'adjudant-gnral Vaux; toutes
les demi-brigades se sont couvertes de gloire, et spcialement les
trente-deuxime, cinquante-septime et dix-huitime de ligne, que
commandait le gnral Massna, et qui, en trois jours, ont battu
l'ennemi  Saint-Michel,  Rivoli et  Roverbello. Les lgions romaines
faisaient, dit-on, vingt-quatre milles par jour; nos brigades en font
trente, et se battent dans l'intervalle.

Les citoyens Desaix, chef de la quatrime demi-brigade d'infanterie
lgre; Marquis, chef de la dix-neuvime; Fournesy, chef de la
dix-septime, ont t blesss. Les gnraux de brigade Vial, Brune, Bon,
et l'adjudant-gnral Argod se sont particulirement distingus.

Les traits particuliers de bravoure sont trop nombreux pour tre tous
cits ici.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 1er pluviose an 5 (20 janvier 1797).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Je vous envoie onze drapeaux pris sur l'ennemi aux batailles de Rivoli
et de la Favorite. Le citoyen Bessires, commandant des guides, qui les
porte, est un officier distingu par sa valeur et sa bravoure, et par
l'honneur qu'il a de commander une compagnie de braves gens qui ont
toujours vu fuir la cavalerie ennemie devant eux, et qui, par
leur intrpidit, nous ont rendu, dans la campagne, des services
trs-essentiels.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 1er pluviose an 5 (20 janvier 1797)

_Au directoire excutif._

Je vous ferai passer, citoyens directeurs, des lettres interceptes,
qui sont extrmement intressantes, en ce que vous y verrez l'opinitre
mauvaise foi de la cour de Rome, et le refus que parat faire le cabinet
de Vienne d'accepter l'alliance de Rome; ce qui ne peut provenir que du
dsir qu'il peut avoir de ne pas mettre d'entraves  la paix gnrale.

J'ai fait imprimer ces lettres dans les gazettes de Bologne et de Milan,
afin de convaincre toute l'Italie de l'imbcile radotage de ces vieux
cardinaux.

Je fais demain passer le P, prs de Ferrare,  cinq mille hommes, qui
marcheront droit sur Rome.

On entend beaucoup de bruit dans Mantoue, ce qui fait penser que les
assigs, conformment aux instructions de l'empereur, brisent les
affts et les trains d'artillerie: cela n'est qu'une conjecture; mais
ce qui n'en est pas une, c'est qu'ils sont depuis long-temps  la
demi-ration de pain,  la viande de cheval, sans vin ni eau-de-vie.

Nous sommes aujourd'hui en mouvement pour occuper Vicence et Padoue,
o nous aurons de meilleurs cantonnemens. Si les renforts que vous
m'annoncez de l'arme du Rhin arrivent, nous ne tarderons pas  avoir
ici de grands vnemens; mais j'ai vu un tat que l'on m'a envoy, o
l'on calcule les demi-brigades  deux mille quatre cents hommes. Je
tiens pour impossible que les demi-brigades, aprs une campagne comme
l'a faite l'arme du Rhin, puissent tre de ce nombre. Je crois que
c'est beaucoup que de les valuer  deux mille; il y en aura encore tant
qui s'chapperont en route!

Le neuvime rgiment de dragons n'a ici qu'un escadron, ainsi que le
cinquime de cavalerie et le dix-huitime de dragons; je vous prie de
vouloir bien ordonner que ces rgimens soient en entier runis  l'arme
d'Italie, sans quoi vous perdrez de trs-bons corps; ce sera d'ailleurs
un bon renfort de cavalerie que vous nous donnerez; spcifiez dans votre
ordre que les hommes qui composent ces rgimens doivent rejoindre leurs
corps  Milan, soit  pied, soit  cheval. Le dpt du premier rgiment
de cavalerie est  Lille, je vous prie d'ordonner qu'il se mette en
marche pour se rendre  Milan.

Nous avons besoin ici d'un renfort de cavalerie, le quinzime rgiment
de chasseurs ne suffit pas. On dit qu'aux autres armes l'on ne se sert
pas de la grosse cavalerie, moi je l'estime et m'en sers beaucoup; je
dsirerais que vous pussiez m'en envoyer un millier d'hommes, ce qui,
joint  un autre rgiment de dragons, ferait  peu prs deux  trois
mille hommes de cavalerie de renfort, qui nous suffiraient.

Nous n'avons que deux bataillons de pionniers rduits  rien, je vous
prie de nous en envoyer deux autres.

Je vous prie surtout d'ordonner que tous les rgimens de cavalerie que
l'on m'enverra aient leurs armes, sabres et mousquetons, et les dragons
leurs fusils.

Il nous faudrait encore trois ou quatre compagnies d'artillerie lgre,
et cinq  six cents hommes d'artillerie  pied, et quelques bons
officiers de cette arme; car, except les citoyens Chasseloup et Samson,
les autres ne sont pas en tat de tracer une flche, et ne font que
des btises. Tous ceux que vous annoncez ne viennent pas: il ne manque
cependant pas d'officiers de gnie et d'artillerie; mais ce sont des
officiers de paix et de bureau, qui ne voient jamais le feu, de sorte
qu'except les deux que je vous ai nomms, le reste est sans exprience:
aussi se plaint-on gnralement dans l'arme des ouvrages que fait le
gnie.

Le commissaire ordonnateur Dennie a peu de sant; Villemansy ne vient
pas, ni Naudin, ni Eyssautier: tous ces messieurs font ce qui leur
convient; cependant, il est de plus en plus urgent que la partie
administrative soit organise.

Je vous enverrai la liste des officiers-gnraux qui, par leur peu de
talens, sont incapables de commander, et que je vous prie de retirer de
l'arme.

Si vous m'envoyez des gnraux, ou des adjudans-gnraux, je vous prie
de ne pas m'envoyer de ceux qui ont servi dans la Vende, parce qu'ils
n'entendent rien  la guerre. Si Chasset n'tait plus utile  Paris,
ainsi que les adjudans-gnraux Sherlock, Doulcet et Beauvais, je vous
prie de me les envoyer. Je dsirerais aussi avoir l'adjudant-gnral
Espagne et Camin: je crois que ce dernier n'est plus employ; mais c'est
un officier de la plus grande distinction.

Quant  des gnraux de division,  moins que ce ne soient des officiers
distingus, je vous prie de ne m'en pas envoyer; car notre manire de
faire la guerre ici est si diffrente des autres, que je ne peux pas
confier une division sans avoir prouv, par deux ou trois affaires, le
gnral qui doit la commander.

Je vous prie d'envoyer ici l'adjudant-gnral Saint-Martin, le chef de
brigade d'artillerie Gueriau, actuellement directeur du parc de l'arme
des Alpes, le chef de bataillon d'artillerie Allix, le chef de bataillon
du gnie Laroche. Il est trs-essentiel pour l'arme et pour la
rpublique de m'envoyer ici des jeunes gens qui apprennent  faire
la guerre de mouvement et de manoeuvres; c'est celle qui nous a fait
obtenir de grands succs dans cette arme.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 3 pluviose an 5 (22 janvier 1797).

_Au citoyen Cacault._

Vous aurez la complaisance, citoyen ministre, de partir de Rome six
heures aprs la rception de cette lettre, et vous viendrez  Bologne.
On vous a abreuv d'humiliations  Rome, et on a mis tout en usage pour
vous en faire sortir; aujourd'hui, rsistez  toutes les instances,
partez.

Je serai charm de vous voir et de vous assurer des sentimens d'estime
et de considration avec lesquels je suis.

BONAPARTE.



_Lettre au cardinal Mathei incluse dans la prcdente._

Les trangers qui influencent la cour de Rome ont voulu et veulent
encore perdre ce beau pays; les paroles de paix que je vous avais charg
de porter au Saint-Pre, ont t touffes par ces hommes pour qui la
gloire de Rome n'est rien, mais qui sont entirement vendus aux cours
qui les emploient; nous touchons au dnouement de cette ridicule
comdie. Vous tes tmoin du prix que j'attachais  la paix, et du dsir
que j'avais de vous pargner les horreurs de la guerre. Les lettres que
je vous fais passer, et dont j'ai les originaux entre les mains, vous
convaincront de la perfidie, de l'aveuglement et de l'tourderie de ceux
qui dirigent actuellement la cour de Rome. Quelque chose qui puisse
arriver, je vous prie, monsieur le cardinal, d'assurer Sa Saintet
qu'elle peut rester  Rome sans aucune espce d'inquitude. Premier
ministre de la religion, il trouvera,  ce titre, protection pour lui
et pour l'glise. Assurez galement tous les habitans de Rome qu'ils
trouveront dans l'arme franaise des amis qui ne se fliciteront de
la victoire, qu'autant qu'elle pourra amliorer le sort du peuple, et
affranchir l'Italie de la domination des trangers; mon soin particulier
sera de ne point souffrir qu'on apporte aucun changement  la religion
de nos pres.

Je vous prie, monsieur le cardinal, d'tre assur que, dans mon
particulier, je me ferai un devoir de vous donner, dans toutes les
circonstances, la marque de l'estime et de l'attachement avec lesquels
je suis.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 9 pluviose an 5 (28 janvier 1797).

_Au directoire excutif._

La division du gnral Augereau s'est rendue  Padoue, de l elle a
pass la Brenta, et s'est rendue  Citadella, o elle a rencontr
l'ennemi, qui a fui  son approche.

Le gnral Massna s'est rendu a Vicence, de l  Bassano, et a
poursuivi l'ennemi qui s'est retir au-del de la Piave et dans
les gorges de la Brenta: il a envoy le brave gnral Mesnard  sa
poursuite, celui-ci l'a atteint  Carpenedolo, et lui a fait huit
cents prisonniers aprs un combat assez vif. Les grenadiers de la
vingt-cinquime demi-brigade ont pass le pont de la Brenta  la
baonnette, et ont fait une boucherie horrible de ce qui s'est oppos 
leur passage.

La division du gnral Joubert est en marche pour suivre l'ennemi dans
les gorges du Tyrol, que la mauvaise saison rend difficiles; il a
rencontr hier  Avio l'arrire-garde de l'ennemi, et lui a fait trois
cents prisonniers aprs un lger combat.

La division Rey a accompagn les prisonniers. Rien de nouveau au blocus
de Mantoue.

J'ai crit au citoyen Cacault de sortir de Rome trois heures aprs la
rception du courrier que je lui ai expdi  cet effet.

Le temps est horrible, il pleut  seaux depuis quarante-huit heures.

Je donne ordre au citoyen Leroux de prendre les fonctions d'ordonnateur
en chef; j'engage le citoyen Dennie  rester  l'arme comme
ordonnateur de division, nous n'en avons pas trop. Le commissaire Naudin
est arriv.

Si le citoyen Villemansy doit venir en Italie, qu'il se dpche, parce
qu'une fois la campagne commence, il ne pourra plus reprendre le fil de
nos oprations.

Il n'est encore arriv aucune des troupes des dix mille hommes de
l'Ocan, que les dix-huit cents hommes de la soixante-quatrime
demi-brigade.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Verone, le 9 pluviose an 5 (28 janvier 1797).

_Au citoyen Carnot, membre du directoire excutif._

J'ai reu votre lettre, mon cher directeur, sur le champ de bataille de
Rivoli. J'ai vu dans le temps avec piti tout ce que l'on dbite sur mon
compte. L'on me fait parler chacun suivant sa passion. Je crois que vous
me connaissez trop pour imaginer que je puisse tre influenc par qui
que ce soit. J'ai toujours eu  me louer des marques d'amiti que vous
m'avez donnes  moi et aux miens, et je vous en conserverai toujours
une vraie reconnaissance; il est des hommes pour qui la haine est un
besoin, et qui, ne pouvant pas bouleverser la rpublique, s'en consolent
en semant la dissension et la discorde partout o ils peuvent arriver.
Quant  moi, quelque chose qu'ils disent, ils ne m'atteignent plus:
l'estime d'un petit nombre de personnes comme vous, celle de mes
camarades et du soldat, quelquefois aussi l'opinion de la postrit, et
par-dessus tout le sentiment de ma conscience et la prosprit de ma
patrie, m'intressent uniquement.

Deux divisions de l'arme sont aujourd'hui  Bassano; l'ennemi,  ce
qu'on m'assure, vacue Trente; Mantoue est toujours strictement bloqu.
Le baron de Saint-Vincent est parti le 4 de Trente pour Vienne. Le
15, nous bombardons Mantoue. Colli, celui qui commandait l'arme
autrichienne en Pimont, est dbarqu  Ancne avec quelques officiers
et sous-officiers autrichiens; il a dj pass en revue l'arme papale.
Quand vous aurez reu cette lettre, une de nos divisions aura dj
attaqu cette arme. J'ai crit au citoyen Cacault pour qu'il et
sur-le-champ  vacuer Rome: on n'a pas d'ide des mauvais traitemens
que cette prtraille lui a fait essuyer.

J'attends toujours avec impatience Villemansi; Dennie ne va plus,
Leroux va exercer ses fonctions en attendant.

Tous les officiers autrichiens, gnraux et autres, auxquels j'ai fait
part de la btise de la cour de Vienne, qui, dans les entrevues avec le
gnral Clarke, a paru ne pas reconnatre la rpublique, ont beaucoup
cri. L'opinion publique,  Vienne, est trs-contraire  Thugut. J'ai
dit  Manfredini, la dernire fois que je l'ai vu, que si l'empereur
voulait avoir la preuve que Thugut s'tait vendu  la France dans le
temps de son ambassade  Constantinople, il serait facile de la lui
procurer. Je vous prie de presser Truguet pour l'envoi de quelques
frgates dans l'Adriatique.

La tte des troupes que vous annoncez venant du Rhin, n'est pas encore
arrive  Lyon; de Lyon  Verone il y a vingt-huit jours de marche; nous
sommes aujourd'hui au 9 pluviose: ainsi il n'y a pas d'espoir qu'avant
le 9 ventose nous puissions avoir ici un seul bataillon des colonnes
venant du Rhin. Des dix mille hommes de l'Ocan annoncs depuis tant
de temps, il n'y a encore que dix-huit cents hommes, formant la
soixante-quatrime demi-brigade, qui soient arrivs. De Vienne  Trente,
il n'y a que trente jours de marche; de Vienne  la Piave, c'est--dire,
prs de Bassano, il y a encore moins. J'ai crit  la trsorerie
relativement  son indcente conduite avec la compagnie Flachat. Ces
gens-l nous ont infiniment nui en emportant cinq millions, et par l
nous ont mis dans la situation la plus critique. Quant  moi, s'ils
viennent dans l'arrondissement de l'arme, je les ferai mettre en
prison, jusqu' ce qu'ils aient rendu  l'arme les cinq millions qu'ils
lui ont enlevs. Non-seulement la trsorerie ne pense pas  faire payer
le prt  l'arme et  lui fournir ce dont elle a besoin, mais encore
elle protge les fripons qui viennent  l'arme pour s'engraisser. Je
crains bien que ces gens-l ne soient plus ennemis de la rpublique que
les cours de Vienne et de Londres.

Vous verrez, par la lettre que j'ai crite au directoire, que nous
venons encore de faire onze cents prisonniers aux deux combats de
Carpenedolo et d'Avio. Nous serons sous peu  Trente. Je compte garder
cette partie du Tyrol et la Piave jusqu' l'arrive des forces que vous
m'annoncez. Ds l'instant qu'elles seront arrives, je serai bientt 
Trieste,  Clagenfurth et  Brixen; mais il faut pour ces oprations que
les trente mille hommes que vous m'annoncez arrivent.

Je vous serai oblig, par le premier courrier, de me donner des
nouvelles de l'expdition d'Irlande, surtout s'il y en a de mauvaises:
car, pour peu que nous ayons quelque dsavantage, on ne manquera pas
d'exagrer au centuple.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Bologne, le 13 pluviose an 5 (1er fvrier 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous fais passer, citoyens directeurs, la lettre que m'a crite M.
le marchal Wurmser: je lui ai rpondu que je ne pouvais accorder la
capitulation qu'il me demandait, et que par gard pour lui, je lui
permettrais de sortir avec cinq cents hommes  son choix,  condition
qu'ils ne serviraient pas pendant trois mois contre la rpublique, mais
que tout le reste devait tre prisonnier. J'ai laiss mes instructions
au gnral Serrurier, et je suis parti pour Bologne.

Le gnral Serrurier vient de m'instruire qu'il vient de recevoir un
nouveau parlementaire, par lequel il lui offre sa place,  condition
qu'il sortira avec sa garnison, et qu'il s'engagera  ne pas servir
pendant un an contre la rpublique franaise. Je vais rpondre au
gnral Serrurier que je m'en tiens  ma premire proposition, et que si
le gnral Wurmser n'y a pas accd avant le 15, je me rtracte, et ne
lui accorde pas d'autre capitulation que d'tre prisonnier de guerre
avec sa garnison.

J'ai fait partir ce matin la division du gnral Victor, qui s'est
porte  Imola, premire ville des tats du pape. Je vous enverrai ma
proclamation et d'autres pices imprimes  cette occasion.

Ne pourrait-on pas, si nous allions jusqu' Rome, runir le Modnois, le
Ferrarois et la Romagne, et en faire une rpublique, qui serait assez
puissante? Ne pourrait-on pas donner Rome  l'Espagne,  condition
qu'elle garantirait l'indpendance de la nouvelle rpublique? Alors nous
pourrions restituer  l'empereur le Milanez, le Mantouan, et lui donner
le duch de Parme, en cas que nous fussions obligs de passer par
l, afin d'acclrer la paix, dont nous avons besoin. L'empereur n'y
perdrait rien, l'Espagne y gagnerait beaucoup, et nous y gagnerions
plus encore; nous aurions un alli naturel en Italie, qui deviendrait
puissant, et avec lequel nous correspondrions par Massa-Carrara et
l'Adriatique.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Bologne, le 13 pluviose an 5 (1er fvrier 1797).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Je vous ai rendu compte, par mon dernier courrier, des combats d'Avio et
de Carpenedolo. Les ennemis se retirent sur Morri et Torbole, appuyant
leur droite au lac, et la gauche  l'Adige; le gnral Murat s'embarqua
avec deux cents hommes, et vint dbarquer  Torbole.

Le gnral de brigade Vial,  la tte de l'infanterie lgre, aprs
avoir fait une marche trs-longue dans les neiges et dans les montagnes
les plus escarpes, tourna la position des ennemis, et obligea un
corps de quatre cent cinquante hommes et douze officiers  se rendre
prisonniers. On ne saurait donner trop d'loges aux quatrime et
dix-septime demi-brigades d'infanterie lgre que conduisait ce brave
gnral: rien ne les arrtait; la nature semblait tre d'accord avec nos
ennemis; le temps tait horrible, mais l'infanterie lgre de l'arme
d'Italie n'a pas encore rencontr d'obstacle qu'elle n'ait vaincu.

Le gnral Joubert entra  Roveredo; l'ennemi, qui avait retranch avec
le plus grand soin la gorge de Calliane, clbre par la victoire que
nous y avons remporte lors de notre premire entre dans le Tyrol,
parut vouloir lui disputer l'entre de Trente.

Le gnral Belliard chercha  tourner l'ennemi par la droite, dans le
temps que le gnral de brigade Vial, continuant  marcher sur la rive
droite de l'Adige, le culbuta, lui fit trois cents prisonniers, et
arriva  Trente, o il trouva dans les hpitaux de l'ennemi deux mille
malades ou blesss, qu'il a recommands  notre humanit en fuyant: nous
y avons pris quelques magasins.

Dans le mme temps, le gnral Massna avait fait marcher deux
demi-brigades pour attaquer l'ennemi qui occupait le chteau de Scala,
entre Feltro et Primolazo. L'ennemi a fui  son approche, et s'est
retir au-del de la Prado, en laissant une partie de ses bagages.

Le gnral Augereau s'est approch de Treviso; le chef d'escadron
Duvivier a culbut la cavalerie ennemie, aprs lui avoir enlev
plusieurs postes.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Mantoue, le 14 pluviose an 5 (2 fvrier 1797).

_Au ministre de la guerre._

Je rponds, citoyen ministre,  votre lettre relative  la demande que
vous me faites sur la situation militaire actuelle de l'le de Corse.

Le gnral de brigade Casalta, que j'envoyai en Corse, dbarqua 
la tte de la gendarmerie de ce dpartement et de plusieurs autres
rfugis, et acheva de chasser les Anglais de cette le.

Le gnral Gentili ne tarda pas  y passer avec tous les rfugis corses
qui se trouvaient  l'arme d'Italie, et qui, par leurs liaisons dans
le pays, achveront de consolider notre tablissement. Je fis passer
galement cent canonniers avec plusieurs officiers d'artillerie et du
gnie, pour armer les diffrens forts. Le gnral Gentili a, par mon
ordre, cr, dans les dpartemens du Golo et du Liamone, un bon corps de
gendarmerie, et cinq colonnes mobiles composes de trois cents hommes,
tant pour veiller  la dfense de la cte, que pour comprimer nos
ennemis intrieurs.

La garde des forts d'Ajaccio, Bonifaccio et Bastia est confie  des
corps de gardes nationales d'une fidlit et d'un patriotisme reconnus.

Le commissaire ordonnateur de l'arme a pass des marchs et fait
approvisionner les diffrentes places de l'le de tout ce qui leur
tait ncessaire, en mme temps qu'il a pourvu  la solde de tous ces
diffrens corps.

Depuis que les deux dpartemens qui composent l'le de Corse sont
rentrs sous la domination de la rpublique, il n'y a eu aucun
assassinat ni attentat aux proprits; jamais pays n'a t plus
tranquille, et jamais rvolution ne s'est faite avec aussi peu de
commotion.

Je n'ai pas fait passer de troupes en Corse: nous avons l'habitude d'y
tenir cinq mille hommes de garnison, et mes troupes m'taient trop
ncessaires en Italie pour pouvoir en distraire la moindre partie pour
la Corse, dont la tranquillit d'ailleurs a t mieux assure par les
mesures de police intrieure que j'ai prises, et par l'argent que j'ai
fait passer, que par un corps de quatre mille hommes. Cependant, lorsque
les affaires de Rome seront termines, et que les Anglais auront vacu
Porto-Ferrajo, je ferai passer six cents hommes dans le fort de Bastia,
et quatre cents dans celui d'Ajaccio.

Vous pouvez tre, citoyen ministre, sans aucune inquitude sur la
tranquillit intrieure et extrieure de l'le de Corse. Il n'y a, je
crois, qu'un ennemi de la patrie qui puisse exiger que l'on ait affaibli
les corps de l'arme d'Italie pour envoyer en Corse des troupes  peu
prs inutiles. Si le directoire continue  me laisser le matre de
faire ce qu'il conviendra, j'enverrai des troupes en Corse ds que
la situation de l'arme me le permettra, ou que les circonstances
l'exigeront.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Faenza, le 15 pluviose an 5 (3 fvrier 1797).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Je vous ai rendu compte hier de l'arrive de nos troupes  Trente: le
gnral Joubert, arriv dans cette ville, envoya aussitt  la poursuite
de l'ennemi.

Le gnral Vial,  la tte de l'infanterie lgre, occupa la ligne du
Lawis; les dbris de l'arme autrichienne taient de l'autre ct. Le
gnral Vial passa le Lawis  pied,  la tte de la vingt-neuvime
demi-brigade, poussa l'ennemi jusqu' Saint-Michel, lui fit huit cents
prisonniers, et joncha la terre de morts. La jonction des gnraux
Massna et Joubert est faite, et ce dernier gnral occupe la ligne du
Lawis qui couvre Trente.

L'aide-de-camp Lambert, l'adjudant Cansillon se sont particulirement
distingus.

Je me suis attach  montrer la gnrosit franaise vis--vis de
Wurmser, gnral g de soixante-dix ans, envers qui la fortune a t,
cette campagne-ci, trs-cruelle, mais qui n'a pas cess de montrer une
connaissance et un courage que l'histoire remarquera. Envelopp de tous
cts aprs la bataille de Bassano, perdant d'un seul coup une partie du
Tyrol et son arme, il ose esprer de pouvoir se rfugier dans Mantoue,
dont il est loign de quatre  cinq journes, passe l'Adige, culbute
une de nos avant-gardes  Cerca, traverse la Molinella et arrive dans
Mantoue. Enferm dans cette ville, il a fait deux ou trois sorties,
toutes lui ont t malheureuses, et  toutes il tait  la tte. Mais,
outre les obstacles trs-considrables que lui prsentaient nos lignes
de circonvallation, hrisses de pices de campagne, qu'il tait oblig
de surmonter, il ne pouvait agir qu'avec des soldats dcourags par tant
de dfaites, et affaiblis par les maladies pestilentielles de Mantoue.
Ce grand nombre d'hommes qui s'attachent toujours  calomnier le
malheur, ne manqueront pas de chercher  perscuter Wurmser.

Le gnral Serrurier et le gnral Wurmser ont d avoir hier une
confrence pour fixer le jour de l'excution de la capitulation, et
s'accorder sur les diffrens qu'il y a entre l'accord et le propos.

La division du gnral Victor a couch le 13  Imola, premire ville de
l'tat papal. L'arme de Sa Saintet avait coup les ponts, et s'tait
retranche avec le plus grand soin sur la rivire de Senio, qu'elle
avait borde de canons. Le gnral Lannes, commandant l'avant-garde,
aperut les ennemis qui commenaient  le canonner: il ordonna aussitt
aux claireurs de la lgion lombarde d'attaquer les tirailleurs
papistes; le chef de brigade Lahoz, commandant cette lgion, runit
ses grenadiers, qu'il fit former en colonne serre, pour enlever, la
baonnette au bout du fusil, les batteries ennemies. Cette lgion, qui
voit le feu pour la premire fois, s'est couverte de gloire; elle a
enlev quatorze pices de canon sous le feu de trois  quatre mille
hommes retranchs. Pendant que le feu durait, plusieurs prtres, un
crucifix  la main, prchaient ces malheureuses troupes. Nous avons
pris  l'ennemi quatorze pices de canon, huit drapeaux, quatre mille
prisonniers, et tu quatre ou cinq cents hommes. Le chef de brigade
Lahoz a t lgrement bless. Nous avons eu quarante hommes tus ou
blesss.

Nos troupes se portrent aussitt sur Faenza, elles en trouvrent les
portes fermes; toutes les cloches sonnaient le tocsin, et une populace
gare prtendait en dfendre l'issue. Tous les chefs, notamment
l'vque, s'taient sauvs: deux ou trois coups de canon enfoncrent les
portes, et nos gens entrrent au pas de charge. Les lois de la guerre
m'autorisaient  mettre cette ville infortune au pillage; mais comment
se rsoudre  punir aussi svrement toute une ville pour le crime de
quelques prtres? J'ai envoy chez eux cinquante officiers que j'avais
faits prisonniers, pour qu'ils allassent clairer leurs compatriotes, et
leur faire sentir les dangers qu'une extravagance pareille  celle-ci
leur ferait courir. J'ai fait, ce matin, venir tous les moines, tous les
prtres; je les ai rappels aux principes de l'vangile, et j'ai employ
toute l'influence que peuvent avoir la raison et la ncessit, pour les
engager  se bien conduire: ils m'ont paru anims de bons principes;
j'ai envoy  Ravennes le gnral des camaldules, pour clairer cette
ville, et viter les malheurs qu'un plus long aveuglement pourrait
produire; j'ai envoy  Czne, patrie du pape actuel, le P. don
Ignacio, prieur des bndictins.

Le gnral Victor continua hier sa route, et se rendit matre de Forti;
je lui ai donn l'ordre de se porter aujourd'hui  Czne. Je vous ai
envoy diffrentes pices qui convaincront l'Europe entire de la folie
de ceux qui conduisent la cour de Rome. Je vous enverrai aussi deux
autres affiches, qui vous convaincront de la dmence de ces gens-ci; il
est dplorable de penser que cet aveuglement cote le sang des pauvres
peuples, innocens instrumens et de tout temps victimes des thologiens.
Plusieurs prtres, et entre autres un capucin, qui prchaient l'arme
des catholiques, ont t tus sur le champ de bataille.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Forti, le 15 pluviose an 5 (3 fvrier 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous fais passer, citoyens directeurs, le mmoire que m'envoie le
citoyen Faypoult; vous frmirez d'indignation, lorsque vous y verrez
avec quelle impudence on vole la rpublique. Je donne les ordres pour
que l'on arrte le citoyen Legros, contrleur de la trsorerie, et le
commissaire des guerres Lequeue; j'engage le citoyen Faypoult  faire
arrter  Gnes les citoyens Paillaud et Peregaldo. Vous ne souffrirez
pas, sans doute, que les voleurs de l'arme d'Italie trouvent leur
refuge  Paris. Pendant que je me battais et que j'tais loign de
Milan, le citoyen Flachat s'en est all, emportant cinq  six millions
 l'arme, et nous a laisss dans le plus grand embarras. Si l'on ne
trouve pas de moyens d'atteindre la friponnerie manifestement reconnue
de ces gens-l, il faut renoncer au rgne de l'ordre,  l'amlioration
de nos finances et  maintenir une arme aussi considrable en Italie.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Bologne, le 18 pluviose an 5 (6 fvrier 1797).

_Proclamation._

L'arme franaise va entrer sur le territoire du pape; elle protgera la
religion et le peuple.

Le soldat franais porte d'une main la baonnette, sr garant de la
victoire, et offre, de l'autre, aux diffrentes villes et villages paix,
protection et sret... Malheur  ceux qui la ddaigneraient, et qui,
de gat de coeur, sduits par des hommes profondment hypocrites et
sclrats, attireraient dans leurs maisons la guerre et ses horreurs,
et la vengeance d'une arme qui a, dans six mois, fait cent mille
prisonniers des meilleures troupes de l'empereur, pris quatre cents
pices de canon, cent dix drapeaux, et dtruit cinq armes.

ART. 1er. Tout village ou ville, o,  l'approche de l'arme franaise,
on sonnera le tocsin, sera sur-le-champ brl, et les municipaux seront
fusills.

II. La commune sur le territoire de laquelle sera assassin un Franais
sera sur-le-champ dclare en tat de guerre; une colonne mobile y sera
envoye; il y sera pris des otages, et il y sera lev une contribution
extraordinaire.

III. Tous les prtres, religieux et ministres de la religion, sous
quelques noms que ce soit, seront protgs et maintenus dans leur tat
actuel, s'ils se conduisent selon les principes de l'vangile, et, s'ils
sont les premiers  le transgresser, ils seront traits militairement,
et plus svrement que les autres citoyens.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Pezaro, le 19 pluviose an 5 (7 fvrier 1797).

_Au directoire excutif._

Le gnral Bernadotte m'crit de Metz pour m'annoncer que les six
demi-brigades venant de l'arme de Sambre-et-Meuse, qui, au compte du
gnral Moreau, devaient tre de deux mille quatre cents hommes chacune,
ce qui devrait faire quatorze mille quatre cents hommes, n'en font que
douze mille huit cents. En supposant que les six demi-brigades envoyes
par le gnral Moreau soient d'gale force, cela ferait vingt-cinq mille
hommes: pour avoir trente mille hommes, il faudrait donc encore ordonner
le dpart de deux demi-brigades; vous pourriez nous en envoyer deux de
l'arme de l'Ocan.

Ces corps perdront ncessairement en route du monde; le moins qu'ils
puissent perdre, c'est cinq cents hommes chacun, ce qui rduirait le
secours de trente mille hommes annoncs pour l'arme  dix-neuf mille
hommes; je crois donc qu'il serait ncessaire que vous nous envoyassiez
encore trois demi-brigades, en les tirant, soit de l'arme des
dpartemens de l'intrieur, soit des deux armes du Rhin. Avec ces cinq
demi-brigades de renfort, le secours extraordinaire envoy serait de
dix-sept demi-brigades: c'est beaucoup les calculer, si on les porte,
arrives  Milan,  quinze cents hommes, surtout les demi-brigades
d'infanterie lgre, qui ne sont gure, dans toutes les armes, que la
moiti des autres; ces demi-brigades feraient donc vingt-cinq mille cinq
cents hommes. Le secours serait donc encore infrieur de cinq mille
hommes aux trente mille que votre intention est d'envoyer  l'arme
d'Italie.

Le gnral Kellermann vous fait un double emploi quand il compte la
quarantime, qui nous a t envoye il y a deux mois, et qui a t
porte sur un autre envoi. Nous n'avons donc vritablement reu, des
dix mille hommes annoncs, que la soixante-quatrime et la treizime,
formant en tout moins de quatre mille hommes.

Il m'est annonc quatre rgimens de troupes  cheval des deux armes,
et le quinzime de chasseurs venant de Bourges. Je vous ai demand deux
escadrons, rests  Bordeaux et  Marseille, du dix-huitime de dragons;
deux escadrons du cinquime de cavalerie et du neuvime de dragons
rests  Lyon, et les diffrens petits dtachemens de la cavalerie de
l'arme qui sont rests dans la huitime division, et qu'il est instant
de rallier  leurs corps. Si vous pouvez m'envoyer six cents hommes de
grosse cavalerie, six cents dragons et sept  huit cents hommes des
diffrentes armes de la cavalerie,  pied et arms, et que nous
chercherons  monter avec les chevaux que nous pourrons trouver, je me
trouverai suffisamment fort en cavalerie.

De l'annonce faite, au commencement de la campagne, par le ministre,
de l'artillerie lgre, il nous manque quatre compagnies, qui ne sont
jamais venues; nous en avons le plus grand besoin.

Je compte mettre en ligne contre les Allemands la lgion lombarde, qui
se bat assez bien; mais elle n'est pas  quinze cents hommes. La lgion
polonaise qu'on lve fournira  peu prs quinze cents hommes, qui, avec
la lgion cispadane, serviront  garder l'Italie infrieure.

Je vous prie d'envoyer  l'arme le citoyen Champeaux, ci-devant chef de
brigade du dixime de chasseurs, et que j'ai nomm chef de brigade du
septime de hussards, qui est trs-pillard, mais que Champeaux remettra
 l'ordre.

Je vous recommande de nous envoyer deux mille charretiers pour
l'artillerie.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Ancne, le 22 pluviose an 5 (10 fvrier 1797).

_Au directoire excutif._

Nous avons beaucoup  nous plaindre, citoyens directeurs, de la conduite
des baillis suisses. Je n'ai fait mettre les barques canonnires sur
le lac de Lugano que pour empcher la contrebande qui se faisait, et
arrter la dsertion des prisonniers autrichiens, protgs par les
Suisses. Nous avions droit de mettre ces barques sur le lac, puisqu'une
bonne partie du rivage nous appartient; d'ailleurs, si les baillis
suisses continuent  se mal conduire, je ne leur accorderai plus de bl,
et s'ils se permettent des voies de fait, je ferai brler les villages
qui se seront mal comports. Les Suisses d'aujourd'hui ne sont plus les
hommes du quatorzime sicle: ils ne sont fiers que lorsqu'on les cajole
trop; ils sont humbles et bas lorsqu'on leur fait sentir qu'on n'a pas
besoin d'eux: si nous ne les secourions pas du ct du Milanez, ils
mourraient de faim; nous avons donc le droit d'exiger qu'ils se
conduisent avec gard.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Ancne, le 22 pluviose an 5 (10 fvrier 1797).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Nous avons conquis en peu de jours la Romagne, le duch d'Urbin et la
marche d'Ancne. Nous avons fait  Ancne douze cents prisonniers de
l'arme du pape; ils s'taient posts habilement sur des hauteurs en
avant d'Ancne. Le gnral Victor les a envelopps, et les a tous pris
sans tirer un coup de fusil. L'empereur venait d'envoyer au pape trois
mille beaux fusils, que nous avons trouvs dans la forteresse
d'Ancne avec prs de cent vingt pices de canon de gros calibre; une
cinquantaine d'officiers que nous avons faits prisonniers ont t
renvoys, avec le serment de ne plus servir le pape. La ville d'Ancne
est le seul port qui existe, depuis Venise, sur l'Adriatique; il est,
sous tous les points de vue, trs-essentiel pour notre correspondance de
Constantinople: en vingt-quatre heures on va d'ici en Macdoine. Aucun
gouvernement n'tait aussi mpris par les peuples mmes qui lui
obissent, que celui-ci. Au premier sentiment de frayeur que cause
l'entre d'une arme ennemie, a succd la joie d'tre dlivr du plus
ridicule des gouvernemens.

Le 22,  six heures du soir.

_P.S._ Nous sommes matres de Notre-Dame-de-Lorette.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Ancne, le 23 pluviose an 5 (11 fvrier 1797).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Je vous ferai passer la capitulation de Mantoue; nos troupes ont occup
la citadelle le 15 et, aujourd'hui, la ville est entirement vacue par
les Autrichiens. Je vous enverrai les inventaires de l'artillerie et
du gnie et la revue de la garnison, ds l'instant qu'ils me seront
parvenus. C'est le gnral Serrurier qui a assig la premire fois
Mantoue; le gnral Kilmaine, qui a tabli le deuxime blocus, a
rendu de grands services; c'est lui qui a ordonn que l'on fortifit
Saint-George, qui nous a si bien servis depuis. La garnison de Mantoue a
mang cinq mille chevaux, ce qui fait que nous en avons fort peu
trouv. Je vous demande le grade de gnral de brigade pour le citoyen
Chasseloup, commandant du gnie de l'arme. Il a assig le chteau de
Milan, la ville de Mantoue, et on en tait dj aux batteries de brche,
lorsque j'ordonnai qu'on levt le sige; il a, dans cette campagne, fait
fortifier Peschiera, Legnago et Pizzighitone. Je vous demande le grade
de chef de brigade pour les citoyens Samson et Maubert; ils l'ont
mrit, en rendant des services dans plus de quarante combats, et en
faisant des reconnaissances dangereuses et utiles. Je vous ai demand le
grade de gnral de division d'artillerie pour le gnral Lespinasse. Je
vous prie aussi d'employer le gnral Dommartin dans l'arme d'Italie.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Ancne, le 25 pluviose an 5 (13 fvrier 1797).

_ Monsieur le cardinal Mattei._

J'ai reconnu, dans la lettre que vous vous tes donn la peine de
m'crire, monsieur le cardinal, cette simplicit de moeurs qui vous
caractrise. Vous verrez, par l'imprim que je vous envoie, les raisons
qui m'ont engag  rompre l'armistice conclu entre la rpublique
franaise et Sa Saintet.

Personne n'est plus convaincu du dsir que la rpublique franaise avait
de faire la paix, que le cardinal Busca, comme il l'avoue dans sa lettre
 M. Albani, qui a t imprime et dont j'ai l'original dans les mains.

On s'est ralli aux ennemis de la France lorsque les premires
puissances de l'Europe s'empressaient de reconnatre la rpublique et de
dsirer la paix avec elle; on s'est longtemps berc de vaines chimres
et on n'a rien oubli pour consommer la destruction de ce beau pays.
Je n'entendrai jamais  aucune proposition qui tendrait  terminer les
hostilits entre la rpublique franaise et Sa Saintet, qu'au pralable
on n'ait ordonn le licenciement des rgimens crs aprs l'armistice;
secondement, que l'on n'ait t par notification publique le commandant
de l'arme de Sa Saintet aux officiers-gnraux envoys par l'empereur.
Ces clauses remplies, il reste encore  Sa Saintet un espoir de
sauver ses tats en prenant plus de confiance dans la gnrosit de la
rpublique franaise, et en se livrant toute entire et promptement 
des ngociations pacifiques.

Je sais que Sa Saintet a t trompe: je veux bien encore prouver 
l'Europe entire la modration du directoire excutif de la rpublique
franaise, en lui accordant cinq jours pour envoyer un ngociateur muni
de pleins pouvoirs, qui se rendra  Foligno, o je me trouverai et o
je dsire de pouvoir contribuer en mon particulier  donner une preuve
clatante de la considration que j'ai pour le Saint-Sige.

Quelque chose qu'il arrive, monsieur le cardinal, je vous prie d'tre
persuad de l'estime distingue avec laquelle je suis, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Macereta, le 27 pluviose an 5 (15 fvrier 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous fais passer, citoyens directeurs, 1. la copie d'une lettre que
m'a crite le cardinal Mattei.

2. La copie d'une note qui m'a t remise par le prince de Belmonte
Pignatelli, envoy prs de moi par sa cour.

Il m'a dit confidentiellement et m'a montr des articles de son
instruction, aussi trs-confidentiellement et non officiellement, o
le roi son matre prenait un tel intrt aux affaires de Rome, qu'il
faisait marcher un corps de troupes pour appuyer ses reprsentations sur
Rome.

Je lui ai rpondu trs-confidentiellement que, si je n'avais point
abattu l'orgueil du pape, il y a trois mois, c'est que je ne doutais pas
que le roi de Naples voulait se mler, contre le droit des gens et la
teneur du trait, de cette affaire-l, et que vritablement alors je
n'avais pas le moyen de lui rpondre; mais qu'aujourd'hui j'avais de
disponibles les trente mille hommes qui taient devant Mantoue, et les
quarante mille hommes qui me venaient de l'intrieur; que si le roi son
matre me jetait le gant, je le ramasserais; que la rpublique donnerait
au roi de Naples toutes les satisfactions compatibles avec sa dignit et
son intrt: il a, en reprenant le ton officiel, dsavou ce qui avait
t dit en confidence.

J'ai rpondu au cardinal Mattei la lettre que je vous envoie, au prince
Belmonte Pignatelli la note que je vous envoie galement.

Je vous fais tenir la mesure que j'ai adopte  Ancne pour
l'organisation de l'administration, le parti que j'ai pris ici
relativement  l'organisation de la province, ainsi qu'un ordre que j'ai
donn en faveur des prtres rfractaires. Cet ordre n'est pas contraire
 la loi; il est conforme  nos intrts et  la bonne politique: car
ces prtres nous sont fort attachs et beaucoup moins fanatiques que les
Romains. Ils sont accoutums  ce que les prtres ne gouvernent pas, et
c'est dj beaucoup: ils sont trs-misrables; les trois quarts pleurent
quand ils voient un Franais: d'ailleurs,  force d'en faire des
battues, ou les oblige  se rfugier en France. Comme ici nous ne
touchons en aucune manire  la religion, il vaut beaucoup mieux qu'ils
y restent; si vous approuvez cette mesure et qu'elle ne contrarie pas
les principes gnraux, je tirerai de ces gens-l un grand parti en
Italie.

Ancne est un trs-bon port, on va del en vingt-quatre heures en
Macdoine, et en dix jours  Constantinople. Mon projet est d'y ramasser
tous les juifs possible; je fais mettre dans le meilleur tat de dfense
la forteresse; il faut que nous conservions le port d'Ancne  la paix
gnrale, et qu'il reste toujours franais: cela nous donnera une
grande influence sur la Porte Ottomane et nous rendra matres de la
mer Adriatique, comme nous le sommes, par Marseille, l'le de Corse et
Saint-Pierre, de la Mditerrane. Quinze cents hommes de garnison, et 2
 300,000 liv. pour fortifier un monticule voisin, et cette ville sera
susceptible de soutenir un trs-long sige.

Loretto contenait un trsor  peu prs de 3,000,000 liv. tournois, ils
nous ont laiss  peu prs pour un million sur les sept; je vous envoie
de plus la madone avec toutes les reliques. Cette caisse vous sera
directement adresse, et vous en ferez l'usage que vous jugerez
convenable; la madone est de bois.

La province de Macereta, connue plus communment sous le nom de Marche
d'Ancne, est une des plus belles et sans contredit la plus riche des
tats du pape. Nos troupes seront, j'espre, ce soir  Foligno, et
passeront la journe de demain  se runir au deuxime bataillon de la
soixante-troisime qui tait  Livourne, et que j'ai fait venir. Voici
ce que je compte faire:

J'accorderai la paix au pape, moyennant qu'il cdera en toute proprit
 la rpublique la lgation de Bologne, la lgation de Ferrare, la
lgation de Romagne, le duch d'Urbin et la Marche d'Ancne, et qu'il
nous paiera, 1. les 3,000,000 valeur du trsor de Loretto; 2. les
15,000,000 valeur de ce qui reste d pour l'armistice; il donnera tous
les chevaux de cavalerie, tous les chevaux de son artillerie; qu'il
chassera Colli et tous les Autrichiens, et nous donnera les armes de
tous les nouveaux rgimens crs depuis l'armistice. Si cela n'est pas
accept, j'irai  Rome.

Je prfre l'accommodement  aller  Rome, 1. parce que cela m'vitera
une discussion qui peut tre trs-srieuse avec le roi de Naples; 2.
parce que le pape et tous les princes se sauvant de Rome, je ne pourrai
jamais en tirer ce que je demande; 3. parce que Rome ne peut pas
exister long-temps dpouille de ses belles provinces: une rvolution
s'y fera toute seule. 4. Enfin la cour de Rome nous cdant tous ses
droits sur ce pays, on ne pourra pas,  la paix gnrale, regarder cela
comme un succs momentan, puisque ce sera une chose trs-finie; et
enfin cela nous donnera la division qui est ici, disponible tout de
suite pour les oprations du Frioul, et me donnera le temps, avant
d'tre entr en lutte avec les Autrichiens, de conclure quelque article
secret avec le snat de Venise.

Je vous enverrai incessamment la seconde lettre que vient de m'crire le
cardinal Mattei.

Rien de nouveau, de bien intressant dans le Tyrol, ni sur la Piave,
si ce n'est des escarmouches, dont l'tat-major vous fait passer le
bulletin.

Je vous enverrai l'inventaire de l'artillerie trouve  Mantoue, Ancne
et autres places.

J'attends toujours Villemansy avec la plus grande impatience. Nous avons
besoin d'un homme qui ait le sens commun dans cette place: tous ceux que
j'ai vus depuis le commencement de la campagne, sont  peine bons pour
tre commissaires dans une place.

Verninac est arriv  Naples, je lui rpondrai du moment que le chemin
sera libre, pour lui indiquer la route qu'il doit tenir.

BONAPARTE



Au quartier-gnral  Tolentino, le 29 pluviose an 5 (17 fvrier 1797).

_Au gnral Joubert._

Vous avez d recevoir, citoyen gnral, la onzime demi-brigade et la
cinquime: la vingt-sixime d'infanterie lgre doit tre,  l'heure
qu'il est,  Verone; elle a ordre de suivre la cinquime, devant tre
de la mme division avec ces dernires brigades. J'avais pens que le
quartier-gnral de cette division devait tre  Borgo de Val-Sugano;
cependant, si vous croyez qu'il serait mieux plac  Levico ou 
Pergine, je vous autorise  donner des ordres en consquence.

J'ai reu votre lettre du 21 pluviose, je vous engage  rflchir et 
observer davantage les localits; car je ne conois pas que, votre ligne
du Lawis force, et votre mouvement de retraite excut pendant la nuit,
vous n'ayez pas une position intermdiaire la plus rapproche possible
de cette premire, o vous puissiez vous tenir toute la journe,
remettre ensemble vos troupes, et recevoir les hommes parpills ou les
corps qui n'auraient pas pu rejoindre dans la nuit; la nuit suivante,
vous remettre en marche, s'il le faut, et reprendre la ligne de Mori
et de Torbole, et l tenir en chec l'ennemi plusieurs jours; enfin,
arriver  la Corona, au camp retranch de Castel-Novo, et enfin sous les
murs de Mantoue ou de Verone: agir autrement, ce ne serait pas faire
la guerre, dont l'art ne consiste qu' gagner du temps lorsqu'on a des
forces infrieures. Pour empcher l'ennemi d'attaquer d'abord Torbole et
Mori, le moyen qui m'a paru le plus clair tait de faire construire un
pont sur l'Adige et d'en retrancher la tte: ce pont devrait tre situ
entre Roveredo et Trente. Par ce moyen, l'ennemi ne peut rien tenter
sur Mori et Torbole, mme aprs avoir forc le gnral Rey, qui doit
toujours excuter sa retraite sur Torbole.

Je vous prie de me rpondre positivement  cette question: Y a-t-il,
de Torbole  Mori, une bonne ligne? Elle servirait par le lac et par
l'Adige, et j'avais ordonn: 1. que l'on ferait  cette ligne tous les
travaux ncessaires; 2. qu'on y construirait dans l'endroit le plus
favorable une redoute avec des coupures de chemins, de manire que cela
ft la mme position que la Chiusa et Rivoli,  l'exception que l'ennemi
n'tant pas sur la rive du ct de Mori, on n'a pas besoin d'autant de
forces pour dfendre ce point, que pour le plateau de Rivoli.

Je vous prie de relire l'instruction que je vous ai fait passer
au moment de votre entre  Trente, et d'en faire strictement les
prparatifs, cela tenant  un systme gnral de guerre pour la campagne
dans laquelle nous allons entrer, me reposant entirement sur vous et
sur le commandant du gnie, auquel j'ai donn ordre de se rendre 
Trente; sur les positions  tenir et sur l'application des ides
gnrales contenues dans mon instruction.

Mon principe pour la dfense du Tyrol est, ds l'instant que vous tes
oblig d'vacuer Trente, de vous rallier en avant de Roveredo, occupant,
avec toute la division Rey, les hauteurs de Mori: ralli l pendant
toute une journe, passer l'Adige et placer les trois divisions entre
l'Adige, Mori et Torbole, plaant seulement quelques pices de canon et
quelques dtachemens dans les endroits les plus troits entre Mori et
Rivoli, pour empcher l'ennemi de pouvoir se porter sur Ala, et mme y
construire, dans l'endroit le plus favorable, une bonne redoute, ayant
soin de pratiquer des coupures de tous les cts, et vis--vis de
laquelle on doit avoir un pont avec une tte trs-bien retranche. Qui
est matre d'une rive de l'Adige et a un pont, est matre des deux
rives. Lorsqu'ensuite l'occupation de la ligne de Torbole et Mori par
suite des vnemens qui peuvent arriver aux autres divisions de l'arme,
deviendrait inutile, alors Mantoue, Peschiera, ou une place quelconque,
offrent une protection  la division.

La ligne de Rivoli ne peut donc plus me servir de rien,  moins que ce
ne soit comme ligne de passage pour gagner quelques jours de temps:
cette ligue est trop loigne des gorges de la Brenta, pour que le corps
d'arme puisse jamais tre secouru par un mouvement de flanc sur Trente:
au lieu que celle de Mori, avec un pont qui permet de passer de l'autre
ct, aide aux divisions, qui, par un mouvement rtrograde, enfileraient
les gorges de la Brenta, pour se porter sur les flancs de l'ennemi 
Trente. En voil assez, je crois, pour vous faire sentir l'importance
de la position de Mori; il faut que l'art y seconde la nature. S'il
arrivait une circonstance o vous puissiez tre forc dans la ligne de
Torbole, plus tt que dix jours aprs l'avoir t au Lawis, la campagne
serait manque.

Sous peu de jours, je serai de retour  l'arme, o je sens que ma
prsence devient ncessaire. L'arme est  trois jours de Rome, je suis
en trait avec cette prtraille, et, pour cette fois-ci, le Saint-Pre
sauvera encore sa capitale, en nous cdant ses plus beaux tats et de
l'argent, et, par ce moyen, nous sommes en mesure pour excuter la
grande tche de la campagne prochaine.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Tolentino, le 30 pluviose an 5 (18 fvrier 1797).

_Au directoire excutif._

Nos troupes se sont empares de l'Ombrie et du pays de Perrugia; nous
sommes matres aussi de la petite province de Camerino.

Je rencontre ici le cardinal Mattei, le neveu du pape, le marquis
Massimo, et monsieur Galeppi, qui viennent avec des pleins pouvoirs du
pape pour traiter.

On m'a crit de Venise que le prince Charles est arriv  Trieste,
et que, de tous cts, les troupes autrichiennes sont en marche pour
renforcer l'arme ennemie.

Je vous ai instruit, par ma dernire dpche, que les douze
demi-brigades que vous m'envoyez, ne faisaient pas dix-neuf mille
hommes. Le ministre de la guerre vient d'crire au gnral Kellermann de
garder deux mille hommes et de faire retourner un rgiment de cavalerie
 l'arme du Rhin. Voil donc les trente mille hommes que vous
m'annonciez rendus  dix-sept mille hommes: c'est un trs-beau renfort
pour l'arme d'Italie! mais cela me rend trop faible pour pouvoir me
diviser en deux corps d'arme, et excuter le plan de campagne que je
m'tais propos.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Tolentino, le 1er ventose an 5 (19 fvrier 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous fais passer, citoyens directeurs, le rapport du citoyen Monge,
que j'ai envoy  Saint-Marin, avec le discours qu'il a prononc lorsque
les douze drapeaux pris sur le pape et cinq drapeaux autrichiens, reste
de ceux pris aux dernires affaires, ont t apports.

Le gnral Bernadotte est arriv, et sa division se runit  Padoue;
le calcul que j'avais fait, de porter les demi-brigades  quinze cents
hommes, l'une portant l'autre, se vrifie.

Je vous demande le grade de gnral de brigade pour l'adjudant-gnral
Duphot, qui a eu, dans ces diffrentes affaires, cinq chevaux tus sous
lui: c'est un de nos plus braves officiers.

Le pape a ratifi le trait de paix conclu  Tolentino; ds que j'en
aurai l'original, je vous l'expdierai.

Le roi de Sardaigne a approuv le trait d'alliance offensive et
dfensive conclu par le gnral Clarke, qui, dans des lettres
trs-dtailles, vous expose les diffrentes dmarches qu'il a faites
pour arriver  des ngociations de paix. Il nous a paru que l'on ne
pouvait pas  la fois entamer une ngociation de paix spare avec
Vienne, et prter l'oreille  la proposition qui serait faite 
l'ouverture d'un congrs: tant que la cour de Vienne aura l'espoir
d'obtenir de nous l'ouverture d'un congrs, elle n'entendra jamais des
propositions de paix spare.

Nous ne porterons jamais la cour de Vienne  entrer en ngociation avec
nous, qu'en nous prononant dcidment contre l'ouverture d'un congrs,
qui, par la lenteur des formes, ne pourrait pas viter la campagne
qui va s'ouvrir, et qu'un esprit d'humanit et de philosophie, qui,
malheureusement, n'est pas partag par l'empereur, vous fait dsirer
d'viter.

Je fais travailler  l'armement et aux approvisionnemens de Mantoue,
dans le mme temps que je fais travailler aux mines pour la dtruire.
Notre position en Italie me parat fort satisfaisante.

Je n'ai pas t  Milan depuis la prise de Mantoue, parce que les
habitans de la Lombardie attendent mon arrive, et esprent que je vais
leur permettre la runion de leurs assembles primaires.

Le moment d'excuter vos ordres pour Venise n'est pas encore arriv; il
faut, avant, ter toute incertitude sur le sort des combats que les deux
armes vont avoir  se livrer; je dsirerais mme que la flottille que
le ministre de la marine me promet, ft arrive dans l'Adriatique.

J'ai nomm le citoyen Meuron, qui nous a rendu des services sur le
lac de Garda, consul de la rpublique  Ancne: je vous prie de le
confirmer.

J'espre, avant quinze jours, indpendamment de la corvette _la Brune_,
qui est arrive dans l'Adriatique, avoir une vingtaine de corsaires 
Ancne; ce qui nous rendra matres du commerce de l'Adriatique.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Tolentino, le 1er ventse an 5 (19 fvrier 1797).

_ Sa Saintet le Pape Pie VI._

Je dois remercier Votre Saintet des choses obligeantes contenues dans
la lettre qu'elle s'est donn la peine de m'crire.

La paix entre la rpublique franaise et Votre Saintet vient d'tre
signe, je me flicite d'avoir pu contribuer  son repos particulier.

J'engage Votre Saintet  se mfier des personnes qui sont 
Rome, vendues aux cours ennemies de la France, ou qui se laissent
exclusivement guider par les passions haineuses, qui entranent toujours
la perte des tats.

Toute l'Europe connat les inclinations pacifiques et les vertus
conciliatrices de Votre Saintet. La rpublique franaise sera,
j'espre, une des amies les plus vraies de Rome.

J'envoie mon aide-de-camp, chef de brigade, pour exprimer  Votre
Saintet l'estime et la vnration parfaites que j'ai pour sa personne,
et je la prie de croire au dsir que j'ai de lui donner, dans toutes les
occasions, les preuves de respect et de vnration avec lesquels j'ai
l'honneur d'tre, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Bassano, le 20 ventose an 5 (10 mars 1797).

_Aux soldats de l'arme d'Italie._

La prise de Mantoue vient de finir une campagne qui vous a donn des
titres ternels  la reconnaissance de la patrie.

Vous avez remport la victoire dans quatorze batailles ranges et
soixante-dix combats; vous avez fait plus de cent mille prisonniers,
pris  l'ennemi cinq cents pices de canon de campagne, deux mille de
gros calibre, quatre quipages de pont.

Les contributions mises sur les pays que vous avez conquis ont nourri,
entretenu, sold l'arme pendant toute la campagne; vous avez en outre
envoy trente millions au ministre des finances pour le soulagement du
trsor public.

Vous avez enrichi le Musum de Paris de plus de trois cents objets,
chefs-d'oeuvre de l'ancienne et nouvelle Italie, et qu'il a fallu trente
sicles pour produire.

Vous avez conquis  la rpublique les plus belles contres de l'Europe;
les rpubliques Lombarde et Cispadane vous doivent leur libert; les
couleurs franaises flottent pour la premire fois sur les bords
de l'Adriatique, en face et  vingt-quatre heures de navigation de
l'ancienne Macdoine; les rois de Sardaigne, de Naples, le pape, le duc
de Parme se sont dtachs de la coalition de nos ennemis, et ont brigu
notre amiti; vous avez chass les Anglais de Livourne, de Gnes, de la
Corse...; mais vous n'avez pas encore tout achev, une grande destine
vous est rserve: c'est en vous que la patrie met ses plus chres
esprances, vous continuerez  en tre dignes.

De tant d'ennemis qui se coalisrent pour touffer la rpublique,  sa
naissance, l'empereur seul reste devant nous. Se dgradant lui-mme
du rang d'une grande puissance, ce prince s'est mis  la solde des
marchands de Londres; il n'a plus de politique, de volont que celle
de ces insulaires perfides, qui, trangers aux malheurs de la guerre,
sourient avec plaisir aux maux du continent.

Le directoire excutif n'a rien pargn pour donner la paix  l'Europe;
la modration de ses propositions ne se ressentait pas de la force de
ses armes: il n'avait pas consult votre courage, mais l'humanit et
l'envie de vous faire rentrer dans vos familles; il n'a pas t cout
 Vienne; il n'est donc plus d'esprances pour la paix, qu'en allant la
chercher dans le coeur des tats hrditaires de la maison d'Autriche.
Vous y trouverez un brave peuple accabl par la guerre qu'il a eue
contre les Turcs, et par la guerre actuelle. Les habitans de Vienne et
des tats de l'Autriche gmissent sur l'aveuglement et l'arbitraire de
leur gouvernement; il n'en est pas un qui ne soit convaincu que l'or de
l'Angleterre a corrompu les ministres de l'empereur. Vous respecterez
leur religion et leurs moeurs, vous protgerez leurs proprits; c'est
la libert que vous apporterez  la brave nation hongroise.

La maison d'Autriche, qui, depuis trois sicles, va perdant  chaque
guerre une partie de sa puissance, qui mcontente ses peuples, en les
dpouillant de leurs privilges, se trouvera rduite,  la fin de cette
sixime campagne (puisqu'elle nous contraint  la faire)  accepter la
paix que nous lui accorderons, et  descendre, dans la ralit, au rang
des puissances secondaires, o elle s'est dj place en se mettant aux
gages et  la disposition de l'Angleterre.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Bassano, le 20 ventose an 5 (10 mars 1797).

_ M. Bataglia, provditeur-gnral de la rpublique de Venise 
Verone._


J'ai t douloureusement affect en apprenant que la tranquillit
publique est trouble  Brescia. J'espre que, moyennant la sagesse des
mesures que vous prendrez, il n'y aura pas de sang de rpandu. Vous
savez que, dans la position actuelle des esprits en Europe, les
perscutions ne feraient qu'autoriser les mcontens contre le
gouvernement.

Dans la plupart des villes de l'tat vnitien, il y a des personnes qui
montrent  chaque instant leur partialit pour les Autrichiens, qui
ne cessent de maudire et de se montrer trs-indisposes contre les
Franais. Quelques-unes, mais en petit nombre, paraissent prfrer les
moeurs et l'affabilit des Franais  la rudesse des Allemands. Il
serait injuste de punir ces derniers et de leur faire un crime de la
partialit que l'on ne trouve pas mauvaise en faveur des Allemands.

Le snat de Venise ne peut avoir aucune espce d'inquitude, devant tre
bien persuad de la loyaut du gouvernement franais, et du dsir que
nous avons de vivre en bonne amiti avec votre rpublique; mais je ne
voudrais pas que, sous prtexte de conspiration, l'on jett sous les
plombs du palais de Saint-Marc tous ceux qui ne sont pas ennemis
dclars de l'arme franaise, et qui nous auront, dans le cours de
cette campagne, rendu quelques services.

Dsirant pouvoir contribuer  rtablir la tranquillit et ter toute
espce de mfiance entre les deux rpubliques, je vous prie, monsieur,
de me faire connatre le lieu o je pourrai avoir l'honneur de vous
voir, ainsi que de croire aux sentimens d'estime et de considration,
etc.

BONAPARTE.



Sacile, le 25 ventose an 5 (15 mars 1797).

_Instruction pour la conduite  tenir dans le Tyrol._

ART. 1er. Confirmer par une proclamation toutes les lois et tous les
magistrats existans.

2. Ordonner, par une proclamation, que l'on continue, comme 
l'ordinaire, l'exercice public du culte de la religion.

3. Beaucoup cajoler les prtres, et chercher  se faire un parti parmi
les moines, en ayant soin de bien distinguer les thologiens et les
autres savans qui peuvent exister parmi eux.

4. Parler en bien de l'empereur, dire beaucoup de mal de ses ministres
et de ceux qui le conseillent.

5. Donner un ordre pour que tous les Tyroliens qui ont t au service
de l'empereur rentrent chez eux, et leur assurer la protection et la
sauve-garde de la rpublique.

6. Ds l'instant qu'on serait matre de Brixen et de tous les pays en
de des hautes montagnes, y tablir une commission de gouvernement, 
laquelle vous donnerez le nom et l'organisation consacrs dans le
pays, que vous chargerez de percevoir toutes les impositions qui se
percevaient pour le compte de l'empereur, et qu'elle versera, sous sa
responsabilit, dans la caisse de l'arme.

7. Ne prendre ni les monts-de-pit, ni les caisses qui appartiendront
aux villes, mais seulement les caisses et magasins appartenant 
l'empereur; enfin, avoir beaucoup d'amnit et chercher  se concilier
les habitans.

8.  ces mesures on joindra celle d'excuter avec rigueur le
dsarmement, de prendre des otages dans les endroits o on le croirait
ncessaire, et de mettre des impositions en forme de contributions
sur les villages qui se conduiraient mal, et o il y aurait eu de nos
soldats assassins.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Valdasone, le 27 ventose an 5 (17 mars 1797).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Depuis la bataille de Rivoli, l'arme d'Italie occupait les bords de
la Piave et du Lawis; l'arme de l'empereur, commande par le prince
Charles, occupait l'autre rive de la Piave, avait son centre plac
derrire le Cordevole, et appuyait sa droite  l'Adige du ct de
Bellune.

Le 20, au matin, la division du gnral Massna se rend  Feltre:
l'ennemi,  son approche, vacue la ligne de Cordevole et se porte sur
Bellune.

La division du gnral Serrurier se porte  Asolo, elle est assaillie
par un temps horrible; mais le vent et la pluie,  la veille d'une
bataille, ont toujours t pour l'arme d'Italie un prsage de bonheur.

Le 23,  la pointe du jour, la division passe la Piave vis--vis le
village de Vidor: malgr la rapidit et la profondeur de l'eau, nous ne
perdons qu'un jeune tambour. Le chef d'escadron Lasalle,  la tte d'un
dtachement de cavalerie, et l'adjudant gnral Leclerc,  la tte de
la vingt-unime demi-brigade d'infanterie lgre, culbutent le corps
ennemi, qui voulait s'opposer  notre passage, et se portent rapidement
 San-Salvador. Mais l'ennemi, au premier avis du passage, a craint
d'tre cern, et a vacu son camp de Capanna.

Le gnral Guieux,  deux heures aprs midi, passe la Piave 
Ospedalleto, et arrive le soir  Conegliano: un soldat entran par
le courant est sur le point de se noyer; une femme attache  la
cinquante-unime se jette  la nage et le sauve; je lui ai fait prsent
d'un collier d'or, auquel sera suspendue une couronne civique avec le
nom du soldat qu'elle a sauv.

Notre cavalerie, dans cette journe, rencontre plusieurs fois celle de
l'ennemi, et a toujours l'avantage; nous prenons quatre-vingts hussards.

Le 23, le gnral Guieux, avec sa division, arrive  Sacile, tombe sur
l'arrire-garde ennemie, et, malgr l'obscurit de la nuit, lui fait
cent prisonniers. Un corps de hulans demande  capituler; le citoyen
Sciebeck, chef d'escadron, s'avance et reste mort; le gnral Dugua,
commandant la rserve, est lgrement bless.

Cependant, la division du gnral Massna arrive  Bellune,
poursuit l'ennemi qui s'est retir du ct de Cadore, enveloppe son
arrire-garde, fait sept cents prisonniers, parmi lesquels cent
hussards, un colonel, et le gnral Lusignan, qui commandait tout le
centre. Le dixime de chasseurs se distingue comme  son ordinaire.
M. de Lusignan s'est couvert d'opprobre par la conduite qu'il tint 
Brescia envers nos malades; j'ordonne qu'il soit conduit en France sans
pouvoir tre chang.

Le 26, la division du gnral Guieux part de Pardenone,  cinq heures
du matin; celle du gnral Bernadotte part de Sacile,  trois heures du
matin; celle du gnral Serrurier part de Sassiano,  quatre heures du
matin: tous se dirigent sur Valvasone.

La division du gnral Guieux dpasse Valvasone et arrive sur le bord du
Tagliamento,  onze heures du matin. L'arme ennemie est retranche de
l'autre ct de la rivire, dont elle prtend nous disputer le passage.
Mon aide-de-camp, chef d'escadron Croisier, va,  la tte de vingt-cinq
guides,  la reconnaissance jusqu'aux retranchemens; il est accueilli
par la mitraille.

La division du gnral Bernadotte arrive  midi: j'ordonne sur-le-champ
au gnral Guieux de se porter sur la gauche pour passer la rivire 
la droite des retranchemens ennemis, sous la protection de douze pices
d'artillerie. Le gnral Bernadotte doit la passer sur la droite; l'une
et l'autre de ces divisions forment leurs bataillons de grenadiers, se
rangent en bataille, ayant chacune une demi-brigade d'infanterie lgre
en avant, soutenue par deux bataillons de grenadiers, et flanque par
la cavalerie. L'infanterie lgre se met en tirailleurs; le gnral
Dommartin,  la gauche, et le gnral Lespinasse  la droite, font
avancer leur artillerie, et la canonnade s'engage avec la plus grande
vivacit; j'ordonne que chaque demi-brigade ploie, en colonne serre sur
les ailes de son second bataillon, ses premier et troisime bataillons.

Le gnral Duphot,  la tte de la vingt-septime d'infanterie lgre,
se jette dans la rivire; il est bientt de l'autre ct. Le gnral Bon
le soutient avec les grenadiers de la division du gnral Guieux. Le
gnral Murat fait le mme mouvement sur la droite, et est galement
soutenu par les grenadiers de la division Bernadotte. Toute la ligne
se met en mouvement, chaque demi-brigade par chelon, des escadrons
de cavalerie en arrire des intervalles. La cavalerie ennemie veut,
plusieurs fois, charger notre infanterie, mais sans succs; la rivire
est passe et l'ennemi est partout en droute. Il cherche  dborder
notre droite avec sa cavalerie, et notre gauche avec son infanterie,
j'envoie le gnral Dugua et l'adjudant-gnral Kellermann  la tte
de la cavalerie de rserve: aids par notre infanterie, commande par
l'adjudant-gnral Mireur, ils culbutent la cavalerie ennemie, et font
prisonnier le gnral qui la commande.

Le gnral Guieux fait attaquer le village de Gradisca, et malgr
les ombres de la nuit, s'en empare, et met l'ennemi dans une droute
complte; le prince Charles n'a que le temps de se sauver.

La division du gnral Serrurier,  mesure qu'elle arrive, passe la
rivire, et se met en bataille pour servir de rserve.

Nous avons pris  l'ennemi, dans cette journe, six pices de canon, un
gnral, plusieurs officiers suprieurs, et fait quatre ou cinq cents
prisonniers.

La promptitude de notre dploiement et de notre manoeuvre, la
supriorit de notre artillerie pouvantrent tellement l'arme ennemie,
qu'elle ne tint pas et profita de la auit pour fuir.

L'adjudant-gnral Kellermann a reu plusieurs coups de sabre en
chargeant,  la tte de la cavalerie, avec son courage ordinaire.

Je vais m'occuper de rcompenser les officiers qui se sont distingus
dans ces diffrentes affaires.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Gradisca, le 30 ventose an 5 (20 mars 1797).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Je vous ai rendu compte du passage de la Piave, des combats de Longara,
de Sacile, et de la journe du Tagliamento.

Le 28, la division du gnral Bernadotte part  trois heures du matin,
dpasse Palma-Nova, et prend position sur le torrent de la Torre, o les
hussards se rencontrent.

La division du gnral Serrurier prend position sur la droite, celle
du gnral Guieux sur la gauche; j'envoie le citoyen Lasalle, avec le
vingt-quatrime de chasseurs,  Voine.

L'ennemi,  notre approche, vacue Palma-Nova, o nous trouvons trente
mille rations de pain et mille quintaux de farine en magasin: il y
avait dix jours que le prince Charles s'tait empar de cette place,
appartenant aux Vnitiens; il voulait l'occuper, mais il n'avait pas eu
le temps de s'y tablir.

Le gnral Massna arrive  Saint-Daniel,  Osopo,  Gemona, et pousse
son avant-garde dans les gorges.

Le 29, le gnral Bernadotte s'avance et bloque Gradisca; le gnral
Serrurier se porte vis--vis San-Pietro pour passer l'Isonzo; l'ennemi a
plusieurs pices de canon et quelques bataillons de l'autre ct pour en
dfendre le passage.

J'ordonne diffrentes manoeuvres, qui pouvantent l'ennemi, et le
passage s'excute sans opposition. Je ne dois pas oublier le trait de
courage du citoyen Androssy, chef de brigade d'artillerie, que je
charge de reconnatre si la rivire est guable; il se prcipite
lui-mme dans l'eau, et la passe et la repasse  pied. Cet officier est
d'ailleurs distingu par ses talens et ses connaissances tendues.

_Passage de l'Isonzo et prise de Gradisca._

Le gnral Serrurier se porte sur Gradisca en suivant les crtes
suprieures qui dominent cette ville.

Pour amuser pendant ce temps-l l'ennemi et l'empcher de s'apercevoir
de sa manoeuvre, le gnral Bernadotte fait attaquer, par des
tirailleurs, les retranchemens ennemis; mais nos soldats, emports par
leur ardeur naturelle, s'avancent, la baonnette en avant, jusque sous
les murs de Gradisca. Ils sont reus par une forte fusillade et de la
mitraille. Le gnral Bernadotte, oblig de les soutenir, fait avancer
quatre pices de canon pour enfoncer les portes; mais elles sont
couvertes par une flche bien retranche.

Cependant le gnral Serrurier arrive sur les hauteurs qui matrisent
Gradisca, rend toute retraite impossible  la garnison; l'ennemi n'a
donc plus ni probabilit de se dfendre, ni espoir de s'chapper; le
gnral Bernadotte lui fait la sommation que je vous envoie, et il
capitule.

Trois mille prisonniers, l'lite de l'arme du prince Charles, dix
pices de canon, huit drapeaux sont le fruit de cette manoeuvre. Nous
avons en mme temps pass l'Isonzo et pris Gradisca.

La division du gnral Bernadotte s'est conduite avec un courage qui
nous est un garant de nos succs  venir. Le gnral Bernadotte, ses
aides-de-camp, ses gnraux ont brav tous les dangers. Je vous demande
le grade de gnral de brigade pour l'adjudant-gnral Mireur.

Le gnral Bernadotte se loue beaucoup du gnral Murat, commandant son
avant-garde, du gnral Friand, de l'adjudant-gnral Mireur, du
citoyen Campredon, commandant du gnie; du citoyen Zaillot, commandant
l'artillerie; du citoyen Lahure, chef de la quinzime demi-brigade
d'infanterie lgre; du citoyen Marin, et des deux frres Conroux.
Le citoyen Duroc, mon aide-de-camp, capitaine, s'est conduit avec la
bravoure qui caractrise l'tat major de l'arme d'Italie.

Le citoyen Miquet, chef de la quatre-vingt-huitime demi-brigade, a t
bless.

_Combat de Casasola._

La division du gnral Massna s'empare du fort de la Chiusa, rencontre
l'ennemi, qui veut lui disputer le passage du pont de Casasola. Ses
tirailleurs font replier ceux de l'ennemi, et un instant aprs les
grenadiers des trente-deuxime et cinquante-septime demi-brigades,
en colonne serre, forcent ce pont, culbutent l'ennemi malgr ses
retranchemens et ses chevaux de frise, le poursuivent jusqu' la
Ponteba, et lui font six cents prisonniers, tous des rgimens
nouvellement venus du Rhin; tous les magasins que l'ennemi avait de ce
ct tombent en notre pouvoir.

Les chasseurs du dixime rgiment, le sabre  la main, foncent dans les
retranchemens ennemis, et acquirent un nouveau titre  l'estime de
l'arme.

BONAPARTE.



_Au quartier-gnral  Goritz, le 2 germinal an 5 (22 mars 1797).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Nous sommes entrs hier dans Goritz: l'arme ennemie a effectu sa
retraite avec tant de prcipitation, qu'elle a laiss dans nos mains
quatre hpitaux contenant quinze cents malades, et tous les magasins de
vivres et de munitions de guerre, dont je vous ferai passer l'tat par
le premier courrier.

La division du gnral Bernadotte s'est rendue hier  Camiza, son
avant-garde et l'arrire-garde ennemie se sont rencontres  Caminia; le
dix-neuvime rgiment de chasseurs  cheval a charg l'ennemi avec une
telle imptuosit, qu'il lui a fait cinquante hussards prisonniers,
avec leurs chevaux. Le gnral Massna a poursuivi l'ennemi jusqu' la
Ponteba.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Goritz, le 4 germinal an 5 (24 mars 1797).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Je vous fais passer l'tat des objets que nous avons trouvs  Goritz.
Je vous enverrai par le prochain courrier l'tat de ce que nous avons
trouv  Trieste.

Nous sommes matres des clbres mines d'Idria; nous y avons trouv des
matires prpares pour deux millions, on va s'occuper  les charroyer.
Si cette opration se fait sans accident, elle sera fort utile  nos
finances.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Goritz, le 4 germinal an 5 (24 mars 1797).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Le gnral Guieux, avec sa division, se rendit, le 2, de Cividal 
Caporeto; il rencontra l'ennemi retranch  Pufero, l'attaqua, lui prit
deux pices de canon, et lui fit une centaine de prisonniers, et le
poursuivit dans les gorges de Caporeto  la Chiusa autrichienne, en
laissant le champ de bataille couvert d'Autrichiens.

Cependant le gnral Massna, avec sa division, est  Tarwis; j'ai donc
lieu d'esprer que les deux mille hommes que le gnral Guieux a pousss
devant lui tomberont dans les mains de la division Massna.

Le gnral de division Dugua est entr hier soir dans Trieste.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Goritz, le 4 germinal an 5 (24 mars 1797).

_Au directoire excutif._

M. Pezar, sage grand de la rpublique de Venise, a t envoy ici,
accompagn d'un sage de terre-ferme; il est revenu relativement aux
vnemens de Brescia et de Bergame. Les peuples de ces deux villes
ont dsarm la garnison vnitienne, et chass les provditeurs de la
rpublique de Venise. Un germe d'insurrection gagne toutes les ttes
de cette rpublique. Je vous envoie une lettre que m'avait crite
prcdemment M. Battaglia, provditeur de la rpublique de Venise, et
la rponse que je lui ai faite. Ma conduite avec M. Pezaro tait assez
dlicate: ce n'est pas dans un moment o Palma-Nova n'est pas encore
approvisionn et arm, o nous avons besoin de tous les secours du
Frioul, et de toute la bonne volont des gouvernemens vnitiens pour
nous approvisionner dans les dfils de l'Allemagne, qu'il fallait nous
brouiller. Il ne fallait pas non plus qu'ils pussent envoyer quatre ou
cinq mille hommes, et craser les personnes qui,  Brescia et  Bergame,
nous sont attaches, quoique je n'approuve pas leur conduite, et que je
croie que leur insurrection nous est, dans le moment, trs-nuisible;
mais le parti ennemi de la France est, dans ces diffrentes villes, si
acharn contre nous, que, s'il prenait le dessus, il faudrait tre en
guerre ouverte avec toute la population. J'ai dit  M. Pezaro que le
directoire excutif n'oubliait pas que la rpublique de Venise tait
l'ancienne allie de la France; que nous avions un dsir bien form de
la protger de tout notre pouvoir. J'ai demand seulement d'pargner
l'effusion du sang, et de ne pas faire un crime aux citoyens vnitiens
qui avaient plus d'inclination pour l'arme franaise que pour l'arme
impriale; que nous ne soutenions pas les insurgs, qu'au contraire
je favoriserais les dmarches que ferait le gouvernement; mais que
je croyais que, comme ils avaient envoy un courrier au directoire
excutif, il serait bon peut-tre d'en attendre le retour, parce que
je croyais que la seule intervention de la France dans ces affaires
pourrait ramener les esprits sans avoir besoin de recourir aux armes.
Nous nous sommes quitts bons amis, il m'a paru fort content. Le grand
point, dans tout ceci, est de gagner du temps. Je vous prie, pour ma
rgle, de me donner une instruction dtaille.

Les villes d'Ancone, du duch d'Urbin, de la province de Macerata,
m'accablent de dputations pour me demander  ne pas retourner sous
l'autorit papale. La rvolution gagne vritablement toutes les ttes en
Italie; mais il faudrait encore bien du temps pour que les peuples de
ces pays pussent devenir guerriers et offrir un spectacle srieux.

Je vous envoie un exemplaire de la constitution de la rpublique
cispadane.

Les Lombards sont trs-impatiens; ils voudraient qu'on dclart leur
libert, et qu'on leur permt galement de se faire une constitution;
ils soudoient, dans ce moment, quinze cents Polonais et deux mille
hommes de la lgion lombarde. L'un et l'autre de ces corps commencent 
s'organiser assez Bien.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Goritz, le 5 germinal an 5 (25 mars 1797).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Je vous ai rendu compte, par mon dernier courrier, qu'une colonne de
l'arme du prince Charles tait cerne entre la division du gnral
Massna, qui tait  Tarwis, et celle du gnral Guieux, qui, arriv 
Caporeto, le poussait devant lui dans les gorges.

_Combat de Tarwis._

Le gnral Massna, arriv  Tarwis, fut attaqu par une division
ennemie, partie de Clagenfurth, et qui venait au secours de la division
qui tait cerne. Aprs un combat extrmement opinitre, il la mit en
droute, lui fit une grande quantit de prisonniers, parmi lesquels
trois gnraux. Les cuirassiers de l'empereur, arrivant du Rhin, ont
extrmement souffert.

_Affaire de la Chiusa.--Prise de ce poste._

Cependant le gnral Guieux poussa la colonne qu'il avait battue 
Pufero, jusqu' la Chiusa autrichienne, poste extrmement retranch,
mais qui fut enlev de vive force, aprs un combat trs-opinitre, o
se sont particulirement distingus les gnraux Bon, Verdier, et la
quatrime demi-brigade, ainsi que la quarante-troisime. Le gnral
Kabls dfendait lui-mme la Chiusa avec cinq cents grenadiers: par le
droit de la guerre, les cinq cents hommes devaient tre passs au fil de
l'pe; mais ce droit barbare a toujours t mconnu et jamais pratiqu
par l'arme franaise.

La colonne ennemie, voyant la Chiusa prise, activa sa marche, et tomba
au milieu de la division du gnral Massna, qui, aprs un lger combat,
la fit toute prisonnire: trente pices de canon, quatre cents chariots
portant les bagages de l'arme, cinq mille hommes, quatre gnraux, sont
tombs en notre pouvoir.

Je m'empresse de vous faire part de cet vnement, parce que, dans les
circonstances actuelles, il est indispensable que vous soyez prvenu de
tout sans retard. Je me rserve de vous rendre un compte plus dtaill
de tous ces vnemens ds l'instant que j'aurai recueilli tous les
rapports, et que les momens seront moins pressans.

La chane des Alpes qui spare la France et la Suisse de l'Italie,
spare le Tyrol italien du Tyrol allemand, les tats de Venise des tats
de l'empereur, et la Carinthie du comt de Goritz et de Gradisca. La
division Massna a travers les Alpes italiques, et est venue occuper le
dbouch des Alpes nordiques. Nos ennemis ont eu la maladresse d'engager
tous leurs bagages et une partie de leur arme par les Alpes nordiques,
qui ds lors se sont trouvs pris.

Le combat de Tarwis s'est donn au-dessus des nuages, sur une sommit
qui domine l'Allemagne et la Dalmatie; dans plusieurs endroits o notre
ligne s'tendait, il y avait trois pieds de neige, et la cavalerie,
chargeant sur la glace, a essuy des accidens dont les rsultats ont t
extrmement funestes  la cavalerie ennemie.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Clagenfurth, le 12 germinal an 5 (1er avril 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous ai rendu compte, dans ma dernire dpche, des combats de
Trvise et de la Chiusa. Le 8, trois divisions de l'arme se trouvaient
avoir travers les gorges qui, de l'tat vnitien, conduisent en
Allemagne, et campaient  Villach, sur les Lords de la Drave.

Le 9, le gnral Massna se mit en marche avec sa division; il
rencontra,  une lieue de Clagenfurth, l'arme ennemie, et il s'engagea
un combat, o l'ennemi perdit deux pices de canon et deux cents
prisonniers. Nous entrmes le mme soir  Clagenfurth, qui est la
capitale de la Haute et Basse-Carinthie. Le prince Charles, avec les
dbris de son arme extrmement dcourage, fuit devant nous.

Notre avant-garde est aujourd'hui entre Saint-Veit et Freisach. La
division du gnral Bernadotte est  Laubach, capitale de la Carniole.
J'ai envoy le gnral polonais Zajonseck,  la tte d'un corps de
cavalerie, pour suivre la valle de la Drave, arriver  Lintz et oprer
ma jonction avec le gnral Joubert, qui est  Brixen; elle doit tre
faite  l'heure qu'il est.

Depuis le commencement de cette campagne, le prince Charles a perdu prs
de vingt mille hommes de ses troupes, qui sont nos prisonniers. Les
habitans de la Carniole et de la Carinthie ont pour le ministre de
Vienne et d'Angleterre un mpris qui ne se conoit pas; la nation
anglaise accapare tellement la haine et l'excration du continent, que
je crois que, si la guerre dure encore quelque temps, les Anglais seront
rellement excrs, qu'ils ne seront plus reus nulle part.

Voil donc les ennemis entirement chasss des tats de Venise; la Haute
et Basse-Carniole, la Carinthie, le district de Trieste, et tout le
Tyrol, soumis aux armes de la rpublique.

Nous avons trouv, prs de Villach, un magasin de fer coul, de
cartouches et de poudre, de mine de plomb, d'acier, de fer et de cuivre.
Nous avons trouv, prs de Clagenfurth, des manufactures d'armes et de
drap.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Clagenfurth, le 12 germinal an 5 (1er avril 1797).

_Au directoire excutif._

_Combat du Lavis._

Les divisions des gnraux Joubert, Baraguey d'Hilliers et Delmas se
sont mises en mouvement le 30 ventose; elles ont envelopp les corps
ennemis qui se trouvaient sur le Lavis. Aprs un combat extrmement
opinitre, nous avons fait quatre mille prisonniers, pris trois pices
de canon, deux drapeaux, et tu prs de deux mille hommes, dont une
grande partie de chasseurs tyroliens.

_Combat de Tramin._

Cependant l'ennemi s'tait retir sur la rive droite de l'Adige, et
paraissait vouloir tenir encore. Le 2 germinal, le gnral Joubert,
commandant les trois divisions, se porta  Salurn; le gnral Vial
s'empara du pont de Neumark, et passa la rivire pour empcher l'ennemi
de se retirer sur Botzen. La fusillade s'engagea avec la plus grande
force. Le combat paraissait incertain, lorsque le gnral de division
Dumas, commandant la cavalerie, se prcipita dans le village de Tramin,
fit six cents prisonniers, et prit deux pices de canon: par ce moyen,
les dbris de la colonne ennemie, commande par le gnral Laudon, n'ont
pas pu arriver  Botzen, et errent dans les montagnes.

_Combat de Clausen._

Nous sommes entrs dans la ville de Botzen: le gnral Joubert ne s'y
arrta pas; il y laissa une force suffisante pour suivre le gnral
Laudon, et marcha droit  Clausen. L'ennemi, profitant de la dfense
qu'offrait le pays, avait fait les meilleures dispositions. L'attaque
fut vive et bien concerte, et le succs long-temps incertain.
L'infanterie lgre grimpa des rochers inaccessibles; les onzime et
trente-troisime demi-brigades d'infanterie de bataille, en colonne
serre, et commandes par le gnral Joubert, en personne, surmontrent
tous les obstacles; l'ennemi, perc par le centre, a t oblig de
cder, et la droute est devenue gnrale. Nous avons fait  l'ennemi
quinze cents prisonniers.

Le gnral Joubert arriva  Brixen, toujours poursuivant l'ennemi; le
gnral Dumas,  la tte de la cavalerie, a tu, de sa propre main
plusieurs cavaliers ennemis; il  t bless lgrement de deux coups
de sabre; son aide-de-camp Dermoncourt a t bless dangereusement;
ce gnral a, pendant plusieurs minutes, arrt seul, sur un pont, un
escadron de cavalerie ennemie qui voulait passer, et a donn le temps
aux siens de le rejoindre.

Nous avons trouv  Brixen, Botzen et dans divers autres endroits, des
magasins de toutes espces, entr'autres trente mille quintaux de farine.

Partout l'ennemi, tant dans le Tyrol que dans la Carinthie et la
Carniole, nous a laiss des hpitaux; je laisse au chef de l'tat-major
et au commissaire ordonnateur eu chef le soin d'envoyer au ministre de
la guerre les tats des effets qu'on y a trouvs.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Clagenfurth, le 12 germinal an 5 (1er avril 1797).

_Au peuple de la Carinthie._

L'arme franaise ne vient pas dans votre pays pour le conqurir, ni
pour porter aucun changement  votre religion,  vos moeurs,  vos
coutumes; elle est l'amie de toutes les nations, et particulirement des
braves peuples de Germanie.

Le directoire excutif de la rpublique franaise n'a rien pargn pour
terminer les calamits qui dsolent le continent. Il s'tait dcid 
faire le premier pas et  envoyer le gnral Clarke  Vienne, comme
plnipotentiaire, pour entamer des ngociations de paix; mais la cour
de Vienne a refus de l'entendre; elle a mme dclar  Vicence, par
l'organe de M. de Saint Vincent, qu'elle ne reconnaissait pas de
rpublique franaise. Le gnral Clarke a demand un passeport pour
aller lui-mme parler  l'empereur; mais les ministres de la cour de
Vienne ont craint, avec raison, que la modration des propositions qu'il
tait charg de faire, ne dcidt l'empereur  la paix. Ces ministres,
corrompus par l'or de l'Angleterre, trahissent l'Allemagne et leur
prince, et n'ont plus de volont que celle de ces insulaires perfides,
l'horreur de l'Europe entire.

Habitans de la Carinthie, je le sais, vous dtestez autant que nous, et
les Anglais, qui seuls gagnent  la guerre actuelle, et votre ministre,
qui lui est vendu. Si nous sommes en guerre depuis six ans, c'est contre
le voeu des braves Hongrois et des citoyens clairs de Vienne, et des
simples et bons habitans de la Carinthie.

Eh bien! malgr l'Angleterre et les ministres de la cour de Vienne,
soyons amis; la rpublique franaise a sur vous les droits de conqute,
qu'ils disparaissent devant un contrat qui nous lie rciproquement, Vous
ne vous mlerez pas d'une guerre qui n'a pas votre aveu. Vous fournirez
les vivres dont nous pouvons avoir besoin. De mon ct, je protgerai
votre religion, vos moeurs et vos proprits; je ne tirerai de vous
aucune contribution. La guerre n'est-elle pas par elle-mme assez
horrible? Ne souffrez vous pas, dj trop, vous, innocentes victimes des
sottises des autres? Toutes les impositions que vous avez coutume de
payer  l'empereur serviront  indemniser des dgts insparables de la
marche d'une arme, et  payer les vivres que vous nous aurez fournis.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Clagenfurth, le 12 germinal an 6 (1er avril
1797).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Je vous fais tenir la copie de la lettre que j'ai envoye, par mon
aide-de-camp, au prince Charles.

BONAPARTE.



_Copie de la lettre crite par le gnral en chef de l'arme d'Italie, 
son altesse royale M le prince Charles._

Du 11 germinal an 5 (31 mars 1797).

M. le gnral en chef,

Les braves militaires font la guerre et dsirent la paix! celle-ci ne
dure-t-elle pas depuis six ans? Avons-nous assez tu de monde et
commis assez de maux  la triste humanit? Elle rclame de tous cts.
L'Europe, qui avait pris les armes contre la rpublique franaise, les a
poses; votre nation reste seule, et cependant le sang va couler encore
plus que jamais. Cette sixime campagne s'annonce par des prsages
sinistres; quelle qu'en soit l'issue, nous tuerons de part et d'autre
quelques milliers d'hommes de plus, et il faudra bien que l'on finisse
par s'entendre, puisque tout a un terme, mme les passions haineuses.

Le directoire excutif de la rpublique franaise avait fait connatre
 sa majest l'empereur le dessein de mettre fin  la guerre qui dsole
les deux peuples, l'intervention de la cour de Londres s'y est oppose:
n'y a-t-il donc aucun espoir de nous entendre? Et faut-il, pour les
intrts ou les passions d'une nation trangre aux maux de la guerre,
que nous continuions  nous entr'gorger? Vous, M. le gnral en chef,
qui, par votre naissance, approchez si prs du trne et tes au-dessus
de toutes les petites passions qui animent souvent les ministres et les
gouvernemens, tes-vous dcid  mriter le titre de bienfaiteur de
l'humanit entire, et de vrai sauveur de l'Allemagne? Ne croyez pas, M.
le gnral en chef, que j'entende par l qu'il ne soit pas possible de
la sauver par la force des armes; mais, dans la supposition que les
chances de la guerre nous deviennent favorables, l'Allemagne n'en sera
pas moins ravage. Quant  moi, M. le gnral en chef, si l'ouverture
que j'ai l'honneur de vous faire peut sauver la vie  un seul homme, je
m'estimerai plus fier de la couronne civique que je me trouverai avoir
mrite, que de la triste gloire qui peut revenir des succs militaires.

Je vous prie de croire, M. le gnral en chef, aux sentimens d'estime et
de considration distingus avec lesquels je suis, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Scheifling, le 16 germinal an 5 (5 avril 1797).

_Au directoire excutif._

_Combat de Burk._

Citoyens directeurs,

Le gnral Joubert a attaqu, le 8, la gorge d'Inspruck: les bataillons
frachement arrivs du Rhin voulaient la dfendre; aprs une canonnade
de quelques instans, le gnral Joubert a dcid l'affaire en marchant
droit  la tte de la quatre-vingt-cinquime demi-brigade, en colonne
serre par bataillon: l'ennemi a t culbut en laissant cent morts, six
cents prisonniers, deux pices de canon, tous les quipages et vingt
dragons.

Le gnral Dumas, qui a charg,  la tte de la cavalerie, ds l'instant
que l'infanterie eut perc, a eu son cheval tu sous lui. Le gnral de
brigade Belliard, qui commandait la quatre-vingt-cinquime; le brave
Gaspard Lavis, chef de cette demi-brigade, et l'aide-de-camp Lambert,
se sont particulirement distingus. Je vous demande, pour le gnral
Dumas, qui, avec son cheval, a perdu une paire de pistolets, une paire
de pistolets de la manufacture de Versailles.

BONAPARTE.



Au quartier gnral  Scheifling, le 16 germinal an 5 (5 avril 1797).

_Au directoire excutif._

_Combat des gorges de Neumarck._

Citoyens directeurs,

L'arme s'est mise en marche le 12. La division du gnral Massna,
formant l'avant-garde, a rencontr l'ennemi dans les gorges qui se
trouvent entre Freisach et Neumarck. L'arrire-garde ennemie a t
culbute dans toutes les positions qu'elle a voulu disputer, et nos
troupes s'acharnrent  la poursuivre avec une telle vitesse, que le
prince Charles fut oblig de faire revenir, de son corps de bataille,
les huit bataillons de grenadiers, les mmes qui ont pris Kelh et qui
sont en ce moment l'espoir de l'arme autrichienne; mais la deuxime
d'infanterie lgre, qui s'est distingue depuis son arrive par son
courage, ne ralentit pas son courage un seul instant, se jeta sur les
flancs de droite et de gauche, dans le temps que le gnral Massna,
pour fouler la gorge, faisait mettre en colonne les grenadiers de la
dix-huitime et de la trente-deuxime. Le combat s'engagea avec fureur:
c'tait l'lite de l'arme autrichienne qui venait lutter contre nos
vieux soldats d'Italie. L'ennemi avait une position superbe, qu'il avait
hrisse de canons; mais elle ne fit que retarder de peu de temps la
dfaite de l'arrire-garde ennemie. Les grenadiers ennemis furent mis
dans une complte droute, laissrent le champ de bataille couvert de
morts, et cinq  six cents prisonniers.

L'ennemi profita de toute la nuit pour filer.  la pointe du jour, nous
entrmes dans Neumark. Le quartier-gnral fut, ce jour-l,  Freisack.

Nous avons trouv  Freisack quatre mille quintaux de farine, une grande
quantit d'eau-de-vie et d'avoine. Ce n'tait qu'une faible partie des
magasins qui y existaient, l'ennemi avait brl le reste: nous en avons
trouv autant  Neumarck.

_Combat de Hundelmarck._

Le 14, le quartier-gnral se porta  Scheifling. L'avant-garde, sur le
point d'arriver  Hundelmarck, rencontra l'arrire-garde de l'ennemi,
qui voulait lui disputer sa couche.

La deuxime d'infanterie lgre tait encore d'avant-garde. Aprs
une heure de combat, l'arrire-garde ennemie, qui, ce jour-l, tait
compose de quatre rgimens venant du Rhin, fut encore mise en droute,
et nous laissa six cents prisonniers, et au moins trois cents morts sur
le champ de bataille. Notre avant-garde mangea encore, ce jour-l, le
pain et but l'eau-de-vie prpars pour l'arme autrichienne.

Notre perte, dans ces deux combats, a t de fort peu de chose: le chef
de brigade Carere, officier du plus grand courage, et qui nous a rendu,
dans la campagne les plus grands services, a t tu d'un boulet. C'est
le seul officier que nous ayons perdu: il est vivement regrett.

Aujourd'hui nous occupons Kintenfeld, Murau et Jundenburg. L'ennemi
parat s'tre dcid  une retraite plus prcipite, et  ne plus
engager de combat partiel.

J'ai fait poursuivre, par la division du gnral Guieux, la division du
gnral autrichien Spork, qui voulait faire sa jonction par la valle
de la Marche, et dont l'avant-garde tait dj arrive  Murau. Notre
arrive prompte  Scheifling a rendu cette jonction impossible:
dsormais elle ne peut plus se faire qu'au de-l des montagnes qui
avoisinent Vienne.

Je vous envoie la rponse que m'a faite le prince Charles  ma lettre du
10, avant le combat du 13; deux heures aprs avoir envoy cette rponse,
comme nous marchions sur Freisack, il a fait demander, par un de ses
aides-de-camp, une suspension de quatre heures, proposition entirement
inadmissible. Il voulait, en gagnant quatre heures, gagner la journe,
et par l avoir le temps de faire sa jonction avec le gnral Spork:
c'tait prcisment la raison qui me faisait marcher jour et nuit.

Depuis le commencement de la campagne, le citoyen Ordonner, chef de
brigade du dixime rgiment de chasseurs, montre un courage qui lui
captive l'estime de l'arme.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Scheifling, le 16 germinal an 5 (5 avril 1797).

_ M. Pesaro, sage grand de la rpublique de Venise._

Les affaires militaires, monsieur, qui se sont succd avec la plus
grande rapidit, m'ont empch de rpondre  la lettre que vous vous
tes donn la peine de m'crire.

De tous les points du territoire de la rpublique de Venise, il me vient
des plaintes sur la conduite des agens de cette rpublique  l'gard de
l'arme franaise.  Verone, on affiche tous les jours des placards pour
exciter la haine du peuple contre nous, et effectivement les assassinats
commencent et deviennent frquens sur la route de Verone  la Piave.

Un vaisseau de guerre vnitien a tir des coups de canon sur la frgate
_la Brune_, et l'a empche de mouiller dans le golfe, tandis qu'un
convoi autrichien y mouillait.

La maison du consul de Zante a t pille et brle, et votre
gouvernement l'a laiss faire.

Toutes les personnes qui sont souponnes d'avoir prt secours 
l'arme franaise sont ouvertement perscutes, dans le temps qu'on
encourage de nombreux agens que la maison d'Autriche a dans Verone et
autres lieux des tats de Venise.

La rpublique franaise, ne se mle pas, monsieur, des affaires
intrieures de la rpublique de Venise; mais la ncessit de veiller 
la sret de l'arme me fait un devoir de prvenir les entreprises que
l'on pourrait faire contre elle.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Scheifling, le 16 germinal an 5 (5 avril 1797).

_ la municipalit de Brescia et  celle de Bergame._

J'ai reu, citoyens, la lettre que vous vous tes donn la peine de
m'crire: il ne m'appartient pas d'tre juge entre le peuple de votre
province et le snat de Venise; mon intention cependant est qu'il n'y
ait aucune espce de trouble ni de mouvement de guerre, et je prendrai
toutes les mesures pour maintenir la tranquillit sur les derrires de
l'arme.

Les troupes franaises continueront de vivre avec le peuple de Brescia
dans le mme esprit de neutralit et de bonne intelligence, et je
dsire, dans toutes les occasions, pouvoir vous donner des preuves de
l'estime que j'ai pour vous.

BONAPARTE.



Ay quartier gnral  Scheifling, le 16 germinal an 5 (5 avril 1797).

_ M. Pesaro, sage grand de la rpublique de Venise._

Le duc de Modne, monsieur, doit plus de 30,000,000  l'tat de Modne:
en consquence, je vous requiers de faire mettre en squestre, soit
l'argent qu'il a dans la banque de Venise, soit le trsor qui se
trouve dans le palais o il demeure, et ds aujourd'hui je regarde le
gouvernement vnitien comme rpondant de ladite somme.

Je vous prie de croire aux sentimens d'estime, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Indenburg, le 19 germinal an 5 (8 avril 1797).

_Au directoire excutif._

J'ai eu l'honneur de vous envoyer la lettre que j'avais crite au prince
Charles, et sa rponse.

Je vous fais passer:

1. Copie de la lettre qu'il m'a crite de nouveau, en date du 6 avril;

2. La note qui m'a t remise par MM. les gnraux Bellegarde et
Meerveldt;

3. La rponse que je leur ai faite;

4. Une seconde lettre du prince Charles, et enfin les conditions de
la suspension d'armes de cinq jours, que nous avons conclue. Vous y
remarquerez, par la ligne de dmarcation, que nous nous trouvons avoir
occup Gratz, Bruck, et Rotenmann, que nous n'occupions pas encore.

D'ailleurs, mon intention tait de faire reposer deux ou trois jours
l'arme; cette suspension drange donc fort peu les oprations
militaires.

Ces gnraux sont sur-le-champ repartis pour Vienne, et le
plnipotentiaire de S. M. l'empereur doit tre arriv au
quartier-gnral avec des pleins pouvoirs pour une paix spare, avant
l'expiration de la suspension d'armes, que j'ai fait grande difficult
de leur accorder, mais qu'ils ont juge indispensable.

Je leur ai dit que toute clause prliminaire  la ngociation de paix
devait tre la cession jusqu'au Rhin; ils m'ont demand une explication
sur l'Italie,  laquelle je me suis refus: ils m'ont, de leur ct,
dclar que, si S. M. l'empereur devait tout perdre, elle sortirait de
Vienne, et s'exposerait  toutes les chances; je leur ai observ que,
lorsque je m'expliquais d'une manire dfinitive sur les limites du
Rhin, et que je me taisais sur l'Italie, c'tait faire entendre qu'on
admettait la discussion sur cette clause essentielle.

On m'a paru ne pas approuver les principes de Thugut, et que mme
l'empereur commenait  s'en apercevoir.

Nos armes n'ont pas encore pass le Rhin, et nous sommes dj  vingt
lieues de Vienne. L'arme d'Italie est donc seule expose aux efforts
d'une des premires puissances de l'Europe.

Les Vnitiens arment tous leurs paysans, mettent en campagne tous
leurs prtres, et secouent avec fureur tons les ressorts de leur vieux
gouvernement, pour craser Bergame et Brescia. Le gouvernement vnitien
a en ce moment vingt mille hommes arms sur mes derrires.

Dans les tats du pape mme, des rassemblemens considrables de paysans
descendent des montagnes, et menacent d'envahir toute la Romagne.

Les diffrens peuples d'Italie, runis par l'esprit de libert, et
agits en diffrens sens par les passions les plus actives, ont besoin
d'tre contenus et surveills.

Je vous enverrai la situation des troupes que j'ai avec moi, et de
celles que j'ai en Italie.

Tout me porte  penser que le moment de la paix est arriv, et que nous
devons la faire dans un moment o nous pouvons dicter les conditions,
pourvu qu'elles soient raisonnables.

Si l'empereur nous cde ce qui lui appartient du ct de la rive gauche
du Rhin, comme prince de la maison d'Autriche, et si, comme chef de
l'empire, il reconnat les limites de la rpublique au Rhin; s'il cde 
la rpublique cispadane le duch de Modne et Carrare; s'il nous donne
Mayence, dans l'tat o elle se trouve, en change contre Mantoue, je
crois que nous aurons fait une paix beaucoup plus avantageuse que ne le
portent les instructions du gnral Clarke. Nous restituerons, il est
vrai, toute la Lombardie et tous les pays que nous occupons dans ce
moment-ci; mais n'aurons-nous pas tir de nos succs tout le parti
possible, lorsque nous aurons le Rhin pour limite, et que nous aurons
institu dans le coeur de l'Italie une rpublique de deux millions
d'habitans, qui, par Carrare, se trouvera prs de nous, nous donnera le
commerce du P, de l'Adriatique, et s'agrandira  mesure que le pape se
dtruira.

Je viens d'expdier un courrier au gnral Clarke pour que, de Turin, il
se rende en toute diligence ici: il est porteur de vos instructions,
et a des pleins pouvoirs pour finir cette ngociation; j'espre qu'il
arrivera  temps, pour ne pas faire perdre le moment, qui est tout dans
les ngociations de cette nature.

Si, contre mon attente, la ngociation ne russissait pas, je me
trouverais embarrass sur le parti que j'aurais  prendre; je
chercherais nanmoins  attirer l'ennemi dans une affaire,  le battre,
 obliger l'empereur  abandonner Vienne: aprs quoi je serais oblig de
rentrer en Italie, si les armes du Rhin restaient dans l'inaction o
elles se trouvent encore.

J'espre, quelque parti que je me trouve oblig de prendre, mriter
votre approbation. Je me suis trouv, depuis le commencement de la
campagne, passer,  chaque pas, dans une position neuve, et j'ai
toujours eu le bonheur de voir la conduite que j'ai tenue rpondre  vos
intentions.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Indenburg, le 20 germinal an 5 (9 avril 1797).

_Au gnral Kilmaine._

Ds l'instant que votre aide-de-camp est arriv, j'ai pris en grande
considration la dpche dont il tait porteur. Je vous envoie:

1'o. Une lettre au doge de Venise, et une  Lallemant, qu'il doit
prsenter en forme de note. Vous verrez, par ces deux lettres, que Junot
porte  Venise et dont il doit avoir rponse sous vingt-quatre heures,
quel est le remde qu'il faut porter  tout ce tripotage.

Si Junot reoit une rponse satisfaisante, il vous en prviendra  son
dpart de Venise; s'il ne reoit pas de rponse satisfaisante, il se
rendra prs de vous  Mantoue.

La division du gnral Victor doit tre arrive a Padoue: vous ferez
sur-le-champ dsarmer la division de Padoue, prendre les officiers et le
gouverneur, que vous enverrez prisonniers  Milan; vous en ferez autant
 Treviso, Bassano et Verone, et si le snat avait remis garnison 
Brescia et  Bergame, vous en feriez autant. Vous ferez imprimer et
rpandre la proclamation que je vous envoie, et vous en feriez d'autres,
conformes aux circonstances. Vous ferez marcher la colonne mobile, que
vous avez runie avec votre prudence ordinaire,  Crema, pour punir les
montagnards qui ont assassin nos gens et pour les dsarmer.

Pour faire la guerre aux diffrentes valles, il faut dissoudre le
rassemblement en menaant leurs villages, et tomber inopinment sur un
village o ils ne sont pas en force et le brler.

 Bergame,  Brescia,  Verone,  Padoue,  Treviso,  Bassano, vous
organiserez une municipalit choisie parmi les principaux citoyens, avec
une garde qu'ils seront autoriss  se composer parmi les meilleurs
patriotes, pour leur police: aprs quoi, vous me renverrez le plus tt
possible la division du gnral Victor. Je crois qu'il est essentiel
que vous veilliez  ce que votre communication du Frioul ne soit pas
interrompue.

Je vous envoie des ordres de l'tat-major qui vous donnent le
commandement de tout le Mantouan, de la division Victor et de tous les
tats vnitiens.

J'imagine que vous avez une carte du Frioul.

Vous aurez soin de faire arrter tous les nobles vnitiens et tous les
hommes les plus attachs au snat, pour que leur tte rponde de ce qui
sera fait  Venise aux personnes qui nous taient attaches et qu'on a
arrtes.

Vous aurez bien soin de ne vous laisser arrter par aucune espce de
considration. Si dans vingt-quatre heures la rponse n'est pas faite,
que tout se mette en marche  la fois, et que sous vingt-quatre heures
il n'existe pas un soldat vnitien sur le continent. Vous prviendrez
sur-le-champ le commandant d'Ancne et celui de Trieste de faire courir
nos corsaires sur les bannires vnitiennes.

Vous sentez combien il serait dangereux de laisser aux troupes
vnitiennes le temps de se runir. Quant aux soldats vnitiens que vous
ferez prisonniers, vous les ferez escorter par les soldats lombards, et
vous les enverrez  Bologne et  Milan pour tre gards par les gardes
nationales de ces deux villes. Ayez soin de vous emparer de la cavalerie
vnitienne pour monter vos dpts.

Tout va ici fort bien, et si l'affaire de Venise est bien mene, comme
tout ce que vous faites, ces gaillards-l se repentiront, mais trop
tard, de leur perfidie. Le gouvernement de Venise, concentr dans sa
petite le, ne serait pas, comme vous pensez bien, de longue dure.

Je pense donc qu'il faut que vous partiez sur-le-champ pour Mantoue, et
mme pour Porto-Legnago et Peschiera. Entrer dans toutes les places,
dsarmer toutes leurs garnisons, faire prisonniers tous les nobles de
terre-ferme: cela ne doit tre qu'une seule opration et qui, au plus
tard, doit tre faite vingt-quatre heures aprs que Junot sera parti de
Venise.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Indenburg, le 20 germinal au 5 (9 avril 1797).

_Au peuple de la terre-ferme de la rpublique de Venise._

Le snat de Venise a, depuis le commencement de cette guerre, concentr
toutes ses sollicitudes dans les lagunes; indiffrent aux maux de la
terre-ferme, il l'a livre aux armes ennemies qui guerroyaient dans vos
contres. Le gouvernement du snat de Venise n'offre protection ni pour
vos personnes ni pour vos proprits; il vient, par suite de ce systme
qui le rend indiffrent  votre sort, de s'attirer l'indignation de la
rpublique franaise.

Je sais que, n'ayant aucune part  son gouvernement, je dois vous
distinguer dans les diffrens chtimens que je dois infliger aux
coupables. L'arme franaise protgera votre religion, vos personnes et
vos proprits; vous avez t vexs par ce petit nombre d'hommes qui se
sont, depuis les temps de barbarie, empars du gouvernement. Si le snat
de Venise a sur vous le droit de conqute, je vous en affranchirai; s'il
a sur vous le droit d'usurpation, je vous restituerai vos droits. Quant
aux insenss qui, conseills par des hommes perfides, voudraient
prendre part, et attirer sur leurs villes les maux de la guerre, je les
plaindrai, et les punirai de manire a servir d'exemple aux autres, et 
les faire repentir de leur folie.

BONAPARTE.



Au quartier gnral  Indenburg, le 20 germinal an 5 (9 avril 1797).

_Au srnissime Doge de la rpublique de Venise._

Toute la terre ferme de la srnissime rpublique de Venise est en
armes. De tous les cts, le cri de ralliement des paysans que vous
avez arms est: _Mort aux Franais_! Plusieurs centaines de soldats de
l'arme d'Italie en ont dj t les victimes. Vous dsavouez vainement
des rassemblemens que vous avez organiss: croiriez-vous que dans un
moment o je suis au coeur de l'Allemagne, je sois impuissant pour faire
respecter le premier peuple de l'univers? Croyez-vous que les lgions
d'Italie souffriront le massacre que vous excitez? Le sang de mes frres
d'armes sera veng, et il n'est aucun des bataillons franais qui,
charg d'un si noble ministre, ne sente redoubler son courage et
tripler ses moyens. Le snat de Venise a rpondu par la perfidie la plus
noire aux procds gnreux que nous avons toujours eus avec lui. Je
vous envoie mon premier aide-de-camp, pour tre porteur de la prsente
lettre. La guerre ou la paix. Si vous ne prenez pas sur-le-champ les
moyens de dissiper les rassemblemens; si vous ne faites pas arrter
et livrer en mes mains les auteurs des assassinats qui viennent de se
commettre, la guerre est dclare. Le Turc n'est pas sur vos frontires,
aucun ennemi ne vous menace; vous avez fait  dessein natre des
prtextes, pour avoir l'air de justifier un rassemblement dirig contre
l'arme: il sera dissous dans vingt-quatre heures. Nous ne sommes
plus au temps de Charles VIII. Si, contre le voeu bien manifest du
gouvernement franais, vous me rduisez au parti de faire la guerre, ne
pensez pas cependant, qu' l'exemple des soldats que vous avez arms,
les soldats franais ravagent les campagnes du peuple innocent et
infortun de la terre-ferme; je le protgerai, et il bnira un jour
jusqu'aux crimes qui auront oblig l'arme franaise  le soustraire 
votre gouvernement tyrannique.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Indenburg, le 20 germinal an 5 (9 avril 1797).

_Au citoyen Lallemant, ministre de la rpublique franaise  Venise_.

Enfin, nous n'en pouvons plus douter, citoyen ministre, le but de
l'armement des Vnitiens est de couper les derrires de l'arme
franaise. Certes, il m'tait difficile de concevoir comment Bergame,
qui, de toutes les villes de l'tat de Venise, est celle qui tait le
plus aveuglment dvoue au snat, ait t la premire  s'ameuter
contre lui; il est encore plus difficile de concevoir comment, pour
apaiser cette lgre meute, on a besoin de vingt-cinq mille hommes,
et pourquoi M. Pesaro, lors de notre confrence  Goritzia, a refus
l'offre que je lui faisais de la mdiation de la rpublique pour faire
rentrer ces places dans l'ordre.

Tous les procs-verbaux qui ont t faits par les diffrens provditeurs
de Brescia, de Bergame et de Crema, o ils attribuent l'insurrection de
ces pays aux Franais, sont une srie d'impostures dont le but serait
inexplicable, si ce n'tait de justifier aux yeux de l'Europe la
perfidie du snat de Venise.

On a habilement profit du temps o l'on pensait que j'tais embarrass
dans les gorges de la Carinthie, ayant en tte l'arme du prince
Charles, pour faire cette perfidie sans exemple, si l'histoire ne nous
avait transmis celle contre Charles VIII et les Vpres siciliennes. On a
t plus habile que Rome, en saisissant un moment o l'arme tait
plus occupe; mais sera-t-on plus heureux? Le gnie de la rpublique
franaise, qui a lutt contre l'Europe entire, serait-il venu chouer
dans les lagunes de Venise?

1. Un vaisseau de guerre vnitien a attaqu et maltrait la frgate _la
Brune_, en prenant sous sa protection un convoi autrichien.

2. La maison du consul de Zante a t brle; le gouvernement a vu avec
plaisir insulter l'agent de la rpublique franaise.

3. Dix mille paysans arms et soudoys par le snat ont assassin plus
de cinquante Franais sur la route de Milan  Bergame.

4. La ville de Verone, celles de Venise et de Padoue sont pleines
de troupes; on s'arme de tous cts, contre ce que m'avait promis M.
Pesaro, sage grand de la rpublique de Venise.

5. Tout homme qui a prt assistance  la France est arrt et
emprisonn. Les agens de l'empereur sont fts et sont  la tte des
assassinats.

6. Le cri de ralliement de tous cts est: _mort aux Franais_; de tous
cts, les prdicateurs, qui ne prchent que ce que le snat veut, font
retentir des cris de fureur contre la rpublique franaise.

7. Nous sommes donc dans le fait en tat de guerre avec la rpublique
de Venise, qui le sait si bien, qu'elle n'a trouv d'autre moyen pour
masquer son mouvement, que de dsavouer en apparence des paysans qu'elle
arme et solde rellement.

En consquence, vous demanderez au snat de Venise:

1. Une explication catgorique, sous douze heures; savoir, si nous
sommes en paix ou en guerre; et dans le dernier cas, vous quitterez
sur-le-champ Venise; dans le second, vous exigerez:

1. Que tous les hommes arrts pour opinions, et qui ne sont nullement
coupables que d'avoir montr de l'attachement pour la France, soient
sur-le-champ mis en libert;

2. Que toutes les troupes, hormis les garnisons ordinaires qui
existaient il y a cinq mois dans les places de la terre-ferme, vacuent
la terre-ferme;

3. Que tous les paysans soient dsarms comme ils l'taient il y a un
mois.

4. Que le snat prenne des mesures pour maintenir la tranquillit dans
la terre-ferme, et ne pas concentrer toute sa sollicitude dans les
lagunes;

5. Quant aux troubles de Bergame et de Brescia, j'offre, comme je l'ai
dj fait  M. Pesaro, la mdiation de la rpublique franaise, pour
tout faire rentrer dans l'tat habituel;

6. Que les auteurs de l'incendie de la maison du consul de Zante soient
punis, et sa maison rtablie aux frais de la rpublique;

7. Que le capitaine de vaisseau qui a tir sur la frgate _la Brune_
soit puni, et que la valeur du convoi que, contre la neutralit, il a
protg, soit rembourse.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Indenburg, le 20 germinal an 5 (9 avril 1797).

_Au directoire excutif_.

Mon courrier partait lorsqu'un aide-de-camp du gnral Kilmaine
m'apporte la nouvelle de l'insurrection presque gnrale des paysans
vnitiens contre nous.

J'ai sur-le-champ expdi mon aide-de-camp Junot, avec ordre de porter
lui-mme: 1. au doge de Venise une lettre dont je vous envoie la copie;

2. Au citoyen Lallemant, notre ministre  Venise, deux lettres dont je
vous envoie galement les copies.

3. Au gnral Kilmaine un ordre dont je vous envoie aussi copie.

Enfin, j'ai donn  ce gnral le commandement de tous les tats
vnitiens et d'une partie de la division du gnral Victor, qui tait de
retour de Rome.

Quand vous lirez cette lettre, nous serons matres de tous les tats de
terre-ferme, ou bien tout sera rentr dans l'ordre, et vos instructions
excutes. Si je n'avais pas pris une mesure aussi prompte, et que
j'eusse donn  tout cela le temps de se consolider, cela aurait pu tre
de la plus grande consquence.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Loben, le 27 germinal an 5 (16 avril 1797).

_Au directoire excutif_.

En consquence de la suspension d'armes que je vous ai envoye par mon
dernier courrier, la division du gnral Serrurier a occup Gratz, ville
contenant quarante mille habitans, et estime une des plus considrables
de l'tat de l'empereur.

Les gnraux Joubert, Delmas et Baraguay d'Hilliers ont eu,  Balzano
et  Milback, diffrens combats, desquels ils sont toujours sortis
vainqueurs. Ils sont parvenus  traverser le Tyrol,  faire, dans les
diffrens combats, huit mille prisonniers, et  se joindre avec la
grande arme par la valle de la Drave. Par ce moyen, toute l'arme est
runie. Notre ligne s'tend depuis la valle de la Drave, du ct de
Spital  Rotenmann, le long de la Muhr, Brutz, Gratz, et jusqu'auprs de
Fiume.

Je vous envoie une note des officiers qui se sont particulirement
distingus dans les affaires du Tyrol, et auxquels j'ai accord de
l'avancement.

Vous trouverez aussi l'organisation que j'ai donne  la Styrie et  la
Carniole.

Vous trouverez galement une proclamation du gnral Bernadotte, ainsi
qu'un mandement de l'vque de Liebach.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Loben le 27 germinal an 5 (16 avril 1797).

_Au directoire excutif_.

Je vous envoie, par l'adjudant-gnral Leclerc, des dpches
trs-intressantes sur la situation de l'arme et sur les ngociations
entames; il vous donnera de vive voix tous les dtails que je pourrais
avoir oublis. En traversant l'Allemagne, il sera  mme de voir les
diffrens mouvemens des troupes ennemies, et d'en instruire les gnraux
Hoche et Moreau,  son arrive sur le Rhin. Je vous prie de me le
renvoyer de suite. Tous les officiers que j'envoie  Paris y restent
trop long-temps: ils dpensent leur argent et se perdent dans les
plaisirs.

Je vous envoie, par un capitaine de hussards, qui a quatre-vingts ans de
service, plusieurs drapeaux pris sur l'ennemi.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Loben, le 27 germinal an 5 (16 avril 1797).

_Au directoire excutif_.

Le gnral Meerveldt est venu me trouver  Loben, le 24,  neuf heures
du matin: aprs avoir pris connaissance de son plein pouvoir pour
traiter de la paix, nous sommes convenus d'une prolongation de
suspension d'armes jusqu'au 20 avril soir (8 floral prochain). Ces
pleins pouvoirs taient pour lui et pour M. le marquis de Gallo,
ministre de Naples  Vienne; j'ai refus d'abord de l'admettre comme
plnipotentiaire de l'empereur, tant,  mes yeux, revtu de la qualit
d'ambassadeur d'une puissance amie, qui se trouve incompatible avec
l'autre. M. Gallo est arriv lui-mme le 25. Je n'ai pas cru devoir
insister dans cette opposition, parce que cela aurait apport beaucoup
de lenteurs, et parce qu'il parat revtu d'une grande confiance de
l'empereur; enfin, parce que les Autrichiens et les Hongrois sont
trs-irrits de voir les trangers jouer le principal rle dans une
affaire aussi importante, et que, si nous rompons, ce sera un moyen
trs-considrable d'exciter le mcontentement contre le gouvernement de
Vienne. La premire opration dont il a t question, a t une promesse
rciproque de ne rien divulguer de ce qui serait dit: on l'avait
rdige, mais ces messieurs tiennent beaucoup  l'tiquette, ils
voulaient toujours mettre l'empereur avant la rpublique, et j'ai refus
net.

Nous sommes  l'article de la reconnaissance. Je leur ai dit que la
rpublique franaise ne voulait point tre reconnue; elle est en Europe
ce qu'est le soleil sur l'horizon: tant pis pour qui ne veut pas la voir
et ne veut pas en profiter.

Ils m'ont dit que, quand mme les ngociations se rompraient,
l'empereur, ds aujourd'hui, reconnaissait la rpublique franaise,
 condition que celle-ci conserverait avec S.M. l'empereur la mme
tiquette que ci-devant le roi de France. Je leur ai rpondu que, comme
nous tions fort indiffrens sur tout ce qui est tiquette, nous ne
serions pas loigns d'adopter cet article. Nous avons, aprs cela,
beaucoup parl dans tous les sens et de toutes les manires.

Le 26, M. Gallo est venu chez moi  huit heures du matin; il m'a dit
qu'il dsirait neutraliser un endroit o nous pussions continuer nos
confrences en rgle. On a choisi un jardin, au milieu duquel est un
pavillon; nous l'avons dclar neutre, farce  laquelle j'ai bien voulu
me prter pour mnager la purile vanit de ces gens-ci. Ce prtendu
point neutre est environn de tous cts par l'arme franaise; et au
milieu des bivouacs de nos divisions: cela et t fort juste et fort
bon s'il se ft trouv au milieu des deux armes. Arrivs dans la
campagne neutre, l'on a entam les ngociations. Voici ce qui en est
rsult:

1. La cession de la Belgique, et la reconnaissance des limites de la
rpublique franaise conformment au dcret de la convention; mais ils
demandent des compensations qu'ils veulent ncessairement en Italie.

2. Ils demandent la restitution du Milanez; de sorte qu'ils auraient
voulu, en consquence de ce premier article, le Milanez et une portion
quelconque des tats de Venise ou des lgations: si j'eusse voulu
consentir  cette proposition, ils avaient le pouvoir de signer
sur-le-champ. Cet arrangement ne m'a pas paru possible.

S.M. l'empereur a dclar ne vouloir aucune compensation en Allemagne.
Je leur ai offert, pour le premier article, la restitution du Milanez et
de la Lombardie, ils n'ont pas voulu: de sorte que nous avons fini par
trois projets qu'ils ont expdis, par un courrier extraordinaire, 
Vienne, et dont ils auront la rponse dans deux ou trois jours.

PREMIER PROJET.

Art 1er. La cession de la Belgique, les limites constitutionnelles de la
France.

2.  la paix avec l'empire, l'on fixera tout ce qui est relatif an pays
qu'occupe la France jusqu'au Rhin.

3. Les deux puissances s'arrangeront ensemble pour donner  l'empereur
tous les pays du territoire vnitien, compris entre le Mincio, le P et
les tats d'Autriche.

4. On donnera au duc de Modne les pays de Brescia compris entre l'Oglio
et le Mincio.

5. Le Bergamasque et tous les pays des tats de Venise compris entre
l'Oglio et le Milanez, ainsi que le Milanez, formeraient une rpublique;
Modne, Bologne, Ferrare, la Romagne formeraient une rpublique.

6. La ville de Venise continuerait  rester indpendante, ainsi que
l'Archipel.

DEUXIME PROJET.

Les articles 1 et 2 sont les mmes que les prcdens.

3. L'vacuation du Milanez et de la Lombardie.

TROISIME PROJET.

Les deux premiers articles comme dans les prcdens.

3. La renonciation par S. M. l'empereur de tous ses droits an Milanez et
 la Lombardie.

4. La France s'engagerait  donner  S. M. l'empereur des compensations
proportionnes au Milanez et au duch de Modne, qui seront l'objet
d'une ngociation, et dont il devrait tre en possession au plus tard
dans trois mois.

Si l'un de ces trois projets est accept  Vienne, les prliminaires de
la paix se trouveraient signs le 20 avril (8 floral), sans quoi,
vu que les armes du Rhin n'ont fait encore aucun mouvement, je leur
proposerais un armistice pur et simple pour les trois armes, et pour
trois mois, pendant lesquels on ouvrira des ngociations de paix.
Pendant ce temps, on fortifierait Clagenfurth et Gratz, on ferait venir
toutes les munitions de guerre de ce ct-ci, l'arme s'organiserait
parfaitement, et vous auriez le temps d'y faire passer quarante mille
hommes de l'arme du Rhin: moyennant quoi vous auriez une arme
extrmement considrable, dont la seule vue obligerait l'empereur 
faire de plus grands sacrifices.

Si rien de tout cela n'est accept, nous nous battrons, et si l'arme
de Sambre-et-Meuse s'est mise en marche le 20, elle pourrait, dans les
premiers jours du mois prochain, avoir frapp de grands coups et se
trouver sur la Reidnitz. Les meilleurs gnraux et les meilleures
troupes sont devant moi. Quand on a bonne volont d'entrer en campagne,
il n'y a rien qui arrte, et jamais, depuis que l'histoire nous retraa
des oprations militaires, une rivire n'a pu tre un obstacle rel. Si
Moreau veut passer le Rhin, il le passera; et s'il l'avait dj pass,
nous serions dans un tat  pouvoir dicter les conditions de la paix
d'une manire imprieuse et sans courir aucune chance; mais qui craint
de perdre sa gloire est sr de la perdre. J'ai pass les Alpes juliennes
et les Alpes nordiques sur trois pieds de glace; j'ai fait passer mon
artillerie par des chemins o jamais chariots n'avaient pass, et
tout le monde croyait la chose impossible. Si je n'eusse vu que la
tranquillit de l'arme et mon intrt particulier, je me serais arrt
au-del de l'Isonzo. Je me suis prcipit dans l'Allemagne pour dgager
les armes du Rhin et empcher l'ennemi d'y prendre l'offensive. Je suis
aux portes de Vienne, et cette cour insolente et orgueilleuse a ses
plnipotentiaires  mon quartier-gnral. Il faut que les armes du Rhin
n'aient point de sang dans les veines: si elles me laissent seul, alors
je m'en retournerai en Italie. L'Europe entire jugera la diffrence de
conduite des deux armes: elles auront ensuite sur le corps toutes les
forces de l'empereur, elles en seront accables, et ce sera leur faute.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Loben, le 30 germinal an 5 (19 avril 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous ai envoy, par l'adjudant-gnral Leclerc, plusieurs projets
d'arrangement qui avaient t envoys  Vienne, et sur lesquels
les plnipotentiaires attendaient des instructions. M. de Vincent,
aide-de-camp de S. M. l'empereur, est arriv sur ces entrefaites, les
plnipotentiaires sont revenus chez moi pour reprendre le cours de la
ngociation; aprs deux jours, nous sommes convenus et nous avons sign
les prliminaires de la paix, dont je vous envoie les articles.

Tout ce qui a t dclar dpartement par la loi de la convention
restera  la rpublique.

La rpublique lombarde se trouve non-seulement confirme, mais encore
accrue de tout le Bergamasque et de tout le Crmasque, qui lui sont dj
runis dans ce moment par l'insurrection de ces deux pays. La partie
du Mantouan qui est sur la rive droite de l'Oglio et du P s'y trouve
galement incorpore; le duch de Modne et de Reggio, qui, par la
principaut de Massa et de Carrara, touche  la Mditerrane, et par
la partie du Mantouan touche au P et au Milanez, s'y trouve galement
compris. Nous aurons donc dans le coeur de l'Italie une rpublique avec
laquelle nous communiquerons par les tats de Gnes et par la mer;
ce qui nous donnera, dans toutes les guerres futures en Italie, une
correspondance assure. Le roi de Sardaigne se trouve dsormais tre
entirement  notre disposition.

La place de Pizzighitone, qui est aujourd'hui vritablement plus forte
que Mantoue; la place de Bergame et celle de Crema, que l'on rtablira,
garantiront la nouvelle rpublique contre les incursions de l'empereur,
et nous donneront toujours le temps d'y arriver. Du ct de Modne, il y
a galement plusieurs positions faciles  fortifier, et pour lesquelles
on emploiera une partie de l'immense artillerie que nous avons dans
ce moment en Italie. Quant  la renonciation de nos droits sur les
provinces de Bologne, Ferrare et sur la Romagne, en change des tats de
Venise, elles restent toujours en notre pouvoir. Lorsque l'empereur et
nous, de concert, nous aurons russi  faire consentir le snat 
cet change, il est vident que la rpublique de Venise se trouvera
influence par la rpublique lombarde et  notre disposition. Si cet
change ne s'effectue pas, et que l'empereur entre en possession d'une
partie des tats de Venise sans que le snat veuille reprendre une
compensation qui est inconvenante et insuffisante, les trois lgations
restent toujours en notre pouvoir, et nous runirons Bologne et Ferrare
 la rpublique lombarde. Le gouvernement de Venise est le plus absurde
et le plus tyrannique des gouvernemens; il est d'ailleurs hors de
doute qu'il voulait profiter du moment o nous tions dans le coeur de
l'Allemagne pour nous assassiner. Notre rpublique n'a pas d'ennemi plus
acharn; Son influence se trouve considrablement diminue, et cela est
tout  notre avantage: cela d'ailleurs lie l'empereur et la France et
obligera ce prince, pendant les premiers temps de notre paix,  faire
tout ce qui pourra nous tre agrable. Cet intrt commun que nous avons
avec l'empereur nous remet la balance dans la main; nous nous trouvons
par l placs entre la Prusse et la maison d'Autriche, ayant des
intrts majeurs  arranger avec l'une et l'autre. D'ailleurs, nous ne
devons pas nous dissimuler que, quoique notre position militaire soit
brillante, nous n'avons point dict les conditions. La cour avait vacu
Vienne; le prince Charles et son arme se repliaient sur celle du Rhin;
le peuple de la Hongrie et de toutes les parties des tats hrditaires
se levait en masse, et mme, dans ce moment-ci, leur tte est dj sur
nos flancs. Le Rhin n'tait pas pass, l'empereur n'attendait que ce
moment pour quitter Vienne et se porter  la tte de son arme. S'ils
eussent fait la btise de m'attendre, je les aurais battus; mais ils se
seraient toujours replis devant nous, se seraient runis  une partie
de leurs forces du Rhin et m'auraient accabl. Alors la retraite
devenait difficile, et la perte de l'arme d'Italie pouvait entraner
celle de la rpublique; aussi tais-je bien rsolu  essayer de lever
une contribution dans les faubourgs de Vienne et  ne plus faire un pas.
Je me trouve ne pas avoir quatre mille hommes de cavalerie, et, au lieu
de quarante mille hommes que je vous avais demands, il n'en est pas
arriv vingt mille.

Si je me fusse, au commencement de la campagne, obstin  aller  Turin,
je n'aurais jamais pass le P; si je m'tais obstin  aller  Rome,
j'aurais perdu Milan; si je m'tais obstin  aller  Vienne, peut-tre
aurais je perdu la rpublique. Le vrai plan de campagne pour dtruire
l'empereur tait celui que j'ai fait, mais avec six mille hommes de
cavalerie et vingt mille hommes de plus d'infanterie; ou bien si, avec
les forces que j'avais, on et pass le Rhin dans le temps que je
passais le Tagliamento, comme je l'avais pens, puisque deux courriers
de suite m'ont ordonn d'ouvrir la campagne. Ds l'instant que j'ai
prvu que les ngociations s'ouvraient srieusement, j'ai expdi
un courrier au gnral Clarke qui, charg plus spcialement de vos
instructions dans un objet aussi essentiel, s'en serait mieux acquitt
que moi; mais lorsque, aprs dix jours, j'ai vu qu'il n'tait pas
arriv, et que le moment commenait  presser, j'ai d laisser tout
scrupule et j'ai sign. Vous m'avez donn plein pouvoir sur toutes
les oprations diplomatiques; et, dans la position des choses, les
prliminaires de la paix mme avec l'empereur, sont devenus une
opration militaire. Cela sera un monument de la gloire de la rpublique
franaise, et un prsage infaillible, qu'elle peut, en deux campagnes,
soumettre le continent de l'Europe, si elle organise ses armes avec
force, et surtout l'arme de la cavalerie.

Je n'ai pas, en Allemagne, lev une seule contribution; il n'y a pas eu
une seule plainte contre nous. J'agirai de mme en vacuant, et, sans
tre prophte, je sens que le temps viendra o nous tirerons parti de
cette sage conduite; elle germera dans toute la Hongrie, et sera plus
fatale au trne de Vienne que les victoires qui ont illustr la guerre
de la libert.

D'ici  trois jours, je vous enverrai la ratification de l'empereur; je
placerai alors mon arme dans tout le pays vnitien, o je la nourrirai
et entretiendrai jusqu' ce que vous m'ayez fait passer vos ordres.
Quant  moi, je vous demande du repos. J'ai justifi la confiance dont
vous m'avez investi; je ne me suis jamais considr pour rien dans
toutes mes oprations, et je me suis lanc aujourd'hui sur Vienne,
ayant acquis plus de gloire qu'il n'en faut pour tre heureux, et ayant
derrire moi les superbes plaines de l'Italie, comme j'avais fait au
commencement de la campagne dernire, en cherchant du pain pour l'arme
que la rpublique ne pouvait plus nourrir.

La calomnie s'efforcera en vain de me prter des intentions perfides:
ma carrire civile sera comme ma carrire militaire, une et simple.
Cependant vous devez sentir que je dois sortir de l'Italie, et je
vous demande avec instance de renvoyer, avec la ratification des
prliminaires de paix, des ordres sur la premire direction  donner aux
affaires d'Italie, et un cong pour me rendre en France.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Trieste, le 11 floral an 5 (30 avril 1797).

_Au directoire excutif._

Je suis parti, il y a deux jours, de Gratz, aprs avoir confr avec M.
de Gallo, qui, tant de retour de Vienne, m'a montr les prliminaires
de paix que nous avons faits, ratifis par l'empereur dans la forme
ordinaire.

Il m'a dit: 1. que l'empereur loignerait les migrs et le corps de
Cond, qui ne seraient plus  sa solde.

2. Que l'empereur dsirait traiter sa paix particulire, le plus tt
possible, et en Italie. Nous avons choisi Brescia pour le lieu des
confrences.

3. Que la paix de l'empire pouvait se traiter  Constance ou dans
quelque autre ville de ce genre.

4. Qu' la seule paix de l'empire on appellerait les allis, qui ne
seront point appels  la paix particulire.

5. Que l'empereur avait dj donn des pouvoirs pour traiter de la paix
dfinitive, et M. Gallo m'a sur ce interpell pour savoir si le gnral
Clarke avait des pouvoirs. J'ai dit qu'il fallait, avant tout, attendre
vos ordres.

6. Enfin que la cour de Vienne est de bonne foi et dsire serrer de
toutes les manires son systme politique avec celui de la France, et
que le directoire excutif trouverait avec l'empereur un cabinet de
bonne foi et qui marche droit. Le ministre d'Angleterre  Vienne s'est
fortement fch avec M. Thugut, il parat que les Anglais le prennent
fort haut, et taxent l'empereur de mauvaise foi.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Palma-Nova, le 11 floral an 5 (30 avril 1797).

_Au citoyen Lallemant, ministre de la rpublique franaise  Venise._

Le sang franais a coul dans Venise, et vous y tes encore!
attendez-vous donc qu'on vous en chasse? Les Franais ne peuvent plus
se promener dans les rues, ils sont accabls d'injures et de mauvais
traitemens; et vous restez simple spectateur! Depuis que l'arme est
en Allemagne, on a, en terre-ferme, assassin plus de quatre cents
Franais; on a assig la forteresse de Verone, qui n'a t dgage
qu'aprs un combat sanglant, et, malgr tout cela, vous restez  Venise!
Quant  moi, j'ai refus d'entendre les dputs du snat, parce qu'ils
sont tout dgotans du sang de Laugier, et je ne les verrai jamais qu'au
pralable ils n'aient fait arrter l'amiral et les inquisiteurs qui ont
ordonn ce massacre, et ne les aient remis entre mes mains. Je sais bien
qu'ils chercheront  faire tomber la vengeance de la rpublique sur
quelques misrables excuteurs de leurs atrocits; mais nous ne
prendrons pas le change.

Faites une note concise et digne de la grandeur de la nation que vous
reprsentez, et des outrages qu'elle a reus: aprs quoi, partez de
Venise, et venez me joindre  Mantoue.

Ils n'ont rien excut de ce que je leur ai demand: ce sont tous les
prisonniers qu'ils ont faits depuis que l'arme franaise est en Italie,
qu'ils devaient relcher, et non pas un seulement, ainsi qu'ils l'ont
fait.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Palma-Nova, le 11 floral an 5 (30 avril 1797).

_ messieurs les envoys du snat de Venise._

Je n'ai lu qu'avec indignation, messieurs, la lettre que vous m'avez
crite relativement  l'assassinat de Laugier. Vous avez aggrav
l'atrocit de cet vnement sans exemple dans les annales des nations
modernes, par le tissu de mensonges que votre gouvernement a fabriqus
pour chercher  se justifier.

Je ne puis point, messieurs, vous recevoir. Vous et votre snat tes
dgotans du sang franais. Lorsque vous aurez fait remettre entre mes
mains l'amiral qui a donn l'ordre de faire feu, le commandant de la
tour, et les inquisiteurs qui dirigent la police de Venise, j'couterai
vos justifications. Vous voudrez bien vacuer dans le plus court dlai
le continent de l'Italie.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Trieste, 11 floral an 5 (30 avril 1797).

_Au directoire excutif._

Les Vnitiens se conduisent tous les jours de plus mal en plus mal; la
guerre est ici dclare de fait: le massacre qu'ils viennent de faire du
citoyen Laugier, commandant l'aviso _le Librateur de l'Italie_, est la
chose la plus atroce du sicle.

Le citoyen Laugier sortait de Trieste; il fut rencontr par la flottille
de l'empereur, compose de huit  dix chaloupes canonnires: il se
battit une partie de la journe avec elles, aprs quoi il chercha  se
rfugier sous le canon de Venise; il y fut reu par la mitraille du
fort. Il ordonna  son quipage de se mettre  fond de cale, et lui,
avec sa troupe, demanda pourquoi on le traitait en ennemi; mais au mme
instant il reoit une balle qui le jette sur le tillac, roide mort. Un
matelot qui se sauvait  la nage fut poursuivi par les Esclavons, et tu
 coups de rames. Cet vnement n'est qu'un chantillon de tout ce qui
se passe tous les jours dans la terre-ferme. Lorsque vous lirez cette
lettre, la terre-ferme sera  nous, et j'y ferai des exemples dont on se
souviendra. Quant  Venise, j'ai ordonn que tous les btimens de Venise
qui se trouvent  Trieste et  Ancne soient sur-le-champ squestrs: il
y en a ici plusieurs frts, pour l'Amrique, qu'on value fort haut,
indpendamment d'une cinquantaine d'ordinaires. Je ne crois pas que
Lallemant trouve de sa dignit de rester  Venise, tout comme M. Quirini
a Paris.

Si le sang franais doit tre respect en Europe; si vous voulez qu'on
ne s'en joue pas, il faut que l'exemple sur Venise soit terrible; il
nous faut du sang; il faut que le noble amiral vnitien qui a prsid 
cet assassinat soit publiquement justici.

M. Quirini cherchera  intriguer  Paris; mais les faits et la trahison
infme des Vnitiens, qui voulaient assassiner les derrires de l'arme
pendant que nous tions en Allemagne, sont trop notoires.

Je compte qu'ils ont en ce moment-ci assassin plus de quatre cents de
nos soldats; et cependant il n'y a jamais eu en terre-ferme plus de
troupes vnitiennes, et cependant ils l'ont inonde de leurs Esclavons.
Ils ont essay de s'emparer de la citadelle de Verone, qui encore dans
ce moment-ci se canonne avec la ville.

Le snat m'a envoy  Gratz une dputation, je l'ai traite comme elle
le mritait. Ils m'ont demand ce que je voulais, je leur ai dit de
mettre en libert tous ceux qu'ils avaient arrts: ce sont les plus
riches de la terre-ferme, qu'ils suspectent tre nos amis, parce qu'ils
nous ont bien accueillis; de dsarmer tous les paysans, de congdier
une partie de leurs Esclavons, puisqu'un armement extraordinaire est
inutile; de chasser le ministre de l'Angleterre, qui a foment tous les
troubles, et qui est le premier  se promener, le lion de Saint-Marc
sur sa gondole, et la cocarde vnitienne qu'il porte depuis qu'ils nous
assassinent; de remettre dans nos mains la succession de Thiry, qui
est value  vingt millions; de nous remettre toutes les marchandises
appartenant aux Anglais: leur port en est plein; de faire arrter ceux
qui ont assassin les Franais ou du moins les plus marquans des nobles
vnitiens.

Tout  l'heure je pars pour Palma-Nova, de l pour Trvise, et de l
pour Padoue. J'aurai tous les renseignemens de tout ce qui a t commis
pendant que nous tions en Allemagne; je recevrai galement les rapports
de Lallemant sur l'assassinat de Laugier.

Je prendrai des mesures gnrales pour toute la terre-ferme, et je ferai
punir d'une manire si clatante, qu'on s'en souviendra une autre fois.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Trieste, le 11 floral an 5 (30 avril 1797).

_Au directoire excutif._

Il m'aurait fallu trois mois pour dgrader les moles du port de Trieste,
encore ne l'aurais-je pas dtruit, car ce port n'est simplement qu'une
rade.

Mantoue n'est pas fort par l'art, mais seulement par sa position; il n'y
a rien ou peu de chose  dtruire, et que les ennemis auraient rtabli
en peu de temps et avec trs-peu de travail.

Ayant un quipage de sige en Italie, nous prendrons Mantoue, tant que
nous voudrons, dans vingt jours de tranche. Lorsque Wurmser m'obligea 
en lever le sige, nous tions aux batteries de brche et sur le point
d'y entrer. Pendant le blocus, nous avons, avec sept mille hommes,
bloqu vingt mille hommes: vous voyez donc que cette place n'est pas
aussi essentielle qu'on se l'imagine; mais j'avais un seul avantage,
c'est que l'quipage de sige de l'ennemi tait fort loin, et que je
comptais mettre dedans la ville deux ou trois mille Franais, et le
reste des Italiens: ce qui, avec les nouveaux ouvrages que j'avais fait
faire, me faisait esprer de tenir en chec une arme autrichienne.

D'aprs le nouvel ordre de choses, nous aurions donc pour frontires
l'Oglio et un rang de places fortes, telles que Pizzighitone, Crema et
Bergame.

Pizzighitone vaut mieux que Mantoue.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Trieste, le 11 floral an 5 (30 avril 1797).

_Au directoire excutif._

Je ne suis pas tonn que l'on ait fait courir le bruit que nous avons
t battus dans le Tyrol: il n'a jamais entr dans mon projet de percer
par deux endroits  la fois, ce qui m'aurait oblig de garder deux
communications au lieu d'une.

J'ai d percer par le Tyrol et par la Carinthie, parce qu'il fallait
que, jusqu' ce que l'offensive ft dcidment  notre avantage, tre
en tat de la soutenir; parce qu'il fallait empcher l'ennemi de
nous couper: mais lorsque j'ai t  Clagenfurth et  Freysach, que
l'offensive a t dtermine, j'ai voulu sur-le-champ porter toutes
mes forces  ma droite et refuser constamment ma gauche, qui tait
suffisamment assure par le camp retranch de Castel-Novo, de Peschiera
et de Mantoue. Pendant ce temps-l, toutes mes forces tant concentres
sur ma droite, j'aurais march  Salzbourg; l'ennemi et t oblig
d'vacuer Inspruck; de l j'aurais travers les gorges de l'Inn et
march dans la Bavire. J'aurais auparavant lev des contributions sur
le faubourg de Vienne.

Ce plan a totalement manqu par l'inaction de l'arme du Rhin. Si Moreau
avait voulu marcher, nous eussions fait la campagne la plus tonnante,
et boulevers la situation de l'Europe. Au lieu de cela, il s'est rendu
 Paris, n'a voulu rien faire; et quand j'ai vu par vos lettres mmes
que vous n'aviez d'autre esprance qu'en faisant mouvoir Hoche seul,
j'ai cru la campagne perdue, et je n'ai pas dout que nous ne fussions
battus les uns aprs les autres.

Quant  moi, je me suis jet sans aucune espce de considration au
milieu de l'Allemagne; j'ai fait plus de vingt-quatre mille prisonniers,
oblig l'empereur d'vacuer Vienne, et j'ai fait conclure la paix 
mon quartier-gnral. Les conditions de cette paix sans doute sont
avantageuses  la France et a l'empereur: c'est ce qui fait sa bont.
Elle nous te l'influence de la Prusse, et nous met  mme de tenir la
balance dans l'Europe.

Il est vrai que cette paix n'a pas t comme celle du Pape et du roi de
Sardaigne; mais c'est que l'empereur est aussi puissant que nous, qu'on
se levait de tous cts en masse, et que partout, en Hongrie et dans le
Tyrol, on tait sous les armes, qu'il ne restait rien  faire, puisque
Vienne tait vacue par la maison impriale, et qu'en portant la guerre
dans la Bavire, j'aurais t tout seul. C'tait amliorer la situation
de l'empereur, que de rester sans rien faire dans les positions que
j'occupais, puisque cela mettait ses tats dans une tension nergique,
qui lui aurait donn, dans vingt jours, une foule de combattans. Nous
nous sommes bien conduits en Allemagne, mais l'arme du Rhin s'tait
mal conduite l'anne dernire; l'impression qu'elle avait faite durait
encore, de sorte que la manire dont nous nous conduisions n'avait pas
le temps d'arriver jusqu'aux diffrens peuples prvenus.

La paix, au contraire, a remis tout en Allemagne dans l'tat naturel. En
vacuant ce pays, je garde vritablement tout ce que j'avais pris, en
conservant la Ponteba et les hauteurs de la Carinthie, qui, dans une
marche, me mettent en Allemagne, et j'te aux peuples de la Hongrie,
de l'Autriche et de Venise les raisons de s'armer et de se croire en
danger. Si les hostilits doivent recommencer, il faut, avant tout,
prendre un parti pour Venise: sans quoi, il me faudrait une arme pour
les contenir. Je sais que le seul parti qu'on puisse prendre, c'est
de dtruire ce gouvernement atroce et sanguinaire: par ce moyen nous
tirerons des secours de toute espce d'un pays que, sans cela, il faudra
garder plus que le pays ennemi.

Il est impossible de prendre plus de prcautions que je n'en ai pris
contre les Vnitiens, dont je connais la profonde duplicit. Je suis
matre de toutes leurs forteresses, et  l'heure o vous lirez cette
lettre, je le serai tellement de toute la terre-ferme, qu'il n'y aura
d'autre chose  faire que de prendre un parti.

Pendant l'armistice, il y a eu une escarmouche fort vive entre le chef
de brigade Dagobert et la leve en masse de la Croatie.

Les ennemis taient parvenus  Trente, que je n'ai jamais gard
srieusement, parce que, par sa position, il est hors du systme de la
guerre; mais tout a t rtabli dans l'tat ordinaire.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Palma-Nova, le 12 floral an 5 (1er mai 1797).

_Au directoire excutif._

Je reois  l'instant des nouvelles de la rpublique cispadane. Les
choix ont t fort mauvais. Les prtres ont influenc toutes les
lections, des cardinaux et des vques sont venus exprs de Rome pour
diriger les choix du peuple; ils voient bien que leur salut ne dpend
plus que de leur influence dans le corps lgislatif.

La rpublique cispadane, comme la Lombardie, a besoin d'un gouvernement
provisoire pendant trois ou quatre ans, pendant lesquels on cherchera 
diminuer l'influence des prtres: sans quoi, vous n'auriez rien fait en
leur donnant la libert. Dans les villages, ils dictent des listes et
influencent toutes les lections; mais, conformment  vos ordres et
aux traits, je vais commencer par runir sous un mme gouvernement
provisoire la Lombardie et la Cispadane: aprs quoi, je prendrai les
mesures qui se concilient avec leurs moeurs, pour y diminuer l'influence
des prtres et clairer l'opinion.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Palma-Nova, le 13 floral an 5 (2 mai 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Je vous fais passer, citoyen gnral, un manifeste relatif aux
Vnitiens; vous voudrez bien faire en sorte qu'il y en ait mille
exemplaires imprims dans la nuit: vous en enverrez une copie  la
congrgation de Milan, pour qu'elle le fasse traduire en italien et
qu'elle le fasse imprimer et rpandre partout.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Palma-Nova, le 15 floral an 5 (2 mai 1797).

_Bonaparte, gnral en chef de l'arme d'Italie._

MANIFESTE.

Pendant que l'arme franaise est engage dans les gorges de la Styrie
et laisse loin derrire elle l'Italie et les principaux tablissemens
de l'arme, o il ne reste qu'un petit nombre de bataillons, voici la
conduite que tient le gouvernement de Venise:

1. Il profite de la semaine sainte pour armer quarante mille paysans, y
joint dix rgimens d'Esclavons, les organise en diffrens corps d'arme
et les poste aux diffrens points, pour intercepter toute communication
entre l'arme et ses derrires.

2. Des commissaires extraordinaires, des fusils, des munitions de
toute espce, une grande quantit de canons sortent de Venise mme pour
achever l'organisation des diffrens corps d'arme.

3. On fait arrter en terre-ferme ceux qui nous ont accueillis; on
comble de bienfaits et de toute la confiance du gouvernement tous
ceux en qui on connat une haine furibonde contre le nom franais, et
spcialement les quatorze conspirateurs de Verone que le provditeur
Prioli avait fait arrter il y a trois mois, comme ayant mdit
l'gorgement des Franais.

4. Sur les places, dans les cafs et autres lieux publics de Venise,
on insulte et on accable de mauvais traitemens tous les Franais, les
dnommant du nom injurieux de jacobins, de rgicides, d'athes: les
Franais doivent sortir de Venise, et peu aprs il leur est mme dfendu
d'y entrer.

5. On ordonne au peuple de Padoue, de Vicence, de Verone, de courir aux
armes, de seconder les diffrens corps d'arme et de commencer enfin
ces nouvelles Vpres siciliennes. Il appartient au Lion de Saint-Marc,
disent les officiers vnitiens, de vrifier le proverbe, que l'_Italie
est le tombeau des Franais_.

6. Les prtres en chaire prchent la croisade, et les prtres, dans
l'tat de Venise, ne disent jamais que ce que veut le gouvernement.
Des pamphlets, des proclamations perfides, des lettres anonymes sont
imprims dans les diffrentes villes et commencent  faire fermenter
toutes les ttes; et dans un tat o la libert de la presse n'est pas
permise, dans un gouvernement aussi craint que secrtement abhorr, les
imprimeurs n'impriment, les auteurs ne composent que ce que veut le
snat.

7. Tout sourit d'abord aux projets perfides du gouvernement; le sang
franais coule de toutes parts; sur toutes les routes on intercepte nos
convois, nos courriers et tout ce qui tient  l'arme.

8.  Padoue, un chef de bataillon et deux autres Franais sont
assassins.  Castiglione de Mori, nos soldats sont dsarms et
assassins. Sur toutes les grandes routes de Mantoue  Legnago, de
Cassano  Verone, nous avons plus de deux cents hommes assassins.

9. Deux bataillons franais, voulant rejoindre l'arme, rencontrent 
Chiari une division de l'arme vnitienne, qui veut s'opposer  leur
passage; un combat s'engage et nos braves soldats se font passage en
mettant en droute ces perfides ennemis.

10.  Valeggio il y a un autre combat;  Dezenzano, il faut encore se
battre: les Franais sont partout peu nombreux; mais ils savent bien
qu'on ne compte pas le nombre des bataillons ennemis lorsqu'ils ne sont
composs que d'assassins.

11. La seconde fte de Pques, au son de la cloche, tous les Franais
sont assassins dans Verone. On ne respecte ni les malades dans les
hpitaux, ni ceux qui, en convalescence, se promnent dans les rues, et
qui sont jets dans l'Adige, ou meurent percs de mille coups de stylet:
plus de quatre cents Franais sont assassins.

12. Pendant huit jours, l'arme vnitienne assige les trois chteaux
de Verone: les canons qu'ils mettent en batterie leur sont enlevs 
la baonnette; le feu est mis dans la ville, et la colonne mobile qui
arrive sur ces entrefaites, met ces lches dans une droute complte,
en faisant trois mille hommes de troupe de ligne prisonniers, parmi
lesquels plusieurs gnraux vnitiens.

13. La maison du consul franais de Zante est brle dans la Dalmatie.

14. Un vaisseau de guerre vnitien prend sous sa protection un convoi
autrichien, et tire plusieurs boulets contre la corvette _la Brune_.

15 _Le Librateur de l'Italie_, btiment de la rpublique, ne portant
que trois  quatre petites pices de canon, et n'ayant que quarante
hommes d'quipage, est coul  fond dans le port mme de Venise et par
les ordres du snat. Le jeune et intressant Laugier, lieutenant de
vaisseau, commandant ce btiment, ds qu'il se voit attaqu par le feu
du fort et de la galre amirale, n'tant loign de l'un et de l'autre
que d'une porte de pistolet, ordonne  son quipage de se mettre 
fond de cale: lui seul, il monte sur le tillac au milieu d'une grle de
mitraille, et cherche, par ses discours,  dsarmer la fureur de ces
assassins, mais il tombe roide mort; son quipage se jette  la nage et
est poursuivi par six chaloupes montes par des troupes soldes par la
rpublique de Venise, qui tuent  coups de hache plusieurs de ceux qui
cherchaient leur salut dans la haute-mer. Un contre-matre, bless de
plusieurs coups, affaibli, faisant sang de tous cts, a le bonheur de
prendre terre  un morceau de bois touchant au chteau du port; mais le
commandant lui-mme lui coupe le poignet d'un coup de hache.

Vu les griefs ci-dessus, et autoris par le titre 12, art. 328 de la
constitution de la rpublique, et vu l'urgence des circonstances:

Le gnral en chef requiert le ministre de France prs la rpublique
de Venise de sortir de ladite ville; ordonne aux diffrens agens de la
rpublique de Venise dans la Lombardie et dans la terre-ferme vnitienne
de l'vacuer sous vingt-quatre heures.

Ordonne aux diffrens gnraux de division de traiter en ennemi les
troupes de la rpublique de Venise, de faire abattre dans toutes les
villes de la terre-ferme le Lion de Saint-Marc. Chacun recevra, 
l'ordre du jour de demain, une instruction particulire pour les
oprations militaires ultrieures.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Palma-Nova, le 14 floral an 5 (3 mai 1797).

_Au directoire excutif._

Je reois dans l'instant des nouvelles de Verone. Je vous envoie les
rapports du gnral de division Balland, du gnral Kilmaine et du chef
de brigade Beaupoil. Ds l'instant que j'eus pass les gorges de la
Carinthie, les Vnitiens crurent que j'tais enfourn en Allemagne, et
ce lche gouvernement mdita des Vpres siciliennes. Dans la ville
de Venise et dans toute la terre-ferme on courut aux armes. Le snat
exhorta les prdicateurs, dj assez ports par eux-mmes  prcher
la croisade contre nous. Une nue d'Esclavons, une grande quantit de
canons, et plus de cent cinquante mille fusils furent envoys dans la
terre-ferme; des commissaires extraordinaires, avec de l'argent, furent
envoys de tous cts pour enrgimenter les paysans. Cependant M.
Pezaro, sage grand, me fut envoy  Goritzia, afin de chercher  me
donner le change sur tous ces armemens. J'avais des raisons de me mfier
de leur atroce politique, que j'avais assez appris  connatre; je
dclarai que si cet armement n'avait pour but que de faire rentrer des
villes dans l'ordre, il pouvait cesser, parce que je me chargeais de
faire rentrer les villes dans l'ordre, moyennant qu'ils me demanderaient
la mdiation de la rpublique: il me promit tout, et ne tint rien.
Il resta  Goritzia et  Udine assez de temps pour tre persuad par
lui-mme que j'tais pass en Allemagne, et que les marches rapides que
je faisais tous les jours donneraient le temps d'excuter les projets
qu'on avait en vue.

Le 30 germinal, des corps de troupes vnitiennes considrables,
augments par une grande quantit de paysans, interceptrent les
communications de Verone  Porto-Legnago. Plusieurs de mes courriers
furent sur-le-champ gorgs et les dpches portes  Venise. Plus
de deux mille hommes furent arrts dans diffrentes villes de la
terre-ferme et prcipits sous les plombs de Saint-Marc: c'taient tous
ceux que la farouche jalousie des inquisiteurs souponnait de nous tre
favorables. Ils dfendirent  Venise que le canal o ils ont coutume de
noyer les criminels ft nettoy. Eh! qui peut calculer le nombre des
Vnitiens que ces monstres ont sacrifis?

Cependant, au premier vent que j'eus de ce qui se tramait, j'en sentis
la consquence; je donnai au gnral Kilmaine le commandement de toute
l'Italie. J'ordonnai au gnral Victor de se porter avec sa division, 
marches forces, dans le pays vnitien. Les divisions du Tyrol s'tant
portes sur l'arme active, cette partie devenait plus dcouverte;
j'y envoyai sur-le-champ le gnral Baraguey d'Hilliers. Cependant le
gnral Kilmaine runit des colonnes mobiles de Polonais, de Lombards et
de Franais qu'il avait  ses ordres, et qu'il avait remis sous ceux des
gnraux Chabran et Lahoz.  Padoue,  Vicence et sur toute la route,
les Franais taient impitoyablement assassins. J'ai plus de cent
procs-verbaux, qui tous dmontrent la sclratesse du gouvernement
vnitien.

J'ai envoy  Venise mon aide-de-camp Junot, et j'ai crit au snat la
lettre dont je vous ai envoy copie.

Pendant ce temps, ils taient parvenus  rassembler  Verone quarante
mille Esclavons, paysans, ou compagnies de citadins, qu'ils avaient
arms, et au signal de plusieurs coups de la grosse cloche de Verone et
de sifflets, on court sur tous les Franais, qu'on assassine: les uns
furent jets dans l'Adige; les autres, blesss et tout sanglans, se
sauvrent dans les forteresses, que j'avais depuis long-temps eu soin de
rparer et de munir d'une nombreuse artillerie.

Je vous envoie le rapport du gnral Balland; vous y verrez que les
soldats de l'arme d'Italie, toujours dignes d'eux, se sont, dans cette
circonstance comme dans toutes les autres, couverts de gloire. Enfin,
aprs six jours de sige, ils furent dgags par les mesures que prit
le gnral Kilmaine aprs les combats de Dezenzano, de Valeggio et de
Verone. Nous avons fait trois mille cinq cents prisonniers et avons
enlev tous leurs canons.  Venise, pendant ce temps, on assassinait
Laugier, on maltraitait tous les Franais, et on les obligeait  quitter
la ville. Tant d'outrages, tant d'assassinats ne resteront pas impunis:
mais c'est  vous surtout et au corps lgislatif qu'il appartient de
venger le nom franais d'une manire clatante. Aprs une trahison aussi
horrible, je ne vois plus d'autre parti que celui d'effacer le nom
vnitien de dessus la surface du globe. Il faut le sang de tous les
nobles vnitiens pour apaiser les mnes des Franais qu'ils ont fait
gorger.

J'ai crit  des dputs que m'a envoys le snat la lettre que je vous
fais passer; j'ai crit au citoyen Lallemant la lettre que je vous
envoie galement. Ds l'instant o je serai arriv  Trvise,
j'empcherai qu'aucun Vnitien ne vienne en terre-ferme, et je ferai
travailler  des radeaux, afin de pouvoir forcer les lagunes, et chasser
de Venise mme ces nobles, nos ennemis irrconciliables et les plus vils
de tous les hommes. Je vous cris  la hte; mais ds l'instant que
j'aurai recueilli tous les matriaux, je ne manquerai pas de vous faire
passer dans le plus grand dtail l'histoire de ces conspirations aussi
perfides que les Vpres siciliennes.

L'vque de Verone a prch, la Semaine Sainte et le jour de Pques,
que c'tait une chose mritoire et agrable  Dieu, que de tuer les
Franais. Si je l'attrape, je le punirai exemplairement.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 17 floral an 5 (6 mai 1797).

_Au directoire excutif._

Il y a eu des troubles dans la division de la Corse, occasionns par
l'insurrection de la gendarmerie, qui n'tait pas paye.

Ce dfaut de fonds est produit par la dilapidation qui a t faite des
fonds envoys. Depuis que la Corse est restitue  la France, nous y
avons fait passer 700,000 fr., outre une grande quantit de bl et
d'autres approvisionnemens.

Je vous envoie les lettres que j'ai crites au gnral Gentili et 
l'ordonnateur en chef. Je crois que l'on doit tenir  faire un exemple
sur le commissaire des guerres et le commissaire faisant les fonctions
de payeur, qui devaient, avant tout, solder la troupe.

Le gnral Vaubois et le gnral Lafont, qui y vont commander, mettront,
j'espre, plus d'conomie, et j'engage l'ordonnateur en chef  y faire
passer promptement un autre commissaire. La dix-neuvime demi-brigade,
forte de douze cents hommes, et qui tait  Livourne, va s'embarquer
pour se rendre en Corse.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 17 floral an 5 (6 mai 1797).

_Au gnral Gentili._

Je ne puis vous dissimuler mon mcontentement sur le mauvais emploi des
sommes qui ont t envoyes en Corse pour le service de la division.
Plus de la moiti a t dilapide ou dpense  des choses inutiles,
tandis que tout devait tre uniquement consacr au service de la force
arme.

1. Il est inutile que vous envoyiez des adjoints  Paris.

2. Les commissaires du gouvernement ne devaient pas tre pays sur les
fonds des soldats.

3. Vous n'aviez pas le droit de faire donner 1000 francs 
l'adjudant-gnral Franceschi.

4. Vous ne deviez rien faire donner aux officiers isols,  qui, il y a
trois mois, j'avais ordonn de rejoindre.

De plus grands abus ont eu lieu encore dans la distribution de 4 
500,000 fr. que vous avez prcdemment reus: aucun article ne sera
port au compte  l'ordonnateur et au payeur, ils s'arrangeront ensemble
pour les faire rembourser  la rpublique.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 17 floral an 5 (6 mai 1797).

_Au commissaire ordonnateur en chef._

Des troubles sont ns en Corse par le dfaut d'argent, cela pourrait
mme devenir extrmement srieux; il est donc indispensable que vous
fassiez passer le plus promptement possible 100,000 fr.  Ajaccio,
uniquement destins pour payer la gendarmerie de ces deux dpartemens.
Il est aussi ncessaire que vous vous fassiez rendre un compte exact
de l'emploi des sommes que vous y avez envoyes; que vous rappeliez
sur-le-champ l'ordonnateur, et que vous y envoyiez un homme probe et
intelligent, que vous rendrez responsable de l'emploi des fonds.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 17 floral an 5 (6 mai 1797).

_ M. l'vque de Cme._

J'ai reu, monsieur l'vque, la lettre que vous vous tes donn la
peine de m'crire, avec les deux imprims; j'ai vu avec dplaisir la
devise qu'un zle malentendu de patriotisme a fait mettre au-dessus d'un
de vos imprims. Les ministres de la religion ne doivent, comme vous
l'observez fort bien, jamais s'manciper dans les affaires civiles;
ils doivent porter la teinte de leur caractre, qui, selon l'esprit de
l'vangile, doit tre pacifique, tolrant et conciliant. Vous pouvez
tre persuad qu'en continuant  professer ces principes, la rpublique
franaise ne souffrira pas qu'il soit port aucun trouble au culte de la
religion et  la paix de ses ministres.

Jetez de l'eau et jamais de l'huile sur les passions des hommes;
dissipez les prjugs et combattez avec ardeur les faux prtres, qui
ont dgrad la religion en en faisant l'instrument de l'ambition des
puissans et des rois. La morale de l'vangile est celle de l'galit, et
ds-lors elle est la plus favorable au gouvernement rpublicain, que va
dsormais avoir votre patrie.

Je vous prie, monsieur l'vque, de croire aux sentimens, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 17 floral an 5 (6 mai 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Vous donnerez ordre, citoyen gnral, que tous les soldats vnitiens qui
ont t faits prisonniers soient transfrs en France, et que tous
les officiers soient mis; savoir, les gnraux, colonels,
lieutenans-colonels et capitaines au chteau de Milan, et les lieutenans
et sous-lieutenans, cadets, etc., au chteau de Pavie.

Vous chargerez un officier suprieur de les interroger; ils doivent tre
considrs comme assassins, et non comme avous par leur prince. Vous me
rendrez compte de leur interrogatoire.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 17 floral en 5 (6 mai 1797).

Bonaparte, gnral en chef de l'arme d'Italie, arrte:

ART. 1er. La ville de Verone paiera une imposition de cent vingt mille
sequins, qui sera affecte aux dpenses de l'arme.

2. Elle paiera, en outre, une contribution de cinquante mille sequins,
qui sera distribue entre tous les soldats et officiers qui se sont
trouvs assigs dans les chteaux, et ceux qui formaient la colonne
mobile qui s'est empare de la ville.

3. Tous les effets qui sont au mont-de-pit et qui ont une valeur
moindre de 50 fr. seront rendus au peuple. Tous les effets d'une valeur
suprieure seront squestrs au profit de la rpublique.

4. Verone n'tant point la route de l'arme, ni le sjour d'aucun dpt,
il est expressment dfendu de rien payer sous prtexte d'effets perdus,
soit aux administrateurs, soit aux militaires; il ne sera admis, soit
dans la comptabilit en argent, soit dans celle en matires, aucun
dficit justifi par des pertes faites  Verone.

5. Le commissaire ordonnateur en chef fera dresser un tat des pertes
qui auront t faites par les personnes formant la garnison des forts
qui se trouvaient aux hpitaux, et il sera frapp une troisime
contribution sur la seule ville et territoire de Verone, du montant de
ladite indemnit.

6. Tous les chevaux de voiture et de selle qui se trouveront  Verone
seront affects aux charrois d'artillerie ou  la cavalerie.

7. La ville de Verone fournira, dans le plus court dlai, des cuirs pour
faire quarante mille paires de souliers et deux mille paires de bottes;
du drap pour faire douze mille paires de culottes, douze mille vestes et
quatre mille habits; des toiles pour faire douze mille chemises et douze
mille paires de gutres; douze mille chapeaux et douze mille paires de
bas; une partie desdits effets sera destine pour l'habillement de la
division du gnral Joubert.

8. Toute l'argenterie existante dans les glises ou autres btimens
publics, ainsi que tout ce qui appartiendrait au gouvernement, sera
confisqu au profit de la rpublique.

9. Il sera runi sur-le-champ une commission militaire qui,
quarante-huit heures aprs la rception du prsent ordre, dclarera
ennemis de l'humanit et assassins les cinquante principaux coupables
auteurs de l'assassinat qui a eu lieu le jour de la seconde fte de
Pques; lesdits coupables seront arrts et envoys garotts  Toulon
pour tre de l transfrs  la Guiane: si cependant parmi ces cinquante
il s'en trouvait de nobles Vnitiens, ou de ceux qui furent arrts il
y a plusieurs mois, envoys  Venise comme coupables de conspiration
contre la rpublique franaise, et qui depuis ont t relchs, ils
seront condamns  tre fusills; les squestres seront mis sur-le-champ
sur tous les biens, meubles et immeubles desdits condamns, et leurs
biens fonds seront confisqus et affects  faire rebtir les maisons du
peuple qui ont t brles pendant le sige, et  indemniser les autres
personnes de la ville qui se trouveraient avoir perdu.

10. On fera un dsarmement gnral dans tout le Vronais, et quiconque
sera trouv avoir dsobi  l'ordre du dsarmement, sera condamn  tre
envoy pour six ans de fers  Toulon.

11. Tous les tableaux, collections de plantes, de coquillages, etc.,
qui appartiendraient, soit  la ville, soit aux particuliers, seront
confisqus au profit de la rpublique; les particuliers qui seront dans
le cas d'tre indemniss, le seront sur les biens des condamns.

12. Le gnral chef de l'tat-major, le gnral divisionnaire Augereau,
et le commissaire ordonnateur en chef prendront toutes les mesures pour
l'excution du prsent ordre.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 19 floral an 5 (8 mai 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous fais passer, citoyens directeurs, la ratification du grand-duc
de Toscane, que j'ai oubli de vous envoyer. Les Anglais ayant vacu
Porto-Ferrajo, j'ordonne que l'on vacue galement Livourne.

BONAPARTE.

_P. S._ Je vous fais tenir galement une note explicative, remise par
les plnipotentiaires de l'empereur.



Au quartier-gnral  Milan, le 19 floral an 5 (8 mai 1797).

_Au directoire excutif._

Je suis parti, le 12 floral, de Palma-Nova, et je me suis rendu 
Mestre. J'ai fait occuper par les divisions des gnraux Victor et
Baraguay d'Hilliers toutes les extrmits des lagunes. Je ne suis
loign actuellement que d'une petite lieue de Venise, et je fais les
prparatifs pour pouvoir y entrer de force, si les choses ne s'arrangent
pas. J'ai chass de la terre-ferme tous les Vnitiens, et nous en sommes
en ce moment exclusivement les matres. Le peuple montre une grande joie
d'tre dlivr de l'aristocratie vnitienne: il n'existe plus de Lion de
Saint-Marc.

Comme j'tais sur les bords des lagunes, sont arrivs trois dputs du
grand conseil, qui me croyaient encore en Allemagne et qui venaient avec
des pleins pouvoirs du mme conseil, pour finir tous les diffrens. Ils
m'ont remis la note que je vous envoie. En consquence, je leur ai fait
rpondre par le gnral Berthier la lettre que je vous fais tenir; je
viens de recevoir une nouvelle dputation, qui m'a remis la note que je
vous envoie.

Les inquisiteurs sont arrts; le commandant du fort de Lido, qui a tu
Laugier, est arrt; tout le corps du gouvernement a t destitu par le
grand conseil; et celui-ci lui-mme a dclar qu'il allait abdiquer sa
souverainet et tablir la forme du gouvernement qui me paratrait la
plus convenable. Je compte d'aprs cela y faire tablir une dmocratie,
et mme faire entrer dans Venise trois ou quatre mille hommes de
troupes. Je crois qu'il devient indispensable que vous renvoyiez M.
Quirini.

Depuis que j'ai appris le passage du Rhin par Hoche et Moreau, je
regrette bien qu'il n'ait pas eu lieu quinze jours plus tt, on que du
moins Moreau n'ait pas dit qu'il tait dans le cas de l'effectuer. Notre
position militaire est tout aussi bonne aujourd'hui qu'il y a quinze
jours; j'occupe encore Clagenfurth, Goritzia et Trieste. Tous les
paysans vnitiens sont dsarms; dans toutes les villes, ceux qui nous
taient opposs sont arrts; nos amis sont partout en place, et toute
la terre-ferme est municipalise. On travaille tous les jours sans
relche aux fortifications de Palma-Nova.

Je vous prie de dsigner le Frioul pour le lieu o les Autrichiens
doivent nous faire passer les prisonniers franais. Nous ne leur en
restituerons qu' mesure qu'ils nous restitueront les ntres.

Le choix des membres qui composent le directoire de la Cisalpine est
assez mauvais; il s'est fait pendant mon absence, et a t absolument
influenc par les prtres; mais comme Modne et Bologne ne doivent
faire qu'une seule rpublique avec Milan, je suspens l'activit du
gouvernement, et je fais rdiger ici par quatre comits diffrens toutes
les lois militaires, civiles, financires et administratives qui doivent
accompagner la constitution. Je ferai, pour la premire fois, tous les
choix, et j'espre que d'ici  vingt jours toute la nouvelle rpublique
italienne sera parfaitement organise et pourra marcher toute seule.

Mon premier acte a t de rappeler tous les hommes qui s'taient
loigns, craignant les suites de la guerre. J'ai engag
l'administration  concilier tous les citoyens et  dtruire toute
espce de haine qui pourrait exister. Je refroidis les ttes chaudes et
j'chauffe les froides. J'espre que le bien inestimable de la libert
donnera  ce peuple une nergie nouvelle et le mettra dans le cas
d'aider puissamment la rpublique franaise dans les guerres futures que
nous pourrions avoir.

BONAPARTE.



Milan, le 20 floral an 5 (9 mai 1797).

Le gnral en chef voit avec indignation les vols que commettent
plusieurs agens franais, qui, sous diffrens prtextes, s'introduisent
dans les monts-de-pit des villes vnitiennes, y mettent les scells
pour y voler tout ce qui est  leur convenance.

En consquence, il ordonne:

1. Aux gnraux de division de faire lever tous les scells des
monts-de-pit et de les restituer  leurs administrateurs, et, en
attendant, qu'il ne soit port aucun changement auxdites administrations
(hormis celui de la ville de Verone).

2. De faire vrifier par les administrateurs et les membres des
municipalits ce qui manque aux monts-de-pit et autres tablissemens
publics, depuis l'apposition des scells, et de faire arrter
sur-le-champ les agens ou commissaires qui auraient mis les scells ou
qui seraient coupables de dilapidations, et de les faire traduire devant
le conseil militaire de sa division.

3. Les municipalits de la terre-ferme vnitienne enverront
sur-le-champ au gnral en chef une note de tout ce qui aurait t pris
et qui serait  leur connaissance.

4. La proprit des villes et des habitans de la terre-ferme vnitienne
est sous la responsabilit des gnraux de division qui y commandent:
ils prendront toutes les mesures possibles pour faire arrter les
coupables, rprimer les abus, et garantir ce pays des ravages de cette
nue de voleurs qui semble s'y tre donn rendez-vous.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 20 floral an 5 (9 mai 1797).

_Au gnral chef de l'tat-major._

Vous voudrez bien, citoyen gnral, conformment au trait d'alliance
qui existe entre la rpublique franaise et sa majest le roi de
Sardaigne, ordonner que tous les dserteurs des troupes sardes soient
sur-le-champ rendus, et dfendre aux diffrens chefs de corps, soit
franais, soit milanais, de recevoir aucun dserteur sarde.

Vous voudrez bien donner l'ordre aux commandans de la Lombardie pour
qu'ils prennent les mesures afin qu'il existe une svre discipline sur
les frontires du Pimont, et s'opposent  tout ce qui pourrait troubler
la tranquillit des tats du roi de Sardaigne.

Vous voudrez bien galement ordonner au commandant de Tortone de faire
tout ce qui dpendra de lui pour maintenir la tranquillit dans les
tats du roi de Sardaigne, s'opposer  la contrebande du bl et des
bestiaux, et enfin avoir pour sa majest le roi de Sardaigne les
sentimens que notre position actuelle doit lui assurer.

Vous le prviendrez galement que l'vque de Tortone va prendre
possession de son vch, et qu'il ait pour lui tous les gards qui sont
dus  son caractre.

Vous voudrez bien ordonner au gnral Casabianca de faire ter l'arbre
de la libert de la ville de Ceva, et de faire tout son possible pour
maintenir le bon ordre dans les tats de sa majest le roi de Sardaigne.

Vous donnerez les ordres pour que les nomms Viniatteri, Rozetti et
Strovengo, chefs de la conspiration qui a eu lieu pour assassiner le roi
de Sardaigne, soient arrts.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 24 floral an 5 (13 mai 1797).

_Au directoire excutif._

Le dernier courrier que j'ai reu de vous est du 3 floral, et je ne
connais pas encore vos intentions relativement aux prliminaires de la
paix: cela ne laisse pas que de m'embarrasser dans la direction  donner
aux diffrentes affaires actuelles.

Je vous ai rendu compte, par mon dernier courrier, du terme o en tait
la ngociation de Venise. Les ngociateurs et le citoyen Lallemant sont
ici; mais, pendant ce temps-l, les affaires marchent  grands pas dans
Venise mme, o l'emprisonnement des inquisiteurs et l'effervescence
populaire rendent les proprits incertaines, sans la prsence d'une
force franaise.

Je vous envoie une lettre du citoyen Villetard, secrtaire de la
lgation franaise  Venise.

J'ai donn ordre au gnral Baraguay d'Hilliers d'y entrer avec cinq
mille hommes.

J'ai envoy ordre au citoyen Bourd, commandant la flottille de
l'Adriatique, de s'y rendre galement.

Vous ordonnerez au gnral Lahoz d'loigner de Milan les citoyens
Lerese, Anisette et Barnabitte, et de les employer hors de cette ville,
les engageant  ne rien faire qui trouble la tranquillit des tats du
roi de Sardaigne.

Il est probable, quoiqu'il ne soit cependant pas sr, que lorsque vous
lirez cette lettre, vous serez matres de Venise et de son arsenal.

La rpublique cispadane parat vouloir se runir avec Venise, si cette
ville accepte le gouvernement reprsentatif, plutt que de se runir
avec le Milanez.

La rpublique lombarde serait alors compose des pays compris entre le
Tesin, le P, l'Oglio et le Modnais; ce qui ferait deux millions de
population.

La rpublique de Venise dmocrate serait compose, 1. du Trvisan, deux
cent mille habitans; 2. du Dogodo, cent mille; 3. de la Polsine, de
Rovigo et d'Adria, quatre-vingt mille; 4 de la ville de Venise, cent
cinquante mille; 5. des les du Levant, deux cent mille; 6. de la
Cispadane, six cent mille; 7. de la Romagne, trois cent mille: en tout,
un million six cent mille habitans.

Les deux rpubliques concluraient une alliance offensive et dfensive
avec la France contre les Anglais.

Nous trouverons dans l'arsenal de Venise quelques ressources pour
notre marine, et quelques vaisseaux de guerre, s'ils sont d'une bonne
construction.

J'ai fait partir de Trieste pour Toulon six btimens chargs de bl et
d'acier.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 25 floral an 5 (14 mai 1797).

_Extrait d'une lettre au directoire excutif._

Je vous envoie une lettre du citoyen Villetard, une autre du gnral
Baraguay d'Hilliers, et enfin la dlibration du grand-conseil, qui a
abdiqu. Je crains fort que cette pauvre ville de Venise ne soit en
partie pille par les Esclavons,  l'heure o je vous cris.

J'ai envoy, par un courrier extraordinaire, au doge la proclamation que
je vous fais passer, afin de chercher  y rtablir la tranquillit.

Demain, je conclurai un trait avec les dputs vnitiens: j'espre que
cette affaire s'achvera heureusement, et que, si nous ne sommes pas, 
l'heure qu'il est, dans Venise, nous ne tarderons pas  y tre.

La marine pourra y gagner quatre ou cinq vaisseaux de guerre, trois ou
quatre frgates, pour 3 ou 4,000,000 de cordages, de bois et d'autres
objets qui lui sont ncessaires.

J'ai envoy des courriers a Gnes et  Livourne, pour qu'on me fasse
passer en toute diligence tous les matelots franais ou corses qui s'y
trouveraient; je prendrai ceux des lacs de Mantoue et de Garda, et je
diminuerai le nombre de ceux que j'ai sur la flottille.

Je vous prie de m'envoyer en poste un contre-amiral, un major d'escadre,
etc.

J'aurais aussi besoin de quatre ou cinq cents matelots, qui pourraient
se rendre  Gnes, d'o ils viendraient  Tortoue, o ils recevront,
du commandant de la place, les ordres, et trouveront les moyens de
s'embarquer sur le P jusqu' Venise.

J'espre, si tout russit conformment  mes esprances, avoir:

Quatre btimens de guerre, tout quips et approvisionns pour six mois;
trois frgates franaises, compris _la Brune_; deux corvettes franaises
et quinze chaloupes canonnires.

Ces vingt-quatre btimens seront prts, j'espre,  mettre  la voile
avant l'arrive du contre-amiral.

Je trouverai les btimens et les frgates vnitiennes prtes  mettre 
la voile, parce qu'elles viennent de croiser dans l'Archipel.

BONAPARTE.



_Trait de paix entre la rpublique franaise et la rpublique de
Venise._

Le directoire excutif de la rpublique franaise et le grand-conseil de
la rpublique de Venise, voulant rtablir sans dlai l'harmonie et la
bonne intelligence qui rgnaient ci-devant entre elles, conviennent des
articles suivans:

ART 1. Il y aura paix et amiti entre la rpublique franaise et la
rpublique de Venise; toutes les hostilits cesseront ds  prsent.

2. Le grand-conseil de Venise, ayant  coeur le bien de sa patrie et le
bonheur de ses concitoyens, et voulant que les scnes qui ont eu lieu
contre les Franais ne puissent plus se renouveler, renonce  ses droits
de souverainet; ordonne l'abdication de l'aristocratie hrditaire,
et reconnat la souverainet de l'tat dans la runion de tous les
citoyens, sous la condition cependant que le gouvernement garantira la
dette publique nationale, l'entretien des pauvres gentilshommes qui ne
possdent aucun bien fonds, et les pensions viagres accordes sous le
titre de provisions.

3. La rpublique franaise, sur la demande qui lui en a t faite,
voulant contribuer, autant qu'il est en elle,  la tranquillit de la
ville de Venise et au bonheur de ses habitans accorde une division de
troupes franaises pour y maintenir l'ordre et la sret des personnes
et des proprits, et seconder les premiers pas du gouvernement dans
toutes les parties de son administration.

4. La station des troupes franaises  Venise n'ayant pour but que la
protection des citoyens, elles se retireront aussitt que le nouveau
gouvernement sera tabli, ou qu'il dclarera n'avoir plus besoin de
leur assistance. Les autres divisions de l'arme franaise vacueront
galement toutes les parties du territoire vnitien qu'elles occuperont
dans la terre ferme, lors de la conclusion de la paix continentale.

5. Le premier soin du gouvernement provisoire sera de faire terminer
le procs des inquisiteurs et du commandant du fort de Lido, prvenus
d'tre les auteurs et instigateurs des Pques vnitiennes et de
l'assassinat commis dans le port de Venise; il dsavouera d'ailleurs ces
faits de la manire la plus convenable et la plus satisfaisante pour le
gouvernement franais.

6. Le directoire excutif, de son ct, par l'organe du gnral en chef
de l'arme, accorde pardon et amnistie gnrale pour tous les autres
Vnitiens qui seraient accuss d'avoir pris part  toute conspiration
contre l'arme franaise; et tous les prisonniers seront mis en libert
aprs la ratification.

Ainsi a t arrt et convenu, savoir: au nom de la rpublique
franaise, par les citoyens Bonaparte, gnral en chef de l'arme
d'Italie; et Lallemant, ministre plnipotentiaire de la rpublique
franaise prs celle de Venise; et, au nom du grand conseil vnitien,
par MM. Franois Dona, Lonard Justiani et Louis Moncenigo, dputs
munis de pleins pouvoirs, dont l'original est annex aux prsentes,
lesquelles devront tre ratifies par les hautes puissances
contractantes, dans le plus court dlai possible, pour sortir leur
entire excution.

Fait  Milan, le 27 floral an 5 de la rpublique franaise (16 mai
1797).

_Sign_ BONAPARTE, etc.



_Articles secrets faisant suite et partie du trait de paix conclu
cejourd'hui 27 floral an 5 de la rpublique franaise (16 mai 1797),
entre la rpublique franaise et telle de Venise._

ART Ier. La rpublique franaise et la rpublique de Venise s'entendront
entre elles pour l'change des diffrens territoires.

2. La rpublique de Venise versera dans la caisse du payeur de l'arme
d'Italie trois millions tournois en numraire; savoir, un million
dans le mois de prairial prochain, un second million dans le mois de
messidor, et le troisime million lorsque le gouvernement provisoire
sera entirement organis.

3. La rpublique de Venise fournira pour la valeur de trois autres
millions tournois en chanvres, cordages, agrs et autres objets
ncessaires  la marine, sur la rquisition des commissaires qui seront
nomms par le gnral en chef de l'arme, et en tant que ces objets
existeront rellement dans les magasins ou dpts de l'arsenal.

4. La rpublique de Venise fournira en outre trois vaisseaux de ligne et
deux frgates en bon tat, arms et quips de tout le ncessaire, sans
comprendre l'quipage, et au choix du gnral en chef, qui, de son ct,
promet au gouvernement vnitien la mdiation de la rpublique franaise
pour terminer promptement les diffrens survenus entre celle de Venise
et la rgence d'Alger.

5. La rpublique de Venise remettra enfin aux commissaires  ce destins
vingt tableaux et cinq cents manuscrits au choix du gnral en chef.

Les cinq articles ci-dessus, quoique convenus et transcrits sparment,
sont nanmoins essentiellement inhrens au trait ostensible conclu
cejourd'hui entre les deux rpubliques, et n'en sont de fait que la
continuation: en sorte que la non excution d'un seul desdits articles
secrets rendrait le trait en entier nul et non stipul.

Ainsi a t arrt et convenu; savoir, au nom de la rpublique
franaise, par le citoyen Bonaparte, gnral en chef de l'arme
d'Italie, et par le citoyen Lallemant, ministre plnipotentiaire de
la rpublique franaise prs celle de Venise, et au nom du directoire
excutif.

Et au nom du grand conseil vnitien, par MM. Franois Dona, Lonard
Justiniani et Louis Moncenigo, dputs munis de pleins pouvoirs, dont
l'original est annex au trait ostensible de ce jour.

Fait et sign  Milan, le 27 floral an 5 de la rpublique franaise (16
mai 1797).

_Sign_ BONAPARTE, etc.



Milan, le 25 floral an 5 (14 mai 1797).

_Aux citoyens de Venise._

Les citoyens de la ville de Venise sont sous la protection de la
rpublique franaise: en consquence, je dclare que je traiterai en
ennemi de la rpublique franaise tout homme qui porterait la moindre
atteinte aux personnes et aux proprits des habitans de Venise.

Si, vingt-quatre heures aprs la publication du prsent ordre, les
Esclavons n'ont pas, conformment  l'ordre qui leur a t donn par les
magistrats de Venise, quitt cette ville pour se rendre en Dalmatie, les
officiers et les aumniers des diffrentes compagnies d'Esclavons
seront arrts, traits comme rebelles, et leurs biens, en Dalmatie,
confisqus. Le gnral en chef fera,  cet effet, marcher une division
de l'arme en Dalmatie, et ils seront la cause de ce que la guerre et
ses horreurs seront transplants au milieu de leurs foyers.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 25 floral an 5. (14 mai 1797).

_Au directoire excutif[14]._

[Footnote 14: Cette lettre, relate dj en partie par extrait, se
trouve complte ici.]

J'organise la rpublique cisalpine: j'ai  cet effet quatre comits qui
travaillent sans relche  la confection des lois organiques qui doivent
accompagner la publication de la constitution.

Le citoyen Serbelloni, par la rputation dont il jouit dans ce pays-ci,
et par l'ascendant que donne la fortune, est propre  remplir avec
succs une place de membre du directoire excutif; il est d'ailleurs
tellement compromis avec les Autrichiens, que c'est une des personnes de
l'opinion de laquelle nous devons tre les plus srs: je l'ai donc fait
prvenir par l'administration de la Lombardie qu'il tait nomm  la
place de directeur; je vous prie de faire en sorte qu'il parte de suite
pour Milan.

Je vous envoie une lettre du citoyen Villetard, une autre du gnral
Baraguay d'Hilliers, et enfin la dlibration du grand conseil, qui a
abdiqu; je crains fort que cette pauvre ville de Venise ne soit en
partie pille par les Esclavons  l'heure o je vous cris.

J'ai envoy, par un courrier extraordinaire, au doge la proclamation que
je vous fais passer, afin de chercher  y rtablir la tranquillit.

Demain, je conclurai un trait avec les dputs vnitiens; j'espre que
cette affaire s'achvera heureusement, et que si nous ne sommes pas 
l'heure qu'il est dans Venise, nous ne tarderons pas  y tre.

La marine pourra y gagner quatre ou cinq vaisseaux de guerre, trois ou
quatre frgates, pour trois ou quatre millions de cordages, de bois et
d'autres objets ncessaires  la marine.

J'ai envoy des courriers  Gnes et  Livourne, pour qu'on me fasse
passer en toute diligence tous les matelots franais ou corses qui s'y
trouveraient; je prendrai ceux des lacs de Mantoue et de Garda, et je
diminuerai le nombre de ceux que j'ai sur la flottille.

Je vous prie de m'envoyer en poste un contre-amiral, un major d'escadre,
etc.

J'aurais aussi besoin de quatre ou cinq cents matelots, qui pourraient
se rendre  Gnes, d'o ils viendraient  Tortone, o ils recevront,
du commandant de la place, les ordres et trouveront les moyens de
s'embarquer sur le P jusqu' Venise.

J'espre, si tout russit conformment  mes esprances, avoir quatre
btimens de guerre tout quips et approvisionns pour six mois; trois
frgates franaises, compris _la Brune_; deux corvettes franaises et
quinze chaloupes canonnires.

Ces vingt-quatre btimens seront prts, j'espre,  mettre  la voile
avant l'arrive du contre-amiral.

Je trouverai les btimens et frgates prtes  mettre  la voile, parce
qu'elles viennent de croiser dans l'Archipel.

Le million pour Toulon, que je vous ai annonc, part demain; un autre
million, dont cinq cent mille francs en or et autant en argent, part
aprs demain 27 pour Paris; il pourra servir  vivifier notre marine 
Brest.

Les deux millions que le ministre des finances a tirs sur le citoyen
Andr, ngociant, seront acquitts en marchandises ou en terres; ce qui,
joint  un million pour l'arme de Sambre-et-Meuse, autant pour celle du
Rhin, et cinq cent mille francs pour celle des Alpes, cinq cent mille
francs que nous cote la Corse, formera la somme de cinq millions que
l'arme d'Italie aura fournis depuis la nouvelle campagne.

Vingt-cinq mille quintaux de bl, et pour cent mille francs de chanvre
avec de l'acier, sont partis de Trieste pour Toulon.

Le pape nous a donn huit millions de diamans, qui,  l'valuation de
Modne, ne valent pas davantage que quatre millions cinq cent mille
francs.

Le service de l'arme est assur pour prairial, messidor, thermidor et
fructidor.

Treize ou quatorze millions d'arrir, que nous avions  l'arme, vont
tre pays en biens nationaux du pays.

Les objets de Rome se runissent tous  Livourne: il serait urgent
que le ministre de la marine envoyt le prendre par trois ou quatre
frgates, afin de les mettre  l'abri de tous risques.

Une soixantaine de citoyens de diffrentes villes du midi se sont
prsents  moi pour avoir des secours; je les ai distribus dans toute
l'Italie pour y tre employs chacun son mtier. Le chef de l'tat-major
enverra au ministre de la police gnrale les noms, ge, demeure,
profession de ces citoyens.

J'ai charg Comeyras de se rendre  Sion, peur chercher  ouvrir une
ngociation avec le Valais, afin de conclure un trait au nom de la
France et de la rpublique cisalpine, qui nous accorde le passage depuis
le lac de Genve au lac Majeur, en suivant la valle du Rhne. J'ai
envoy un excellent ingnieur des ponts et chausses pour savoir ce que
coterait cette route  tablir: elle irait de Versois  Bouveret par le
lac, quinze lieues; de Bouveret  Sion, dix lieues; de Sion  Brigge,
huit lieues; de Brigge  Dossola, huit lieues; de Dossola au lac Majeur,
huit lieues; du lac Majeur  Milan, douze lieues: ce qui ferait soixante
et une lieues de Versois  Milan, ou cent soixante de Milan  Paris: sur
ces soixante et une lieues, les quinze du lac et les vingt de Dossola
 Milan, c'est--dire trente-cinq, sont en grande route; il reste donc
vingt-six lieues  faire, dont se chargerait le Milanez.

J'ai charg le mme ingnieur d'aller jusqu'au pont de... et de voir
ce qu'il faudrait pour faire sauter le rocher dans lequel s'enfuit le
Rhne, et par-l rendre possible l'exploitation des bois du Valais et de
la Savoie, bois immenses et qui peuvent seuls relever notre marine.
On m'assure qu'il ne faut pas plus de 2 ou 300,000 fr. pour cette
opration.

La Toscane et les Grisons vont conclure un trait d'alliance avec la
nouvelle rpublique cisalpine: il faudrait obtenir des Suisses les
bailliages italiens, qui n'ont qu'une population de quarante mille mes;
nous pourrions leur donner le Freythal, et, s'il tait ncessaire, la
nouvelle rpublique s'obligerait  fournir tous les ans une certaine
quantit de riz et de bl.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 25 floral an 5 (14 mai 1797).

_ M. le gnral-major comte de Meerveldt, ministre de S. M.
l'empereur._

J'ai l'honneur de vous prvenir, Monsieur le gnral, que je viens de
recevoir  l'instant du directoire excutif de la rpublique franaise
la ratification des prliminaires que nous avons signs  Loben.

Je me rendrai dans la ville que vous voudrez bien indiquer, afin de
procder aux changes.

Je vous prie de faire passer le courrier que vous m'enverrez, par
Trvise, o il s'adressera au gnral Gauthier, qui lui indiquera
l'endroit o je pourrai me trouver.

J'ai galement l'honneur de vous faire part, comme j'ai eu l'honneur
d'en prvenir M. le marquis de Gallo par l'envoi de mon aide-de-camp,
que le directoire excutif de la rpublique franaise a bien voulu munir
de ses pleins pouvoirs pour traiter de la paix dfinitive, le gnral
Clarke et moi; je vous prie de le faire connatre  S. M. l'empereur,
afin que les plnipotentiaires qu'elle voudra envoyer se runissent le
plus promptement possible dans la ville de Brescia, comme nous en tions
convenus, ou dans toute autre qui paratra plus convenable.

Je vous prie de vouloir bien donner des ordres pour qu' Trieste on se
hte de payer le reste de la contribution, afin de me mettre dans le
cas, comme nous en tions convenus, de l'vacuer.

L'vacuation de Clagenfurth a souffert quelque retard par celui qu'a mis
l'administration de cette ville  fournir les chariots ncessaires au
transport des effets militaires.

Je vous prie de donner aussi des ordres  cet gard, et de croire aux
sentimens d'estime et de considration avec lesquels, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 26 floral an 5 (15 mai 1797).

_Au citoyen Faypoult, ministre de la rpublique franaise,  Gnes._

Je rponds  votre lettre du 21 floral, citoyen ministre. Je pense,
comme vous, que la chute entire de Venise amne celle de l'aristocratie
de Gnes; mais il faut pour cela encore quinze jours pour que les
affaires de Venise soient bien compltement termines.

Il est hors de doute qu'il faut laisser Gnes rpublique indpendante;
mais il n'est pas moins vrai qu'en runissant  Gnes tous les fiefs
impriaux, il faudrait chercher  avoir le golfe de la Spezzia pour la
nouvelle rpublique. Cette seconde pense s'excuterait naturellement
lorsque le gouvernement aristocratique serait dissous, et le corps de
l'tat en fusion: alors nous serions toujours srs d'avoir avec nous
Gnes ou la Spezzia.

Je vous salue et vous prie de m'crire un peu plus souvent relativement
 l'ide que vous avez:

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 30 floral an 5 (19 mai 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous ai envoy le trait que j'ai conclu avec Venise, en consquence
duquel cinq  six mille hommes sous les ordres du gnral Baraguay
d'Hilliers ont d prendre, le 27, possession de la ville. J'ai eu
plusieurs buts en concluant ce trait.

1. D'entrer dans la ville sans difficults: avoir l'arsenal et tout
en notre possession, et pouvoir en tirer ce qui nous convient, sous le
prtexte de l'excution des articles secrets.

2. De nous trouver  mme, si le trait de paix avec l'empereur ne
s'excutait pas, de rallier  nous et de faire tourner  notre avantage
tous les efforts du territoire vnitien.

3. De ne pas attirer sur nous l'espce d'odieux de la violation des
prliminaires relatifs au territoire vnitien, et en mme temps de
donner des prtextes et de faciliter leur excution.

4. Et enfin de calmer tout ce qu'on pourrait dire en Europe, puisqu'il
est constat que notre garnison de Venise n'est qu'une opration
momentane, et un acte de protection sollicit par Venise mme.

Le pape est trs-malade et a quatre-vingt-trois ans. Sur la premire
nouvelle que j'en ai eue, j'ai fait runir tous mes Polonais  Bologne,
d'o je les pousserai jusqu' Ancne. Quelle conduite dois-je tenir si
le pape meurt?

Gnes demande  grands cris la dmocratie, le snat m'envoie des dputs
pour sonder l-dessus mes intentions. Il est trs possible qu'avant dix
ou douze jours l'aristocratie de Gnes subisse le mme sort que celle de
Venise.

Il y aurait alors en Italie trois rpubliques dmocratiques, qui, pour
le moment, ne pourraient tre que difficilement runies, vu les coupures
qu'y produisent les tats intermdiaires de Parme et de l'empereur, et
vu d'ailleurs l'enfance dans laquelle sont encore les Italiens; mais, et
la libert de la presse, et les vnemens futurs ne manqueront pas de
runir ces trois rpubliques en une seule.

1. La rpublique cisalpine comprenant la Lombardie, le Bergamasque, le
Crmasque, le Modnois, Massa-Carara, la Graffiniana, le golfe de
la Spezzia, forme une population de dix-huit  dix-neuf cent mille
habitans.

2. La rpublique cispadane, comprenant le Bolonais, le Ferrarois,
la Romagne, Venise, Rovigo, et une partie du Trvisan et les les
de l'Archipel, forme une population de seize  dix-huit cent mille
habitans.

3. La rpublique ligurienne, comprenant les fiefs impriaux, Gnes et
les tats de Gnes, hormis le golfe de la Spezzia.

Les tats du duc de Parme et ceux du roi de Sardaigne ne tarderont pas 
s'insurger; je fais cependant ce qui est possible pour soutenir le duc
de Parme et le roi de Sardaigne.

La rpublique cisalpine et cispadane se runiront difficilement, de
sorte que si l'empereur s'arrange  laisser la Marche trvisane et
la Polsine de Rovigo, il sera possible de laisser Venise avec la
rpublique cispadane.

Si, au contraire, il ne voulait pas, l'on runirait ces deux rpubliques
en une, parce qu'alors il est bien prouv que la rpublique cispadane ne
serait pas assez forte pour maintenir la ville de Venise, comme ville de
province.

En attendant, je laisse subsister la Cispadane organise sparment,
puisque sa runion avec la Lombardie mcontenterait beaucoup de monde,
et pourrait tre regarde par l'empereur comme une violation des
prliminaires, et que d'ailleurs la capitale  Bologne nous permettra
d'avoir une grande influence sur toutes les affaires de Rome.

Je vous envoie donc l'ordre que je donne aujourd'hui pour la runion
de la Romagne  la rpublique cispadane. Je profiterai de cette
circonstance pour leur faire renommer un autre directoire, celui qu'ils
ont nomm tant assez mal compos.

Quand ensuite la paix dfinitive avec l'empereur sera faite, je prendrai
des mesures pour runir ces deux rpubliques; mais en attendant il faut
que je profile des momens de repos pour organiser parfaitement l'une
et l'autre, afin que si les choses se brouillent avec l'empereur, nous
puissions tre srs que nos derrires soient tranquilles, et que si
les affaires de Rome viennent  se brouiller par la mort du pape, l'on
puisse partir de l pour faire toutes les oprations qui deviendraient
ncessaires.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 30 floral an 5 (19 mai 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous envoie, citoyens directeurs, plusieurs lettres relatives  la
conduite des Vnitiens:

1. Plusieurs lettres du gnral de division Kilmaine.

2. Un chantillon des manifestes, et autres lettres anonymes que l'on
fait imprimer dans l'tat de Venise pour exciter le peuple contre les
Franais.

3. Plusieurs lettres du gnral commandant  Verone, et du gnral
commandant  Mantoue.

4. Une lettre du citoyen Lallemant.

Vous y verrez que toutes sont extrmement alarmantes sur les intentions
des Vnitiens, et ont d m'obliger  prendre un parti.

Je vous envoie galement quelques lettres interceptes sur un courrier
de Naples, qui vous donneront quelques renseignemens sur les mouvemens
extraordinaires qui se passaient  Vienne.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 30 floral an 5 (19 mai 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous envoie, citoyens directeurs, une convention militaire faite avec
un officier de l'tat-major du roi de Sardaigne, pour rgler diffrens
objets de police relativement  ses troupes. Je ne vous l'ai pas
envoye, parce que j'ai attach fort peu d'importance  cette
transaction, qui n'est qu'une opration purement militaire. Les troupes
sont toujours restes  Novare; elles ne sont jamais sorties des tats
du roi, et tout est encore, jusqu' cette heure, _in statu quo_. Il est
cependant ncessaire de mnager le roi de Sardaigne, afin que si jamais
la ngociation trane en longueur, on puisse se servir de ses troupes
pour donner une inquitude de plus  l'empereur. Ce roi est au reste
fort peu de chose, et, ds l'instant que Gnes, la France et le Milanez
seront gouverns par les mmes principes, il sera trs-difficile que ce
trne puisse continuer  subsister; mais il s'croulera sans nous, et
par le seul poids des vnemens et des choses.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 1er prairial an 5 (20 mai 1797).

_Au directoire excutif._

Le gnral Baraguay d'Hilliers a pris possession de la ville de Venise,
de tous les forts, de toutes les les qui en dpendent.

Cette malheureuse ville tait en proie  l'anarchie et  la guerre
civile. Les Franais y ont t reus aux acclamations de tout le peuple,
et chacun, depuis l'instant qu'ils sont entrs, tient sa personne et sa
proprit comme sres.

La confiance que les diffrens peuples qui ont vu de prs l'arme
d'Italie, ont dans sa bonne discipline et l'esprit de justice qui anime
les officiers et les soldats, est un des fruits les plus doux d'une
bonne conduite, qui leur assure un titre plus sr  la reconnaissance de
l'humanit, que les victoires qu'ils ont remportes.

Je vous fais passer deux proclamations du gouvernement provisoire de
Venise.

Je vous ferai tenir deux lettres du secrtaire de lgation  Venise,
qui vous donneront quelques dtails sur les derniers vnemens qui ont
prcd l'entre des Franais.

Les ministres d'Angleterre, de Russie et M. d'Entraigues s'taient
sauvs de la ville.

J'attends avec impatience un contre-amiral, des matelots et quelques
capitaines de vaisseaux, pour pouvoir promptement quiper une escadre 
Venise.

J'attends, sous deux ou trois jours, M. de Gallo, pour l'change des
ratifications.

Je vous prie de ne pas perdre un instant  me donner et  m'envoyer des
instructions sur la conduite  tenir envers Rome; le Pape a une mauvaise
sant, il peut mourir d'un instant  l'autre: il y a d'ailleurs beaucoup
de fermentation  Rome.

Je vous ai dj rendu compte que l'aristocratie est agonisante  Gnes.

Toutes les marchandises appartenant aux Anglais, aux Russes et aux
Portugais,  Venise, sont confisques.

Je vous enverrai, par le prochain courrier, un recueil de toutes les
pices que j'ai fait imprimer, relatives aux affaires de Venise.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Montebello, le 2 prairial an 5 (21 mai 1797).

_Au gnral Baraguay d'Hilliers._

Le citoyen Haller vous aura remis une lettre, dans laquelle je vous
parlais de la ncessit de ne pas mcontenter le commerce de Venise, et
de ne faire aucune dmarche ostensible qui pt servir de prtexte aux
puissances trangres de rclamer contre vous. Il faut maintenir
la police dans la ville, veiller  la sret de vos troupes et des
positions que vous occupez, et ne vous mler en aucune manire du
gouvernement de la ville. La position actuelle de Venise est extrmement
critique. Je prfre que le gouvernement provisoire ou le citoyen
Lallemant fassent les dmarches ostensibles. Il est extrmement
ncessaire que vous paraissiez le moins possible. Procurez  la ville
toutes les facilits qui seront en votre pouvoir, soit pour les
subsistances, soit pour ce qui pourrait dpendre de vous; ne laissez
cependant rien sortir, et ne souffrez pas qu'on touche  ce qui est dans
l'arsenal ou dans les magasins d'armes.

Exigez que l'on rappelle le plus promptement possible l'escadre qui
est  Corfou, et faites qu'on envoie les troupes italiennes qui sont
 Venise, pour remplacer les Esclavons dans Corfou et les les de
l'Adriatique.

BONAPARTE.



NOTE DES PLNIPOTENTIAIRES.

_Articles convenus dans la sance du 24 mai 1797 (5 prairial an 5 de la
rpublique franaise), entre les plnipotentiaires de S. M. l'empereur
et roi, et ceux de la rpublique franaise._

ART. 1er. Les ngociations pour la paix dfinitive entre S. M.
l'empereur et roi et la rpublique franaise seront ouvertes demain 15
mai 1797 (6 prairial an 5 de la rpublique franaise),  Montebello,
entre S. Exc. monsieur le marquis de Gallo, plnipotentiaire de S. M.
l'empereur et roi; les citoyens Bonaparte, gnral en chef de l'arme
franaise en Italie, et Clarke, gnral de division des armes de la
rpublique franaise, plnipotentiaires de ladite rpublique.

2. Le trait de cette paix dfinitive devra tre conclu et notifi par
S. M. l'empereur et roi et par le directoire excutif de la rpublique
franaise, avant l'ouverture des ngociations pour la paix de l'empire.
Il sera tenu secret, et ne sera soumis  la ratification du corps
lgislatif de France qu'au moment dont les deux puissances contractantes
conviendront.

3. Les ngociations pour la paix dfinitive entre l'empire germanique et
la rpublique franaise auront lieu a Rastadt; elles commenceront le 1er
juillet 1797 (3 messidor an 5 de la rpublique).

3. Aucune puissance trangre ne sera admise  ces ngociations; mais
S. M, l'empereur et roi offrira par un des articles du trait dfinitif
entre elle et la rpublique franaise, sa mdiation pour la paix 
conclure entre ladite rpublique et les allis de S. M. impriale et
royale. Cette mdiation sera accepte dans le mme article, pour la
rpublique franaise.

4. Si dans quinze jours le plnipotentiaire de S. M. impriale prfre,
au lieu de la condition stipule dans les articles prcdens, que
les puissances allies soient appeles au congrs de Rastadt, S. M.
l'empereur et roi et le directoire de la rpublique franaise se
chargeront, chacun de son ct, d'y inviter leurs allis respectifs;
et il sera donn des passeports de part et d'autre pour les
plnipotentiaires des allis invits.

Fait  Montebello, le 24 mai 1797 (5 prairial an 5 de la rpublique
franaise une et indivisible).

_Sign_ DE GALLO, BONAPARTE, etc.



Au quartier-gnral  Montebello, le 6 prairial an 5 (25 mai 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Vous voudrez bien, citoyen gnral, prendre les mesures et donner
les ordres pour la runion d'une colonne mobile, qui sera sous le
commandement du gnral de brigade Lasnes, et qui sera compose de la
treizime demi-brigade de ligne, de six pices d'artillerie, savoir:
deux pices de 3, deux pices de 12, deux obusiers et cinq caissons
d'infanterie; un caisson d'outils tranchans, douze cents haches, avec
une compagnie de pionniers.

Vous donnerez les ordres sur-le-champ, par un courrier extraordinaire,
pour faire partir demain de Mantoue la quarante-neuvime demi-brigade.

Vous donnerez l'ordre  la onzime et  la neuvime demi-brigade
d'infanterie lgre de se rendre sur-le-champ  Mantoue pour y tenir
garnison.

Le gnral de brigade Lasnes passera demain la revue,  huit heures du
matin, de la treizime demi-brigade, de la partie de la vingt-deuxime
qui est  Milan, de l'artillerie et des caissons. L'escadron du
vingt-deuxime rgiment de chasseurs qui est  Mantoue, et le
neuvime, qui est aussi dans cette ville, auront ordre de se rendre 
Pizzighitone, o ils recevront de nouveaux ordres. Demain, aprs la
revue, le gnral Lasnes viendra me rendre compte de la situation dans
laquelle se trouve sa troupe.

Le huitime de dragons recevra l'ordre de se rendre  Milan, et
laissera, en passant, vingt-cinq hommes de ceux qui sont le plus en tat
 Mantoue.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 6 prairial an 5 (25 mai 1797).

_Au directoire excutif._

Je profite, citoyens directeurs, du retour d'un courrier, pour vous
faire part de l'ouverture des ngociations pour la paix dfinitive.

Je vous envoie copie des articles que nous avons arrts hier; je vous
enverrai, par un courrier extraordinaire que j'expdierai demain matin,
l'change des ratifications.

Je vous envoie aussi copie d'une lettre que je reois du citoyen
Faypoult. Il parait que le parti qui se disait patriote s'est
extrmement mal conduit, et qu'il a, par ses sottises et par son
imprudence, donn gain de cause aux aristocrates.

Si les patriotes avaient voulu tre quinze jours tranquilles,
l'aristocratie tait perdue, et mourait d'elle-mme.

J'attends des renseignemens ultrieurs pour connatre le parti 
prendre.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 7 prairial an 5 (26 mai 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous fais passer, citoyens directeurs, le trait prliminaire et la
ratification de l'empereur. Le plnipotentiaire de l'empereur aurait
dsir que ce trait et t transcrit sur du parchemin, et que les
sceaux eussent t plus volumineux. Je crois effectivement que la
premire observation est juste, et peut-tre trouverez-vous utile de
l'appliquer dsormais  des transactions dont le souvenir doit se
conserver long-temps.

Je vous envoie l'espce de protestation qu'il a faite  ce sujet: je
l'ai reue purement et simplement sans mme lui en accuser la rception.

Il parat qu'en traitant avec le Roi de France, l'empereur ne donnait
point l'initiative: cela est pour ce prince d'une importance singulire;
ses plnipotentiaires allguent que le roi de Prusse agirait comme agira
la France, et que l'empereur serait dgrad de son rang et dshonor.

Comme l'empereur met  cela autant d'importance qu'au trait du Rhin, je
vous prie de me marquer l'importance que vous y mettrez vous-mmes.

Peut-tre serait-ce une sottise de notre part d'insister sur une pure
formalit qui nous maintiendrait en Europe au rang o nous tions,
contre des avantages rels.

J'aimerais beaucoup mieux que l'on continut  agir dans toutes les
transactions comme a agi le roi de France, et ensuite, d'ici  deux
ou trois ans, lorsque la circonstance se prsentera de passer une
transaction ncessaire  l'empereur, dclarer, au nom du corps
lgislatif, que les peuples sont indpendans et gaux en droits; que la
France reconnat pour ses gaux tous les souverains qu'elle a conquis,
et qu'elle n'en reconnat point de suprieur. Cette manire de faire
tomber une tiquette qui s'croule d'elle-mme par sa vtust, me parat
plus digne de nous et surtout plus conforme  nos intrts dans le
moment actuel: car, s'il est prouv que l'empereur veut plutt persister
dans cette tiquette, que de nous empcher d'avoir deux ou trois
villages, ce serait un mauvais calcul que de s'y refuser.

Je vous ai expdi hier, par un courrier d'occasion, la tournure
que nous prtendions donner  la ngociation: vous avez d recevoir
l'original, je vous en envoie une copie.

M. de Gallo est  la fois le favori de l'impratrice, de l'empereur et
de Thugut, dont il est le vieil ami: il parat jouir d'un grand crdit 
Vienne.

Nous avons eu aujourd'hui la premire confrence sur le trait
dfinitif. Nous nous sommes rsums et nous sommes convenus d'crire
rciproquement pour prsenter les projets suivans:

1. La ligne du Rhin  la France; 2. Salzbourg, Passau,  l'empereur;
3. au roi de Prusse, l'quivalent du duch de Clves en Allemagne, et,
en cas qu'il ne voult pas de cet arrangement, la restitution du duch
de Clves; 4. le maintien du corps germanique, aux changemens ci-dessus
prs; 5. la garantie rciproque desdits articles.

_Pour l'Italie_: 1. Venise  l'empereur; 2. Mantoue, Brescia, jusqu'
l'Adige,  la nouvelle rpublique.

L'empereur parat dsirer des indemnits pour le duc de Modne: cela
n'est pas facile  arranger,  moins qu'on ne lui donne et qu'il ne se
contente de l'le de Zante.

Aucun de ces articles n'est convenu, et c'est seulement ce qui m'a paru
le plus raisonnable de part et d'autre: c'est d'ailleurs dans ce sens
que M. de Gallo a crit  Vienne.

Dans quinze jours, la ngociation prendra vritablement une tournure
srieuse; car jusqu' cette heure le cabinet de Vienne a t conduit par
un seul homme, qui parat tre fort peu habile, pas du tout prvoyant,
et divaguant sur tout; il est mme sans systme, flottant au milieu des
intrigues de toute l'Europe, et n'ayant, en dernire analyse, qu'une
ide, que je crois de bonne foi, c'est de ne plus renouveler la guerre.

Il m'a paru aussi que c'tait moins  nous accorder les limites du Rhin
que l'on avait rpugnance, qu' faire aucun changement qui accrt la
puissance du roi de Prusse, ou qui culbuterait entirement le corps
germanique.

Nous avons besoin: 1. des articles secrets faits avec le roi de Prusse;
2. de connatre si vous adoptez le systme pos pour la limite du
Rhin, c'est--dire le faire garantir par l'empereur; garantir le corps
germanique, en lui accordant Salzbourg et Passau; offrir au roi de
Prusse une compensation  ce qu'il a sur la rive gauche du Rhin,
et mme, s'il veut s'en servir de prtexte pour se fcher, le lui
restituer. Culbuter le corps d'Allemagne, c'est perdre l'avantage de la
Belgique, de la limite du Rhin: car c'est mettre dix ou douze millions
d'habitans dans la main de deux puissances dont nous nous soucions
galement.

Si le corps germanique n'existait pas, il faudrait le crer tout exprs
pour nos convenances.

Approuvez-vous notre systme pour l'Italie?

Venise, qui va en dcadence depuis la dcouverte du cap de
Bonne-Esprance et la naissance de Trieste et d'Ancne, peut
difficilement survivre aux coups que nous venons de lui porter.
Population inepte, lche et nullement faite pour la libert; sans terre,
sans eau, il parat naturel qu'elle soit laisse  ceux  qui nous
donnons le continent.

Nous prendrons les vaisseaux, nous dpouillerons l'arsenal, nous
enlverons tous les canons, nous dtruirons la banque, et nous garderons
Corfou et Ancne. Le premier sera stipul dans le trait; le second,
que nous avons, devient tous les jours plus redoutable, et nous le
conserverons jusqu' ce que les nouvelles affaires de Rome nous le
donnent sans retour.

On dira que l'empereur va devenir puissance maritime; mais il lui faudra
bien des annes, il dpensera beaucoup d'argent, ne sera jamais que du
troisime ordre, et il aura effectivement diminu sa puissance.

Si l'on persiste,  Vienne,  s'en tenir aux prliminaires, alors nous
runirons tout en une seule rpublique; en cas de guerre, nous filerons
derrire le P par les tats de Modne et de Ferrare; nous nous
porterons  Venise, et nous attaquerons le Frioul et la Carinthie sans
nous embarrasser ni de Mantoue, ni de l'Adige, ni de la Brenta.

Il me faudrait tous les dcrets de la convention relatifs aux pays
runis. Je dsirerais encore que vous m'envoyassiez en poste quelqu'un
qui connt jusqu'aux villages et aux moindres circonstances des
nouvelles frontires que nous accepterions, si l'on en adoptait d'autres
que celle du Rhin.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 7 prairial an 5 (26 mai 1797).

_Au ministre des relations extrieures._

J'ai reu, citoyen ministre, toutes les lettres que vous m'avez crites;
comme j'cris aujourd'hui au directoire sur l'objet qui regarde les
ngociations, je me dispense de vous rpter les mmes dtails. Je crois
qu'il est trs-essentiel que vous m'envoyiez les descriptions que vous
avez fait faire du pays entre Meuse et Rhin; je demande aussi que vous
m'envoyiez les traits secrets conclus avec le roi de Prusse.

Je crois qu'il faut que nous gardions l'le de Corfou, nous trouverons 
avoir l'le d'Elbe, lors de l'hritage du pape, qui est moribond. Le Roi
de Naples m'a mme dj fait faire des propositions d'arrangement: sa
majest ne voudrait avoir rien moins que la Marche d'Ancne; mais il
faut bien se garder de donner un aussi bel accroissement  un prince
aussi mal intentionn et si videmment notre ennemi le plus acharn.

Je vous remercie, citoyen ministre, de la promotion de mon frre au
ministre,  Rome.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 7 prairial an 5 (26 mai 1797).

_Au gnral de division Gentili._

L'tat-major a d vous donner, citoyen gnral, des ordres pour vous
rendre  Venise.

Le gnral Baraguay d'Hilliers mettra  votre disposition deux
bataillons de la soixante-dix-neuvime demi-brigade, cinquante
canonniers, quatre pices de campagne, un officier du gnie et cent
cinquante mille cartouches.

Vous trouverez  Venise cinq frgates commandes par le citoyen Bourdet;
vous vous embarquerez avec votre troupe sur ces frgates et sur quelques
autres btimens de transport, s'il est ncessaire; et vous partirez le
plus promptement et le plus secrtement possible, pour vous rendre 
Corfou et vous emparer de tous les tablissemens vnitiens au Levant.

Vous aurez soin de n'agir que comme auxiliaire de la rpublique de
Venise, et de concert avec les commissaires que le nouveau gouvernement
aurait envoys; enfin, de faire l'impossible pour nous captiver les
peuples, ayant besoin de vous maintenir le matre, afin que, quel que
soit le parti que vous preniez pour ces les, nous soyons dans le cas de
l'excuter.

Mon intention est galement que l'on fasse partir de Venise avec vous
deux ou trois frgates vnitiennes ou corvettes, avec six cents soldats
italiens vnitiens: par ce moyen, votre petite escadre sera renforce,
et vous vous trouverez commander plus de deux mille hommes.

 Corfou ou en mer, vous vous emparerez, si cela est possible, de tous
les vaisseaux de guerre vnitiens qui seraient encore incertains du
parti qu'ils veulent prendre.

Vous crirez, ds l'instant que vous serez arriv  Corfou,  notre
ambassadeur  Constantinople, Aubert-Dubayet; vous lui ferez part de la
situation des affaires en Italie avec Venise, et si vous vous trouviez
avoir besoin de secours, n'importe de quelle espce, vous vous
adresseriez  lui. Si les habitans du pays taient ports 
l'indpendance, vous flatteriez leur got, et vous ne manqueriez pas,
dans les diffrentes proclamations que vous ferez, de parler de la
Grce, d'Athnes et de Sparte.

Vous m'instruirez de tout ce que vous ferez et de la situation des
choses. Je tiens,  Ancne, mille hommes prts  partir ds l'instant
que vous le croirez ncessaire et que les circonstances exigeront que
vous soyez second. Vous correspondrez avec moi par Ancne, en adressant
vos lettres au gnral commandant  Ancne, et par Venise.

Ds l'instant que l'escadre ne vous sera pas d'une indispensable
ncessit, vous la renverrez  Venise.

Le citoyen Darbois, officier distingu, vous accompagnera dans cette
mission; vous vous ferez accompagner galement par cinq ou six officiers
du dpartement de Corse, qui sont accoutums au mange des insulaires et
 la langue du pays, et que vous pourrez mme, dans l'occasion, mettre
 la tte des colonnes mobiles du pays, que vous jugerez  propos
d'organiser, ou des troupes vnitiennes, que je suppose commandes par
des officiers pusillanimes et peu accoutums  la guerre.

Le citoyen Arnault, homme de lettres distingu, suivra l'expdition,
avec les rations et le traitement de chef de brigade; il observera ces
les, tiendra avec moi une correspondance suivie de tout ce qu'il verra,
vous aidera dans la confection des manifestes, et vous pourrez mme,
s'il est ncessaire, le mettre  la tte de l'administration du pays.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 7 prairial an 5. (26 mai 1797).

_ la municipalit de Venise._

Conformment  vos dsirs, citoyen, j'ai ordonn aux municipalits
de Padoue et de Trvise de laisser passer les vivres ncessaires 
l'approvisionnement de la ville de Venise.

J'ai galement ordonn l'expdition de diffrentes troupes, de Venise et
d'Ancne, pour vos les du Levant, afin de seconder les commissaires que
vous y avez envoys, et empcher que les ennemis de leur patrie et de la
libert ne profitent des circonstances pour s'emparer des les et les
soumettre  l'esclavage de quelque puissance trangre.

Je vous engage galement  runir tous vos efforts et  envoyer dans
lesdites les, indpendamment des troupes que vous y avez dj, sept ou
huit cents hommes avec quelques btimens arms.

Si vous avez besoin d'officiers franais pour l'organisation de vos
troupes, j'autorise le gnral Baraguay d'Hilliers  vous accorder tous
ceux qui voudront prendre du service dans vos troupes.

Le trait qui a t conclu  Milan avec les dputs du grand-conseil,
peut tre, en attendant, ratifi par la municipalit, et les articles
secrets par un comit de trois membres. Dans toutes les circonstances,
je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour vous donner des preuves
du dsir que j'ai de voir se consolider votre libert, et de voir la
misrable Italie se placer enfin avec gloire, libre et indpendante des
trangers, sur la scne du monde, et reprendre parmi les grandes nations
le rang auquel l'appellent la nature, sa position et le destin.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 7 prairial an 5 (26 mai 1797).

_Au gnral Baraguay d'Hilliers._

Mon intention, citoyen gnral, est, conformment  ce que vous aura
mand l'tat-major, que les deux bataillons de la soixante-dix-neuvime,
cinquante canonniers, quatre pices d'artillerie de campagne que vous
prendrez dans l'arsenal de Venise, et un officier du gnie, se rendent
 Corfou le plus tt possible, sous les ordres du gnral Gentili.
Vous vous concerterez avec le citoyen Lallemant pour faire sentir  la
municipalit, que ce n'est qu'en consquence de sa demande que je me
suis dtermin  leur offrir les secours qui leur seraient ncessaires
pour que les les du Levant ne se dtachent pas de la mre-patrie.

Vous ferez sentir au gouvernement qu'il est indispensable qu'il fasse
partir sur-le-champ les btimens arms qui peuvent tre disponibles,
avec des commissaires nergiques, et au moins sept ou huit cents hommes
de leurs troupes vnitiennes italiennes.

Le gnral Gentili commandera le tout et agira de concert avec leurs
commissaires.

Le citoyen Bourdet, qui doit tre actuellement  Venise avec toute son
escadre, commandera galement la marine des deux rpubliques runies; il
amnera avec lui toutes les frgates qu'il a sous ses ordres, s'il le
juge ncessaire; je serais cependant fort aise qu'il laisst une des
ntres  Venise.

J'espre que, moyennant la promptitude que vous mettrez dans cette
affaire, toute l'expdition sera partie trois jours au plus tard aprs
la rception du prsent ordre.

Si, par un cas imprvu, la flottille n'tait pas encore arrive 
Venise, vous enverriez un courrier extraordinaire  Trieste et  Ancne,
pour qu'elle s'y rendt sur-le-champ, et en attendant vous prpareriez
toujours le tout.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 7 prairial an 5. (26 mai 1797).

_Au directoire excutif._

Le pape, citoyens directeurs, continue  se mal porter. Je vous prie de
m'envoyer, pour faire passer dans l'occasion au ministre de France 
Rome, de nouveaux pouvoirs auprs du conclave, et de tracer la conduite
 tenir dans une circonstance aussi dlicate. Nous avons le droit
d'exclure un cardinal: cette exclusion doit tomber sur le cardinal
Albani, s'il tait sur les rangs.

Le marquis de Gallo dsirerait fort la Marche d'Ancne pour Naples.
Comme vous voyez, cela n'est pas maladroit, mais c'est la chose du monde
 laquelle nous devons le moins consentir.

Dans la position actuelle des choses, je crois qu'il serait bien
essentiel que le roi d'Espagne voult bien envoyer quatre ou cinq mille
Espagnols  Parme, de sorte qu'aux moindres circonstances  Rome, je
mlerais ces Espagnols avec nos troupes; ce qui ne laisserait pas d'en
imposer singulirement au roi de Naples, et nous mettrait  mme
de placer le duc de Parme du ct de Rome, et de joindre Parme aux
nouvelles rpubliques. Cinq mille hommes d'infanterie et douze cents
hommes de cavalerie feraient un trs-bon effet pour cet objet. Dans
la position actuelle du duc de Parme, ses troupes serviraient mme 
maintenir la tranquillit dans ses tats.

L'Espagne ayant, par sa marine, une prpondrance dcide sur Naples, il
est indispensable de les entremler un peu dans les affaires d'Italie.
L'empereur et le roi de Naples visent videmment  l'hritage du pape.
Je crois donc qu'il serait prfrable qu'on ft oblig de donner 
l'Espagne contre le Portugal cinq mille hommes de plus, et d'avoir cinq
mille Espagnols  Parme.

J'envoie le gnral Gentili avec quinze cents hommes, cinq ou six cents
Vnitiens, et une partie de nos flottilles, pour s'emparer de Corfou,
de Zante et de Cphalonie. Pour Corfou, je crois que nous devons
irrvocablement le garder.

Le gnral Vaubois, avec quinze cents hommes, est arriv en Corse, o
tout parat tre parfaitement tranquille aujourd'hui.

L'le de Malte est pour nous d'un intrt majeur. Le grand-matre est
mourant, il parat que ce sera un Allemand qui sera son successeur. Il
faudrait 5 ou 600,000 fr. pour faire faire grand-matre un Espagnol.

(Note: _N.B._ Cette lettre n'est point termine dans le manuscrit.)



Au quartier-gnral  Montebello, le 8 prairial an 5 (27 mai 1797).

_Au citoyen Faypoult, envoy de la rpublique  Gnes._

Je vous envoie, citoyen ministre, la lettre que j'cris au snat. Je ne
puis pas vous dissimuler que vous avez eu tort d'empcher notre escadre
d'entrer dans Gnes, et votre conduite a une faiblesse qui ne sied pas 
l'intrt de la rpublique, ni  sa dignit. Les puissances d'Italie
se joueront-elles donc toujours de notre sang? Je vous requiers si,
vingt-quatre heures aprs que mon aide-de-camp aura lu la prsente
lettre au doge, les conditions n'en sont point remplies dans tous les
dtails, de sortir sur-le-champ de Gnes et de vous rendre  Tortone. Je
crois qu'il est ncessaire de prvenir les Franais tablis  Gnes,
qui auraient des craintes, de chercher  se mettre en sret. Puisque
l'aristocratie veut nous faire la guerre, il vaut mieux qu'elle la
dclare actuellement que dans toute autre circonstance; elle ne vivra
pas dix jours.

Si le snat a  coeur de maintenir l'amiti entre les deux rpubliques
aprs qu'il aura rempli les prliminaires ci-dessus, vous vous rendrez
 Milan avec les dputs du snat, pour aviser  prendre les moyens
ncessaires pour tablir pour toujours la tranquillit dans Gnes, et
pourvoir aux rparations dues  la rpublique pour les crimes commis
envers les citoyens franais.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 8 prairial an 5 (27 mai 1797).

_Au doge de la rpublique de Gnes._

J'ai reu la lettre que votre srnit s'est donn la peine de m'crire.
J'ai tard  y rpondre jusqu' ce que j'aie reu des renseignemens
sur ce qui s'tait pass  Gnes, dont votre srnit m'a donn les
premires nouvelles.

Je suis sensiblement affect des malheurs qui ont menac et menacent
encore la rpublique de Gnes. Indiffrente  vos discussions
intrieures, la rpublique franaise ne peut pas l'tre aux assassinats,
aux voies de fait de toutes espces qui viennent de se commettre dans
vos murs contre les Franais.

La rpublique de Gnes intresse sous tant de rapports la rpublique
franaise et l'arme d'Italie, que je me trouve oblig de prendre des
mesures promptes et efficaces pour y maintenir la tranquillit, y
protger les proprits, y conserver les communications et assurer les
nombreux magasins qu'elle contient.

Une populace effrne et suscite par les mmes hommes qui ont fait
brler _la Modeste_, aveugle par un dlire qui serait inconcevable, si
l'on ne savait que l'orgueil et les prjugs ne raisonnent pas, aprs
s'tre assouvie du sang franais, continue encore  maltraiter les
citoyens franais qui portent la cocarde nationale.

Si, vingt-quatre heures aprs la rception de la prsente lettre que
je vous envoie par un de mes aides-de-camp, vous n'avez pas mis  la
disposition de la France tous les Franais qui sont dans vos prisons; si
vous n'avez pas fait arrter les hommes qui excitent le peuple de Gnes
contre les Franais; si enfin vous ne dsarmez pas cette populace, qui
sera la premire  se tourner contre vous lorsqu'elle connatra les
consquences terribles qui en rsulteront pour elle, l'garement o vous
l'avez entrane, le ministre de la rpublique franaise sortira de
Gnes, et l'aristocratie aura exist.

Les ttes des snateurs me rpondront de la sret de tous les Franais
qui sont  Gnes, comme les tats entiers de la rpublique me rpondront
de leurs proprits.

Je vous prie, du reste, de croire aux sentimens d'estime et de
considration distingue que j'ai pour la personne de votre srnit.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 13 prairial an 5 (1er juin 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous fais passer, citoyens directeurs, copie de la note que nous
vous avons prsente relativement  M. de la Fayette. Vous y trouverez
galement copie d'une note que m'a prsente M. de Gallo pour le duc de
Modne.

M. le marquis de Gallo m'a montr ses pleins pouvoirs de S.M. le roi
des Deux-Siciles, et m'a fait la proposition officielle de l'change de
l'le d'Elbe contre la province de terre-ferme et la Marche d'Ancne, y
compris la ville et le port. Je lui ai rpondu que nous ne pouvions
pas disposer de ce qui n'tait pas  nous; il rpliqua que le roi des
Deux-Siciles s'arrangerait avec le pape pour en obtenir le consentement.

La cour de Naples arme toujours, quoiqu'elle soit aux expdiens pour
vivre.

Il n'y a pas de cour plus furibonde et plus profondment dcide contre
la rpublique; il faut donc bien nous garder de jamais consentir  ce
qu'elle obtienne aucune espce d'accroissement.

Ceux qui possdent la Sicile et le port de Naples, s'ils devenaient
une grande puissance, seraient les ennemis ns et redoutables de notre
commerce.

Si le pape meurt, ou s'il y a quelque rvolution  Rome, je ne doute pas
que le roi de Naples ne fasse marcher dix mille hommes  Rome.

Les deux rpubliques italiennes runies n'ont aucune puissance
militaire, puisqu'elles n'ont,  elles deux, qu' peu prs deux cents
hommes de trs-mauvais chasseurs, cinq mille Polonais, et quatre mille
Italiens. Je pense donc qu'il serait fort bien, comme je vous l'ai dj
demand, de chercher  avoir encore de quatre  cinq mille Espagnols 
Parme, afin de tenir en respect la cour de Naples.

Les Polonais inquitent beaucoup l'empereur: effectivement, il vient
du fond de la Pologne beaucoup d'officiers, et les soldats voient leur
uniforme polonais avec un plaisir qui redouble leurs moyens.

M. de Gallo m'a communiqu que S.M. l'empereur, en mme temps qu'elle
donnerait une preuve de son dsir de procurer et de contribuer  la
tranquillit intrieure de la rpublique, en licenciant le corps
d'migrs franais, s'attendait  la rciprocit, de notre part, 
l'gard des Polonais, sinon  un entier licenciement, du moins  des
modifications pour son excution.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 13 prairial an 5 (1er juin 1797).

_Au ministre de la marine._

Il existe, citoyen ministre, dans les chantiers de Venise cinq vaisseaux
de 74, trois de 70 et un de 64.

Selon le rapport qu'on m'a fait, il faudrait deux ou trois mois de
travaux pour terminer ces btimens.

Il y a, outre cela, trois vaisseaux de 74 arms et quips, qui taient
en mer lors de la rvolution, et que j'ai eu beaucoup de peine  faire
rentrer. J'ai ordonn qu'on mt  bord des troupes franaises, et qu'on
y rpartt le peu d'officiers de marine que nous avions sur les lacs et
dans les diffrentes petites embarcations; je leur ai fait donner les
noms suivans: _le Stengel_, _le Laharpe_, _le Beraud_ et _le Robert_.
J'ai fait nommer les deux frgates: _la Muiron_, _la Carrre_.

J'ai fait ramasser tous les bois, chanvres et cordages: cela sera
embarqu pour tre, sous l'escorte des frgates et de diffrens
vaisseaux de guerre, conduit  Toulon.

Je suis trs-fch de ne pas avoir ici le contre-amiral que je vous ai
demand, il y a plus de quinze jours. Si vous voulez que cette escadre
puisse arriver  Toulon, et si vous voulez tirer profit des vnemens de
Venise, dpchez-vous de nous envoyer en poste au moins une soixantaine
d'hommes; savoir, un contre-amiral pour Venise, un commandant d'armes
pour Venise, un contre-amiral pour commander l'escadre, cinq ou six
capitaines de vaisseau, dix-huit ou vingt officiers, soixante ou
quatre-vingts contre-matres, chefs d'artillerie des vaisseaux, et
autres officiers qui puissent surveiller, diriger les quipages
italiens, et nous assurer qu'au moins, au lieu d'aller  Toulon,
l'quipage ne conduise pas l'escadre  Londres.

Cela, joint aux matelots, aux troupes que j'y mettrai, pourra nous
assurer de cette escadre. Si vous pouvez m'envoyer un millier de
matelots, faites-le.

J'ai peur que les Anglais ne viennent nous bloquer, c'est pourquoi je
dsirerais que cinq ou six vaisseaux de ligne de Toulon vinssent 
Venise: en rpartissant alors galement les quipages trangers sur tous
les vaisseaux, cette escadre pourrait monter  dix ou douze vaisseaux,
et partir de Venise pour la destination que vous lui donneriez, sans
tre oblige d'aller  Toulon.

Je ferai donner ici  votre escadre des vivres, des objets de rechange
et de l'argent pour autant de mois que vous voudrez.

Je le rpte, je vous recommande surtout de m'envoyer en poste (je ferai
payer ici les frais) la centaine d'hommes que je vous ai demande, et
qui, s'ils n'arrivent dans huit ou dix jours, me feront tout perdre.
Envoyez aussi le chef des constructeurs de Toulon, et des constructeurs
entendus, afin qu'ils voient ce qu'ils veulent faire des vaisseaux qui
sont sur les chantiers.

Je n'ai pas avec moi un seul officier de marine qui soit entendu; tous
les hommes qui sont sur les frgates ou sur les chaloupes canonnires
sont incapables de faire un rapport.

J'ai nomm  la place d'ordonnateur de la marine de Venise le citoyen
Ricard, ancien ordonnateur de Toulon, et je lui ai ordonn de
correspondre avec vous.

L'ordonnateur de la marine  Toulon doit,  l'heure qu'il est, avoir
touch le million que je vous ai annonc: je vous en ai envoy un
autre  Paris en or et en argent, qui doit tre arriv. Envoyez-nous
promptement des hommes.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 15 prairial an 5 (3 juin 1797).

_Au directoire excutif._

Citoyens directeurs,

Je vous envoie, par le gnral de division Serrurier, vingt-deux
drapeaux pris dans les dernires affaires qui ont eu lieu en Allemagne,
ou sur les Vnitiens.

Le gnral Serrurier a, dans les deux dernires campagnes, dploy
autant de talens que de bravoure et de civisme. C'est sa division qui a
remport la bataille de Mondovi; qui a si puissamment contribu  celle
de Castiglione, a pris Mantoue, et s'est distingue au passage du
Tagliamento, de l'Isonzo, et spcialement  la prise de Gradisca.

Le gnral Serrurier est extrmement svre pour lui-mme, il l'est
quelquefois pour les autres. Ami rigide de la discipline, de l'ordre et
des vertus les plus ncessaires au maintien de la socit, il ddaigne
l'intrigue et les intrigans; ce qui lui a quelquefois fait des ennemis
parmi ces hommes qui sont toujours prts  accuser d'incivisme ceux qui
veulent que l'on soit soumis aux lois et aux ordres de ses suprieurs.

Je crois qu'il serait trs-propre  commander les troupes de la
rpublique cisalpine; je vous prie donc de le renvoyer le plus tt
possible  son poste.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 16 prairial an 5 (4 juin 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Vous ordonnerez, citoyen gnral, que M. d'Entraigues soit log dans le
chteau d'une manire  ce qu'il puisse avoir avec lui sa femme et qu'il
ait les commodits que parat ncessiter sa sant. Si le chteau n'offre
point ces commodits, il pourra choisir un logement en ville, o il sera
mis sous bonne garde.

Vous lui enverrez tous ses papiers, hormis les trois ou quatre pices
qui seront relatives aux objets politiques.

Vous ordonnerez au mdecin Moucati de lui donner ses soins.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 17 prairial an 5 (5 juin 1797).

_Au gnral Baraguay d'Hilliers._

D'aprs les explications que vous m'avez donnes, citoyen gnral,
j'approuve le dpart de deux vaisseaux de 64 pour l'expdition de
Corfou; mais j'exige absolument  bord de l'un, pour commander, le
citoyen Lallemant, et  bord de l'autre le citoyen Bourdet, qui fera les
fonctions de contre-amiral.

Faites que sur ces deux vaisseaux la moiti des matelots soient
franais, et que la garnison soit franaise. Je ne vois aucune espce de
ncessit  faire marcher avec ces deux vaisseaux, comme vous vous le
proposez, quatre ou cinq btimens arms par des Franais; je prfrerais
de bien s'assurer des deux vaisseaux de guerre, et de laisser monter les
autres par des Vnitiens, en leur laissant arborer dessus leur pavillon.

Il doit y avoir un troisime btiment dans le port de Venise prt 
partir. Si vous pouviez y mettre la moiti de l'quipage, en Franais,
un bon commandant, et garnison franaise, il n'y aurait point
d'inconvnient que ce btiment partt.

Ces deux, ou mme trois btimens, si cela est possible, avec deux
frgates, un des deux bricks que commande Bourdet, et plusieurs bricks
vnitiens monts par des Vnitiens, seraient suffisans; de sorte qu'il
resterait  Venise la corvette _la Brune_ et un des deux bricks. Ces
trois vaisseaux de guerre s'appelleront, le premier _le Laharpe_, le
deuxime, _le Stengel_, le troisime, _le Beraud_.

Ils pourront ds aujourd'hui tre considrs comme faisant partie de la
marine franaise. Faites-moi connatre dans quelle anne les vaisseaux
ont t construits, s'ils sont bons.

Comme je ne veux mettre aucun retard dans le dpart du courrier, vous
communiquerez cette lettre au citoyen Bourdet et au gnral Gentili.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 17 prairial an 5 (3 juin 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Vous voudrez bien, citoyen gnral, donner les ordres au gnral Brune,
qui commande le Padouan, de faire arrter et traduire devant un conseil
militaire, le citoyen Arnoult, commandant de la place de Padoue, comme
accus:

1. De s'tre empar des sels de la Chiuza, et d'en avoir vendu 
diffrens particuliers.

2. D'avoir refus de les remettre  la disposition des autorits du
pays, conformment  mon ordre et  la rquisition qui lui en a t
faite par des agens administratifs de l'arme.

3. D'avoir manqu  l'ordonnateur en chef.

4. D'avoir, sans ordre suprieur, ordonn la vente desdits sels, et par
l dconcert l'administration du pays, et fait le plus grand tort  la
rpublique.

Je vous envoie les pices relatives  ces faits.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 19 prairial an 5 (5 juin 1797).

_Au srnissime Doge de la rpublique de Gnes._

Les dputs que le petit conseil de la rpublique de Gnes a bien voulu
envoyer prs de moi, ont t satisfaits des sentimens de bienveillance
que la rpublique franaise conserve pour la rpublique de Gnes.

Bien loin de vouloir dmembrer votre territoire, la rpublique franaise
aidera de toute son influence  l'accroissement et  la prosprit de
la rpublique de Gnes, dsormais libre et gouverne par ces principes
sacrs, fondemens de la grandeur et du bonheur des peuples.

Votre srnit trouvera ci-dessous la note des personnes que,
conformment  la convention que nous avons faite, j'ai cru convenable
de choisir comme les plus propres  former le gouvernement provisoire.

Je me servirai de tous les moyens et de toute la force que la rpublique
franaise a mis dans mes mains pour le faire respecter, et protger la
sret des personnes et des proprits des diffrens citoyens de la
rpublique de Gnes.

J'ai pens qu'il tait utile de choisir des personnes de diffrens
rangs, des citoyens connus des diffrentes villes des tats de la
rpublique, qui, dsormais, ne formera qu'une mme famille, afin
d'touffer les haines et de runir tous les citoyens.

Le vif intrt que la rpublique franaise prend au peuple de Gnes,
est encore augment par la ncessit o je me trouve d'exiger que les
derrires de l'arme et les principaux dpts soient tranquilles et
exempts de troubles.

(_Ici se trouve la liste des membres qui doivent composer le
gouvernement provisoire de la rpublique de Gnes_).

Je prie votre srnit de vouloir bien faire runir lesdits citoyens,
les faire installer comme gouvernement provisoire, le 14 du prsent
mois de juin, leur faire prter serment d'obissance par tous les corps
militaires, et rtablir promptement la tranquillit dans la ville de
Gnes. La rpublique franaise et l'arme d'Italie, qui prend tant
d'intrt  ladite tranquillit, aura une reconnaissance particulire
pour votre srnit.

Je la prie de croire aux sentimens d'estime et de considration
distingue avec lesquels je suis, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 16 prairial an 5 (6 juin 1797).

_Au ministre de l'intrieur._

On m'assure que le clbre manuscrit de Joseph de la Bibliothque
ambroisienne, qui a t envoy de Milan  Paris, n'y est pas parvenu.
Comme ce manuscrit est peut-tre le seul sur papier papyrus, et qu'il
est trs-intressant qu'il ne se perde pas, je vous prie de m'apprendre
s'il est arriv a la Bibliothque nationale.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 19 prairial an 5 (7 juin 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Vous voudrez bien faire interroger le comte d'Entraigues, et lui faire
demander de qui est un mmoire intitul: _Des intrts de la Prusse dans
la guerre actuelle_?

O taient tous les papiers sur la guerre de la Vende?

Comment un ministre de l'empereur de Russie se trouvait charg de
fomenter la guerre de la Vende, et de faire des instructions pour les
agens de Louis XVIII?

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 22 prairial an 5 (10 juin 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Vous donnerez l'ordre, gnral, que le citoyen Liotaud, entrepreneur des
transports militaires, casa Coalli  Milan, soit arrt; que le gnral
Vignolles lui-mme mette les scells sur ses papiers, et qu'aprs il
l'interroge pour savoir pourquoi des soldats franais, dbauchs de
leurs corps et enrgiments pour faire les brigands, s'adressent  lui,
lui crivent, et comment il les connat.

Vous ferez galement arrter et mettre les scells sur les papiers
des personnes auxquelles les trois lettres que je vous envoie taient
adresses: aprs quoi, et dans la journe de demain, le gnral
Vignolles me fera un rapport sur cette affaire; il appellera, pour
interroger, le gnral Lahoz et le comit militaire de Milan, si cela
est ncessaire.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 22 prairial an 5 (10 juin 1797).

_ son altesse royale le duc de Parme._

Son altesse royale verra par l'ordre dont je lui envoie une copie, que
j'ai pris en considration les objets sur lesquels elle m'a crit.

J'ai fait part  M. le comte de Politi de l'arrangement qu'il y aurait
 faire pour dterminer ce que doivent devenir les biens des moines
supprims.

Je prendrai en considration la recommandation que V.A.R. me fait au
sujet de la ville de Casalmaggiore.

Je la prie de croire aux sentimens d'estime et  la considration, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 23 prairial an 5 (11 juin 1797).

_Au directoire excutif._

M. le marquis de Gallo, immdiatement aprs avoir sign les quatre
articles que je vous ai envoys, les expdia par un courrier  Vienne:
il en a reu la rponse. Son gouvernement tient pour la runion d'un
congrs; il attend une rponse au second courrier, qui portait 1.
l'change des ratifications; 2. les bases de l'arrangement gnral de
la paix particulire, tant pour l'Italie que pour l'Allemagne: il attend
sans doute ce second courrier, pour nous faire une note officielle sur
ces deux objets.

Nous persistons dans l'ide de conclure la paix sans congrs: il faudra
bien qu'ils en passent par l.

Nous attendons avec impatience les dtails relatifs  l'expulsion de
Pitt du ministre de Saint-James.

Vous ne devez pas calculer que la paix puisse tre signe avec
l'empereur, si elle l'est, avant deux mois. Ces gens-ci sont longs, et
il faut sept jours pour aller  Vienne.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 25 prairial an 5 (13 juin 1797).

_Au chef de division commandant la marine franaise dans le golfe
Adriatique._

Vous vous rendrez, citoyen gnral, dans le plus court dlai,  Venise,
avec tous les officiers sous vos ordres.

L'ordonnateur Aubernon fera solder  vous et  chacun de vos officiers
les frais de poste de Milan  Venise, conformment  ce qui est pratiqu
pour les troupes de terre.

La marine de l'Adriatique se divise: 1. dans les forces navales qui
sont parties pour l'expdition du Levant; 2. dans les forces navales
vnitiennes qui se trouvent  Corfou; 3. dans ce qui se trouve au port
d'Ancne; 4. dans ce qui se trouve sur les chantiers ou dans la rade de
Venise.

Vous ferez partir un chef de division avec douze ou quinze officiers
pour aller rejoindre les vaisseaux qui doivent tre partis depuis
plusieurs jours pour le Levant, et vous donnerez pour instructions  ce
chef de division, ds l'instant qu'il aura rejoint notre escadre, qui va
au Levant, de prendre le commandement du tout, et, ds l'instant qu'il
aura rencontr les autres vaisseaux vnitiens qui sont  Corfou, de se
concerter avec le gnral Gentili, pour s'assurer desdits vaisseaux, y
mettre des officiers et une garnison franaise, et faire en sorte que
ces vaisseaux ne puissent pas nous chapper.

Vous enverrez galement un commissaire de la marine  Corfou pour tre
attach  l'arsenal de cette place.

Vous resterez  Venise, afin d'y organiser la marine, et, ds l'instant
que les matelots et autres officiers que j'attends seront arrivs,
pouvoir, s'il est ncessaire, vous rendre avec tous les vaisseaux qui
seront prts  Venise, et tous les moyens ncessaires,  Corfou, prendre
le commandement de toute l'escadre.

Vous trouverez, dans l'instruction que je vous envoie, la conduite que
vous avez  tenir  Venise.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 25 prairial an 5 (13 juin 1797).

_Au mme._

Arriv  Venise, citoyen gnral, vous vous concerterez avec le gnral
de division Baraguay d'Hilliers pour toutes les oprations que vous
aurez  faire.

Le citoyen Ricard fait les fonctions d'ordonnateur; il connat dj les
ressources qu'offre l'arsenal.

Vous vous prsenterez, avec le gnral Baraguay d'Hilliers et le
ministre de la rpublique, au gouvernement provisoire de la rpublique
de Venise: vous lui direz que la conformit de principes qui existe
aujourd'hui entre la rpublique franaise et celle de Venise, et la
protection immdiate que la rpublique franaise accorde  celle de
Venise, rendent ncessaire de mettre promptement les forces maritimes
de la rpublique de Venise sur un pied respectable, afin de pouvoir de
concert se maintenir matres dans l'Adriatique et des les du Levant;
protger le commerce des deux rpubliques, et que dj,  cet effet,
j'avais fait partir des troupes pour assurer la possession de Corfou
 la rpublique vnitienne; que dsormais il tait indispensable de
travailler avec activit  mettre en bon tat la marine vnitienne.

Vous vous emparerez, sous ce prtexte et dans cet esprit, de tout,
tchant cependant de vivre en bonne intelligence, et de faire passer 
notre service tous les marins et employs de la marine de la rpublique
de Venise, en vous servant toujours du nom de marine vnitienne.

Les oprations que vous avez  faire, consistent: 1.  armer le plus
promptement possible tous les petits et les gros batimens qui en seront
susceptibles, afin que, quand nous serons srs d'avoir Corfou, nous
puissions les joindre avec la grande escadre.

2.  prendre toutes les mesures pour faire passer  Toulon tous les
approvisionnemens qui peuvent tre ncessaires  ce port.

Par un article secret, les Vnitiens doivent fournir  la rpublique
trois millions d'approvisionnemens pour la marine de Toulon; mais mon
intention est de m'emparer, pour la rpublique, de tous les vaisseaux
vnitiens et de tous les approvisionnemens possibles pour Toulon.

Il restera  savoir le parti que l'on devra prendre pour les vaisseaux
qui sont sur le chantier.

Il est trs-essentiel que les dpenses qui se feront  l'escadre qui est
 Corfou, que celles qui se font  Ancne, forment une mme comptabilit
avec celles qui se font  Venise.

Vous jouirez du mme traitement qu'un contre-amiral, et vous
correspondrez avec moi le plus souvent possible sur tous les objets de
service qui regardent l'armement de l'Adriatique.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 25 prairial an 5 (13 juin 1797).

_Au gnral Baraguay d'Hilliers._

Dix-huit officiers de marine se rendent en poste, demain,  Venise. J'ai
donn au citoyen Perre, chef de division, qui les commande, les ordres
pour la destination de ces officiers: mon intention est qu'une partie
parte de suite sur un btiment lger, et cherche  rejoindre notre
escadre, afin de pouvoir concourir au succs, et de pouvoir se mettre
sur les quatre btimens qui sont  Corfou, ds l'instant qu'ils seront
en notre pouvoir.

Je vous prie de prsenter le citoyen Roubaud, commissaire ordonnateur,
et le citoyen Perre, qui fait les fonctions de contre-amiral, au
gouvernement provisoire; vous lui direz que, dans la position actuelle
des deux rpubliques, nos intrts sont tellement lis, que nous devons
dsirer que notre marine prenne promptement une tournure redoutable,
afin de se maintenir dans l'Adriatique, et pouvoir rester matres des
les et du continent de la Dalmatie, si l'empereur ou quelque autre
puissance voulaient s'en emparer. Comme il faut que le grand provditeur
fasse les fonds, entretienne tous les hommes et fournisse les matelots,
il faut dire et avoir toujours l'air de faire tout de concert avec et
pour eux; il faut les mnager et faire tout ce qui est possible pour
qu'ils soient contens de nous.

Le gnral d'artillerie Sugny doit demander  son chef la poudre et les
munitions dont il pourrait avoir besoin pour l'armement des les.

Je ne tarderai point  me rendre moi-mme  Venise.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 25 prairial an 5 (13 juin 1797).

_Au chef de l'tat major._

Vous voudrez bien ordonner, citoyen gnral, au gnral Brune de
faire crire sur le drapeau de la dix-huitime demi-brigade de ligne
l'inscription suivante:

_Brave dix-huitime! je vous connais; l'ennemi ne tiendra pas devant
vous_, et sur celui de la vingt-cinquime: _La vingt-cinquime s'est
couverte de gloire_.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 26 prairial an 5 (14 juin 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Vous voudrez bien, citoyen gnral, mettre  l'ordre les dispositions
suivantes.

Le gnral en chef voit avec indignation que le prt des soldats et la
paye des officiers sont arrirs de deux mois.

ART. 1er. Il ordonne, en consquence, aux gnraux de division de
prvenir les payeurs de leur division d'expdier sur-le-champ un exprs
au payeur central Estve,  Trvise, avec la demande des fonds qui sont
ncessaires pour faire le prt jusqu'au 10 messidor;

La solde des chirurgiens de l'ambulance jusqu'au 10 messidor;

La solde des charretiers jusqu'au 10 messidor;

La solde de ce qui est d aux rgimens de cavalerie pour le fourrage des
chevaux.

Chacune de ces sommes sera porte sur une colonne spare.

2. Le gnral de division enverra une copie de cet tat au gnral en
chef.

3, Le citoyen Estve, ou celui qui le remplace  Trvise, soldera ce que
demandent les diffrens payeurs de division, vingt-quatre heures aprs
la rception de la demande.

4. Le citoyen Haller, administrateur gnral des finances, fera passer
sur-le-champ  Trvise tout l'argent ncessaire pour que tous les
officiers, chirurgiens, soldats et charretiers soient solds jusqu'au 10
messidor. Il prendra des mesures telles que ladite somme soit entre les
mains du payeur central  Trvise avant le 2 messidor, afin qu'avant le
5 les payeurs de division aient dans leurs caisses l'argent ncessaire
pour solder ce qui est d aux diffrentes divisions.

5. Les payeurs particuliers m'enverront directement une note de ce
qu'ils ont donn  chaque demi-brigade, afin de m'assurer par moi-mme
qu'il n'y a aucune espce d'abus.

6. L'administrateur gnral des finances, les payeurs des divisions, et
le payeur de l'arme sont, chacun en ce qui le concerne, responsables de
la stricte excution du prsent ordre.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 26 prairial an 5 (14 juin 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Vous voudrez bien, citoyen gnral, donner ordre au gnral Dallemagne
de se rendre  Ancne pour remplacer le gnral Rey.

Vous ordonnerez au gnral Dallemagne de maintenir la tranquillit 
Ancne, de ne se mler d'aucune affaire politique, et de ne pas souffrir
qu'il soit fait aucune injure ou outrage aux statues du pape, et aux
ministres de ce prince, avec lequel nous sommes en paix.

Vous rappellerez le gnral Rey, qui se rendra au quartier-gnral ds
l'instant que le gnral Dallemagne l'aura remplac.

Vous motiverez le rappel du gnral Rey sur ce qu'en se mlant des
affaires politiques, il a contrari les dispositions gnrales, et sur
ce que la cour de Rome a, en consquence, port des plaintes sur sa
conduite.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 27 prairial an 5

(15 juin 1797).

_Au comit central de Boulogne._

J'apprends avec peine, citoyens, qu'il y a des troubles dans la ville de
Boulogne, la garde nationale y est cependant organise: pourquoi ne vous
en servez-vous pas pour dissiper tous les rassemblemens, pour protger
les citoyens tranquilles, et faire respecter les lois que vous-mmes
vous vous tes donnes?

Je donne des ordres au gnral Balland pour qu'il vous aide  maintenir
le calme et  faire respecter les proprits et les lois.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 28 prairial an 5 (16 juin 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Les rapports que vous m'avez faits, citoyen gnral, sur les dsordres,
les assassinats et l'anarchie qui rgnent dans la terre-ferme
vnitienne, me dterminent  prendre une mesure gnrale et 
donner sur-le-champ une organisation  ces pays, qui rgularise
l'administration, assure le cours de la justice, et aux habitans la
jouissance de leurs proprits et la sret de leurs personnes.

En consquence, vous voudrez bien ordonner:

ART 1er. Le Brescian s'tendra jusqu'au Mincio.

2. Le Vronais commencera au Mincio et comprendra le pays de Cologne.

3. Le Vicentin et le Bassanse seront runis dans un seul
arrondissement.

4. Le Padouan et la Polsine de Rovigo, d'Adria jusqu'au P, non compris
ce qui appartient au Fermais, formeront un seul arrondissement.

5. Le Feltrin, le pays de Cadore, le Bellunse formeront un seul
arrondissement.

6. Le Trvisan, hormis le district de Mestre, formera un arrondissement
avec le Coneglianse.

7. Le Frioul, y compris Monte-Falcone, formera un arrondissement.

8. Chaque arrondissement sera administr par un gouvernement central,
compos de vingt-trois membres; chaque commune aura une municipalit
plus ou moins nombreuse selon sa population.

9. Le gouvernement central sera compos de personnes choisies dans tout
l'arrondissement par le gnral de division qui y commande.

10. Chaque gouvernement central fera un rglement sur la manire dont
la justice doit tre administre, dsignera le nombre des tribunaux, et
choisira les juges qui doivent les composer.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 28 prairial an 5

(16 juin 1797).

_Au gouvernement provisoire de Gnes._

J'ai reu votre lettre par le citoyen Emmanuel Balleti. Les premiers pas
de votre gouvernement justifient la confiance dont la nation gnoise
vous a investi.

Les gouvernemens provisoires, placs dans des circonstances difficiles,
doivent exclusivement prendre conseil du salut public et de l'intrt de
la patrie.

La rpublique de Gnes n'existe que par le commerce, le commerce
n'existe que par la confiance; il n'y a pas de confiance sous un
gouvernement faible, il n'y a pas de confiance dans un pays o il y a
des factions.

Un tat est faible, est dchir par les factions lorsque plusieurs
centaines de citoyens s'organisent en assemble exclusive, prennent part
dans toutes les discussions, jouent la popularit, sont sans cesse arms
par l'exagration, et n'ont jamais en but que la distinction.

Pendant votre gouvernement provisoire, une commission choisie doit
former votre constitution et les lois organiques de votre rpublique.
Votre principal devoir est d'imposer silence aux passions, d'empcher
que la commission lgislative puisse tre influence, et, par l, viter
qu'on vous donne une constitution et des lois de circonstances.

La sagesse et la modration sont de tous les pays et de tous les
sicles, parce que l'une et l'autre sont fondes sur notre organisation
physique; mais elles sont absolument ncessaires aux petits tats et aux
villes de commerce.

Pendant tout le temps de votre gouvernement provisoire et jusqu' ce que
vous ayez des lois et une constitution stables, agissez-en comme dans
un vaisseau battu par les flots; exigez que chaque citoyen soit  ses
fonctions, et que personne ne rivalise avec le gouvernement.

Comme vous ne savez pas ce que votre constitution permettra ou dfendra,
empchez provisoirement toute espce de coalition de citoyens.

Votre garde nationale est nombreuse et bien intentionne.

Si sous votre gouvernement la rpublique perd quelque chose de son
commerce ou de son bonheur, la responsabilit psera toute entire sur
vous.

BONAPARTE.



_Note de MM. les plnipotentiaires franais._

Le gnral en chef Bonaparte et le gnral de division Clarke, ministres
plnipotentiaires de la rpublique franaise, ont reu la note que M.
le marquis de Gallo, ambassadeur du roi des Deux-Siciles prs S. M.
l'empereur et roi, et M. le comte Meerveldt, gnral-major au service de
S. M. impriale, leur ont adresse, sous la date du 19 juin.

M. le marquis de Gallo avait annonc verbalement aux plnipotentiaires
franais, lors de son arme, que S. M. l'empereur et roi ne lui avait
pas remis de pouvoirs pour sa paix spare, parce que son ministre,
M. le baron de Thugut, dsirait connatre la forme de ceux que le
directoire excutif donnerait aux plnipotentiaires de la rpublique
franaise, et dont copie a t remise  M. de Gallo, pour lui en envoyer
de semblables, qu'il attendait par le retour du courrier expdi alors
par lui  Vienne.

En consquence, les plnipotentiaires franais n'ont point hsit 
entrer en confrence avec le marquis de Gallo sur tout ce qui tait
relatif  la paix dfinitive avec l'empereur; mais prs d'un mois
s'tant coul depuis son arrive, et plus de deux depuis la signature
des prliminaires de Loben, et MM. le marquis de Gallo et le comte de
Meerveldt ayant annonc, l'un et l'autre verbalement, n'avoir d'autres
pouvoirs que ceux qui leur avaient t remis pour les prliminaires,
lesquels,  cause de l'change des ratifications desdits prliminaires,
se trouvent suranns, sans objet, et consquemment inadmissibles, les
plnipotentiaires franais croient devoir demander  MM. de Gallo et
Meerveldt de dclarer par crit s'ils ont d'autres pouvoirs que ceux qui
leur ont servi pour les prliminaires de Loben, et de vouloir bien leur
faire part de ceux en vertu desquels ils ont crit la note du 19 juin,
dont les soussigns leur assurent la rception par la prsente.

Les plnipotentiaires franais attendront que ces derniers pouvoirs leur
soient communiqus, pour rpondre dfinitivement  la note de MM. le
marquis de Gallo et le comte de Meerveldt.

Cependant, comme l'intention du directoire excutif de la rpublique
franaise est de terminer sur-le-champ la paix dfinitive et spare
avec S. M. l'empereur et roi, et pour ne point ajouter aux dlais
dsastreux qui ont t et sont encore apports par la cour de Vienne 
la conclusion de cette paix, quoiqu'il soit vident que ces dlais
lui sont infiniment plus prjudiciables qu' la France, les
plnipotentiaires franais, qui ont communiqu leurs pouvoirs depuis
trs-long-temps, et qui sont rests en Italie pour y achever cette
paix, ainsi qu'on en tait convenu verbalement  Gratz, dclarent que
l'intention de la rpublique franaise est de s'en tenir  la clause
des prliminaires, qui stipule que la paix dfinitive entre les deux
puissances sera traite et conclue dans l'espace de trois mois, 
compter de la date des prliminaires, ou plus tt, si faire se peut.

Les plnipotentiaires franais ne doutent nullement de la loyaut
personnelle de S. M. impriale et royale, ni de celle de MM. le marquis
de Gallo et le comte de Meerveldt, pour lesquels ils ont la plus haute
considration; mais ils font observer que les intrts de la France,
leur patrie, leur sont trop chers pour pouvoir se permettre d'en exposer
le sort  des protestations de dsir de la paix, qui ne seraient point
appuyes par des faits, et ils ont vu avec une profonde affliction les
dlais qu'a mis et que met encore le cabinet de Vienne  terminer sa
paix dfinitive, dans les trois mois fixs par les prliminaires, ces
dlais n'ayant pu que produire le mauvais effet de donner un libre cours
 toutes les intrigues publiques et secrtes des tats intresss  la
continuation de la guerre entre les deux puissances.

L'vacuation de cinq provinces autrichiennes par les troupes franaises,
et l'entre en Istrie et en Dalmatie de celles de l'empereur,  laquelle
la France ne s'est point oppose, sont des preuves inattaquables de
la loyaut de la rpublique franaise, contre laquelle l'tre le plus
confiant et le moins bien intentionn ne pourrait rien articuler qui put
soutenir un examen impartial.

Si des dfiances mal fondes; si le dessein formel de sacrifier les
intrts mutuels de deux puissances  des formalits et  des
lenteurs prjudiciables  l'une et  l'autre devaient prvaloir, les
plnipotentiaires franais verraient avec la plus extrme douleur
rallumer de nouveau les torches de la guerre, qu'ils dsirent si
ardemment d'teindre pour jamais.

Ils ont l'honneur de saluer MM. le marquis de Gallo et le comte de
Meerveldt, les priant de communiquer la prsente note  S. M. impriale
et royale elle-mme.

A Montebello, prs Milan, le 2 messidor an 5 de la rpublique franaise
(20 juin 1797).

BONAPARTE ET CLARKE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 3 messidor an 5

(21 juin 1797).

_A M. le marquis de Gallo._

Je reois, M. le marquis, votre lettre: je suis trs fch de votre
incommodit, quoique j'espre que cela ne nous empchera pas de vous
voir  dner.

Il est vrai que j'ai fait embarquer  Venise, sur des btimens
vnitiens, quelques troupes pour Corfou et pour Zante; mais il n'existe
aucune espce de rassemblement du ct du midi de l'Italie. Je ne peux
pas concevoir d'o peuvent venir des bruits aussi absurdes qu'injurieux
pour la rpublique.

La plus grande union existe entre les deux cabinets, et il serait
difficile de concevoir l'intrt que pourrait avoir la rpublique
franaise  troubler le paix existante et dont l'un et l'autre peuple se
trouvent, je crois, fort bien.

Croyez, je vous prie, M. le marquis, que je saisirai toutes les
circonstances, et que je ferai tout ce que vous dsirerez, pour vous
prouver l'attachement qu'a la rpublique franaise pour S. M. le roi des
Deux-Siciles.

En mon particulier, je dsire de faire quelque chose qui soit agrable 
S. M. le roi des Deux-Siciles.

Je vous prie de croire aux sentimens d'estime, et  la haute
considration avec laquelle je suis, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 4 messidor an 5

(22 juin 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous ai annonc, par ma dernire, que la rponse du cabinet de Vienne
paraissait tre contre les articles qui ont t arrts le 24 mai.

M. le comte de Meerveldt est arriv il y a trois jours. Nous avons eu
plusieurs confrences, aprs lesquelles les plnipotentiaires de sa
majest impriale nous ont remis une note,  laquelle nous avons rpondu
par une autre que je vous envoie.

Vous voyez la tournure longue et indtermine que prend la ngociation.
Je pense qu'il n'y a qu'un moyen, c'est d'envoyer le gnral Clarke 
Vienne.

M. Thugut a toujours la confiance du cabinet de Vienne: il est d'un
caractre difficile et malintentionn; mais je ne pense pas que l'on ait
tacitement ide d'une rupture. Ces messieurs ne font rien que longuement
et pesamment; ils paraissent se mfier beaucoup de l'intrieur:
quoiqu'ils aient t attraps cent fois, ils sont incorrigibles.

J'imagine que, par le premier courrier, c'est--dire, dans quinze jours,
nous aurons des rponses plus favorables, et que l'on consentira enfin 
une ngociation spare.

On craint  Vienne beaucoup les Russes; leur systme politique est
trs-vacillant. L'empereur est paresseux et inexpriment; Thugut, de
mauvaise humeur, vieux, tracass par les grands, offre  tout bout de
champ sa dmission, que l'on n'ose pas accepter, mais qui, l'on croit,
le sera enfin lorsque tout sera arrang, pour mettre  sa place M. de
Cobentzel.

Thugut parat trs-mcontent de M. de Gallo; M. de Meerveldt a peu de
moyens et n'est nullement diplomate. Je ne vous cacherai pas que je
crois que tout ceci sera encore long. Ce moment est embarrassant pour la
cour de Vienne; elle ne sait sur qui reposer sa confiance, tout lui fait
ombrage.

Ils voudraient en Italie avoir Venise, Mantoue et le Brescian.

Il voudraient avoir Venise pour l'quivalent du Brisgaw, qu'ils
destineraient au duc de Modne: dans ce systme, ils nous cderaient
peut-tre en ddommagement la rive du Rhin.

Je vous prie de nous faire connatre ce que nous devons rpondre:

1. S'ils persistent dans l'opinion de vouloir un congrs;

2. Si vous cderiez Venise pour le Rhin: ds lors l'empereur aurait une
influence immense en Italie.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 4 messidor an 5

(22 juin 1797).

_Au contre-amiral Brueys en rade  Toulon._

Vous devez avoir reu  cette heure, citoyen gnral, les ordres du
ministre de la marine pour vous rendre dans l'Adriatique.

Je pense qu'il est ncessaire que vous touchiez  Corfou, o vous
trouverez six vaisseaux de guerre vnitiens, monts par les officiers
que vous nous avez envoys. Je vous prie de me faire connatre le moment
de votre dpart, et de m'envoyer des courriers de tous les endroits o
vous vous trouverez  porte, et qui pourraient faire connatre le temps
 peu prs o vous vous trouverez dans l'Adriatique.

Ds l'instant o vous serez arriv a Corfou, je vous prie de m'en faire
prvenir par un aviso, qui pourrait aborder  Ancne, et le gnral qui
y commande m'enverrait un courrier.

Si vous aviez nouvelle que l'escadre anglaise et l'intention de
venir en force dans l'Adriatique, il serait ncessaire que j'en fusse
instruit, afin de fortifier la garnison de Corfou, qui est dans ce
moment-ci de quinze cents hommes. Vous pourriez alors envoyer  Ancne
quelques btimens lgers d'escorte, avec un bon officier pour commander
tout le convoi portant les nouvelles troupes que j'enverrais  Corfou.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 4 messidor an 5

(22 juin 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Vous voudrez bien, citoyen gnral, traduire devant le conseil militaire
de sa division le citoyen Hibert, capitaine de la quatre-vingt-cinquime
demi-brigade, pour avoir march  la tte d'un rassemblement arm,
compos partie de Franais tirs des dpts, partie d'Italiens, 
l'instigation de plusieurs trangers soi-disant patriotes, ayant 
cet effet surpris un ordre  l'adjudant-gnral de la division de la
Lombardie: le but de ce rassemblement tant de troubler l'harmonie
existante entre la rpublique franaise et celle de Gnes, et comme tel,
tant coupable d'un dlit d'autant plus grand, que les consquences
pouvaient en tre plus funestes:

L'effet de ce rassemblement ayant t de faire prir trois ou quatre
soldats franais qui croyaient servir leur patrie en marchant sous les
ordres du citoyen Hibert;

L'effet de ce rassemblement ayant encore t 1. de troubler la
tranquillit du peuple de Pive; 2. d'accoutumer les Italiens  verser
le sang franais sans scrupule et sans crainte: ce qui, par la suite,
pourrait avoir des consquences plus considrables encore.

BONAPARTE.



_Note._

Les soussigns plnipotentiaires de la rpublique franaise ont transmis
 leur gouvernement la note remise par M. le marquis de Gallo lors
de l'change des ratifications des prliminaires de Loben: ils ont
l'honneur de faire part  leurs excellences, MM. les plnipotentiaires
de S. M. l'empereur et roi, de la rponse qui leur a t faite par le
directoire excutif de la rpublique franaise.

Elle autorise les plnipotentiaires franais  dclarer que l'intention
du directoire excutif est de se conformer exactement, dans toutes les
circonstances,  la teneur de l'article second des prliminaires de
Loben, relatif au crmonial, auquel il n'a point t port atteinte
dans l'acte de ratification des prliminaires remis par le gnral en
chef Bonaparte, puisque ces prliminaires tablissent seulement les
bases prparatoires des ngociations relatives  la paix spare de S.
M. impriale, en sa qualit de roi de Hongrie et de Bohme.

Les plnipotentiaires de la rpublique franaise prient leurs
excellences MM. les plnipotentiaires de S. M. l'empereur et roi
d'agrer l'assurance de leur haute considration.

A Montebello, le 3 messidor an 5 de la rpublique franaise (23 juin
1797).

BONAPARTE et H. CLARKE.



_Note de MM. les plnipotentiaires franais_

Le gouvernement de la rpublique batave ayant rclam, par l'entremise
de son ministre  Paris, l'intervention du directoire excutif de la
rpublique franaise auprs de S. M. l'empereur et roi, en faveur
du citoyen Pernet, secrtaire du ministre batave prs M. le duc de
Wurtemberg, retenu prisonnier, et pour lequel le ministre batave van
Haestein a reu l'ordre de faire des dmarches  Vienne, les soussigns
plnipotentiaires de la rpublique franaise sont chargs, de la part
du directoire excutif, de demander  leurs excellences MM. les
plnipotentiaires de S. M. impriale et royale, que le citoyen Pernet
soit remis en libert le plus promptement possible.

Les soussigns s'estiment heureux d'avoir  prsenter  S. M. l'empereur
et roi cette occasion de satisfaire son inclination  faire le bien,
et ils ne doutent point du succs d'une demande dont l'accomplissement
intresse particulirement le directoire excutif de la rpublique
franaise.

Ils ont l'honneur de saluer leurs excellences MM. les plnipotentiaires
de S. M. l'empereur et roi.

Montebello, le 3 messidor an 5 de la rpublique franaise (23 juin
1797).

BONAPARTE et H. CLARKE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 8 messidor an 5

(26 juin 1797).

_Au chef de l'tat major._

Vous voudrez bien, citoyen gnral, vous faire remettre, par le chef
de brigade Landrieux, les lettres interceptes sur un courrier que M.
d'Entraigues envoyait, dont une tait adresse au reprsentant du peuple
Boissy d'Anglas, et que lui a remise l'administration de la police de la
Lombardie.

Vous voudrez bien lui donner en outre l'ordre de se rendre en prison
pour ne m'avoir pas fait passer sur-le-champ ces papiers qu'il a depuis
deux jours.

BONAPARTE.



Du 11 messidor an 5 (29 juin 1797).

PROCLAMATION.

_A la rpublique cisalpine._

La rpublique cisalpine tait depuis long-temps sous la domination de
la maison d'Autriche: la rpublique franaise a succd  celle-ci
par droit de conqute, elle y renonce ds ce jour, et la rpublique
cisalpine est libre et indpendante. Reconnue par la France et par
l'empereur, elle le sera bientt par toute l'Europe.

Le directoire de la rpublique franaise, non content d'avoir employ
son influence et les victoires des armes rpublicaines pour assurer
l'existence politique de la rpublique cisalpine, ne borne pas l
ses soins. Convaincu que si la libert est le premier des biens, une
rvolution entrane  sa suite le plus terrible des flaux, il donne au
peuple cisalpin sa propre constitution, le rsultat des connaissances de
la nation la plus claire.

Du rgime militaire le peuple cisalpin doit donc passer  un rgime
constitutionnel.

Afin que ce passage puisse s'effectuer sans secousse, sans anarchie, le
directoire excutif a cru devoir, pour cette seule fois, faire nommer
les membres du gouvernement et du corps lgislatif, de manire que le
peuple ne nommera qu'aprs un an aux places vacantes, conformment  la
constitution.

Depuis longtemps il n'existait plus de rpubliques en Italie. Le feu
sacr de la libert y tait touff, et la plus belle partie de l'Europe
tait sous le joug des trangers.

C'est  la rpublique cisalpine  montrer au monde, par sa sagesse, par
son nergie et par la bonne organisation de ses armes, que l'Italie
moderne n'a pas dgnr, et qu'elle est encore digne de la libert.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 14 messidor an 5

(2 juillet 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous envoie diffrentes notes qui nous ont t remises par MM. les
plnipotentiaires de l'empereur; ils sont parus pour Udine, o le
gnral Clarke va se rendre: je m'y rendrai ds l'instant que les
susdits plnipotentiaires auront reu les pouvoirs et les instructions
pour la paix dfinitive.

Je ne sais  quoi attribuer, si ce n'est  la situation intrieure de la
France, les longueurs que l'empereur porte dans la ngociation.

J'ignore quand ces messieurs se dcideront; mais il me semble que l'on
cherche  allonger. L'empereur se comporte comme s'il ne voulait plus la
paix; son tat militaire augmente, et il fait faire des ttes de pont
sur toutes les rivires, telles que la Save et la Drave.

Je vous envoie aussi copie de la lettre que m'crit la rpublique des
Grisons, et celle de ma rponse.

La Valteline est en pleine insurrection, elle veut s'incorporer avec le
Milanez; mais il me semble qu'il serait plus avantageux et plus juste
qu'elle restt avec les Grisons, en formant une quatrime ligue:
cependant on aura de la peine  faire comprendre cela aux Valtelins.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 15 messidor an 5

(3 juillet 1797).

_A M. Bataglia, ancien provditeur de la rpublique de Venise._

J'ai reu avec le plus grand plaisir, monsieur, la dernire lettre que
vous vous tes donn la peine de m'crire de Venise. Lorsque j'ai vu
votre nom  une infme proclamation qui a paru dans le temps, j'ai
reconnu que ce ne pouvait tre que l'oeuvre de vos ennemis et des
mchans. La loyaut de votre caractre, la puret de vos intentions, la
vritable philosophie que j'ai reconnue en vous pendant tout le temps
que vous avez t charg du pouvoir suprme sur une partie de vos
compatriotes, vous ont captiv mon estime: si elle peut vous ddommager
des maux de toute espce que vous avez endurs pendant ce dernier temps,
je me trouverai heureux.

Comptez, monsieur, que, dans toutes les circonstances, je saisirai
l'occasion de pouvoir faire quelque chose qui vous soit agrable.
Pourquoi, au lieu de M. Pezaro, ne me ftes-vous pas envoy  Goritzia?
La force des raisons et des choses que vous auriez entendues, vous et
mis  mme de triompher ds-lors de la ridicule oligarchie qui a voulu
se naufrager jusqu'au port.

Oui, monsieur, je me plais  le dire, quatre ou cinq cents Franais qui
ont t assassins  Verone vivraient encore, et l'oligarchie de Venise,
dsormais trop en dissonance avec les lumires et le nouveau systme de
toute l'Europe, aurait d cder  un gouvernement plus sage; elle aurait
au moins fini sans se rendre coupable d'un crime dont les historiens
franais ne pourront trouver le semblable sans tre obligs de remonter
 plusieurs sicles.

Je vous ai connu dans un temps o je prvoyais peu ce qui devait
arriver, et je vous ai vu ds-lors ennemi de la tyrannie et dsirant la
vritable libert de votre patrie.

Je vous prie, monsieur, de croire aux sentimens, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 15 messidor an 5

(3 juillet 1797).

_A l'administration municipale de Marseille._

J'ai reu, citoyens, votre lettre du 4 prairial. Votre ville, si
intressante par l'tendue de son commerce, a besoin de la tranquillit,
de la confiance et d'un bon gouvernement. Je me flatte que bientt elle
reprendra le mme lustre qu'elle avait dans le temps pass. L'arme
d'Italie, qui a contribu, en quelque chose,  donner de la
considration  la rpublique franaise en Italie, se trouve par l mme
avoir rendu  la ville de Marseille un service tout particulier. J'ai
lu avec intrt et avec un sentiment de gratitude les choses flatteuses
pour l'arme d'Italie contenues dans l'arrt que vous m'avez envoy.
La vraie rcompense des armes ne consiste-t-elle pas dans l'opinion de
leurs concitoyens? Croyez, je vous prie, aux sentimens d'estime, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 16 messidor an 5

(4 juillet 1797).

_Au prsident de l'administration centrale de la Drme._

J'ai reu, citoyen, les diffrentes lettres qu'a bien voulu m'crire le
dpartement de la Drme pendant le cours de la campagne. Je reois, de
tous les cts de la rpublique, un si grand nombre de lettres, qu'il
ne m'est pas toujours possible de rpondre exactement. L'estime de mes
concitoyens est la seule rcompense digne du dvouement et des services
que le soldat a rendus  la rpublique.

Votre dpartement, qui a fourni  l'arme de trs-bons bataillons et
de forts bons officiers, a, sous ce point de vue, acquis un titre
particulier  la reconnaissance de la France.

Croyez, je vous prie, que, de mon ct, j'attache le plus grand prix 
votre estime.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 16 messidor an 5

(4 juillet 1796).

_Au citoyen Canclaux, ministre de la rpublique  Naples_

J'ai reu, citoyen gnral, les deux lettres que vous m'avez crites.
Je vous remercie de ce que vous avez bien voulu vous donner la peine de
remplir la commission qui m'intressait.

On assure que le roi de Naples arme toujours, qu'il y a beaucoup
d'alarmes  Naples sur le projet qu'on nous suppose avoir d'envahir ce
pays: cela me parat si extravagant, que je ne puis croire que cette
crainte affecte la cour. Je vous prie de me faire connatre de quelle
nature sont les armemens que fait la cour de Naples, l'emploi et le
nombre des troupes que le roi de Naples a aujourd'hui sur pied.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 16 messidor an 5

(4 juillet 1797).

_A la municipalit provisoire de Venise._

L'embargo qui a t mis sur les vaisseaux existans dans le port
de Venise, n'a eu d'autre but que de maintenir le plus possible
l'expdition du Levant.

Vous pourrez donc,  dater du 26 prairial, rouvrir votre port comme
avant la rvolution; mais il est indispensable que vous preniez les
mesures ncessaires pour que les vaisseaux appartenant  une puissance
ennemie de la rpublique soient arrts.

Prenez des mesures pour que toutes les richesses qui, de tous les points
de l'Italie, ont t envoyes  Venise, n'en sortent pas, afin que vous
puissiez, dans toutes les circonstances de votre rvolution, avoir des
garans pour subvenir aux dpenses publiques.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 18 messidor an 5

(6 juillet 1797).

_Au citoyen Antonio Garruchio, astronome  Verone._

J'ai donn l'ordre, citoyen, au citoyen Haller de vous faire rembourser
la somme de 4000 francs, pour vous indemniser des pertes que vous avez
faites pendant les malheureux vnemens de Verone. Je lui ai ordonn de
prendre des mesures pour faire augmenter de 10,000 liv. le fonds de la
socit italienne de Verone, lgu par le clbre Loerga. Nous sommes
redevables  cette socit de plusieurs mmoires utiles sur les sciences
exactes.

Vous ne devez avoir aucune espce d'inquitude pour la socit
italienne, et je vous prie de me faire connatre tout ce qu'il y aurait
moyen de faire pour amliorer son organisation, et pour la rendre plus
utile au progrs des connaissances humaines.

Croyez, je vous prie, au dsir que j'ai de faire quelque chose qui soit
avantageux  votre socit.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Montebello, le 18 messidor an 5

(6 juillet 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Vous voudrez bien donner l'ordre au gnral de brigade Dufresse, de
restituer sur-le-champ tout ce que sa femme a pris,  Mestre, aux
diffrens propritaires, et entre autres les voitures de la maison o
l'a loge le citoyen Erizzo.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 21 messidor an 5

(9 juillet 1797).

_A M. le marquis de Saint-Marsan._

Je reois, monsieur le marquis, la lettre que vous avez bien voulu me
remettre, de M. Priocca, ministre de S. M. le roi de Sardaigne. Je donne
ordre au gnral de division Sauret et au gnral qui commande Coni,
de laisser entrer dans les citadelles de Tortone, d'Alexandrie, de
Cherasco, Ceva, Coni, l'officier du gnie ou d'artillerie que S. M.
voudra bien nommer, pour visiter lui-mme les travaux que M. Priocca
suppose que l'on fait dans ces forts, et qui,  ce qu'il me parat, font
natre quelques inquitudes.

Les officiers que S. M. enverra la convaincront que je n'ai fait faire
 aucun des postes du Pimont aucune espce de travail, qu'il est
impossible d'tre plus satisfait que nous ne le sommes, de la conduite
du cabinet de S. M. envers la rpublique franaise; que non-seulement on
ne doit avoir aucune espce d'inquitude de notre ct, mais qu'encore
je ferai tout ce que S. M. peut dsirer pour la rassurer et pour
contribuer  la tranquillit d'une cour qui, depuis quelques mois, nous
a donn de vritables marques de ses bons sentimens  notre gard.

Je n'ai point envoy de troupes lombardes en Pimont, et mon intention
n'a jamais t d'en envoyer. Il est vrai que mon projet serait de faire
passer un bataillon polonais  Coni, afin de pouvoir runir  l'arme la
quarante-cinquime demi-brigade; mais si S. M. tmoigne le moindre dsir
que cela ne se fasse pas, et mme, si elle est mcontente de quelques
officiers gnraux employs dans ses tats, je m'empresserai de les
changer sur-le-champ.

Sachant que M. Ranza cherchait, par des crits incendiaires,  prcher
l'insurrection dans les tats de S. M., je l'ai fait arrter et conduire
 la citadelle de Milan.

Je vous prie, M. le marquis, avant de quitter Milan, de me faire
connatre ce qu'il serait possible que je fisse pour tmoigner  S. M.
les sentimens d'amiti qu'a pour elle la rpublique franaise, et le
dsir que j'ai de lui tre agrable et de contribuer  sa prosprit et
 son bonheur particulier.

Je vous prie, M. le marquis, de croire  l'estime, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 23 messidor an 5

(11 juillet 1797).

_A son altesse royale le duc de Parme._

Depuis que la rpublique franaise a conclu la paix avec votre A. R.,
j'ai saisi tontes les occasions qui se sont offertes pour prouver
 votre A. R. le dsir que j'ai de lui tre utile. J'ai donc t
trs-surpris de voir dans une note qu'a remise M. d'El Campo au
directoire excutif de la rpublique franaise, des plaintes que votre
A. R. porte sur je ne sais quel projet extravagant dont elle pense que
le directoire excutif de la rpublique franaise est occup.

Il parat, par la note de M. d'El Campo, que c'est M. le comte de Paliti
qui a imagin, probablement pour se faire valoir, ce beau projet. Je
prie donc votre A. R de vouloir bien rappeler M. le comte de Paliti, ne
voulant pas avoir auprs de moi un intrigant qui fait mauvais usage de
la confiance que vous avez en lui.

Je vous prie, au reste, de croire aux sentimens d'estime et  la
considration distingue, avec laquelle, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 25 messidor an 5

(13 juillet 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Vous voudrez bien, citoyen gnral, prendre des mesures pour qu'aucune
gazette tendant  porter le dcouragement dans l'arme,  exciter les
soldats  la dsertion et  diminuer l'nergie pour la cause de la
libert, ne s'introduise dans l'arme.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 25 messidor an 5

(13 juillet 1797).

_Proclamation  l'arme d'Italie._

_Soldats!_

C'est aujourd'hui l'anniversaire du 14 juillet: vous voyez devant vous
les noms de nos compagnons d'armes morts au champ d'honneur pour la
libert de la patrie. Ils vous ont donn l'exemple: vous vous devez tout
entiers  la rpublique; vous vous devez tout entiers au bonheur de
trente millions de Franais; vous vous devez tout entiers  la gloire de
ce nom qui a reu un nouvel clat par vos victoires.

Soldats! je sais que vous tes profondment affects des malheurs qui
menacent la patrie; mais la patrie ne peut courir de dangers rels. Les
mmes hommes qui l'ont fait triompher de l'Europe coalise, sont l.
Des montagnes nous sparent de la France, vous les franchirez avec la
rapidit de l'aigle, s'il le fallait, pour maintenir la constitution,
dfendre la libert, protger le gouvernement et les rpublicains.

Soldats! le gouvernement veille sur le dpt des lois qui lui est
confi. Les royalistes, ds l'instant qu'ils se montreront, auront vcu.
Soyez sans inquitude, et jurons, par les mnes des hros qui sont morts
 ct de nous pour la libert, jurons sur nos nouveaux drapeaux guerre
implacable aux ennemis de la rpublique et de la constitution de l'an 3.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 27 messidor an 5 (16 juillet 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous envoie la copie d'une lettre que je reois du gnral Clarke:
vous y verrez que l'on allonge toujours. Il est hors de doute que
l'empereur veut voir la tournure que prendront les affaires en France,
et que l'tranger est pour plus que l'on ne croit dans toutes ces
machinations.

L'arme reoit une grande partie des journaux qu'on imprime  Paris,
surtout les plus mauvais; mais cela produit un effet tout contraire 
celui qu'ils se promettent. L'indignation est  son comble dans l'arme.
Le soldat demande  grands cris si, pour prix de ses fatigues et de six
ans de guerre, il doit tre,  son retour dans ses foyers, assassin
comme sont menacs de l'tre tous les patriotes. Les circonstances
s'aggravent tous les jours, et je crois, citoyens directeurs, qu'il est
imminent que vous preniez un parti. Je vous fais passer la proclamation
que j'ai faite  l'arme, le 25 de ce mois: elle a produit le meilleur
effet.

Il n'y a pas un seul homme ici qui n'aime mieux prir les armes  la
main, que de se faire assassiner dans un cul-de-sac de Paris.

Quant  moi, je suis accoutum  une abngation totale de mes intrts;
cependant je ne puis pas tre insensible aux outrages, aux calomnies que
quatre-vingts journaux rpandent tous les jours et  toute occasion,
sans qu'il y en ait un seul qui les dmente; je ne puis pas tre
insensible  la perfidie et au tas d'atrocits contenues dans cette
motion d'ordre imprime par l'ordre du conseil des cinq-cents. Je vois
que le club de Clichi veut marcher sur mon cadavre pour arriver 
la destruction de la rpublique. N'est-il donc plus en France de
rpublicains? Et, aprs avoir vaincu l'Europe, serons-nous donc rduits
 chercher quelque angle de la terre pour y terminer nos tristes jours?

Vous pouvez d'un seul coup sauver la rpublique, deux cent mille
ttes peut-tre qui sont attaches  son sort, et conclure la paix en
vingt-quatre heures. Faites arrter les migrs; dtruisez l'influence
des trangers; si vous avez besoin de force, appelez les armes; faites
briser les presses des journaux vendus  l'Angleterre, plus sanguinaires
que ne le fut jamais Marat.

Quant  moi, citoyens directeurs, il est impossible que je puisse vivre
au milieu des affections les plus opposes: s'il n'y a point de remde
pour faire finir les maux de la patrie, pour mettre un terme aux
assassinats, et  l'influence des royalistes, je demande ma dmission.

Je vous envoie un stylet pris sur les assassins de Verone.

Mais, dans toutes les circonstances, le souvenir des marques constantes
que vous m'avez donnes de la confiance la plus illimite, ne sortira
jamais de ma mmoire.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 29 messidor an 5 (17 juillet 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous envoie copie de la lettre que m'crit le gnral Clarke.

M. Baptiste est parti de Montebello le 5 messidor. Quatre jours avant,
MM. les plnipotentiaires avaient fait partir un courrier, qui portait 
peu prs la mme chose. Voil donc prs d'un mois que la cour de Vienne
laisse ses plnipotentiaires et ne rpond  rien.

Il est bien vident que la cour de Vienne n'est pas de bonne foi, et
qu'elle trane en longueur pour attendre la dcision des affaires
intrieures, que toute l'Europe croit trs-prochaine.

Voulez-vous pargner cinquante mille hommes de l'lite de la nation qui
vont prir dans cette nouvelle campagne? Faites briser avec quelque
appareil les presses du _Th_, du _Mmorial_, de la _Quotidienne_[15];
faites fermer le club de Clichi, et faites faire cinq ou six bons
journaux constitutionnels.

Cette crise, qui, en ralit, sera extrmement lgre, suffira pour
faire voir  l'tranger qu'il n'a encore rien  esprer: elle rtablira
l'opinion et tera aux soldats cette vive inquitude qui anime toutes
les ttes, et qui finira par des explosions dont les consquences ne
peuvent pas se prvoir.

Il est bien malheureux que, lorsque nous commandons  l'Europe, nous ne
puissions pas commander  un journal de la faction royale qui lui est
videmment vendu!

 quoi sert que nous remportions des victoires  chaque instant du jour?
Les menes dans l'intrieur annulent tout, et rendent inutile le sang
que nous versons pour la patrie.

Le gouvernement de ce pays-ci se consolide.

 Gnes, l'esprit public est comme en 1789 en France.

BONAPARTE.

[Footnote 15: Le Th, le Mmorial et la Quotidienne taient trois
journaux royalistes qui paraissaient  cette poque.]



Au quartier-gnral  Milan, le 29 messidor an 5 (17 juillet 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Le commandant de Lombardie doit agir dans la Lombardie et  Milan, comme
s'il n'y avait  Milan que deux ou trois cents hommes pour garder la
citadelle; car il est possible que, d'un instant  l'autre, il se trouve
effectivement rduit  ces seules troupes pour garder la citadelle: ds
lors, toutes les gardes  Milan, mme les gardes de nos tablissemens,
mme celles des spectacles, doivent tre de la garde nationale.

Il est galement inutile que la police envoie tous les jours un rapport
au commandant de la place; elle sera seulement tenue de lui donner des
renseignemens toutes les fois qu'il lui en demandera.

La demande qu'a faite l'adjudant-gnral de la lgion lombarde, des
registres du commandant de la place, n'est pas fonde; il doit faire ses
registres  part. J'approuve fort que le commandant de la Lombardie ait
des agens secrets qui l'instruisent de tout ce qui se passe  Milan et
dans les autres places de la Lombardie; mais cette police doit tre
secrte et n'avoir pour but que de connatre ce qui se tramerait.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 29 messidor an 5 (17 juillet 1797).

_Au ministre de la marine._

Venise, qui fournit de grands avantages  la marine, rclame de vous,
citoyen ministre, douze ou quinze permissions qui mettent les btimens
les plus riches  l'abri des Algriens: ces corsaires lui ont dclar la
guerre depuis environ trois mois, ce qui ruine entirement son
commerce. Si vous pouvez prendre en considration cet objet, il sera
trs-avantageux pour indemniser ce pays des pertes qu'il fait tous les
jours.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral de Milan, le 29 messidor an 5 (17 juillet 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Je vous prie, citoyen gnral, d'envoyer sur-le-champ un courrier au
gnral Augereau pour lui dire que, ne pouvant pas encore de quelques
jours me rendre  Verone, je dsire qu'il vienne le plus tt possible 
Milan; vous le prviendrez que mon appartement d'en bas tant vide, il
peut y descendre.

Vous accorderez une permission de deux mois au gnral Mireur, qui me
l'a demande pour terminer des affaires de famille.

Vous crirez au gnral Belliard que, ds l'instant que le gnral
Joubert sera de retour du cong qu'il a demand, je lui accorderai la
permission d'aller  Rome.

Vous donnerez l'ordre au gnral Dessoles de partir demain pour
rejoindre sa division.

Vous ordonnerez au gnral de brigade Leclerc de partir demain pour se
rendre  Monza, o il prendra le commandement de la onzime et de la
douzime d'infanterie lgre.

Vous crirez au gnral de brigade Dupuy, qu'tant instruit par le
gnral Brune qu'il a pris connaissance de l'affaire dont il m'a port
des plaintes, je pense que le gnral Brune y aura mis ordre: ou, dans
le cas contraire, j'attendrai le rapport que me fera ce gnral, pour
prendre les mesures que je croirai ncessaires.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 29 messidor an 5 (17 juillet 1797).

_Au gnral Clarke._

Je reois dans l'instant votre lettre du 23 messidor: comme je vois que
les choses en sont toujours au mme point, j'attendrai, pour me rendre 
Udine, l'arrive du tant dsir M. Baptiste.

Je vous ai fait passer, par un courrier, les dernires nouvelles
de Paris, j'en attends un autre  chaque instant. Les affaires se
brouillent de plus en plus, et on ne peut presque plus douter que ce
ne soit l'effet des machinations de l'tranger pour entraver les
ngociations.

Demain, nous clbrons ici la fte de l'arme. Je vous envoie l'imprim
que j'ai fait passer  Udine et  toutes les divisions de l'arme, ne
pouvant m'y rendre moi-mme.

Ds que vous m'aurez annonc l'arrive du secrtaire de lgation, M.
Baptiste, je partirai sur-le-champ pour Udine.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 29 messidor an 5 (17 juillet 1797).

_Au mme._

Il est difficile, je crois, de mettre en doute aujourd'hui que
l'empereur veut gagner du temps: quel en est le motif? Il est difficile
de l'imaginer,  moins que de le voir dans les journaux royalistes, le
club de Clichi et la rentre des migrs. Je l'ai dit positivement au
gouvernement; il me semble qu'il est ais de fermer le club de Clichi,
de briser toutes ses presses, et de faire arrter une douzaine
d'migrs: cela seul peut nous assurer la paix.

Croyant que je devais partir pour Udine, j'tais revenu  Milan, o
il fait une chaleur affreuse. Je suis bien fch d'avoir quitt
actuellement Montebello.

Si M. Baptiste n'est pas arriv lorsque vous recevrez ce courrier, je
suis d'avis que vous pressentiez ces MM. les plnipotentiaires par une
lettre courte et ferme, que vous leur dclariez qu'il est notoire
qu'on vous joue, que S.M. rompt les prliminaires, et qu'elle sera
responsable, aux yeux de l'Europe, des suites funestes qu'aura pour
l'humanit la guerre cruelle qui va recommencer.

Il parat que les ngociations de Lille sont commences.

Si jamais il tait possible de conclure la paix avec l'Angleterre, il
faudrait que l'empereur se souvnt de sa mauvaise foi.

Les choses vont parfaitement ici et  Gnes.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 30 messidor an 5 (18 juillet 1797).

_Au mme._

Je reois  l'instant mme, citoyen gnral, votre lettre du 28.
J'espre en recevoir une demain avec le rcit de l'entrevue que vous
aurez eue avec M. de Gallo, cela me dcidera  partir: je passerai par
Verone, Vicence, Padoue et Trvise, o je passerai la revue de ces
quatre divisions.

Tout est ici fort tranquille. J'ai reu de nouveaux ordres du directoire
pour runir Bologne et Ferrare avec les Cisalpins; j'ai pris le _mezzo
termine_ de laisser ces pays matres de faire ce qu'ils voudront,
puisque nous avons reconnu l'indpendance des rpubliques cisalpine et
cispadane. S'ils veulent se runir, nous ne pouvons pas les en empcher:
j'ai prfr ce parti, quoiqu'il puisse entraner quelques inconvniens,
 celui de donner un ordre de runion.

Ce courrier-ci ne partira que lorsque la poste sera arrive, afin de
vous envoyer vos lettres, si vous en avez, et les principaux journaux.

J'ai fait partir hier, par un courrier extraordinaire, copie de la
lettre que vous m'avez crite; je fais partir  l'instant mme votre
dernire.

Je joins ici copie de la lettre que j'ai crite au directoire en
envoyant l'une et l'autre.

Comme vous le verrez, je me suis lanc trs-avant et mis trs-volontiers
en butte  toutes les factions. Cela serait trs-mal calcul, si
je trouvais dans l'ambition et l'occupation de grandes places ma
satisfaction et le bonheur; mais ayant plac de bonne heure l'une et
l'autre dans l'opinion de l'Europe entire et dans l'estime de la
postrit, j'ai pens que je ne devais pas tre arrt par tous ces
calculs et ce grand tapage des factions: je vous avoue cependant que je
dsire bien de rentrer dans la vie prive; j'ai pay ma part.

BONAPARTE.



Milan, le... messidor an 5 (... juillet 1797).

_Au mme._

Je vous fais passer les deux notes que vous devez remettre  MM. les
plnipotentiaires, je vous envoie en consquence deux morceaux de papier
signs en blanc.

Talleyrand a remplac Ch. Lacroix; Hoche, Petiet, Franois de
(Neuchteau), Benezech, Plville, Truguet, Lenoir la Roche, Cochon,
Merlin et Ramel restent.

D'aprs ce que disent quelques journaux, il parat qu'il y a eu quelques
divisions entre Carnot et Barthlemi: d'un ct est Barras; Rewbell et
Larveillre-Lpaux de l'autre.

Le Pimont est en pleine insurrection, j'attends  chaque instant un
courrier de Paris.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 30 messidor an 5 (18 juillet 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous envoie copie de la lettre que je reois du gnral Clarke.

Le clbre M. Baptiste est arriv, il n'apporte rien de dcisif: voil
de la mauvaise foi bien caractrise.

Je vais partir incessamment pour Udine, quoique je voie que je n'ai pas
grand'chose  y faire.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 30 messidor an 5 (18 juillet 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous envoie la copie de deux adresses de la division Massna et
Joubert; l'une et l'autre sont revtues de douze mille signatures.

La situation des esprits  l'arme est trs-prononce pour la rpublique
et la constitution de l'an 3. Le soldat, qui reoit un grand nombre
de lettres de l'intrieur, est extrmement mcontent de la tournure
sinistre que paraissent y prendre les choses.

Il parat aussi que l'on a t affect du bavardage de ce Dumolard,
imprim par ordre de l'assemble et envoy en grande profusion 
l'arme.

Le soldat a t indign de voir que l'on mettait en doute les
assassinats dont il a t la victime. La confiance de l'arme d'Italie
dans le gouvernement est sans borne: je crois que la paix et la
tranquillit dans les armes dpendent du conseil des cinq-cents. Si
cette premire magistrature de la rpublique continue  prter une
oreille complaisante aux meneurs de Clichi, elle marche droit  la
dsorganisation du gouvernement; nous n'aurons point de paix, et cette
arme-ci sera presque exclusivement anime par le dsir de marcher
au secours de la libert et de la constitution de l'an 3. Soyez bien
persuads, citoyens directeurs, que le directoire excutif et la patrie
n'ont pas d'arme qui leur soit plus entirement attache.

Quant  moi, j'emploie toute mon influence ici  contenir dans les
bornes le patriotisme brlant, qui est le caractre distinctif de tous
les soldats de l'arme, et  lui donner une direction avantageuse au
gouvernement.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 4 thermidor an 5 (22 juillet 1797).

_Au directoire excutif._

Je partais pour Udine, citoyens directeurs, lorsque j'ai reu la lettre
que je vous fais passer, du gnral Clarke. M. de Gallo et M. Baptiste
tant partis pour Vienne, et ne restant plus  Udine que M. de
Meerveldt, qui ne se trouve revtu d'aucune espce de pouvoir, je
n'ai pas cru devoir me rendre dans cette ville, ma prsence tant
trs-ncessaire dans tous ces pays-ci pour y prendre des mesures,
afin que, dans tout vnement, nos derrires se trouvent parfaitement
organiss et assurs.

Il n'est plus possible de concevoir le moindre espoir et de mettre en
doute que nous sommes horriblement jous. La cour de Vienne ne parat
avoir t de bonne foi que jusqu' l'arrive de M. le gnral de
Meerveldt  Montebello.

Aujourd'hui je ne vois qu'un seul parti  prendre, c'est que vous
dclariez vous-mmes, afin de donner encore plus d'importance  la
chose, que si, vers la fin du mois d'aot, tout n'est pas fini, les
prliminaires se trouveraient d'eux-mmes annuls, et la guerre
recommencerait. Il faudrait en mme temps donner des ordres  vos
diffrens gnraux pour que tous se tinssent prts  entrer en campagne.

La guerre commenant  l'entre de septembre, nous donnerait deux
mois et demi  trois mois, dans lesquels il serait possible de forcer
l'empereur  conclure une paix plus avantageuse encore que celle qui
devait tre conclue en consquence des prliminaires.

Si septembre se passe en ngociations, il deviendra difficile, en
octobre, de frapper la maison d'Autriche de ce ct-ci, et ds-lors
l'empereur nous tiendra tout l'hiver dans l'incertitude o nous sommes
aujourd'hui.

Quant aux oprations de la guerre, si elle doit avoir lieu, je ne vois
pas de difficults majeures qui m'empchent de me trouver  Gratz dans
le mois de la reprise des hostilits.

Je ne suis point assez fort en cavalerie, quoique celle que j'ai soit
dans un trs-bon tat: elle ne se monte qu' cinq mille hommes prsens
sous les armes, d'o vous voyez qu'aprs les premiers combats et
quelques marches forces, je me trouverai rduit  quatre mille hommes
de cavalerie. Je crois ncessaire que vous envoyiez ici trois  quatre
mille hommes de cavalerie, parmi lesquels je dsirerais au moins quinze
cents hommes de grosse cavalerie. Je dsirerais aussi trois nouvelles
compagnies d'artillerie  cheval. Si vous donnez actuellement les ordres
ncessaires, tout cela pourra arriver  Milan  la fin d'aot.

Vous voyez que le temps est extrmement prcieux: vous seuls, qui tes
au centre de la ngociation de Lille, de celle d'Udine et des affaires
intrieures, pouvez prendre un parti dcisif.

Si vous pensez devoir obliger l'empereur  se dcider promptement, vous
pourrez, ce me semble, envoyer  M. Thugut un courrier avec votre note.
Par ce moyen-l, il y aurait une douzaine de jours de gagns, ce qui est
bien essentiel dans le moment o nous nous trouvons.

Il est hors de doute que la cour de Vienne espre tout du bnfice du
temps, et pense qu'en vous tenant dans l'incertitude o nous sommes,
c'est faire une diversion en faveur de l'Angleterre, et fomenter
d'autant les malveillans, si puissans et si nombreux dans l'intrieur
de la France. Il n'y a donc qu'une rsolution prompte de notre part qui
puisse mettre ordre aux affaires de l'intrieur, et obliger l'empereur 
donner la paix  l'Europe.

J'cris au gnral Clarke pour l'engager  faire passer son secrtaire
de lgation  Vienne. Je ne sais pas si le sieur Meerveldt voudra lui
donner un passeport sans avoir au pralable consult le cabinet de
Vienne.

J'ai propos  l'envoy de Gnes de conclure un trait entre les deux
rpubliques, moyennant lequel Gnes s'engagerait  nous fournir et
 entretenir deux ou trois mille hommes; ce qui serait extrmement
avantageux.

Je vous envoie la lettre que vient de m'crire M. Priocca, avec la
rponse que je lui ai faite. Je crains bien que, malgr tous nos
mnagemens et tous nos soins pour maintenir dans ce pays la bonne
harmonie, il n'y arrive d'un instant  l'autre de trs-grands
changemens: les finances sont le mal de ce pays, son papier-monnaie se
discrdite tous les jours davantage. Ce qui me fche dans tout cela,
c'est que je crains que la situation actuelle du roi de Sardaigne ne le
mette hors d'tat de nous fournir son contingent.

Les trangers ne peuvent plus croire  la stabilit de notre
gouvernement, lorsqu'ils savent que tous les migrs, que tous les
prtres rentrent, et lorsqu'ils voient dans l'esprit qui anime les
hommes influens dans les conseils l'envie de perdre le gouvernement et
la rpublique.

Je conjecture que M. de Gallo commence  tre disgraci  la cour de
Vienne.

Du reste, tout va bien en Italie; le nouveau gouvernement de Milan
commence peu  peu  s'organiser.

Venise, dans l'incertitude de son sort, est sans organisation et sans
force.

Je vais autoriser la leve de deux ou trois bataillons dans les tats de
terre-ferme vnitienne, dont je me servirai, si les choses se montrent,
pour la police de nos derrires.

Gnes va parfaitement bien: s'il y a quelque chose  craindre, c'est
trop d'enthousiasme.

Toutes les personnes qui viennent de ce pays, assurent que, dans aucune
poque de notre rvolution, nous n'avons montr autant d'unanimit et
d'enthousiasme.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 4 thermidor an 5 (22 juillet 1797).

_Au chef de l'tat-major._

J'ai vu avec la plus grande peine que les Autrichiens se soient
renforcs sur l'Isonzo, et qu'ils aient plac des vedettes comme si nous
tions en guerre.

Je vous prie d'crire sur-le-champ au gnral ennemi qui vous est
oppos, pour lui faire connatre voire surprise sur ce changement de
manire d'tre, et si, lorsque votre lettre arrivera, ce commandant ne
fait pas rtablir les choses comme elles taient, c'est--dire, six
hommes  Cervignano, vous placerez une demi-brigade, deux escadrons de
cavalerie et deux pices d'artillerie lgre  Roncano, que je
crois tre du territoire vnitien; mais si Roncano tait un village
autrichien, vous placeriez ces troupes dans un village vnitien, de
manire que les troupes qui sont a Cervignano et sur toute la gauche de
l'Isonzo, pussent tre coupes au moment o elles feraient un mouvement,
ou quelque chose qui ft contraire.

Vous ferez ramasser tous les bateaux que vous pourrez trouver, pour
jeter un pont sur l'Isonzo, du ct de San-Pietro, de manire cependant
que vous vous trouviez toujours sur le territoire vnitien. Vous ferez
faire  ce pont deux bonnes ttes de pont; vous tiendrez des postes
le plus prs possible de Gradisca, en vous tenant cependant sur le
territoire vnitien.

Vous me ferez connatre les travaux que l'ennemi ferait ou aurait
fait faire au chteau de Goritzia,  la chiuza di Pluze; vous ferez
reconnatre le chemin depuis la frontire vnitienne au-del de Puffero
jusqu' Caporetto, et vous vous assurerez qu'ils n'ont fait aucune
espce de retranchement dans toute cette partie.

J'ai fait passer  la division du gnral Victor la cinquante-huitime
demi-brigade, qui est forte de deux mille cinq cents hommes, et au
moindre mouvement je vous ferai passer la division de cavalerie du
gnral Dugua.

Assurez-vous que votre artillerie est bien approvisionne et en tat
d'entrer en campagne.

Rendez-vous vous-mme  Palma-Nova; visitez avec le plus grand soin les
travaux de la place, les approvisionnemens d'infanterie; donnez ordre
que l'on redouble d'ardeur aux travaux, et que l'on n'oublie rien pour
rendre cette place respectable. Envoyez des espions dans la Carniole
et dans la Carinthie, et instruisez-moi dans le plus grand dtail des
positions qu'occupe l'ennemi, de ses forces, et des points qu'il fait
retrancher.

Le gnral Berthier crira galement au gnral Victor pour qu'il presse
les travaux d'Ozopo; pour qu'il envoie des espions, afin de s'assurer
si les ennemis ont fait des travaux  Clagenfurth, s'ils en ont fait 
Tarvis, et enfin s'ils en ont fait aux diffrentes ttes de pont de la
Dresse.

Vous donnerez l'ordre galement au citoyen Androssi pour qu'il envoie
des officiers, afin de construire le pont sur l'Isonzo d'une manire
solide, et qu'il puisse nous servir, quelque temps qu'il fasse.

Vous donnerez l'ordre au gnral Massna et au gnral Miollis, pour que
l'un et l'autre prennent des mesures pour raccommoder les chemins depuis
Mantoue jusqu' Padoue.

Vous donnerez les ordres pour qu'on recommence les travaux des places de
Porto-Legnago et de Peschiera, et au commandant du gnie pour continuer
et redoubler avec la plus grande activit les travaux de celles d'Ozopo
et de Palma-Nova.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 4 thermidor an 5 (22 juillet 1797).

_ monsieur Damian Priocca, ministre de S.M. le roi de Sardaigne._

Je ne vois aucun inconvnient, monsieur,  ce que vous fassiez passer
sur la ligne de dmarcation les troupes que vous jugerez ncessaires
pour maintenir le bon ordre et la tranquillit dans les tats de S.M.

J'ai donn les ordres les plus positifs pour que nos garnisons des
diffrentes villes qui sont dans nos mains ne se mlent en aucune
manire des affaires intrieures.

Ne doutez pas, monsieur, de la part que je prendrai toujours  ce qui
pourra tre agrable  S.M., et du dsir que j'ai de faire quelque chose
qui puisse contribuer  la tranquillit de ses tats.

M. Borghse m'a parl du dsir qu'avait S.M. de pouvoir faire quelques
achats de bl dans les tats occups par les troupes franaises, je m'y
prterai avec plaisir.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 4 thermidor an 5 (22 juillet 1797).

_Au gnral Clarke._

Je suis d'avis de rpondre tout simplement  la note des
plnipotentiaires de l'empereur, que la convention signe  Loben, le
5 prairial, a tout prvu; que nous nous en rapportons entirement  son
contenu; que, aprs deux mois, il est singulier qu'on vienne remettre en
discussion une question dj dcide; qu'il est donc vident que l'on ne
cherche que des prtextes pour traner en longueur et gagner du temps.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 5 thermidor an 5 (23 juillet 1797).

_Au gnral Clarke._

Je partais lorsque j'ai reu votre courrier: Gallo et Baptiste
n'tant plus  Udine, Meerveldt n'ayant aucun pouvoir, et leur note
caractrisant  chaque ligne leur mauvaise foi, je ne vois aucune
utilit dans mon voyage  Udine: tandis que le nouveau gouvernement de
ce pays-ci, les affaires du Pimont, celles des Grisons, rendent ma
prsence  Milan plus utile.

Je vous fais passer copie de la lettre que j'cris au directoire
excutif.

Je pense que nous n'avons rien  rpondre  une note qui n'a point de
bon sens: la seule rponse serait de prvenir S. M. l'empereur que, si,
le 18 aot, les ngociations ne sont point termines, nous regarderons
les prliminaires comme nuls; mais, dans la position actuelle de la
rpublique, je n pense pas que ni vous ni moi nous puissions faire
cette opration.

J'ai ordonn de jeter un pont sur l'Isonzo, et de faire des ttes de
pont; je fais marcher une lgion cisalpine  Palma-Nova, et j'augmente
de trois mille hommes la division du gnral Victor.

Si la rpublique se trouvait dans une situation ordinaire, et que les
ngociations de Lille ne nous fissent pas une loi imprieuse de ne
rien prendre sur nous, je vous avoue qu' la rception de votre lettre
j'eusse mis en marche toutes mes divisions, et que, sous quinze jours,
j'eusse t sous Vienne; mais, dans les circonstances actuelles, c'est
au gouvernement seul  prendre le parti que sa sagesse et la situation
des choses peuvent lui prescrire.

Je dsirerais que vous demandassiez un passe-port pour votre secrtaire
de lgation, et que vous le fissiez passer  Vienne: il pourrait tre
charg d'une lettre pour M. de Gallo; il pourrait voir M. Thugut et
revenir avec des renseignemens certains sur la situation des choses dans
ce pays-l. Vous ne manqueriez pas de lui recommander de tenir note de
tout ce qu'il verra en route, soit de troupes, soit de nouveaux ouvrages
de campagne.

Je ferai partir mon aide-de-camp Marmont pour Vienne; il passera par le
Tyrol, et, par ce moyen, il n'aura pas de passe-port de M. de Meerveldt.
Le but de sa mission sera de connatre les espces d'ouvrages que l'on
fait  Vienne, la situation militaire des esprits, le vritable tat de
leurs troupes.

N'oubliez rien pour que M. de Meerveldt vous accorde le passe-port pour
votre secrtaire.

Ds l'instant que quelque plnipotentiaire arrivera avec des pleins
pouvoirs et une envie sincre de commencer les ngociations, je me
transporterai rapidement  Udine.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 5 thermidor an 5 (23 juillet 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Vous voudrez bien, citoyen gnral, prvenir les gnraux Massna,
Joubert et Augereau, que mon intention est qu'il soit lev un bataillon
de cinq cents hommes dans chacun des arrondissemens de Padoue, Vicence
et Verone; chaque bataillon sera command par un chef de bataillon et
un adjudant-major franais, un major du pays; la moiti des officiers,
franais, ainsi que le tiers des sous-officiers.

Ils seront habills en vert, en pantalon et veste seulement; ils auront
le collet, les paremens blancs; les officiers auront les paulettes
d'argent.

Ces corps seront habills, quips, forms, solds par les diffrens
gouvernemens centraux: ils porteront le nom de bataillon italien de
Padoue, de Vicence, de Verone.

Ils seront diviss en cinq compagnies, dont une de grenadiers. Si les
habitans ont des fusils, ils seront arms avec ces fusils, sans que je
donne ordre au gnral Miollis que sur votre rcpiss il soit dlivr
un nombre suffisant de fusils autrichiens, que les gouvernemens centraux
feront allger, comme l'ont fait les Lombards.

L'intention du gnral en chef est d'attacher ces bataillons  ses
diffrentes divisions, pour servir aux diffrentes escortes, pouvoir
les opposer aux paysans et avoir avec nous, en cas que nous allions en
Allemagne, des otages qui nous assurent d'autant de la fidlit des pays
vnitiens.

Vous recommanderez expressment  ces diffrens gnraux de ne se mler
que secrtement de l'organisation et de la leve de ces bataillons,
mais de laisser faire toutes les dmarches publiques et ostensibles aux
gouvernemens centraux.

Lesdits gnraux de division autoriseront les gouvernemens centraux 
faire quelques alinations de biens nationaux, afin de pouvoir subvenir
 l'organisation et  l'entretien desdits bataillons.

D'ici  huit jours, et lorsque ces trois bataillons seront en
organisation, vous donnerez les mmes ordres aux gnraux Serrurier et
Bernadotte; mais, comme les pays qu'ils occupent sont moins populeux et
moins ports,  ce qu'il parat, pour la libert, il faut s'assurer que
ces trois premiers bataillons prendront bien.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 8 thermidor an 5 (22 juillet 1797).

_Aux inspecteurs du conservatoire de musique,  Paris._

J'ai reu, citoyens, votre lettre du 16 messidor, avec le mmoire qui y
tait joint. On s'occupe, dans ce moment-ci, dans les diffrentes villes
d'Italie,  faire copier et mettre en tat toute la musique que vous
demandez.

Croyez, je vous prie, que je mettrai le plus grand soin  ce que vos
intentions soient remplies et  enrichir le conservatoire de ce qui
pourrait lui manquer.

De tous les beaux arts, la musique est celui qui a le plus d'influence
sur les passions, celui que le lgislateur doit le plus encourager.
Un morceau de musique morale, et fait de main de matre, touche
immanquablement le sentiment, et a beaucoup plus d'influence qu'un
bon ouvrage de morale, qui convainc la raison sans influer sur nos
habitudes.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 8 thermidor an 5 (26 juillet 1797).

_Au gnral Joubert._

Dans la position des ngociations avec les Autrichiens, ce serait un
trs-mauvais effet de faire juger par un conseil militaire des gens
accuss d'avoir eu quelques intelligences avec eux. Je prfre que vous
fassiez passer  Mantoue les trois hommes que vous avez arrts, o le
gnral Miollis les tiendra en arrestation jusqu' nouvel ordre.

Quant aux sept communes, je ne suis point du tout content de ce que
le gnral Belliard, aprs y avoir t, s'en est retourn aussi
promptement: la raison des subsistances n'en peut pas tre une: nous
avons bien vcu sur le sommet des Alpes! On pouvait donc laisser dans
ces villages, pendant quelques jours, des troupes pour les contenir et
les plier.

Prenez toutes les mesures ncessaires pour faire dsarmer toutes les
sept communes; faites brler les maisons des quatre principaux chefs,
entre autres celle de ce prtre dont vous me parlez; prenez vingt-cinq
otages parmi ceux qui ont le plus de crdit, et faites-les conduire 
Mantoue; mettez dans le gouvernement les patriotes qu'ils ont chasss.

Aprs que tout cela sera fait, exigez de l'vque de Vicence qu'il
envoie des missionnaires dans ce pays-l pour leur prcher tranquillit,
obissance, sous peine de l'enfer.  cet effet, faites venir chez vous
les missionnaires, en donnant  chacun quinze louis pour leurs frais de
route, en disant qu'au retour vous leur en donnerez autant.

Faites en sorte qu'il ne reste des armes dans aucune ville du Vicentin,
pas mme  Vicence. Vous savez que, dans l'ordre gnral du dsarmement,
il avait t dit que vous enverriez toutes les armes  Porto-Legnago.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 9 thermidor an 5 (27 juillet 1797).

_Au directoire excutif._

Le gnral Augereau m'a demand de se rendre  Paris, o ses affaires
l'appellent. Je profite de cette occasion, pour vous faire passer la
ptition originale de l'arme.

Je vous ferai connatre de vive voix le dvouement absolu des soldats
d'Italie  la constitution de l'an 3 et au directoire excutif.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 9 thermidor an 5 (27 juillet 1797).

_ M. le cardinal lgat de Bologne._

J'ai reu dans le temps, monsieur le cardinal, la lettre que vous
vous tes donn la peine de m'crire. Je n'ai pas ajout foi, un seul
instant, aux bruits qui peuvent vous tre dsavantageux. Je connais trop
bien le vritable esprit religieux qui vous anime, pour penser que vous
employiez voire influence autrement que pour la tranquillit et l'ordre
public. J'apprends avec beaucoup de peine, monsieur le cardinal, les
chagrins domestiques qui troublent, dans ce moment-ci, votre repos: si
je puis contribuer en quelque chose  votre tranquillit et  votre
satisfaction, je vous prie de m'en faire part, et de croire aux
sentimens d'estime et de considration, etc., etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 10 thermidor an 5 (27 juillet 1797).

_Au gnral Clarke._

Il faudra, citoyen gnral, envoyer une note au duc de Bavire et aux
autres princes qui doivent de l'argent aux armes du Rhin en consquence
de l'armistice, pour les requrir d'achever leur paiement.

Il faudra demander  chacun de ces princes qu'ils aient  verser, dans
le dlai de huit jours, une telle somme  Ble, entre les mains du
charg d'affaires de France, de manire qu'il y ait deux millions pays
le plus tt possible.

Dclarer que, si lesdites sommes ne sont pas payes, les armes
franaises rentreront dans les tats desdits princes et seraient
obliges de les traiter en ennemis irrconciliables, et qui ont dj
manqu  la foi des traits et aux engagemens les plus sacrs: ces notes
devront tre envoyes par des courriers extraordinaires  Munich et
ailleurs.

BONAPARTE.



_Note des citoyens plnipotentiaires de la rpublique franaise._

Les plnipotentiaires de la rpublique franaise ont reu les cinq
notes, dates du 18 juillet 1797, qui leur ont t adresses par leurs
excellences MM. les plnipotentiaires de S. M. l'empereur et roi,
d'aprs la remise de celle du mme jour, relative  la tenue de deux
congrs. Ils continuent  voir, avec douleur, que le cabinet de Vienne
saisit tous les prtextes pour faire natre des obstacles, et s'opposer
 la conclusion de la paix: ils ne peuvent se dissimuler que les
apparences mmes ne sont plus gardes. Le ton qui rgne dans les notes
remises aux plnipotentiaires franais; les nombreuses protestations
qu'elles contiennent; la nature extraordinaire des demandes qui y sont
prsentes; les diverses marches des troupes autrichiennes: tout, en
un mot, annonce la guerre. La reprise des hostilits, de la part de
l'Autriche, ne semble retarde par elle que pour gagner du temps, et se
donner celui de fasciner les yeux de l'Europe par des protestations de
dsir de la paix, au moment o le cabinet de Vienne parat tre dans des
intentions absolument contraires  ces protestations.

Comment croire  la sincrit de ce cabinet, puisque, lorsqu'il parat
insister si fortement sur l'excution des prliminaires de Loben, il la
viole lui-mme de la manire la plus vidente? En effet, quoiqu'on
ait cherch  donner  ces prliminaires une interprtation que les
plnipotentiaires franais refusent d'admettre, et qui ne peut avoir
d'autre but que d'loigner encore davantage de la conclusion de la paix,
il n'en est pas moins certain qu'on tait convenu de conclure la paix
dfinitive dans l'espace de trois mois,  dater de leur signature; et
cet article principal des prliminaires, dont l'Europe entire dsire
l'excution, se trouve manifestement viol.

Dj prs de quatre mois se sont couls depuis cette poque; il y en a
trois que les soussigns ont fait connatre aux plnipotentiaires de
S. M. l'empereur et roi les pleins pouvoirs qu'ils avaient reus du
directoire excutif de la rpublique franaise pour conclure et signer
la paix dfinitive: tandis que le cabinet de Vienne, loin d'imiter cette
conduite, s'est constamment attach  ne faire porter les discussions
entre les ngociateurs respectifs, que sur les objets qui ne se liaient
que par des rapports loigns au but principal de la ngociation.

L'article des prliminaires par lequel S. M. consentirait  une paix
spare ne se trouve-t-il pas encore viol par la manifestation
consigne dans les notes de leurs excellences MM. les plnipotentiaires
autrichiens, de l'envie de S. M. l'empereur et roi de ne traiter qu'en
commun avec ses anciens allis?

Mais ce qu'il est impossible de ne pas considrer comme une violation
manifeste de l'article premier des prliminaires secrets, c'est la
protestation remise par leurs excellences MM. les plnipotentiaires
autrichiens contre l'indpendance de la Lombardie, puisque cet article
porte textuellement:

S. M. l'empereur renonce (et non pas renoncera)  la partie de ses
tats en Italie qui se trouve au-del de la rive droite de l'Oglio et de
la rive droite du P.

S. M. l'empereur ne devait occuper le territoire vnitien qu' la paix
dfinitive, et cependant elle s'empare de la Dalmatie et de l'Istrie,
c'est--dire des plus belles provinces de la rpublique de Venise; elle
en chasse les garnisons, y tablit son gouvernement, et le cabinet de
Vienne se plaint du changement de gouvernement de Venise!

S. M. l'empereur ne dissimule pas son impatience d'entrer en possession
des tats de cette rpublique, elle les voudrait tous: elle n'en excepte
ni les dbouchs de l'Adige et de la Brenta, ni lu ville de Venise
elle-mme, et cependant le cabinet de Vienne se dit anim d'une grande
sollicitude pour cette ancienne rpublique!

L'arme franaise occupe, il est vrai, les tats de Venise, comme elle
le faisait avant les prliminaires; elle occupe de plus la ville de
Venise; mais elle ne s'y tient que comme auxiliaire; ses troupes ne s'y
mlent en aucune manire d'affaires politiques, et si quelques agens
subalternes de S. M. l'empereur ont t insults, on ne doit sans doute
l'attribuer qu'au ressentiment de la part des Vnitiens de la violence
qu'a exerce l'arme impriale en entrant dans l'Istrie et la Dalmatie:
les plnipotentiaires ne pouvaient qu'interposer leur mdiation entre S.
M. l'empereur et roi et la rpublique de Venise; ils l'ont fait.

C'est cependant en consquence des prliminaires, sur lesquels le
cabinet de Vienne n'insiste que lorsqu'il les a expliqus d'une manire
dsastreuse pour la France, et quelquefois pour l'empereur lui-mme, que
cinq provinces autrichiennes ont t restitues  S. M., que le port
intressant de Trieste, et, avec lui, la facult de reprendre son
commerce, lui ont t rendus.

Quant au changement de gouvernement  Venise et  Gnes, la rpublique
franaise n'y a pris aucune part: elle ne s'en est mle qu' la demande
des peuples, et pour loigner les excs qui s'attachent ordinairement au
berceau des rvolutions.

C'est donc aux gouvernemens de ces deux peuples que doivent s'adresser
les plnipotentiaires de S. M. impriale, pour tout ce qui les concerne.
Et comment les plnipotentiaires franais ne seraient-ils pas frapps de
l'insincrit apparente du cabinet de Vienne, lorsqu'il parat affect
d'un changement arriv  Venise, qui rend beaucoup plus facile
l'excution des prliminaires? Cette conduite ne semble-t-elle pas
offrir une preuve d'un dessein formel du cabinet de Vienne de ne pas les
excuter?

Pour ce qui est de l'affaire du duc de Modne, elle ne regarde en
aucune manire le gouvernement franais: c'est une affaire de lui  ses
peuples.

S. M. l'empereur, sur la seule promesse de conclure sa paix spare,
a obtenu la restitution de cinq provinces et l'loignement de l'arme
franaise de sa capitale: aujourd'hui, que cette paix n'est pas encore
conclue, nonobstant le texte des prliminaires, le cabinet de Vienne
veut avoir cinq ou six forteresses et une grande partie de l'Italie, et
c'est en faisant galement des promesses qu'il croit les obtenir! Mais,
aprs avoir vu lever tant d'obstacles qu'il tait facile d'carter;
aprs que les lenteurs extrmes du cabinet de Vienne, et ses refus
prolongs d'adopter une marche qui convient aux intrts des deux
puissances, ont si considrablement ajout aux difficults qui
s'opposent  la paix, les soussigns se voient forcs de recueillir les
voeux du cabinet de Vienne pour cette paix, plutt dans des faits
que dans des protestations qui, jusqu'ici, n'ont rien produit que
d'illusoire, doivent  la rpublique, qui les a honors de sa confiance,
de ne s'carter aucunement, dans le dessein de faire quelque chose
d'agrable  S. M. I., du strict sens des prliminaires, d'aprs
lesquels S. M. ne doit entrer qu' la paix dfinitive dans les tats de
Venise.

Si S. M. croit qu'il est de son intrt d'occuper sur-le-champ ces
tats, qu'elle fasse la paix sans dlai; mais si le cabinet de Vienne
veut continuer  en empcher la conclusion, l'intrt de la rpublique
franaise exige que les pays de Venise et les forteresses soient entre
les mains de son arme.

Quelque affligeant qu'il serait pour les plnipotentiaires franais de
voir des ngociations entames depuis si long-temps se terminer par la
guerre, ils doivent  l'honneur de leur nation de demander si l'Autriche
la veut, et d'annoncer que la rpublique franaise est plutt dispose 
la faire, qu' se laisser jouer par des subtilits ou des demandes  la
fois dfavorables aux deux puissances, et singulirement loignes de la
bonne foi que les plnipotentiaires franais n'ont cess d'apporter dans
tout le cours de la premire ngociation.

Mais, dans cette situation de choses, les soussigns esprent que MM.
les plnipotentiaires autrichiens emploieront tous leurs efforts pour
faire adopter, par le cabinet de Vienne, une marche plus convenable aux
intrts mutuels, et un systme qui rapproche immdiatement de la paix,
que les soussigns ne cessent d'offrir de conclure.

Les plnipotentiaires franais pourraient rpondre par des
contre-protestations aux notes qui leur ont t remises par leurs
excellences MM. les plnipotentiaires autrichiens; ils pourraient
retracer, dans des mmoires historiques, les efforts qu'ils n'ont cess
de faire pour arriver  la conclusion de la paix dfinitive; mais ils
cartent ces moyens, parce que leur intention est d'loigner tout ce qui
pourrait troubler encore davantage l'harmonie, qu'il est si essentiel
d'tablir dans les ngociations dont ils sont chargs. Ils savent
parfaitement que la paix, qu'il est instant de conclure, doit, pour tre
solide et durable, tre base sur les intrts mutuels; et l'ensemble
des prliminaires de Loben a d tmoigner  S. M. l'empereur et roi,
que l'intention de la rpublique franaise n'avait jamais t de priver
la maison d'Autriche d'une puissance gale  celle qu'elle avait avant
la guerre: les compensations qu'elle doit recevoir en offrent la preuve.
Elle se trouve encore dans la marche que les ngociateurs franais n'ont
cess de suivre, et lorsqu'ils ont demand quelques avantages pour la
rpublique franaise, ils en ont toujours propos d'quivalens pour la
maison d'Autriche. Si le cabinet de Vienne imitait cet exemple, les deux
puissances verraient bientt succder aux dsastres enfants par la
guerre le repos si ardemment dsir par les peuples: le directoire
excutif de la rpublique franaise a toujours voulu que la paix ft
galement avantageuse et  l'Autriche et  la France, et surtout qu'elle
loignt toute possibilit d'une guerre future entre elles, tant en
Italie qu'en Allemagne, en dterminant les frontires de telle manire
qu'aucune des deux puissances ne ft, en temps de paix, dans une
situation en quelque sorte offensive ou alarmante vis--vis de l'autre.
Ne point se renfermer dans ce cercle raisonnable; faire dpendre la paix
de quelques mille hommes de population de plus, qui n'ajoutent rien 
la puissance d'un grand peuple, c'est oublier tous les maux dont gmit
l'humanit souffrante, c'est demander une guerre qui ne peut avoir de
but utile  aucune des deux nations.

En finissant, les soussigns ont l'honneur de prier MM. les
plnipotentiaires de S. M. l'empereur et roi de ne pas se servir,
lorsqu'ils parlent des gouvernemens dmocratiques et des peuples,
de termes qui seraient injurieux pour le gouvernement que les
plnipotentiaires de la rpublique franaise reprsentent.

Il n'est jamais arriv aux soussigns, en parlant des ministres des rois
et de leurs cours, de se servir d'aucune pithte qui pt leur tre
injurieuse.

Les citoyens plnipotentiaires de la rpublique franaise demandent 
leurs excellences MM. les plnipotentiaires de S. M. l'empereur et roi
de vouloir bien agrer l'assurance ritre de leur haute considration.

A Udine, le 10 thermidor an 5 de la rpublique franaise, une et
indivisible (28 juillet 1797).

BONAPARTE et CLARKE.



_Note des citoyens plnipotentiaires de la rpublique franaise._

Si les soussigns plnipotentiaires de la rpublique franaise ont t
surpris de voir les troupes de S. M. impriale et royale s'emparer,
contre la teneur des prliminaires de Loben, et avant la conclusion
dfinitive, de l'Istrie et de la Dalmatie, ils ne peuvent dissimuler que
leur tonnement a t extrme en apprenant que ces mmes troupes ont
pris possession de la rpublique de Raguse; ils protestent fortement
contre la destruction de ladite rpublique, et esprent que S. M.
l'empereur, anime par les sentimens de justice qui la caractrisent,
sentira combien il est impossible que les autres puissances, et
particulirement la rpublique franaise et la Porte-Ottomane, voient
avec indiffrence l'occupation d'un tat neutre et indpendant, qui
n'est jamais intervenu en aucune faon dans la guerre actuelle, et
ils ne doutent pas que leurs excellences MM. les plnipotentiaires
autrichiens ne contribuent de tout leur pouvoir  faire donner par S.
M. les ordres les plus prompts, pour que ses troupes se retirent du
territoire de la rpublique de Raguse.

Les soussigns ritrent  leurs excellences MM. les plnipotentiaires
de S. M. impriale et royale l'assurance de leur haute considration.

Udine, le 10 thermidor an 6 (28 juillet 1797).

BONAPARTE et H. CLARKE.



_Note des gnraux Bonaparte et Clarke._

Les citoyens plnipotentiaires de la rpublique franaise ont pris en
considration la note relative  la tenue de deux congrs, date d'Udine
le 18 juillet 1797, qui a t remise par leurs excellences MM. les
plnipotentiaires de S. M. impriale et royale, et se sont rappel les
diverses demandes et allgations relatives  son contenu. Aprs s'tre
rfrs  leur note du 3 messidor, et particulirement pour ce qui
a rapport  la demande faite par leurs excellences MM. les
plnipotentiaires autrichiens eux-mmes, tant  Loben qu' Gratz, de
traiter de la paix dfinitive et spare de S. M. impriale et royale
dans une ville d'Italie, les soussigns pensent que la convention signe
 Montebello, le 5 prairial dernier, a tout prvu, et ils ont l'honneur
de dclarer  leurs excellences MM. les plnipotentiaires autrichiens
qu'ils s'en rapportent entirement  son contenu.

Les soussigns sont d'autant plus ports  insister  cet gard, qu'ils
ne peuvent voir sans surprise et sans prouver un sentiment pnible,
reproduire  l'poque actuelle une question dj dcide depuis deux
mois; et ils avouent, avec franchise, que cette conduite tend  les
confirmer dans la persuasion que la cour de Vienne ne cherche que des
prtextes pour traner la ngociation en longueur et gagner du temps.

Le meilleur moyen de prouver qu'on veut la paix, c'est de la conclure
sur-le-champ, ainsi que les soussigns n'ont cess de l'offrir et
l'offrent encore, et sans sacrifier les intrts des deux puissances 
des considrations trangres.

Les soussigns assurent leurs excellences MM. les plnipotentiaires de
S. M. impriale de leur parfaite considration.

Udine, le 10 thermidor an 5 (28 juillet 1797).

BONAPARTE et CLARKE.



Au quartier-gnral  Milan, le 10 thermidor an 5

(28 juillet 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous envoie, citoyens directeurs, la lettre que m'crit le gnral
Clarke: son secrtaire de lgation est parti pour Vienne.

Toujours rien de nouveau sur les ngociations; il est impossible de se
moquer de nous avec aussi peu de prudence.

Il y a beaucoup de fermentation dans les tats de Pimont, je ne sais
pas trop comment cela finira; nous ne nous mlons de rien.

Je fais jeter un pont sur l'Isonzo, j'en fais fortifier les deux ttes,
et je prends toutes les mesures, afin de faire voir aux ennemis que nous
ne craignons pas la guerre, et que nous sommes prts  la recommencer.

Si la guerre recommence, il faudra faire en sorte que l'arme du
Rhin-et-Moselle et celle de Sambre-et-Meuse n'en fassent qu'une, afin
que l'ennemi se trouve entre l'arme d'Italie et celle-l.

L'arme du Rhin, qui a dj six mille hommes de cavalerie, se
trouverait, avec les douze mille de l'arme de Sambre-et-Meuse, en avoir
dix-huit mille. L'infanterie de l'arme de Rhin, jointe  celle de
Sambre-et-Meuse, ferait une arme immense. Si vous voulez me faire
passer quatre nouvelles demi-brigades avec trois mille hommes de
cavalerie, je vous promets d'tre dans Vienne aux vendanges, de me
runir sur le Danube avec l'arme du Rhin et de faire boire du vin de
Tockai aux paysans hongrois.

Nos troupes sont arrives  Corfou, et y ont t reues avec le plus
grand plaisir. On se souvient encore en Albanie et en Grce, de Sparte
et d'Athnes. J'ai dj quelques correspondances avec les principaux
chefs du pays, et la Grce pourrait peut-tre renatre de ses cendres.

Les dputs suisses sont venus me trouver, nous nous sommes quitts fort
bons amis.

Conformment aux ordres que vous m'avez donns, Bologne, Ferrare et la
Romagne sont runis  la rpublique cisalpine. Mais j'ai pris le _mezzo
termine_ de ne pas m'en mler. Je vous envoie l'arrt du directoire
excutif de la rpublique cisalpine.

Si les choses se rompent, nous pourrions conclure un trait d'alliance
avec la rpublique de Gnes, qui nous fournirait trois mille hommes
d'infanterie, trois cents hommes de cavalerie et six pices de canon
atteles, ce qui est toujours un trs-bon secours dans l'immense
carrire que je puis avoir  parcourir.

Je vous envoie la lettre que je voulais crire  l'empereur, et que je
voulais envoyer par un de mes aides-de-camp.

Mais tout ce qui arrive  Paris m'a fait craindre que l'on ne s'amust 
gloser sur cette dmarche.

Le brave gnral Desaix est venu voir l'arme d'Italie. Ce qu'il m'a dit
de la situation de l'arme du Rhin n'est point du tout rassurant.

Quant  l'arme d'Italie, je vous assure qu'elle est digne de la
rpublique, et que, si les choses se rompent, les Autrichiens le
paieront.

Le gnral Augereau est parti hier pour Paris, o il m'a demand  aller
pour des affaires particulires. Je profite de cette occasion pour vous
envoyer les adresses des divisions de l'arme.

Ces braves soldats ne reposent leur confiance que dans le gouvernement.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 11 thermidor an 5

(29 juillet 1797).

_Au gnral Clarke._

Je vous fais passer, citoyen gnral, deux notes que je crois
essentielles et devoir tre prsentes  S. M. l'empereur: l'une,
relative  Raguse, que l'arme autrichienne a occupe; l'autre, relative
 l'argent qui est d  l'arme du Rhin par les princes d'Allemagne.

Vous y trouverez galement une note pour celles que je crois que nous
devons prsenter au duo de Bavire et aux autres princes qui doivent
de l'argent aux armes du Rhin et de Sambre-et-Meuse: si l'on pouvait
sur-le-champ tirer un ou deux millions, ce serait un grand gain.

Hoche n'ayant pas l'ge, n'a pu tre ministre de la guerre; on m'assure
que c'est Schrer qui sera tre nomm.

Il y a beaucoup de division entre le conseil des cinq-cents et le
directoire.

Lenoir de la Roche, tant d'une sant faible, sera remplac par un autre
ministre de la police.

Il parat que Hoche va s'embarquer pour l'Irlande.

J'imagine que vous avez un chiffre pour correspondre avec Perret:
n'oubliez pas de lui dire de prendre tous les renseignemens possibles
sur la situation militaire de l'empereur dans ce moment-ci, et sur
la valeur de ses leves en Hongrie et ailleurs, ainsi que sur les
fortifications qu'il pourrait avoir faites  Gratz, Clagenfurth, ainsi
que sur les ttes de pont de la Drave et de la Save, et sur la route de
Clagenfurth  Bruck.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 12 thermidor an 5

(30 juillet 1797).

_Au chef des Mainottes._

Le consul de la rpublique franaise  Trieste m'a instruit de
l'attention qu'avait eue votre seigneurie de m'envoyer une dputation
pour me faire connatre le dsir qu'elle avait de voir dans son port
des btimens franais, et d'tre de quelque utilit aux braves soldats
franais de l'arme d'Italie.

Les Franais estiment le petit, mais brave peuple Mainotte, qui, seul
de l'ancienne Grce, a su conserver sa libert. Dans toutes les
circonstances qui pourront se prsenter, ils lui donneront toujours des
marques de leur protection et prendront un soin particulier de favoriser
ses btimens et tous ses citoyens.

Je prie votre seigneurie d'accueillir favorablement les porteurs de
cette prsente, qui ont le plus grand dsir de voir de plus prs les
dignes descendans de Sparte, auxquels il n'a manqu, pour tre aussi
renomms que leurs anctres, que de se trouver sur un plus vaste
thtre.

La premire fois que quelques-uns des parens de votre seigneurie auront
occasion de venir en Italie, je la prie de vouloir bien me les adresser.
J'aurai un vrai plaisir  leur donner des marques de l'estime que j'ai
pour votre personne et pour vos compatriotes.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 14 thermidor an 5

(1er aot 1797).

_Au directoire excutif._

Aprs quinze jours d'une navigation assez heureuse, la flotte qui
tait partie de Venise, compose de plusieurs vaisseaux de ligne et de
quelques frgates, sous les ordres du capitaine Bourdet, ayant  bord
quelques troupes de dbarquement commandes par le gnral Gentili, a
mouill dans la rade de Corfou. Quatre btimens de guerre vnitiens, qui
s'y trouvaient, ont augment notre escadre.

Le 10 messidor, nos troupes ont dbarqu et pris possession des forts de
Corfou, o elles ont trouv six cents pices de canon, la plus grande
partie en bronze. Un peuple immense tait sur le rivage pour accueillir
nos troupes avec les cris d'allgresse et d'enthousiasme qui animent les
peuples lorsqu'ils recouvrent leur libert.

A la tte de tout ce peuple tait le papas ou chef de la religion du
pays, homme instruit et d'un ge avanc.

Il s'approcha du gnral Gentili et lui dit: Franais, vous allez
trouver dans cette le un peuple ignorant dans les sciences et les arts
qui illustrent les nations; mais ne le mprisez pas pour cela, il
peut devenir encore ce qu'il a t. Apprenez, en lisant ce livre, 
l'estimer.

Le gnral Gentili ouvrit avec curiosit le livre que lui prsentait
le papas, et il ne fut pas mdiocrement surpris en voyant l'Odysse
d'Homre.

Les les de Zante et de Cphalonie, de Saint-Maure ont le mme dsir et
expriment les mmes sentimens pour la libert. L'arbre de la libert
est dans tous les villages; des municipalits gouvernent toutes les
communes, et les peuples esprent qu'avec la protection de la grande
nation, ils recouvreront les sciences, les arts et le commerce qu'ils
avaient perdus sous la tyrannie des olygarques.

L'le de Corcyre tait, selon Homre, la patrie de la princesse
Nausicaa. Le citoyen Arnaut, qui jouit d'une rputation mrite dans
les belles-lettres, me mande qu'il va s'embarquer pour faire planter le
drapeau tricolore sur les dbris du palais d'Ulysse.

Le chef des Mainottes, peuple vrai descendant des Spartiates et qui
occupe la pninsule o est situ le cap de Matapan, m'a envoy un des
principaux du pays pour me marquer le dsir qu'il aurait de voir dans
son port quelques vaisseaux franais, et d'tre utile en quelque chose
au grand peuple.

Je lui ai rpondu la lettre dont je vous envoie la copie.

Je n'ai pas encore de nouvelles de l'amiral Brueys.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 14 thermidor an 5.

(1er aot 1797).

_Au gnral Joubert._

Il y a  Vicence, citoyen gnral, la veuve Brissac, fille du
respectable Mancini-Nivernois: elle est hors de France depuis 1787. Je
ne vois point d'inconvnient  ce que vous lui donniez un passe-port
pour se rendre au quartier-gnral, comme je lui en ferai donner un pour
se rendre en France; je vous prie mme, si l'occasion s'en prsentait
naturellement, de lui faire des honntets. Son pre, que vous
connaissez peut-tre de rputation, est un littrateur clbre.

L'adresse de votre division a t gote  Paris.

Hoche n'ayant pas l'ge, le gnral Schrer a t nomm ministre de la
guerre.

On est toujours  Paris aussi agit: les messieurs sont diviss entre
eux.

L'arme de Sambre-et-Meuse se prononce avec la plus grande vigueur.

Le gnral Desaix est ici depuis plusieurs jours: il m'assure que
l'arme du Rhin partage les mmes sentimens que l'arme d'Italie.

Le gnral Serrurier vient d'arriver; il est indign du royalisme qui
agite l'intrieur.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 16 thermidor an 5

(3 aot 1797).

_Note remise au ministre de Sa Saintet._

Lors du trait de Tolentino, messieurs les plnipotentiaires de Sa
Saintet et les plnipotentiaires franais entrevirent le moment o il
serait possible de rapprocher le Saint-Sige de la France, et o le pape
et le gouvernement franais pourraient employer rciproquement leur
prpondrance pour consolider la tranquillit intrieure des deux tats
et concourir  leur satisfaction commune.

Le moment actuel est l'instant propice pour commencer  mettre 
excution ce grand oeuvre, o la sagesse, la politique et la vraie
religion doivent jouer un grand rle.

Le gouvernement franais vient de permettre de r'ouvrir les glises du
culte catholique, apostolique et romain, et d'accorder  cette religion
tolrance et protection.

Ou les prtres profiteront de ce premier acte du gouvernement franais
dans le vritable esprit de l'vangile, en concourant  la tranquillit
publique et en prchant les vritables maximes de charit, qui sont le
fondement de la religion de l'vangile: alors je ne mets plus en doute
qu'ils n'obtiennent une protection plus spciale, et que ce ne soit un
heureux commencement vers le but tant dsir.

Ou si les prtres se conduisent d'une manire tout oppose, ils seront
de nouveau perscuts et chasss.

Le pape, comme chef des fidles et centre commun de la foi, peut avoir
une grande influence sur la conduite que tiendront les prtres. Il
pensera peut-tre qu'il est digne de sa sagesse, de la plus sainte des
religions, de faire une bulle ou mandement qui ordonne aux prtres
obissance au gouvernement, et de faire tout ce qui sera en leur pouvoir
pour consolider la constitution tablie. Si cette bulle est conue dans
des termes prcis et convenables au grand but qu'elle peut produire,
elle sera un grand acheminement vers le bien et extrmement avantageuse
 la prosprit de la religion.

Aprs cette premire opration, il serait utile de connatre les mesures
qui pourraient tre prises pour rconcilier les prtres constitutionnels
avec les prtres non constitutionnels; enfin les mesures que pourrait
proposer la cour de Rome pour lever tous les obstacles et pour ramener
aux principes de religion la majorit du peuple franais. Je prie M. le
ministre de Sa Saintet de vouloir bien communiquer ces ides au pape,
et de me faire connatre le plus tt possible sa rponse.

Le dsir d'tre utile  la religion est un des principaux motifs qui
m'ont dict la prsente note.

La thologie simple et pure de l'vangile; la sagesse, la politique et
l'exprience du pape peuvent, si elles sont exclusivement coutes,
avoir des rsultats heureux pour la chrtient et la gloire personnelle
de Sa Saintet, qui connat les sentimens particuliers d'affection que
je lui ai vous.

BONAPARTE.



Au quartier gnral  Milan, le 17 thermidor an 5

(4 aot 1797).

_Au contre-amiral Brueys._

Je crois essentiel, citoyen gnral, que vous vous rendiez le plus tt
possible  Venise, en laissant  Corfou le vaisseau vnitien que vous y
prendrez  votre retour.

Vous trouverez  Venise des habillemens pour deux mille matelots et sept
cents hommes d'infanterie, vos vivres pour deux mois, et 500,000 fr.
pour payer vos matelots.

Pendant ce temps-l, vous donnerez une instruction  l'officier que vous
laisserez  Corfou, pour qu'il complte les quipages des vaisseaux
vnitiens, et qu'on les mette dans le meilleur tat pour leur retour.

Votre prsence  Venise vous mettra  mme de prendre vos vivres et les
hommes dont vous avez besoin pour armer les vaisseaux vnitiens.

Vous vous mettrez  mme de pouvoir cacher pendant prs de deux mois
l'intention o nous sommes d'enlever tous les vaisseaux vnitiens, et
pendant cet intervalle les cinq vaisseaux qui sont sur le chantier se
trouveront  peu prs termins.

La prsence de votre escadre  Venise ne fera qu'un bon effet aux
ngociations qui sont entames dans ce moment-ci avec l'empereur, qui,
devant tre ncessairement termines dans un mois, nous mettront  mme
de nous tre extrmement utiles dans les oprations de la campagne, si
elle devait avoir lieu.

Avant de partir de Corfou, vous devez dire  tous les officiers,
gouverneurs et agens vnitiens, que votre intention est de runir
les forces vnitiennes avec l'escadre franaise pour reconqurir la
Dalmatie, et que vous vous rendez en consquence  Venise pour y prendre
des troupes.

Quand vous arriverez  Venise, vous y verrez le gnral Baraguay
d'Hilliers: vous vous prsenterez au gouvernement central de cette
rpublique, et, sans prononcer proprement le nom de Dalmatie, vous leur
direz qu'il est important de runir les forces navales franaises et
vnitiennes, pour vous mettre  mme de remplir une grande mission dont
vous devez recevoir les dernires instructions de moi, et vous laisserez
entrevoir que cette mission est l'expdition de la Dalmatie.

Lorsque vous serez arriv  Venise, si mes occupations me le permettent,
je m'y transporterai: nous aurons de toute manire l'occasion de nous y
voir et d'y confrer sur nos oprations ultrieures.

Je vous prie de croire au dsir que j'ai de renouveler votre
connaissance, et de vous donner des preuves de l'estime et de la
considration que je vous ai voues.

_P.S._ On charge,  Venise, deux btimens d'objets de marine de toute
espce, vous pourrez les escorter en France avec votre escadre.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 20 thermidor an 5

(7 aot 1797).

_A son altesse royale le duc de Parme._

On cherche  donner des inquitudes  V.A.R., on suppose des sujets de
brouillerie entre elle et la rpublique franaise.

Je me fais un devoir d'assurer V.A.R. que le directoire excutif de la
rpublique franaise, n'ayant qu' se louer de la conduite de V.A.R.
pendant toute la guerre d'Italie, saisira toutes les occasions de
tmoigner  V.A.R. les sentimens qu'il doit  ses bons procds: en mon
particulier, ayant t le tmoin de l'accueil et des bons soins que
S.A.R. a toujours eus pour nos frres d'armes, je serai toujours flatt
de pouvoir faire quelque chose qui lui soit agrable. A ce sentiment de
reconnaissance doit se joindre un sentiment d'estime: j'ai vu les tats
de V.A.R., et je me suis dit qu'il faudrait que les princes de l'Europe
apprissent en Toscane  conserver leurs trnes, en les fondant sur la
modration et la flicit de leurs peuples.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 20 thermidor an 5

(7 aot 1797).

_Au gnral Clarke._

Ds l'instant, citoyen gnral, que j'aurai des nouvelles de l'arrive
de M. le marquis de Gallo et de M. de Degelmann, et qu'ayant pris
connaissance de leurs pouvoirs, vous m'assurerez qu'ils ont la facult
ncessaire pour ngocier, je me rendrai en toute diligence  Udine:
je vous prie de m'envoyer par le courrier les notes de Perret sur la
situation de Vienne et de l'arme impriale de Gratz et de Clagenfurth.

J'attends  chaque instant un courrier de Paris.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 22 thermidor an 5

(9 aot 1797).

_Au ministre des relations extrieures._

J'ai l'honneur de vous faire passer, citoyen ministre, copie d'une
lettre que je reois d'Udine, du gnral Clarke. Je me rendrai  Udine
ds l'instant que je saurai l'arrive de M. de Gallo avec ses pleins
pouvoirs.

J'ai reu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'crire le 14
thermidor. J'attends  chaque instant que vous me fassiez connatre le
parti que prendra le directoire, voulant la paix promptement; je ne
doute pas qu'il ne soit ncessaire de faire quelques dmarches qui en
imposent  la cour de Vienne, sans quoi ils traneront toujours en
longueur, parce qu'ils attendent tout de leurs menes dans l'intrieur.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 22 thermidor an 5

(9 aot 1797).

_Au directoire excutif._

Je vous ai annonc, aprs la bataille de Rivoli, vingt-un drapeaux, et
je ne vous en ai envoy que quinze ou seize.

Je vous envoie, par le gnral Bernadotte, les autres, qui avaient t
laisss par mgarde  Peschiera.

Cet excellent gnral, qui a fait sa rputation sur la rive du Rhin, est
aujourd'hui un des officiers les plus essentiels  la gloire de l'arme
d'Italie. Il commande les trois divisions qui sont sur les frontires
d'Allemagne, je vous prie de vouloir bien l'envoyer  l'arme d'Italie
le plus tt possible.

Je ne dois pas laisser passer cette occasion sans donner  sa brave
division et aux troupes qui, l'anne dernire, sont venues du Rhin et de
Sambre-et-Meuse pour l'arme d'Italie, le tribut d'loges que je dois 
leurs services.

Dans toutes les occasions, elles ont culbut ce qui tait devant elles.
Au passage du Tagliamento, comme  l'attaque de Gradisca, elles ont
montr ce courage et ce zle ardent pour la gloire nationale, qui
distinguent les armes de la rpublique.

Vous voyez dans le gnral Bernadotte un des amis les plus solides de la
rpublique, incapable, par principes comme par caractre, de capituler
avec les ennemis de la libert pas plus qu'avec l'honneur.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 22 thermidor an 5

(9 aot 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Vous voudrez bien donner ordre que l'on fasse arrter sur-le-champ le
garde-magasin de vivres de Milan, le faire traduire en prison, et le
faire juger par un conseil militaire, pour avoir donn, depuis huit
jours, du pain dtestable  la troupe et capable de faire tomber malades
les soldats;

Comme convaincu, en outre, d'avoir fabriqu du pain blanc et d'en avoir
donn  qui la loi n'en accorde pas, et d'avoir offert aux soldats une
ration de pain blanc pour deux rations de pain ordinaire, lorsqu'il est
vident qu'il ne fait fabriquer ce pain blanc qu'en faisant celui de la
troupe de la plus mauvaise qualit.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 22 thermidor an 5

(9 aot 1797).

_Au chef de l'tat-major._

Le gnral en chef arrte:

ART 1er. Le gnral de brigade Point est nomm inspecteur des hpitaux
entre la Brenta et le Mincio.

2. Le gnral Dessoles est nomm inspecteur des hpitaux entre l'Isonzo
et la Brenta.

3. Le gnral Vignolles est nomm inspecteur des hpitaux entre le Tesin
et le Mincio.

4. Ils se mettront sur-le-champ en route pour faire la tourne de tous
les hpitaux: ils auront soin de s'assurer du nombre des malades y
existans, de la moralit des diffrens employs; de prendre note des
plaintes qui pourront tre portes par les malades: ils sont autoriss 
faire arrter sur-le-champ les employs contre lesquels il y aurait des
plaintes; ils prendront note des approvisionnemens de la pharmacie et
de ce qui est d  chaque employ, soit pour sa solde, soit pour les
diffrens abonnemens que les entrepreneurs auraient faits avec eux.

5. Ils auront soin d'ordonner aux commissaires des guerres chargs du
service des hpitaux et au contrleur ambulant, que l'on ne fasse aucune
vacuation, mais que l'on proportionne, dans chaque ville, le nombre des
hpitaux au nombre des malades.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 24 thermidor an 5

(11 aot 1797).

_Au gnral Berthier._

Vous voudrez bien ordonner au gnral Duphot, qui doit partir cette nuit
pour Verone, de suspendre son dpart, et, au lieu de cela, de partir,
dans le plus court dlai, pour se rendre  Gnes, organiser les troupes
de cette rpublique, en consquence de la demande qui m'a t faite d'un
gnral franais par le gouvernement de Gnes: il s'adressera au citoyen
Faypoult, et viendra chercher demain ici ses lettres de crance pour le
gouvernement provisoire.

BONAPARTE.



Au quartier gnral  Milan, le 24 thermidor an 5

(11 aot 1797).

_A l'administration centrale du dpartement de Sane-et-Loire._

Je reois, citoyens, votre lettre du 15 thermidor. Je vous remercie
des soins que vous avez bien voulu avoir pour les blesss de l'arme
d'Italie: vous en trouverez le prix dans votre satisfaction, et dans la
reconnaissance de tous les dfenseurs de la patrie. Je me suis empress
de faire mettre  l'ordre du jour de l'arme les obligations que nous
nous trouvons avoir contractes envers vous.

Je vous prie de croire, citoyens administrateurs, aux sentimens d'estime
que m'inspire votre conduite, et au dsir que j'ai de pouvoir vous
tmoigner ma gratitude.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 23 thermidor an 5

(12 aot 1797).

_Au citoyen Faypoult._

L'ordonnance qui interdit l'entre du territoire cisalpin aux Pimontais
a eu vritablement pour but d'empcher beaucoup d'individus de la
cour de Turin qui craignaient la rvolution, de venir  Milan. Il est
cependant vrai que, nous tant maintenus en bonne harmonie avec la cour
de Turin pendant tout le temps qu'a dur son mouvement, il est plus
essentiel que nous continuions ainsi dans les circonstances prsentes;
mais le citoyen Miot se plaint dj de ce que la cour de Turin abuse de
sa victoire et se porte  des excs de toute espce. La cour de Turin
arme les paysans, quoique je lui eusse fait sentir combien cette mesure
tait dangereuse.

Plusieurs Franais ont dj t assassins,  ce qu'on assure, du ct
d'Alexandrie. Je crois donc que, jusqu' ce qu'on voie le parti que
prendra la cour, il ne faut rien faire qui puisse nous ter les moyens
de la tenir en respect; et d'ailleurs il serait contre le droit des
gens et contre nos principes de refuser de donner refuge  des hommes
perscuts.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 25 thermidor an 5

(12 aot 1797).

_Au citoyen Miot._

On ne peut voir qu'avec horreur, citoyen ministre, les excs auxquels se
porte la cour de Turin: quoique je lui aie fait dire par M. Bossi que je
m'opposerais  l'armement des paysans, elle arme de tous cts, et dj
les assassinats commencent.

Je vous prie donc de prsenter sur-le-champ une note, pour qu'elle ait 
dsarmer sans dlai les paysans, et  ramener la tranquillit dans ses
tats.

Les paysans qu'elle a arms en masse du ct d'Alexandrie ont dj
assassin plusieurs Franais: vous voyez combien il est urgent de faire
finir cela le plus tt possible.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 29 thermidor an 5

(16 aot 1797).

_Au directoire excutif._

L'empereur parat diriger toutes ses forces vers l'Italie: les
nombreuses recrues qu'il fait, jointes aux prisonniers qu'on lui a
rendus et qu'il a le temps d'exercer, le mettront dans le cas de
m'opposer une arme formidable. Peut-tre jugerez vous essentiel de
faire passer  l'arme d'Italie une augmentation de cavalerie, quelques
compagnies d'artillerie et quelques demi-brigades d'infanterie.

Vous jugerez galement ncessaire d'ordonner au gnral Kellermann
de renvoyer de l'arme des Alpes tous les dtachemens qu'il a des
demi-brigades appartenant  l'arme d'Italie.

J'ai envoy  la citadelle de Corfou les deux premiers bataillons de
la soixante-dix-neuvime, je dsirerais que vous donnassiez l'ordre au
gnral Sabuguet de nous faire passer le troisime, qui se trouve 
Avignon, et que je ferai galement partir pour Corfou.

Les les de Corfou, de Zante et de Cphalonie sont plus intressantes
pour nous que toute l'Italie ensemble.

Je crois que si nous tions obligs d'opter, il vaudrait mieux restituer
l'Italie  l'empereur, et garder les quatre les, qui sont une source
de richesses et de prosprit pour notre commerce. L'empire des Turcs
s'croule tous les jours.

La possession de ces les nous mettra  mme de le soutenir autant que
cela sera possible, ou d'en prendre notre part.

Les temps ne sont pas loigns o nous sentirons que, pour dtruire
vritablement l'Angleterre, il faut nous emparer de l'gypte. Le vaste
empire ottoman, qui prit tous les jours, nous met dans l'obligation de
penser de bonne heure  prendre des moyens pour conserver notre commerce
du Levant.

Les citadelles de Corfou, de Zante et de Cphalonie sont en trs-bon
tat, pourvues d'une nombreuse artillerie: je fais rparer les affts
et je viens d'y envoyer des vivres et des munitions pour un an. Je
dsirerais donc avoir le troisime bataillon de la soixante-dix-neuvime
demi-brigade, que j'y ferais passer. Je vais y envoyer deux mille
Cisalpins.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 29 thermidor an 5

(16 aot 1797).

Bonaparte, gnral en chef de l'arme d'Italie.

Voulant donner, au nom de la rpublique franaise,  la Sublime-Porte
une marque de son estime et de son amiti, ordonne:

ART 1er. Aux gnraux commandant les diffrentes places de commerce
occupes par les Franais en Italie, d'accorder une protection spciale
aux sujets ottomans, grecs, et surtout aux Albanais.

2. Tout sujet ottoman sera matre de se loger o il lui plaira, sans que
l'on puisse les astreindre  demeurer tous dans une mme maison, et 
rentrer  une heure fixe.

3. Les btimens de la rpublique accorderont protection et secours aux
btimens portant pavillon ottoman, et spcialement aux Grecs et aux
Albanais.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 29 thermidor an 5

(16 aot 1797).

_Au pacha de Scutari._

J'ai lu avec le plus grand plaisir les choses flatteuses contenues dans
la lettre de votre seigneurie.

La rpublique franaise est l'amie vraie de la Sublime-Porte; elle
estime plus particulirement la brave nation albanaise qui est sous vos
ordres.

J'ai entendu avec douleur le malheur arriv  votre illustre frre: cet
intrpide guerrier mritait un sort digne de son courage; mais il est
mort de la mort des braves.

J'envoie  votre seigneurie l'ordre que j'ai donn pour que dsormais le
pavillon ottoman puisse voyager sans inquitude dans l'Adriatique. Non
seulement les Turcs seront traits comme les autres nations, mais mme
avec une espce de partialit. J'ai dtruit l'usage barbare des.....
Dans toutes les occasions, je protgerai les Albanais, et je me ferai un
plaisir de donner  votre seigneurie une marque de mon estime et de la
haute considration que j'ai pour elle.

Je prie votre seigneurie de recevoir comme une marque de mon amiti les
quatre caisses de fusils que je lui envoie.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 3 fructidor an 5

(20 aot 1797).

_Au citoyen Grogniard, ordonnateur de la marine,  Toulon._

J'ai reu, citoyen, votre lettre du 13 thermidor, avec celle qui y tait
jointe.

Pitt n'aurait pas pu se conduire d'une manire plus contraire  notre
marine, que viennent de le faire,  l'gard de la marine de Toulon, les
commissaires de la trsorerie.

La solde des marins du dpartement de Toulon tait arrire depuis trois
mois; ils refusaient, en consquence, de s'enrler, et empchaient
par-l le contre-amiral Brueys de partir.

La mme raison vous empchait de m'envoyer des officiers marins et des
matelots pour l'armement des vaisseaux vnitiens.

Je vous envoie un million provenant des contributions de l'arme
d'Italie, afin de vous mettre  mme de subvenir  ces dpenses
urgentes, et de remplir le premier devoir qui est impos par la loi  la
trsorerie: et ses commissaires ont l'impudence de vous ter ce million!
et vous avez la faiblesse d'y consentir!

Je ne suis pas votre juge; mais si vous tiez sous mes ordres, je vous
mettrais aux arrts pour avoir obtempr  une rquisition ridicule et
avoir laiss partir ce million pour Paris, lorsque la trsorerie ne
remplit pas son devoir le plus sacr, qui est la solde de vos marins:
peut-tre que les commissaires ne se doutaient pas combien ils
entravaient la marche de nos oprations, et combien ils faisaient de
tort aux armes de la rpublique, en vous tant ce million dans ce
moment-ci.

La trsorerie, me dites-vous, donne l'ordre au payeur de l'arme
d'Italie de fournir un autre million  Toulon; les commissaires savent
cependant mieux que personne que l'argent que la caisse de l'arme
d'Italie a fourni, joint aux dpenses immenses d'une arme aussi
nombreuse, nous mettent dsormais dans l'impossibilit de subvenir aux
besoins d'autres services que celui de l'arme.

L'amiral Brueys me mande de Corfou qu'il arrive  Venise, et qu'il est
arrir de quatre mois de solde: c'est encore un surcrot de dpense
trs-considrable pour la caisse de l'arme; mais nous chercherons  y
subvenir en tout ou en partie. Le soldat de l'arme d'Italie se fera
toujours un plaisir de partager son pain avec les braves marins.

Croyez, je vous prie, aux sentimens, etc.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 4 fructidor an 5

(21 aot 1797).

_Au gnral Clarke._

Je pars demain, citoyen gnral, pour me rendre  la campagne prs de
Godropo: si l'intention des plnipotentiaires est de se loger  la
campagne, je dirai au gnral Victor de se donner les sollicitudes
ncessaires pour trouver aux environs un logement convenable. S'ils
prfrent rester  Udine, on pourra tenir alors nos confrences
alternativement  Udine et  la campagne.

La paix avec le Portugal est signe. Je vous prie de me renvoyer le
courrier par Trvise, Padoue, Vicence et Verone, afin que je sois
instruit si le troisime plnipotentiaire est arriv; car, comme j'ai
beaucoup  faire dans mes divisions, je ne voudrais pas arriver avant M.
Degelmann; je trouverais fort dsagrable de rester cinq ou six jours 
la campagne sans rien faire.

BONAPARTE.



Au quartier-gnral  Milan, le 5 fructidor an 5

(23 aot 1797).

_Au directoire excutif._

Je n'ai que six mille hommes de grosse cavalerie, le gnral Kellermann
en a trois cents  Lyon qui y sont trs-inutiles, et cela me
complterait tout le cinquime rgiment de cavalerie; il est
indispensable que vous me l'envoyiez  l'arme.

Le neuvime de dragons a aussi 300 hommes  Lyon, et le dix-huitime de
dragons, 409 hommes  Marseille et  Bordeaux.

Il serait bien utile que vous donnassiez les ordres pour que ces
dtachemens rentrassent. L'arme d'Italie est trs-faible en cavalerie.
L'arrive, d'ailleurs, de ces dtachemens fera un trs-bon effet dans
l'esprit de l'empereur, qui a redoubl d'activit pour armer et se
mettre en dfense.

Si la campagne s'ouvre, il me faudrait un peu de cavalerie.

BONAPARTE.






FIN DU TOME PREMIER





End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres de Napolon Bonaparte, Tome I.
by Napolon Bonaparte

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE NAPOLON ***

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